Musée de l'Europe et de l'Afrique

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mercredi 25 février 2015

Grèce : Reculer pour mieux (tout faire) sauter ?

Dans cette séquence, le fait que la déclaration de guerre ait été formulée dans un premier temps par la Banque centrale européenne puis, dans un second temps, par le ministre allemand des Finances est tout sauf anodin et pèsera certainement sur la stratégie du gouvernement, sur la lecture que le peuple grec et les peuples européens font et feront de ces événements, sur le soutien populaire que le peuple grec peut espérer à l’avenir.

J’ai le sentiment qu’en suivant jusqu’au bout la stratégie annoncée avant les élections — jusqu’à l’accord de Bruxelles, qui marque sans doute la fin de ce processus —, le gouvernement grec a pris à témoin le peuple grec, les citoyens grecs qui l’ont élu, ceux qui, en très grand nombre, ont soutenu sa stratégie de renégociation, et tous les peuples d’Europe.

Moins que de «capitulation», il faudrait peut-être parler de «clarification» : la pièce qui se jouait jusqu’alors en coulisses, avec les gouvernements grecs précédents, se joue à présent au grand jour, sous les yeux des peuples (je ne pense pas que la publication de l’ensemble des documents de la «négociation» par le ministre des Finances grec soit un pur artifice de communication).

Si la violence des institutions européennes apparaît aujourd’hui à nu, si l’Europe s’est trouvée acculée à répondre par la violence, le déni de la démocratie, le chantage, aux exigences du gouvernement grec, il faudrait prendre garde de ne pas oublier qu’elle l’a fait en réponse et par réaction aux élections grecques et à la stratégie suivie par le gouvernement après les élections — une stratégie reposant d’une certaine façon sur un «comme si» : «Faisons comme si l’Europe était démocratique ; faisons comme si une véritable négociation pouvait avoir lieu ; faisons comme si les revendications d’un gouvernement élu pouvaient être entendues ; faisons comme si l’Europe pouvait prendre en compte la crise humanitaire qui ravage la société grecque ; faisons comme si l’Europe pouvait entendre la voix de la raison. » On peut comprendre sous cet angle le fait que le ministre des Finances grec n’ait pas utilisé l’argument ou l’arme de la sortie de l’euro — comme le fait qu’il ne se soit pas seulement référé à Marx et à Keynes, mais aussi, non sans humour, à Emmanuel Kant… C’est un peu le paradoxe du comédien : s’il s’agissait de faire «comme si», il fallait le faire sérieusement, jusqu’au bout.

Toute la stratégie du gouvernement grec repose peut-être sur ce «comme si». Il s’agit peut-être d’un simulacre ou, comme le dit Manolis Glèzos, d’une «illusion», mais je crois qu’il n’était pas possible de faire l’économie de ce pas. Il n’était pas possible, à ce stade, de ne pas accorder (un minimum de) créance au semblant de démocratie dont les institutions européennes se paraient jusqu’à présent, pas possible de faire «comme si on n’y croyait pas» — parce qu’une très grande partie des électeurs de Syriza y croyaient (encore), voulaient (encore) y croire — moi y compris.

Lire le point de vue de Dimitris Alexakis, paru sous le titre "Nous avons besoin de temps et nous ne pouvons pas revenir en arrière"

vendredi 20 février 2015

Faire un exemple dans le cas grec

Dans cette affaire, l'Allemagne cherche absolument à faire un exemple. Là encore, le document de motivation du refus de la réponse grecque est sans équivoque. Elle parle de « cheval de Troie. » On peut comprendre ce terme de deux façons. La première est que la proposition grecque permet in fine au gouvernement grec de respecter certaines de ses promesses électorales dans le cadre du programme. La deuxième est que, si l'on cède, le cas grec pourrait faire école et devenir le « cheval de Troie » d'une remise en cause de l'austérité au niveau européen.

L'architecture de la zone euro

Wolfgang Schäuble est l'artisan de la nouvelle gouvernance européenne mise en place après 2011 et qui s'appuie sur les directives Two-Pack, Six-Pack, sur le semestre européen, sur le traité instaurant le pacte budgétaire. La zone euro ainsi redéfinie établit comme priorité la stabilité budgétaire. Toute remise en cause de cet ordre ainsi établi représente, du point de vue allemand, le danger d'une nouvelle crise de la dette. Il y a donc nécessité de briser dans l'œuf toute tentative de modifier cette logique. Le combat devient alors politique. Il s'agit de montrer aux électeurs des pays européens qu'il est impossible de disposer de l'euro et de mener des politiques de relance ou des politiques économiques alternatives à celles promues désormais par les structures de la zone euro.

Vider le programme politique de Syriza

Il faut donc absolument non seulement faire un exemple dans le cas grec en prouvant que ces politiques sont impossibles. Voici pourquoi les concessions grecques, qui cherchent évidemment à ménager des marges de manœuvre pour l'application du programme de Syriza, ne peuvent satisfaire Berlin. Ce qu'il faut, c'est réduire à néant ce programme. Voici la vraie raison de l'attachement allemand au « programme actuel. » Il s'agit de montrer que l'élection du 25 janvier n'a absolument rien modifié. Qu'elle est neutre et n'a pas eu d'impact. Hier, dans le texte du refus allemand, on aura ainsi pu remarquer que Berlin posait deux conditions à son feu vert : que le gouvernement grec accepte le programme actuel en reprenant in extenso trois phrases dictée par le gouvernement fédéral et que ce gouvernement renonce aux « lois votées par le parlement cette semaine » concernant les mesures sociales et la hausse du salaire minimum.

Accepter la culture de stabilité ou sortir

L'objectif principal qui semble conduire le comportement allemand est donc celui d'une réduction à néant du programme de Syriza. Ainsi, l'architecture de la zone euro ne sera plus jamais menacée. Le choix qui se dissimule derrière cette détermination est moins un déni de démocratie qu'une mise au pas de la zone euro. Le choix pour les électeurs est alors, soit de rester dans la zone euro en acceptant la « culture de stabilité allemande », soit d'en sortir pour mener d'autres expériences. C'est la raison pour laquelle le sort de la zone euro se joue ce vendredi.

Romaric Godin, La Tribune.

mardi 17 février 2015

Fin de Partie ?

Soit l’UE disparaîtra, soit les régimes démocratiques basés sur la souveraineté populaire et des pouvoirs qui en découlent seront définitivement abolis par une nouvelle variante de l’absolutisme. Entre les deux, rien d’autre n’est désormais possible. En Grèce, nous le savons déjà.

Le retraité du coin, celui qui tient le kiosque du quartier, découvrant les déclarations de Wolfgang Schäuble à travers le tout petit écran de sa télévision, s’est aussitôt rappelé... de la gamme complète que la langue néohellénique offre en insultes.

Le fond de l’affaire... se préciserait. Les élites allemandes iraient alors jusqu’au bout dans... leur gestion de l’Union Européenne. Espérons-le en tout cas, et nous sommes de plus en plus nombreux à le souhaiter ainsi en Grèce, pour enfin briser la chaîne de l’euro et cela, jusqu’à son effondrement. Car tout le monde sait combien cette monnaie de singe est consubstantielle de la première grande escroquerie en cette Europe du XXIe siècle.

C’est ainsi que le carême orthodoxe commence en Grèce lundi 23 février, pratiquement au moment où l’ultimatum allemand formulé lors de l’Eurogroupe expirerait. Au conditionnel, bien entendu comme tout le reste en ce moment. Enfin. En tout cas, et d’après les déclarations de Yanis Varoufákis, le texte consensuel présenté par Michel Sapin accepté par Alexis Tsípras, a été remplacé in extremis par un autre texte... plus allemand, présenté par le valet Jeroen Dijsselbloem.

Ce dernier texte, exige ainsi la continuation du programme d’extermination économique des Grecs, sans tenir compte évidemment de la nouvelle situation engendrée par les élections du 25 janvier. Michel Sapin n’aurait pas pu. Soit alors la France du moment n’a plus aucun pouvoir d’influence au sein de l’Eurogroupe, soit Michel Sapin incarne le rôle du... bon flic. Le constat est de toute évidence très triste.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sur son blog GreekCrisis et n'oubliez pas de soutenir financièrement son si précieux travail.

vendredi 6 février 2015

"Ce sont des salauds. Et ils sont partout."

Ce sont des salauds. Et ils sont partout. Reuters a rendu publique la teneur d’un rapport allemand préparé en vue de la réunion des ministres des finances du 5 février : c’est non sur toute la ligne. Non et rien, les deux mots de la démocratie-européenne-selon-les-traités. Croit-on que l’Allemagne soit seule en cause dans cette ligne de fer ? Nullement – ils sont partout. Ni l’Espagne, ni l’Irlande, ni – honte suprême – la France « socialiste » ne viendront en aide à Syriza. Et pour une raison très simple : aucun d’entre eux n’a le moindre intérêt à ce qu’une expérience alternative puisse seulement se tenir : dame ! c’est qu’elle pourrait réussir ! Et de quoi alors auraient l’air tous ces messieurs d’avoir imposé en pure perte à leurs populations un traitement destructeur ? De ce qu’ils sont. Des imbéciles, en plus d’être des salauds.

On n’aimerait pas être à la place de Tspiras et de ses ministres : seuls et abandonnés de tous. Mais l’Union européenne se rend-elle bien compte de ce qu’elle est en train de faire ? Il y avait de sérieuses raisons de penser qu’une combinaison minimale de dureté en coulisse et d’amabilité en façade permettrait un faux compromis qui aurait vu de facto Syriza plier sur toute la ligne ou presque – à quelques concessions-babioles dûment montées en épingle. Entre le désir de rester dans l’eurozone, les effets inertiels du recentrage de campagne, le découplage des institutions politiques qui protège un moment les gouvernants, il était probable que Tspiras aurait choisi un mauvais compromis qui gagne du temps et, laisse l’espoir (qui fait vivre) d’une possible amélioration future.

Mais il y a des degrés dans l’offense auquel, sauf à abdiquer toute dignité, un chef d’Etat peut difficilement consentir. Et tout se passe comme si l’UE était en train de pousser elle-même la Grèce vers la sortie. En s’en lavant les mains naturellement. Mais en ne laissant guère plus d’autre choix au gouvernement grec – passer sous la table ou la renverser, on n’en sort pas... C’est-à-dire, quand les conditions minimales d’estime de soi ne sont plus réunies pour passer dessous, renverser – comme on sait, la position défendue ici de longue date tient que cette Europe n’est pas amendable et que « renverser » est la seule solution offerte à un affranchissement d’avec la camisole libérale.

Si jamais on en venait à ce point critique, les événements connaitraient un de ces emballements qui font l’histoire. Car tout devrait aller très vite : séparation immédiate de la Banque centrale grecque du Système européen des banques centrales (SEBC), répudiation complète de la dette, instauration d’un contrôle des capitaux, nationalisation-réquisition des banques. Dans une interview à laquelle on n’a probablement pas assez prêté attention, Yanis Varoufakis lâche une phrase qui vaut son pesant de signification : « nous sommes prêts à mener une vie austère, ce qui est différent de l’austérité . Et en effet c’est très différent, radicalement différent même. Entre la vie austère et l’austérité, il y a l’abîme qui sépare une forme de vie pleinement assumée et la soumission à une tyrannie technique. Car il est certain que la sortie de l’euro n’aurait rien d’un dîner de gala. Mais c’est faire de la politique, et au plus haut sens du terme, que de prendre à témoin le peuple et de lui mettre en mains les termes de son choix : nous pourrions bien, en effet, être plus pauvres un moment mais, d’abord, sous une tout autre répartition de l’effort, et surtout en donnant à cette « vie austère » la signification hautement politique d’une restauration de la souveraineté, peut-être même d’un profond changement de modèle socioéconomique.

Lire l'intégralité de l'article de Frédéric Lordon paru sous le titre "Syriza cernée" sur son blog du Monde Diplomatique

samedi 31 janvier 2015

Quatre ans après, retour sur une occupation révolutionnaire confisquée

"Après les slogans glorieux de la Ksabah, comme quoi elle nous unissait, nous avons commencé à voir les divisions. « La Tunisie Laïque » et « la Tunisie musulmane » ont signé le premier clivage entre les jeunes de la révolution. Après, ont surgi les conflits d’intérêt entre ceux qui représentent la classe bourgeoise et moyenne (la Kobba) et ceux qui sont anti-système et maintiennaient une position radicale par rapport au passé (la Kasbah). Et finalement, il y a eu l’investissement en force des partis politiques qui ont démarré, très tôt, leurs campagnes électorales et qui ont pris la place des jeunes dans la négociation des revendications,"

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sous le titre "Kasbah 1 et 2 : Quatre ans après, retour sur une occupation révolutionnaire confisquée" sur le site Nawaat.org

vendredi 30 janvier 2015

"La laïcité est une question politique ou elle n’est rien !"

ecoleLouisWeiss.gif Collections du Musée de l'Europe - Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Chacune et chacun a conscience de la gravité de la période depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper casher. Tout naturellement l’école et la formation des maîtres sont interpellées. Mais on entend, et jusqu’au sommet de l’Etat, de nombreuses bêtises. Comme s’il s’agissait d’inculquer la laïcité dans le cadre d’un enseignement de « morale civique ». Exit donc l’ambition (déçue) de l’ECJS (Éducation civique juridique et sociale) : une formation au débat public argumenté (un échange public d’arguments fondés en raison).

Bien mieux, on invoque la menace de sanctions contre les élèves qui poseraient de mauvaises questions et la laïcité, qui devrait s’inscrire dans un projet éducatif émancipateur, est associée au renforcement de l’autorité. Comme si, en lieu et place de « la force du meilleur argument » (P. Bourdieu), on faisait appel au conseil de discipline. On entend aujourd’hui des appels au rétablissement de l’ordre, comme si la menace de sanction pouvait contraindre les élèves à adhérer à l’idéal laïque. Dans cette perspective évidemment, le rappel des textes officiels, un vague catéchisme républicain et l’étude de « cas pratiques », peuvent tenir lieu de formation des futurs enseignants.

Les textes officiels sont utiles à connaître, mais le catéchisme républicain ne sert à rien. Faut-il rappeler sur ce point la position de Condorcet (que tout futur professeur devrait connaître) ?

Former les futurs enseignants à la question laïque, ce devrait être aujourd’hui aborder de front les enjeux sociaux et politiques de la laïcité. Prolonger ce qu’avaient fait Hugo quand il combattait la loi Falloux et Jaurès lorsqu’il se battait "Pour la laïque". Ces textes pourraient d’ailleurs être utilement étudiés avec les futurs professeurs.

Lire le point de vue d'Alain Beitone paru sous le titre "Laïcité et formation des enseignants" sur le site du Groupe de Recherche sur la Démocratisation Scolaire

"Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens"

Les élections ne changent rien, affirme en substance le président de la Commission européenne. Sans prendre beaucoup de gants :

« Dire qu’un monde nouveau a vu le jour après le scrutin de dimanche n’est pas vrai. Nous respectons le suffrage universel en Grèce, mais la Grèce doit aussi respecter les autres, les opinions publiques et les parlementaires du reste de l’Europe. Des arrangements sont possibles, mais ils n’altèreront pas fondamentalement ce qui est en place. »

Vous n’êtes pas certain d’avoir compris ? « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités », ajoute encore Jean-Claude Juncker, qui lâche une phrase terrible, qui résume toutes les limites de la démocratie dans l’Union européenne :

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Lire l'article de Michel Soudais dans Politis

mardi 27 janvier 2015

Jaurès répond aux attaques sur la communion de sa fille (1901)

Pour moi, non seulement je n’ai jamais fait appel à la violence contre des croyances, quelles qu’elles soient, mais je me suis toujours abstenu, envers les croyances religieuses, de cette forme de violence qui s’appelle l’insulte. Je ne crois pas que ce soit par les procédés hébertistes que nous viendrons à bout de la religion.

D’autres socialistes, d’autres militants, ont une autre méthode : je n’ai pas le droit de les blâmer. L’Église a façonné si savamment le joug qui pèse sur les nations, elle a si bien multiplié les prises sur l’esprit et sur la vie, que peut-être bien des hommes ont besoin d’aller jusqu’à l’outrage pour se convaincre eux-mêmes qu’ils sont affranchis. J’aime mieux pour nous tous d’autres voies de libération. Le grossier couplet de la Carmagnole : « Le Christ à l’écurie, La Vierge à la voirie », m’a toujours choqué, non pas seulement par sa grossièreté même, mais parce qu’il me semble exprimer la révolte débile et convulsive plus que la liberté de la raison.

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Jean Jaurès : Léon Tolstoï

Tolstoï est resté un oriental, et il déplore que la révolution russe se soit engagée dans la voie de la révolution occidentale. Il a peur de la croissance industrielle, puis de la démocratie, il ne voudrait qu'une production agricole à base communiste. Mais il est impossible d'arrêter la révolution du monde : les industries montent, et dans l'Orient même, en Russie même, où c'est le prolétariat industriel qui a réveillé d'un trop long sommeil la masse paysanne, en Perse même, dans l'Inde, au Japon, en Chine, dans tout l'Orient, jusque-là endormi, c'est la fièvre de l'activité européenne avec ses tares, avec ses méfaits, avec ses cruautés, mais avec ses grandeurs, qui se répand sur le monde ; de plus en plus, ces peuples s'éveillent et se libèrent ; et ainsi, ce n'est pas en renonçant à la produc­tion industrielle, c'est en organisant toute la production sur les bases d'une justice nouvelle que nous assurerons l'équi­libre dans le progrès grandissant.

''Jean Jaurès, « Léon Tolstoï », conférence prononcée à Toulouse le 10 février 1911, La Revue socialiste, mars 1911, pp. 193-209.''

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lundi 26 janvier 2015

Ordre scolaire bourgeois contre culture prolétarienne

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En France, l’école dite laïque, dite obligatoire, dite gratuite est mise en place par la bourgeoisie à un moment de reconstitution du mouvement ouvrier, après l’écrasement sanglant de la Commune. La bourgeoisie a le cœur encore soulevé de frayeur d’avoir vu le peuple insurgé auto-organisant les rouages sociaux, économiques et symboliques. Si, à droite et à l’extrême droite, s’agitent les très cléricaux monarchistes et légitimistes, adossés aux grands propriétaires ruraux et à la bourgeoisie négociante, c’est à ce que l’on va nommer les républicains modérés que la bourgeoisie industrielle va confier ses intérêts pour éviter de nouveaux soubresauts. Elle est révolue, la période de 1848, où la bourgeoisie avait la bouche pleine de discours humanitaires sur les conditions de vie du peuple, sur l’ignorance et les scandales de l’exploitation. Après 1871, la rupture entre la classe bourgeoise et le prolétariat est accomplie.

Le partage des eaux claires du socialisme d’avec celles teintées du sang des travailleurs du capitalisme est achevé. Comme le vote va être l’instrument de l’illusion d’une autonomie de pensée et de choix politique, la pédagogie primaire sera celui de l’écrasement du peuple dans sa conscience sociale même.

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dimanche 25 janvier 2015

Le triomphe du parti de l'ordre

« Notre plume est une arme bien faible – et on ne manque pas de nous le faire cruellement sentir. Mais il est de notre devoir d’en faire usage. Nous sommes peut-être impuissants car notre époque déroule son terrible ordre du jour sans tenir compte de notre colère et de nos plaintes. (…) On pourra donc plus tard nous reprocher d’avoir été impuissants, mais pas de nous être déshonorés » par notre silence ou notre abstention mêmes (1). Écrire donc, envers et contre tout, sans illusion aucune sur le pouvoir de ces mots. Écrire pour témoigner et résister, autant que faire se peut, au triomphe du parti de l’ordre.

Lire le point de vue d'Olivier Le Cour Grandmaison paru sur Mediapart

(1) Klaus Mann, « Pen Club », Contre la barbarie 1925-1948, préface de Michel Crépu, Paris, Phébus, 2009, p. 107.

samedi 24 janvier 2015

Belgique: les sanctions envers les chômeurs ont explosé en 2014

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Skipi, le dessin du lundi

Le nombre de sanctions prononcées par l’Office national de l’emploi (Onem) à l’égard des chômeurs a fortement progressé l’an dernier. Sur le seul premier semestre 2014, le nombre de sanctions était de 31 329, selon le rapport semestriel de l’Onem. Pour l’ensemble de l’année dernière, on devrait dépasser les 62 000 sanctions, estime le syndicat chrétien CSC. Cela représente une augmentation de près de 24 % en un an. Par rapport à l’année 2011, le nombre de sanctions aura augmenté de 62 %. Précisons d’emblée qu’un même chômeur peut être sanctionné plusieurs fois : il n’y a donc pas eu 62 000 chômeurs sanctionnés l’an dernier.

Disponibilité active et passive

Mais en quoi consistent ces sanctions ? Depuis 2004, il existe une procédure d’activation du comportement de recherche d’emploi. L’Onem procède à des évaluations, qui s’effectuent lors d’entretiens (maximum trois) dont l’objectif affirmé est de suivre le chômeur et de le soutenir dans sa recherche d’emploi. Progressivement, les différentes tranches d’âge (d’abord les jeunes, puis les plus âgés) et les différentes catégories de chômeurs (les demandeurs d’emplois puis les allocataires d’insertion qui n’ont pas encore ou pas assez travaillé) ont été soumises à ce contrôle de la disponibilité.

lire la suite sur indymedia Bruxelles

vendredi 23 janvier 2015

Tunisie : Après Ben Ali, la société civile a-t-elle réussi à faire contre-pouvoir ?

Les dernières attaques contre les libertés et les droits de l’Homme en Tunisie n’ont pas joui d’un soutien à grande échelle. Beaucoup parlent d’un conflit idéologique qui déroute les défenseurs des droits de l’Homme et des causes justes. D’autres estiment que la société civile tunisienne est accaparée par l’argent politique et les financements étrangers qui dictent des agendas « réformistes » insuffisants pour combler les attentes réelles de la Tunisie post-révolution.

Se limitant à des communiqués de presse, plusieurs organisations sont quasiment absentes des combats essentiels. Nous l’avons observé, lors des derniers dépassements commis par le ministère de l’Intérieur, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Nous l’avons dénoncé, au cours du procès de Yassine Ayari, condamné à un an de prison ferme par un tribunal militaire pour des écrits sur les réseaux sociaux. Et nous l’avons, également, suivi, tout au long des procès politiques, dont les victimes sont de jeunes révolutionnaires, comme celui de Ksibet El Mediouni, Sidi Bouzid, Bouzayen et Kasserine. L’absence des organisations militantes était flagrante même dans les combats considérés sacrés, comme celui des martyrs et des blessés.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat sous le titre Tunisie : Après Ben Ali, la société civile a-t-elle réussi à faire contre-pouvoir ?

mercredi 21 janvier 2015

La dictature du chagrin

La semaine a été longue pour le peuple suédois. Il est vrai qu’il est normal que le chagrin fasse trouver le temps long. Mais, en comparaison du chagrin organisé, le chagrin spontané va vite en besogne. La semaine qui vient de s’écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d’information sont mis en même temps au service d’une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe.

Ce que nous venons de vivre n’est rien de moins que le spectacle d’une dictature à l’œuvre. Certes, il s’est agi au premier chef du côté journalistique de la dictature, mais cela a été bien suffisant. Cela a même été plus que suffisant. Pour un démocrate, le spectacle d’une démocratie qui se nie elle-même sur un point capital est certainement plus pénible que le deuil national en lui-même. Il est en toutes circonstances inadmissible d’ériger le conformisme en système, mais cela l’est particulièrement quand il s’agit des convenances. Même lors du décès d’un souverain, il existe un respect qui prime le recueillement : c’est celui de la démocratie.

Stieg Dagerman, La Dictature du chagrin

Rédigé à l’occasion du deuil national qui suivit la mort du roi Gustave V, publié le 4 novembre 1950 comme éditorial du journal Arbetaren.

Lire la suite sur le site lundimatin

mardi 20 janvier 2015

Penser la religion et la société (I)

L'existence de cultes individuels n'implique donc rien qui contredise ou qui embarrasse une explication sociologique de la religion ; car les forces religieuses auxquelles ils s'adres­sent ne sont que des formes individualisées de forces collectives. Ainsi, alors même que la religion semble tenir tout entière dans le for intérieur de l'individu, c'est encore dans la société que se trouve la source vive à laquelle elle s'alimente. Nous pouvons maintenant apprécier ce que vaut cet individualisme radical qui voudrait faire de la religion une chose purement individuelle : il méconnaît les conditions fondamentales de la vie religieuse. S'il est resté jusqu'à présent à l'état d'aspirations théoriques qui ne se sont jamais réalisées, c'est qu'il est irréalisable. Une philosophie peut bien s'élaborer dans le silence de la méditation inté­rieure, mais non une foi. Car une foi est, avant tout, chaleur, vie, enthousiasme, exaltation de toute l'activité mentale, transport de l'individu au-dessus de lui-même. Or, comment pourrait-il, sans sortir de soi, ajouter aux énergies qu'il possède ? Comment pourrait-il se dépasser par ses seules forces ? Le seul foyer de chaleur auquel nous puissions nous réchauf­fer morale­ment est celui que forme la société de nos semblables ; les seules forces morales dont nous puissions sustenter et accroître les nôtres sont celles que nous prête autrui. Admettons même qu'il existe réellement des êtres plus ou moins analogues à ceux que nous représentent les mythologies. Pour qu'ils puissent avoir sur les âmes l'action utile qui est leur raison d'être, il faut qu'on croie en eux. Or les croyances ne sont actives que quand elles sont partagées. On peut bien les entretenir quelque temps par un effort tout personnel ; mais ce n'est pas ainsi qu'elles naissent ni qu'elles s'acquièrent; il est même douteux qu'elles puissent se conserver dans ces conditions. En fait, l'homme qui a une véritable foi éprouve invinciblement le besoin de la répandre ; pour cela; il sort de son isolement, il se rapproche des autres, il cherche à les convaincre et c'est l'ardeur des convictions qu'il suscite qui vient réconforter la sienne. Elle s'étiolerait vite si elle restait seule.

Emile Dürkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912 (Conclusion, I)

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Mère de trois enfants, Marie-France est exclue du chômage : "Je n’aurai plus rien, même pas un centime"

Depuis le 1er janvier, Marie-France ne perçoit plus d’allocations d’insertion, car elle n’a pas trouvé d’emploi en trois ans. Mère de trois enfants, elle est pourtant trilingue et a suivi de nombreuses formations.

Le 3 novembre dernier, Marie-France a reçu un courrier de l’Office national de l’Emploi. "L’Onem a notifié votre fin de droit aux allocations d’insertion à partir du 1er janvier 2015", pouvait-elle lire dans cette lettre. Le motif ? Marie-France n’a pas trouvé d’emploi en trois ans.

Sans aucun revenu avec trois enfants à charge

Cette mère de trois enfants va se retrouver seule, sans revenus et sans allocations. "Après le nouvel an, j’ai dit à mes enfants que je n’aurai plus rien, même pas un centime. Je suis exclue du système, je suis hors des chiffres. Le taux de chômage va diminuer, mais je n’aurai pas d’emploi", explique la mère de famille.

Pour éviter de perdre ses allocations d’insertion, l’Onem a proposé à Marie-France de suivre une formation. Mais elle dispose déjà de plusieurs diplômes en bureautique, dactylographie, ou en langues. "J’ai 19 attestations de réussite qui prouvent que j’ai les compétences pour exercer le métier de secrétaire trilingue", explique-t-elle. "Maintenant, c’est vrai que suivre une formation de plombier-zingueur ne me conviendrait pas du tout. Et je n’ai pas envie de faire cela pour garder mes allocations de chômage", ajoute-t-elle.

Exclus du chômage : surtout des femmes de 30 à 40 ans

Le nombre d’exclus du chômage varie de 16.900 à 31.000 allocataires. Il s’agit principalement de femmes de 30 à 40 ans. Sans allocations de chômage, la plupart de ces personnes se tourneront vers les CPAS communaux. "C’est un transfert de solidarité, d’une entité fédérale très grande vers des entités toutes petites", explique Marc Barvais, président du CPAS de Mons. "Donc ça déforce les grandes villes, qui ont un taux de non-emploi plus important", ajoute-t-il.

A Mons, par exemple, le CPAS estime le surcoût lié à ce transfert de solidarité à environ un million d’euros. Une charge financière supplémentaire pour les pouvoirs communaux.

source : Indymedia Bruxelles

lundi 19 janvier 2015

Tunisie : Au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’Intérieur continue à bafouer les droits de l’Homme

Un soutien considérable s’est créé autour du ministère de l’Intérieur qui, pour certains, doit torturer et même tuer, s’il le faut, toute personne en rapport avec le terrorisme. Dans cette même vague de panique aveugle, des Tunisiens ont jugé que « les défenseurs des Droits de l’Homme sabotent l’efficacité de la lutte contre le terrorisme » et sont même « les alliés des terroristes ».

C’est ainsi que le piége de la peur s’est refermé sur les gens les plus censés : lutter contre le terrorisme par un autre terrorisme. Bafouer les droits de l’Homme est, en efet, un beau cadeau à offrir aux terroristes. Comme le soulignait le Secrétaire général des Nations Unies dans l’une de ses déclarations « le risque est que, dans notre souci de sécurité, nous nous retrouvions sacrifiant des libertés essentielles, ce qui affaiblirait notre sécurité commune au lieu de la renforcer et causerait, ainsi, une érosion par l’intérieur du mode de gouvernement démocratique ».

Dans ce même contexte, Amna Guellali affirme que « les exceptions en matière de droits de l’Homme finissent, souvent, par devenir la norme. Si nous fermons les yeux, aujourd’hui, sur la torture, lorsqu’il s’agit d’un « djihadiste », qu’est-ce qui nous garantit que cette pratique ne sera pas généralisée ? Absolument rien! Donc, pour que l’intégrité physique soit un droit fondamental et indiscutable, il doit être appliqué à tout le monde et sans exception aucune. Le recours à la torture et à d’autres traitements cruels pour soutirer des informations à des personnes soupçonnées de terrorisme est interdit. Ces méthodes ont prouvé de toute manière leur défaillance et leur limite, car les victimes de torture ne donnent jamais des informations fiables et détaillées… »

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.org sous le titre Tunisie : Au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’Intérieur continue à bafouer les droits de l’Homme

samedi 17 janvier 2015

La critique petite-bourgeoise de la religion est-elle rationnelle ?

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Ce 16 janvier 2015, le Musée de l'Europe & de l'Afrique s'était invité à l'émission de la Radio La Locale de Saint-Girons pour critiquer le dernier numéro de Charlie-Hebdo.

Merci à l'équipe de la locale pour son inestimable contribution à la "Liberté d'expression".

à écouter en ligne ici

L'intégralité de l'émission avec comme premier invité René Nabat ici

vendredi 16 janvier 2015

Tunisie : Retour à la violence d'Etat sous couvert de lutte contre le terrorisme

L’année 2014 a trahi ses promesses du fait de certaines pratiques répressives. Brutalité policière, torture et procès iniques continuent à être à l’ordre du jour. Légitimés par la lutte contre le terrorisme et les échéances électorales, ces manquements ont lâché la bride, de nouveau, aux forces de sécurité qui ont récidivé dans la violence. La glorification de la police et de l’armée qui « s’exposent aux dangers du terrorisme» fut, ainsi, le maître-mot de ce retournement de situation.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.org sous le titre Tunisie 2014 : Justice transitionnelle et mouvements sociaux. Retour à la violence d’Etat sous couvert de lutte contre le terrorisme

jeudi 15 janvier 2015

Redayef, la ville aux espoirs trahis !

Entre désespoir et révolte, les habitants sont en stand-by. Tout en calmant les jeunes qui se radicalisent de plus en plus, depuis le 14 janvier, les habitants et militants syndicalistes de Redayef continuent à demander un dialogue fructueux avec les autorités afin de soulever les revendications essentielles de la ville et de toute la région. La balle est ainsi dans le camp du prochain gouvernement et du nouveau parlement qui devront affronter le plus grand challenge de l’histoire de la Tunisie, une réelle transparence -cette fois-ci prescrite par la Constitution- au niveau de la gestion des richesses naturelles. Cette même transparence qui devrait servir la répartition équitable des richesses en question.

Lire l'article de la rédaction de Nawaat, Redayef, la ville aux espoirs trahis !

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