Musée de l'Europe et de l'Afrique

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jeudi 9 août 2018

Comment l'idéologie identitaire fait perdre à la gauche occidentale son identité collective

Depuis la fin du 20ème siècle, une tendance idéologique libérale1 s'est implantée au sein de la gauche petite-bourgeoise (du moins en Occident) qui prétend abolir la conscience de classe au profit d'identités multiples basées sur le genre, la sexualité, la race, la religion ou tout autre facteur de division communautaire, étranger aux rapports sociaux de production subis par tous. Chaque sous-groupe, de plus en plus dissocié de tous les autres, se concentre sur la forme spécifique d'identité qu'il juge partager en propre, ne considère que les expériences individuelles de ses membres et donne la priorité à sa seule autonomisation. Toute personne extérieure à ce sous-groupe auto-centré est au mieux rétrogradée au rang « d'allié ».

Au moment de la rédaction de cet article, il y aurait semble-t-il plus de 70 options différentes en matière de genre en Occident, sans parler des « préférences sexuelles » déjà dénombrées - l'acronyme LGBT traditionnel s'est déjà, à ce jour, étendu à LGBTQQIP2SAA . L'ajout des races à cet agrégat, entraîne un nombre encore plus grand de permutations ou d'identités possibles, des « choix multiples ». Chaque sous-groupe a sa propre idéologie et ils en arrivent à consacrer l'essentiel de leur temps à se confronter entre eux, suscitant une forme d’émulation qui tourne principalement autour du degré d’oppression4 subi par chaque « communauté » et permet de disqualifier celles jugées les moins opprimées en leur enjoignant de «vérifier leurs privilèges», tandis que se rejoue continuellement le classement des «Olympiades de l'oppression».

Les règles de ce sport sont aussi mouvantes et confuses que les identités qui s'y confrontent. L'un des derniers dilemmes qui angoissent actuellement ce mouvement politique identitaire est la question de savoir si les hommes en transition vers la féminité méritent d'être reconnus et acceptés ou si les femmes trans ne sont pas des femmes et apparemment « violeraient »... des lesbiennes.

Lire l'article de Tomasz Pierscionek republié sur le site de la Librairie Tropiques

dimanche 5 août 2018

Aléxis Tsípras, dans une allocution télévisée, déclare que “rien ni personne ne sera oublié”

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Notons qu’il y à peine trois semaines, plus exactement le 11 juillet dernier, et comme par hasard à la veille du sommet de l’OTAN, le “gouvernement” Tsípras avait expulsé deux diplomates russes au motif avancé de leur prétendue intervention aux affaires internes grecques au profit des opposants à l’accord Macédonien. C’est tout de même, une première historique pour la Grèce, car jamais Athènes n’avait exécuté de telles mesures visant la diplomatie russe, étant donné les liens historiques, religieux et culturels entre les deux peuples remontant à Byzance. Du jamais vu donc, même du temps des Colonels (1967-1974), voire, de la Guerre Civile (1944-1949) entre les communistes et la droite. Même parmi les analystes proches des cercles de l’OTAN à Athènes, cette mesure a été critiquée pour son aventurisme... de l’échine courbée, à l’instar par exemple d’Athanássios Droúgos le 13 juillet dernier.

Les Grecs savent que derrière... l’avènement Tsípras et de sa clique au pouvoir, il y a un agenda géopolitique imposé que d’ailleurs nous découvrons plutôt soudainement coup après coup. La marionnette Tsípras irait très probablement jusqu’au bout alors proche dans cet agenda à peine dissimulé d’ailleurs depuis l’arrivée de la Troïka en Grèce et de sa politique dite d’austérité. Agenda qui conduirait en cas de réussite, ni plus ni moins, à la disparation culturelle, nationale, sociale, sociétale, démographique et même partiellement territoriale de la Grèce contemporaine, telle est toute... la préparation des Tsípras et d’ailleurs des Mitsotákis qui arrivent derrière.

Sauf qu’il y a urgence, car les Grecs se réveillent même... tétanisés, d’où cette urgence semblable quant à la mécanique sociale, cette dernière rajoutant du choc au deuil et du deuil au choc depuis près de huit ans maintenant. Et voilà que ces incendies en Attique Ouest et Est, visiblement volontairement provoqués supposons par de simples pyromanes (?) avec près de quatorze foyers initiaux simultanés lorsque la météo avait prévu la grande violence des vents soufflant jusqu’à 90 km/h, sont ainsi “arrivés” on dirait... à point nommé en Grèce.

Comme l’écrit mon ami Olivier Delorme sur son blog, le pays est: “seule face aux spéculateurs qui ont mis la Grèce à genou en 2010, seule face aux provocations et violations de sa souveraineté par une Turquie, dont on sait aujourd'hui, par le témoignage de l'ancien Premier ministre Yilmaz, que ses services spéciaux furent à l'origine de vagues d'incendies dans les îles durant les années 1990...”

Le jour des incendies et au-delà des causes structurelles du drame humain, car il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, -concernant un habitat au départ illégal sans P.O.S. (Plan d'occupation des sols) et légalisé ensuite, sur une zone agricole, boisée seulement à partir des années 1950 pour ce qui est des communes les plus touchées-, les services de l’État mémorandaire grec ont complètement failli dans leur gestion de la crise, et c’est le moins que l’on puisse dire. À très juste titre cette impréparation grecque liée aux politiques imposées par la Troïka, a été dénoncé par le Sénateur de la majorité Alberto Bagnai en Italie, et son intervention fustigeant la supposée “solidarité européenne d’une meute de loups” a bien été signalée en Grèce par les analystes grecs à l’instar de Dimítris Konstantakópoulos sur son blog.

Sur le terrain et d’abord, aucun signal d’alarme n’a été déclenché et aucun plan d’évacuation de la population n’a été mis en exécution, quotidien “Kathimeriní” du 1er août. Parallèlement, la circulation sur l’avenue de Marathon avait été déviée de manière criminelle vers les zones d’habitant près de la côte, au lieu d’être interrompue. Les automobilistes de passage envoyés ainsi tout droit jusqu’au cœur de l’incendie par les autorités, autant que les habitants sous l’effet de la panique, ils ont été ainsi piégés et parfois brûlés vifs. “Les policiers, qui se trouvaient sur l’avenue Marathon, exécutaient bien des ordres. S’ils avaient reçu l’ordre d'arrêter la circulation et de renvoyer les voitures, plutôt que de les dévier tout droit vers le cœur du désastre, ils le feraient. L’erreur fatale est clairement due à un manque total de coordination. Les Pompiers, la Police, les municipalités et la Région d’Attique participent ainsi de cette catastrophe. La responsabilité de la coordination (...) incombe pourtant à la Protection Civile, laquelle n'a pas fait son travail”, quotidien “Kathimeriní” du 1er août.

Au même moment, aucun des systèmes d’alerte supposés établir le contact entre les différents postes de la Police, des Pompiers ainsi que le fameux numéro 112 n’ont fonctionné, ceci, entre coupes sobres dans les budgets depuis 2010 et aussi, entre le népotisme et l’irresponsabilité criminelle des gouvernants SÝRIZA compris. On sait que de nombreux officiers des Pompiers ont été remerciés et sortis du service, pour qu’un de leurs collègues, certes beaucoup moins bien noté mais cependant Syrizíste patenté, puisse être nommé à leur tête, sans la moindre expérience sur le terrain des incendies en Attique, région pourtant capitale, où d’ailleurs près du 40% de la population du pays y réside. Pauvre pays historique... et inflammable. Nos touristes n’auront finalement remarqué que cette inhabituelle grisaille météorologique dans le ciel de l’Acropole, et également du site bien théâtral d’Épidaure. Grèce éternelle des clichés accomplis partis en fumée !

Nous sommes déjà à une plus d’une semaine de ce jour sombre du lundi 23 juillet dernier. Au soir de ce même lundi, et pendant que les informations sur les première victimes étaient déjà connues, Aléxis Tsípras devant les cameras de la télévision publique, n’en faisaient pas la moindre mention. Au gouvernement, on faisait déjà semblant que de minimiser l’ampleur du drame. Un show télévisé à but de communication et de gestion du temps politique. Mardi, le jour d’après, Aléxis Tsípras dans une allocution télévisée, déclare que “rien et personne ne sera oublié”. Mercredi, le porte-parole du gouvernement annonce des mesures à l’aide des victimes, à savoir, le... report des obligations fiscales de six mois et 5.000€ d’aide par foyer... complètement dévasté.

Le boomerang de la propagande se retourne alors contre le gouvernement. Ainsi, vendredi dernier, Tsípras se voit contraint de convoquer un conseil ministériel d'urgence... pour déclarer qu’il assume toute la “responsabilité politique” dans ce drame, sans formuler des excuses, car essentiellement niant toute responsabilité gouvernementale, évoquant plutôt la force du vent, les irrégularités quant au POS, puis ces “sombres centres voulant déstabiliser le gouvernement”.

Les révélations durant le week-end furent pourtant choquantes. Certains officiers de la Police et des Pompiers qui se trouvaient dans l’œil du cyclone au moment de la catastrophe, ont démontré qu’un certain nombre de morts était déjà connu dès lundi soir, au moment justement, où Tsípras organisait son... show télévisé.

Ils se sont passés déjà plusieurs jours. Aléxis Tsípras avait certes le temps pour visiter les lieux du martyre. Sauf qu’il ne voulait pas être exposé à la colère populaire. D’après ses calculs, rien que par les stratagèmes de communication, il surmonterait alors la crise. Finalement, Tsípras a visité les lieux de la tragédie à Mati, une semaine après l'incendie, à savoir le 30 juillet. Une visite très vespérale après 6h du matin, une visite autant non annoncée et tenue secrète, finalement suivie d’une seule camera...“prédestinée”. Cette visite a autant provoqué para suite les vives réactions de la presse pour son caractère savamment improvisé, à savoir, sans journalistes ni caméras.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Terre brûlée" sur son blog Greek Crisis

mardi 31 juillet 2018

2007-2018 : Les causes d’une crise financière qui a déjà 11 ans

À partir de février-mars 2007, aux États-Unis, commencent les premières faillites de sociétés financières spécialisées dans le crédit hypothécaire.

Les racines de la crise internationale qui a débuté aux États-Unis en 2007-2008 remontent aux années 1990. Parmi les facteurs décisifs : l’augmentation massive des dettes privées ainsi que la politique des autorités de Washington qui ont favorisé, pour des raisons économiques et politiques, le développement d’une bulle spéculative dans l’immobilier.

Au cours des deux dernières décennies, les administrations de Bill Clinton et de George W. Bush ont appuyé systématiquement les grandes banques dans leur volonté de se débarrasser définitivement des contraintes qui pesaient encore sur elles comme héritage des mesures de la discipline bancaire imposée par F. Roosevelt dans les années 1930. À noter qu’au cours de ses deux mandats, Barack Obama n’a pas pris des mesures fortes pour remettre de l’ordre dans les activités des sociétés financières. Au pouvoir depuis début 2017, Donald Trump a commencé à démanteler les quelques contraintes imposées aux banques depuis le début de la crise, notamment la loi Dodd-Franck, et compte aller plus loin afin de favoriser encore plus le secteur financier.

L’éclatement de la bulle spéculative immobilière a été le détonateur de la crise. Les politiques d’austérité ont ensuite fini de plonger l’économie des pays les plus industrialisés dans une période récessive-dépressive prolongée, suivie d’une période de croissance très faible dans laquelle est toujours plongée l’économie des pays les plus industrialisés. Par ailleurs, les politiques appliquées, depuis 2007-2008, par les banques centrales pour favoriser une fois de plus le grand capital ont généré de nouvelles bulles (bulle boursière et bulle du marché obligataire) qui finiront tôt ou tard par éclater.

Dans plusieurs pays, avant l’éclatement de la crise en 2007, la dette publique représentait moins d’un sixième des dettes totales, et moins d’un cinquième des dettes privées. Après 2007, l’augmentation de la dette publique est forte et brutale, conséquence de la crise et du sauvetage des banques par les pouvoirs publics.

Selon une étude publiée en mars 2017, par le service d’étude de l’Union des Banques Suisses, la dette globale mondiale a augmenté de 55% entre 2002 et 2008. Deux tiers de cette augmentation étaient dus à la croissance de l’endettement des banques. Entre 2008 et 2017, la dette globale a encore augmenté de 51%. Mais depuis 2008, les banques (surtout aux États-Unis) ont un peu réduit leurs dettes tandis que les États qui leur sont venus en aide ont vu exploser leur endettement.

Lire la suite de l'article republié par Eric Toussaint sur le site du CADTM

Un gouvernement à la solde des colonisateurs

Si certains se demandent ce qu'on entend par "souveraineté", l'exemple d'un pays qui l'a perdue pourrait les faire réfléchir. Car faire des selfies de dénonciation des colonisations du passé sert surtout à cacher celles du présent, commises en notre nom. Nous ne savions pas? (le Concierge)

J’étais députée de Syriza et présidente du Parlement grec pendant les sept mois qu’a duré le premier gouvernement de ce parti. Lorsque Tsipras a signé le troisième mémorandum en dépit de sa toxicité, en 2015, j’ai lutté de toutes mes forces pour préserver nos procédures parlementaires que le Premier ministre et la troïka foulaient aux pieds. En dépit des pressions permanentes, j’ai refusé de déroger à nos règles démocratiques et d’endetter encore plus notre peuple. Avec des dizaines d’autres parlementaires de Syriza, j’ai voté contre cet accord monstrueux.

Tsipras a alors dissous prématurément le Parlement pour nous écarter, les parlementaires dissidents et moi.

Trois ans plus tard, sa capitulation devant la troïka s’est révélée aussi désastreuse que nombre d’entre nous l’avions prédit. La vie de nos concitoyens est devenue intolérable. Le chômage des jeunes est devenu la norme et on estime à 8 % la part de la population qui a quitté le pays à la recherche d’un emploi. Le salaire minimum ne permet pas de couvrir les factures et des centaines de milliers de familles doivent se passer d’électricité pendant de longues périodes.

Cette tragédie a commencé dès 2010, mais Tsipras et son gouvernement soi-disant de gauche ont tout fait pour prouver qu’ils pouvaient mener les politiques austéritaires mieux que leurs prédécesseurs. Ils se vantent même de dépasser les cruels objectifs de la troïka en matière de coupures budgétaires et d’impôts.

Pendant les élections anticipées de 2015, Tsipras a prétendu avoir signé le troisième mémorandum parce que la troïka lui avait promis des discussions sur un allègement de la dette. Le 21 juin dernier, l’Eurogroupe a convenu d’une extension de dix ans de l’échéancier de remboursement de la Grèce, ce qui en définitive, signifie que davantage d’enfants et de jeunes deviendront endettés contre leur volonté. Chaque nouveau-né en Grèce voit le jour avec une dette de 40 000 euros, et de moins en moins de bébés naissent depuis l’imposition de mesures d’austérité.

Tsipras a salué la prolongation de l’échéancier dans un discours où il qualifie ce 21 juin de « jour historique ». Je doute que quelqu’un s’en souvienne l’année prochaine. La dette de la Grèce, source de nos ennuis, a été déclarée « illégitime, illégale, odieuse et insoutenable » par la commission parlementaire d’audit de la dette que j’avais convoquée lorsque j’étais présidente du Parlement en 2015. Tsipras n’a jamais utilisé les rapports officiels de cette commission. Sous son mandat, la dette de la Grèce s’est encore accrue et selon les prévisions, elle devrait exploser.

L’Eurogroupe a imposé à la Grèce un objectif d’excédent budgétaire d’au moins 2,2 % du PIB d’ici 2060. Tsipras prétend que la Grèce « sortira proprement » du mémorandum en août prochain : il a déjà légiféré pour introduire de nouvelles mesures austéritaires prescrites par la troïka jusqu’à 2022, accepté la surveillance de l’économie jusqu’à 2060 et a renoncé à tout contrôle sur les biens publics jusqu’à 2114.

Tsipras prétendait vouloir mettre à bas les oligarques des médias. Aujourd’hui pourtant, ces anciens oligarques n’ont rien perdu de leur pouvoir et une nouvelle génération s’est même installée, les « oligarques de l’ère Tsipras ».

Sa politique étrangère a connu le même sort : en octobre dernier, alors qu’il représentait un État en faillite, il a dépensé pas moins de 2,4 milliards de dollars pour l’achat d’avions de chasse F-16 aux États-Unis. Il a ensuite fait l’éloge de Donald Trump qui, selon lui, perpétue « la tradition de démocratie et de liberté » née en Grèce. En bon caniche de Washington, Tsipras a également noué d’étroites relations avec le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, a accepté de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, dont le régime est actuellement accusé de bombarder des enfants au Yémen et a levé le véto de la Grèce à l’expansion de l’OTAN dans les Balkans. Il a également signé des accords sur les réfugiés qui constituent une violation criante du droit international humanitaire.

Depuis 2015, il a mis en œuvre un programme de privatisation cynique, vendant à vil prix nos ports, nos aéroports, nos côtes, nos voies ferrées, nos compagnies d’électricité, d’eau et de gaz, nos sites archéologiques et culturels, nos théâtres, nos tribunaux, nos mines d’or et d’autres entreprises prospères. Aucun de ses prédécesseurs néolibéraux n’avait osé aller aussi loin.

En 2017, son gouvernement a lancé la vente aux enchères en ligne des logements de familles qui n’étaient plus en mesure de s’acquitter de leur dette envers leur banque, en ayant recours à des méthodes anticonstitutionnelles et à la violence policière. Comme avocate, j’ai même vu la police user de gaz lacrymogène dans un tribunal. Pour complaire à la troïka, il a même criminalisé les manifestations contre la vente aux enchères des domiciles

Extrait de la tribune de Zoé Konstantopoulou parue sous le titre "Si vous aimez la Grèce, aidez-nous à nous débarrasser d’Alexis Tsipras et de son parti zombie" sur le site du CADTM.

dimanche 29 juillet 2018

Les grandes résolutions de l'été

ldcdocteur.PNG Le "syndrome de l'imposteur" est largement nourri par le niveau des conversations qu'échangent les diplomés supérieurs sur les réseaux sociaux... (Note anthropologique du Concierge)

Il y a 20 ans : "Pour en finir avec l'école. Une tentative d'évasion signée Fred D."

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Enfin l'étude détaillée du fonctionnement des institutions et de leur recrutement, l'étude des croyances qui y ont cours, nous conduisent à constater que, quoi qu'ils fassent par ailleurs, l'une des principales fonctions de ces établissements est de confirmer le personnel hospitalier dans sa propre idée de lui-même. Il existe entre personnel et reclus une large connivence, complexe et dramatique, dont l'effet, sinon l'objectif, est d'affirmer le caractère médical du service dispensé par le personnel psychiatrique. (Erving Goffman, Asiles)

Quitter son école au terme normal de sa scolarité n'est pas chose aisée, surtout quand une nouvelle règle vient d'imposer que les plans d'évasion soient visés par la Direction de l'établissement considéré : à la Cambre, une récente tentative de Fred D. vient de le rappeler. Fred D. avait pourtant pris soin d'expliquer au pré-jury qu'il entendait par son action, un générique de fin, clore une période de sa vie (envisageant même de disparaître au terme de l'action) donc introduire une discontinuité radicale entre le temps des études, et l'accès au statut d'être social à part entière, autonome et affranchi de la tutelle intellectuelle si caractéristique du statut antérieur. L'intervention rendait compte du caractère a posteriori largement irréel d'une vie d'étudiant, organisée autour de repères, de normes, d'investissements, d'évaluations, qui n'ont généralement pas cours hors de l'établissement d'enseignement considéré et aussi du trouble profond dont s'accompagne cette découverte. Une expérience universelle en somme, avec la généralisation des études supérieures, mais qui échappe cependant à ceux qui ne quittent l'Ecole que pour mieux y retourner (comme assistants par exemple). Et qui prend parfois des formes tragiques pour d'autres qui restent durablement enchaînés et que l'on retrouve bien souvent errer, à la recherche d'un paradis perdu, dans les parages d'une Ecole qui a fait leur malheur et dont, à la première crise, ils se feront soit les défenseurs, soit les adversaires, en tout cas les acharnés. Si l'enjeu n'était donc pas mince, le pari paraissait gagné grâce à un dispositif d'une grande simplicité, un générique de fin, dont la seule évocation permettait de présumer favorablement de l'efficacité.

Mais voilà, au prix du coup de force institutionnel que constitue un pré-jury à trois semaines du vrai, c'est Tartuffe qui était caché sous la table. Le Jury n'est à aucun moment parvenu à contextualiser l'intervention proposée et à maîtriser les unités de lieu et de temps qui constituent pourtant la matière même du travail. En témoignent les incitations répétées à adapter techniquement le projet afin qu'il puisse être présenté "ailleurs plus tard". De même la confusion des niveaux logiques amena le Jury à comparer, à maintes reprises, l'incomparable : l'intervention ponctuelle sur un espace-temps et l'exposition des traces de travaux antérieurs (version tridimensionnelle du "book"). La compréhension n'est certes "qu'un cas particulier dans un univers de malentendus" et l'étude de la réception de l'œuvre d'art fournit traditionnellement la matière d'un véritable bêtisier (Bourdieu). Il n'en demeure pas moins que face à l'inflation du discours critique, la prolifération de la parole autorisée, le terrorisme technique et philosophique, le retour des Arts Déco et finalement tous les pouvoirs qui mettent l'art et les artistes en danger, il est redevenu indispensable d'inviter à un regard compréhensif, attentif aux contextes sociaux, aux formes de l'expérience des formes, qui re-situe l'artiste, et à travers lui tous ceux dont il est le médium et non le porte-parole, dans leur vérité humaine. C'est en tout cas à cela que voudrait pousser cette contribution anthropologique à portée critique qui entend, en rendant raison du travail de Fred D. , rendre justice à tous ceux que toute Ecole, qu'elle le veuille ou non, ligote, parfois jusqu'à l'asphyxie, en bonnes et dues formes.

L'esprit des lieux

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"L'auditoire" de l'Abbaye de la Cambre est un lieu double et doublement symbolique. En tant qu'auditoire, il est le lieu par excellence du magistère, de l'orateur autorisé, de la cérémonie officielle, du discours d'institution (et bien sûr du "cours", au sens le plus académique du terme). Même si cette fonction s'est progressivement déplacée au "Patio" avec la rénovation des bâtiments annexes de l'Abbaye, bien après les événements de 1979, elle reste présente dans l'inconscient collectif, pour des générations d'étudiants, d'enseignants et d'étudiants devenus enseignants. La cérémonie de départ en retraite de Jacques Aron, ancien élève de La Cambre, ancien professeur à La Cambre, et "analyste" à ce jour le plus fin de l'institution, en fournissait tout récemment une démonstration éclatante, les enseignants en architecture mettant en scène leur émotion de se retrouver "en ce lieu" dont ils estimèrent publiquement avoir été chassés en 1979 (en présence discrète du directeur de l'ENSAV, seul représentant visible des actuels locataires de l'Abbaye). Ils rappelèrent notamment que c'est là que se déroulèrent les assemblées générales qui virent le renversement total des valeurs alors perpétuées à La Cambre , l'instauration du "monde à l'envers" avec la chute du magistère et l'occupation du devant de la scène.

Le vocabulaire de la scène s'impose ici d'autant plus irrésistiblement à l'analyste, que "l'auditoire" est aussi, d'abord, un théâtre, dont les coulisses s'ouvrent sur l'atelier de scénographie, lieu double où officient donc ces êtres doubles que sont les artistes-professeurs et les professeurs-artistes. Jacques Aron a raconté, au cours de la cérémonie déjà citée, une anecdote de ce point de vue très signifiante, remontant au temps de ses études, laquelle voit Herman Tierlinck, alors directeur au crépuscule de sa gloire de dramaturge, glissant de sa chaise en plein milieu d'un cours dont la réputation soporifique n'était plus à faire (dixit Aron) pour se retrouver les quatre fers en l'air, sans que personne n'ose lui porter secours. Aron évoque son émotion lorsque, quelques années plus tard, il vit au théâtre une pièce de son ancien professeur relatant "l'histoire d'un homme qui n'acceptait pas de vieillir". D'une certaine façon, le vieux professeur bascule sur l'estrade de l'amphithéâtre, mais c'est l'artiste qui se rétablit sur la scène du théâtre. Et c'est cette superposition de "cadres", pour reprendre les analyses d'Erving Goffman, qui fait de "l'auditoire" un haut lieu du pouvoir symbolique où rien n'exclut totalement, et 68 l'a prouvé, que la transformation décrite plus haut ne s'effectue dans l'autre sens et que le charivari s'y métamorphose en ordre légitime.

Le devant de la scène

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Il vient évidemment qu'un moment critique potentiel se situe lors des jurys, notamment de 5ème année, lorsque ce sont les étudiants qui, au sens physique, occupent le devant de la scène et s'apprêtent à passer de l'autre côté du décor en abandonnant leurs habits d'étudiants. Outre les projections de l'atelier d'animation, ce sont les scénographes qui sont les plus familiers du lieu. Mais une première observation de ces jurys montre que la plupart du temps, la scène n'est conçue que comme un lieu d'exposition, comme si l'auditoire était neutralisé à la fois en tant que "lieu social" (lié à la scolarité) et en tant que salle de spectacle (les scénographies proposées sont en règle générale conçues pour d'autres espaces) : jamais le théâtre de La Cambre n'est considéré en tant que tel (et de la même façon, toutes sections confondues, on trouve très peu de travaux qui exploitent le potentiel symbolique que représente, à l'évidence, l'Abbaye et l'Ecole fondée par Henry Van de Velde, morceau d'histoire de la Belgique en elle-même). Par ailleurs, le jury, loin d'être cantonné derrière la barrière magique qui sépare le spectateur de "l'illusion comique", investit la scène et serre de près, dans une fausse proximité, l'étudiant, appelé à expliciter les tenants et les aboutissants de son travail. Cette abolition des frontières, et donc de la possibilité d'en jouer ou de la nécessité de les franchir, n'est pas sans évoquer, dans l'euphorie des années 70, une soirée demeurée mémorable au cours de laquelle les étudiants et leurs professeurs, à peine plus âgés qu'eux à l'époque, interprétèrent sur scène et en commun un "hymne anti-industriel". Le personnage du "chef d'atelier", plus artiste et ami que maître, mais d'autant plus infaillible, date sans doute de cette époque et l'on ne peut qu'être frappé de la ressemblance entre la relation de violence douce (symbolique) qui s'instaure et l'analyse de la famille post-soixante-huitarde que donne Pierre Bourdieu en se référant aux Bandes Dessinées de Bretecher. Ce qui est nié dans les deux cas, c'est le fossé entre les uns et des autres, à la fois matériel et symbolique (statut social) et intellectuel (qui se traduit par l'illusion, systématiquement entretenue, que le jury doit "comprendre" les travaux qui lui sont proposés, de même sans doute que des parents libéraux, "qui sont passés par là", "comprennent" leurs enfants). Et au-delà, c'est la nécessité -vitale- pour les "jeunes" de renvoyer les "vieux" au passé, fût-ce en y mettant les formes qui disparaît (ce qu'exprime la négation de l'idée même d'avant-garde). On pourrait prendre de nombreux exemples de cet effet magique qui a sans doute atteint son point culminant en février 1998, lorsque toute l'école fut enrôlée contre le projet de réforme de l'enseignement artistique, au cours d'une manifestation qui vit les étudiants défiler, en noir et blanc, dans le décor déjà chargé du Mont des Arts et sans la moindre fausse note, dans les formes et avec les slogans de la Direction, relayée par des enseignants invoquant souvent les combats de leur jeunesse pour justifier d'une expertise et d'une lucidité politiques essentiellement tournées vers le consensus.

Un générique de fin

C'est dans ce contexte total (au sens du "fait social total" de Marcel Maus) que l'intervention de Fred D. prend tout son sens. Après avoir pris connaissance des travaux réalisés au cours de l'année par le biais d'une exposition incluant films et photos et posé toutes les questions possibles, selon un rituel désormais bien établi à La Cambre (à l'exception notable de l'atelier de sculpture), le Jury est invité à se rendre à l'auditoire. A mesure qu'il y pénètre, l'image du Jury entrant est projetée sur l'écran de la scène du théâtre, mixée en temps réel avec un "générique de fin" qui voit défiler les noms de tous ceux que Fred D. se souvient avoir rencontrés à La Cambre, sans le moindre commentaire, ni ordre ni raison. Se réappropriant ce lieu d'inversion qu'est la scène en rétablissant la séparation magique avec le public, Fred D. se donne ainsi les moyens de "réussir sa sortie". Tandis que la barque s'éloigne doucement à l'horizon, le Jury se retrouve seul sur le quai, confronté à sa propre image qui se mêle désormais au bric à brac d'une vie d'étudiant renvoyée au passé et déjà privée des cadres qui lui donnaient l'illusion de la cohérence. Ce faisant, il désamorce la tension, source de tant de "fausses sorties", née de la délibération qui permet encore au Jury d'avoir le dernier mot (de "faire" l'étudiant sortant). Il y a en effet un monde entre le sacre et la consécration. Dans le premier cas l'étudiant doit tout au Jury dont, en élève doué, il a satisfait aux attentes implicites. Il sera en général durablement tenu par les valeurs de ses maîtres. Dans le second cas, celui où la décision s'impose au Jury, sous peine de discrédit, une page est potentiellement tournée, laissant la voie libre au "sortant" pour tracer lui-même son chemin dans un monde où la vue de ses maîtres n'a jamais porté. Les intuitions qui permettent si souvent à Fred D. de se saisir avec autant de justesse des situations, c'est à dire de l'espace et du temps, donnent ici toute leur mesure et l'analyse anthropologique du rite de passage (consécration) inconsciemment mis en œuvre , si elle peut permettre à tous ceux qui se reconnaissent dans son travail de gagner en réflexivité, vise aussi à détruire chez tous ceux qui en sont au contraire très éloignés l'illusion de la transparence. En effet, si on a pu se permettre ici quelques "critiques pratiques sur les pratiques critiques", tellement plus laborieuses que le miroir tendu par Fred D., c'est que la condamnation rituelle de l'académisme est apparue comme une façon pour les professeurs de se nier magiquement en tant que tels sans que pour autant les étudiants cessent d'être des étudiants. Et c'est sans doute dans cette transgression à sens unique qu'il faudrait chercher la cause de bien des démobilisations, bien des "dysfonctionnements", bien des impuissances, qu'une "réforme de l'enseignement" à prétention rationnelle, surtout lorsqu'elle est d'inspiration fonctionnaliste et comptable, ne pourra qu'exacerber.

Bendy Glu

mai 1998

mercredi 25 juillet 2018

L'ère de la calomnie

Comment est-il possible alors que l’encre de journal ne change pas de couleur en même temps que d’avis et qu’elle ne montre pas aux usagers comment on rougit ?

Karl Kraus

brigadesdutigre.PNG Les Brigades du Tigre, "L'ère de la calomnie", cliquer sur l'image pour voir l'épisode.

jeudi 5 juillet 2018

Egypte : la France a "participé à la sanglante répression" du régime de Sissi, accusent des ONG

Quatre associations de défense des droits de l'homme dénoncent lundi le rôle de la France ces dernières années dans "l'écrasement du peuple égyptien" par le régime d'Abdel Fattah Al-Sissi. Elles évoquent les ventes records d'armes de guerre mais aussi des logiciels et du matériel informatique.

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"Egypte, une répression made in France." C'est le titre d'un rapport publié lundi et rédigé par quatre ONG de défense des droits de l'homme. Dans ce document de 64 pages, la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), le Cairo Institute for Human rights studies (CIHRS), la Ligue des droits de l'homme (FDH) et l'Observatoire des armements (OBSARM) assurent que "l'État français et plusieurs entreprises françaises ont participé à la sanglante répression égyptienne des cinq dernières années".

Ce soutien de Paris au régime d'Al Sissi, au pouvoir en Egypte depuis 2013 et le coup de force de son armée qui a chassé les Frères musulmans, s'est concrétisé "à travers une augmentation spectaculaire des ventes d’armes et de matériel de surveillance", est-il écrit. S'il était connu que la France vendait des armes au Caire, les associations en livrent un détail précis. Cela va de "l'arsenal militaire classique officiellement destiné à la lutte contre le terrorisme" - avions Rafale, navires Mistral, véhicules blindés, missiles... -, pour un montant d'1,3 milliard d'euros de ventes en 2016 selon le rapport (contre 39,6 millions en 2010), aux armes "légère et de petit calibre" en passant par les "technologies de surveillance individuelle", "d’interception de masse" et "de collecte des données individuelles". "La France participe aujourd'hui à l'écrasement de la génération" de la Révolution

"La plupart des armes et véhicules fournis à l’Égypte sont équipés et orientés vers la prévention et le contrôle des mouvements sociaux via une surveillance généralisée de la population. Ces équipements forment un canevas visant à mutuellement se compléter afin de prévenir ou de contrôler tout mouvement social ou mouvement de foule d’envergure", dénoncent encore les ONG qui tirent, comme bilan, "l'arrestation de dizaines de milliers d'opposants ou de militants".

"Si la révolution égyptienne de 2011 avait été portée par une génération Facebook ultra-connectée ayant su mobiliser les foules, la France participe aujourd'hui à l'écrasement de cette génération via la mise en place d'un système de surveillance et de contrôle visant à écraser dans l'oeuf toute expression de contestation", accuse ainsi Bahey Eldin Hassan, directeur du CIHRS. Ce rapport intervient à la veille de la visite du ministre égyptien de la Défense à Paris, qui suit elle-même de quelques jours celle du ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, au Caire. Au moins "huit entreprises françaises ont profité de cette répression"

En 2015, sous François Hollande, Paris avait fait de l'Egypte un "partenaire stratégique" dans la lutte contre le terrorisme et justifie ces transactions par la nécessité d'assurer la stabilité du pays. A l'époque, la France - emmenée alors par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, aujourd'hui ministre des Affaires étrangères d'Emmanuel Macron - annonçait ainsi la vente de 24 avions militaires Rafale pour un prix de 5,2 milliards d'euros. Elle avait également vendu à l'Egypte les deux navires de guerre de type Mistral initialement destinés à la Russie. Depuis son arrivée au pouvoir, Emmanuel Macron a poursuivi ce dialogue avec son homologue Abdel Fattah Al-Sissi, réélu pour un deuxième mandat en mars dernier avec 97% des voix validées. Lors de la venue en France de ce dernier en octobre 2017, le chef de l'Etat n'avait pas souhaité donner de leçon de droits de l'homme au président égyptien mais a plutôt insisté sur leur coopération économique.

Mais les ONG rappellent dans leur rapport qu'en 2013, le conseil des Affaires étrangères de l'Union européenne déclarait que les États membres avaient "décidé de suspendre les licences d'exportation vers l'Égypte de tous les équipements qui pourraient être utilisés à des fins de répression interne". Or, "au moins huit entreprises françaises, encouragées par les gouvernements successifs, ont au contraire profité de cette répression pour engranger des profits records", accusent ces ONG. Qui réclament donc "aux entreprises et aux autorités françaises la cessation immédiate de ces exportations mortifères" et demandent "la mise en place d'une enquête parlementaire sur les livraisons d'armes à l'Égypte depuis 2013".

Europe 1, le 2 juillet 2018

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ayarihaddad.PNG Henda Ayari et l'un de ses avocats (l'autre Francis Spizner est l'avocat de Sarkozy spécialisé dans les affaires libyennes...), membre de... LR ! Rien de politique on vous dit !(Coll. du Musée de l'Europe)

NB ;

L’ÉTAT DE SANTÉ DE TARIQ RAMADAN CONTINUE À SE DÉTÉRIORER GRAVEMENT. (La neurologue de l hôpital de La Pitié-Salpêtrière constate une détérioration à plusieurs niveaux.)

Au début de son incarcération à la prison de Fleury-Mérogis le 2 février 2018, le professeur Tariq Ramadan souffrait d’une sclérose en plaques avec quelques fourmillements aux jambes et au bout des doigts. Cependant, il était en bonne santé et vigoureux si bien que très peu de personnes savaient ou soupçonnaient qu’il était atteint, depuis des années, de maladies chroniques maintenues sous contrôle grâce à un suivi médical sérieux et régulier.

Après 15 jours d’incarcération, les fourmillements ont commencé à augmenter et à se densifier des orteils au bassin ainsi que sur la moitié des deux mains. Le professeur a commencé à souffrir de migraines fortes et persistantes ainsi que de crampes très douloureuses.

C’est dans cet état que Tariq Ramadan est entré à l’EPSNF de Fresnes (Etablissement Public de Santé National) le 20 mars après 4 hospitalisations en urgence entre la prison de Fleury-Mérogis et l’hôpital de Corbeil- Essonnes suivi d’un passage à l’hôpital de La Pitié- Salpêtrière. A l’EPSNF le professeur a été suivi par un médecin de médecine physique et de réadaptation. Malgré le fait qu’il soit dans une unité hospitalière qui lui prodigue des soins en kinésithérapie et ergothérapie, lesquels étaient stipulés par les experts, son état n’a cessé d’empirer.

Le 12 juin, le professeur Ramadan a été à nouveau admis à l’hôpital de La Pitié-Salpêtrière où il a revu un médecin neurologue pour la première fois depuis le 9 mars. La neurologue a alors constaté une dégradation sévère de son état de santé :

1) perte de poids inquiétante de 11kg 2) marche difficile et impossibilité de se déplacer sans un déambulateur 3) dysesthésie (trouble de la sensibilité) douloureuse des membres inférieurs des orteils jusqu’aux genoux 4) paresthésie (fourmillements, engourdissements) sur tout le bras droit jusqu’à l’épaule avec crampes à la main et impossibilité d’écrire et paresthésie sur la main gauche 5) Perte de sensibilité générale 6) Maux de tête intenses et permanents 7) Troubles de la concentration avec un temps de concentration qui n’excède pas 20 minutes 8) Pertes de mémoire 9) Incontinence

Par ailleurs, la doctoresse neurologue en charge a reconnu, et c’est là la chose la plus inquiétante, la possibilité du caractère irréversible de ces symptômes. Un rapport initial avait pourtant indiqué que l’aggravation des symptômes était sans doute dûe à des facteurs psychologiques, ce qui les auraient rendu réversibles une fois les « facteurs stressants » évacués.

Sur la base des constats de dégradation de son état de santé et après un séjour de 3 semaines à La Pitié-Salpêtrière dans un contexte éprouvant, pendant lequel le professeur Ramadan est resté confiné dans sa minuscule chambre 24h sur 24 dans un isolement total sans aucune sortie ni promenade, il est aujourd’hui renvoyé à l’ EPSNF pour une durée indéterminée. Jusqu’à quand ?

Non seulement toute cette affaire est traitée dans un non respect absolu de la présomption d’innocence, mais il apparaît clairement, de surcroît, que la non prise en compte par les juges de la dégradation de la santé du professeur Ramadan laisse supposer une volonté de l’amoindrir tant physiquement qu’intellectuellement.

Comme l’a relevé l’avocat et politicien Robert Badinter, la France n’est pas le pays des droits de l’homme, mais elle est le pays de la DECLARATION des droits de l’homme. Au vu de la façon dégradante dont elle traite aujourd’hui un prisonnier politique tel que Monsieur Ramadan, nous sommes en effet bien loin des valeurs dont la France se réclame.

Bonus !

Marianne élève Henda Ayari au rang d'héritière de Simone Veil !!!

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Et Henda Ayari compare donc Tariq Ramadan à Auschwitz !!!

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En voiture les neuneu -es- x !!! (Le Concierge)

vendredi 29 juin 2018

Jacques Cotta, le journaliste inconnu dont tout le monde rêvait ?

educOCDE.png C'est pas du Laurence De Cock !!! ("Les Ministres passent, l'éducation trépasse", cliquer sur l'image pour voir l'émission)

Bravo l'artiste ! Le Concierge qui n'est gère flagorneur en est soufflé... Longue vie à vous sur LeMedia !

Enfin un débat politique où on y comprend kekchose...

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"Dans la gueule du loup, une émission de Jacques Cotta, "Union européenne, vers le chaos ?" Le Media, 28/06/2018 (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)

dimanche 24 juin 2018

Grèce : quatre impostures et un trompe-l'oeil

tsipras-tie2.jpg "la cigarette sans cravate, qu'on fume à l'aube démocrate", cliquer sur l'image pour lire l'article de Keep Talking Greece sur la cravate de Tsipras...

Comme je l’ai écrit maintes fois, ici et ailleurs, la prétendue sortie du prétendu plan d’aide européen à la Grèce (qui n’a jamais été qu’un plan d’aide aux banques allemandes et françaises gavées de dette grecque, dont les créances sur la Grèce ont été transformées, par la grâce dudit plan d’aide, en titres sur les contribuables de l’UE) ne pouvait être qu’un chaos ou un trompe-l’œil.

On est désormais certain qu’il s’agira d’un trompe-l’œil ; reste à savoir si on aura aussi le chaos.

Hier soir, la télévision grecque diffusait une cérémonie où Tsipras officiait – cravaté ! la dernière étape de la mue ? – en grand prêtre de la célébration de la fin de la « crise grecque » – dans un entre-soi d’où le peuple était soigneusement tenu à l’écart, et pour cause ! –, une fin qu’aurait prétendument sonnée le récent accord sur la dette avec les ministres de la zone euro.

Et tous les médias français dominants, dont je lis les titres sur mon téléphone mobile, sur mon balcon nisyriote, exultent de joie : la crise grecque est finie, grâce à la purge, au courage de Tsipras, à la croissance qui revient, au tourisme qui explose…

J’ai déjà expliqué – et le FMI ne dit pas autre chose – que la croissance n’est pas de retour. Parler de croissance quand le PIB a repris 1,2 % en 2017 alors qu’il a perdu entre 25 et 30 % durant les années précédentes est une pure imposture. La croissance n’est pas repartie, la situation a simplement, comme ailleurs en Europe, cessé de se dégrader du fait de l’effet retard de la baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar. Une baisse qui est derrière nous. La croissance va donc – nonobstant les prévisions régulièrement démenties par les faits depuis le début de la « crise grecque » – ralentir puis s’évanouir.

Prétendre que ladite croissance peut reposer sur l’explosion du tourisme est une deuxième imposture. J’ai déjà expliqué, ici et ailleurs, qu’un des effets de la « crise grecque » était une spoliation, à une échelle à ma connaissance jamais atteinte en temps de paix, des biens publics et privés des Grecs, qu’il s’agisse des terrains et biens immobiliers que les Grecs sont obligés de brader pour survivre, se faire soigner ou payer des impôts qui, eux, ont atteint, sous la férule de la Germano-Europe, des niveaux aussi absurdes qu’insoutenables, ou qu’il s’agisse des infrastructures, portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, bradées à des intérêts étrangers par l’intermédiaire du TAIPED, structure de type colonial de liquidation des biens publics imposée par la Germano-Europe et copiée sur celle créée en Allemagne de l'Est après son Anschluss par l’Allemagne de l'Ouest.

De surcroît, ce qui « explose » en Grèce aujourd’hui ce sont les entrées et non les recettes du tourisme. Car le tourisme qui « explose » est un tourisme all inclusive dont les recettes sont encaissées dans les pays de départ et par des sociétés de tourisme allemandes, suisses, françaises, belges, britanniques… Seule une partie de ces recettes revient en Grèce pour payer les salaires de misère pratiqués dans l’hôtellerie depuis que les mémorandums germano-européens ont liquidé le droit social, et donc le salaire minimum (devenu purement théorique, sans parler des salaires qui ne sont plus versés qu'un mois sur deux, trois ou cinq), ou des prestataires de service pressurés, dans un pays où le chômage est massif et il faut travailler à n’importe quel prix, et souvent à un prix qui ne permet plus de vivre décemment. En revanche, les commerces de proximité profitent fort peu de ce tourisme-là (les estivants à bracelet consomment essentiellement à l’intérieur de leurs hôtels) alors qu’ils sont écrasés par une TVA qui se monte désormais à 24 % et par des impôts qui, au total, atteignent communément 70 % du… chiffre d’affaires !

Prétendre que la situation s’améliore alors que l’exil des jeunes et des diplômés, contraints au chômage ici, s’accélère (c’est la seule cause de la baisse infinitésimale du chômage dont se gargarisent les médias dominants) et vide le pays de ses compétences pour aller enrichir les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suède ou… l’Allemagne, alors que de plus en plus de Grecs sont exclus de l’accès aux soins, que les retraités (qui ont souvent le seul revenu régulier d’une famille) voient leurs pensions coupées encore et encore (une nouvelle vient d'être opérée, une autre est programmée par les dernières mesures, plus de 80, votées récemment par le Parlement grec en échange du versement de la dernière tranche « d’aide »), qu'au moins la moitié de la population vit désormais autour ou sous le seuil de pauvreté, est une troisième et tragique imposture.

Mais à ces trois impostures vient de s’ajouter une quatrième, celle de la conclusion de l’accord sur la dette.

Lire la suite de l'article d'Olivier Delorme paru sur son blog

vendredi 15 juin 2018

Il ya 6 ans : les Bruxellois parlent aux Européens...

Chronique parue sur Radio Panik dans l'èmission Seuls Contre tous...

Austérité, Néolibéralisme, Italie...

à écouter en suivant ce lien...

Garanti non produit par Mediatarte !!!

jeudi 31 mai 2018

Le noeud gordien de la question italienne

En réalité, nous sommes aujourd'hui en Italie face à un crise comparable à celle qu'a connue la IIIe République française naissante, le 16 mai 1877 : un conflit de légitimité entre un président élu par un parlement dont la majorité à été écrasée dans les urnes et la nouvelle majorité.

La seule différence, de taille, c'est que le président italien est la marionnette d'une puissance étrangère.

Car Mattarella n'a pas refusé de nommer Matteo Salvini au motif que sa politique migratoire serait incompatible avec les traités européens ou des droits de l'Homme ; non, il a refusé de nommer Paolo Savona, ministre des Finances, parce que celui-ci, après avoir été partisan de l'euro, défend aujourd'hui que l'euro est une cage de fer allemande dans laquelle expire l'économie italienne - la pure et simple vérité.

Les masques sont donc une fois encore tombés : c'est l'ordre européen, c'est-à-dire l'ordolibéralisme allemand, qui conditionne désormais, partout en Europe, l'exercice du suffrage universel, qui contraint les choix des électeurs - en application du théorème Juncker énoncé au moment de la "crise grecque" : pas de démocratie contre les traités européens. C'est-à-dire pas de démocratie du tout. Explicitement désormais, le rite électoral est désormais limité à un concours de mode destiné à désigner le plus jeune, le plus avenant ou le mieux habillé parmi ceux qui ont accepté de conduire la seule politique acceptable - déterminée ailleurs, par la Caste qui sait mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, hors de tout contrôle démocratique, et pour l'éternité des temps. Et c'est encore mieux si c'est un banquier et le plus soumis aux volontés de l'Allemagne : Macron, par exemple.

Une fois de plus, la preuve est faite que ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe est incompatible avec la démocratie. Et comme on ne la changera plus, comme on ne la réorientera plus, parce qu'elle a été précisément conçue, dès l'origine, pour servir exactement à quoi elle sert, soit on choisit la démocratie et on sort de l'euro et de l'UE, soit on choisit de rester dans l'UE et l'euro et on enterre la démocratie.

C'est bien là qu'est le noeud gordien de la question italienne qu'il faut trancher, si l'on ne veut pas voir mourir la démocratie en Italie comme ailleurs en Europe. Hier soir, en meeting à Naples, Luigi di Maio, le leader du M5S n'a pas dit autre chose : "Pour revenir aux urnes, nous n'avons pas besoin du drapeau du mouvement, mais du drapeau italien, car dans ces couleurs il y a le peuple italien et la souveraineté appartient au peuple italien, pas au peuple allemand."

Alors ? Gouvernement technique sous la houlette de "Monsieur Ciseaux" pour gagner quelques mois et surtout mettre l'Italie à genoux devant les marchés, afin que la majorité trouve une situation dans laquelle elle aura pieds et poings liés. Forcer la Ligue et M5S à prendre l'engagement de rester dans l'euro où ils seront ligotés, et pilonner que la sortie de l'euro conduirait les Italiens à la ruine, à la pauvreté, à la faillite. Alors que c'est juste le contraire : la sortie de l'euro est la condition du redressement italien.

Extrait du billet d'Olivier Delorme paru sous le titre "Coup d'Etat à l'italienne" sur son blog

mercredi 30 mai 2018

L'Europe, c'est la paix !!!

On aurait pu croire que l’Union européenne et l’Allemagne s’offusqueraient de la position de la coalition M5S-Lega sur l’immigration. Le week end dernier nous a permis de comprendre que cette question était somme toute périphérique à côté de l’austérité budgétaire et des principes de la zone euro. Il y a 13 ans, les Français disaient non à cette Europe des grandes puissances financières et de l’ordolibéralisme allemand. Les Italiens se font désormais domestiquer par leurs maîtres outre-Rhin et leur commis Mattarella pour avoir été un peu trop critiques à l’égard de l’austérité et du fonctionnement de la zone euro.

Doit-on comparer la situation italienne avec le déroulement de la crise grecque ? Angela Merkel juge que oui. Celle-ci a en effet déclaré que la situation italienne allait bien entendu être problématique, mais que « comme à l’époque de la crise grecque et de Tsipras, il y a eu des problèmes, mais nous avons fini par nous accorder ». « Nous accorder » est donc le synonyme de faire capituler un leader démocratiquement élu, et de lui faire appliquer une austérité contraire au programme sur la base duquel il avait été propulsé au pouvoir. Voilà le sens de la démocratie selon Berlin. Si ce n’est pas assez clair, Angela Merkel a aussi déclaré : « Nous voulons collaborer avec tout le monde, mais il y a aussi des principes à l’intérieur de la zone euro ». A chaque crise, la rengaine qui consiste à déclarer, à l’instar de Jean-Claude Juncker, « qu’il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens » se réactive. Comme pour nous rappeler que nous vivons en régime de souveraineté limitée, et que l’on peut certainement débattre de la taille des haies et des abribus, mais en aucun cas de politique monétaire et budgétaire.

Au-delà des personnalités politiques allemandes, la presse s’en est aussi donnée à cœur joie. Comme l’a rapporté Libération, l’hebdomadaire des élites allemandes Der Spiegel a publié un éditorial dans lequel on explique que la Ligue et le M5S sont « des piques-assiettes » : « Comment pourrions-nous définir autrement le comportement d’un pays qui demande de financer le farniente et qui menace ensuite ceux qui sont sommés de régler leurs dettes ? Au moins, les clochards disent merci quand on leur donne quelque chose. » En Allemagne, on soumet les peuples d’Europe du Sud et on exige un sourire en retour. On compte sur les marchés aussi, puisque le commissaire européen Günther Oettinger a déclaré qu’il espérait que la panique financière pèserait dans le résultat des prochaines élections italiennes, déclenchant ainsi un tollé en Italie.

La France n’est pas bien plus courageuse. Emmanuel Macron a salué la décision de Sergio Mattarella de refuser de nommer Paolo Savona ministre de l’économie, considéré comme trop eurosceptique. Il y a vu un « grand sens de la responsabilité » et une décision courageuse, tout en lui renouvelant son soutien. Le courage consisterait donc désormais à bafouer les résultats d’une élection démocratique.

C’est toute l’Europe de la finance et de la soumission à l’austérité qui s’est activée ces derniers jours contre la coalition du Mouvement Cinq Étoiles et de la Lega, parce que ces forces voulaient proposer comme ministre de l’économie un économiste pourtant loin d’être subversif. Paolo Savona est en effet l’ex-président de la Confindustria, le MEDEF italien. Il est cependant l’un des auteurs d’un document publié en 2015 dans lequel il détaillait les dégâts de l’euro sur l’économie italienne, et les modalités pour en sortir. Il préconisait alors un plan secret de sortie de l’euro, dont la préparation serait dévolue à des experts en dehors de l’administration. De quoi suspecter la coalition gialloverde d’intentions cachées à l’égard de la zone euro, bien que Luigi Di Maio et Matteo Salvini aient déclaré à plusieurs reprises ne pas vouloir en sortir.

Lire la suite de l'article de Lenny Benbara paru sous le titre "3 ans après la Grèce, Berlin écrase les Italiens" sur le journal en ligne Le vent se lève

mardi 29 mai 2018

Du Parthénon au Colysée

Joli monde. Aux législatives du 4 mars dernier, les Italiens ont massivement voté en faveur de deux formations lesquelles sont porteuses d’un difficile message, espérons-le constructif en dépit des hésitations : Briser le carcan européiste, si cher à Jean-Claude Juncker lequel déclarait en 2015 : “il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens déjà ratifiés”. Ce n’est pour l’instant certes qu’un message, cependant, ce qui frappe déjà les esprits tient du refus du président Mattarella de nommer Paolo Savona, 81 ans, eurosceptique déclaré, à la tête du ministère des Finances. Une fois de plus (et de trop ?) les masques tombent.

Nous ignorons très naturellement les suites de l’histoire, celles notamment des prochaines très probables élections en Italie ainsi provoquées par le Putsch permanent européiste pour dire les choses de leur vrai nom. Cependant, depuis Athènes, nous saisissons alors mieux qu’ailleurs, tout le sens inique de ce Putsch, initié par cette politique supposée et présentée comme étant soi-disant unique entre Berlin, Bruxelles et Paris entre autres. Lorsque par exemple Matteo Salvini, (chef du parti de la Ligue), en pleine ascension politique après les législatives du 4 mars, déclare que “les journaux et les politiciens allemands nous insultent: Italiens mendiants, fainéants, adeptes de l'évasion fiscale, pique-assiettes et ingrats. Et nous, on devrait choisir un ministre de l'Economie qui les satisfait ? Non merci ! Les Italiens d'abord”, il a raison, (propos enfin reproduits par les médias français).

Ces propos de Matteo Salvini rappellent ainsi ces déclarations, et autant situations très analogues au sujet de la Grèce, c’était en Janvier 2015. En cette lointaine époque… un certain Alexis Tsipras avait prétendu incarner réellement la Constitution du pays, autrement-dit, celle du peuple supposé souverain, ceci faisant face au diktat des institutions non-représentatives, voire, dépourvues de toute légalité en matière de Droit international, à l’instar de l’Eurogroupe, pour ne nommer que cette salle de torture du seul européisme réellement existant.

Depuis, et faisant comme on sait suite au référendum de juillet 2015, trahit par Tsipras et par sa bande d’escrocs de la coalition SYRIZA/ANEL, le petit pays a été piétiné jusqu’aux entrailles de sa dignité et ainsi vassalisé pour 99 ans, d’après la signature d’Alexis Tsipras, par les forces néo-colonisatrices européistes. Ce qui s’y applique en lieu et place de programme politique autonome, tient du génocide économique, culturel et en fin de compte démographique est toujours en cours en pleine hétéronomie.

Une fin… de l’histoire absolument planifiée, avec l’aimable participation de Tsipras, lequel à mon humble avis, tout comme à l’avis du plus grand nombre en Grèce, avait été de toute évidence… franchement “préparé” pour cette tâche, sans oublier non plus, cette “étrange” neutralisation plutôt volontaire, de l’essentiel des autres forces pseudo-politiques du pays. Joli monde !

Nos amis d’Italie doivent retenir la triste leçon du cas grec pour ne pas tomber dans le même piège, quelle que soit d’ailleurs leur sensibilité politique première. N’oublions pas que le carcan européiste a placé un peu partout ses hommes et femmes marionnettes, dont ceux, occupant ces postes généralement sans pouvoir réel et encore moins légitime pour en plus outrepasser le cadre constitutionnel, à l’instar des présidents Mattarella en Italie et Pavlopoulos en Grèce. Au cas où le bon peuple “ d’en bas” fait “fausse route”, ces présidents seront toujours là, pour entraver au cas par cas, le fonctionnement encore subsistant et éventuel des institutions représentatives et démocratiques.

Les colporteurs du situationnisme européiste démâté, iront alors raconter au moyen de leurs medias que leurs contradicteurs, “tantôt de l’extrême-gauche, tantôt de l’extrême-droite incarnent alors les dangereux populismes du moment, dont la montée devrait être jugulée”. Tantôt les Tsiprosaures en 2015, tantôt ceux de la France Insoumise, en passant par la Ligue en Italie entre autres, la liste est bien longue.

Pourtant, le pire des extrémismes en Europe depuis les totalitarismes du Vingtième siècle, n’est autre que celui des institutions européistes méta-démocratiques et pratiquement soviétisées, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris. Ce n’est plus une question de gauche et de droite, en tout cas dans un premier temps, mais d’abord, de résistance comme de survie organisatrice d’un autre projet collectif, voire européen concerté à partir de zéro.

Comme le souligne Philippe Grasset, à travers son analyse sous le titre : “Du Parthénon au Colisée”, “l’Europe a le sens du symbole, ou bien est-ce l’Histoire qui choisit d’imposer aux piètres artisans de la déstructuration qu’ils sont tous les instruments et toutes les circonstances qu’il faut pour donner au symbole qui en émerge toute la force qui importe et ainsi les placer devant le spectacle des ruines qu’ils accumulent... Je l’avoue et je suis sûr que je n’étonnerai personne, je suis partisan du deuxième terme de cette alternative du symbole. Eux, les déconstructeurs qui entropisent comme s’ils étaient anthropophages, ils ne savent pas grand’chose, ni de l’art ni de la puissance du symbole ; quand on fait dans l’entropie, on reste sur sa faim et l’on finit par se manger soi-même... (…)”

“Ce qu’on veut faire avec l’Italie aujourd’hui, à peine selon une autre méthode, c’est ce qu’on fit avec la Grèce il y a trois ans. L’Histoire nous impose, avec sa Grâce sans retenue, un symbole qui court du Parthénon au Colisée, de Platon à Julien l’Apostat (…) Il résulte de ce préambule quasi-antique que l’Europe-UE parvient ainsi à mettre les deux berceaux de la civilisation dont elle se réclame dans la même crèche de son imposture.”, article daté du 28/05/2018.

Ceci-dit, tout le monde admettra que l’Italie n’a pas la petite taille démographique ou géopolitique de la Grèce, ce qui n’arrangera sans doute pas les affaires de l’élite allemande et germano compatible qui fait de l’institutionnalisme européiste une sorte de Conférence de Wannsee… alors permanente et sans cesse réactualisée. Jusqu’où ?

Ce qui reste à prouver, tient de la volonté et la persévérance des politiques en Italie, ainsi que du fait que cette même volonté de résistance et de changement constructifs, puisse être partagée par une partie du moins des élites économiques et industrielles de l’Italie, au-delà des prochaines élections législatives, probablement en Septembre. Car au contraire et en Grèce, l’ensemble de la dite élite politique, comme de celle supposée élite intellectuelle et autant économique, tout ce beau monde “ d’en haut”, a très délibérément préféré la mise à mort du pays réel, plutôt que de s’opposer au carcan infligé.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "L'Italie d'abord" sur son blog Greek Crisis

Tariq Ramadan maintenu en détention

ramadanmorin.PNG Collections du Musée de l'Europe (don de FXB)

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sifaouiantiterr2.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

mercredi 23 mai 2018

L’odeur si nauséabonde de l’hybris

Puis, aux dernières nouvelles… si peu contrastées finalement, le “gouvernement Tsipras” se prépare à dorer la pilule de cette énième diminution des montants des retraites décidée il faut préciser en toute… technicité avec l’aimable participation de la Troïka. D’où toute... cette utopie instable quant à la date probable des futures élections legislatives, entre l’automne prochain et l’année 2019, au moment le supposé mandat démocratique des Tsiprosaures irait à son terme et le pays avec.

Ces décisions de toute sorte sont ainsi adoptées actuellement et d’ailleurs en accéléré depuis que Tsipras et son cirque de SYRIZA/ANEL règnent alors en rois bouffons au pouvoir des marionnettes. Sans la moindre consultation démocratique, au détriment du pays, des droits, des règles en matière d’environnement, les gouvernants alors salissent et détruisent tout, laissant derrière eux l’odeur si nauséabonde de l’hybris.

Leur dernière decision en date, si peu présente à travers la presse, tient de ce terrible décret du ministrion de l’Energie, ayant provoqué déjà l’indignation chez habitants et aux collectivités locales à Agrafa, région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire.

Le décret, impose sans la moindre consultation la construction de deux immenses parcs d’éoliennes, et un scandale d’après le Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l'Environnement et de l'énergie, a finalement accordé la licence d'installation pour deux projets éoliens géants dans cette région d'Agrafa, ces décisions ont été signées par le ministre par simple ordonnance adréssée au... Gestionnaire des Energies, un certain Alexopoulos.

Ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa rappellent d’abord, que pour ce qui est du grand ensemble montagneux du Pinde, son cœur se situe très exactement à Agrafa. Ainsi, une économie viable et surtout intelligente dans la région, n’est alors possible qu’en mettant l'accent entre autres, sur le tourisme alternatif, sur l'agriculture et sur certaines autres activités traditionnelles.

“Seule une telle option viable peut redonner vie et ainsi espoir aux réalités humaines de la région, pour la maintenir même dans la mesure du possible au sein d’une économie nationale ayant enfin du sens.” Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétise sous les escrocs politiques actuels.

Ces derniers, largement téléguidés (et très probablement… concrètement et correctement remerciés) par les constructeurs des éoliennes, éventuellement Allemands ; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur… mieux. Deux grandes installations éoliennes doivent être construites aux sommets vierges de la région d’Agrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste monde, se situant entre 1600 et 2000 mètres. L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Le tout, dans une zone très protégée et classée Natura... aux conséquences désastreuses alors incalculables, (“Quotidien des Rédacteurs” du 16 mai 2018).

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Problème technique" sur son blog Greek Crisis

La Cour de Justice de l'UE abolit le Parlementarisme et la souveraineté qui "appartient au peuple"

seguinmaastricht.PNG Philippe Seguin soulève une exception d'inconstitutionnalité lors du débat parlementaire sur l'adoption d'une modification de la Constitution visant à permettre l'adoption du Traité de Maastricht (cliquer sur l'image pour écouter le discours)

"Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément" (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789)

Les ministres du Commerce de l'Union européenne ont validé mardi une nouvelle approche dans la conclusion des futurs accords commerciaux de l'Union qui permettra de se passer, selon les cas, de leur ratification par les Parlements nationaux afin d'accélérer les discussions.

Cette approche permettra à l'Union européenne d'éviter que les traités qu'elle négocie puissent être stoppés par un seul Parlement national ou régional, comme ce fut le cas dans le passé pour l'accord avec le Canada, le CETA.

Opposé à certains dispositions du CETA, le seul Parlement de la région belge francophone de Wallonie avait bloqué, fin 2016, sa signature pendant plusieurs jours, engendrant une mini-crise diplomatique avec Ottawa.

Décision de la Cour de justice de l'UE

La nouvelle approche européenne fait également suite à une décision rendue en mai 2017 par la Cour de justice de l'UE (CJUE) qui clarifie les compétences de l'Union et des Etats membres en matière commerciale.

La CJUE avait estimé que la quasi-totalité des thématiques négociées dans le cadre d'un accord de libre-échange était de la compétence exclusive de l'UE, à l'exception de certaines dispositions relatives à l'investissement.

A l'avenir, la Commission proposera donc de scinder les accords commerciaux en deux: d'un côté les dispositions purement commerciales qui ne nécessiteront que l'approbation du Parlement européen pour entrer en vigueur; de l'autre, un accord d'investissement qui devra être ratifié par tous les Parlements.

Cas par cas

Il appartiendra cependant aux États membres de décider, "au cas par cas, de la scission des accords commerciaux" en fonction de leur contenu, souligne le Conseil de l'UE dans son communiqué.

Les traités de libre-échange les plus récents conclus par l'UE étaient jusqu'alors ratifiés par les Parlements nationaux après un vote du Parlement européen.

Mais la procédure est longue: il a par exemple fallu quatre ans et demi pour que l'accord avec la Corée du Sud soit ratifié.

En outre, ces accords font face à une opposition publique grandissante dans toute l'Europe, ce qui rend incertaine leur ratification par l'ensemble des Parlements nationaux et régionaux européens.

Source : RTBF

dimanche 20 mai 2018

Pourquoi les cheminots ne peuvent pas gagner

C’est très triste à dire, mais les cheminots – et la société avec eux – ont perdu leur combat. C’est d’autant plus triste que les syndicats ont mené ce combat avec intelligence, trouvant un mode d’action original, évitant les débordements, et qu’ils ont su malgré la partialité d’un système médiatique tout acquis au gouvernement éviter de se mettre à dos les usagers.

Mais il n’en reste pas moins que la défaite est là. Et elle n’est pas syndicale, mais politique. Les cheminots vont être battus parce qu’ils n’ont aucun relais politique pour remettre en cause cette logique qui sous-tend la transformation du transport ferroviaire, celle de l’ouverture à la concurrence « libre et non faussée » dans la logique des traités européens. L’ouverture à la concurrence du rail, déjà acquise dans le fret, sera étendue au transport de passagers. L’accord est signé et paraphé, il n’y a plus rien à discuter. Et l’ conditionne tout le reste : la fin du statut, le dépeçage de l’opérateur national, la fin des lignes non rentables.

On ne peut pas en même temps vouloir la logique européenne et en refuser les conséquences. Or, dans le champ politique, personne ne rejette vraiment cette logique. Certains d’entre vous seront étonnés par cette affirmation, alors que s’exprime à gauche, du PCF aux Insoumis en passant par les socialistes – ou ce qui en reste – une critique permanente de « l’Europe néolibérale ». Le problème, c’est que tout ça ce n’est que des paroles qui ne coûtent rien à personne, et qui coûtent d’autant moins que tout ce beau monde est dans l’opposition. La véritable question est celle-ci : Si ces gens-là étaient au gouvernement aujourd’hui, seraient-ils prêts à renier la logique même de la construction européenne, cette logique dont la politique du gouvernement Macron – en pleine continuité avec celles des gouvernements qui l’ont précédé – n’est que la déclinaison ?

Personnellement, j’en doute. Et j’en doute parce que ces gens-là ont déjà eu leur opportunité de nous prouver de quoi ils étaient capables. La concurrence sur le rail et son corollaire, la privatisation des services ferroviaires, n’a pas commencé hier. C’est l’aboutissement d’une très longue histoire, émaillée de décisions dans lesquelles ont joué un rôle qui est loin d’être négligeable certains de ceux dont les voix se lèvent aujourd’hui pour condamner la politique du gouvernement. C’est pourquoi je me méfie de ceux qui appellent aujourd’hui à « faire la fête à Macron » mais qui ont par le passé soutenu la logique qui conduit aujourd’hui à l’abandon du statut, le dépeçage et la privatisation de la SNCF, toutes choses qui sont la conséquence logique des décisions prises bien avant que Macron n’entre en politique.

Rappelons, pour commencer, que le premier « paquet ferroviaire » - on en est au quatrième - de la Commission européenne, prévoyant l’ouverture de la concurrence sur le fret, et qui à cet effet organise le dépeçage de la SNCF en séparant les activités d’infrastructure de celles de transport, a été négocié à partir de 1998 et signé en 2001. C’est donc le gouvernement de la « gauche plurielle », au pouvoir depuis mai 1997, qui a conduit la négociation et qui a apposé sa signature au pied des directives européennes. Rappelons qu’à la date de signature du « paquet » ce gouvernement était dirigé par un socialiste (Lionel Jospin), que le ministre des transports était communiste (Jean-Claude Gayssot), que Jean-Luc Mélenchon en était ministre (de l’enseignement professionnel), que les Verts avaient aussi des ministres (1). Et qu’on dit toutes ces personnalités lorsque le « paquet » fut signé ? Ont-ils rendu leurs portefeuilles ? Ont-ils déposé une motion de censure ? Ont-ils même exprimé leur opposition et appelé à manifester ? Non. Personne, ni les hommes ni es organisations n’ont jugé que la question méritait une prise de position forte, qu’elle était politiquement significative. Toutes ces personnalités, toutes ces organisations s’y sont accommodées, tout comme elles se sont accommodées à l’ensemble des remises en cause des services publics associées à d’autres « paquets » européens, comme la privatisation de France Telecom, ou du démarrage de l’ouverture à la concurrence de l’électricité et du gaz, décidé au sommet de Barcelone de 2002.

Tout cela conduit à relativiser fortement les cris d’orfraie qu’on entend aujourd’hui venant de ces quartiers. Car l’expérience montre qu’il y a une certaine distance entre le discours qu’on tient lorsqu’on est dans l’opposition et les actes qu’on accomplit – ou qu’on laisse s’accomplir – lorsqu’on est au pouvoir. Et, la véritable question n’est pas de savoir si Mélenchon, Laurent, Hamon ou Faure sont contre la privatisation du transport ferroviaire lorsqu’ils sont dans l’opposition, mais ce qu’ils feraient s’ils étaient aujourd’hui aux commandes. Refuseraient-ils de mettre en œuvre les traités et les directives qu’ils ont eux-mêmes approuvés hier ? Auraient-ils le courage d’ouvrir une crise européenne majeure, et la compétence pour piloter la France à travers la tempête ?

Je ne le crois pas un instant. Je pense au contraire qu’on assisterait à l’une de ces palynodies auxquelles la gauche nous a habitués depuis fort longtemps, consistant à essayer de nous que le blanc est noir, que le traité de Maastricht est un « compromis de gauche », que la privatisation de France Télécom est un progrès pour les travailleurs et qu’on éliminera le chômage à coups de « loi travail ». Est-ce que l’homme qui défendait le « tournant de la rigueur » et qui tançait les sénateurs communistes opposés au traité de Maastricht est le même homme qui aujourd’hui nous parle de « sortir des traités européens » et des « politiques austéritaires » ? Oui, c’est le même homme. Demain, s’il était au pouvoir, quel serait son discours ?

Je suis prêt à parier que si demain Mélenchon, Faure, Hamon ou Laurent accédaient au pouvoir, ils feraient à quelques détails près la même politique économique et sociale que fait le gouvernement actuel. Et en disant cela, je ne leur fait pas seulement un procès d’intention : ce n’est pas seulement leur volonté, mais leur capacité que je mets en cause. Car s’il est facile de parler de ruptures, c’est bien plus difficile de les penser et de les mettre en œuvre, surtout dans un pays traumatisé par trente ans de fausses promesses qui aboutissent chaque fois à la politique du chien crevé au fil de l’eau. Ce qui a fait la puissance des institutions européennes, c’est la capacité de proposer aux politiques ce qui apparaît à chaque fois comme la solution du moindre effort immédiat – quitte à reporter les choses difficiles à un horizon lointain, par exemple, après la prochaine élection. Avec cette méthode, l’Union européenne a réussi à déshabituer les hommes politiques de toute réflexion sérieuse. C’est une variante du « signez en bas, on s’occupe du reste ». Au point que la réponse naturelle de tout homme politique confronté à un problème sérieux est « ce problème doit être traité au niveau européen » - ce qui implicitement suppose que le problème soit traité par d’autres.

Pour la première fois peut-être dans l’histoire de France nous sommes dirigés par une génération qui n’a jamais eu à penser. Les générations précédentes ont toutes vécu des situations ou tout s’effondrait, ou tout était à réinventer. Où la décision du politique était finale, et mettait en balance la vie ou la mort de la nation. Il faut lire les mémoires des politiques ou des administrateurs qui ont eu à diriger le pays pendant la guerre de 1914-18, pendant la crise de 1929, pendant la deuxième guerre mondiale et la Libération. On y retrouve une gravité, un sens de la tragédie qui échappe complètement aux politiciens de notre temps, plus portés à faire de la politique « festive ». Mais surtout, on y trouve une capacité de réflexion et d’invention face à une situation nouvelle. Aujourd’hui, cette capacité a largement disparu. La béquille « européenne » a servi comme prétexte pour ne pas y penser. Combien de hauts fonctionnaires y a-t-il à Bercy qui réfléchissent à la préparation d’une politique monétaire au cas où l’Euro s’effondrerait ? Combien de partis politiques réfléchissent à ce qu’on ferait pour recoller notre droit au cas où il se révélerait nécessaire de sortir de l’UE ?

Pour mettre une politique en œuvre, il faut d’abord être capable de la penser. Or, notre caste politico-administrative est incapable de penser le monde autrement qu’il ne l’est. Oh, bien sûr, une partie d’elle surtout à gauche professe de rejeter le monde tel qu’il est. Mais elle est incapable de nous décrire d’une manière réaliste et rationnelle le monde tel qu’il devrait être. Les « Insoumis » croient toujours que la désobéissance est une politique. Ils nous expliquent qu’il faut en finir avec le régime de la Vème République, mais se refusent à expliquer le fonctionnement des institutions qu’ils voudraient mettre à la place. Ils proposent de « rompre avec les traités européens » mais sans sortir de l’UE ou de l’Euro. Ils proposent de rompre avec la logique du marché, mais ne proposent aucun mécanisme de régulation pour le remplacer.

Gouverner une nation, ce n’est pas le même métier que de diriger une municipalité où un Conseil régional. Le maire ou le président du conseil régional ne dirigent que dans un cadre fixé par les lois, et peuvent compter en cas de crise avec l’aide de l’Etat central. Celui qui dirige une nation est seul dans le monde, car comme disait mongénéral, la nation n’a pas d’amis, elle n’a que des intérêts. Or, nos dirigeants sont intellectuellement des maires et des conseillers régionaux. La soumission à l’Europe leur va donc comme un gant. Et c’est pour cela qu’on ne peut croire un instant qu’ils feront autre chose demain que ce qu’ils font depuis trente ans : suivre en catimini les diktats européens quand ils sont au pouvoir, et faire du scandale quand ils sont dans l’opposition. C’est cela qui explique la continuité parfaite des politiques publiques quel que soit le gouvernement du jour. On le voit bien d’ailleurs : depuis trente ans, gauche et droite ont alterné au pouvoir dans différentes configurations. Seriez-vous capable de me donner un exemple, un seul, ou la privatisation de nos services publics et de leur mise en concurrence ait reculé ? Pas un seul ? Non, bien sûr que non. Quel que soit le gouvernement, on va toujours vers la même direction, celle de la libéralisation et la privatisation. La seule chose qui change, c’est la vitesse.

Peut-être l’exemple le plus intéressant de cette incapacité à penser une autre politique est celui des concessions hydroélectriques. En France, l’énergie des rivières appartient à l’Etat. Celle-ci est concédée à des exploitants qui construisent les barrages et les exploitent. Après 1945, c’est EDF qui a récupéré la très grande majorité des barrages. Ces concessions – qui ont des durées longues, de l’ordre de 70 ans – arrivent maintenant à échéance, et doivent donc être renouvelées. Or, la libéralisation du secteur de l’électricité rend obligatoire un renouvellement par mise en concurrence, et la Commission européenne exige qu’EDF ne puisse prétendre à une majorité des concessions les plus intéressantes… A ces exigences, l’ensemble des groupes politiques est opposé. Tous les gouvernements depuis quinze ans font obstruction au processus, ce qui vaudra bientôt à la France une procédure d’infraction. Mais personne n’ose dire « non » publiquement et ouvrir un conflit avec l’Union européenne, parce que personne n’est capable de penser une alternative.

Voilà pourquoi le mouvement des cheminots est condamné. Cela n’exclut pas une victoire temporaire, qui permettra de retarder l’inévitable quelques années encore. On reportera peut-être la mise en concurrence et la fin du recrutement au statut de quelques années. On promettra de « sanctuariser » la SNCF en affirmant son « incessibilité », promesse qui, comme le montrent les exemples de France Telecom (2) ou de GDF (3), n’engagera que ceux qui y croiront. Mais in fine, le résultat sera le même : la fin du service public du rail. Comme on a vu la fin du service public des télécommunications, la fin du service public du crédit, la fin du service public de l’assurance, la fin du service public de l’électricité…

Il ne faut pas se faire des illusions. Nous avons adhéré du temps de l’Acte unique et du traité de Maastricht à un projet supranational, avec des pays qui ont une tradition politique et administrative qui est totalement différente à la nôtre, ou la notion de « service public » n’existe pas. Je ne dis pas que notre tradition soit meilleure, ou qu’elle soit moins bonne. Elle est différente. Or, dans cette Europe supranationale c’est la vision majoritaire qui s’impose et qui continuera à s’imposer, même si « l’autre Europe » que certains appellent de leurs vœux voyait le jour. Ceux qui invoquent un projet européen feraient bien de se poser cette question fondamentale : sommes-nous prêts, au nom de la construction européenne, à adopter dans tous les domaines une vision politique, administrative, philosophique même qui nous est étrangère ? Le jeu vaut-il la chandelle ? Personnellement, je ne le pense pas. Mais ceux qui le pensent devraient assumer les conséquences de leur position, et cesser de faire semblant de croire que l’Europe fédérale et le statut des cheminots pourraient être compatibles.

Sur le blog de Descartes

(1) Rappelons aussi que le dernier « paquet ferroviaire », celui qui concerne la libéralisation du transport de passagers, a été négocié entre 2013 et 2016. A l’époque, la France était dirigée par un gouvernement socialiste dans lequel participaient des ministres EELV…

(2) J’ai dans mes archives le texte d’une lettre adressée aux organisations syndicales par Paul Quiles, alors ministre des postes et télécommunications, lors de la transformation de la vénérable DGT en société anonyme « France Télécom ». Dans cette lettre figure noir sur blanc la promesse que jamais au grand jamais France Telecom ne serait privatisée.

(3) La loi changeant le statut des établissements publics EDF et GDF en sociétés anonymes précisaient que l’Etat ne pouvait détenir moins de 70% du capital de ces entreprises. Une disposition destinée à rassurer les salariés – comme « l’incessibilité » de la SNCF aujourd’hui – et qui n’a résisté que quelques années. La loi a été modifiée pour permettre la fusion de GDF et Suez, l’état devenant minoritaire dans le nouvel ensemble.

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