Musée de l'Europe et de l'Afrique

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mercredi 19 juillet 2017

Demandez le programme ! (3)

L’actuel “répétitisme” grec du régime de la Troïka (élargie), a d’abord et d’emblée concerné les rescapés du salariat... devenu quasi-inexistant et cela sous de différents prismes. Ainsi, près d'un million de travailleurs du secteur privé en Grèce, ne perçoivent plus de salaire, ou sinon, ils sont payés de manière partielle et largement intermittente. Car les “retards” pratiqués de manière désormais généralisée par employeurs ne respectant plus les délais relatifs au versement des salaires peuvent être bien longs, allant de trois à dix-huit mois. Les patrons donc en rajoutent, “crise oblige”, et depuis un moment déjà, une certaine “Justice”... les accompagne à sa manière.

Alors que la majorité des travailleurs du pays sont pris en otage, subissant de fait ce régime particulier du non-paiement de leurs salaires par les employeurs, la Cour Suprême à Athènes, par sa décision (677/2017 du 4 juillet 2017) confirme que “le non-paiement des salaires des employés, même prolongé dans le temps, ne suffit pas à lui seul pour établir la notion du changement défavorable dans les termes de leurs contrats pour les employés, dans la mesure où ce non versement des salaires n’est pas liée à l'intention de l'employeur de forcer l'employé à démissionner, évitant donc de lui verser une indemnité de départ”, (presse grecque, juillet 2017).

L’évolution grecque sous le régime d’exception (devenue la nouvelle règle) de la Troïka (comme des patrons du coin) est depuis 2010 fort saisissante. Ce qui semble être encore réglementaire et admissible ailleurs en Europe, par exemple en France, les mesures notamment relatives à la protection du salarié, tout cela appartient déjà aux yeux des Grecs, à une... autre civilisation:

“En effet, le retard dans le paiement du salaire est considéré comme une faute grave de l’employeur et ce, ‘peu important que ce manquement soit justifié ou non par des raisons légitimes’ (Cour de cassation, chambre sociale, 27 mars 2008). Si le retard dans le paiement est trop important, le salarié pourra obtenir la rupture de son contrat de travail. Cette rupture sera alors qualifiée de licenciement sans cause réelle et sérieuse, donnant ainsi droit au versement d’indemnités. Enfin, le non-paiement des salaires constitue une infraction pénale, passible de l’amende prévue pour les contraventions de la troisième classe. (Article R. 3246-1 du Code du travail)”, Presse électronique spécialisée en France (“Saisir les Prud'hommes”).

Cela dit, comme par exemple à cette distillerie de la région de Trikala (Thessalie), nous pouvons encore rencontrer des employés... régulièrement payés et à l’heure, heureux moments historiques ! Ailleurs, ce n’est pourtant pas le cas et cela jusqu’au paroxysme.

Paroxysme donc, car Athéna âgée de 42 ans, employée aux enseignes Karipidis à Giannitsa (agglomération du nord de la Grèce), vient de se suicider (11 juillet 2017, et la presse grecque a pour une fois très largement évoqué son suicide) . Athéna a même laissé un ultime message, rédigé à l’attention de son frère, avant de s’ouvrir les veines, enfermée dans la salle de bain du domicile familial. Leur père, petit fabriquant, équipementier en métallurgie, s’était suicidé au début de la crise par pendaison, dans les locaux de son entreprise en faillite.

Athéna, ne supportait plus d’être prise en otage (ni payée, ni licenciée). Elle n’était pas rémunérée pour son travail depuis quinze mois. Plus de 170 plaintes ont été déposées par les salariés de l’enseigne, plaintes motivées par le non-paiement des salaires, sans résultat. Cadre... naturel de la dite “crise grecque”. Regard finalement dégagé... mais autrement.

Le cas d’Athéna, devenue définitivement et... pour tout dire (employée) pleinement invisible, demeurera manifestement ignoré des visiteurs du pays. Leur instantané vécu sur place est suffisamment divergent. Ainsi, les terrasses des cafés si fréquentées à Trikala comme ailleurs, feront même parfois douter de l’état létal d’une bonne part de l’économie comme de la société du si beau pays visité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Cadre naturel" sur son blog Greek Crisis

Lire aussi : « La Grèce doit devenir le miroir de l’Europe en matière de législation du travail »

jeudi 6 juillet 2017

Des nouvelles de la radio télévision grecque et des trahisons de Tsipras

Il y a quatre ans, nous écrivions : "Le 11 juin 2013, le valet de l’impérialisme troïkien et néanmoins Premier ministre grec annonçait la fermeture autoritaire de la radio-télévision publique. Quelques heures plus tard, l’antenne était coupée au niveau des émetteurs par la garde noire du régime, aussi appelée Police nationale. Quelques heures plus tard, l’un des seuls correspondant de la presse française en poste à Bruxelles, Jean Quatremer, titrait à bout portant sur le cadavre encore chaud du service public : « Grèce : l’ERT était « l’organisme le plus corrompu et le plus dysfonctionnel de la Grèce »". S'en était suivie une "Conversation avec Jean Quatremer", au-cous de laquelle nous affirmions : "sous la pression populaire et des travailleurs cela peut tout aussi bien changer. La preuve ? Les personnels se sont immédiatement saisis de leur outil de travail pour en faire une télé clandestine qui, si la décision de justice ordonnant la réouverture était appliquée, ce qui n’est évidemment pas le cas, se re-métamorphoserait en véritable radio-télé publique, donc anti-troïkienne, de grande qualité, pas de doute là-dessus !". C'est effectivement ce que firent les personnels, sur Internet. L'arrivée de Syriza au pouvoir était l'espoir que cette télévision née de la lutte, soit institutionnalisée au service des luttes. Panagiotis Grigoriou nous dit aujourd'hui ce qu'il en fut. Les faits rapportés marquent les trahisons de Tsipras dans des domaines où il aurait pu résister, au lieu d'utiliser son élection comme un pied de biche pour se glisser dans le cercle oligarchique qui refusait mordicus de partager le gâteau... politicien sur le dos de la population.. Honte à jamais à ceux, dont le très moustachu Benoît Hamon, qui se sont réunis avec lui à Bruxelles "en quête du «scénario manquant» pour l’Europe" ...

Le Concierge

TsiprasHamon.PNG Rassemlblement moustachu (coll. du Musée de l'Europe)

Sans contenu également et c’est bien dommage, ce monument récemment érigé à la mémoire des employés de la radiotélévision publique ERT, décédés durant les 18 mois de sa fermeture complète, infligée par le funeste gouvernement d’Antonis Samaras, monument érigé devant le bâtiment central de l’ERT dans le quartier athénien d’Agía Paraskeví.

Les trépassés de l’ERT entreront certes de plein droit dans la mémoire des disparus de la dite “crise grecque”, sauf qu’ils ne sont pas les seuls, et que tous les autres, demeurent à l’heure actuelle volontairement oubliés par le funeste gouvernement d’Alexis Tsipras. Pis encore, contrairement aux aspirations (réelles ou pas) du temps de la lutte pour la réouverture de l’ERT, la radiotélévision publique rétablie à la SYRIZA, elle est hélas redevenue ce qu’elle a toujours été. Un lieu d’abord hyper népotiste, servant en exclusivité les intérêts essentiellement privés, du, ou des partis au pouvoir comme de leurs castes. Ensuite, ERT poursuit dans une manière d’aborder les sujets d’actualité sous le seul prisme de la propagande gouvernementale, de surcroît européiste donc pas de changement démocratique non plus. Maigre, très maigre consolation, son Troisième Programme radiophonique, culturel et musical, notre ultime caverne pour certains d’entre nous il faut dire.

C’est ainsi que les autres médias comme tous ceux... qui sont punis et qui ne sont pas de l’ERT, ont forcement ironisé à propos de l’événement. Il a été rappelé à juste titre qu’il y a tant d’autres morts (suicides, maladies, manque de soins, surmortalité liée au stress générée par les dérèglements austéritaires, en réalité dérèglements sociaux, économiques et symboliques imposés), morts ainsi volontairement oubliés par les Syrizistes, car morts gênants, n’appartenant visiblement pas à sa clientèle politique.

Quand le moment du réveil arrivera pour nous, rien ne sera laissé en place. C’est déjà bien naturel car le lien social en Grèce est suffisamment disloqué. Pour la très petite histoire, j’ai été contacté en 2014 par une commission scientifique naissante, syrizocompatible et bénévole ; dont le but aurait été d’étudier le phénomène des suicides en Grèce “sous la crise”, et plus amplement la mortalité qui lui serait liée.

Cette commission, devait entre autres fournir des analyses et des éléments annexes mais fort essentiels, à la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque, dont les travaux avaient été coordonnés comme on sait à l’époque (2015) par Éric Toussaint. L’idée, était aussi que les conclusions des deux Commissions, puissent être conjointement défendables devant l’Assemblée des nations, au sein de l’ONU par exemple, pour ainsi prouver et faire condamner la forme et la pratique criminelles des dites “institutions” (Troïka), finance comprise, cette force du mal a l'apparence d'une bête mécanique parfaite, tout à fait irresponsable.

Il a été aussi question d’ériger un monument bien sobre et digne, devant l’arbre où le retraité pharmacien Dimítris Christoúlas s’est suicidé le 4 avril 2012, acte à caractère ouvertement politique revendiqué de manière bien évidente à travers son ultime lettre:

“Le gouvernement d’occupation de Tsolákoglou a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant 35 ans, (sans aucune contribution de l’État). Mon âge, ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov je n’aurais pas été le deuxième à suivre), je ne trouve plus d’autre solution qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir, prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Sýntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan”. Le général Geórgios Tsolákoglou, signataire de l’armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef de gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les occupants d’alors (30/04/1941-02/12/1942). Son nom en Grèce est synonyme de “collaborateur”.

La suite est presque connue. La Région d’Attique (administrée par la Syriziste Rena Doúrou depuis 2014), et ensuite le “gouvernement” SYRIZA/ANEL, ont tout fait, d’abord pour saboter et saborder l’affaire du monument sous l’arbre de Dimitri (témoignage direct entre autres de Katerina Thanopoúlou, Vice-présidente à la Région Attique entre 2014 et 2016, et démissionnaire de SYRIZA depuis l’été 2015).

La commission pour la vérité sur la dette publique grecque a été dissoute sous l’ordre de la Troïka, et notamment de Bruxelles comme de Berlin, suite à la trahison Tsipras (référendum et victoire du ‘NON’ du 5 juillet 2015), tandis que la commission suicide, n’a en réalité jamais vu le jour officiellement ni d’ailleurs très concrètement.

Aux yeux des Grecs, depuis 2015, Tsipras c’est aussi un Tsolákoglou, aussi peut-être parce nous vivons à une époque de somnambulisme généralisé. Sous cet angle, on comprend mieux ce rejet alors très inaccoutumé de la part des Grecs, sur cette affaire du monument dédié à la mémoire des pauvre morts de l’ERT, sauf que ceux de l’ERT... éternelle et toujours actuelle, feront encore semblant de ne rien comprendre.

Extrait de l'article de Panagiotis Griogoriou paru sous le titre "Des épaves brisées de voyages inachevés" sur son blog GreekCrisis

Les "gens qui ne sont rien" dans le Laboratoire grec : "Cette force du mal détient l'apparence d'une bête mécanique parfaite"

Étranges temps humains, âpres, en même temps étirables à souhait. Yórgos Seféris écrivait il y a déjà un moment dans son journal, que “même les cris des animaux ressemblent à des créatures sorties tout droit du grand silence. Les îles grecques sont comme des idées agréables qui se succèdent” (15 novembre 1939). Sauf que ce silence fondamental nous manque alors cruellement et que les îles grecques, ne sont plus que des idées agréables qui se succèdent.

Petits faits classés divers sous la domination des grands faits pervers, et de nouveau, notre petit monde des temporels s’enfonce dans la tourmente. L’histoire ne se répète pas, la sottise si.

“Moments tragiques. Depuis un an, les moments tragiques se succèdent et se répètent à un point tel, qu'il ne vaut plus la peine de les mentionner. C’est comme perdre son temps avec les choses inutiles. Cette guerre (guerre initiée sous couvert d’une situation de soi-disant temps de paix), est alors caractérisée par ceci: Une force du mal a trouvé moyen d’humilier, de broyer, et d'annihiler, tout un monde. Elle ainsi fait remonter à la surface toute cette piètre matière, intérieure chez les hommes, à savoir, l'égoïsme, la lâcheté, la bassesse, la malveillance, pour nous faire croire qu’il s’agit là... des aptitudes fondamentales des gens qui gouvernent ce monde.”

“Cette force du mal détient l'apparence d'une bête mécanique parfaite, tout à fait irresponsable, parce que l'homme et l'humanité n'interviennent pas dans son système.”

“Et c'est alors la punition. Ceux qui sont punis: une tourbe de faiblesses. Embourbés là-dedans sans même une ramure pour s’y tenir. Bourreaux et punis méritant ainsi leur sort. Ne parlons pas d'eux. Celui qui s’enfonce est alors la victime d'un accident, ou d’une maladie, d'une tuile qui lui tombe sur la tête, ne parlons pas de lui. Et celui qui veut demeurer digne, il se doit... si possible mourir, à la seule manière digne qui restera pour un homme juste. Rien d'autre. ‘The wrong man’. L'homme s’est trouvé par hasard dans un naufrage tragique. Cependant, l'horreur c’est de ne pas pouvoir mourir en compagnie d’un ami. Un malheur de plus. Voilà tout. (...)”

“Nous vivons à une époque de somnambulisme généralisé. La vie, c’est un rêve, disait jadis le doux-rêveur, celui qui se voulait en dehors au monde. La même chose peut se dire aujourd'hui de la part de tous ceux qu’y vivent très concrètement. La vie se compose de personnes qui rêvent. Et les coups acquiescés sont des coups survenus de la substance des rêves inconsistants. Gagnants comme perdants, ils ont de ces gestes stéréotypés, on dirait sans contenu.”

“Quand le moment du réveil arrivera pour nous, rien ne sera laissé en place. C’est si naturel. Sauf que le seul espoir c’est de voir venir ce moment. L'humanité trace de grands cercles composés de toutes les générations passées. Notre destin bien à nous a voulu que nous soyons très précisément sur cet arc, à travers sa trajectoire, en ce moment immergée dans les profondeurs de la nuit.” (Journal de Yórgos Seféris, 10 avril 1939)

Extrait de l'article de Panagiotis Griogoriou paru sous le titre "Des épaves brisées de voyages inachevés" sur son blog GreekCrisis

Gênes 2001 : La Cour européenne des Droits de l'Homme condamne l'Italie pour "torture"

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Seize ans après les faits un arrêt rendu le 22 juin 2017, la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné l'Italie à verser des dommages et intérêts aux victimes des écoles Diaz et Pascoli pour violation de l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme, c'est à dire "torture", lors des opérations punitives menées à l'issue des mobilisations contre le G8 à Gênes en 2001. Le code civil italien ne disposant en effet pas d'implication pénale pour le crime de "torture", les faits avaient été largement déclarés prescrits.

L'arrêt revient largement sur le contexte et les faits.

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Lire l'arrêt (également en pièce jointe)

C'est à l'issue de Gênes, où il fut écrasé, que le mouvement anti-globalisation est devenu altermondialiste, "self-policed" et finalement faux-nez de la mondialisation, coquille vide tendant aujourd'hui à être investi par l'openSociety depuis que la jonction entre les militants professionnels et Occupy Wall Street! s'est opérée.

Pourtant, l'incapacité des "internationalistes" à suivre les procès de Gênes et à manifester la moindre solidarité avec les victimes italiennes expiatoires de Gênes, purgeant de lourdes peines de prison, de même que leur incapacité à soutenir le peuple grec autrement qu'en invoquant "une autre Europe" (dont Varoufakis est désormais le nouveau porte-drapeau) prouvent que l'abandon du cadre national des luttes fait le jeu de ce qu'on prétend (de moins en moins) combattre.

Le constater suffit de nos jours à se faire traiter de "rouge-brun" par la petite-bourgeoisie avide d'accumuler du capital international afin de s'insérer dans la division du travail (parfois au nom du climat) de production de l'idéologie de la globalisation.

Le Concierge

Lire : Il ne s'est (presque) rien passé à Gênes en 2001

mardi 4 juillet 2017

Mediatarte, équivalent de OpenDemocracy ?

C'est le désormais célèbre Philippe Marlière (pigiste à plein temps pour la presse internationale) qui l'affirmait : Médiatarte serait l'équivalent d'OpenDemocracy, un média financé par Georges Soros, spécialiste des révolutions roses à poil dur (voir le documentaire de Manon Loizeau).

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OpenDemocracy is a British-based socially liberal and liberal internationalist political website. Founded in 2000, the owners of openDemocracy claim that through reporting and analysis of social and political issues, they seek to "challenge power and encourage democratic debate" across the world. The website has attracted around 8 million hits a year. The founders of the website have been involved with established medias and political activism with the UK Labour Party. It derives its name from and has been funded by George Soros' Open Society Foundations (source:wikipedia).

On s'étonne dès lors un peu moins de l’engouement de Médiatarte pour Benoît Hamon et de sa campagne contre la FI, officiellement partisane de la sortie de l'OTAN.

Le 4 juillet (un esprit "complotiste" se demanderait si c'est un hasard), Mediatarte participait à la campagne de lancement du Think Tank du dissident chinois dont le "soft power" a le secret tandis que le "hard power" faisait monter une tension moins "soft" en Mer de Chine... ''

mediatarteWangDan.PNG 4 juillet : 3 cibles pour le prix d'une ?''

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Interdiction d'embauche à des postes normaux

Mauvaise surprise pour les touristes qui se promènent en ce moment à Athènes ou sur les îles grecques  : les poubelles s’entassent, résultat d’une grève des travailleurs dans les mairies...

En effet, plus de 10 000 travailleurs, pour la moitié dans le nettoyage, ont soudainement appris, par décision du tribunal, que leur contrat précaire de huit mois, renouvelé fin 2016 exceptionnellement pour un an, n’est pas conforme à la législation instaurée par la troïka en 2011, et que, par conséquent, non seulement ils vont se retrouver automatiquement au chômage mais aussi qu’ils vont être obligés de rembourser les salaires perçus  !

La réponse des travailleurs a été immédiate  : la lutte commence, mais elle est minée notamment par le cadre européen imposé, qui interdit les embauches à des postes de travail normaux et qui prévoit la privatisation de toute la chaîne, hautement lucrative, de la gestion des déchets. En interdisant aux mairies – formellement responsables – de payer ces salaires, on pousse celles-ci en urgence à conclure des contrats avec des sociétés privées. Le gouvernement tente de stopper le mouvement en appelant les salariés à travailler gratuitement, avec des promesses de ne pas réclamer les salaires payés, inventant aussi des contrats renouvelables de deux mois dans une perspective d’embauche très incertaine pour un quart d’entre eux l’année prochaine…

Privatiser, la troïka sait très bien faire  : la dernière réunion de l’Eurogroupe a failli éclater, car la justice grecque s’est mise à examiner le scandaleux bradage de 28 immeubles publics par la troïka en 2011-2013. Ainsi, on a appelé pour examen les «  experts  » de l’époque (les cadres nommés par la troïka pour le bradage avaient, eux, été par précaution «  immunisés  » de toute responsabilité  !). Mais comme ces dits «  experts  » n’étaient pas tous grecs, des ministres, notamment l’espagnol Luis de Guindos, ont menacé de mettre leur veto si leurs compatriotes n’étaient pas exemptés de tout examen judiciaire...

Du coup, la décision de l’Eurogroupe tombe bien  : débloquer les 8,5 milliards d’euros qui arrivent à échéance ce mois-ci, et «  en échange  », obtenir de la part des Grecs la promesse de 113 nouvelles mesures (libéralisation plus poussée des licenciements, ventes aux enchères des appartements de gens pauvres endettés, nouvelles coupes des retraites, limitations du droit de grève, baisse des allocations sociales, etc.), ainsi qu’un projet de contrôle du budget très contraignant... jusqu’à 2060 (projet que même le FMI juge «  irréaliste  » et ridicule).

Quant aux promesses de restructuration de la dette ou d’extension en Grèce du programme «  quantitative easing  » de la Banque centrale européenne – les deux batailles symboliques du marchandage de Syriza – elles ont été superbement ignorées par l’élite européenne. La contribution spécifique de Macron aura été une «  clause de croissance  » pour s’assurer qu’un surplus éventuel additionnel irait bien aux créditeurs, et non à la populace…

(...)

Source : L’Hebdo Anticapitaliste (NPA), via CADTM, paru sous le titre " Grèce : Seule la lutte peut stopper cette descente aux enfers"

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur”

Yanis Varoufakis raconte que Schaüble (ministre des Finances allemand) lui aurait dit : “le véritable objectif c’est Paris, la Troïka veut imposer ses politqiues en France”. Si on accepte cette idée, c’est qu’effectivement l’étape suivante de l’Union Européenne consiste à se porter vers le lien où on trouve la pointe la plus avancée de l’Etat social sur le continent, c’est-à-dire vers nous.

Imposer à la cinquième puissance du monde une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur.

Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone euro et qui viendrait d’Italie.

Extrait d'Interview de Frédéric Farah parue dans Le vent se lève

Lire aussi : Ce qui arrive dans des endroits comme la Grèce n'a rien à voir avec la Grèce , qui constitue la dernière intervention progressiste de Varoufakis avant sa conversion publique à "l'autre Europe" (qu'il avait mise en pratique en refusant toute sortie de l'euro et par son hostilité à l'audit de la dette grecque)

samedi 1 juillet 2017

Meeting moustachu : je ne soutiens pas Hamon pour faire gagner Macron, car je suis un journaliste indépendant (Edwy Plenel)

Plaisir spinoziste de la vérité qui se révèle...

HamonUne.PNG Collections du Musée de l'Europe

Hamonenvoi.PNG Collections du Musée de l'Europe

hamon1.PNG Collections du Musée de l'Europe

Hamon2.PNG Collections du Musée de l'Europe

Hamon3.PNG Collections du Musée de l'Europe

vendredi 30 juin 2017

La colonie se porte bien

Tout ne passe pourtant pas inaperçu, en dépit de la lassitude des âmes grecques. Ces derniers jours, une partie de la presse s’est tout de même sentie obligée de réagir face à l’annonce du montant du salaire annuel (270.000€) dont bénéfice Ourania Aikateriniari, PDG de la “Treuhand-II” “à la grecque”. Agence comme on sait fiduciaire ayant comme mission de brader les biens publics du pays, au profit des néo-colonisateurs appelés parfois “créanciers” (ou assimilés) dans la novlangue dominante (hebdomadaire “To Pontíki” du 29 juin) .

Pour la petite histoire, la PDG... exécutante, a déjà besogné (et certainement appris) auprès de la BNP Paribas, de l’Eurobank, de Deutsche Bank, de DEI (vice-PDG Régie d’Électricité en Grèce, entre 2010 et 2015, qu’elle privatisera d’ailleurs, d’après les prérogatives liées à son nouveau poste), elle a enfin aussi œuvré chez Ernst & Young

(...)

La colonie se porte alors si bien, la dite “Haute Cour de Justice”, dans sa délibération du 29 juin, elle vient d’annuler la procédure pénale visant neuf membres du TAIPED (“Treuhand” - I, structure imposée par les colonisateurs Troïkans en 2011), voilà pour la dernière des nouvelles (quotidien “Kathimeriní” du 30 juin) .

Parmi ces neufs... technocrates, explicitement accusés pour détournements de fonds et pour avoir fait perdre à l’État grec près de 580 millions d’euros suite à la vente de 28 biens immobiliers (publics appartenant à divers ministères), trois, sont les ressortissants des pays de l’Eurocontrol (un Espagnol, un Italien et un Slovène). Ainsi, suite au récent Eurogroupe ; ces pays, dont d’bord l’Espagne, ont menacé de bloquer l’attribution de la tranche (nommée “dose” pour la presse grecque) de près de huit milliards d’euros, destinés à la Grèce... et servant quasi-exclusivement, à réintégrer les caisses des dits créanciers (le remboursement eternel !).

La procédure visant donc ces neuf technocrates à la tête du TAIPED date de juillet 2015, et elle a été initiée et instruite par deux Procureurs luttant contre la corruption, Ioánna Sévi et Angelikí Triantafillou, ayant donné également suite à la plainte déposée par un bon nombre d’avocats inscrits au barreau du Pirée (médias grecs du 20 juillet 2015)

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Grèce... cadre naturel !" sur son blog Greekcrisis

jeudi 29 juin 2017

L'ennemi, ce n'est pas la finance, c'est le code du travail...

Ptus.jpg Illus. Martin Sheen dans la serie US "The West Wing", 1999

Aux dirigeants américains, « je vais leur dire "voilà, la France a changé, elle vous accueille, n’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français, n’ayez plus d’inquiétudes sur l’instabilité fiscale française" », annonce Bruno Le Maire, déroulant le programme de son voyage à New York.

Le ministre français de l’Economie, qui a entamé mercredi une visite au cours de laquelle il rencontrera le gotha de Wall Street, a expliqué vouloir « arracher des décisions aux institutions financières américaines et leur dire "vous êtes les bienvenues en France" ». « La finance, c’est près de 800.000 emplois en France et il y a des possibilités de développement qui se chiffrent en milliers d’emplois pour notre pays. Il faut foncer », a justifié Bruno Le Maire.

« L’ennemi, ce n’est pas la finance »

« Je vais leur dire très simplement qu’à nos yeux, l’ennemi ce n’est pas la finance, l’ennemi c’est le chômage, et nous allons tout faire pour faire revenir de la richesse, des investissements, des emplois en France », a ajouté le ministre en marge de l’inauguration d’une nouvelle boutique de la chaîne de boulangeries française Maison Kayser sur la très chic 5e Avenue, à deux rues de l’Empire State Building.

Vont s’enchaîner des entretiens avec les voix parmi les plus influentes des milieux d’affaires américains, notamment dès mercredi soir un entretien avec Larry Fink, le PDG de BlackRock, fonds présent au capital de nombreux grands groupes américains (McDonald’s, Apple…) et étrangers (BNP Paribas…)

Dîner « attractivité de la France »

Le ministre français prendra également part à un dîner organisé sous le thème « attractivité de la France », avec Kenneth Jacobs, le patron de la banque Lazard, et le financier américain John Paulson, dont le fonds éponyme est au capital de différentes entreprises.

John Paulson fait partie d’une catégorie d’investisseurs baptisés « activistes », dont l’émergence et la montée en puissance ces dernières années ont bousculé les traditions dans les conseils d’administration et fait de la rémunération des actionnaires la priorité des entreprises. Dan Loeb, un de ces « activistes », vient d’entrer au capital de Nestlé à qui il a demandé dimanche de céder sa participation dans le géant des cosmétiques français L’Oréal.

Paris veut accueillir les grandes banques qui fuient le Brexit

Jeudi, Bruno Le Maire doit rencontrer tour à tour des dirigeants de trois des six grandes banques américaines (JPMorgan, Morgan Stanley et Citigroup), dont Jamie Dimon. Un rendez-vous est également prévu avec Henry Kravis, le co-patron du puissant fonds d’investissement KKR.

Le Brexit devrait être au centre de ces quatre rendez-vous, car Paris voudrait devenir un grand centre financier en récupérant les activités que les grandes banques doivent déménager de Londres vers le continent dans le cadre du divorce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

La France espère que l’élection d’Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires ayant promis des réformes structurelles dont celle du travail, est un argument de poids pour l’emporter face à Francfort, Luxembourg et Dublin. Paris accuse du retard, certaines banques ayant déjà opté pour d’autres villes. JPMorgan Chase, qui emploie 16.000 personnes au Royaume-Uni et prévoit d’en transférer 4.000 vers l’UE, a choisi Dublin, Francfort et Luxembourg.

Paru dans 20mn, le 29/06/2017 sous le titre Bruno Le Maire à Wall Street: «N'ayez plus d'inquiétudes sur le droit du travail français»

Mediatarte : l'éternel retour de l'interclassisme moustachu (sans les classes populaires !)...

Résumé : après avoir perdu ses abonnés "populaires", Mediatarte tente de fidéliser ses CSP++...

mediatarteHamon.PNG

Extrait :

"Aujourd’hui, il y a un électorat populaire qui se retrouve dans le choix de radicalité de Mélenchon, et un électorat plus bourgeois qui se retrouve dans la modernité de Macron. À nous de retrouver une forme de synthèse, de projet commun interclassiste, entre catégories populaires et classes moyennes, favorisées et défavorisée..."

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Après sa campagne électorale totalement neuneue, l'Organe Central du Cercle des Socialistes Disparus récidive... Perseverare diabolicum ! (Le Concierge)

Cerise sur la tarte, les idéalistes académiques protégés de l'ubérisation et de l'offensive capitaliste sur nos vies grâce au présent d'un traitement à vie "non fantasmé" montent en chaire Médiatarte en fumant la moquette pour sermonner la population au nom des "alternatives" (moustachues) à l’État social, faisant du "passé fantasmé" table-rase (mais sans renoncer à son statut de fonctionnaire !)... En marche, cédons la proie pour l'ombre !

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Extrait :

Et des reformulations sont à opérer : il ne s’agit plus seulement de se détacher (des dominations), mais aussi de s’attacher autrement aux mondes naturels menacés. Il faudrait également tenir compte du poids impersonnel des dominations sur nos vies quotidiennes davantage que des têtes largement interchangeables à faire tomber, se réinsérer dans l’horizon internationaliste d’un autre monde possible et, surtout, prendre comme points de départ les initiatives citoyennes, les mouvements sociaux et les expériences alternatives en convergence, dans le souci du contrôle d’une verticalité limitée par des liaisons horizontales.

(Philippe Corcuff, "Ma vie de prof d'alternatives horizontalo-verticales à l'IEP de Lyon")

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Tu l'as dit Marlière ! (Hi ! University College of London, I have some names to suggest, if you finally realize how your fellow, Philippe Marliere, is high risk for your ranking !)

Bonus

Le drame du chômage...

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Lire aussi :

Encore des réponses de Députés ayant signé une motion de censure de gauche et refusé de voter une motion de censure de droite

mardi 27 juin 2017

En marche vers le « rassemblement » moustachu ?

A quai pour une escale technique en bord de Seine (ravitaillement en chantilly premier prix) le 15 mai 2017, la frégate lance-entonnoirs Guy Hocquenghem en profitait pour faire une incursion dans le XVIIIème arrondissement où se tenait une croquignolesque réunion électorale autour de la candidature « unitaire » de Caroline De Haas aux législatives. L'ancienne porte-parole de Benoît Hamon, propulsée sur la scène médiatique par le mouvement spontex « Osez le féminisme », fondatrice d'une start-up de conseil (qui avait obtenu un contrat de rééducation des ministres du gouvernement Hollande, ce qui ne les empêcha guère de confondre la gendarmerie avec le viagra pendant la durée de leur règne) avait habilement accolé son nom à une pétition contre la « loi travail » décuplant ainsi la force de vente de ses différends produits (c'est à dire essentiellement elle-même) et bénéficié du soutien indéfectible du Roi du télé-achat patron de Médiatarte, la soutenant télévisuellement et systématiquement en Une du « club », dans le cadre de son projet de « primaire de toutes les gauches » puis de son « AG citoyenne » sensée « pirater la présidentielle » qui fit si misérablement « flop » qu'elle abandonna ses partisans en rase campagne pour devenir directrice de campagne de Cécile Duflot (avec les résultats que l'on connaît). Dans le cadre du « Programme de recherche sur les nouveaux Ready-Made médiatiques » du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein, l'opportunité d'un « in situ participatif » s'annonçait potentiellement réjouissante.

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L'échec n'est pas une option

L'impétrante venait en effet de s'auto-parachuter dans la 18ème circonscription de Paris aux cris d' « unité » en se posant en rivale du candidat déjà investi par la « France Insoumise », sommé de se démettre séance tenante au nom du « rassemblement », dans un texte opportunément mis en Une par Médiatarte : « l'échec n'est pas une option » (sic!). L'histoire revenait comme une farce, quand on se souvient de la campagne totalement neuneue de Médiatarte appelant au désistement de Merluchon en faveur d'Hamon, dont Caroline De Haas est l'ancienne porte-parole, et qui devait la soutenir dans cette nouvelle opération de piraterie politique aux petits pieds. Un Benoît Hamon qui s'était d'ailleurs refusé à voter la motion de censure « de droite » contre la loi travail, assurant du coup pleinement la responsabilité de son adoption (les travailleurs au nom desquels tout le monde parle auront apprécié le charme discret des politiciens petits-bourgeois mettant leurs intérêts devant ceux de leurs mandants !) mais aussi le refus du « rassemblement » dans la majorité alternative qui aurait bien été obligée de se constituer à quelques mois des présidentielles, ce qui rétrospectivement aurait pu contrarier l'OPA Macron sur le champ politique planifiée en haut-lieu (mais le rôle d'idiot utile, dans le meilleur des cas, de Benoît Hamon est une constante, par ailleurs obnubilé par le « rassemblement » avec un parti qui n'existe que comme supplétif du PS, on veut parler d'EELV.) Rappelons que dans cette circonstance, une deuxième pétition Caroline de Haas se contenta d'appeler à une « motion de censure citoyenne », totalement neuneue.

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Dans un local de campagne minuscule mais manquant de chaises, celles-ci ayant été « louées » en nombre insuffisant (ce qui en disait déjà long sur la capacité de mobilisation des ressources locales), Caroline De Haas relata sa dernière distribution de tracts, une blague au quatrième degré concernant la réduction du code du travail à un quatre pages. Malheureusement, « beaucoup de gens (qui ne maîtrisent pas les codes de l'art contemporain - NDE) ont cru que j'étais pour le nouveau code du travail... C'est embêtant » (pour le moins !), avant de comparer la situation à celle d'un jeu vidéo célèbre où il faut gérer une population représentée par des thermomètres (assurer les besoins vitaux pour garder le mercure dans la zone verte). Mais l'heure était grave : Merluchon voulait la majorité absolue pour lui tout seul. Évoquant la perspective plus crédible d'une chambre bleu horizon et d'une défaite, y compris donc dans l'arrondissement pour cause de « rassemblement » (moustachu), on en fit sauter plus d'un et d'une sur sa chaise (pour ceux et celles qui en avaient), comme si face à la fausse monnaie des rêves citoyennistes, le réalisme politique le plus élémentaire n'avait pas cours... Vint le scoop de la soirée, qui méritait le déplacement. Le Président des amis de Mediatarte, dont on apprendrait qu'il était aussi celui du Comité de soutien à cette candidature pris la parole :« Je suis porteur d'un message d'Edwy Plenel qui vous propose de venir soutenir votre candidature par le biais d'une conférence, éventuellement portant sur sa conception du rassemblement et de l'unité » (moustachus). Lui-même moustachu, il révéla la cause cardinale de cet engagement : cette candidature était « féministe ». Le féminisme moustachu était né.

michelBroue.PNG Naissance du féminisme moustachu : Michel Broué, Pt des Amis de Médiatarte (coll. du Laboratoire de Neuneulogie). Cliquer sur l'image pour voir l'archive kitchissime. Lire aussi : de qui le rassemblement de toute la gauche sans sectarisme est-il l'Hamon ?

S'en suivit un passionnant brain-storming sur les axes stratégiques de la campagne. Un intervenant proposa une campagne radicalement anti-FN. Quand on lui fit remarquer que le FN avait fait 5% dans l'arrondissement et qu'on venait de se prendre une campagne de propagande en faveur du vote utile de barrage (éventuellement dès le premier tour) qui avait fait le lit de Macro III le Petit, l'intéressé éructa : « Comment ça, il n'y a pas de danger FN ! PAS DE DANGER FN ! », tentant de transformer son interlocuteur en « rouge-brun », selon une stratégie de terrorisme intellectuel dont on rappela qu'elle avait été mise en œuvre jusqu'à la nausée par Médiatarte particulièrement contre ses propres lecteurs avec le renfort de pseudo-intellectuels papillonnant entre le PS et le NPA, comme Philippe Corcuff (tentant un come-bac-10) et Philippe Marlière (politiste de presse) , ce qui eut le don de faire sortir de ses gonds le petit télégraphiste Président des amis de Médiatarte, qu'on aurait presque eu peur de croiser dans un coin sombre de l'arrondissement sans être équipé d'un peigne à moustache.

Le suppléant de la candidate, qui lui résidait dans l'arrondissement, argua que le FN avait fait plus dans quelques cités populaires, et qu'il faudrait peut-être travailler avec les associations « truc-muche et machin-bidule » (verbatim).

La conclusion de la soirée nous revint presque, ce qui ne risque pas de se reproduire : « On ne saurait parler de candidature unitaire, si les mots ont un sens, dès lors qu'il est acquis qu'il y aura un autre candidat. Comme il est évident que cette candidature ne peut aboutir qu'à une chose, la défaite de la gauche dans l'arrondissement, la seule question qui se pose est la suivante : que sert-elle ; et le seule réponse qui s'impose est : ''à faire le marketing de la marque Caroline De Haas en essayant de reproduire, face à Myriam El-Khomri candidate dans l'arrondissement, le coup réussi en associant son nom à la lutte contre la loi travail. Ce qui est un moyen de plus en plus répandu de faire échouer les luttes en s'en servant de simple support marketing ».

À cette tarte à la crème à guidage sociologique répondit, en abyme, une instrumentalisation marketing du féminisme, fond de commerce initial de la start-up en phase de diversification : « C'est ce qu'on dit dès qu'une femme a de l'ambition »...

Plenel : "Je ne suis pas venu soutenir Caroline De Haas car je suis un journaliste indépendant"

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La semaine suivante eut lieu la conférence du Roi du Télé-achat, principal investisseur médiatique dans la start-up citoyenne sensée incarner le « nouveau monde », c'est à dire (secret de polichinelle) en finir avec la lutte des classes. Dans une vidéo croquignolesque, vite retirée d'internet mais archivée par le Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein, celui-ci assura qu'il répondait à l'invitation de Caroline de Haas (le lecteur sait ce qu'il en était), mais n'était pas venu soutenir sa candidature, ce dont atteste en effet la capture d'écran ci-desous. Avant de la féliciter d'avoir alerté sur la loi travail avant tout le monde, et particulièrement les organisations (syndicales), ce qui avait l'air pour lui d'une extrême importance, en lutte depuis toujours contre les archaïsmes des corps intermédiaires, versus la modernité du citoyen libre et non faussé. Il en profita pour vanter le modèle « écologique » de son journal, puisque numérique, celui-ci préservait les arbres. Avant de se lancer dans une entreprise de révisionnisme et de prétendre avoir quitté Le Monde avec d'autres fondateurs de Médiatarte en résistance contre les pouvoirs de l'argent. C'est pourtant bien lui qui avait livré à ces pouvoirs Le Monde de Beuve-Méry, avec ses compères Minc et Colombani, alors fasciné par les fusions-acquisitions comme il est aujourd'hui fasciné par les start-ups. Il faut d'ailleurs remarquer que recevant le futur Jupiter pour lequel son journal faisait voter en traitant inlassablement de « rouges-bruns » et de « post-fascistes » (avant de leur interdire tout simplement de s'exprimer) tous ses lecteurs non-favorables au plébiscite néo-libéral pour avoir lutté contre la loi travail à la différence de ceux qui surfaient sur cette lutte (dont beaucoup parmi les premiers avaient semble-t-il largement contribué à financer son entreprise et assuré son succès), le Roi du télé-achat se présenta complaisamment en avant-garde de la nouvelle économie à la grande satisfaction du Roi que les pigeons s'étaient donné (auteur d'un livre nommé "Révolution", rappelons-le...) :

« Vous aviez commencé un petit-peu votre campagne à Médiapart (...) et d'ailleurs une semaine après, ça vous a musclé, vous avez décidé d'annoncer officiellement votre candidature (...) Au fond c'est une campagne du XXIème siècle, vous avez commencé votre campagne dans un journal totalement numérique, totalement participatif, nous sommes en direct sur Mediapart, mais sur youtube, sur dailymotion, sur facebook et un peu partout sans frontières dans le monde. Et au fond à l'image de cette révolution numérique, c'est aussi une révolution démocratique ».

Il oubliait certes au passage les journaux du XXème siècle également faiseurs de rois, tombés aux mains de huit milliardaires (dont le sien, Le Monde, et en grande partie grâce à lui) dont la contribution fut loin d'être négligeable au triomphe du fossoyeur du programme du CNR. A vrai dire, Mediatarte avait dû se surpasser pour être "compétitif", appliquant de bout en bout la martingale des ingénieurs électoraux : Mediapart live complaisant avec Macron une semaine avant sa déclaration de candidature, élimination de Fillon, soutien à la candidature Hamon et Mélenchon basching (ce qui n'est pas négligeable rapporté aux 600 000 voix ayant manqué au second tour) sur fond de "Sissi, bête immonde aux portes du pouvoir", appel à voter Macron au 2nd tour, désinformation massive sur le risque imminent de la victoire de Marine Le Pen, invitation de Macron 36 heures avant le second tour pour le relève de la garde sur une barricade imaginaire...

La révolution numérique est démocratique

En 1998, dans un rapports de la Table ronde des industriels européens, grand architecte des traités européens, intitulé : « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation », on lisait le portrait d’une économie en pleine ébullition, offrant « un flot incessant de produits et de services toujours plus récents, plus performants ou moins chers qui, constamment, rendent les produits plus anciens, moins performants, voire obsolètes – de même que les emplois qui y sont liés. » L’adaptation à ce processus de « destruction créative » devait se faire à tous les niveaux de la société : chez les gouvernements, les entreprises quelle que soit leur taille et les particuliers, car, « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois. »

Auditionné au Sénat en 2016, l'actuel dirigeant de ce lobby confiait : le numérique, c'est la mondialisation, mais il ne faut pas que les gens fassent le lien, sinon on risque des mouvements contre le numérique, comme on en a connu contre la mondialisation...

detriantifa.PNG Le kitsch historique coolesquement numérique des Détricoteuses (ici, Vu sur Médiatarte !, un nouveau concept d'"historiennes", la ""réflexologie anti-fasciste trans-historique", à ne pas confondre avec le pavlovisme moustachu!) / Collections du Laboratoire de Neuneulogie.

L'engagement résolu en faveur de la nouvelle fabrique du consentement (à la destruction du « vieux monde » et à la destruction créative permanente des emplois, c'est à dire à l'obsolescence programmée des vies qui y sont liées, les uberisés étant déconnectables à loisir) du journal « totalement numérique et totalement participatif », tentant de projeter ses hologrammes et ses applis de prêt-à-penser variant avec la mode médiatique (comme les « Détricoteuses » et leur "comparatisme historique" sauvagement neuneu - confusionniste ?) dans tous les champs, est... en marche !

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Et on ne peut s'empêcher de poser la question : de même que les ouvriers ont été délégitimés culturellement au moment même de la désindustrialisation, comme pour tuer son chien on dit qu'il a la rage, l'accusation de "fascisme", de "populisme" et de confusionnisme par Mediatarte et ses compagnons académiques de la Marjolaine (Corcuff et Marlière) d'une part importante de ses lecteurs "insoumis", ou non, ne vise-t-elle pas inconsciemment, les prochaines charrettes de "destruction créative" d'emplois au paradis des start-ups, notamment dans les services publics, sous l'égide du Sabreur qu'ils ont contribué à nous donner ?

C'est en tout cas ce que pourrait suggérer la convergence objective entre le catéchisme de Médiatarte et cette forte pensée du patron de l'ERT, toujours lors de son audition au Sénat : " L'éducation est fondamentale. En effet, si l'on veut essayer d'acclimater cette révolution technologique très forte, les secousses du capitalisme, la crise des classes moyenne, la lutte contre le populisme, l'éducation est un point de passage obligé."

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En attendant, tout en colportant l'idéologie du moment, Caroline De Haas et Médiatarte auront offert, avec une belle "unité", un deuxième tour à Myriam El Khomri que tous deux prétendirent combattre, et appelé à voter pour le principal ennemi du Code du travail...

Et depuis, les lecteurs contestataires qui ne se sont pas désabonnés ont vu la suspension de leurs "droits participatifs"... Au nom de la démocratie ! Qui comme chacun sait est un cercle (de la Raison) où la tenue correcte est exigée. Cerise sur la tarte, l'agent Smith de Mediatarte est un expatrié à Mumbaï (qu'il appelle Bombay), ce qui renforce la probabilité qu'installé dans la Silicon Valley indienne, celui-ci soit un fervent macroniste, bien disposé à mettre en œuvre le programme énoncé devant la pyramide du Louvre: "Rien ne nous arrêtera, même pas l'ironie"...

Bonus

Quand un membre de la rédaction de Médiatarte invente des fascistes...

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Heureusement, Médiatarte est en voie d'être débarrassé de tous ces sans-culottes au profit d'un public rationnel de qualité CSP++ solvable et friand de télé-achat, comme semble en attester ce consommateur idéal, dépourvu de tout symptome d'animalité...

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mercredi 21 juin 2017

"La destruction de l’UE s’impose ainsi comme l’une des tâches les plus urgentes, les plus radicales, mais aussi les plus compliquées du combat pour l’émancipation de notre temps"

Ce que montre le cas de la Grèce, c’est que le régime d’exception mis en place à l’occasion de la crise de surendettement a instauré une nouvelle ligne de fracture, à l’intérieur même de cette aire qui, juste avant la crise, faisait partie de l’ensemble relativement homogène des pays de l’Europe de l’ouest. La violence avec laquelle cette frontière interne, latente lors de la phase intérieure, pendant laquelle la croissance économique a servi à masquer les disparités croissantes, surgit lors de la crise renvoie toutefois à un phénomène qui excède la simple dimension économique.

Frontière interne et frontière externe ont de fait convergé dans un régime néocolonial chargé de gérer aussi bien la thérapie néolibérale de choc infligée à un pays à la dérive qu’un flux de population migrante mettant à l’épreuve le régime de frontière de la « forteresse Europe ». Le « point de vue de la Grèce » permet ainsi de capter dans toute son acuité la vérité de l’« Etat sécuritaire » qui émerge de l’intérieur de l’UE en tant que celle-ci réalise la constitutionnalisation des politiques néolibérales à travers un dispositif soustrait à toute forme de contrôle démocratique. La prolifération à tous les niveaux d’instances échappant aux règles des institutions représentatives, auxquelles sont confiées un nombre grandissant de fonctions étatiques, l’interpénétration de plus en plus étroite entre les sommets bureaucratiques des Etats nationaux, mais, davantage encore, ceux de l’UE et les intérêts des grands groupes capitalistes et financiers[, ainsi que le recours croissant à des méthodes répressives constituent deux aspects majeurs de cette forme politique, version radicalisée de l’« étatisme autoritaire » dont Nicos Poulantzas avait diagnostiqué la montée dès la fin des années 1970.

Les méridionaux de la périphérie interne, européens de seconde zone et Blancs déjà imprégnés d’Orient, sont ainsi appelés non seulement à consentir de vivre sous un régime de dépossession indéfinie de leur souveraineté politique et économique mais, de surcroît, de bien vouloir continuer à jouer les garde-chiourmes de la forteresse pour épargner aux pays du centre le désagréable spectacle de hordes de nécessiteux et de persécutés venant s’échouer sur des rivages de Lampedusa ou de Lesbos.

Si l’on resserre la focale au cas de la Grèce, le constat de son succès s’impose, même si, à moyen terme, son maintien est loin d’être assuré. Ce régime a néanmoins réussi à s’institutionnaliser et à se stabiliser, donc à engendrer une forme de « normalité », ce qui est un succès d’autant plus remarquable que la faillite des politiques économiques mises en œuvre est patente. La clé de ce succès réside dans la capacité dont il a su faire preuve à passer le test de l’arrivée au pouvoir d’une force politique qui se présentait à l’origine comme un adversaire, et qui, par un processus alliant coercition (économique) et persuasion en est devenue un serviteur efficace. Cette expérience, unique dans sa radicalité, de transformisme politique exerce un effet dévastateur et durable sur les capacités de résistance des classes subalternes et obère, pour une période au moins, la possibilité de formation d’une contre-hégémonie des subalternes.

Le deuxième succès de ce régime réside dans le fait qu’il a pu faire remplir son rôle de laboratoire des politiques néolibérales radicalisées dont l’aire d’application, sous des formes certes différenciées, n’est nullement restreinte à la Grèce ou même aux pays de la périphérie de l’UE. En ce sens, il est clair que, pour prendre cet exemple, la politique de « réformes structurelles » exigées par les instances bruxelloises à la France, au premier rang desquelles figure la liquidation du code du travail, est dans le droit fil de ce que les mémorandums ont mis en place dans le sud Européen. A entendre le programme du candidat Fillon par exemple, dont Macron a présenté une version édulcorée en matière économique et sociale, une oreille grecque distingue sans peine la familière musique des Mémorandums, et même une bonne partie des paroles. A une différence près toutefois, qui est de taille : il manque la Troïka au sens strict. Bien sûr, les pactes européens, celui dit « de stabilité et de gouvernance », celui pour l’euro (dit « Euro plus »), ainsi qu’un ensemble de règlementations (Six Pack et Two Pack) ont resserré davantage encore le corset néolibéral et ce pour l’ensemble des pays. Les marges de manœuvre ne sont toutefois, à l’évidence, pas du même ordre selon qu’on se trouve à Athènes, à Paris ou à Amsterdam.

Pour le dire autrement, le régime néocolonial ne peut se généraliser, ni, a fortiori, être transposé en tant que tel dans un pays du « centre » européen. Il reste le signe distinctif du statut de « périphérie interne », dont le « centre » a toutefois besoin s’il veut maintenir ce qui reste de crédibilité à un projet d’« intégration européenne » déjà considérablement malmené par le rejet venant d’en bas, dont le Brexit est l’un des symptômes les plus éloquents. Par ailleurs, ce régime remplit une fonction idéologique de disciplinarisation fort utile pour les classes dominantes. La façon dont la Grèce turbulente a été matée, et dont ses dirigeants supposés rebelles sont devenus de dociles – bien que très peu fiables – serviteurs de l’ordre néocolonial en fait un cas d’école. Si l’on ne veut pas connaître les déboires des Grecs, mieux vaut se tenir à carreau et obéir aux injonctions bruxelloises, qui finiront de toute façon par s’imposer comme l’illustre de façon éclatante la gloire fanée d’Alexis Tsipras.

Là réside sans doute le cœur de la question. Car c’est bien entendu par ce qu’elle a révélé de l’impuissance et des illusions de la gauche dite « radicale » que l’expérience grecque nous intéresse au premier chef. C’est par son incapacité à comprendre les mécanismes extrêmement puissants qui ont façonné ce nouvel espace hiérarchisé, polarisé, radicalement soustrait à toute possibilité de contrôle populaire, que les forces de la gauche qui ont essayé d’impulser des ruptures, même partielles, avec ce régime ont lamentablement échoué. Cette absence de compréhension ne relève toutefois pas d’une simple bévue intellectuelle. Son fondement est politique, il renvoie au refus d’un véritable affrontement avec les forces dominantes, lui-même dérivé de l’intériorisation par la gauche de sa défaite historique. L’aveuglement européiste a joué à cet égard un rôle capital : le ralliement au discours dominant, qui présente l’adhésion au projet de l’UE comme preuve d’« internationalisme » et de défense de « valeurs d’ouverture », a interdit de penser la nécessité de ce que l’on appelle un « plan B », qui comportait la sortie de la zone euro, comme outil indispensable pour résister au chantage de la Troïka.

Telle est donc la leçon amère de la Grèce pour les forces de la transformation sociale et de la lutte anticapitaliste. Si l’on n’est pas disposé à aller jusqu’au bout dans une logique de confrontation et de rupture avec la cage de fer qui s’appelle Union Européenne, on est fatalement conduit vers la capitulation. La vaine recherche d’une troisième possibilité n’a fait que préparer la voie à cette débâcle aux conséquences écrasantes, pour le peuple grec bien sûr mais aussi pour les peuples européens. Aucune réflexion stratégique ne peut sérieusement débuter si d’emblée n’est pas posée la nécessité d’une confrontation avec la structure institutionnelle de l’UE, expression concentrée de la violence des politiques néolibérales et impériales qui condamnent à une vie précaire déshumanisée, quand ce n’est pas à la mort pure et simple, des populations entières.

La destruction de l’UE s’impose ainsi comme l’une des tâches les plus urgentes, les plus radicales, mais aussi les plus compliquées du combat pour l’émancipation de notre temps.

Lire l'article de Stathis Kouvélakis paru sous le titre "La Grèce, la frontière, l’Europe" dans Contre-Temps

dimanche 11 juin 2017

La lutte pour la généralisation du salaire à vie est la seule réponse à la contre-révolution Rocard-Macron

Sans négliger la question du pouvoir d’achat que le remplacement de la cotisation par la CSG modifie à la marge à la hausse ou à la baisse, l’enjeu est ailleurs : Macron assume, plus délibérément encore que Jospin, la contre-révolution rocardienne. Qu’est-ce à dire ? Il faut revenir à la création de la CSG en 1990. Elle est inséparable des autres mesures du gouvernement Rocard : le RMI, le contrat emploi-solidarité (CES), la loi Évin sur le marché de l‘assurance maladie complémentaire, le Livre blanc sur les retraites. Il s’agit d’en finir avec la dynamique du salaire à la qualification et du régime général de sécurité sociale, deux débuts de généralisation du salaire à vie parce que lié à la personne, et de les remplacer par les deux « piliers de ressources » préconisés par l’Union européenne.

La CSG, le RMI et le CES relèvent du « premier pilier », dit « non contributif » et financé par un impôt de solidarité. La CSG est créée contre le salaire pour les parents, tel que l’avait créé la loi Croizat d’août 1946 sur les allocations familiales : les parents n’ont pas droit au salaire, mais à de la solidarité. Même chose pour le RMI, qui entérine le désastreux accord Unédic de 1984 qui a multiplié les chômeurs non indemnisés en renforçant le lien entre durée de cotisation et durée de prestations : les chômeurs « en fin de droit » (imaginez des malades ou des retraités en fin de droit…) n’ont pas droit au salaire, mais à une allocation de solidarité spécifique ou à un revenu minimum. Même chose pour le CES et les emplois aidés : c’est à la solidarité (pas aux employeurs) de payer des jeunes non reconnus à leur qualification et que depuis 1977 les « mesures jeunes » condamnent au travail gratuit ou payé (le plus souvent par l’impôt) sans aucune référence à la qualification. Dans la foulée de Rocard, les gouvernements successifs vont renforcer ce premier pilier de ressources, à la fois négateur du droit au salaire et fiscalisé :

– Le smic remplace systématiquement le salaire à la qualification pour les premières embauches et de nombreuses carrières ; il est largement fiscalisé avec le RSA-activité et surtout les exonérations Aubry-Fillon de cotisations patronales.

– L’assurance vieillesse et l’assurance maladie sont fiscalisées par la CSG, pour le « fonds de solidarité vieillesse » (FSV) et pour le panier de soins de base.

Le projet de généraliser une indemnisation forfaitaire du chômage sans doute financée par la CSG (avec suppression dans un premier temps de la cotisation salarié) et gérée par l’État s’inscrit dans la même logique de premier pilier et ressemble fort au revenu de base universel que la classe dirigeante vante comme cerise sur le gâteau de la négation du droit au salaire pour les 800 ou 1 000 premiers euros de ressources.

Ce premier pilier est inséparable du second, fait des droits très contributifs et qui trouve ses premières expressions dans la loi Évin de 1989 et le Livre blanc des retraites de 1991. Le modèle est le compte individuel de cotisations-retraite dans l’Arrco-Agirc : le « j’ai cotisé, j’ai droit » s’impose dans la réforme des pensions qui les calcule sur les 25 et non les 10 meilleures années et allonge la durée de la carrière complète. Le projet Macron d’unifier le régime de retraite poursuit cette entreprise : il supprimera le régime général et ne fera reposer les pensions que sur des comptes individuels (sauf un plancher de sécurité financé par la CSG du FSV).

Le panier de soins fiscalisé est complété par des mutuelles ou institutions paritaires qui, depuis l’obligation de tels régimes dans l’ANI de 2013, ont vocation à assurer à l’avenir l’essentiel des prestations de santé, toujours sur la base du « j’ai cotisé, j’ai droit » (il y a aujourd’hui 80 taux de cotisations et quatre menus à la Mutuelle générale de l’Éducation nationale, pour prendre ce seul exemple).

Quant à l’indemnisation du chômage au-delà du forfait de base fiscalisé, elle sera considérablement rendue plus contributive (aujourd’hui déjà le nombre de jours prestés dépend du nombre de jours cotisés) avec sanction des refus d’emploi. Le droit à la formation, déjà lui aussi quantifié dans un compte individuel étroitement lié aux performances du travailleur, se jouera sur un marché des organismes de formation dont la normalisation prévue va accélérer la concentration dans des entreprises à but lucratif.

Les ressources assurées jusqu’ici par le salaire direct à la qualification seront assurées par des alternances de contrats de projet ou de mission et de travail indépendant, comme c’est déjà largement le fait de branches comme le BTP, une situation que Macron entend généraliser à tout l’appareil productif, services publics compris avec mise en cause du salaire à vie des fonctionnaires, remplacé par des contrats de cinq ou six ans.

Le salaire à la qualification, surtout s’il est attaché à la personne et donc à vie, est une révolution. Sur les 50 millions de plus de 18 ans, 17 à 18 ont déjà un salaire à vie : 5,5 millions de fonctionnaires, la moitié la mieux payée des 15 millions de retraités, les 3 à 4 millions de salariés des entreprises à statut et des branches (comme la métallurgie, la chimie, la banque) où les syndicats ont été en mesure d’imposer un droit à carrière. La lutte pour la généralisation du salaire à la qualification à vie pour tous les plus de 18 ans (par exemple dans une fourchette allant de 1 500 à 6 000 euros nets par mois, avec attribution automatique du premier niveau à 18 ans) est la seule réponse à la contre-révolution Rocard-Macron. Oui, le salaire doit devenir un droit de la personne !

Bernard Friot

Paru sous le titre "CSG : Macron et la CFDT continuent la contre-révolution rocardienne" sur Politis

Réforme fiscale : Autorité Administrative Indépendante sans forme juridique !

En ce vendredi 9 juin, la “majorité” Tsipras, a même introduit certains amendements et modifications grammaticales aux lois... adoptées pourtant il y a à peine dix jours. Modifications bien entendu qui ont été imposées par la Troïka élargie. Il faut surtout y faire croire.

À travers les ondes des radios on évoque donc avec amertume cette ultime (?) ridiculisation du régime parlementaire (90,1 FM zone matinale du 9 juin): “Lorsque la moindre virgule ou tournure de phrase doit désormais être directement dictée par les émissaires de la Troïka, le gouvernement grec atteint désormais les sommets de la bouffonnerie. Et cette ridiculisation, elle tient aussi au fait que les textes ainsi modifiés (autant dictés par la Troïka) avaient été votés seulement dix jours auparavant.”

Alexis Tsipras et les siens, (tout comme les Mitsotakis ou les funestes Pasokiens), incarnent alors jusqu’à la moelle ces petites élites locales fort conciliantes, fabriquées et/ou recrutées pour seconder à l’asservissement de “leur” pays, participant de leur manière à la dernière en date... technologie disciplinaire, imposée notamment par le financierisme globalisant.

(...)

La dite “crise” c’est un changement de régime alors durable. Pratiquement toutes les administrations de l’État grec sont tutélisées par les contrôleurs troïkans, et d’ailleurs, les contribuables grecs remplissent et déposent déjà très officiellement leurs déclarations de revenus auprès cette Autorité (dite) Indépendante des Recettes Publiques (conçue directement et contrôlée par la Troïka et par Bruxelles), et non pas, auprès de l’administration fiscale de leur pays dont le caractère régalien et (supposons démocratiquement contrôlée) vient d’être tout simplement supprimé (loi 4389 - 94/Α/27-5-2016 “gouvernement” SYRIZA).

D’après cette loi, (...) “est instituée l’Autorité Administrative Indépendante sans forme juridique sous le nom l’Autorité Administrative Indépendante (A.A.D.E.) dont la mission consiste à l'évaluation et à la perception des impôts, des douanes et autres organismes publics, des recettes relatives à la portée de ses prérogatives. L'Autorité jouit de son entière indépendance opérationnelle, de son autonomie administrative et financière et elle n’est pas soumise au contrôle, ni à la surveillance des organismes gouvernementaux, des agents ministériels ou d'autres autorités administratives.”

“L'Autorité est soumise à un contrôle parlementaire, tel que défini par les Règles de la Chambre et l'article 4 de la présente loi. (...) Par cette institution de l'Autorité, le Secrétariat Général du ministère des Finances (imposition des revenus, taxes est supprimé” (loi 4389 - 94/Α/27-5-2016) . Notons ici que le prétendu contrôle parlementaire de l’Autorité n’est que fumisterie. D’après l’article 4 de cette même loi, “les membres et le président de l'Autorité peuvent être amenés à s'exprimer devant l'Assemblée pour des éclaircissements, voire de collaborer le cas échéant”. Syntaxe suffisamment vague, tout simplement, pour (presque) dire que l’Autorité n’est pas soumise au contrôle du “Parlement”.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Mémoires du large" sur son blog GreekCrisis

samedi 10 juin 2017

La mort du salaire brut

Macron prépare la plus terrible attaque contre nos salaires de toute l’histoire de notre pays. Du jamais vu.

Il va supprimer le salaire brut.

Les grands médias des 9 milliardaires font mine de nier ou déforment la réalité : comme si seul comptait le salaire net en bas de la feuille de paie.

Mais non, c’est le salaire brut qui compte !

Réexpliquons le à nos concitoyens car le pouvoir cherche à supprimer les feuilles de paie papier et à les « simplifier » pour pas qu’on voit la manœuvre.

Le salaire net c’est pour payer la force de travail.

Le salaire brut c’est pour payer la reproduction de la force de travail.

Le salaire net on vit avec au mois le mois

Le salaire brut on vit avec tout au long de la vie.

Le salaire net vous permet de consommer et de vivre quotidiennement.

Le salaire brut vous permet de faire face à tous les aléas de la vie, quand vous avez besoin de logement, quand vous êtes en charge de famille, quand vous êtes malades, quand vous avez un accident du travail ou une maladie professionnelle, quand vous êtes au chômage, et quand vous êtes en retraite.

Les cotisations ne sont pas des impôts, elles sont obligatoirement pré affectées à ce pourquoi elles sont collectées, elles ne vont pas aux caisses publiques, car les différentes caisses de Sécurité sociale sont de droit privé (et devraient être gérées par les cotisants, les représentants des salariés normalement élus comme cela l’était à l’origine de la « Sécu ». Allez revoir le film « La sociale » de Gilles Perret).

Le salaire brut ce n’est pas une « charge » comme ils le disent, c’est un bonheur.

C’est une partie du salaire mutualisée et redistribuée à chacun selon ses besoins, c’est ce qu’il y a de plus beau dans notre pays.

Le salaire brut vous est redonné en « temps différé » quand vous êtes malades, en « temps indirect » pour le logement, mais aussi en « temps réel » quand vous êtes en retraite (car dans ce cas il va en direct, de ceux qui travaillent à ceux qui sont en retraite, la retraite par répartition n’est pas une épargne !).

C’est le capital, l’actionnaire, l’employeur qui paient votre protection sociale, le salaire brut, chaque mois, en même temps que votre salaire.

Macron a déjà supprimé les cotisations familiales, il a baissé les cotisations parfois jusqu’à 1,6 ou 1,9 fois le smic. Là, il supprime et remplace tout par l’impôt.

C’est nous, par nos impôts, qui paieront dorénavant à la place de notre patron. Un hold up de 470 milliards contre nous ! Un cadeau géant de 470 milliards pour le Medef.

Pour tenter de masquer ça, ils vont augmenter de quelques euros votre salaire net mais baisser de centaines d’euros votre salaire brut.

Ils baissent le haut de la feuille de paie en faisant croire qu’ils augmentent le bas de celle-ci. C’est un coup de bonneteau.

Et c’est pourquoi Macron diffère le prélèvement de l’impôt à la source prévu fin janvier 2018, purement pour manipuler, cacher cette énorme arnaque.

Gérard Filoche

jeudi 8 juin 2017

"Alors voici enfin la pauvre vérité : tout cela est normal"

La dernière fois que je suis revenu d’Athènes, c’était avec une mise en garde. Cette fois, c’est avec une révolte pure, drue, angoissante, dégagée de tout sentimentalisme et de toute illusion sur le cynisme des coupables. S’ils avaient été prêts à reconnaître leur échec, ils auraient déjà d’eux-mêmes abandonné l’exercice du pouvoir. Tout a été dit sur eux, y compris leurs noms. Et voici qu’ils s’apprêtent à se faire remettre toutes les commandes de mon pays, la France, et cela au nom du renouveau — mieux, de la « révolution ».

(...)

La mort des hommes n’a l’air de rien, puisqu’elle fait partie du plan.

Mais ce n’est pas parce qu’ils sont incompétents, corrompus, malveillants ou stupides que nos gouvernants ne nous aident pas à nous sauver de cette chute lente, prudente, dans la bassesse. C’est parce qu’ils ont sincèrement, honnêtement, ignoblement accepté l’idée qu’une grande partie des humains doit par nécessité supporter sans protester les mille morts d’une vie indigne. Les grands riches sont d’ailleurs toujours de profonds pessimistes. Leur cupidité ou leur imbécillité ne sont que des conséquences de ce chagrin philosophique. C’est lui le problème. On consume le monde par préférence, comme de petits bardes regardant brûler Rome en jouant de la lyre.

Les zombies de Grèce ne sont pas des oubliés : ils sont le carburant du monde. Ou plutôt : sa fumée. La terreur de ce destin inimaginable sert de lien social aux Européens modernes. Cette damnation attend chacun de ceux qui ne veulent pas, ou ne savent pas, jouer à la grande belote infantile du salut par l’argent. Hors d’elle, c’est la chute aléatoire dans une trappe, la chasse ouverte, le tir aux pigeons. Qui tombera le premier ? Soi-même ou l’un des fantômes qui peuplent, seuls eux aussi, les coursives de nos immeubles ?

L’idéal des modernes, c’est donc de maintenir l’équilibre entre la misère et son produit, parce que, comprenez-vous, l’homme ne vaut pas mieux et que, voyez-vous ça, leurs adversaires sont tous des irresponsables. Et dire que c’est au nom de ce nihilisme qu’une petite majorité dispersée, divisée et même contradictoire s’occupe de gérer les affaires publiques…

Face à cet univers bien pensé, nul besoin de mise en garde, je m’étais trompé. C’était une diversion et je suis tombé dans le piège. On voulait me faire croire que le projet politique dominant ne militait pas pour cette habitude face à la mort spectaculaire et aléatoire, ou alors si peu. Et je l’ai cru pendant de longues années, au point d’avoir choisi mon métier, mes plaisirs, mes paix intimes en la considérant comme la dernière poche de l’ennemi à réduire. Mais non. Le tri a commencé entre nous.

C’est de refus que je vais faire preuve aujourd’hui, et dorénavant.

Lire Je reviens d’Athènes, par Léonard Vincent.

mardi 6 juin 2017

Mémorandum IV : l'UE assassine

Alors que médias traditionnels et réseaux sociaux se font concurrence pour relayer massivement moult faits divers faisant diversion, commentés, analysés, "détricotés" par de nouveaux intellectuels médiatiques faisant leurs premiers pas dans la société du spectacle, des crimes d'une ampleur inouïe continuent d'être commis en notre nom. La fonction des polémiques sur tout et rien complaisamment relayées par les guignols de l'info, les "historiens" en peau de lapin et autres candidats de "rassemblement autour de bibi" est ainsi établie : couvrir les crimes du présent (parfois même sous les trompettes de la commémoration de ceux du passé.) Le Concierge

oxi-grecemauve.gif

Le Parlement grec a adopté jeudi 18 mai 2017 soir de nouvelles mesures d'austérité, réclamées par les créanciers, UE et FMI. Elles sont censées permettre le versement d'une nouvelle tranche des prêts internationaux au pays, qui espère aussi un allégement de sa dette.

Les principaux articles de la loi comprennent de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts. Ils ont été approuvés par la faible majorité de la coalition gouvernementale, soit 153 députés de la gauche Syriza d'Alexis Tsipras et du petit parti souverainiste Anel, tandis que 128 députés ont voté contre, selon un vice-président du Parlement.

Le gouvernement grec dominé par Syriza espère que l'adoption de ces mesures, quatre jours avant une réunion des ministres des finances de la zone euro à Bruxelles, convaincra les créanciers qu'Athènes peut obtenir une tranche de 7,5 milliards d'euros d'aide et un nouvel allégement de sa dette.

En début de soirée, des milliers de manifestants s'étaient rassemblés aux abords du Parlement avec des banderoles frappées des mots "Non aux plans d'aide! Non à l'austérité!". Selon la police, plus de 10 000 personnes ont manifesté pour protester contre un projet de loi comprenant de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts.

Des échauffourées se sont produites entre les policiers et de petits groupes d'individus cagoulés qui lançaient des cocktails Molotov. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour les disperser. ATS

Pas tous égaux devant l'austérité

Tous les Grecs doivent faire des efforts pour réparer les erreurs du passé. L’antienne est connue: elle ne correspond pourtant aucunement à la réalité. Une étude de l’institut Hans Böckler a démontré que les hausses d’impôts subies par les Grecs entre 2008 et 2013 touchaient très diversement les citoyens. Ainsi, les catégories les plus modestes ont vu leurs prélèvements augmenter de 337% tandis que les riches ne paient que 9% de plus qu’auparavant.

Du côté des revenus, le constat est similaire. Selon les chercheurs, les 10% des Grecs les plus pauvres auraient perdu durant ce laps de temps 86% de leur revenu! Les 30% les plus riches, eux, n’auraient subi qu’une chute de 17% à 20% de leurs entrées. Des chiffres que les derniers plans d’austérité n’ont certainement fait qu’aggraver

Lire l'article du Courrier du 18 mai 2017 "A Athènes, mourir dans le dénuement"

mercredi 17 mai 2017

Le développement durable : une pollution mentale au service de l'industrie

Pour célébrer la nomination du nouveau Ministre de la "transition écologique", Le Musée de l'Europe sort de ses collections cet article datant de 2005.

environnement.gif Rond Point Schuman, Bruxelles, sculpture célébrant l'année de l'environnement. Collections du Musée de l'Europe

Les grands pollueurs ont tout intérêt à ce que le « développement durable » soit avant tout un problème de responsabilisation du consommateur-citoyen, faisant ainsi de la pollution un problème de manque de civisme et de la consommation une solution : la meilleure façon de protéger la nature, c’est encore de consommer… Et le consommateur n’a plus que l’embarras du choix : entre Leclerc et Carrefour, lequel soutenir de son acte d’achat « écologique » et « éthique » ? Quelle enseigne oligopolistique vouée à la consommation de masse, poussant au productivisme, au dumping social et aux délocalisations, jetant sur les routes un flux exponentiel de camions, est la plus engagée sur la voie du « développement durable » ?

Lire la suite...

mercredi 10 mai 2017

Demandez le programme (2)

Au bout de huit années de “crise grecque”, la société en sort transformée, les liens interpersonnels, amoureux, conjugaux, amicaux, professionnels ne sont plus pratiqués de la même façon qu’avant 2010. La gestion même du temps (comme... du temps existentiel restant), devient alors impossible pour le plus grand nombre. Dans un sens, à défaut de calendrier évident, pas d’espoir manifeste, et point d’avenir...

La presse grecque, médias hertziens et électroniques compris, plus cadavérique que jamais, versera en outre chaque jour, son flot d’atrocités de toute sorte: criminalité “ingénieuse”, meurtres en série (dont infanticides et même filicides), sans oublier les nouvelles... renouvelées sans cesse depuis le front des dites reformes structurelles initiées par la Troïka élargie, avec l’aimable participation des “gouvernements grecs”. Conditionnement... consubstantiel comme on sait d’une certaine mécanique sociale.

Et en Grèce, ce conditionnement d’une certaine mécanique sociale, voire d’une mécanique sociale alors certaine, avait été inauguré (pour ce qui est de sa phase actuelle) par la “préparation” de l’opinion devant “l'opportunité positive, incarnée en la personne de Georges Papandréou” (et tous le violons de la presse s’accordèrent), c’était en 2009.

La suite est connue. Georges Papandréou a inauguré l’ère de la métadémocratie mémorandaire en 2010. Depuis, la Constitution est sans cesse violée suivant une série caractérisée par de nombreux Putschs successifs, (pseudo) légalisés par le “Parlement” ou sinon au moyen de la “gouvernance” par décrets (ordonnances). Faire élire sous ces conditions “petit Georges”, comme les Grecs le surnomment le plus souvent, relève alors du Putsch inaugural, s’agissant de cette séquence historique qui est la nôtre, qui plus est, introduite par la bancocratie ambiante.

C’est en ce sens d’ailleurs que les Grecs croient ressentir, et cela avec amertume et tristesse, que l’élection (ou “élection”) d’Emmanuel Macron en France, inaugurerait probablement cette même séquence historique pour les Français, certes toute proportion gardée. Le nouveau régime issu “de la crise” se fait bien long. Cette semaine par exemple... rien qu’en Grèce, la presse publie le texte original du mémorandum-4bis qu’un certain Alexis Tsipras vient de parapher.

Plus de 140 mesures et reformes dites structurelles y figurent, et cela pour une durée... prévue et ainsi étalée sur cinq ans. Et déjà, l’énième diminution du montant des retraites qui figure dans ce texte vient d’être jugée anticonstitutionnelle par la Cour de Justice compétente à Athènes mardi 9 mai, d’après le reportage du jour, par exemple celui du quotidien “Kathimeriní”, et alors ?

Cette liste est publiée le plus souvent dans son “état brut”, c’est-à-dire en anglais, notons-le également. L’ex-Commissaire Européiste (1999-2004) et par la suite ministre de l’Éducation (2009-2012) Anna Diamantopoúlou (PASOK), avait en son... grand temps proposé l’adoption de la langue anglaise à usage officiel en Grèce. On y arrive presque...

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Remembrances" sur son blog Greek Crisis

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