Musée de l'Europe et de l'Afrique

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vendredi 8 novembre 2019

La Liberté ne vaut que si elle est partagée seulement par les aristos...

liberteSNCF.PNG Saisie d'écran d'une procédure d'achat de billet du 8/11/2019, collections du Musée de l'Europe

Il y a 20 ans...

La SNCF devenait une marque... (Alors qu'il s'agissait encore d'un service public, et même de trains !!! Non ??? Si !!!)

Vous avez plus de 25ans? Ah, il faut le dire? Oh que oui! Vous n'avez pas plus de 60ans? Non, ça se voit quand même! Vous avez un enfant? Vous passez la nuit sur place? Alors c'est -25% sur l'aller et le retour. Ça s'appelle Découverte. Découverte, c'est pas compliqué, comme nom.» Sur les écrans TV, les vendeurs de la SNCF, tout sourire, expliquent aux clients, la mine perplexe, quelles sont les réductions auxquelles ils peuvent prétendre avec le système tarifaire en place depuis fin avril. Originalité de la nouvelle campagne publicitaire des chemins de fer français: il s'agit de vrais vendeurs et de vrais clients filmés en caméra cachée par de vrais journalistes issus de l'agence de presse TV Capa. Bien sûr, il y a eu un casting en interne et les vendeurs, acteurs d'un jour, ont préparé leurs relances. Mais le ton est là: juste, frais, drôle. Imaginé par BDDP, le cru 98 est peut-être le meilleur du lot des pubs-micro-trottoirs inaugurées il y a deux ans.«Il fallait créer une nouvelle communication, en rupture.»explique Anne Vincent, responsable du budget chez BDDP. C'est peu après les grandes grèves de l'hiver 1995, qui coïncident avec l'arrivée à la présidence de Loïc Le Floch Prigent. La SNCF, ébranlée par le mécontentement généralisé à son égard, décide de se remettre en question. Elle lance une vaste enquête auprès de sa clientèle, s'engage à faire bouger les choses en interne comme en externe.«Dans cette communication, on voit une entreprise qui va au devant du public, qui ose entendre les critiques, qui va dans la rue avec les vrais gens»,ajoute Anne Vincent.

La reconquête

C'est un succès. Parce que, comme l'explique Jean-Marie Gerbeaux, directeur de la communication de l'entreprise,«il ne s'agit pas de faire de la publicité pour la publicité, mais de s'appuyer sur de véritables changements».Le trafic reprend, l'accueil et le service s'améliorent, de nouvelles lignes comme l'Eurostar à destination de Londres et le Thalys pour Bruxelles sont plébiscitées.«Nous sommes entrés dans une phase de reconquête et de développement commercial par rapport à la route et à l'avion»,explique Christine Cavasa, chef du département image à la SNCF. Symptomatique de cette nouvelle stratégie, la campagne presse sur le Paris-Lille. Très offensive, elle mettait en parallèle des chiffres (accidents routiers, relevés météo) et les avantages de la liaison par train. Si elle a soulevé le tollé des élus locaux, soucieux de l'image de leur région, elle a atteint ses objectifs commerciaux. Il faut dire que la SNCF revient de loin. Le trafic marchandises est deux fois moindre qu'en 1970 (19% aujourd'hui) et le trafic voyageurs a chuté de 11 à 7% pendant la même période. Les mouvements sociaux à répétition, la valse des présidents à chaque remaniement ministériel, les pots cassés de Socrate, le système informatique, l'endettement massif lié à la modernisation du réseau et au lancement des TGV n'ont guère facilité les choses. Publicitairement, ce n'est pas simple non plus de communiquer sur une entreprise de service public, comme l'explique Jean-Marie Gerbeaux, le directeur de la stratégie (voir entretien). Difficile de faire bouger une société où les avantages des salariés ont été acquis à la sueur de leur front, quand il y a situation de monopole et que les contribuables sont à la fois juge et partie. Pendant longtemps, on a préféré montrer les trains plutôt que les gens qui voyageaient à l'intérieur. D'où une communication un peu lourde, pataude, l'humour n'étant utilisé qu'à doses homéopathiques. Il faudra attendre les années 80 pour entrer véritablement dans une phase publicitaire. C'est à ce moment-là qu'on fait appel à Daniel Robert, l'homme de «La SNCF, c'est possible».«Le slogan est resté. Peut-être parce qu'il caractérisait le changement radical d'image. On disait enfin «Merci le train». On voyait des clients qui embrassaient le contrôleur»,raconte-t-il. Pourtant, le changement ne s'est pas fait dans la douceur.«Je me rappellerai toujours que quand j'ai proposé "La SNCF, c'est possible", j'ai vu se lever une armée de bazookas. J'étais devenu l'homme à abattre, mais j'ai réussi à convaincre et à faire naître, je crois, le sentiment d'appartenance»,ajoute-t-il.

Une nouvelle image

Paradoxalement, ce slogan, réussite publicitaire s'il en est, est trop avant-gardiste. Il ne colle pas avec l'image de la SNCF, qui, malgré des efforts louables, n'arrive pas à décoller. Il y a changement d'agence en 1991, au profit de BDDP. Dans un premier temps, le slogan est conservé, puis, rapidement, une autre signature, plus neutre, est choisie: «Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous». Les couacs liés à l'installation de Socrate en 1993 font cependant chanceler le fragile équilibre trouvé par la SNCF. Il faut recommencer à zéro. Chercher une nouvelle signature, plus volontariste: «À nous de vous faire préférer le train». Abandonner l'image pour l'animation plus didactique et ludique. Il faudra trois ans pour faire oublier Socrate et envisager enfin de construire une image plus sereine de la SNCF.

Stratégies, 20/7/1998

HONTE, HONTE A TOUS /TES CEUX/CELLES qui ont "gouverné" et "gouvernent" encore, ne faisant qu'appliquer les consignes qu'ils/elles ont voté en s'en lavant les mains au Conseil des Ministres Européens des Directives présentées par des chevaux de Troie de l'impérialisme qu'ils/elles ont eux/elles même nommés... (Le Concierge)

samedi 2 novembre 2019

Il y a 55 ans : Allez la France

allezFranceDac.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film de Robert Dhery

Il y a 12 ans : Anne Sylvestre au Trianon

Message personnel du Concierge aux féministes et aux écologistes qui vivent sur les combats d'hier et le capital symbolique accumulé, sans en fait, faire rien, sauf du marketing, soit de la gestion d'assets... Snif et Re-Snif.

anne_sylvestre.PNG Cliquer sur l'image pour voir le concert

vendredi 1 novembre 2019

Un modèle allemand en matière de banques ? Les Sparkassen

Alors que les pays du Nord ont très largement laissé la place à des géants bancaires privés, l’Allemagne – qui est aussi le pays de la Deutsche Bank - compte des centaines de banques coopératives et de banques publiques locales qui représentent près des deux tiers du système bancaire allemand.

Pour l’essentiel, les banques qui opèrent en Allemagne sont donc allemandes et sous contrôle de leurs usagers ou des institutions publiques (État, régions, communes). Le tiers public de ce système est composé des Sparkassen – une myriade de caisses d’épargne locales - et des Landesbanken. Les Landesbanken sont des banques régionales qui à l’origine font office de ‘banque centrale’ des Sparkassen, mais nombreuses sont celles qui ont dévié de leur mission de service public pour s’adonner dans des proportions inconsidérées aux activités spéculatives sur les marchés financiers – la faillite de WestLB et son sauvetage sur fonds publics alimente encore les arguments des opposants au service bancaire public…

Pourtant cette faillite n’était pas plus impressionnante (voire moins) que celles de RBS en Grande-Bretagne ou Dexia en Belgique. Mais elle pose la question des garde-fous et mécanismes absolument nécessaires à mettre en place pour assurer que la mission de telles banques soient respectées, et cela se joue au niveau de la mission, mais aussi de son application, des personnes impliquées dans sa gestion, de la participation des usagers et de la population en général à ces différentes étapes. Cela se joue aussi et surtout au niveau de l’environnement dans lequel ces banques opèrent et le discours hégémonique en faveur de la maximisation du profit. Les réglementations – dont la logique suit celle des grandes banques internationales est de moins en moins adaptée aux petites banques - et les institutions telles que le FMI en appellent a une restructuration du système bancaire public allemand (concentration, ouverture au capital privé) pour une plus grande efficacité… Cette stratégie a fonctionné en Italie, où le statut des banques coopératives a été quasiment détruit, mais les banques publiques allemandes sont suffisamment puissantes et organisées pour défendre leur bout de gras devant les institutions européennes et internationales.

Les Sparkassen ont certes essuyé une partie des pots cassés par les Landesbanken dont elles sont propriétaires, mais elles ont aussi et surtout, parce que l’essentiel de leur activité consiste en du crédit aux entreprises, collectivités et ménages locaux, et parce qu’elles sont très peu exposées aux marchés financiers, été des garantes de continuité et de stabilité du service bancaire pour les usagers – un rôle essentiel en période de crise où l’on a vu toutes les grandes banques restreindre leurs conditions d’accès à leurs services. Les Sparkassen sont des institutions de droit public placées sous la responsabilité des municipalités et dont les profits sont limités et pour l’essentiel réinvestis dans la banque.

Article de Aline Fares paru sous ce titre sur le site du CADTM

Ressources :

« Public Banks in the age of financialisation », ouvrage en anglais, coordonnée par Pr Christoph Scherrer

IMF Report on the German Financial system, June 2016 - Figure 4, page 18

jeudi 31 octobre 2019

Le lynchage du geek charismatique

Il était une fois en Australie,un petit garçon très brillant, devenu étranger aux conventions sociales de son milieu. Sa mère allait de mari en mari, de théâtre en secte, toujours marginale, tandis que le père naturel du garçon était laissé pour compte. Adolescent, il trouva refuge dans le cyberespace, ce qui procura une terre d’élection à son insatiable curiosité. En découvrant cet univers et ses secrets, il sut développer une éthique rigoureuse qui lui serait propre : sa vocation devint la découverte des faits réels en vue de les partager avec le reste du monde. Vivant en dehors des codes sociaux habituels, sa boussole morale était orientée par des principes spontanés . La vérité était la vérité, la déception était mauvaise, les mensonges des puissants devaient être dénoncés. Le péché originel de Julian Assange était le même que celui de Galileo Galilei. Galilée avait péché en révélant au peuple des choses que l’élite du clergé connaissait déjà ou du moins présumait, mais dont elle préférait garder le secret, afin de ne pas ébranler la confiance du peuple dans la doxa canonique répandue par ses autorités.

Assange commit le même péché en créant Wikileaks. La version officielle de la réalité était par lui mise en cause. Tous les mensonges pouvaient être exposés. Les mensonges, l'hypocrisie, la brutalité inhumaine des États-Unis et leurs obligés dans leurs guerres d'hégémonie mondiale étaient de loin les aspects les plus sensibles de ces révélations. Car, pour Assange, les prétentions de la "Nation d'exception" reposaient tout simplement sur le mensonge et la dissimulation.

Lire la suite de l'article de Diana Johnstone, paru sous ce titre sur le site de la librairie Tropique

samedi 26 octobre 2019

Audience physique de Julian Assange du 21 octobre 2019

Finalement, Baraitser s’est tournée vers Julian et lui a ordonné de se lever et lui a demandé s’il avait compris. Il a répondu par la négative, et a dit qu’il n’arrivait pas à réfléchir, et a donné toutes les apparences d’une personne désorientée. Puis il a semblé retrouver une force intérieure, se redressa un peu et a dit :

« Je ne comprends pas en quoi ce processus est équitable. Cette superpuissance a eu 10 ans pour se préparer et je ne peux même pas accéder à mes écrits. Il est très difficile, là où je suis, de faire quoi que ce soit. Ces gens ont des ressources illimitées. »

L’effort semblait alors devenir trop important, sa voix a faibli et il est devenu de plus en plus confus et incohérent. Il a parlé de lanceurs d’alerte et d’éditeurs étiquetés comme ennemis du peuple, puis il a parlé du vol de l’ADN de ses enfants et de l’espionnage dont il a fait l’objet lors de ses rencontres avec son psychologue. Je ne dis pas que Julian avait tort sur ces points, mais il n’a pas été en mesure de les formuler correctement. Il n’était manifestement pas lui-même, très malade et c’était terriblement douloureux à regarder. Baraitser n’a montré aucune sympathie et n’a pas paru s’en soucier. Elle a sèchement fait remarquer que s’il ne comprenait pas ce qui s’était passé, ses avocats pouvaient lui expliquer, puis elle est sortie de la salle.

Toute cette expérience fut profondément bouleversante. Il était très clair qu’il n’y avait aucune véritable considération juridique en l’espèce. Ce à quoi nous avons assisté, c’est une démonstration ouverte du pouvoir de l’État et une dictée ouverte des procédures par les Américains. Julian était dans une boîte derrière une vitre blindée, et moi et la trentaine d’autres membres du public présents étions entassés dans une autre boîte derrière une autre vitre blindée. Je ne sais pas s’il pouvait me voir ou voir ses autres amis au tribunal, ou s’il était capable de reconnaître quelqu’un. Il n’en a donné aucun signe.

A Belmarsh, il est maintenu en isolement 23 heures par jour. Il a le droit de faire de l’exercice pendant 45 minutes. S’il doit être déplacé, ils évacuent les couloirs avant son passage et ferment toutes les portes des cellules pour s’assurer qu’il n’a aucun contact avec un autre prisonnier en dehors de la courte période d’exercice strictement supervisé. Il n’y a aucune justification possible pour que ce régime inhumain, utilisé contre les grands terroristes, soit imposé à un éditeur en détention préventive.

J’ai couvert et protesté pendant des années contre les pouvoirs de plus en plus autoritaires de l’État britannique, mais le fait que les abus les plus flagrants puissent se faire aussi ouvertement est toujours un choc. La campagne de diabolisation et de déshumanisation contre Julian, basée sur les mensonges, les uns après les autres, du gouvernement et des médias a conduit à une situation où il peut être lentement tué sous les yeux du public, et accusé de publier la vérité sur les méfaits du gouvernement, sans recevoir aucune aide de la société "libérale".

Si Julian n’est pas libéré sous peu, il sera détruit. S’ils réussissent, qui sera le suivant ?

Craig Murray ex-ambassadeur de la Grande-Bretagne

Bonus !

Unes de Mediapart des 21, 22 et 23 octobre

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mediapart2210.PNG

mediapart2310.PNG Collections du Musée de l'Europe

Bonus 2

mediapart25_0.PNG Une du 25/10/219...

assangemediapart.PNG Une du 12 avril 2019...

Pour rappel... d'investigation...

iraq.PNG

mardi 22 octobre 2019

La CGT syndicat de gauche enfin révolutionnaire...

ldcCGT.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Par contre, si Zemmour est viré, au nom du dialogue social, la CGT continuera à essayer de placer un communiqué ou un invité sur une chaine capitaliste qui donne la parole 24/24h aux ennemis les plus acharnés des travailleurs ! Sous les applaudissements d'une très fabriquée par les médias (c'est à dire parfaitement inoffensive - ce qu'on appelle "la critique intégrée") "intellectuelle de gauche"... Ouaf, ouaf !

Le Concierge

Moment révolutionnaire

Profitons chers amis des derniers instants révolutionnaires avant que nous nous heurtions très vite à l'amère réalité. Le raz-de-marée Kaïs Saïed (72% des voix) a balayé symboliquement par son intensité, toute cette classe politique qui a trahi la révolution de 2011. La débâcle de Nombril Kakaroui et tous ses soutiens a été tellement savoureuse que je ne cesse de m'en délecter sadiquement. Avec tous les procès qui lui collent au cul, j'imagine bientôt Karoui et sa smala fuir le pays comme Ben Ali et ses trabelsites (voir ceci). Mais attention, ne nous réjouissons pas trop vite. Notre expérience de la Révolution, nous a appris à nous méfier des orphelins du système déchu qui nous attendent toujours au tournant...

karoui.jpg (dessin inspiré de cet article publié le 08 Janvier 2011)

Parmi ces "déchus", qui ont été ses soutiens directs et indirects, figure une bonne partie des médias "Ben Simpsonniens". Cette élite dite progressiste, depuis qu'elle a eu droit à la parole grâce à la Révolution, elle n'a fait qu'agiter l'épouvantail islamiste tombant dans une facilité intellectuelle à laquelle répondait positivement son public de Ben Simpsons[1]. Une culture de l'entresoi s'est développée durant ces dernières années faisant émerger des figures médiatiques persuadées de leur pertinence, voire de leur héroïsme (Mohamed Boughalleb, Maya Ksouri, Lotfi Laamari...*). Elles se sont complus dans cette confortable lutte banalisant au passage le retour des anciennes figures du benalisme, fermant les yeux sur la corruption de leurs patrons, mais surtout, vidant de leurs substances les aspirations sociales de la Révolution qu'il leur arrive de rappeler mais seulement pour se donner bonne conscience.

Certes, l'islamisme est un monstre. Je dirais même plus, qu'Allah est la tête du monstre qu'il faut commencer par couper si l'on veut lutter sérieusement contre l'islamisme. Oui, je comprends très bien que des gens puisse faire de l'islamisme un sujet de lutte politique et philosophique. Mais lorsqu'on en arrive à ce qu'une Olfa Youssef (voir ici), universitaire, prenne ouvertement la défense d'un mafieux avéré, ploutocrate spaghetti du nom de Nabil Karoui et ce par anti-islamisme primaire (mixé forcément à une bonne dose d'opportunisme), alors stop ! arrêtons immédiatement ce cirque médiatique et recommençons à zéro.

Kaïs Terminator SAÏED, an Ier

L'espoir que semble avoir ressuscité l'élection de ce nouveau président, fait souffler sur la Tunisie un vent de révolution. Des jeunes se réapproprient l'espace public en organisant des campagnes de nettoyage de rues, de plantation d'arbres, ou de coloriage de trottoirs (voir ici). Ce mouvement lancé sur internet prend des allures de jeunesses communistes, de quoi effrayer les déchus du Karouisme et d'une frange de la bourgeoisie, pour qui le peuple ne peut être mu que par les ficelles d'associations islamistes ou par les services de renseignement américano-sionistes.

N'en déplaise aux aigris, aux déchus, aux rabat-joies, aux précieux, aux snobs...quelque chose se prépare. Ce Kaïs Saïed n'est qu'un véhicule d'un quelque chose que nous ignorons. Bien entendu, il risque de nous décevoir, de tomber en panne, ou de se refermer sur nous comme un nouveau piège à cafards. Mais savourons encore cette parenthèse enchantée comme lorsque nous étions enfants, et ce même si la réalité nous rattrapera de toute façon.

* Mes propos ne sont surtout pas destinés à excuser les campagnes de lynchage lancées contre ces journalistes (voir ici). La moindre menace contre un journaliste est une menace contre TOUS. La liberté d'expression est un droit non négociable...même pour ceux qui n'en sont pas à la hauteur.

Article paru sous ce titre par Z sur son blog Débat Tunisie le 21/10/2019

Notes

[1] Voir le film du Concierge à ce sujet. Note du Concierge...

jeudi 17 octobre 2019

Lettre ouverte de l'ex-présidente du parlement grec au cinéaste Costa-Gavras

«Adults in the Room», le nouveau film de Costa-Gavras inspiré du livre de l’ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis (traduit en français sous le titre "Conversations entre adultes"), sortira en salles le 6 novembre. Voici la lettre ouverte adressée au cinéaste par Zoe Konstantopoulou, ex-présidente du parlement grec, à propos de sa narration des événements qui ont ébranlé l’Europe en 2015.

Le 10 septembre 2019

Lettre ouverte à Costa-Gavras

Cher Monsieur Gavras,

Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire de vive voix fin mai 2015 à Paris, j’apprécie et je respecte votre travail et votre contribution. C’est pourquoi, en juin 2015, en tant que Présidente du Parlement grec, je vous avais demandé de soutenir le rapport de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque. À l’époque, vous m’aviez demandé de vous envoyer le rapport et quelques jours plus tard vous aviez été un de ses premiers signataires. C’est-à-dire que vous aviez soutenu le travail scientifique officiel de juristes, économistes et experts de renommée internationale, qui ont travaillé bénévolement pendant des mois et qui ont analysé les raisons pour lesquelles la prétendue dette publique du pays est illégale et ne devrait pas être payée par le peuple grec.

Au travers de cette lettre ouverte, je voudrais que mes doutes soient rendus publics.

Vous avez choisi de réaliser un film en référence à une période extrêmement importante de l’histoire récente de notre peuple et de notre pays. Une période que certains d’entre nous ont vécue depuis nos positions à responsabilité et que tout notre peuple a vécue de la manière la plus intense qu’il soit. Et vous l’avez fait en adoptant intégralement la version et le récit (véritablement le scénario) d’un homme qui a joué un rôle déterminant à cette période. Cet homme qui se comportait au moins de manière irresponsable et inconsciente dans la gestion de la négociation, la traitant comme une affaire personnelle, suivant une stratégie et des tactiques personnelles, négociant sans conseillers juridiques et sapant de sérieuses opportunités pour notre pays (qui existent toujours), en créant des chaînes et en attachant la Grèce au char du Troisième mémorandum, avant même d'avoir finalisé son premier mois au ministère des Finances.

J’ai vécu ces événements critiques et cela m’a conduite à des conclusions qui, du moins selon moi, sont assez claires sur le rôle que chacun des protagonistes de l’histoire a eu. En effet, depuis la place que j’ai occupée, j’ai pu avoir une connaissance directe et sûre de ce qu’il s’est passé. Et sans demander que vous adoptiez ma propre position et lecture des événements, je m’interroge sur le fait que vous n’avez pas tenté de contre-interroger les événements de cette période. Votre film ne porte pas sur un pays fictif, mais sur des événements historiques qui ont marqué la Grèce et les Grecs et sur le rôle joué par ceux qui ont géré le sort de ce pays.

Une lecture de l’histoire montrant ce qui s’est passé en 2015 comme le résultat unique du comportement extrême des créanciers et qui montre que le gouvernement grec était incapable de se défendre et de réclamer ses droits est une fausse lecture. Les créanciers se sont comportés de manière criminelle, impitoyable, qui rappelle un coup d’État. C’est un fait. Malheureusement, le gouvernement grec et ceux qui avaient la responsabilité des négociations (avec les créanciers) leur ont facilité la tâche. Ils ne s’étaient pas préparés, leur travail était brouillon et superficiel. Et si certaines personnes pensent qu’elles ont capitulé parce qu’elles n’étaient pas préparées, ma conviction, basée sur les faits que j’ai vécus, est qu’elles ont choisi de ne pas se préparer car elles avaient accepté de capituler. Cela a été très clairement confirmé quand elles ont choisi de ne pas utiliser le travail qui était fait au Parlement à cette époque et les outils de négociation spécifiques produits par ce travail.

Dans le cadre des négociations de 2015, le gouvernement Tsipras, contrairement à ses engagements, n’a jamais soulevé la question de l’annulation de la dette, n’a pas non plus remis en question son remboursement, mais au contraire l’a accepté avec l’accord du 20 février signé par M. Varoufakis avant que ne commence les travaux du Parlement. Avec ce même accord, le gouvernement grec a cédé 11 milliards d’euros aux créanciers, ce qui était contraire à ses engagements et son programme. En réponse à mes réactions sur cet accord, Tsipras et Varoufakis ont fait semblant de ne pas comprendre. Ils n’ont pas suspendu le remboursement de la dette ni au commencement des travaux de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque, bien qu’ils s’étaient engagés à le faire. Ils n’ont pas non plus utilisé le rapport de la Commission d’audit, ni au moment le plus crucial des soi-disant négociations au mois de juin.

Lorsque le Parlement a approuvé le référendum, M. Varoufakis a tenté de l’inverser en déclarant que « si la proposition des créanciers change, la question changera et le gouvernement fera campagne pour le Oui », en même temps que M. Dragasakis 1 disait que le referendum pouvait ne pas avoir lieu. J’ai dû faire une déclaration publique depuis le Parlement, selon laquelle le référendum n’était pas annulé et que la question n’était pas modifiée, pour faire cesser ces déclarations.

Il est maintenant clair que Tsipras et Varoufakis pensaient que le peuple grec voterait « Oui » lors du référendum, et envisageaient d’utiliser ce « Oui » comme alibi. C’est pour cette raison que Varoufakis a démissionné le 6 juillet 2015, peu de temps après le Non du référendum, et qu’il a ensuite facilité la trahison du Non : il n’a pas justifié sa démission, il a envoyé une lettre de soutien à son successeur Tsakalotos, et sa procuration pour l’accord à venir du 13 juillet – le 3e mémorandum, il a voté en faveur des conditions préalables à l’application du 3emémorandum, notamment la réforme du Code de procédure civile, qui permettait de faciliter la saisie des avoirs des citoyens par les banques en faillite. Tout cela a été fait par choix et non par manque de choix.

Je considère que c’était une erreur de choisir de baser votre film, qui traite d’événements historiques d’une telle importance, uniquement sur le récit d’un homme, alors qu’il est clair qu’il s’est préoccupé de manière très systématique à l’écriture d’un scénario centré sur son propre personnage héroïque, qu’il ne s’est pas préoccupé à ce point, autant qu’il aurait dû, de soutenir notre pays et notre peuple, et qu’il continue de ne pas vouloir donner d’explications sérieuses sur de nombreux événements et sur ses propres actions.

Bien sûr, en tant qu’artiste et même en tant que Costas Gavras, vous avez la liberté et le droit de créer comme vous le voulez ce que vous voulez. Mais je ne pense pas que vous ayez le droit de présenter unilatéralement, en adoptant le point de vue d’un des responsables et d’une des personnes impliquées, des événements historiques d’une telle importance.

D’après le scénario de M. Varoufakis et de M. Tsipras, il n’aurait pas pu en être autrement pour la Grèce.

Moi je sais qu’il aurait pu et qu’il peut en être autrement.

Et la responsabilité de ceux qui n’ont pas voulu faire ce qu’il fallait et ce qu’ils s’étaient engagés à faire, ne diminue pas par l’effacement de la douleur de ceux qui ont fait face.

Leur responsabilité n’est pas diminuée, même avec votre film.

Respectueusement,

Zoé Konstantopoulou Ancienne Présidente du Parlement

Etre "taré" est-il plus grave qu'être "fasciste" ?

Le Musée de l'Europe en maraude nocturne dans le champ intellectuel parisien n'a pas le temps de savoir même de-quoi-qu'est-ce il peut bien être question, mais retient que pour une prof d'histoire-géo, "taré" c'est quand même plus grave que "fasciste"... Comprend qui peut, ou comprend qui veut... Le Concierge

lDCfascistes.PNG

samedi 5 octobre 2019

"Vous êtes beaucoup trop réacs pour gagner quoi que ce soit"... Car "le progressisme, ce n'est que cela"

Le Concierge ayant eu la curiosité d'écouter la performance de Raphaël Enthoven à la "Convention de la droite" suite à un sujet de la RTBF, force est d'acter que cette sorte d'anti-Réaction en acte force l'admiration, et est à opposer, en de nombreux points, aux poseurs de toutes causes, et aux causeurs de toutes poses, sans lesquels la Réaction n'aurait rien à réagir. Car, par leur soif (libérale) d'apparaître dans les médias en enfilant les dépouilles bien trop grandes pour eux de combattant.e.s dont ils tentent d'accaparer la mémoire pour attirer le chaland vers leurs boutiques, ces dernier.ère.s constituent l'indispensable premier temps du moteur à deux temps de la Réaction (comme quand le négationnisme du racisme de classe fournit sur un plateau un substitut à la Réaction, comme une divine Révélation à laquelle celle-ci n'avait pas pensé, car si le racisme de classe a été déshabillé de son nom par ses célibataires mêmes, la chose n'ayant pas disparu, il suffit de lancer le "racisme anti-Blancs" - sic- pour que le mauvais concept chasse le bon. Quand les victimes du racisme de classe sont loin d'être tous "blancs" - re-sic.)

Le Concierge

enthoven.PNG Collections du Musée de l'Europe et de l'Afrique (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)

mardi 1 octobre 2019

Tsipras et Varoufakis vers la capitulation finale

Nous reproduisons la conclusion de la partie 9 de la série d'Eric Toussaint "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même" consacré à "Adults in a room" (dont une adaptation cinématographique réalisée par Cost-Gavras sortira en salle le 6 décembre) Le Concierge

Au cours des deux mois qui mènent à la trahison du verdict populaire du 5 juillet, Tsipras a pratiqué une orientation qui conduisait au désastre. À plusieurs reprises, il aurait pu prendre un tournant mais s’y est refusé. L’enthousiasme soulevé par le référendum du 5 juillet a fait long feu et a débouché sur une énorme déception.

Est-ce que Varoufakis a défendu de manière cohérente une alternative crédible, comme il le prétend ? La réponse est clairement négative. Il a accompagné Tsipras et le noyau qui l’entourait et il n’en a jamais pris publiquement ses distances quand il en était encore temps. Et lorsqu’il a démissionné, il l’a fait dans des termes qui ont prolongé la confusion. Dans l’explication publique de sa démission, il écrit le 6 juillet :

« Peu après la proclamation des résultats du référendum, on m’a fait savoir que certains membres de l’Eurogroupe ainsi que d’autres « partenaires » auraient vu d’un bon œil mon « absence » lors des réunions, idée que le Premier Ministre juge potentiellement utile pour parvenir à un accord. C’est pour cette raison que je quitte aujourd’hui le ministère des Finances. (…) Je considère qu’il est de mon devoir d’aider Alexis Tsipras à exploiter de la manière qu’il jugera utile, le capital que le peuple grec nous a confié lors du référendum de dimanche. (…) Je soutiendrai donc sans hésitation le Premier Ministre, le nouveau ministre des Finances et notre gouvernement. »

Quant à son plan B, il a fallu attendre la décision de fermeture des banques pour que Varoufakis découvre, selon ses propres déclarations, que la banque de Grèce disposait d’une réserve de billets en euros pour un montant de 16 milliards € qui, si le gouvernement l’avait décidé, auraient pu être remis dans le circuit, par exemple en les estampillant pour qu’ils fonctionnent comme une monnaie complémentaire non convertible et qu’ils puissent être mis en circulation via les distributeurs de billets. Et à ce moment-là il reconnaît lui-même qu’il s’est opposé à ce qu’on utilise cette manne alors que le leader de la plateforme de gauche essayait de convaincre Tsipras de s’en servir.

Heureusement, Varoufakis a ajouté sa voix au camp du refus du 3e mémorandum dans la nuit du 15 au 16 juillet, votant « Non » avec les députés de la Plateforme de gauche et avec Zoe Konstantopoulou.

En ce qui concerne la Plateforme de gauche, il faut aussi reconnaître qu’elle a commis l’erreur grave de ne pas exprimer publiquement ses désaccords à partir de la première capitulation du 20 février et par après. Elle n’a pas mis dans le débat public le plan B élaboré notamment par Costas Lapavitsas. Après la trahison du résultat du référendum, elle s’est largement cantonnée à la dénonciation de la politique de Tsipras sans être capable de mettre en avant de manière offensive et crédible une proposition alternative.

Il n’y a pas eu de grandes mobilisations spontanées car une majorité du peuple de gauche qui avait mené le combat principalement entre 2010 et 2012 faisait confiance à Tsipras et celui-ci n’appelait pas le peuple à se mobiliser. Les forces de gauche hors du parlement qui appelaient à la mobilisation étaient quant à elles trop faibles.

Les facteurs qui ont conduit au désastre sont bien identifiés : le refus de la confrontation avec les institutions européennes et avec la classe dominante grecque, le maintien de la diplomatie secrète, l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats, le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes…), le refus de faire payer les riches, le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale,… Pourtant comme nous le verrons dans la partie qui suit, le dénouement tragique n’était pas inéluctable, il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Eric Toussaint

A lire intégralement sur le site du CADTM

dimanche 29 septembre 2019

Il y a 20 ans : qui se souvient de José Bové ?

Article repris à Bruno Gaccio, titre et liens du Concierge...

chiracbove.PNG Cliquer sur l'image pour découvrir José Bové

A’tchao Chirac.

Jacques Chirac est mort. J’ai ressenti de la peine. Je ne m’attendais pas à ce sentiment. Pendant des années, Jacques Chirac a fait partie de mon quotidien. Je l’ai observé comme un enfant rêvasseur regarde une fourmi trimballer quelque chose de trop gros pour elle. On ne se connaissait pas personnellement pourtant je le connaissais intimement, au moins dans ce qu’il acceptait qu’on montre de lui publiquement.

Je n’ai jamais rencontré Jacques Chirac, je ne sais pas exactement ce qui me motive à écrire ça ce midi, alors que j’ai tant d’autres choses à faire. Peut-être parce que de tous les Chiracologues qui vont fleurir dans les heures qui viennent, suis-je le plus honnête : ne l’ayant jamais rencontré, je n’ai aucune raison de le trouver sympathique. Sans doute l’était-il. En apparences et de mon observatoire, il était marrant comme une fourmi qui… etc.

J’ai perdu quelqu’un.

Pour ceux de ma génération qui ont eu l’occasion de suivre l’histoire de son élection en 1995, il me sera reproché toute ma vie, comme à Benoit Delépine et Jean-François Halin, d’avoir fait élire Jacques Chirac Président de la République Française. Rien que ça. Grâce, disaient les “observateurs“ à sa marionnette des Guignols de l’Info - morts avant lui - avec un slogan stupide : “Mangez des pommes“. Une trouvaille, censée illustrer la vacuité de son programme, qu’un conseillé en communication malin retourna au profit de son employeur. La parade à l’humour, c’est toujours plus d’humour, jamais moins. C’était il y a 25 ans. Putain ! 25 ans ?!

chiracworldcompagny.PNG Cliquer sur l'image

Avouons-le aujourd’hui, oui, nous l’avons fait élire, non pas en le rendant sympathique, il l’était, mais parce qu’il avait un opposant antipathique : Balladur. Un Giscard sans la Jeunesse, un Sarkozy sans l’énergie, un fourbe de comédie qui enfilait des gants pour serrer la main de ceux qu’il souhaitait voir devenir ses électeurs. Un dédaigneux soutenu par la plus grande chaine de télé de France de l’époque : TF1 ! Son directeur des programmes Etienne Mougeotte fit même cet aveu dans des termes proches de ceux là : « On a choisi un candidat, on s’est planté, on ne choisira plus jamais » … Marrant, vu d’aujourd’hui, non ? Mais Chirac a gagné, comme une fourmi qui trimbale un truc impossible à porter, il a réussi à vaincre tous les obstacles médiatiques qui se dressaient. Balladur incarnait le mépris du Peuple. Chirac incarnait la France, y comprit physiquement : grand sans hauteur, l’air vif mais avachi, toujours pressé d’aller nulle part et le pantalon remonté largement au dessus d’un nombril qu’on voit quand même. Nous, Français, avons aimé Chirac parce qu’il était comme nous et nous l’avons détesté parce qu’il était trop comme nous. Un tonton René comme il en existe dans toutes les familles Françaises. Je retiendrai globalement que Chirac, homme de droite dirigea le pays plus à gauche que son prédécesseur, homme de gauche qui le dirigea à droite. Mais aux Guignols, Chirac n’était pas un homme politique, il était autre chose. Un personnage primaire et complexe. Un humain fait de la somme des fantasmes de trois auteurs rigolards.

Partout dans les jours qui viennent, l’inventaire sera fait de son action politique, de ses affaires, de ses trahisons, de ses ratés, sa gauloiserie assumée, le tout saupoudré d’anecdotes sur sa gourmandise, la tête de veau, la bière fraiche et la tortue qui le suivait sans cesse. Ces Chiracologues patentés feront le bilan d’une vie passée sous les ors de la République sans jamais avoir exercé un boulot “normal“. Chirac restera le seul président de la 5eme République qui aura mis douze ans pour faire un septennat. 1995/1997 – Dissolution – Puis 2002-2007. 2+5=7.

Des dizaines de livres seront publiés, déjà écrit pendant l’agonie. Ça n’est pas le propos de cet hommage, car s’en est un, qu’on ne s’y trompe pas.

Observateur critique du bonhomme pendant sa présidence, il semblerait qu’il ait tout raté, sauf sa carrière. Pourtant, même en cela, il était la France : l’art de se faufiler jusqu’à une place confortable et s’y maintenir le plus longtemps possible sans trop faire de vagues, c’est très Français. Aucun journaliste de talent, arrivé là où il est par l’unique force de son travail, ne me contredira sur ce point.

J’ai l’âge d’avoir des souvenirs et de la nostalgie, définition pour certains du parfait “vieux con“. Je l’assume sans problème. Sous ce qualificatif je me permets d’affirmer que le douzénat de Jacques Chirac, tout amusant qu’il fût pour l’auteur-observateur que j’étais, annonçait un drame : la World Company ne se contenterait pas longtemps de son rôle de catéchiseur pour grossistes en libéralisme sauvage. Il lui fallait mettre sa grosse patte sur les manettes du pouvoir politique. Ouvertement. Le Back Office devait passer devant, pour ne plus perdre de temps en lobbying coûteux. Nous sommes en plein dedans. Et ça fait mal.

Beaucoup évoqueront comme un des grands succès de Jacques Chirac, son refus de partir pour la 2e guerre en Irak. Ils auront raison. Pourtant, Chirac sera le dernier des Présidents de la 5eme République à avoir « fait une guerre », même si elle n’était que d’Algérie et qu’à son époque on appelait encore ça des “événements“. Chirac n’a pas dirigé une guerre au frais dans sa War Room blindée sous l’Elysée, non, il a combattu physiquement, prit le risque de donner son sang pour la Patrie, exposé son corps à la mitraille pour une cause discutable ô combien, ça n’est pas le sujet aujourd’hui, mais… il aura été le dernier Président à l’avoir fait. Il me semble que ça a une importance. Cela doit créer un rapport au pays qui n’est pas que comptable, en tous les cas, il me semble. Un rapport charnel, profond, affectif. Un rapport au Pays qui fait que, peut-être, on n’envoie pas à la mort des soldats pour du Pétrole et pour les intérêts économiques d’un autre pays que le sien ? Puisque la guerre est toujours liée à un intérêt financier, si par répugnance elle doit advenir, que cet intérêt concerne au moins ce qu’il faut bien appeler sa patrie ? Sait-on si cela a motivé Jacques Chirac pour refuser cette guerre ?

C’est dans le contraste avec ce qui a suivit son douzénat qu’on comprend mieux les Présidences Chirac. Depuis 2007, le pays est dirigé par de jeunes prétentieux boursouflés de suffisance pour qui “pays“ signifie “entreprise“. Sarkozy, Hollande et aujourd’hui Macron, nourris de certitudes libérales, individualistes et mâtinées d’hypocrites “compétition mondiale“, ont oubliés, les indécrottables fous, que la finalité de toute politique, est de faire vivre en relative harmonie les riches et les pauvres, les grands et les petits, les cons et les érudits, les beaux et les moches, les malins et les naïfs, les chanceux et les poissards, les gagnants et les loosers, brefs les humains, dans une paix relative. Un pays riche peuplé de pauvres n’est pas en paix, il est en guerre larvée.

Chirac en ne faisant pas grand chose de son douzénat avait maintenu cet équilibre précaire entre les individus qui composent la population d’un pays aussi divers que le notre. Ça a tangué bien sûr, ça a gueulé, manifesté… mais ça a tenu. Certains vont le lui reprocher. Les fous.

Les jeunes prétentieux qui dirigent le pays depuis, et tous les autres pays puisque, partout, la World Company a mis ouvertement sa patte sur la politique, créent un énervement mondial. Avec leurs aspirations de réussite et d’excellence dont l’unité de mesure est plus que contestable, ils divisent le monde entre ceux qui valent la peine – qui travaillent et se taisent – et ceux qui ne méritent pas, ou peu, ou qui ne sont rien, les autres, tous les autres, qui ne veulent pas ou ne peuvent pas participer à la grande compétition mondiale de celui qui pissera le plus loin avec sa grosse Nation-Entreprise. Nous sommes dirigés par des fous.

Chirac aura refusé d’aller faire la guerre en Irak, Merci à lui pour ça. Il a, ce jour là, incarné ce que la France a de meilleur : sa prétention à être différente, râleuse, bordélique, indépendante et solidaire ! C’est d’ailleurs la seule ambition réaliste d’un pays qui représente 1% de la population mondiale : éclairer une voie, montrer un chemin, être inventif en matière de vivre ensemble, d’énergie, d’écologie, d’économie... Mais non, les jeunes prétentieux veulent qu’on concurrence la Chine sur la main d’œuvre, l’Inde sur l’informatique et qu’on soit des U.S. bis en matière de consommation de produits manufacturés. Des fous ou… des salauds ?

Ces jeunes prétentieux aiment la guerre, parce qu’ils ne la font pas ! Ils la regardent de la salle de commandement, en bras de chemise, devant des écrans sur lesquels ils observent et dirigent “les opérations“. En n’oubliant pas le selfie qui va bien pour communiquer en temps réel. Ce faisant, ils nous préparent la guerre mondiale de demain, celle des crève-la-faim contre les bouffis. Guerre de laquelle naitront les héros d’après demain, qui dirigeront ce qu’il restera des Etats le jour d’après. S’il y a un jour d’après.

De là, sortira un autre De Gaulle qui pansera les plaies, puis un autre Mitterrand, pour un “vrai changement“, puis un autre Chirac, qui expédiera les affaires courantes, pour retarder la prise de pouvoir de nouveaux jeunes prétentieux qui remettront le bordel… sans fin.

Passionné de civilisation disparue d’Asie, d’Océanie, d’Afrique, Chirac fustigeait je cite : « l’ethnocentrisme et la prétention d’une culture (la nôtreà à se penser comme dominante ». Il savait ne pas pouvoir nous en convaincre, alors il en a fait la démonstration par l’exemple. Chirac en ne faisant pas grand chose de ses mandats de Président, fût une sorte de Révolutionnaire en creux.

Amen.

Bruno Gaccio

Coupure de courant

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Le Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Le Peintre du Champ

Présentent

Leurs condoléances aux Lapins Électriques

RIP

Le Porte Urinoir Marcel Noël Bourdieu

Les Frégates lance-entonnoirs Karl Kraus et Guy Hocquenghem

Le Sous-Malin Boris Souvarine

se tiennent à la disposition des familles affectées par cette disparition et organiseront une cérémonie de dispersion des cendres l'été prochain en leur port d'attache au Lac Rond , en compagnie des fleurs sauvages électriques, des vaches électriques, des marmottes électriques et des truites saumonées électriques.

Réservations à la Boucherie Durand, Castillon en Couserans.

Amen.

Le Peintre du Champ

mercredi 25 septembre 2019

La répression s’abat à nouveau sur l’Egypte dans l’indifférence internationale

Après les manifestations du week-end dernier en Égypte, 516 personnes au total auraient été arrêtées depuis 48 heures, selon les estimations d'une ONG égyptienne, le Centre égyptien pour les droits économiques et sociaux. Et ce chiffre devrait encore grossir, car les interpellations continuent. Le tout se déroule sous le boisseau : l’accès à l’information est très compliqué.

Les premières manifestations en cinq ans

Cette vague de répression fait suite aux manifestations surprises du vendredi 20 septembre dans la soirée au Caire et samedi soir à Suez, les premières du genre depuis plus de cinq ans dans ce pays de 100 millions d’habitants, mis en coupe réglée par le régime d’Abdel Fattah al Sissi. Plusieurs centaines de jeunes Egyptiens ont défilé aux cris de "Sissi dégage", alors que tout rassemblement de plus de 10 personnes est interdit.

La police a répliqué avec des gaz lacrymogènes, comme en témoignent plusieurs vidéos postées sur les réseaux sociaux. Et dans la foulée, la répression n’a donc pas tardé. Parmi les personnes interpellées, une figure des droits de l’homme depuis 10 ans. Il s'agit de l’avocate Mahienour Al Masry, interpellée au Palais de justice, alors qu’elle assistait aux comparutions des premières personnes arrêtées.

L'accès à l'information très difficile

On est dans un cas d’école de censure par un pouvoir autoritaire. Le signal de plusieurs médias, par exemple la BBC, a été coupé. Le service d’information d’État envoie des menaces à peine voilées aux journalistes étrangers soupçonnés de propager des "informations erronées qui vont au-delà de la vérité". Plusieurs comptes Twitter ont été rendus inaccessibles. Les informations sont donc parcellaires et difficiles à collecter. Pour les autorités, l'objectif est atteint puisque presque personne n’en parle.

L’enjeu des réseaux sociaux est central. C’est par ce biais que s’opère la mobilisation. En particulier à l’initiative d’un personnage controversé : il s’appelle Mohammed Ali, un ancien acteur reconverti dans le BTP. Il est réfugié en Espagne après avoir fui le pays. Et sur son compte Twitter, il multiplie les vidéos pour dénoncer la corruption du pouvoir. Il a par exemple appelé à une grève dans les universités aujourd’hui et surtout, il appelle à un énorme rassemblement au Caire vendredi prochain pour "la marche du million"

Il est impossible de prédire si cet appel sera suivi. Ce qui est certain, c’est que le pouvoir fait tout pour l’éviter, d’où ces arrestations en masse. Mais en face, il est tout aussi certain qu’une partie de la population est excédée par l’absence de libertés publiques. On estime que depuis cinq ans, plus de 60 000 personnes ont été arrêtées : des militants des Frères Musulmans mais aussi des militants des droits de l’homme.

La population est aussi excédée par la situation économique et sociale qui ne cesse de se dégrader malgré les promesses du pouvoir : aujourd’hui un tiers de la population vit sous le seuil de pauvreté. La suite est donc imprévisible.

Source : France Info

mardi 24 septembre 2019

Il y a 50 ans : World Tour 2019

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dimanche 22 septembre 2019

Privatisation du littoral

Parmi les sponsors du Forum, et à part les entreprises grecques, on y découvre le cabinet d’avocat d’affaires Milbank, pour qui, “la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, sous forme de titres de la dette, comme dans un certain nombre de secteurs attractifs, notamment les institutions financières, y compris pour les prêts non productifs, l’immobilier, l’énergie, le tourisme et l’hôtellerie, le transport maritime, la logistique et les transports, le pétrole et gaz, les industries du commerce en détail et autres. Pour ceux qui cherchent à investir en Grèce dans un large éventail de dossiers de premier plan, notamment les acquisitions de capital-investissement et de sociétés, les coentreprises et d’autres investissements, le financement à effet de levier et de la dette à haut rendement, offres publiques initiales et autres opérations sur les marchés des capitaux, titrisation de prêts non productifs et d’autres catégories d’actifs, restructuration financière, gestion des dettes en souffrance et des passifs, et toutes les questions liées aux domaines susmentionnés.”

On ne rase presque plus gratis, surtout lorsqu’il s’agit de rafler la totalité de la mise, c’est-à-dire du pays. Pendant ce temps, notre ami, le brocanteur et bouquiniste âgé du vieux centre-ville, vient d’être expulsé “gentiment” de son commerce. L’immeuble a été acheté, justement par des... investisseurs. Sa boutique déjà vidée, on lui permet d’exposer certains objets devant l’entrée, tandis qu’il ne peut attendre désormais ses clients que dans la petite rue. “Heureusement que les autres brocanteurs des lieux ont accepté d’arranger ma maigre marchandise chez eux afin de la vendre si possible avec la leur. Ce n’est pas évident... puis, ma retraite ne viendra pas tout de suite. Sans parler de l’âme perdue de ma boutique, Princesse ma chatte, qui est visiblement très perturbée.”

(...)

Et à Athènes, les fonctionnaires du “Ministère des Finances” font semblant de protester contre la privatisation progressive de leur service. “Non aux sociétés privées, chargées du contrôle fiscal”, peut-on lire sur leur banderole déployée devant “leurs” locaux. Mais c’est trop tard. L’administration fiscale en Grèce est désormais placée et ceci depuis quelques années, sous le contrôle total d’une société anonyme pilotée depuis Bruxelles et Berlin, la dite “Agence Indépendante des Finances en Grèce”. SYRIZA, tout comme les “gouvernements” d’avant, et d’après, auront... bravement travaillé pour les colonisateurs, avec l’aimable participation des rapaces locaux bien entendu. Après tout... la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, aussi sous forme de la dette à haut rendement !

(...)

Les... “investisseurs” affluent ou presque, les plages se vident et d’ailleurs... elles se vendent. La nouvelle loi relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, annoncée par le gouvernement mais pas encore adoptée, prévoit la privatisation du littoral, autrement-dit, elle met fin de fait à son caractère public. “L'ancien littoral est désormais qualifié de propriété privée de l'État. La voie est ainsi ouverte à son usage exclusif par découpage en zones d’activités, pour l’industrie, l'hôtellerie et les loisirs. Il est aussi établi une affectation directe des segments des bords de mer et de plage dans les cas dits ‘d’investissements au caractère stratégique’. Les loyers sont même réduits dans le cadre de l’utilisation du littoral au détriment des recettes publiques”, presse grecque en septembre.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "l'âme perdue" sur son blog Greek Crisis

vendredi 6 septembre 2019

A démocrates, démocrates et demi

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Pas mieux !

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PS : deux juges ont successivement validé la décision de Boris Johnson d'ajourner le Parlement jusqu'au discours du trône.

vendredi 12 juillet 2019

Alstom : la France vendue à la découpe ? Frédéric Pierucci

pierruci.PNG Cliquer sur l'image pour voir l'interview de Frédéric Pierucci par ThinkerView

vendredi 5 juillet 2019

Il ya 46 ans...

moiyenavouloirdessous.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film de Jean Yanne"Moi y'en a vouloir des sous"

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