Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 9 janvier 2016

SA fiscales sous le protectorat de l'UE en Grèce

La onzième, depuis l’avènement de la Troïka en Grèce, reforme dite des retraites, plus exactement l’achèvement de la fin de vie... par d’autres moyens, occupe vraiment l’actualité grecque en ce moment, autant, que certains faits plus tellement divers: cambriolages accompagnés de meurtres ou plutôt le contraire, et surtout, cette dernière affaire de l’hypermémorandisme pratiqué d’en bas par les autorités sur le terrain, ainsi mis en œuvre par les agents du fisc à Thessalonique. En somme, la victime de ce terrorisme autant réel que symbolique, a été une femme âgée, soufrant de cancer.

L’histoire date du 22 décembre dernier mais elle vient tout juste d’être révélée par la presse. Sur un marché de Thessalonique, les agents du fisc accompagnés par des policiers interpellent une femme âgée qui vend des objets personnels “sans autorisation”, une... braderie pour survivre et surtout, pour pouvoir faire face aux frais exigés par sa thérapie.

Suite aux affaires similaires, celle d’abord du vendeur de châtaignes à Thessalonique, puis de celle de la vielle femme veuve et... trafiquante de persil à Trikala (en Thessalie) auxquels les agents du fisc ont infligé des amendes de plusieurs milliers d’euros, il y a donc cette troisième récidive... de la criminalité institutionnalisée (car exercée en dépit de tout critère de justice sociale, qui plus est, dans un pays au Contrat social définitivement déchiré), qui en rajoute, au climat délétère de l’année SYRIZA comme de toutes les autres années depuis au moins 2010.

D’après le reportage, cette femme, proposait à la vente: un chandelier, un pot de verre et un plateau de service, objets aussitôt confisqués et détruits d’après le protocole... strictement suivi par les agents du fisc ! Une amende de dix mille euros lui a été infligée.

“Cela fait quatre ans que je vends divers articles... sortis de notre foyer sur ce marché, c’est pour pouvoir payer les examens médicaux que je dois faire, suite à une mastectomie. Je vends des broderies, des tricots, je brode même, je n’ai pas de travail et je ne peux plus en réalité travailler. Que faire d’autre ? Il y a certains examens médicaux, lesquels ne sont plus pratiqués à l’hôpital public, alors, il faut les faire pratiquer dans le privé et ainsi payer. Personne ne m'avait troublé jusque-là, les gens ici me connaissent”.

“Les policiers m’ont donc interpellé le 22 (Décembre), à midi, ils ont probablement pensé que je vendais des cigarettes (de contrebande). ‘Eh les enfants, je suis malade’, ais-je dit, j’a été conduite au poste de la Police, ils ont été gentils avec moi certes, et j’y suis restée assise jusqu'à huit heures du soir, on me regardait alors sans rien dire, avant de me transférer dans un autre commissariat, plus central à minuit, et comme il faisait bien très sombre et comme j’étais comme effrayée, ils m’ont enfin ramené chez moi.” (hebdomadaire “To Pontíki” du 7 janvier).

Lire l'intégralité du texte de Panagiotis Grigoriou paru sur son blog Greekcrisis sous le titre Académie de Platon

mardi 5 janvier 2016

Moscovici fait de la banalite du mal comme M. Jourdain de la prose

Le procureur du Grand tribunal du Musée de l'Europe, dit Tribunal d'Argein, continue l'instruction des crimes inaliénables dénoncés en Grèce par de nombreux témoins. Des assignations à comparaître pourraient être lancées au printemps selon une indiscrétion d'un berger dont les brebis broutent dans la cour du tribunal (NDE)

Cette année, et cela pour la quatrième année consécutive, tout le monde aura remarqué ce manque progressif d’enthousiasme quant à l’échange de vœux, trop longtemps supposé habituel. Les cousins ne téléphonent pas, les amis et surtout compagnons d’un chômage bien endurci sont injoignables, au même titre que les amis issus des mouvements. Ces derniers, ils nous avaient souhaité avec tant d’espoir une si bonne année il y a un an, lorsque le Syrizisme ahurissant avait accédé au pouvoir, mais en ce début 2016, ils disparaissent des espaces visibles, y compris numériques. Pour si possible accomplir un bref séjour au village natal, loin d’Athènes, loin des luttes ou peut-être loin de certaines chutes.

La supposée grande nouvelle est celle... à laquelle la presse du moment croit encore: “le gouvernement recherche désespérément l'entente politique la plus large possible, devant les mesures qui arrivent”, et d’abord celle de la reforme “définitive” du système des retraites, Yórgos Katroúgalos le ministre concerné... par les obligations mémorandaires en la matière, vient de se rendre au Palais du Président de la République pour y exposer... “son projet de loi”. Manière inhabituelle.

Au même moment, depuis le vrai Palais de l’Empire (plus précisément interviewé sur I-télé le 4 janvier), Pierre Moscovici, Commissaire... dit européen aux affaires économiques et financières, a déclaré ceci: “À ce jour, le gouvernement grec a tenu ses engagements, il faut qu'il tienne aussi ses engagements sur les retraites, qu'il y ait une vraie réforme des retraites”, déclaration aussitôt reprise par toute la presse grecque et par certains medias français.

Moments entiers d’un temps bien en ellipse. Car en grec, l’ellipse c’est d’abord “le manque, le défaut, l'insuffisance”, rien de plus vrai en ce moment. Sur une façade oubliée de la ville on y découvre pourtant toujours... l’ultime message légué par Sávvas Metoikídis, cet instituteur qui s’est suicidé pour de raisons politiques le 21 avril 2012... déjà:

“Mesdames et Messieurs. Soyez les bienvenus dans les métropoles du chaos ! Installez alors portes de sécurité et systèmes d’alarme à vos demeures et appréciez... le spectacle. La prochaine révolte sera certainement plus forte pendant qu’elle cheminera... à travers la putréfaction de cette société. Ou sinon, sortez dans les rues aux côtés de vos enfants, faites grève, osez revendiquer votre vie volée. Souvenez-vous, vous avez été jeunes et vous aviez voulu un jour changer le monde...”

Lire l'intégralité de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sur son blog GreekCrisis sous le titre L'année des Minotaures

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mardi 29 décembre 2015

La fin de la démocratie

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Le 17 Août 1984, Cornelius Castoriadis avait donné une conférence à Léonidio, une bourgade Péloponnèse, sur le thème de la Démocratie antique et sur sa signification contemporaine. À cette occasion, il avait rappelé que contrairement à une certaine version de la thèse marxiste, les opprimés ne finiront jamais... automatiquement à renverser le cours de l’histoire.

C’est rarement possible et ce n’est d’ailleurs pas la règle. Le grand philosophe contemporain évoquait alors la fin du servage, une abolition qui n’a pas été le fait d’un renversement d’en bas, mais rendue possible tout simplement, parce que les couches dirigeantes avaient ainsi réalisé au bout d’un certain temps, que le maintenir coûte que coûte n’était plus rentable.

La fête se terminera, toujours et forcement. Pour une bonne partie de ce que nous nommons l’Occident, le moment historique proche est celui de l’abolition de la démocratie dite représentative et en même temps du retour d’une forme je dirais de servage, tout simplement parce que les couches dirigeantes ont ainsi réalisé, que maintenir l’état du monde actuel surtout coûte que coûte, n’est plus rentable.

J’observe cette fin d’année 2015 si terrible, sous l’emprise de mes apories alors multiples (en grec aporie: embarras, interrogation et autant dénuement matériel), et après avoir fait comme de nombreux autres Grecs, le constat amer de notre impuissance politique... d’en bas. Pourtant, nous avons lutté comme nous avons aussi utilisé toutes les fausses armes dont nous croyions encore disposer, essentiellement le vote, lors des législative et surtout lors du référendum.

Cependant, nous sommes enfin plus lucides. Les Grecs dans leur immense majorité réalisent à présent et cela suite à l’expérience (et expérimentation) de 2015, qu’aucun parti politique actuel n’est capable de se tenir à la hauteur des exigences alors... mortelles de notre moment historique, aussi parce que nous sommes certes à un tournant.

Les Grecs dans leur immense majorité réalisent encore qu’ils sont devenus des sans-abri politiques, depuis la mithridatisation du PASOK, de la Nouvelle démocratie et enfin de SYRIZA, formations prétendument politiques et en réalité castes d’intérêts plus privés que jamais, irrémédiablement imprégnées du totalitarisme financiocrate, ainsi que de tout son ridicule qui finalement (nous) tue.

Lire l'intégralité de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sur son blog Greekcrisis sous le titre 2015 - Bilans et dépôts

vendredi 18 décembre 2015

La Grèce entière saisie par les "Institutions"

Le gouvernement Tsipras d’après la reddition va au-delà de tout ce qu’on pouvait imaginer, au-delà des désirs inavoués des gouvernements-vassaux les plus à droite, en mettant à l’encan et en hypothéquant tous les « emprunts rouges ». Il s’agit en réalité de toute la richesse immobilière des ménages, de l’ensemble des entreprises grecques, et dans le même lot de l’ensemble de la richesse publique, rassemblée dans un superfonds au sein duquel un rôle prépondérant -si ce n’est le contrôle effectif-, reviendra aux étrangers.

Ces mesures abominables, avec beaucoup d’autres-tout aussi inadmissibles, font partie de l’accord avec les « institutions », qui a été inscrit dans le projet de loi des prérequis -exigences des créanciers NdT- déposé samedi pour être voté dans le cadre d’une procédure d’urgence avant mardi, en totale violation, une nouvelle fois, des règles de fonctionnement de l’assemblée et de la constitution.

Concrètement, dans le projet de loi, les fonds vautours ont par principe la possibilité de racheter les emprunts rouges des grandes entreprises et les prêts immobiliers, sauf ceux de l’habitation principale, et à partir du 15 février, la voie sera également ouverte au rachat des emprunts des petites et moyennes entreprises, des prêts pour l’habitation principale et des prêts à la consommation.

Le gouvernement a demandé et obtenu un « délai politique » concernant le cadeau fait aux fonds des habitations principales et des PME, dans le but de donner la priorité au projet de loi sur l’assurance sociale.

En même temps, avec le projet de loi, se constitue un super-fonds qui comprendra le TAIPED et tous les biens publics (biens immobiliers, actions, DEKO -entreprises et organismes publics NdT), y compris le TChS -Fonds de Stabilité Financière NdT-). Le super-fonds en question sera dirigé en réalité par les « institutions », il disposera en guise d’hypothèque de toute la Grèce, qui sera mise en liquidation pour rembourser les créanciers.

On n’a jamais vu ça, même dans la pire des colonies de tous les temps.

Lire la suite de l'article de Giorgos Terpis traduit par Jean-Marie Réveillon sur le site d'Unité populaire sous le titre Les « prêts à risque » offerts aux fonds vautours, toute la richesse publique hypothéquée".

Appel unitaire : « Sortir de l’état d’urgence »

En réaction à l’horreur des attentats, l’état d’urgence a été décrété par le gouvernement, puis aggravé et prolongé pour une durée de trois mois. Nos organisations ont immédiatement exprimé leurs craintes vis-à-vis de ce régime d’exception ; ces craintes sont aujourd’hui confirmées par l’ampleur des atteintes aux libertés constatées depuis quelques semaines. Nous assistons à un véritable détournement de l’état d’urgence qui cible également des personnes sans aucun lien avec des risques d’attentat. Ces abus doivent cesser.

La volonté de se rassembler et de manifester ensemble a prévalu après les attentats commis à Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de Vincennes, en janvier 2015. Elle prévaut encore. Or, depuis le 13 novembre 2015, les interdictions visant les mobilisations sur la voie publique se multiplient. Manifester n’est plus un droit, et les rares concessions accordées par les préfectures, qui attendent souvent le dernier moment pour informer de leurs intentions, entravent dans les faits son exercice.

Le ministère de l’Intérieur justifie tout cela par son incapacité à sécuriser les parcours alors même qu’il autorise, dans le même temps, les rencontres sportives et des événements tels que les marchés de Noël, qui se tiennent sur la voie publique. L’interdiction des rassemblements et manifestations entraîne la multiplication des arrestations, des gardes à vue, des assignations à résidence, un fichage policier des militants, et, pour quelques-uns, des condamnations. Qui peut croire que cela soulage les autorités ? La censure, ici, s’avère doublement contreproductive…

L’état d’urgence autorise par ailleurs des perquisitions sur ordre des préfectures, de jour comme de nuit, en dehors de tout cadre judiciaire, sur le fondement de fiches possiblement erronées, de dénonciations, d’informations et de soupçons sujets à caution. Plus de deux mille six cents intrusions discrétionnaires sont intervenues à domicile, dans des mosquées, des commerces, interventions souvent violentes, sans qu’aucune mise en examen pour terrorisme n’ait eu lieu. Rien n’indique qu’une telle frénésie va s’arrêter, chacun peut en être victime.

Les assignations à résidence se multiplient sur la base de motifs aussi vagues que la présence sur le lieu d’une manifestation ou le fait de « connaître » tel ou tel individu. Ces graves restrictions sont appliquées, sans distinction, et de manière massive, d’autant que les juridictions administratives ont montré qu’elles s’en accommodent, quitte à ce que les libertés en souffrent. Elles reprennent à leur compte toutes les allégations du ministère de l’Intérieur et, comble de la démission, sont nombreuses à considérer qu’il n’y aurait pas d’urgence à statuer sur l’état d’urgence.

L’état d’urgence et le climat de guerre intérieure alimenté par le gouvernement contribuent au renforcement des amalgames et aux pratiques discriminantes, notamment de la part des forces de police. Ce ne sont pas « les terroristes qui sont terrorisés », ce sont des jeunes et des populations victimes de l’arbitraire en raison de leur origine et/ou de leur religion qui voient leur situation encore davantage fragilisée.

Reprenant à son compte les exigences de l’extrême droite, FN en tête, le gouvernement s’engage honteusement dans une modification de la Constitution visant à étendre la déchéance de la nationalité aux binationaux nés en France.

Ces multiples atteintes portées au contrat démocratique sont une mauvaise réponse aux actes terroristes. Notre pays a été blessé, mais loin d’en apaiser les plaies, l’état d’urgence risque de les exacerber en appauvrissant notre démocratie, en délégitimant notre liberté.

Dans ces circonstances, nous appelons les pouvoirs publics à :

jouer leur rôle de garants de la défense des droits et des libertés publiques ;

rétablir, sans délai, le droit plein et entier de manifester ;

cesser les perquisitions et les assignations à résidence arbitraires et à agir dans le cadre de procédures judiciaires ;

mettre en place des garanties effectives de contrôle ;

lever l’état d’urgence ;

renoncer à une réforme constitutionnelle préparée dans l’urgence et au contenu inacceptable.

Signataires :

AFD International, Agir pour le changement démocratique en Algérie (Acda), Altertour, L’Appel des appels, Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association démocratique des Tunisiens en France (ADTF), Association française des juristes démocrates (AFJD), Association France Palestine solidarité (AFPS), Association Grèce France Résistance, Association interculturelle de production, de documentation et de diffusion audiovisuelles (AIDDA), Association des Marocains en France (AMF), Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes (ARDLFM), Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Association des Tunisiens en France (ATF), Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (Aurdip), Attac, Cadac, Cedetim, Centre islamique Philippe Grenier (CIPG), Centre de recherche et d’information pour le développement (Crid), CGT-Police Paris, Collectif 3C, Collectif des 39, Collectif CGT Insertion-Probation (UGFF-CGT), Collectif Judéo Arabe et Citoyen pour la Palestine (CJACP), Collectif Stop le contrôle au faciès, Confédération générale du travail (CGT), Confédération nationale du logement (CNL), Confédération paysanne, Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF), Collectif des féministes pour l’égalité (CFPE), Collectif Memorial 98, Collectif des musulmans de France (CMF), Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Comité pour le développement et le patrimoine (CDP), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Commission islam et laïcité, Confédération syndicale des familles (CSF), Coordination de l’action non-violente de l’Arche (Canva), Coordination des collectifs AC !, Droits devant !, Droit au logement (Dal), Droit solidarité, Emmaüs France, Emmaüs International, Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH), Fédération nationale de la Libre pensée, Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR), Femmes Solidaires, Filles et fils de la République (FFR), Fondation Copernic, Fondation Danielle Mitterrand France Libertés, Genepi, Ipam, La Cimade, La Ligue de l’enseignement, La Quadrature du Net, Le Gisti, Le Mouvement de la paix, Les Amoureux au ban public, Les Céméa, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Maison des potes, Mamans toutes égales (MTE), Minga-agir ensemble pour une économie équitable, Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap), Observatoire international des prisons (OIP) – section française, Organisation de femmes égalité, Osez le féminisme !, Planning familial, Réseau d’alerte et d’intervention pour les droits de l’Homme (RaidH), Réseau éducation sans frontières (RESF), Réseau euromaghrébin culture et citoyenneté (REMCC), Réseau Euromed France (REF), Réseau Immigration Développement Démocratie (IDD), SNPES-PJJ/FSU, Solidaires étudiant-e-s, Solidarité laïque, Sud Intérieur, Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat français des artistes interprètes (SFA), Syndicat de la magistrature, Syndicat de la médecine générale, Syndicat national des arts vivants (Synavi), Syndicat national des journalistes (SNJ), Syndicat national unitaire interministériel des territoires, de l’agriculture et de la mer (SNUITAM – FSU), SNJ-CGT, Unef, Union générale des fédérations de fonctionnaires CGT (UGFF-CGT), Union juive française pour la paix (UJFP), Union nationale lycéenne (UNL), Union syndicale de la psychiatrie (USP), Union syndicale Solidaires, Union des travailleurs immigrés tunisiens (Utit).

Associations locales et autres :

Asti 93, Collectif 07 stop au gaz et huile de schiste, Collectif BDS Saint-Etienne, Collectif Justice & Libertés (Strasbourg), Collectif Maquis de Corrèze, Collectif Romeurope 94, la revue Ecole émancipée, Espace franco-algérien, Faucheurs volontaires de la Loire, la revue Inprecor, le journal Regards, Réseaux citoyens Saint-Etienne, Vigilance OGM 18.

jeudi 17 décembre 2015

L'ultralibéralisme au service du terrorisme en Tunisie

La conduite par l’Etat d’une politique antisociale et ultralibérale peut-elle le rendre efficace dans son combat contre l’islamo-terrorisme?

Par Mohamed Chawki Abid Ingénieur économiste, Tribune parue dans Kapitalis

Depuis 2011, les gouvernements désignés ou soi-disant élus ont tous été consentants quant à la prise en charge des diktats des organisations financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international) ainsi que des consignes du tandem Etats-Unis – Union Européenne. Ceci les a conduits à tourner le dos aux revendications sociales les plus légitimes, pour engager le pays sur la voie d’un libéralisme dérégulé, accompagné d’un surendettement à la fois improductif et conditionné.

Corruption et pauvreté

Ce faisant, la malversation et la corruption ont prospéré; les instances de contrôle et de surveillance ne sont plus écoutées; l’appareil judiciaire s’est grippé; la fraude fiscale a été vulgarisée; les infractions douanières ont été banalisées; la fuite de capitaux s’est développée; l’endettement extérieur a explosé; les prédateurs ont été innocentés; et les malfaiteurs ont été récupérés par les partis politiques.

Parallèlement, le périmètre de la pauvreté s’est substantiellement élargi; les disparités régionales se sont amplifiées; les injustices sociales se sont aggravées; les inégalités de revenus se sont accentuées; l’iniquité fiscale s’est accrue; l’inflation s’est envolée; et le pouvoir d’achat s’est écrasé.

Par conséquent, les miséreux se sont laminés; les employés se sont appauvris; les chômeurs se sont faits enrôler dans l’islamo-terrorisme; les contribuables disciplinés ont succombé à la pression fiscale; les ménages ont croulé sous le poids croissant de la dette, les désespérés n’hésitent pas à se suicider; etc.

Alors que les fraudeurs se sont enrichis, les prédateurs ont politisé leur argent, les rentiers se sont engraissés, et les contrebandiers sont devenus des princes influents et gouvernants.

Le terrorisme embarqué

Pour ce qui des indicateurs macroéconomiques, jamais la Tunisie n’a atteint ce niveau de contreperformance : récession économique, désinvestissement public, dérapage périlleux de la balance commerciale, désertification industrielle, précarité et suppression d’emplois, aggravation du stress hydrique, insuffisances budgétaires, déficits extérieurs, surendettement improductif, etc.

A présent, l’Etat s’est engagé dans une guerre contre un «terrorisme embarqué» dont les centres de décision sont à des milliers de kilomètres, et dont les milieux de culture prospèrent proportionnellement au développement de la misère et à la montée de l’exaspération populaire.

Enfin, quand le taux de suicide des jeunes ne cesse d’accroitre, dans les écoles les campagnes et les quartiers déshérités, que pourrait-être la probabilité de recrutement d’un jeune malheureux désespéré pour une opération kamikaze?

jeudi 10 décembre 2015

Il y a 17 ans : pour une gauche de gauche

Ce texte a été élaboré dans le cadre de l'association Raisons d'agir avec Christophe Charle, Bernard Lacroix, Frédéric Lebaron et Gérard Mauger (Le Monde, 08/04/1998).

Il est temps que le quatuor Jospin, Chevènement, Hue, Voynet se rappelle que les majorités de gauche ont conduit au désastre chaque fois qu'elles ont voulu appliquer les politiques de leurs adversaires et pris leurs électeurs pour des idiots amnésiques.

Quinze jours après le vendredi noir des élections aux présidences régionales, les guérisseurs en tout genre s'affairent au chevet de la République. Pour l'un, un changement de régime électoral permettrait à la démocratie de retrouver ses belles couleurs modérées. Pour un autre, juriste savant, une révision du système électoral remettrait en état de marche une démocratie paralytique. Pour un troisième, ancien ministre et fin stratège, c'est l'absence d'un "centre" qui a transformé l'Etat en bateau ivre, oscillant de droite à gauche et de gauche à droite, au risque de sombrer à l'extrême droite.

Le plus haut personnage de l'État, dans un rôle de père noble un peu trop grand pour lui, tance les partis comme des gamins turbulents et promet le changement de règle qui permettrait au jeu de reprendre sans les skinheads. Un ancien candidat à la présidence de la République, dans un éclair de lucidité tardive, se demande si les électeurs n'en ont pas assez de revoir depuis trente ans la même comédie. Les experts en résultats électoraux évaluent au pour cent près les potentiels électoraux des nouvelles coalitions en gestation. Les trois derniers présidents de région mal élus plastronnent déjà sur les plateaux de télévision : loin d'être des otages, ils sont des remparts, ils n'ont embrassé le Front national que pour mieux l'étouffer. Pour un peu, ils convieraient leur conseil régional à voter d'urgence l'érection de leur propre statue, histoire d'aider les artistes locaux, la culture régionale et le civisme républicain.

Mais devant le triste spectacle de nos médicastres politico-médiatiques, la dérision ne suffit pas. La réponse "nouvelle"qu'ils prétendent apporter à la fascisation d'une partie de la classe politique et de la société française est à leur image, superficielle.

Ils restreignent le cercle des questions gênantes au vade-mecum habituel du futur candidat à la prochaine élection : comment ne pas perdre les européennes, comment préparer les législatives en cas de nouvelle dissolution, à quel nouveau parti vaut-il mieux adhérer ? Et bientôt : comment rallier les voix du centre en déshérence ? etc. C'est cette conception de la politique qui est depuis plusieurs années l'alliée la plus sûre du FN : instrumentale et cynique, plus attentive aux intérêts des élus qu'aux problèmes des électeurs, elle n'attend de solution que de la manipulation des règles du jeu électoral et médiatique.

Les vraies questions sont d'une tout autre ampleur : pourquoi, en moins d'un an, la gauche "plurielle" a-t-elle cassé la dynamique de sa victoire à l'arraché alors qu'elle n'a pas même l'alibi d'indicateurs économiques en déroute ? Pourquoi a-t-elle suscité des déceptions dont ses résultats électoraux interprétés comme des victoires ne donnent qu'une faible idée ? Pourquoi, par exemple, tant de suffrages pour les organisations qui se veulent ou se disent hors du jeu politique ? Pourquoi une partie de la droite en perdition préfère-t-elle se radicaliser alors qu'elle est au pouvoir à travers une gauche qui réalise tous ses rêves ?

Avec sa tentation extrémiste, la droite rejoue une partie déjà perdue par le centre et la droite allemands au début des années 30, sous la République de Weimar. L'Etat impotent suscite l'indifférence massive des électeurs pour la République : il est clair qu'on ne va pas voter pour répartir des prébendes, étouffer des scandales, vendre des services publics au plus offrant, s'en remettre à des bureaucraties inamovibles et inaccessibles, nationales et internationales.

En implosant, la droite française retourne aux origines troubles du régime qu'elle a fondé. Quand les conservateurs ne savent plus quoi conserver, ils sont prêts à toutes les révolutions conservatrices. La persistance du succès électoral d'un parti comme le Front national, dont le programme appliqué ferait la ruine de ses électeurs les plus démunis, n'exprime souvent rien d'autre que l'aversion à l'égard d'un personnel politique obstinément sourd et aveugle au désarroi des classes populaires.

Les faux-semblants de la gauche "plurielle" déçoivent les électeurs de gauche, démobilisent les militants, renvoient vers l'extrême gauche les plus exaspérés. Il n'est guère étonnant que les premiers à protester aient été les premiers floués de la démagogie "plurielle" d'une gauche vraiment singulière : les sans-papiers, les chômeurs, les enseignants.

Une réforme électorale ne suffira pas à calmer les revendications auxquelles des ministres répondent par la charité ostentatoire, le saupoudrage calculé ou les tours de passe-passe rusés. Quand ils ne se laissent pas aller à des outrances verbales arrogantes ou démagogiques, toutes à l'opposé de la générosité enthousiaste d'un message mobilisateur, voire à des pratiques tragiquement semblables à celles de leurs prédécesseurs.

La gauche officielle a bien du mal à se débarrasser de l'héritage douteux du mitterrandisme. Elle irrite ses fidèles sans pouvoir attendre de ses ennemis le moindre signe de satisfaction. Elle profite provisoirement de la médiocrité de ses adversaires sans proposer autre chose qu'une politique au jour le jour qui ne change rien d'essentiel dans la vie quotidienne de la grande majorité des citoyens. Le jour du bilan, peut-être plus proche qu'elle ne croit, avec la menace de nouveau disponible de la dissolution, que pourra-t-elle invoquer pour mobiliser les abstentionnistes, les dissuader de voter pour le FN ? Les emplois-jeunes pour quelques-uns, les 35 heures en peau de chagrin, la rigueur ininterrompue, une réforme de l'éducation transformée en show ministériel, la fuite en avant vers l'Europe des banquiers ? Croit-on pouvoir tromper longtemps l'attente d'une Europe sociale avec une "gauche plurielle européenne" animée par la troïka néo-libérale Blair-Jospin-Schröder ?

La gauche de base croit encore à la République sociale : il est temps que le quatuor Jospin, Chevènement, Hue, Voynet se rappelle que les majorités de gauche ont conduit au désastre chaque fois qu'elles ont voulu appliquer les politiques de leurs adversaires et pris leurs électeurs pour des idiots amnésiques.

Les vraies réponses à la fascisation rampante ou déclarée ne peuvent venir que des mouvements sociaux qui se développent depuis 1995. A condition que l'on sache les entendre et les exprimer au lieu de travailler à les déconsidérer par la diffamation publique ou les coups fourrés d'anciens apparatchiks politiques convertis en hommes d'appareil d'Etat. Ils suggèrent en effet des perspectives politiques et avancent même parfois des projets et des programmes constitués.

La pression locale, dans certaines régions de gauche, a contribué à rappeler à la raison la droite la moins aveugle. Les manifestations anti-FN témoignent d'une capacité militante qui ne demande qu'à défendre des causes plus ambitieuses que le seul refus du fascisme. Le mouvement pour le renouveau des services publics - et notamment pour une éducation nationale plus juste, tel qu'il s'exprime aujourd'hui en Seine-Saint-Denis - est à l'opposé de la crispation identitaire sur une institution archaïque : il affirme la nécessité de services publics efficaces et égalitaires dans leur fonctionnement et dans leurs effets.

Le mouvement des sans-papiers, voué aux gémonies par les "responsables" de tous bords, est une résistance collective face à la politique obtuse qui, au nom de la lutte contre Le Pen, prend souvent ses idées et ses armes chez Le Pen (avec le succès que l'on sait...). Le mouvement des chômeurs apparaît comme une "lutte tournante", sans cesse recommencée contre les effets destructeurs de la précarisation généralisée. Les mouvements récents contre l'AMI et pour la taxation des capitaux témoignent de la montée en puissance de la résistance au néolibéralisme : elle est, par nature, internationale.

Ces forces que nos professionnels de la manipulation suspectent d'être sous l'emprise de manipulateurs extérieurs sont encore minoritaires mais, déjà, profondément enracinées, en France comme dans d'autres pays européens, dans la pratique de groupes militants, syndicaux et associatifs. Ce sont elles qui, en 'internationalisant, peuvent commencer à s'opposer pratiquement à la prétendue fatalité des "lois économiques" et à humaniser le monde social. L'horizon du mouvement social est une internationale de la résistance au néolibéralisme et à toutes les formes de conservatisme.

Pierre Bourdieu

mercredi 9 décembre 2015

Lettre à Nancy McKinstry, CEO de Wolters Kluwer

La CGT-WKF (Wolters Kluwer France, filiale française du groupe néerlandais d'édition professionnelle) répond au message de soutien aux salariés envoyé par Nancy McKinstry, la directrice générale, suite aux attentats de Paris. « En France, la solidarité n’est pas un vain mot. Elle est concrètement mise en œuvre par le principe de la juste part d’impôt que chacun doit acquitter... »

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Chère Nancy,

Nous tenons à vous remercier pour le message de soutien et l’hommage rendu aux victimes des attentats perpétrés à Paris et à Saint-Denis le 13 novembre dernier. À des degrés divers, nous sommes tous affectés et nous avons besoin de réconfort.

Nous avons aussi besoin de moyens humains et matériels pour faire face à la situation qui nous est imposée. Des moyens, en premier lieu, pour les victimes qui doivent être prises en charge, soignées et accompagnées par des personnels qualifiés. Des moyens aussi pour prévenir d’autres attentats et garantir à tous la sécurité et la sérénité qui sont les conditions de la démocratie.

En France, la solidarité n’est pas un vain mot. Elle est concrètement mise en œuvre par le principe de la juste part d’impôt que chacun doit acquitter pour assurer le fonctionnement d’une société de libertés et de respect des besoins de tous. L’impôt sert à redistribuer les richesses, tout autant qu’à faire fonctionner une société de progrès, notamment grâce à l’instauration de services publics puissants et efficaces.

Vous comprendrez donc, chère Nancy, que les attentats rendent encore plus insupportable l’optimisation fiscale qui a été mise en œuvre en 2007 par le groupe Wolters Kluwer et qui a eu pour conséquence de rendre la filiale française de Wolters Kluwer (les éditions Lamy et le groupe Liaisons Sociales) non passible de l’impôt sur les sociétés. Ce montage financier, qui endette structurellement et artificiellement la société WKF jusqu’en 2022, a privé l’État français de millions d’euros de ressources. Avant ce montage, les sociétés françaises de Wolters Kluwer acquittaient environ 16 millions d’euros d’impôts par an, et plus rien depuis 2007.

Ce montage financier a aussi privé les salariés de l’entreprise de la réserve de participation et la cour d’appel de Versailles, saisie par les syndicats UGICT-CGT, CFDT, CNT et SNJ, dira le 26 janvier 2016 s’il est licite de ce point de vue.

Certes, vous nous opposerez que l’optimisation fiscale est légale et pratiquée par tous les grands groupes dans le monde. Éditeur juridique, Wolters Kluwer est d’ailleurs bien placé pour le savoir puisque dans le Delaware (USA), le groupe est propriétaire, via sa filiale Corporation Trust, du plus grand immeuble de boîtes aux lettres, qui sert à domicilier plus de 200 000 sociétés. C’est ainsi que la moitié des sociétés cotées à Wall Street est domiciliée dans ce paradis fiscal et judiciaire grâce à Wolters Kluwer.

Acteur de l’évasion fiscale mondiale, Wolters Kluwer participe très efficacement à l’opacité du monde des affaires. Tout le contraire de ce que nous voulons : redistribuer les richesses par l’impôt et faire en sorte que chacun, y compris les entreprises, paie sa juste part pour contribuer au fonctionnement démocratique et transparent de la société.

À l’heure où l’État français subventionne massivement toutes les entreprises, y compris les grands groupes, via le CICE et le Crédit impôt recherche (CIR), ne pas jouer le jeu pose question. Mais, avec les attentats commis le 13 novembre dernier, éviter sa juste part d’impôt est encore moins acceptable sur le plan moral.

Nous serions ravis de pouvoir discuter de cela avec vous lors de votre prochaine visite à Paris.

Bien cordialement,

La CGT-WKF

Les 23 millions qu'on n'écoute pas

Le 6 décembre 2015, le FN a obtenu environ 13% des suffrages des inscrits, ne progressant pas en voix. (note du concierge)

Dimanche, ils étaient 21 941 750 à s’être abstenus. 526 595 ont choisi de voter blanc et il y a eu 347 111 votes nuls (chiffres du Ministère de l’Intérieur le 7/12). Cela représente plus de 54% des électeurs inscrits. Plus de la moitié du corps électoral de la nation. Que la classe politique et médiatique traite avec mépris.

On s’interroge – trop peu et trop superficiellement – sur trois ou quatre motivations du vote FN. Mais aucune interrogation sur les abstentions et les votes blancs, sur ce rejet massif d’un système politique et d’une classe politique qui n’inspirent plus confiance. Pire, aucune interrogation sérieuse sur la conviction, partagée par des millions de citoyens, qu’il ne sert à rien de voter, qu’il n’est plus possible d’orienter le cours des choses. Ils sont des millions à avoir compris que leur sort ne se débat plus sur l’agora, mais dans les conseils d’administration des firmes privées et dans des négociations européennes et internationales sur lesquelles ils n’ont aucune prise.

Des centaines de fois, au cours de mes conférences, j’ai entendu dire : « en 2005, nous avons été une majorité à donner une opinion précise sur l’Union européenne et vous savez ce qu’on en a fait. A quoi bon encore aller voter ? ». Depuis 2012, les 18 millions d’électeurs de Hollande assistent, consternés, à la mise en œuvre des choix de Sarkozy par les parlementaires PS qu’ils ont élus. Ils voient que c’est aux attentes du MEDEF que répond le gouvernement soutenu par ces mêmes parlementaires PS. En 2012, Hollande n’avait pas annoncé qu’il ferait la politique voulue par le MEDEF. Le PS n’avait pas annoncé qu’il renonçait à se battre pour la justice sociale. Il n’avait pas annoncé qu’il adhérait sans réserve aux politiques ultra-libérales de l’Union européenne. Il n’avait pas prévenu qu’il ferait appel pour gouverner à une multitude de conseillers porteurs des idées de droite. Il n’était pas dit que le grand vaincu des primaires PS deviendrait le « chef de la majorité ».

En quoi, aujourd’hui, PS et LR diffèrent-ils dès lors qu’il s’agit de politiques économiques et sociales, d’emploi, de la place des services publics, du droit du travail, de l’âge de la retraite, de la mise en concurrence des établissements scolaires et hospitaliers, de l’application des directives et traités de l’UE, de l’adhésion à l’OTAN, du soutien à des traités de transfert du pouvoir au secteur privé comme l’accord UE-Canada, comme le projet UE-USA, comme la négociation de l’accord sur le commerce des services ? En quoi diffèrent-ils dès lors qu’il s’agit de démanteler les avancées du programme du Conseil National de la Résistance ? En quoi diffèrent-ils dès lors qu’il s’agit de mettre fin à un Etat régulateur et re-distributeur ? De Jospin à Hollande, de Chirac à Sarkozy, on a vu la mise en œuvre des mêmes politiques.

Quand ceux qui se prétendent socialistes font la politique du patronat, quand ceux qui se prétendent gaullistes soumettent la France aux diktats de Bruxelles et de Washington, qui prendre encore au sérieux ? Quand l’alternance se réduit à un changement de personnes et de paroles, pour se concrétiser par des politiques identiques, où est le choix ? Il n’y a plus de choix, si ce n’est celui de la colère ou de l’abstention.

Les électeurs du PS ont fait comprendre leur désarroi aux municipales, aux européennes, aux départementales. Mais pas un seul instant, le PS ne s’est remis en question. Il avait déjà refusé de le faire en 2002. Il persiste après chaque scrutin où il encaisse une défaite majeure. Il a toujours raison. Son autisme s’applique à son propre électorat. Par contre, il est tout ouïe pour les attentes des banquiers et des hommes d’affaires.

Alors, si on les juge à leurs œuvres et non à leurs promesses, quelle différence entre un Bartolone ou une Pécresse, en Ile de France, entre un Queyranne ou un Wauquiez en Auvergne-Rhône-Alpes, entre une Delga ou un Reynié en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, etc, etc… ?

Dimanche, je ne m’abstiendrai pas. Je respecte trop cette immense conquête démocratique qu’est le suffrage universel. Je voterai blanc pour manifester mon rejet total d’une caste de gens qui font carrière plutôt que servir, qui sont plus obsédés par occuper le pouvoir selon les vœux du MEDEF qu’à l’exercer selon les convictions proclamées, qui vident le droit de vote de toute influence réelle et poussent les gens qui veulent encore se faire entendre à voter FN.

Raoul Marc JENNAR

Repris de son blog

vendredi 4 décembre 2015

Luttez, Résistez, Ne Râlez pas - Au bout du chemin c'est la Junte

Et comme lors de la précédente journée d’action datant de novembre dernier, SYRIZA (le parti) et SYRIZA (ses syndicalistes), a appelé à manifester contre la politique de... SYRIZA (le gouvernement). C’est une première, d’ailleurs plutôt perçue comme une parodie de plus, par pratiquement tout le monde en Grèce... Syrizistes compris.

Certes, sur le site de l’Unité Populaire (ex-Plateforme de gauche à SYRIZA avant la scission), l’éditorial écrit par un proche de Panagiótis Lafazánis (le chef de l’Unité Populaire), fait état “de grande réussite de la journée de mobilisation, en guise de prélude au compte à rebours pour le gouvernement”.

Un... camarade alors visiblement excédé, a aussitôt... apposé suite à ce texte, le commentaire suivant: “Une fois de plus, vous écrivez ‘grand succès’ et ‘compte à rebours pour le gouvernement’ et ainsi de suite. Soyez enfin sérieux, en rabâchant tout cela les gens ne vous prennent plus au sérieux. Le vrai succès serait alors la grève illimitée jusqu'à faire annuler définitivement l’adoption des mesures d’austérité. Cessez de fonctionner comme une soupape de sécurité... créatrice d’illusions. Par ces journées d’action de 24 heures, c’est plutôt la notion de la grève qui est ainsi déconsidérée, aux yeux de la majorité des gens. Les longues luttes des métallurgistes comme celles des ouvriers de l’usine Coca-Cola, nous montrer le chemin. Arrêtez de caresser les oreilles des gens”. Temps donc aussi nouveaux ?

C’est alors sur les murs d’Athènes, que l’on découvre parfois le meilleur abrégé... des consciences du moment. Telles, ces incitations résistantes, mûries... de plusieurs mois déjà, mais qui n’ont rien perdu de leur pertinence: “Luttez, Résistez, Ne Râlez pas - Au bout du chemin c'est la Junte”.

(...)

Durant cette phase de recomposition... comme de décomposition à tous crins, Manólis Glézos vient de s’adresser aux 300 membres du parlement grec par une lettre ouverte, les invitant à libérer leurs propres consciences et à se débarrasser “de l'opium que constitue la ligne imposée par leurs partis”.

Manólis, résiste ainsi toujours face aux dits créanciers, et il implore presque les parlementaires grecs à résister à leur tour face à cette soumission, en écoutant enfin “les cris de ceux qui meurent de faim pour rembourser la dette auprès des bailleurs”.

“Brisez enfin l’assujettissement aux œillères des partis, et libérez vos propres consciences. Assis sur le parterre de l’ultime seuil de ma vie, je m’adresse donc à vous tous, pour ainsi crier haut et fort, vis-à-vis de chacun d’entre vous: Reprends-toi. Réveille-toi de l'opium que constitue la ligne du parti. Qu'as-tu promis au peuple pour qu’il vote en ta faveur, faisant de toi un représentant de la Nation ? Ne le ressens-tu pas?”

“C’est bien ta conscience, enchaînée dans les entrailles du peuple qui se retourne en ce moment. Libère-la. Ceux qui parmi vous, demeurent cependant sourds d’esprit, enfin, ils doivent enfin écouter les cris de ceux qui meurent de faim pour rembourser la dette auprès des bailleurs. Ceux qui parmi vous, se bercent toujours et encore à l'idée qu'il n'y a pas d’autre d'alternative possible que de s’endetter ou que de subir le Mandat de la Troïka, (ils) ont certainement oublié ces mots de Ménandre: ‘C’est par l’endettement que l’homme libre devient esclave’. (...) Je frémis lorsque j’observe toutes ces bannières de l'hypocrisie débridée comme autant de la corruption des consciences, et je crie haut et fort: Trompettes sacrées, sonnez enfin l’hymne de la Résistance. Pour que la Liberté réclamée nous soit ainsi remise”.

“Membres du Parlement, ne laissez pas le vent de la soumission assécher les larmes de la douleur, ne le laissez pas fausser l'avenir des jeunes générations. Rassemblez-vous autour de la lumière qui émane du foyer de notre maison commune, réfléchissez ensemble autour des lignes de la pensée, distinguez ce que les ancêtres ont légué à nous tous, résistez. Non à la servitude, non aux créanciers. Libérez vos consciences, décidez-vous enfin en toute liberté de conscience”, (hebdomadaire “To Pontíki”, au 4 décembre 2015)

Extraits de la chronique de Panagiotis Grigoriou parue sur son blog Greekcrisis sous le titre Lucidités et consciences

jeudi 3 décembre 2015

Razzia sur les banques grecques

Cette semaine, la cotation de l’action de la Banque nationale (de Grèce) vient été suspendue à la Bourse de New York, en dépit de la récente dite augmentation de son capital. Les quatre grandes banques grecques (dites “systémiques”), même (et surtout) en conséquence du plus grand vol de leurs actions... et de l'histoire, qu’a eu lieu il y a quelques jours (s’agissant de la part essentiellement détenue par l’État), sont toujours considérées en réalité comme demeurant peu solvables. D’autant plus, que la législation récemment adoptée, fera qu’à compter de l'année 2016, ces banques devront alors être sauvées si besoin est, par les... seuls déposants.

Même les analystes du quotidien mainstream “Kathimeriní” s’en insurgent. Il y a de quoi. “Car il est nécessaire de comprendre exactement ce qui nous est arrivé. La valeur des actions des banques détenues par l’État, était de 17 milliards il y a encore un an, en octobre 2014. Sauf que l'économie semblait donner de signes positifs et, avec une croissance attendue de 2,9% pour 2015, ces 17 milliards deviendraient au moins 25 milliards aujourd'hui, en fonction toutefois de la situation internationale”.

“Au lieu de cela, la recapitalisation qui vient d’avoir lieu a fait perdre tout cet argent à l’État, et en plus, ce dernier devra verser encore 5 à 10 milliards supplémentaires aux nouveaux propriétaires des banques. La plupart d’entre eux sont ces étrangers lesquels ont obtenu le contrôle de 83% de notre système bancaire en versant seulement 5 milliards d’euro. Les dommages directs donc pour les banques, s’élèvent alors à 25, voire à 35 milliards d'euros, d’après certains calculs liés à l’état de l’économie grecque en ce moment”.

“Le prix de l’acquisition pour l’ensemble des quatre banques a été terriblement modique. La valeur de la Banque Nationale de Grèce a été évaluée à 71 millions d’euros, c’est pour dire... autant qu’un grand building lui appartenant, tandis que ses capitaux propres s’élèvent à plus de 6,5 milliards et que sa valeur en bourse avoisine le 1,3 milliard. Lors de la mise en vente de ses actions... la valeur de cette banque a été donc dépréciée de 99%. La valeur de la Banqué du Pirée quant à elle, a été fixée à 18,3 millions Euros, pourtant, ses capitaux propres s’élèvent à 6,6 milliards d’euros (dévaluation donc de 99,7%). L'Alpha-Bank, un établissent d’une valeur fixée à 510 millions et aux capitaux propres qui s’élèvent à 6,9 milliards, (93% de dépréciation,) avait une valeur en bourse de 779 millions d’euros. Eurobank enfin, a été évalué à 147 millions, une banque aux capitaux propres de 4,6 milliards d’euros, la dépréciation ici est de 99% (valeur en bourse de 353 millions)”

“Tout s’est passé pour cette... recapitalisation en respectant certes la lettre de la loi, laquelle n'a pas été violée. Cependant, le résultat a déjà provoqué la perte de dizaines de milliards d'euros pour l'État, en plus, du transfert du contrôle des banques grecques à l’étranger, pour seulement quelques sous. Tout cela, provoque dès lors une grande question: existait-il un moyen pour éviter tout cela? Oui, évidemment. (...) Les responsabilités politiques, voire, éventuellement les responsabilités pénales doivent être ainsi déterminées. Il y a eu trop d'argent en jeu... Alexis”, (Mihális Penglis, “Kathimeriní” du 29 novembre 2015)

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou par sur son blog Greekcrisis sous le titre Économie réelle

lundi 30 novembre 2015

"C'est une profanation, c'est indécent"

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"Respecter ce lieu, c'est respecter la mémoire des victimes" écrit le Premier ministre sur son compte Twitter

place-de-la-Republique.jpg

"C'est scandaleux ! Place de la République, là où il y a toutes ce fleurs qui sont déposées, ces bougies, en mémoire de ceux qui sont tombés sous les balles des terroristes ? (...) Ces individus n'ont pas leur place et tout sera fait pour les écarter". (François Homellande)

samedi 28 novembre 2015

Les jeunes femmes grecques vendent du sexe pour le prix d'un sandwich

oxi-grecemauve.gif Nouvelles collections du Musée de l'Europe

“Les jeunes femmes grecques vendent du sexe pour le prix d'un sandwich”, d’après un reportage paru cette semaine dans la presse anglo-saxonne, “The Washington Post” et “The Independent”. Le reportage souligne... ainsi l’évidence: que six années d'austérité bien douloureuses, ont poussé le pays dans le gouffre. L'étude citée pour les besoins de l’article est explicite: “D’après bien de données portant sur plus de 17.000 travailleuses du sexe opérant en Grèce, force est de constater que les femmes grecques dominent maintenant l'industrie de la prostitution dans ce pays, en remplaçant les femmes originaires d'Europe de l’Est, et que le sexe vendu en Grèce, figure parmi les moins chers en Europe”.

“‘Certaines femmes le font juste pour une tarte au fromage, ou pour un sandwich car elles ont besoin de manger, elles ont faim’, explique Grigóris Laxos, professeur de sociologie à l'Université Pántion à Athènes. ‘D’autres femmes encore, (elles) se prostituent pour payer les impôts, les factures, ou pour faire face à certaines dépenses urgentes ou parfois, pour se procurer un médicament’.” Cette... éclosion de la nouvelle prostitution est alors visible à Athènes, de nuit... comme de jour. Un conducteur de taxi avec qui je m’étais entretenu suffisamment sur ce sujet il y a quelques mois, ne m’avait pas dit autre chose. “Parmi les étudiantes, c'est très rependu... Souvent elles en parlent sur leur mobile pendant qu'elles se trouvent dans mon taxi...”. Taxis et sandwich... grec.

Lire l'intégralité de la chronique de Panagiotis Grigoriou (consacrée notamment au phénomène des travailleurs non rémunérés) parue sur son site Greekcrisis sous le titre Sandwich grec

« Ce sont vos opposants politiques que vous avez placés sous résidence surveillée, comme l’aurait fait n’importe quel régime autoritaire »

Dans un courrier adressé au premier ministre, Mes Muriel Ruef et Alexandre Faro, qui défendent des militants du climat assignés à résidence, s'indignent du traitement infligé à leurs clients. « Ce sont vos opposants politiques que vous avez placés sous résidence surveillée, comme l’aurait fait n’importe quel régime autoritaire », dénoncent-ils.

Monsieur le Premier Ministre,

La Conférence des Parties à la Convention-Cadre des Nations Unies sur le Changement climatique (dite COP21) s’ouvre demain à Paris dans un climat de deuil qui ne tient pas seulement aux faits survenus le 13 novembre dernier.

À la veille de ce rassemblement sans précédent de Chefs d’État et de Gouvernements, vous avez décidé d’offrir au monde qui nous regarde le visage inquiétant d’un pays triste et muselé, aux rues vides et à la contestation étouffée.

Profitant de l’émotion et de la peur qui nous ont légitimement envahis au moment de ces attentats, vous avez, à la faveur de l’instauration de l’état d’urgence, sorti des vieux cartons de l’Empire la pratique de l’assignation à résidence.

Or, les mesures liberticides se justifient toujours par la promesse qu’elles ne s’appliqueront qu’aux salauds désignés. Vous l’avez vous-même confirmé devant la Représentation Nationale en arguant de leur efficacité dans la lutte contre le terrorisme. Il était pourtant évident que ces assignations à résidence auraient vocation à s’appliquer dans les seuls cas où la justice pénale, avec son arsenal complet de mesures (garde à vue, contrôle judiciaire, perquisition,…), ne trouverait pas à s’appliquer, c’est à dire contre les personnes contre lesquelles il n’existe aucune preuve démontrant qu’elles ont commis ou tenté de commettre une infraction. Nous étions donc déjà loin des salauds.

En désignant ainsi des personnes et en les empêchant de mener une vie normale vous portez une atteinte manifeste à d’autres valeurs essentielles de notre droit républicain que sont la présomption d’innocence, la liberté de circuler et la liberté de travailler et d’entreprendre. Tout ceci au nom d’un impératif de sécurité légitimée par la lutte contre le terrorisme.

Ce 25 novembre, quelques jours seulement après avoir imposé l’état d’urgence, votre gouvernement franchi un cap supplémentaire en assignant à résidence des militants environnementaux et sociaux impliqués dans la lutte contre l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes et dans l’organisation - au grand jour et depuis plusieurs mois - des manifestations prévues à l’occasion de votre conférence internationale. Des policiers en civil sont postés en permanence devant leur porte, et ils doivent pointer trois fois par jour au commissariat.

Ce sont ainsi vos opposants politiques que vous avez placés sous résidence surveillée, comme l’aurait fait n’importe quel régime autoritaire et comme cela ne s’est plus vu dans ce pays depuis longtemps.

Vous avez utilisé la peur et l’émotion pour bâillonner une opposition à l’heure d’une réunion diplomatique sans précédent, justifiant ces mesures par l’emploi des mots «violences», «mouvance contestaire» et «ultra gauche», expressions vides de faits comme de sens, créées de toute pièce, sans la moindre consistance.

Vous aurez cependant du mal à faire croire aux spectateurs du monde entier que les militants qui s’impliquent et qui organisent la contestation légitime à votre manière de gérer le désastre environnemental constituent des menaces pour leur sécurité.

Vous offrez au monde entier le sombre spectacle d’un pays déstabilisé par les attentats au point de renoncer à ses valeurs les plus essentielles, celles-là même que les terroristes cherchaient à atteindre ce 13 novembre.

Il aura donc suffit de douze jours pour mettre à genoux notre héritage révolutionnaire.

Il semble en effet acquis, à la lumière de vos récentes déclarations, que vous envisagez fort naturellement la poursuite de ce que les plus naïfs appeleront «une parenthèse autoritaire» bien au-delà des trois mois légaux. Vous en auriez même informé la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Les assignations à résidence de ceux qui s’opposent à vous sont, dans ces circonstances, une honte, une honte abjecte et intolérable qui emporte, avant même qu’elle n’ait commencé, votre Conférence du Désastre dans les poubelles de l’Histoire.

Nous devons cependant craindre la suite, lorsque les caméras mondiales regarderont ailleurs et que vos mesures d’exception deviendront la règle.

Il nous reste alors à espérer que les philosophes et les historiens qui, depuis plusieurs jours, appellent par voie de presse à la vigilance populaire vis-à-vis des pouvoirs que vous vous êtes octroyés soient enfin écoutés, et que la contestation, que vous tentez de museler, enfin se fasse entendre.

Muriel RUEF, Avocate au Barreau de Lille

Alexandre FARO, Avocat au Barreau de Paris

source : Mediapart

vendredi 27 novembre 2015

BRAVONS L'ETAT D’URGENCE, RETROUVONS-NOUS LE 29 NOVEMBRE PLACE DE LA REPUBLIQUE

Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour comprendre que l’état d’urgence décrété pour trois mois n’allait pas se limiter à protéger la population française contre de nouveaux attentats. Ce week-end, une grande partie de la ville de Sens (Yonne) a été soumise à un couvre-feu, sans rapport clair avec les attentats. C’est la perquisition d’un appartement – dont les locataires n’auraient finalement pas été inquiétés – qui a justifié cette punition collective. Parmi les 1072 perquisitions nocturnes diligentées hors de tout cadre judiciaire par les préfets, moins d'une sur dix a abouti à une garde-à-vue. À Nice, c'est une fillette de six ans qui a été blessée lors d'une opération de police : les policiers intervenus en pleine nuit avaient enfoncé la mauvaise porte. Dimanche en Loire-Atlantique, c'est une caravane de 200 vélos accompagnée de 5 tracteurs qui a été bloquée par les forces de l'ordre : il s'agissait de dissuader les cyclistes de rejoindre Paris pour la COP21. Pendant ce temps, le gouvernement reprend sans scrupules des mesures promues hier encore par l’extrême droite. Les journaux nous l’assurent : les sondages confirment l’adhésion massive des Français à cet état d’exception sans precedent depuis cinquante ans. C'est une victoire pour daesh que d'être parvenu, avec moins d'une dizaine d'hommes, à faire sombrer l’État dans ses pires réflexes réactionnaires. C'est une victoire pour daesh que d'avoir provoqué la mise sous tutelle sécuritaire de la population tout entière. Le dimanche 29 novembre, une gigantesque manifestation était prévue dans les rues de Paris pour faire pression sur les gouvernants mondiaux, à qui personne ne faisait confiance pour trouver une solution au réchauffement climatique. Des centaines de milliers de personnes étaient attendues de toute l'Europe. Manuel Valls, certainement lucide sur le caractère dérisoire des accords qui sortiront de la COP21, craignait beaucoup cette manifestation; il a donc decide de l’interdire. Le prétexte : la foule risquerait d’être la cible d'un attentat – M. Valls jouerait-il avec le feu en laissant les Français risquer leur vie en faisant leurs courses de Noël ? Les moyens: ceux qui voudraient manifester encourent 6 mois de prison. M. Valls va-t-il nous mettre en prison pour nous protéger des attentats ? La proposition que nous faisons, nous savons que dans les circonstances actuelles nous aurons du mal à la faire entendre. Depuis dix jours, les écrans ressassent la gloire des “valeurs” françaises. Nous prenons cela au pied de la lettre. S’il existe quelque chose comme une valeur française, c’est d’avoir refusé depuis au moins deux siècles de laisser la rue à l’armée ou à la police. La mobilisation à l'occasion de la COP21 est un enjeu primordial et nous n'acceptons pas que le gouvernement manipule la peur pour nous interdire de manifester.

Dimanche 29 novembre, nous appelons à braver l'état d'urgence et à nous retrouver à 14h sur la place de la République.

Cet appel est à signer sur change.org

jeudi 26 novembre 2015

Marchand du Temple de la République : commémorer Rivesaltes pour cacher Calais

Claudine André, infirmière qui sillonne la planète pour Médecins sans frontières depuis 15 ans, observe :

"J’ai rarement été confrontée à de telles conditions sanitaires. J’ai passé plusieurs mois dans un camp à la frontière entre le Soudan et l’Ethiopie qui était géré par le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, NDLR). C’était beaucoup plus organisé qu’à Calais. Et les conditions d’hygiène y étaient meilleures."

La Charte humanitaire et les standards minimums de l’intervention humanitaire exigent en effet un robinet pour 250 personnes, une latrine pour 50 individus et la fourniture de 2.100 calories quotidiennes. Loin des "équipements" de la jungle. Seulement trois rampes d’eau, 90 toilettes chimiques et un repas par jour distribué par le centre d’accueil de jour Jules Ferry, mis en place par le gouvernement.

Extrait du Discours de Manuel Valls d'Inauguration du Mémorial du Camp de Rivesaltes

On se représente très bien, quand on connaît un peu la région – et en même temps, on a du mal à imaginer – ce qu'ont pu être les conditions de vie. En hiver, la tramontane qui gifle les visages et s'engouffre dans les baraquements. L’été, la chaleur insupportable, suffocante même. En permanence, l'hygiène précaire, voire inexistante, l'absence d'intimité et de dignité. La dignité : voilà ce qu'on voulait arracher aux personnes enfermées ici. Or, sans dignité, on n’est rien. Et cette dignité, nous voulons la leur rendre aujourd'hui, par cet hommage.

Imaginons un instant ces familles qui survivaient tant bien que mal, avec la faim, la maladie, la vermine, dans le dénuement le plus total. Elles étaient entassées les unes sur les autres. Imaginons ces femmes, ces hommes, lucides sur leur sort et donc rongés par les pires angoisses. Imaginons ces enfants pleurant de fatigue, terrorisés par ce qu'ils voyaient dans le regard des adultes. Imaginons cette mère ou ce père voyant leur enfant partir.

Le quotidien, ici, fut terrible, presque autant que ces euphémismes qui voulaient recouvrir la vérité d'un voile pudique : camps de rétention, camps d'internement, camps de regroupement. Pourtant, derrière ces expressions différentes, il y eut une même réalité : un camp d'exclusion, fait de mise à l'écart et de mépris total de l'humanité. Ce qui caractérisait ce lieu, ce n'est pas seulement le regroupement, c'est l'ordre du mépris qui régnait.

Et si nous sommes rassemblés, c'est pour que la mémoire de ce mépris d'hier nous rappelle nos devoirs d'aujourd'hui et empêche la répétition de l’horreur, demain.

"Un combat de valeurs, un combat de civilisations"

Le Premier ministre Manuel Valls a affirmé lundi sur RTL que la France avait été attaquée vendredi "parce que nous sommes la France", évoquant un "combat de valeurs, un combat de civilisations".

Claudine André, infirmière qui sillonne la planète pour Médecins sans frontières depuis 15 ans, observe :

"J’ai rarement été confrontée à de telles conditions sanitaires. J’ai passé plusieurs mois dans un camp à la frontière entre le Soudan et l’Ethiopie qui était géré par le HCR (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, NDLR). C’était beaucoup plus organisé qu’à Calais. Et les conditions d’hygiène y étaient meilleures."

La Charte humanitaire et les standards minimums de l’intervention humanitaire exigent en effet un robinet pour 250 personnes, une latrine pour 50 individus et la fourniture de 2.100 calories quotidiennes. Loin des "équipements" de la jungle. Seulement trois rampes d’eau, 90 toilettes chimiques et un repas par jour distribué par le centre d’accueil de jour Jules Ferry, mis en place par le gouvernement.

"Jamais vu autant de boiteux"

Il y a quelques jours encore, par une matinée pluvieuse de la fin octobre, des dizaines de migrants faisaient la queue devant le panneau "Welcome to Médecins du Monde’s clinic", accroché avec deux punaises. A l’intérieur, pas d’eau, pas d’électricité, juste une table, un stéthoscope, des boîtes de médicaments. Dehors, debout, un Syrien de 18 ans, débarqué d’Alep il y a un mois, qui a cassé ses lunettes dans une bagarre avec d’autres migrants ; un Afghan auquel il manque un bout de doigt ; un Erythréen à la bouche tuméfiée, recouverte d’un bandeau ensanglanté ; un Iranien qui n’a plus de médicaments pour soigner son épilepsie ; et tous les autres qui sont venus en traînant la patte.

Cela arrive, parfois, qu’ils ne puissent plus marcher et qu’ils soient transportés dans un chariot de supermarché. Isabelle, la médiatrice bénévole de Médecins du monde, chargée d’accueillir les patients, avec quelques mots de farsi et d’anglais, commente :

"Je n’ai jamais vu autant de boiteux de ma vie. La frontière avec l’Angleterre est devenue tellement hermétique qu’ils prennent de plus en plus de risques pour essayer de passer. Ils arrivent ici avec des fractures déjà ressoudées, des mains lacérées jusqu’à l’os, des plaies infectées partout sur le corps. On se croirait dans une unité de soins pour accidentés de la route".

Abraham, 29 ans, était électricien dans son pays, l’Erythrée. Il a fui pour échapper au service militaire obligatoire. Et aujourd’hui, il attend, parapluie dans une main, lunettes cerclées de noir sur le nez, jambes croisées, sous l’auvent de bois. Cela fait des heures qu’il pleut des cordes sur la lande. Abraham s’est réveillé ce matin dans la tente qu’il partage avec sa femme, enceinte, avec des frissonnements, une fièvre de cheval, et une toux à s’arracher les poumons.

"Nous avons traversé l’Ethiopie, le Soudan, la Lybie… La jungle est le pire endroit que nous ayons connu. Il n’y a aucun respect, personne ne s’occupe de nous, j’ai été battu par la police à chaque fois que nous avons essayé de passer en Angleterre, ma femme a été poussée violemment…"

extrait d'un reportage de Natahlie Funes publié dans l'Obs sous le titre Dans la jungle de Calais : "Les migrants ont les mains lacérées jusqu'à l'os"

Le visage affreux de l'Europe contemporaine

Extrait d'une interview du journaliste free-lance Emanuel Stoakes avec Noam Chomsky

Plus tôt cette année, nous avons vu le gouvernement grec lutter avec ses créanciers pour parvenir à un accord. Il est tentant de considérer cette confrontation, ainsi que l’ensemble de la crise, moins comme une affaire où l’UE tente de gérer une crise de la dette dans l’intérêt commun de l’union, et plus comme une bataille entre la société grecque et ceux qui bénéficient de l’austérité. Êtes-vous d’accord ? Comment voyez-vous la situation ?

Il n’y a eu aucun effort sérieux pour gérer une crise de la dette. Les politiques imposées à la Grèce par la troïka ont grandement exacerbé la crise en sapant l’économie et en bloquant toute chance de croissance. Le ratio dette/PIB est maintenant bien plus élevé qu’il ne l’était avant l’institution de ces politiques, et le coût a été terrible pour le peuple grec — bien que les banques allemandes et françaises, qui sont largement responsables de cette crise, se portent bien.

Le soi-disant “renflouement” de la Grèce a surtout fini dans les poches de ses créanciers, certaines estimations parlent de 90%. L’ancien dirigeant de la Bundesbank Karl Otto Pöhl a fait remarquer très plausiblement que toute l’affaire « visait à protéger les banques allemandes, mais particulièrement les banques françaises, d'annulations de dette ».

Commentant cela dans l’un des principaux journaux de l’establishment US, Foreign Affairs (Affaires étrangères), Mark Blyth, l’un des critiques les plus convaincants des programmes destructifs d’austérité-en-temps-de-dépression, écrit : « Nous n’avons jamais compris la Grèce parce que nous avons refusé de considérer la crise pour ce qu’elle était — une série continue de renflouements pour le secteur financier qui a commencé en 2008 et qui se poursuit aujourd’hui ».

Tout le monde reconnait que la dette ne peut être payée. Elle aurait dut être radicalement restructurée il y a longtemps, lorsque la crise était facilement gérable, ou simplement déclarée « odieuse » et abrogée.

Le visage affreux de l’Europe contemporaine est incarné par le ministre allemand des Finances Schäuble, apparemment le politicien le plus populaire en Allemagne. Comme le rapporte l'agence Reuters, il a expliqué que « La soutenabilité de la dette ne peut être atteinte sans remise», mais il a ajouté : « Il ne peut y avoir de remise ». Bref, nous vous avons saignés à blanc, alors allez au diable. Et une grande partie de la population se retrouve littéralement au diable, ses espoirs d’une survie décente anéantis.

D’ailleurs, les Grecs ne sont pas encore saignés à blanc. L’accord honteux imposé par les banques et la bureaucratie inclut des mesures qui assurent la mainmise sur ce qui reste d' actifs grecs par les bons avides.

Le rôle de l’Allemagne est particulièrement honteux, pas seulement parce que l’Allemagne nazie a dévasté la Grèce, mais aussi, comme Thomas Piketty l’a souligné dans Die Zeit, parce que “l’Allemagne est vraiment le meilleur exemple d’un pays, qui, à travers l’histoire, n’a jamais remboursé sa dette extérieure. Ni après la première, ni après la seconde guerre mondialeˮ.

L’accord de Londres de 1953 a effacé plus de la moitié de la dette de l'Allemagne, permettant son redressement économique, et, actuellement, a ajouté Piketty, loin d’être « généreuse », « l’Allemagne profite de la Grèce en prolongeant les prêts à des taux d’intérêt comparativement élevés ». Toute cette affaire est sordide.

Les politiques d’austérité qui ont été imposes en Grèce (et en Europe en général) ont toujours été absurdes d’un point de vue économique, et ont été un désastre complet pour ce pays. En tant qu’armes de la lutte des classes, cependant, elles ont été assez efficaces dans leur sape des systèmes de santé, leur enrichissement des banques du Nord et de la classe des investisseurs, et dans leur démantèlement de la démocratie.

Le comportement de la troïka est une honte. Il est difficile de douter du fait que son but soit d’établir fermement le principe selon lequel il faut obéir au maitre : la désobéissance aux banques du Nord et à la bureaucratie bruxelloise ne sera pas tolérée, et les idées de démocratie et de volonté populaire doivent être abandonnées en Europe.

Pensez-vous que la présente lutte pour le futur de la Grèce soit représentative de ce qui se passe dans le monde en ce moment — c'est-à-dire une lutte entre les besoins de la société et les exigences du capitalisme ? Si oui, à quel point des résultats humains décents sont-ils probables, lorsque les cartes maitresses semblent être entre les mains d’un petit groupe de gens en lien avec le pouvoir privé ?

En Grèce, et en Europe plus généralement et à divers degrés, certains des acquis les plus admirables des années d’après-guerre sont en train d’être inversés par une version destructrice de l’assaut néolibéral sur la population mondiale de la dernière génération.

Mais cela peut être inversé. Parmi les élèves les plus obéissants de l’orthodoxie néolibérale, figuraient les pays d’Amérique Latine, et, sans surprises, ils figuraient aussi parmi ceux ayant le plus souffert. Mais ces dernières années, ils ont pris la tête du rejet de cette orthodoxie, et plus généralement, pour la première fois en 500 ans, prennent des mesures significatives en vue de l’unification, de la libération de la domination impérialiste (US, en ce qui concerne ce dernier siècle), et de la confrontation aux problèmes internes dans des sociétés potentiellement riches traditionnellement gouvernées par des élites fortunées (majoritairement blanches) orientées vers l’étranger et régnant sur un océan de misère.

Syriza en Grèce a peut-être signalé le début d’un développement similaire, c’est pourquoi il fallait l’écraser si sauvagement. Il y a d’autres réactions en Europe et ailleurs qui peuvent renverser la tendance et mener à un futur bien meilleur.

Traduit par Nicolas Cazaux, lire l'intégralité sur le site Tlaxcala

La privatisation de l’énergie électrique en Grèce

Le Système de Transport de l’Énergie Électrique constitue dans chaque pays la colonne vertébrale de l’électrification, un secteur stratégique, tant pour le développement économique, que pour la défense et la souveraineté nationale.

C’est donc à juste titre que M. Dijsselbloem (Président de l’Eurogroupe NdT), le tueur des droits sociaux et humains du peuple grec, a refusé que soit privatisé ne serait-ce qu’un pour cent de la TENET, le système transport d’électricité de son pays. Il a déclaré au parlement hollandais le 18 octobre 2013 : « le transport de l’énergie électrique constitue un impératif stratégique pour la Hollande, et sa privatisation entrainerait un très grand préjudice pour l’intérêt public. »

Il n’est pas paradoxal que M. Dijsselbloem réclame la liquidation immédiate du Système Grec de Transport de l’Énergie Électrique et naturellement de la totalité de la propriété publique et des infrastructures de l’État. Ni que le « premier gouvernement de gauche » (slogan de Syriza NdT) montre son empressement à les liquider.

Il y a quelques jours, Monsieur Hollande, le président de la République française, a effectué une visite en Grèce. Les médias français ont présenté ainsi sa visite : « La France vient faire ses courses en Grèce », « La Grèce est à vendre », « le Président Hollande est venu cueillir ses lauriers en pays conquis ». Les médias grecs –comme d’habitude- ont dissimulé les informations françaises et nous ont bombardé nuit et jour avec les images des défilés en l’honneur du conquérant. Défilés qui ont été organisés par le « premier gouvernement de gauche » et qui, pour les plus anciens d’entre nous, rappelaient les défilés qu’organisait la junte pour ses parrains, les US-Américains, au début des années 70.

Il n’y a pas de paradoxe. C’est la triste réalité de la Grèce et du peuple grec, depuis l’instauration d’un système de colonisation pour dette et depuis l’occupation du pays par les créanciers et les dirigeants politiques de l’Allemagne, de la France et des USA.

Après le troisième mémorandum, le « mémorandum de gauche », en août 2015, la totalité de la richesse publique et personnelle des Grecs, la souveraineté nationale, a été convertie en une simple reconnaissance de dette aux mains d’une institution privée, le Mécanisme Européen de Stabilité. Reconnaissance de dette dont peut disposer le MES comme il l’entend, et lorsqu’il le désire.

N’oublions pas que la Russie s’est reconstruite et est devenue une grande puissance en conservant intacts ses actifs publics et privés après la faillite de 1998, comme cela est arrivé également en Allemagne en 1953

Il est donc manifeste que ni la Troïka d’hier (BCE, FMI, UE), aujourd’hui Quartet (avec l’ajout du MES), ni ses collaborateurs locaux (gouvernements, médias, SEV [MEDEF grec, NdT) ne visent et n’ont jamais visé le redressement de la Grèce en crise, sa reconstruction et son développement. Leur but commun était, est toujours, le maintien du pays à perpétuité dans les chaînes de la dette et de la dépression, la poursuite de l’occupation et le pillage de tout ce qu’a réalisé le peuple grec depuis la seconde guerre mondiale.

C’est dans ce cadre que nous tenterons d’examiner plus précisément la situation du secteur de l’énergie électrique et sa privatisation.

Lire l'intégralité de l'intervention de Flora Papadede au débat d'experts organisé par le groupe parlementaire de Die Linke (La Gauche) au Bundestag le 2/11/2015, sur le thème des privatisations de l’énergie électrique, des ports et des chemins de fer en Grèce, traduite sur le site tlaxcala

mercredi 25 novembre 2015

Lettre ouverte au Président du parlement grec à propos de la dissolution de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque

Le CADTM publie la lettre ouverte adressée par la députée européenne, Sofia Sakorafa, au nouveau Président du Parlement grec, Nikos Voutsis, qui a annoncé la fin des travaux de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque. Dès 2011, alors qu’elle était députée, Sofia Sakorafa a participé à la commission d’audit citoyen de la dette grecque. En mars 2015, elle a accepté de faire partie de la commission d’audit créée par la Présidente du Parlement grec et de se charger des relations avec le Parlement européen et les autres parlements. Suite à la capitulation du gouvernement d’Alexis Tsipras, Sofia Sakorafa a quitté Syriza et siège comme eurodéputée indépendante depuis septembre 2015.

Monsieur le Président,

Par lettre recommandée signée par vous le 12 novembre, reçue le 17 novembre 2015, vous m’avez annoncé la suppression de la Commission pour la Vérité sur la Dette publique grecque.

Dans votre lettre, vous n’osez même pas mentionner le nom de la Commission. Cela se comprend. Lorsque l’on cherche à faire en sorte que le peuple grec « oublie » la question de la légitimité de la dette et que l’on veut lui faire croire que le troisième mémorandum, le plus dur, est la seule solution envisageable, il est vrai que la vérité peut faire peur, quand bien même il ne s’agit que de ce seul mot de « vérité ».

Monsieur le Président,

Il est inconcevable que le Président du Parlement hellénique, et encore moins quelqu’un qui a été de gauche, supprime la Commission pour la Vérité sur la Dette publique.

Il est offensant que le Parlement redevienne le lieu de blanchiment des scandales, des irrégularités, des choix politiques barbares, des accords de soumission, des contrats léonins, et que tout cela soit accepté et ratifié par le Président de la Chambre.

Monsieur le Président, je pense qu’il n’y a plus rien à ajouter. Vous n’avez fait qu’exécuter les ordres. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle vous avez été choisi comme Président de la Chambre en cette période cruciale.

La responsabilité politique de cette décision appartient entièrement au Premier ministre, Alexis Tsipras.

M. Tsipras qui, en compagnie du Président de la République, a assisté à l’ouverture des travaux de la Commission le 4 avril 2015.

M. Tsipras qui m’a personnellement assuré avec fermeté que la Commission fonctionnerait sans entraves jusqu’à la conclusion de ses travaux.

M. Tsipras porte l’entière responsabilité politique du refus de faire la lumière sur les politiques imposées à l’aide de la corruption et de contrats léonins qui nous ont menés dans une impasse.

M. Tsipras porte l’entière responsabilité politique de la renonciation à utiliser un outil de renégociation de la dette qui est pourtant accepté, approuvé et légitimé par un règlement de l’Union européenne.

Il est certain que votre décision de supprimer la Commission pour la Vérité sur la dette n’affectera en rien la détermination et l’efficacité de nous tous qui continuons à lutter et restons convaincus que la vérité sera le catalyseur de changements politiques profonds.

Sofia Sakorafa

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