Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 31 janvier 2015

Quatre ans après, retour sur une occupation révolutionnaire confisquée

"Après les slogans glorieux de la Ksabah, comme quoi elle nous unissait, nous avons commencé à voir les divisions. « La Tunisie Laïque » et « la Tunisie musulmane » ont signé le premier clivage entre les jeunes de la révolution. Après, ont surgi les conflits d’intérêt entre ceux qui représentent la classe bourgeoise et moyenne (la Kobba) et ceux qui sont anti-système et maintiennaient une position radicale par rapport au passé (la Kasbah). Et finalement, il y a eu l’investissement en force des partis politiques qui ont démarré, très tôt, leurs campagnes électorales et qui ont pris la place des jeunes dans la négociation des revendications,"

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sous le titre "Kasbah 1 et 2 : Quatre ans après, retour sur une occupation révolutionnaire confisquée" sur le site Nawaat.org

vendredi 30 janvier 2015

"La laïcité est une question politique ou elle n’est rien !"

ecoleLouisWeiss.gif Collections du Musée de l'Europe - Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Chacune et chacun a conscience de la gravité de la période depuis les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper casher. Tout naturellement l’école et la formation des maîtres sont interpellées. Mais on entend, et jusqu’au sommet de l’Etat, de nombreuses bêtises. Comme s’il s’agissait d’inculquer la laïcité dans le cadre d’un enseignement de « morale civique ». Exit donc l’ambition (déçue) de l’ECJS (Éducation civique juridique et sociale) : une formation au débat public argumenté (un échange public d’arguments fondés en raison).

Bien mieux, on invoque la menace de sanctions contre les élèves qui poseraient de mauvaises questions et la laïcité, qui devrait s’inscrire dans un projet éducatif émancipateur, est associée au renforcement de l’autorité. Comme si, en lieu et place de « la force du meilleur argument » (P. Bourdieu), on faisait appel au conseil de discipline. On entend aujourd’hui des appels au rétablissement de l’ordre, comme si la menace de sanction pouvait contraindre les élèves à adhérer à l’idéal laïque. Dans cette perspective évidemment, le rappel des textes officiels, un vague catéchisme républicain et l’étude de « cas pratiques », peuvent tenir lieu de formation des futurs enseignants.

Les textes officiels sont utiles à connaître, mais le catéchisme républicain ne sert à rien. Faut-il rappeler sur ce point la position de Condorcet (que tout futur professeur devrait connaître) ?

Former les futurs enseignants à la question laïque, ce devrait être aujourd’hui aborder de front les enjeux sociaux et politiques de la laïcité. Prolonger ce qu’avaient fait Hugo quand il combattait la loi Falloux et Jaurès lorsqu’il se battait "Pour la laïque". Ces textes pourraient d’ailleurs être utilement étudiés avec les futurs professeurs.

Lire le point de vue d'Alain Beitone paru sous le titre "Laïcité et formation des enseignants" sur le site du Groupe de Recherche sur la Démocratisation Scolaire

"Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens"

Les élections ne changent rien, affirme en substance le président de la Commission européenne. Sans prendre beaucoup de gants :

« Dire qu’un monde nouveau a vu le jour après le scrutin de dimanche n’est pas vrai. Nous respectons le suffrage universel en Grèce, mais la Grèce doit aussi respecter les autres, les opinions publiques et les parlementaires du reste de l’Europe. Des arrangements sont possibles, mais ils n’altèreront pas fondamentalement ce qui est en place. »

Vous n’êtes pas certain d’avoir compris ? « Dire que tout va changer parce qu’il y a un nouveau gouvernement à Athènes, c’est prendre ses désirs pour des réalités », ajoute encore Jean-Claude Juncker, qui lâche une phrase terrible, qui résume toutes les limites de la démocratie dans l’Union européenne :

« Il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens. »

Lire l'article de Michel Soudais dans Politis

mardi 27 janvier 2015

Jaurès répond aux attaques sur la communion de sa fille (1901)

Pour moi, non seulement je n’ai jamais fait appel à la violence contre des croyances, quelles qu’elles soient, mais je me suis toujours abstenu, envers les croyances religieuses, de cette forme de violence qui s’appelle l’insulte. Je ne crois pas que ce soit par les procédés hébertistes que nous viendrons à bout de la religion.

D’autres socialistes, d’autres militants, ont une autre méthode : je n’ai pas le droit de les blâmer. L’Église a façonné si savamment le joug qui pèse sur les nations, elle a si bien multiplié les prises sur l’esprit et sur la vie, que peut-être bien des hommes ont besoin d’aller jusqu’à l’outrage pour se convaincre eux-mêmes qu’ils sont affranchis. J’aime mieux pour nous tous d’autres voies de libération. Le grossier couplet de la Carmagnole : « Le Christ à l’écurie, La Vierge à la voirie », m’a toujours choqué, non pas seulement par sa grossièreté même, mais parce qu’il me semble exprimer la révolte débile et convulsive plus que la liberté de la raison.

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Jean Jaurès : Léon Tolstoï

Tolstoï est resté un oriental, et il déplore que la révolution russe se soit engagée dans la voie de la révolution occidentale. Il a peur de la croissance industrielle, puis de la démocratie, il ne voudrait qu'une production agricole à base communiste. Mais il est impossible d'arrêter la révolution du monde : les industries montent, et dans l'Orient même, en Russie même, où c'est le prolétariat industriel qui a réveillé d'un trop long sommeil la masse paysanne, en Perse même, dans l'Inde, au Japon, en Chine, dans tout l'Orient, jusque-là endormi, c'est la fièvre de l'activité européenne avec ses tares, avec ses méfaits, avec ses cruautés, mais avec ses grandeurs, qui se répand sur le monde ; de plus en plus, ces peuples s'éveillent et se libèrent ; et ainsi, ce n'est pas en renonçant à la produc­tion industrielle, c'est en organisant toute la production sur les bases d'une justice nouvelle que nous assurerons l'équi­libre dans le progrès grandissant.

''Jean Jaurès, « Léon Tolstoï », conférence prononcée à Toulouse le 10 février 1911, La Revue socialiste, mars 1911, pp. 193-209.''

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lundi 26 janvier 2015

Ordre scolaire bourgeois contre culture prolétarienne

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En France, l’école dite laïque, dite obligatoire, dite gratuite est mise en place par la bourgeoisie à un moment de reconstitution du mouvement ouvrier, après l’écrasement sanglant de la Commune. La bourgeoisie a le cœur encore soulevé de frayeur d’avoir vu le peuple insurgé auto-organisant les rouages sociaux, économiques et symboliques. Si, à droite et à l’extrême droite, s’agitent les très cléricaux monarchistes et légitimistes, adossés aux grands propriétaires ruraux et à la bourgeoisie négociante, c’est à ce que l’on va nommer les républicains modérés que la bourgeoisie industrielle va confier ses intérêts pour éviter de nouveaux soubresauts. Elle est révolue, la période de 1848, où la bourgeoisie avait la bouche pleine de discours humanitaires sur les conditions de vie du peuple, sur l’ignorance et les scandales de l’exploitation. Après 1871, la rupture entre la classe bourgeoise et le prolétariat est accomplie.

Le partage des eaux claires du socialisme d’avec celles teintées du sang des travailleurs du capitalisme est achevé. Comme le vote va être l’instrument de l’illusion d’une autonomie de pensée et de choix politique, la pédagogie primaire sera celui de l’écrasement du peuple dans sa conscience sociale même.

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dimanche 25 janvier 2015

Le triomphe du parti de l'ordre

« Notre plume est une arme bien faible – et on ne manque pas de nous le faire cruellement sentir. Mais il est de notre devoir d’en faire usage. Nous sommes peut-être impuissants car notre époque déroule son terrible ordre du jour sans tenir compte de notre colère et de nos plaintes. (…) On pourra donc plus tard nous reprocher d’avoir été impuissants, mais pas de nous être déshonorés » par notre silence ou notre abstention mêmes (1). Écrire donc, envers et contre tout, sans illusion aucune sur le pouvoir de ces mots. Écrire pour témoigner et résister, autant que faire se peut, au triomphe du parti de l’ordre.

Lire le point de vue d'Olivier Le Cour Grandmaison paru sur Mediapart

(1) Klaus Mann, « Pen Club », Contre la barbarie 1925-1948, préface de Michel Crépu, Paris, Phébus, 2009, p. 107.

samedi 24 janvier 2015

Belgique: les sanctions envers les chômeurs ont explosé en 2014

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Skipi, le dessin du lundi

Le nombre de sanctions prononcées par l’Office national de l’emploi (Onem) à l’égard des chômeurs a fortement progressé l’an dernier. Sur le seul premier semestre 2014, le nombre de sanctions était de 31 329, selon le rapport semestriel de l’Onem. Pour l’ensemble de l’année dernière, on devrait dépasser les 62 000 sanctions, estime le syndicat chrétien CSC. Cela représente une augmentation de près de 24 % en un an. Par rapport à l’année 2011, le nombre de sanctions aura augmenté de 62 %. Précisons d’emblée qu’un même chômeur peut être sanctionné plusieurs fois : il n’y a donc pas eu 62 000 chômeurs sanctionnés l’an dernier.

Disponibilité active et passive

Mais en quoi consistent ces sanctions ? Depuis 2004, il existe une procédure d’activation du comportement de recherche d’emploi. L’Onem procède à des évaluations, qui s’effectuent lors d’entretiens (maximum trois) dont l’objectif affirmé est de suivre le chômeur et de le soutenir dans sa recherche d’emploi. Progressivement, les différentes tranches d’âge (d’abord les jeunes, puis les plus âgés) et les différentes catégories de chômeurs (les demandeurs d’emplois puis les allocataires d’insertion qui n’ont pas encore ou pas assez travaillé) ont été soumises à ce contrôle de la disponibilité.

lire la suite sur indymedia Bruxelles

vendredi 23 janvier 2015

Tunisie : Après Ben Ali, la société civile a-t-elle réussi à faire contre-pouvoir ?

Les dernières attaques contre les libertés et les droits de l’Homme en Tunisie n’ont pas joui d’un soutien à grande échelle. Beaucoup parlent d’un conflit idéologique qui déroute les défenseurs des droits de l’Homme et des causes justes. D’autres estiment que la société civile tunisienne est accaparée par l’argent politique et les financements étrangers qui dictent des agendas « réformistes » insuffisants pour combler les attentes réelles de la Tunisie post-révolution.

Se limitant à des communiqués de presse, plusieurs organisations sont quasiment absentes des combats essentiels. Nous l’avons observé, lors des derniers dépassements commis par le ministère de l’Intérieur, sous prétexte de lutte contre le terrorisme. Nous l’avons dénoncé, au cours du procès de Yassine Ayari, condamné à un an de prison ferme par un tribunal militaire pour des écrits sur les réseaux sociaux. Et nous l’avons, également, suivi, tout au long des procès politiques, dont les victimes sont de jeunes révolutionnaires, comme celui de Ksibet El Mediouni, Sidi Bouzid, Bouzayen et Kasserine. L’absence des organisations militantes était flagrante même dans les combats considérés sacrés, comme celui des martyrs et des blessés.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat sous le titre Tunisie : Après Ben Ali, la société civile a-t-elle réussi à faire contre-pouvoir ?

mercredi 21 janvier 2015

La dictature du chagrin

La semaine a été longue pour le peuple suédois. Il est vrai qu’il est normal que le chagrin fasse trouver le temps long. Mais, en comparaison du chagrin organisé, le chagrin spontané va vite en besogne. La semaine qui vient de s’écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d’information sont mis en même temps au service d’une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe.

Ce que nous venons de vivre n’est rien de moins que le spectacle d’une dictature à l’œuvre. Certes, il s’est agi au premier chef du côté journalistique de la dictature, mais cela a été bien suffisant. Cela a même été plus que suffisant. Pour un démocrate, le spectacle d’une démocratie qui se nie elle-même sur un point capital est certainement plus pénible que le deuil national en lui-même. Il est en toutes circonstances inadmissible d’ériger le conformisme en système, mais cela l’est particulièrement quand il s’agit des convenances. Même lors du décès d’un souverain, il existe un respect qui prime le recueillement : c’est celui de la démocratie.

Stieg Dagerman, La Dictature du chagrin

Rédigé à l’occasion du deuil national qui suivit la mort du roi Gustave V, publié le 4 novembre 1950 comme éditorial du journal Arbetaren.

Lire la suite sur le site lundimatin

mardi 20 janvier 2015

Penser la religion et la société (I)

L'existence de cultes individuels n'implique donc rien qui contredise ou qui embarrasse une explication sociologique de la religion ; car les forces religieuses auxquelles ils s'adres­sent ne sont que des formes individualisées de forces collectives. Ainsi, alors même que la religion semble tenir tout entière dans le for intérieur de l'individu, c'est encore dans la société que se trouve la source vive à laquelle elle s'alimente. Nous pouvons maintenant apprécier ce que vaut cet individualisme radical qui voudrait faire de la religion une chose purement individuelle : il méconnaît les conditions fondamentales de la vie religieuse. S'il est resté jusqu'à présent à l'état d'aspirations théoriques qui ne se sont jamais réalisées, c'est qu'il est irréalisable. Une philosophie peut bien s'élaborer dans le silence de la méditation inté­rieure, mais non une foi. Car une foi est, avant tout, chaleur, vie, enthousiasme, exaltation de toute l'activité mentale, transport de l'individu au-dessus de lui-même. Or, comment pourrait-il, sans sortir de soi, ajouter aux énergies qu'il possède ? Comment pourrait-il se dépasser par ses seules forces ? Le seul foyer de chaleur auquel nous puissions nous réchauf­fer morale­ment est celui que forme la société de nos semblables ; les seules forces morales dont nous puissions sustenter et accroître les nôtres sont celles que nous prête autrui. Admettons même qu'il existe réellement des êtres plus ou moins analogues à ceux que nous représentent les mythologies. Pour qu'ils puissent avoir sur les âmes l'action utile qui est leur raison d'être, il faut qu'on croie en eux. Or les croyances ne sont actives que quand elles sont partagées. On peut bien les entretenir quelque temps par un effort tout personnel ; mais ce n'est pas ainsi qu'elles naissent ni qu'elles s'acquièrent; il est même douteux qu'elles puissent se conserver dans ces conditions. En fait, l'homme qui a une véritable foi éprouve invinciblement le besoin de la répandre ; pour cela; il sort de son isolement, il se rapproche des autres, il cherche à les convaincre et c'est l'ardeur des convictions qu'il suscite qui vient réconforter la sienne. Elle s'étiolerait vite si elle restait seule.

Emile Dürkheim, Les formes élémentaires de la vie religieuse, 1912 (Conclusion, I)

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Mère de trois enfants, Marie-France est exclue du chômage : "Je n’aurai plus rien, même pas un centime"

Depuis le 1er janvier, Marie-France ne perçoit plus d’allocations d’insertion, car elle n’a pas trouvé d’emploi en trois ans. Mère de trois enfants, elle est pourtant trilingue et a suivi de nombreuses formations.

Le 3 novembre dernier, Marie-France a reçu un courrier de l’Office national de l’Emploi. "L’Onem a notifié votre fin de droit aux allocations d’insertion à partir du 1er janvier 2015", pouvait-elle lire dans cette lettre. Le motif ? Marie-France n’a pas trouvé d’emploi en trois ans.

Sans aucun revenu avec trois enfants à charge

Cette mère de trois enfants va se retrouver seule, sans revenus et sans allocations. "Après le nouvel an, j’ai dit à mes enfants que je n’aurai plus rien, même pas un centime. Je suis exclue du système, je suis hors des chiffres. Le taux de chômage va diminuer, mais je n’aurai pas d’emploi", explique la mère de famille.

Pour éviter de perdre ses allocations d’insertion, l’Onem a proposé à Marie-France de suivre une formation. Mais elle dispose déjà de plusieurs diplômes en bureautique, dactylographie, ou en langues. "J’ai 19 attestations de réussite qui prouvent que j’ai les compétences pour exercer le métier de secrétaire trilingue", explique-t-elle. "Maintenant, c’est vrai que suivre une formation de plombier-zingueur ne me conviendrait pas du tout. Et je n’ai pas envie de faire cela pour garder mes allocations de chômage", ajoute-t-elle.

Exclus du chômage : surtout des femmes de 30 à 40 ans

Le nombre d’exclus du chômage varie de 16.900 à 31.000 allocataires. Il s’agit principalement de femmes de 30 à 40 ans. Sans allocations de chômage, la plupart de ces personnes se tourneront vers les CPAS communaux. "C’est un transfert de solidarité, d’une entité fédérale très grande vers des entités toutes petites", explique Marc Barvais, président du CPAS de Mons. "Donc ça déforce les grandes villes, qui ont un taux de non-emploi plus important", ajoute-t-il.

A Mons, par exemple, le CPAS estime le surcoût lié à ce transfert de solidarité à environ un million d’euros. Une charge financière supplémentaire pour les pouvoirs communaux.

source : Indymedia Bruxelles

lundi 19 janvier 2015

Tunisie : Au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’Intérieur continue à bafouer les droits de l’Homme

Un soutien considérable s’est créé autour du ministère de l’Intérieur qui, pour certains, doit torturer et même tuer, s’il le faut, toute personne en rapport avec le terrorisme. Dans cette même vague de panique aveugle, des Tunisiens ont jugé que « les défenseurs des Droits de l’Homme sabotent l’efficacité de la lutte contre le terrorisme » et sont même « les alliés des terroristes ».

C’est ainsi que le piége de la peur s’est refermé sur les gens les plus censés : lutter contre le terrorisme par un autre terrorisme. Bafouer les droits de l’Homme est, en efet, un beau cadeau à offrir aux terroristes. Comme le soulignait le Secrétaire général des Nations Unies dans l’une de ses déclarations « le risque est que, dans notre souci de sécurité, nous nous retrouvions sacrifiant des libertés essentielles, ce qui affaiblirait notre sécurité commune au lieu de la renforcer et causerait, ainsi, une érosion par l’intérieur du mode de gouvernement démocratique ».

Dans ce même contexte, Amna Guellali affirme que « les exceptions en matière de droits de l’Homme finissent, souvent, par devenir la norme. Si nous fermons les yeux, aujourd’hui, sur la torture, lorsqu’il s’agit d’un « djihadiste », qu’est-ce qui nous garantit que cette pratique ne sera pas généralisée ? Absolument rien! Donc, pour que l’intégrité physique soit un droit fondamental et indiscutable, il doit être appliqué à tout le monde et sans exception aucune. Le recours à la torture et à d’autres traitements cruels pour soutirer des informations à des personnes soupçonnées de terrorisme est interdit. Ces méthodes ont prouvé de toute manière leur défaillance et leur limite, car les victimes de torture ne donnent jamais des informations fiables et détaillées… »

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.org sous le titre Tunisie : Au nom de la lutte contre le terrorisme, le ministère de l’Intérieur continue à bafouer les droits de l’Homme

samedi 17 janvier 2015

La critique petite-bourgeoise de la religion est-elle rationnelle ?

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Ce 16 janvier 2015, le Musée de l'Europe & de l'Afrique s'était invité à l'émission de la Radio La Locale de Saint-Girons pour critiquer le dernier numéro de Charlie-Hebdo.

Merci à l'équipe de la locale pour son inestimable contribution à la "Liberté d'expression".

à écouter en ligne ici

L'intégralité de l'émission avec comme premier invité René Nabat ici

vendredi 16 janvier 2015

Tunisie : Retour à la violence d'Etat sous couvert de lutte contre le terrorisme

L’année 2014 a trahi ses promesses du fait de certaines pratiques répressives. Brutalité policière, torture et procès iniques continuent à être à l’ordre du jour. Légitimés par la lutte contre le terrorisme et les échéances électorales, ces manquements ont lâché la bride, de nouveau, aux forces de sécurité qui ont récidivé dans la violence. La glorification de la police et de l’armée qui « s’exposent aux dangers du terrorisme» fut, ainsi, le maître-mot de ce retournement de situation.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.org sous le titre Tunisie 2014 : Justice transitionnelle et mouvements sociaux. Retour à la violence d’Etat sous couvert de lutte contre le terrorisme

jeudi 15 janvier 2015

Redayef, la ville aux espoirs trahis !

Entre désespoir et révolte, les habitants sont en stand-by. Tout en calmant les jeunes qui se radicalisent de plus en plus, depuis le 14 janvier, les habitants et militants syndicalistes de Redayef continuent à demander un dialogue fructueux avec les autorités afin de soulever les revendications essentielles de la ville et de toute la région. La balle est ainsi dans le camp du prochain gouvernement et du nouveau parlement qui devront affronter le plus grand challenge de l’histoire de la Tunisie, une réelle transparence -cette fois-ci prescrite par la Constitution- au niveau de la gestion des richesses naturelles. Cette même transparence qui devrait servir la répartition équitable des richesses en question.

Lire l'article de la rédaction de Nawaat, Redayef, la ville aux espoirs trahis !

Tunisie: Justice, année zero

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Avec la tenue de l’élection législative en octobre 2014 et l’élection présidentielle le mois suivant, la Tunisie poursuit son apprentissage de la démocratie commencé il y a maintenant quatre ans, avec le départ de l’ex-président Zine el-Abidine Ben Ali le 14 janvier 2011. Un apprentissage jalonné par des errements, des instabilités gouvernementales, mais aussi par des réformes encourageantes dont la plus importante est l’adoption d’une nouvelle Constitution le 27 janvier 2014. Entre autres avancées positives, le nouveau texte rééquilibre la répartition des pouvoirs entre le président et un chef du gouvernement qui gagne en prérogatives, consacre la parité hommes-femmes, institue une Cour constitutionnelle, pose le cadre d’un Conseil supérieur de la magistrature indépendant soustrait au contrôle de l’exécutif et garantit les libertés fondamentales. Les bases de la nouvelle démocratie sont ainsi posées. Pour autant, un travail fastidieux reste à accomplir afin que ces dispositions ne restent pas purement «cosmétiques». Paradoxalement, l’insuffisant arsenal constitutionnel et législatif en vigueur sous Ben Ali présentait tout de même de nombreuses garanties, notamment en matière de respect des libertés fondamentales. La pratique était tout autre, montrant si besoin était qu’un texte juridique n’a d’intérêt que s’il se traduit dans les faits. Aujourd’hui encore, c’est au stade de la mise en œuvre que le bât blesse. Les multiples débordements opérés par les forces de sécurité depuis la révolution laissent planer le spectre d’une nouvelle dérive autoritaire et la menace terroriste est toujours agitée comme un chiffon rouge par les dirigeants du pays, comme elle l’a été par Ben Ali après le 11 septembre 2001 avec les conséquences dramatiques que cela a engendrées en matière de violations des droits de l’homme.

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mercredi 14 janvier 2015

Une cinquantaine de procédures ouvertes pour blasphème

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Un blasphème est un discours jugé irrévérencieux à l'égard de ce qui est vénéré par les religions ou de ce qui est considéré comme sacré.

Selon des chiffres communiqués par le ministère de la justice, plus d’une cinquantaine de procédures sont en cours pour « apologie du terrorisme » depuis l’attentat à Charlie Hebdo.

Mercredi 13 janvier, une enquête avait été ouverte pour une vingtaine d’entre elles, huit personnes ayant reçu des convocations devant un officier de police judiciaire, huit autres devant passer en comparution immédiate, tandis que trois étaient encore en garde à vue. Seules cinq condamnations ont pour l’instant été prononcées, et les peines sont très lourdes.

La plus sévère concerne un homme de 34 ans qui, après un accident de la circulation à Haulchain (Nord), s’en est pris, le 11 janvier, aux policiers en défendant les attentats : il a été condamné à quatre ans de prison ferme. L’apologie du terrorisme n’était toutefois qu’une circonstance aggravante : il avait refusé de se soumettre à l’alcootest, était en récidive et l’accident a causé des blessures involontaires.

Deux autres lourdes peines ont été prononcées à Orléans et à Toulon le 12 janvier — un an de prison ferme, avec à chaque fois huit à neuf mois avec sursis — ainsi que deux rappels à la loi à Saint-Etienne le 11 janvier, et la veille à Courbevoie (Hauts-de-Seine). Ces deux derniers concernent des hommes qui hurlaient dans la rue, mais sans viser personne en particulier. L’un d’eux avait lancé « je suis fier d’être musulman, je n’aime pas Charlie, ils ont eu raison de faire ça ».

Parmi cette cinquantaine de procédures recensées par la chancellerie, on trouve pêle-mêle : trois mineurs, deux femmes, des illuminés, des hommes alcoolisés, des chrétiens, des musulmans… Deux responsables politiques ont été visés par ces menaces et insultes, mais celles-ci visent avant tout les forces de l’ordre.

source Le Monde

Mise en examen à 14 ans pour apologie du terrorisme

Le contrôle s’est mal passé : l’une des sœurs a outragé les agents (contrôleurs du tram de Nantes, NDE) et les a menacés de mort. À cet instant, l’une des adolescentes a répliqué, sur un ton menaçant, en direction des contrôleurs : « On est les sœurs Kouachi, on va sortir les kalachnikov ».

L’adolescente a été mise en examen par le juge des enfants pour « apologie du terrorisme », conformément aux réquisitions du parquet des mineurs. Une « mesure de réparation » pénale (alternative éducative à l'incarcération: NDLR) a été prononcée à l'encontre de cette adolescente non scolarisée.

source Ouest-France

Mise en garde d'Amnesty International

France. «Test décisif» en matière de liberté d'expression, avec de très nombreuses arrestations dans le sillage des attentats

mardi 13 janvier 2015

Les micro-ondes de la propagande

jesuisAubedoree.jpg Antonis Samarás... en caricature. “Je suis l'Aube dorée sérieuse”. “Quotidien des Rédacteurs

Cette “gouvernance” de la Troïka, et d’une manière plus... intégrale, celle de l’Union Européenne, se trouvent à l’épicentre de l’hétéronomie si socialement sismique (et cynique) de notre nouvelle ère, interdisant ex lege comme de facto, tout exercice réellement (ou de préférence de tendance) démocratique. Et une des conséquences (directe ou indirecte, c’est selon) de cette usurpation des souverainetés (chez nous comme ailleurs), tient de la propagation du... flexterrorisme de la semaine dernière en France, et autant, de sa... cousine germaine en matière de politique méta-sociale, la flexisécurité au travail, pour ne pas dire l’austérité tout simplement, si tristement connue de tous, en cette Europe européiste.

C’est ainsi que les gouvernants apparents de cette piètre Europe (dont les méta-nazifiés de Kiev), ont paradé hier à Paris pour dire “qu'ils étaient Charlie”, surfant alors sur l’émotion réelle du peuple de France, fort heureusement encore vivant et réactif, pour ainsi en faire de la bouillie réchauffée dans... les micro-ondes de la propagande. Et certains grands médias dans toute leur petitesse habituelle, ont superbement rempli ce rôle. Le sentiment, sa canalisation médicamenteuse (c’est à dire médiatique et orchestrée), au lieu et place de l’analyse et du raisonnement.

C’est alors ainsi que le (politiquement) lugubre Samaras, est venue défendre la dignité et la liberté d’expression, lorsque sa politique troïkanne a déjà fait dégringoler la Grèce de plusieurs places quant à l’exercice d’un journalisme digne de ce nom, et lorsqu’il se pratique du pouvoir transformé une partie de la Police en bataillons prétoriens lesquelles maltraitent et agressent les citoyens (et les non citoyens), tout comme les journalistes de terrain. Au pays d’Antonis Samaras, il y a certains journalistes, d’ailleurs parfois proches de l’esprit de Charlie Hebdo, qui sont devenus handicapés, après avoir... rencontré les RoboCops des unités MAT (CRS). Et il y a en a d’autres, dont la vie a été sauvée in extremis par les médecins et alors parfois par le hasard.

Pis encore, la politique de son gouvernement (et de la Troïka) sont responsables de quelques milliers de morts ici, par suicide, par maladies non traitées (25% de la population n’a plus de couverture Santé), et des pathologies déclenchées ou aggravées par la “crise”. Ce dernier terme relève comme on sait de l’euphémisme en cours, d’usage pour designer une politique sciemment programmée car issue de l’intégrisme du financierisme, tout autant hétéronome (les sociétés ne sont pas gérées par elles-mêmes et elles n’ont pas la maîtrise de leurs lois) que l’intégrisme se réclament d’une certaine interprétation du fait religieux (déjà hétéronome par essence).

La boucle est alors... bouclée. La France découvre à l’occasion la méta-modernité tragique et barbare du XXIe siècle et dirait ainsi adieu (c’est... presque le mot), aux modernismes de son XXe siècle, dont les enfants vaillants et emblématiques étaient aussi ces dignes dessinateurs des nos apories et autres carences, justement de Charlie Hebdo, au-delà même de l’éventail des divergences politiques.

Donc les Français, ainsi que les autres peuples qui ont ainsi manifesté ces derniers jours, ont voulu défendre la liberté, leurs libertés. Sauf que le relâchement général quant au contrôle tangible des dirigeants politiques européens (et occidentaux) est déjà bien long. Comme je l’écrivais récemment sur ce blog citant Cornelius Castoriadis, il faut soit se reposer, soit demeurer libre. Cependant, on ne peut pas dire que nos concitoyens aient saisi l’ampleur ou sinon, toutes les manigances des menaces qui en ce moment galopent sur nous.

Déjà aucune décision fondamentale quant à notre survie citoyenne (donc politique) pour ne pas dire quant à notre survie tout court, n’est soumise à la raison commune après débat, évidemment non biaisé par certains médias, auxiliaires de la para-démocratie hystérique. Hystérique au sens déjà premier du terme en grec, c’est à dire en manque de quelque chose. Et cette chose qui fait défaut, c’est la Phronesis et la Raison. Ni plus ni moins, et précisément c’est ce qui manque autant et si cruellement d’ailleurs, aux porteurs du terrorisme qui se référent à une quelconque religion et plus amplement idéologie, par définition autosuffisante. Loin, très loin de la pensée censée (souvent au forceps) nous conduire à nous remettre en question et à saisir certaines limites, individuelles et surtout collectives.

Or, penser c’est douter. Nous n’y parvenons toujours pas, je le crains fort en tout cas. Douter par exemple sur la tentative de récupération de la tragédie depuis... le commun des européistes, leur silence aussi sur leurs responsabilités avérées dans ce qui est convenu d’appeler sans trop la nommer... la nouvelle configuration de la géopolitique au Proche-Orient. Lorsqu’on fait tout pour défaire les souverainetés, voire même les sociétés dans de nombreux pays... le renouveau n’est guère une surprise et ne tombe pas du ciel. Ces agissements dans la géopolitique du monde des uns (et des autres) ne sont jamais réellement débattues publiquement, autrement qu’à travers le miroir de la propagande. Tout comme certaines politiques bien néfastes à la cohésion (désormais fragile) au sein des sociétés occidentales. Pour ne rien dire du traité de libre-échange transatlantique (TTIP) loin des regards et dont le contenu, demeure secret.

Et je crains (...) l’usage (fait par les élites), du choc réel et justifié que connait la société française actuellement, pour ainsi foncer dans la direction (...) d’un mémorandum à la française, sous prétexte de l’unité nationale. Et à défaut de cette dernière, vivre sous un état d’urgence permanent, sous la peur confuse et diffuse d’un terrorisme... maniacorépressif et pourtant réel, lorsque peut-être la peur de la dette, ou celle de l’abandon de l’euro ne suffiront plus pour anéantir les réactions.

lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Contours inimaginables" sur son blog, Greekcrisis

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Charlie à tout prix ?

vallscharliepartout.gif D'après Un homme dans la foule, Elia Kazan, 1957

« Si cet homme qui, dit-on, riait de tout revenait en ce siècle, il mourrait de rire assurément », écrit Spinoza dans une de ses lettres. Et c’est vrai qu’il y a de quoi rire longtemps à voir ainsi les organes de la soumission à l’ordre social entonner avec autant de sincérité l’air de l’anticonformisme et de la subversion radicale. Rire longtemps... enfin pas trop quand même, car il faudra bien songer un jour à sortir de cette imposture.

Ce sera sans l’aide du pouvoir politique, qui n’a jamais intérêt au dessillement, et à qui l’union nationale a toujours été la plus fidèle des ressources. Union nationale, et même internationale en l’occurrence, dont une version carabinée nous aura été administrée. Fallait-il qu’elle soit incoercible la pulsion récupératrice de François Hollande de se faire reluire à la tête de Paris « capitale du monde » pour convier, de proche en proche, jusqu’à Orban, Porochenko, et puis Netanyahu, Lieberman, etc. de hautes figures morales, connues pour se partager entre défenseurs de la liberté de la presse et amis du dialogue interconfessionnel.

Par bonheur, il s’est déjà trouvé suffisamment de voix pour s’inquiéter des usages, ou plutôt des mésusages, que ce pouvoir ne manquera pas de faire d’une mobilisation de masse qu’il s’empressera de considérer comme un mandat.

Espérons qu’il s’en trouvera également pour recommander à quelques éditorialistes un court séjour en cellule de dégrisement, et pour leur apporter le café salé. Dans la concurrence pour être à la hauteur de l’Histoire, et même – pente aussi fatale que grotesque de l’information en continu – pour être les premiers à « annoncer » l’Histoire, il était logique que tous criassent à l’Histoire et à l’Historique à propos de la manifestation d’hier. S’il est permis d’en rire, on dira que, historique, elle l’a sans doute été sous quelque rapport, au moins pour être la première du genre où le comptage de la police avait une chance d’être supérieur à celui des organisateurs.

Lire l'article de Frédéric Lordon, Charlie à tout prix ?, paru sur son blog La pompe à phynance

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