Musée de l'Europe et de l'Afrique

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vendredi 18 janvier 2019

LES GRECS PLUS PAUVRES QUE LES CITOYENS DE L'ANCIEN BLOC DE L'EST...

LES GRECS PLUS PAUVRES QUE LES CITOYENS DE L’ANCIEN BLOC DE L’EST…

L’institut statistique grec ELSTAT vient de sortir une étude qui démontre que le PIB par habitant des Grecs a chuté, ouvrant ainsi un fossé avec le reste des Européens.

Selon les données ELSTAT, il aurait encore chuté à 16 378 EUR en 2016, alors que, sur la base d'Eurostat, le PIB par habitant "a chuté" en 2017, pour atteindre 67% de la moyenne de l'Union européenne.

À son entrée dans la crise, le PIB par habitant de la Grèce s'élevait à 21 845 euros. En 2009, il représentait 94% de la moyenne de l'UE, reflétant les attentes selon lesquelles la population aurait grandi à la fin de la décennie pour que la convergence réelle soit notoire. Quelques années plus tard, les Grecs en termes de pouvoir d’achat se trouvent dans une situation encore pire, même par rapport aux États baltes, ceux de l’ancien bloc de l’Est.

Le plus haut PIB par habitant de 2016 est enregistré en Attique à 22 204 euros (-0,1% par rapport à 2015), mais la comparaison avec les données de 2008 (29 215 euros) est décourageante, mais elle est révélatrice de ce qui est arrivé aux ménages.

On a ainsi par régions:

le sud de la mer Égée avec 17 769 euros (-2,8%),

les îles Ioniennes avec 15 182 euros (+ 0,3%),

Grèce centrale avec 14 727 euros (+ 3%),

Macédoine occidentale avec 14 361 euros (-8,9%),

Crète avec 13 811 euros (-1,8%),

le Péloponnèse avec 13 579 euros (+ 1%),

Macédoine centrale avec 12 880 euros (+ 1,7%),

La Thessalie avec 12 662 euros (+ 1,2%),

l'Egée septentrionale avec 12 266 € (-3,4%),

Grèce occidentale avec 12 058 euros (-0,8%),

Épire avec 11 785 euros (+ 1,5%)

Macédoine de l'Est et Thrace avec 11 432 euros (+ 1,3%).

En conclusion, la différence entre la région la plus riche (Attique) et la plus pauvre (Macédoine-Thrace orientale) est de 6 337 euros.

Tableaux :

https://www.iefimerida.gr/sites/default/files/eisod-1.jpg

https://www.iefimerida.gr/sites/default/files/eisod-2.jpg

Tableau EUROSTAT PIB par habitant :

https://ec.europa.eu/eurostat/tgm/table.do?tab=table&init=1&language=fr&pcode=tec00114&plugin=1

Via Constant Kmakis

jeudi 17 janvier 2019

Dernières nouvelles du féminisme "En Marche !"

crapulax.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

crapulaxUPR.PNG Qui a dit : "Bloc populaire" ? (extrait du générique de la vidéo)

Il y a 9 ans : Crise mondiale et mouvements sociaux (video)

ouaga2.PNG Partie 1 : cliquer sur l'image pour accéder au média

ouaga1.PNG Partie 2 : cliquer sur l'image pour accéder au média

Lire : Crises mondiales et mouvements sociaux

mercredi 16 janvier 2019

Natalie Loiseau ou la prolétarisation du député européen

Joli lapsus que celui commis ce matin par madame Nathalie Loiseau, ministre chargée des affaires européennes. Mais est-ce vraiment un lapsus ? Ou plus simplement dans un moment de franchise madame Loiseau nous a révélé ce qu’elle pense vraiment ? Je vous laisse juges… en tout cas, voilà le propos qu’elle a tenu ce matin même dans « le grand entretien » sur France Inter :

«Nigel Farage est quelqu’un qui s’est fait élire député européen, qui est toujours député européen, qui est salarié par l’Union européenne pour cracher sur l’Union européenne (…) » (c’est moi qui souligne)

Ainsi donc les députés européens sont « salariés » par l’Union européenne. Si Nathalie Loiseau dit vrai, alors c’est extrêmement grave. Car ce qui caractérise le salariat, c’est le lien de subordination qui lie le travailleur à leur employeur. C’est là une jurisprudence constante de la Cour de cassation : « “Ont justifié leur décision (…) les juges qui ont requalifié en relation de travail salarié l’activité de deux artisans, dont il était prétendu qu’ils exécutaient des travaux en sous-traitance pour le compte d’une entreprise du bâtiment, dès lors qu’il résulte de leurs constatations que ces travailleurs (…) exerçaient leur activité dans des conditions de fait caractérisant un lien de subordination juridique permanente à l’égard de cette entreprise ». (Crim., 10 mars 1998, Bull. crim. 1998, n° 95)

Comment se définit cette « subordination » ? Là encore, écoutons les juges : « Le lien de subordination est caractérisé par l’exécution d’un travail sous l’autorité de l’employeur qui a le pouvoir de donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et de sanctionner les manquements de son subordonné » (Cass. soc., 13 novembre 1996, Bull. civ., V, n° 386; pourvoi n°94-13187).

Résumons donc : selon Nathalie Loiseau, les députés européens sont des salariés de l’Union européenne, et à ce titre sont « sous l’autorité d’un employeur qui a le pouvoir de leur donner des ordres et des directives, d’en contrôler l’exécution et d’en sanctionner les manquements ». J’ose espérer qu’avant les élections européennes, le gouvernement éclairera les Français sur le statut des députés qu’ils sont appelés à élire. Il serait dommage que les citoyens aillent aux urnes en pensant élire des législateurs qui ne doivent des comptes qu’à leurs électeurs, alors qu’il s’agit simplement de sélectionner quelques “salariés” de l’Union européenne tenues d’exécuter les instructions reçues sous peine de sanction.

S’agit-il d’un lapsus, d’une simple erreur ? Je ne le pense pas. Et je tire cette conviction de la conclusion que madame Loiseau tire du statut de Nigel Farage. Elle s’indigne en effet qu’étant rémunéré par l’Union européenne ce dernier se permette de la critiquer son en toute opportunité. En d’autres termes, elle estime que cette rémunération donne droit à l’Union d’exiger de monsieur Farage qu’il s’abstienne de critiquer son employeur. Exactement comme un salarié, tenu à une obligation de loyauté envers son patron. Madame Loiseau se place donc bien dans une logique de subordination.

Madame Loiseau devrait réviser son droit constitutionnel. Les députés – qu’ils soient nationaux ou européens d’ailleurs – ne sont pas des « salariés ». Ils reçoivent non pas un « salaire », qui impliquerait un lien de subordination, mais une « indemnité » censée leur permettre d’exercer librement leur mandat en les « tenant indemnes » de toute influence extérieure. Et le choix des mots n’est pas neutre. Il est triste – et cocasse – de devoir rappeler quelque chose d’aussi élémentaire à une ancienne diplomate qui a dirigé quelque temps l’Ecole Nationale d’Administration…

Article publié sous ce titre sur le blog de Descartes

"C’est notre futur et le futur des générations qui nous suivront qui est en jeu"

La cérémonie du Nobel se termina par un banquet où Van Rompuy porta un toast et remercia les organisateurs pour lui avoir fait passer une journée inoubliable.

Promettant une Union européenne de « 100 ans de paix », il conclut : « The Demons of the past have been laid to rest ».

Juste au même moment, on entendit le terrible ricanement de l'Histoire.

Lire Il y a 6 ans "Essayage : le Prix Nobel de la Paix vous va si bien !

Nous arrivons à un tel point grave, à un point de rupture. La parodie SYRIZA s’ajoute à la parodie méta-démocratique pour enfin poignarder le pays prétendument paisible, et ceci jusqu’à l’os, et ceci manifestement de manière irréversible. Sans majorité conforme à la lettre et encore moins à l’esprit de la Constitution après le départ programmé du gouvernement des opportunistes de Kamménos et entre le soir du 15 et celui du 16 janvier, SYRIZA se maintiendrait-il sollicitant la confiance de la Chambre par un vote de confiance, uniquement grâce à ces arrivistes apostats élus de Kamménos, comme autant, grâce aux élus itinérants d’autres partis politiques. Un “Parlement” et une Chambre d’enregistrement de décisions prises partout ailleurs sauf en Grèce, Chambre devenue autant celle de la prostitution politique, des Syrizístes et des autres. La politique, le plus vieux métier du monde.

Les moments sont dramatiques car ensuite, très probablement vers la fin de la semaine ou durant la semaine prochaine, SYRIZA et les itinérants... essaieront de faire passer l’accord Macédonien de Tsípras, ce qui équivaut à offrir à terme du territoire national sans guerre, en tout cas classique, aux voisins Slaves de l’ex République Yougoslave de Macédoine et en réalité aux Puissances ouvertement intervenues dans le processus du pseudo-accord. Essentiellement il faut dire l’Allemagne avec son dessein balkanique, d’où le voyage de la Chancelière à Athènes il y a quelques jours... ordonnant l’accélération du processus pour la ratification de l’accord, comme il se dit ouvertement à Athènes dans la rue et dans les médias, et ensuite les États-Unis, via la... finalisation de l’élargissement de l’OTAN aux pays des Balkans, toujours et encore, contre l’influence historique et culturelle de la Russie slave et orthodoxe dans cette même région.

Notons que ce mercredi 16 janvier, l’administrateur colonial Moscovici est en visite à Athènes, hasard du calendrier ? La balkanisation est comme on sait ce plat traditionnel que les antagonismes intra-européens ont parfois et d’abord fait chauffer, avant que leur coin cuisine ne prenne alors feu. Et c’est exactement ce que fait l’européisme actuel alors sous un Kominterm il faut dire berlinois. Donc, il y a feu.

Désormais à Athènes, c’est la lutte finale... contre cette gauche avariée du para-culturalisme et de l’ultra libéralisme, en somme, contre l’ensemble du système politique grec, car “eh bien sinon, c’est notre fin” comme on entend dire un peu partout en Grèce en ce moment. Le Putsch permanant comme mode de gouvernance austéritaire a pleinement tourné en Occupation avec ses traîtres plus obligeants que jamais, pour enfin livrer l’essentiel de la souveraineté, de l’histoire et de l’identité hellénique, autrement-dit, le noyau dur de notre essence, tel est en tout cas le ressenti des Grecs à plus de 80%, ce que les Ambassades impliquées n’ignorent pas, d’où finalement cette accélération dans le crime très organisé que Tsípras et sa bande voudront ainsi parachever avant de disparaître de l’histoire.

“Ces gens de SYRIZA, ils ont ainsi vendu leur mère, et ils en sont fiers, car cette gauche est mondialiste, apatride et accessoirement vendue”, peut-on entendre depuis les ondes de la radio 90.1 FM au soir du 15 janvier, par le journaliste Mazarákis, et par les analystes Karambélias et Aposkítis, tous trois pourtant issus de la trop vielle gauche. “Nous arrivons à un tel point de rupture, où il va falloir nous battre pour notre liberté comme à chaque fois que nous étions en guerre, car nous sommes en guerre. Et il faut dire que notre arme pacifique, à savoir le Référendum sur la question macédonienne n’est visiblement réclamé par aucune force politique, ni de gauche, ni de droite, à l’exception du petit parti centriste de Levéntis. Donc nous savons à qui nous avons à faire.”

“Et admettre ainsi ce Mal alors absolu, voilà ce qui nous rend encore mieux déterminés, tous nos sens en alerte, nous devenons des fauves à notre tour, voilà ce que nous sommes devenus dans les turbulences des mutations actuelles. Les paroles doivent cesser et les actes doivent prendre le pas. Face à nous, il y a un régime déterminé à livrer le pays et pour ce faire, il a autant assassiné la démocratie. Donc c’est le peuple qui se doit agir alors seul pour prendre les choses en main, pour défendre à la fois la démocratie, la patrie et sa liberté, devant les nains politiques et les marionnettes du système des partis dont le fascisme reste alors la seule et unique pratique”

Le Maire de Meneméni de Thessalonique est intervenu lors de l’émission pour dire “qu’au niveau régional à travers tout le Nord de Grèce, on s’organise pour descendre à Athènes et manifester déjà durant les prochains jours, pour que cet accord ne puisse pas passer, et qui constitue une défaite diplomatique et nationale, ouvrant la porte toute grande à l’irrédentisme des voisins. Et après tout, ce gouvernement n’a pas aucunement négocié, j’ai posé directement a question à deux collaborateurs de Kotziás le ministre des Affaire Étrangères au moment de la signature, collaborateurs ayant pris part aux prétendues négociations, et ils nous ont dit qu’ils avaient exprimé de nombreuses réserves et que Kotziás leur a aussitôt répondu ‘laissez tomber les arguments diplomatiques et scientifiques et suivez ma ligne’. J’ai également posé la question à un député SYRIZA de Thessalonique, ‘pourquoi n’avez-vous pas organisé un référendum’ et il m’a cyniquement répondu qu’il était hors de question car un tel référendum nous allons bien entendu le perdre, voilà pour ces gens.”

Non, les Grecs ne sont pas devenus fous subitement, et il n’y a aucune velléité de changement des frontières du côté grec, comme d’ailleurs du côté bulgare. Aux yeux des Grecs, le nom historique de la Macédoine grecque ne peut pas être ainsi offert aux voisins Slaves, arrivés dans la région plusieurs siècles après Alexandre le Grand mais se réclamant de ce personnage historique, en réalité pour donner prétexte à leur irrédentisme. Reconnaitre ainsi ce pays sous le nom de Macédoine du Nord est alors fort dangereux er préjudiciable pour les relations bilatérales à terme, et c’est tout le contraire de l’apaisement dont se réclame Tsípras par exemple. Nos voisins Bulgares et Serbes le savent autant, et ils font part de leur inquiétude. Sauf que les Puissances ont sans doute décidé la modification les frontières dans la région, c’est plus violent dans les Balkans, et c’est plus sournois à travers le système néocolonial de la dite Union Européenne, joli monde.

Pour le maire de Meneméni il n’y a plus de doute. “Le système politique grec n’a plus cette légitimé, même relative comme en 2015, pour décider quoi que ce soit, sauf que tout est préparé pour que leur décision, autrement-dit, la décision imposée par les Puissances étrangères puisse être cautionnée même par 150 ou 151 élus (sur un total de 300). De notre côté, nous réfléchissons en tant qu’élus locaux de la manière, la nôtre pour par exemple, pour ne plus laisser fonctionner l’État grec, une sorte de grève politique, accompagnée de la fermeture des entreprises et des écoles, voilà pour certaines idées. Toute la Grèce doit déjà converger à Athènes pour le rassemblement du 20 janvier. Cette fois, tout le monde doit sortir et manifester, car c’est notre futur et le futur des générations qui nous suivront qui est en jeu.”

Lire l'intégralité du texte de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Prostitution politique" sur son blog Greek Crisis

mardi 15 janvier 2019

Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ?

Dans le silence obstiné des organisations syndicales, un pouvoir aux abois a instrumentalisé une répression judiciaire sans précédent pour tenter de mater un mouvement social. Il y a bien évidemment la stratégie du ministère de l’intérieur qui pousse à la violence pour tenter de disqualifier le mouvement. Mais malheureusement la magistrature accepte ces dérives et joue sa partition dans ce qui désormais s’apparente à une répression de masse qui entretient des rapports très lointains avec l’État de droit dont on nous rebat pourtant les oreilles. Cravachés par Nicole Belloubet en personne (!) se déplaçant au tribunal de Paris un dimanche, et par les interventions permanentes de la place Vendôme voire de Matignon y compris des instructions individuelles pourtant interdites par la loi, les parquets déchaînés basculent avec zèle dans la répression de masse, font procéder à des arrestations souvent préventives, par milliers, défèrent également par milliers des gens devant les tribunaux, à l’aide de procédures d’urgence dans lesquelles par des réquisitoires violents, il demande des peines folles. Et de façon stupéfiante la magistrature du siège a accepté de rentrer dans cette logique et distribue en cadence des peines ahurissantes. Depuis le début du mouvement, plus de 5000 arrestations, 1000 condamnations, 350 personnes incarcérées sur la base d’incriminations parfois farfelues. Et avec des interprétations de la loi répressive souvent audacieuses pour ne pas dire plus. Désolé, mais ceci n’est pas de la justice, c’est de l’abattage.

Et manifestement c’est loin d’être fini. Des anecdotes effarantes remontent de toute la France sur ce qui est en train de se passer. Tel sera condamné à six mois de prison ferme pour avoir partagé un statut sur Facebook, tel autre à 28 mois tout aussi fermes, sans avoir été défendu par un avocat, au prétexte selon la présidente du tribunal « que cela n’aurait rien changé ». Il y a des dizaines et des dizaines d’autres histoires qui font froid dans le dos. La France prend un drôle de chemin. Dans tel département, le procureur et le préfet font conférence de presse commune pour menacer : « la justice sera impitoyable ! » Depuis quand sont-ce les procureurs et les préfets qui jugent ? Jusqu’à nouvel ordre, dans une démocratie, ils sont responsables du maintien de l’ordre, pas de rendre la justice. Dans tel autre, il semblerait bien que le procureur ait organisé une forme de « comité de salut public » chargé de fournir les charrettes, et on dit que les juges du siège qui vont juger le font sur la base du volontariat !

Lire l'intégralité du billet de Régis de Castelnau paru sous le titre "Gilets jaunes : la Justice est là pour rendre la Justice. Pas pour rétablir l’ordre."sur son blog Vu du Droit

samedi 12 janvier 2019

Il y a 5 ans. Fascisme Inc

FascismINC_m.jpg cliquer sur l'image pour voir le film (activer les sous-titres

Voir aussi les autres films de Aris Chatzistefanou et de ses amis, produits par souscription pour alerter des processus en-cours dont la Grèce est le laboratoire.

Il y a 6 ans. Qu'importe la couleur du gilet ?

"Ceci n'est pas une Révolution" (I) : Les nouvelles d'hier ne sont pas totalement obsolètes

filmTunisie.png cliquer sur l'image pour voir le film

Première partie (sur les médias) d'une série de films montés à partir d'une enquête réalisée par Benoît Eugène, Bendy Glu et Bernard Mulliez en Tunisie en 2012 qui visait à documenter un "paysage social de la Tunisie" pour reproblématiser une situation politiquement et médiatiquement occultée par la question instrumentalisée de "l'islamisme", voire de l'"Islam". Ce film (à vocation purement pédagogique) n'a pu être post-produit à ce jour, on en excusera donc les défauts techniques (outre qu'il est issu des rushes d'un mois de simple repérage et monté par un amateur)... Les suivants (Inch'allah) concerneront l'économie et l'université, formant un tout.

Le Concierge

Il y a 5 ans. "Le concept d'eurofascisme" : le nazisme était un complot des élites, c'est venu par le haut...

eurofascisme.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Voir aussi dans les archives du Musée ces films - déjà oubliés - réalisés pour que le "Laboratoire grec" serve à nous prémunir de la chose (the thing)

Et merde aux anti-fa anachroniques....

jeudi 10 janvier 2019

Bon sang, mais c'est bien sûr !

crapulax.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo "Non à la violence"

complotisme.PNG "Il" c'est Benjamin Griveaux, Ministre des relations avec le Parlement... (Europe 1)

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ferry.PNG L'ancien Ministre c'est Luc Ferry... L'Express

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Il y a 2 ans. La Grèce, la « loi travail », l’eurofascisme et la « gauche » de la « gauche »

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Manuel Valls a déclaré sur BFM-TV, le 26 mai 2016 : "Je ne minimise ni les difficultés pour notre entrepr... heu notre pays ni le comportement irresponsable de la CGT... "

"Pour que chacun le comprenne, reconnaissons-le, c’est beaucoup trop long. Je me faisais la remarque pour que vos auditeurs et vos téléspectateurs comprennent bien. En Grèce, le gouvernement Tsipras, un gouvernement de gauche, avec d’abord une grève générale, mène des réformes courageuses, ces réformes ont été adoptées en quelques heures : 1500 pages (7500 pages en anglais pour être précis, NDE), sans amendements par le Parlement. Parce que parfois il faut aller vite dans la réforme. Nous ce texte a dû être adopté au Conseil des Ministres au début de l’année, il va être adopté définitivement au mois de juillet parce qu’il y a plusieurs lectures, à l’Assemblée et au Sénat, c’est notre constitution. Donc le texte va revenir seulement à l’Assemblée Nationale au début de juillet..." (Bourdin Direct, RMC, 26 mai 2016).

Quelques jours plus tard, en visite à Athènes, capitale d’un pays d’Europe du Sud colonisé par l’UE et les multinationales, le triste Sire poursuivait ses aveux en rendant hommage au Premier Ministre grec Alexis Tsipras « qui a su prendre des décisions de réformes courageuses et difficiles et qui a su convaincre le Parlement grec de les adopter » (L'Obs, 3 juin 2016), . L’allusion était transparente au fait que Manuel Valls avait dû recourir au 49.3 pour espérer voir adoptée la « réforme courageuse » que constitue « la loi travail ».

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« Plaisir spinoziste de la vérité qui se révèle »

Selon la presse, le seul reproche adressé au Premier Ministre fut de se rendre au soleil quand la Région parisienne était sous la pluie se dont il de défendit vaillamment : « Oui, il y a les inondations mais personne ne pourra me reprocher d'être en Grèce, confie le Premier ministre. Je suis en Europe, à 3 heures de Paris, et la situation est gérée par François Hollande, donc tout va bien » (RTL, 3/06/2016).

Et pourtant.

Les déclarations de Manuel Valls sonnent comme les dernières prémices d’un Coup d’État et en disent long sur la métamorphose qui affecte les partis dominants de la classe politique française, nous rappelant ces politiciens factieux des années 30 convertis en leur for intérieur au fascisme et préparant activement son avènement.

Ces aveux sont de ceux qui résonnent au Tribunal de l’Histoire.

Car d’une part, Valls souhaite ouvertement la fin du Parlementarisme en se félicitant implicitement des progrès accomplis en Grèce sur cette voie.

Et d’autre part, Valls avoue que la « loi travail » s’inscrit dans le même type de « réformes courageuses » qui ont tout à voir avec la destruction totale du droit et de la sécurité sociale que connaît la Grèce livrée à l’occupation de l’Union européenne. Réduite à un protectorat de l’UE désormais dépourvu de toute souveraineté, cette Grèce citée en exemple prometteur est martyre d’un sociocide accompli avec la complicité totale dudit Valls, de Hollande, du Parti socialiste et du Parlement français, dont les responsabilités criminelles sont engagées.

En vendant la mèche, Valls rend un fier service à tous ceux et toutes celles qui, depuis au moins 2005, alertent inlassablement contre la marche forcée à l’eurofascisme qui s’est accélérée avec le parachèvement de la main-mise totale des banques et des multinationales sur une UE dont elles sont les principales architectes.

Puisse cette compréhension de ce qui se joue historiquement se répandre suffisamment vite par le travail militant.

Car la France en lutte contre la « loi travail » ne le sait pas clairement, mais elle est en lutte contre l’eurofascisme et, comme le laboratoire grec l’indique, il est minuit moins le quart.

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La Grèce et le parlementarisme

Ce dont Valls se félicite en matière de procédure législative en Grèce et qu’il appelle implicitement de ses vœux pour la France n’est ni plus ni moins que violations à répétition de la Constitution et abolition du Parlementarisme. Soit le point ultime de l’inversion de la hiérarchie des normes, dont Alain Lipietz nous dit au sujet de la loi travail en France, de quoi elle est le nom : « la philosophie « Carl Schmitt », celle de la souveraineté sans limite du pouvoir politique, du « souverain » qui change la société par des lois d’exception. Carl Schmitt explique justement que le « souverain » est celui qui agit en état d’exception... ».

Qui est ce souverain aujourd’hui en Grèce ? Les créanciers de cette « colonie bancaire » et leur représentant, l’Eurogroupe, « Un groupe (légalement NDE) inexistant qui a l'immense pouvoir de déterminer la vie des Européens » comme Varoufakis en a fait la démonstration hallucinée

Le Parlement qui adopte leurs exigences - qui sont autant de viols hallucinants, car au vu et au su de toutes les élites européennes, juridiques notamment, de la Constitution mais surtout de tous les Droits fondamentaux que l’on croyait au moins formellement sacrés et juridiquement protégés en Europe – le fait en s’asseyant sur la procédure parlementaire, ce que Zoé Konstantopoulo n’a cessé de dénoncer point par point, en tant que Députée d’opposition, puis Présidente du Parlement confrontée à l’ignominieux traité de capitulation signé par Tsipras, puis aujourd’hui comme ancienne Députée et Présidente du Parlement.

Ce qui permet en effet d’adopter en quelques heures un texte de 7500 pages en anglais dicté par le réel Souverain.

ParlementGrec.PNG Illus. Vote en commission de la Justice au Parlement grec le 12/9/2013. En l’absence de quorum, le Président, M. Virvidakis ignore les objections de la Députée Zoe Konstantopoulou (future Présidente du Parlement grec) et adopte tous les articles « à la majorité ». Les interventions de la Députée ont été supprimées des minutes parlementaires mais la vidéo a été diffusée sur internet (cliquer sur l'image).

Bref voilà ce que Valls cite en exemple à suivre : l’abolition du parlementarisme. C’est en cela que Valls est un factieux. Malheureusement, il n’est pas membre d’un conjuration comme La Cagoule des années 30, mais chef du gouvernement, et son projet s’il advient ne s’appellera pas « État Français » mais « République Française de l’Union européenne ».

La Grèce et la République sociale

Si on fait le bilan de la destruction de la République sociale grecque, quelques que fussent les nombreux défauts de l’État grec, on comprend ce que Valls et consorts veulent dire en France par « réformes courageuses ».

Non pas l’amputation des retraites mais l’abolition du droit à la retraite.

Non pas la lutte contre le fort mythique « trou de la sécu » mais la disparition de la sécurité sociale et de la santé publique et du droit à la santé ;

Non pas la « flexibilité du travail » mais la disparition de tout droit du travail, tout droit des travailleurs et la réalisation de l’ « utopie d’une exploitation sans limite » (selon la formule de Bourdieu) ;

Non pas « la compétitivité » mais l’éradication de toute activité économique en-dessous d’un certain seuil de rentabilité et la concentration de toute économie au sein de monopoles industriels.

Non pas « la réforme fiscale » mais la population livrée à des Fermiers Généraux basés à l’étranger.

Non pas la « modernisation de la justice » mais l’abolition de tout pouvoir de la justice civile sur les grandes entreprises.

En un mot, la destruction du « tissu social et démocratique qui a été l’une des contributions majeures de l’Europe à la civilisation moderne » et que l’on doit aux luttes sociales depuis le XIXème siècle.

Pour être bien clair sur ce programme, on peut se référer au « Rapport des cinq présidents » qui en 2015 traçait de nouvelles perspectives de réformes institutionnelles et prônait la dépolitisation totale des politiques sociales et économiques à l’échelle nationale par la création d’autorités de la compétitivité : « Ces autorités de la compétitivité devraient être des entités indépendantes ayant pour mandat de déterminer si les salaires évoluent en accord avec la productivité, par comparaison avec l’évolution dans d’autres pays de la zone euro et chez les principaux partenaires commerciaux comparables (…) Le système d’autorités de la compétitivité de la zone euro rassemblerait ces organismes nationaux et la Commission, qui coordonnerait leurs actions sur une base annuelle. La Commission prendrait alors en compte les résultats de cette coordination pour décider de mesures dans le cadre du Semestre européen, en particulier pour son examen annuel de la croissance et pour les décisions à prendre au titre de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM), y compris s’agissant de recommander ou non l’activation de la procédure concernant les déséquilibres excessifs (...) Les acteurs nationaux, tels que les partenaires sociaux, devraient continuer à jouer leur rôle conformément aux pratiques établies dans chaque État membre, mais ils devraient tenir compte de l’avis des autorités de la compétitivité lors des négociations sur les salaires. »

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L’Eurofascisme

Alain Lipietz a eu le courage d’écrire : « Je ne dis pas que Mme El Khomri ou M. Valls seraient nazis ! Mais le renversement brutal de la hiérarchie des normes « à la Carl Schmitt » fait logiquement système avec l’usage du 49.3 et la prolongation indéfinie de l’état d’urgence. »

Et cela dans le but de « s’aligner dans la concurrence internationale sur cette « course vers le bas » à coup de dumping social, qui fait rage depuis les années 80. »

« Plan B » du patronat dans les années 20 et 30, le fascisme est aussi un mode de production caractérisé, comme la colonisation, par la terreur exercée sur le monde du travail pour permettre les conditions d’exploitation les plus extrêmes. Il est donc d’abord dirigé contre les syndicats et les militants, et la lutte anti-fasciste est par essence une lutte du travail. De ce point de vue-là, la lutte contre la loi travail est une lutte contre l’eurofascisme tel qu’il s’est mis en place en Grèce, ce qui en fait aussi une lutte anti-coloniale, puisque la colonisation, c’est l’asservissement de populations auxquelles tout droit sont déniés, réduites à leur seule force de travail et spoliées de toutes ressources.

acropole.gif

On peut suivre l’évolution de ce projet capitaliste extrême à travers les directives envoyées depuis 20 ans par La Table Ronde des Industriels Européens au Conseil européen, appelant inlassablement à la concentration de tout le pouvoir au sein d’institutions irresponsables politiquement « pour accélérer au niveau européen mais aussi aux échelons nationaux la mise en œuvre des décisions ». Outre que cette concentration du pouvoir n’a eu de cesse de progresser, on a aussi assisté ces dernières années à l’apparition d’institutions également juridiquement irresponsables avec le Mécanisme de Stabilité Européenne et aujourd’hui le fonds de saisie des avoirs grecs : dans les deux cas, ces institutions ne peuvent faire l’objet d’aucune enquête, d’aucune perquisition et le personnel ne peut être poursuivi.

L’autre dimension est évidemment le sécuritaire, avec des Directives sur la lutte contre le terrorisme dont on voit bien aujourd’hui avec l’état d’urgence qu’elles sont appelées à se substituer au droit commun et constituent un nouveau code pénal, en attendant la création d’un parquet européen. C’est en fait tout l’ordre juridique qui est mis à bas pour lui substituer « la souveraineté sans limite du pouvoir politique, du « souverain » qui change la société par des lois d’exception ». Ajoutons la fabrication de « l’ennemi intérieur » et l’euro-fascisme nous semble caractérisé.

pause21.gif illus: Exposition du Musée de l'Europe au Musée de Tourcoing, Lille 2004

La gauche de la gauche

Les interprétations du fascisme au primat du seul rapport ethnique de l’Allemagne nazie à la Nation ont à peu près fait disparaître des esprits, avec le triomphe final de l’éradication du marxisme et de l’histoire sociale par l’école de Jules Ferry, que le fascisme est avant tout un système de terreur permettant de réduire les travailleurs à leur seule force de travail, continuant la lutte des classes par d’autres moyens extrêmes, dans le but d’asservir totalement les possédés aux possédants. On ne s’étonnera dès lors pas qu’il n’y ait pas plus aveugle à l’euro-fascisme que ceux qui font profession d’anti-fascisme, que ce soit sous la forme sectaire des « anti-fa » ou citoyenniste des « pédagogues ». Le même processus a affecté le concept de « colonisation » à tel point que ceux qui font aujourd’hui leurs choux-gras d’anti-colonialisme s’avèrent totalement incapables de reconnaître une colonisation lorsqu’elle se déroule en Grèce sous leurs yeux, quand ils ne chantent pas les louanges des partis des exploiteurs en Tunisie sous prétexte de lutte contre l’ « islamo-fascisme » (une expression employée par Valls au sujet du Parti Ennahda au soir de l’assassinat de Chokri Belaïd qui devait déclencher la constitution d’un gouvernement de « technocrates neutres » dirigé par un Franco-Tunisien détaché dans le protectorat par le groupe Total !).

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Il y a fort à parier que l’actuelle « gauche de la gauche » fortement petite-bourgeoise et ne plaçant pas la question du travail au centre de ses préoccupations pourtant officiellement « anti-capitalistes », voyant dans la contestation de la loi Travail « presqu’un prétexte » pour certain(e)s prendre position dans la course au renouvellement du personnel politique qui s’annonce (comme en Grèce ? La question mérite d’être posée, et le fait qu’elle ne soit pas posée est déjà un élément de réponse...) se révélera un important obstacle à la si vitale sortie de l’UE. À travers « l’alter-mondialisme » une partie de cette classe s’internationalise (on pourrait même dire s’américanise tant mondialisation et américanisation sont les deux faces d’un même processus impérialiste) et donc a objectivement de plus en plus intérêt à la mondialisation : ce n’est pas le « changement de cadre » qui est poursuivi, mais le changement... de cadres ! Le fait de vouloir un processus constituant à l’échelle nationale alors que la Constitution grecque a de facto été abolie ce qui devrait faire prendre conscience aux plus aveugles qu’aujourd’hui la Constitution se sont les traités (hors desquels il n'y a pas de démocratie selon le trop payé Juncker) dont il faut sortir met pour le moins la charrue avant les bœufs.

Sans parler de la gauche négriste qui voit dans l’État-Nation l’ennemi principal et qui est prête à laisser le capital achever l’ambulance et les droits sociaux du même coup pour ensuite construire un « autre monde » (c’était la position de Negri appelant à voter « oui » au traité constitutionnel européen). Et ne voit surtout pas le Léviathan européen qui se constitue sur la destruction des États par les élites politiques mêmes, sans oublier que le capitalisme a son État qui s’appelle les États-Unis et qu’au final il en resterait toujours un qui serait celui-là...

On le voit aujourd’hui, c’est ce qui reste de monde du travail organisé qui est encore capable de s’opposer à l’euro-fascisme. Il est tout à fait sidérant de voir les spécialistes du changement de cadre dénigrant d’un côté les luttes « locales » (or cela devrait être un truisme que les gens luttent... localement, car ils sont quelque part!) s’avérer incapables d’oser indiquer clairement quel est le cadre qu’il faut prioritairement changer.

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C'est un référendum sur la sortie de l'UE qu'il faut élire, pas un président !

Dans la perspective de 2017, ce n’est pas un président qu’il doit s’agir d’élire. Il faut élire un référendum de sortie de l’UE. Et la gauche « all exclusive » n’inspire confiance à personne sur le choix d’une telle perspective qui est le choix clivant autour duquel se recompose la demande politique. Qui est un choix de classes.

Il y a 15 ans Bourdieu exhortait à « une gauche de gauche ». Il y a vraiment des jours où on ne serait pas loin d’appeler à défaut de « gauche de gauche » et vue la sociologie du pays à « une droite de gauche » pour éviter aussi tant que possible la Réaction qui vient, attisée par un PS new-look en formation, une nouvelle gauche morale qui rendra toutes les nouvelles victimes du néolibéralisme aussi furieuses que les premières charrettes qui ont précédé face à la curetaille des petits "manipulateurs de biens de salut" politiques de gauche...

Le Concierge

lundi 7 janvier 2019

Médias comparés

RT : 1

RIC.PNG Cliquer sur l'image pour voir le média

Médiatarte : Bac-2

dertiHenri4.PNG Télé Cajole (cliquer sur l'image pour voir le média)

Les Grecs, otages fiscaux de la Troïka et des banquiers

En Grèce, une Autorité Autonome des Ressources Publiques (Anexartiti Archi Dimosion Esodon, AADE), où siègent deux représentants de la Commission Européenne, a remplacé le Trésor Public et récupéré toutes les attributions du Ministère des Finances « L’Autorité jouit d’une autonomie de fonctionnement, elle est autonome administrativement et économiquement, et elle n’est soumise au contrôle ou à la tutelle d’aucun organe du gouvernement ni d’institution d’État ni d’autres autorités administratives ». De même dans l’article 3 on note que « le président, les membres du Conseil d’Administration, le Conseiller (nommé sur proposition de la Commission Européenne) et l’Administrateur exercent leurs fonctions selon la loi et leur seule conscience ; ils ne sont soumis à aucun contrôle hiérarchique ni aucune tutelle administrative, à aucun organe du gouvernement ni à d’autres autorités administratives ni autre organisme public ou privé. » Résultat : de plus en plus de contribuables modestes se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs impôts. Pour recouvrer les arriérés de paiement et dette envers l’État, l’Agence Autonome opère des saisies directement sur les comptes bancaires des particuliers, sans crier gare. Pourtant les objectifs fiscaux fixés par l’AADE sont largement atteints pour la troisième année consécutive.

Lire l'article de Louv Coukouts, paru sur le site du CADTM

dimanche 6 janvier 2019

"Merci Zemmour" (et les autres) !

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samedi 5 janvier 2019

Il y a 10 ans . "Partage de la valeur ajoutée : le hold-up tranquille"

holdup.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années. »

D’où sont tirées ces lignes ?

On croirait une communication de la CGT ?

Ou un discours d’Olivier Besancenot ?

Au contraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ». Dans leur Working Papers N°231, daté de juillet 2007 et titré Global upward trend in the profit share (« Hausse tendancielle mondiale de la part des profits »), eux insistent pourtant sur les « hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui », sur cette « marge d’une importance sans précédent », sur cette « preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires » et ainsi de suite sur vingt-trois pages.

Ce sont donc les financiers eux-mêmes qui dressent ce constat, avec étonnement : jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés. Et cette analyse ne souffre d’aucune contestation : d’après le Fonds Monétaire International, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006. D’après la Commission européenne, au sein de l’Europe cette fois, la part des salaires a chuté de 8,6 %. Et en France, de 9,3 %. Dans le même temps, la part des dividendes dans la valeur ajoutée passait de 3,2 % à 8,5 %. Un quasi-triplement.

Combien ça coûte ?

Enoncés ainsi, ces 9,3 % paraissent abstraits. Ils représentent en fait des montants colossaux – qui ont des conséquences très concrètes dans notre vie quotidienne.

Qu’on les évalue, d’abord :

Le PIB de la France s’élève, aujourd’hui, à près de 2 000 milliards d’euros.

– Donc il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital, calcule Jacky Fayolle, ancien directeur de l’IRES – Institut de Recherche Economique et Social.

– 120 à 170 milliards par an, alors ?

– Pour aller très vite, c’est ça.

Même avec des estimations basses, le seuil des cent milliards d’euros est largement dépassé. Soit plus de dix fois le « trou » de la Sécurité sociale en 2007 (dix milliards, l’année d’avant la crise), cinq fois celui de 2009 (22 milliards d’euros, crise oblige). Une vingtaine de fois celui des retraites (7,7 milliards d’euros). Des « trous » amplement médiatisés, tandis qu’on évoque moins souvent celui, combien plus profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés…

– C’est un hold-up géant dont on ne parle pas, c’est ça ?

– Oui, tempère Jacky Fayolle, sauf que le mot hold-up est trop brutal pour parler d’un changement qui cumule tout un ensemble de facteurs : le poids du chômage, les politiques économique, les changements de la gouvernance des entreprises depuis une vingtaine d’années. »

Ces 9,3 % devraient, par le gigantisme des sommes en jeu, des centaines de milliards d’euros, ces 9,3 % devraient s’installer au cœur du débat. Quand Nicolas Sarkozy intervient, à la télévision, et déclare « si nous voulons sauver notre système de retraite, nous ne pouvons plus différer les décisions. Tous les chiffres sont sur la table », un chœur devrait s’élever dans le pays citant un chiffre qui n’est pas « sur la table » : 9,3 %.

Quand le même revient à la télé, et déclare « Il faut plus d’argent contre Alzheimer, plus d’argent contre le cancer, plus d’argent pour les soins palliatifs, mais où est-ce qu’on les trouve ? où est-ce qu’on les trouve ? », on pourrait lui apporter la solution : qu’il retrouve ces 9,3 % dans les portefeuilles de ses amis du Fouquet’s.

Toute la contestation des « nécessaires réformes en cours » pourrait, inlassablement, s’appuyer sur ces 9,3 %. Or, c’est à l’inverse qu’on assiste : cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques. Un point central de l’économie en devient le point aveugle.

Extrait de Tchio'Fakir, supplément 2012 du journal Fakir à télécharger ici

Ecouter "9,3% : Un hold-up géant", une émission de l'équipe de Là-bas si j'y suis" du 24 septembre 2008 publié dans la rubrique "mondialisation libérale" (dont on parlait encore sans complexe à cette époque... c'est à dire avant la gentrification des media alternatifs dominants ! Note du Concierge).

vendredi 4 janvier 2019

La scène du gilet jaune

gigot.PNG Cliquer sur l'image pour voir cette scène de François, Vincent Paul et les autres, un film de Claude Sautet (1974)

Le Musée de l'Europe vous présente ses meilleurs vœux de dé-Marche en 2019...

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mercredi 2 janvier 2019

Il y a 15 ans, PLPL N° 17 : "le temps des bouffons"

FIbfm.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Entre récupération et injures, la presse qui ment s’englue dans le traitement de la contestation. Elle présentait l’anarchisme comme le dernier produit tendance pour étudiants en art dramatique, le trotskisme comme un casting de télévision, le reste comme inexistant. Désormais, le Parti de la presse et de l’argent (PPA) s’expose au grand jour. Sur France Inter, un chef de L’Express (groupe Hersant / Dassault) a interpellé José Bové : « Est-ce qu’il n’y a pas dans le mouvement altermondialiste un rejet de la démocratie, c’est-à-dire un rejet du libéralisme ? » Depuis, le PPA s’époumone à gonfler les polémiques qu’il fabrique afin, par succession d’associations douteuses, d’assimiler résistance à l’air du temps et antisémitisme. Face à eux, les responsables contestataires pratiquent la politique de la fesse tendue (lire p.10). Ils défèrent à toutes les sommations médiatiques, s’exhibent devant les caméras, se dandinent devant les micros, répondent aux questions les plus bêtes. Ils ne font pas avaler ses cravates hideuses à Elkabbach, ils ne tirent pas les oreilles de pachyderme de Moati, ils ne font pas tomber Alain Duhamel de son solex, ils ne poussent pas des cris séditieux devant Arlette Chabot. Plaintivement, ils expliquent l’urgence d’un « autre monde » à ceux qui ont bâti celui-ci, y compris aux animateurs-patrons gavés d’euros. Quand le PPA a bien ri, il éloigne les importuns d’un coup de cravache. Avant de les sonner à nouveau pour le prochain spectacle.

Lire PLPL n°17, décembre 2003

"Comme nos ancêtres, il y a un siècle"...

Au village thessalien on installe des bâches sur les potagers d’hiver comme on brûle du bois. Telle est la vie locale un peu partout en Grèce. La fanfare municipale a été de sa plus belle musique en ville de Tríkala, bourgade vivante, où aux dires des habitants il fait certainement mieux vivre qu’à Athènes. Au village, le voisin Nikos et aussi cousin un peu lointain, me raconte comment et combien la commune se dépeuple, elle a perdu plus du tiers de sa population depuis les années dites de la crise.

“Les jeunes sont partis en Allemagne et les vieux donc... ils meurent. Ce n’est plus rentable du tout que de travailler la terre, toutes les terres du village finissent par être exploitées par deux ou au mieux, par trois familles, lesquelles ont alors les moyens et pour tout dire, disposent de la mécanisation nécessaire et de pointe pour y parvenir. Nous travaillons déjà et nous travaillerions davantage pour eux ; comme nos ancêtres il y a plus d’un siècle. Nous sommes les abandonnés des politiciens, le Parlement devrait un jour... sauter, sans blague.”

Dans un sens, Chrístos Yannarás, philosophe et théologien orthodoxe ne dit pas vraiment autre chose. “La solution est simple, nous le savons tous: nous avons besoin d’un gouvernement en dehors de l’ensemble des partis du Parlement actuel et qui exclura institutionnellement la possibilité de faire fonctionner toute sorte d’un état clientéliste. Un gouvernement alors de transition, technique, issu des ‘personnalités’, doté d'un mandat de deux ans, et autant soumis au contrôle du parlement actuel, mais bénéficiant d'un appui de type référendaire pour éliminer l’interminable état clientéliste, et ainsi exclure constitutionnellement sa reconstitution”, quotidien Kathimeriní du 31 décembre 2018.

Entre le clientélisme réellement existant, puis la méta-démocratie Troïkanne et enfin leur dernier ridicule des politiciens grecs, ces mêmes politiciens ont été ainsi “tués”, déjà dans la conscience collective pour un nombre alors important de citoyens. La semaine dernière, Tsípras a inauguré à Thessalonique une station du métro de la ville... lequel fonctionnera concrètement seulement en 2022. Sur les photos publiées par une partie de la presse, on y distingue certaines... machines à ticket factices, puis, une part de la station ainsi “inaugurée” sera démontée pour que les travaux puissent alors se poursuivre. Voilà que le ridicule tue encore dans un sens.

Les élections législatives auront lieu cette année certes, le système politique survivra, et peut-être que lors des élections d’après, d’autres mouvements pourront voir le jour, authentiques, radicaux, émanant du pays réel, pour que l’unique espoir puisse ainsi tenir de la chimère en cette possibilité de surprise. Et à commencer par la dénonciation des accords avec la Troïka et évidemment par la sortie de la Grèce de l’Union européenne, c’est un minimum et ce n’est qu’un début car cette voie est bien longue et difficile.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Bonne année !" sur son blog Greek Crisis

mardi 1 janvier 2019

Les voeux de bonne année d'Emmanuel Macron

Chômeurs, n'oubliez pas de mettre un gilet jaune pour "traverser la rue", un accident est si vite arrivé (le Concierge)

macrongiletjaune.jpg "A partir du moment où (...) vous ne respectez pas quelque part le contrat que vous passez avec la société, avec les Français, c'est logique qu'il puisse y avoir des sanctions" ([Aurore Bergé, députée LREM|https://actu.orange.fr/politique/controle-des-chomeurs-berge-lrem-assume-des-sanctions-plus-dures-dans-une-logique-de-justice-CNT000001bAAeh.html])

Un décret du Journal officiel acte des sanctions plus contraignantes pour les demandeurs d'emploi qui ne respectent pas leurs obligations vis-à-vis de Pôle Emploi.

Cela concerne tout particulièrement les 8% de bénéficiaires de l'assurance chômage qui, selon une étude de Pôle Emploi, ne recherchent pas activement un emploi. Certaines sanctions prévues à l'encontre des chômeurs en cas de manquement à leurs obligations sont plus dures que ce qu'avait initialement annoncé le gouvernement, selon un décret publié dimanche 30 décembre au Journal officiel.

En mars dernier, le ministère du Travail avait annoncé de nouvelles sanctions, certaines allégées, d'autres alourdies, pour les chômeurs.

Le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avec un conseiller, par exemple, devait être sanctionné de 15 jours de radiation des listes au lieu des deux mois actuellement en vigueur. Finalement, ce sera un mois de radiation selon le texte du décret, deux mois au bout de deux manquements et quatre mois au "troisième manquement" constaté.

Un journal de bord

S'agissant des sanctions concernant l'insuffisance de recherche d'emploi (refus à deux reprises de deux offres raisonnables d'emploi par exemple), le gouvernement avait évoqué des sanctions graduelles : suspension de l'allocation d'un mois la première fois, de deux mois la deuxième fois et quatre mois la troisième fois. Il avait alors précisé que l'allocation serait amputée à partir de la deuxième fois. D'après le décret, l'allocation est "supprimée" dès le premier manquement et non "suspendue", ce qui permettait de conserver ses droits.

Ce contrôle doit se faire via un "journal de bord" numérique, où les demandeurs d'emploi renseigneront tous les mois leurs actes de recherche d'emploi. À partir de mi-2019, ce dispositif sera expérimenté pendant un an dans deux ou trois régions.

Le volet "contrôle des chômeurs" de la réforme "avenir professionnel" avait été adopté dans son principe cet été par le Parlement. Il est présenté comme étant la contrepartie d'une ouverture plus grande du régime d'assurance-chômage à des démissionnaires ayant un projet professionnel. Néanmoins, cette ouverture ne concernera potentiellement que 20.000 à 30.000 démissionnaires supplémentaires, selon les calculs gouvernementaux, au regard des 70.000 déjà indemnisés chaque année.

source : AFP

Emmanuel Macron ne faisant qu'appliquer une feuille de route rédigée ailleurs, lire aussi : La réforme du chômage en perspective européenne

jeudi 27 décembre 2018

L'Autre des milieux intellectuels, artistiques et culturels

"En France et particulièrement dans ces milieux, on souffre d’une incapacité à s’affronter aux expériences des autres pays, c’est-à-dire qu’on les visite, explore, les échanges artistiques et culturels vont bon train, on est content d’appartenir à ce vaste ensemble Union Européenne (même si bizarrement les échanges avec les pays orientaux de cet ensemble restent relativement modestes par rapport à ceux avec le vaste monde), il ne s’agit pas d’une méconnaissance mais d’un préjugé selon lequel notre pays n’a rien à voir avec les situations grecques, italiennes, espagnoles, pas plus qu’avec les printemps arabes, que notre expérience propre est radicalement hétérogène, franco-française. Autrement dit, nos problèmes n’auraient pas les mêmes causes. Ce que me fait penser que le mauvais nationalisme (l’exception qu’on incarnerait par notre caractère, Histoire, système national) se niche parfois dans les intentions de gauche les plus raffinées."

lesgentils.PNG Si on en juge par ce clip, rien n'est perdu et on le verra sans doute dans les prochaines semaines... (cliquer sur l'image)

Qu’aucune analyse critique ne provienne de ces milieux artistiques et culturels pour faire voir ce que fait réellement l’Union européenne, cela me laisse interloquée. Bien souvent, dès 2012, lorsque j’habitais encore en France, j’ai tenté d’ouvrir ce chapitre avec des amis ayant des responsabilités culturelles, et chaque fois, j’avais l’impression qu’on me regardait comme un suspect. Je ne communiais pas dans les appels à plus d’Europe. J’avais beau dire que c’était là la reconstitution d’un empire, qu’un empire pouvait bien avoir une assemblée parlementaire avec quelques pouvoirs, un empire sait corrompre, régime impérial veut dire corruption, favoritisme, baronnies, mépris des peuples, fabrication de fortunes – je parlais une autre langue. Tout de même, dans ces milieux, on peut reprendre des livres d’Histoire, tenter d’étudier la question sans paraphraser les hommes politiques… Une sorte de fatalisme ? Mais alors, si fatalisme il y a, quelle création reste-t-elle possible ? La création est toujours un geste de soulèvement, un geste critique se soulevant contre les formes convenues. A vrai dire, pas grand chose ne reste possible et de fait presque rien ne se produit sinon à la marge. Ce qui se produit, ce sont des dizaines de romans à chaque rentrée, des centaines de spectacles pour faire fonctionner les programmations… Certes, loin de moi l’idée de dresser un portrait noir et général, ces milieux reposant sur la coexistence de multiples singularités, formes de vie, désirs. Mais ils sont comme étouffés, la réflexion courageuse, profonde, lucide, sur la situation étant évincée, non-dite, malséante. Que faire du drapeau français et de la Marseillaise ? Que faire de ce moment où des citoyens se les réapproprient pour exprimer leur désir de reprendre le pouvoir ou du moins de ne plus le laisser les « riches » (les oligarques) le réduire à une étiquette sur un maillot de coupe du monde de foot ? Que faire du rejet larvé de l’Union européenne parmi les Gilets Jaunes ? Rejet larvé, murmuré plus que crié, car s’exprime le refus de rentrer dans les discours des technocrates, des causes et conséquences, des No Alternative, des embrouilles des chiffres, de cette espèce de cercle infernal dans lequel on rentre si l’on veut changer de monde tout en respectant la dette publique. Ah, les bons comptes…. Cette fameuse dette mériterait un sérieux audit, oui. Que faire enfin de cette figure mythique de la révolution française, de l’apparition de la nation sur la scène politique, comme aspiration à l’indépendance ? Je n’ai pas de réponse toute faite, mais un premier tout petit pas serait dans les milieux artistiques, culturels et intellectuels de se poser ces questions sans se boucher le nez. D’étudier de plus près ce qu’incarne le réfugié[1] pour les populations qui se soulèvent en gilet jaune en agitant le tricolore.

Des populations qui se retrouvent sur des ronds-points dans des zones semi urbaines souvent à moitié défigurées (si ce n’est complètement) par l’architecture de centres commerciaux, de pôles commerciaux qui tiennent de lieux de vie – donc d’aucun lieux de vie accueillants. « L’accueil des réfugiés »  : expression technocratique poétique qui se réduit au parcage, à la chasse et à l’humiliation de ces mêmes réfugiés. Mais il a pour envers le non accueil des pauvres, des déclassés ou de ceux qui réalisent qu’ils se déclassent à vitesse grand V, ils ont beau travailler, ils ne peuvent rien faire d’autres, ils sont exilés à l’intérieur de leur propre pays parqués dans des fractions de « territoire » et promis à, horreur pour leur dignité (tout ce qui leur reste) l’assistanat. Comme les réfugiés dans les camps (je force le trait, mais ici je travaille sur des images, des imaginaires).

Un chat a son territoire et il n’aime pas en changer. Mais nous, avons-nous un territoire ? Sommes-nous condamnés à la routine entre boulot, hyper-marché, télé, les yeux rivés sur les factures ? Et à quoi ressemble-t-il, ce territoire qui n’est même plus un terroir et dont on ne peut plus vraiment sortir faute d’argent pour remplir le réservoir de la voiture, faute de trains régionaux maillant convenablement le pays et ses terroirs et à des prix décents ? La figure du gilet jaune, me semble-t-il, surgit comme celle du plébéien, c’est ce qui reste du tamisage urbain, ce qui ne s’intègre pas dans la grande ville, bref l’Autre des milieux intellectuels, artistiques et culturels. C’est celui qui dit-on ne lit pas, ne va jamais au théâtre (mais on s’en imagine, parfois, des choses), c’est celui qui est hanté de xénophobie et d’homophobie, c’est le « sale », qu’importe si beaucoup des Gilets Jaunes contredisent cette image, puisqu’elle coiffe tout un complexe, nécessaire à la distinction culturelle.

Autant les théâtres s’ouvrent régulièrement ici ou là depuis trente ans aux réfugiés à la faveur des événements, autant ils n’ont pas proposé leurs lieux aux Gilets Jaunes. Ils n’ont pas proposé non plus de reprendre la décentralisation culturelle mais sous d’autres formes. Par exemple, des lieux ouverts dans ces dits territoires, et quels seraient-ils si l’on pouvait imaginer autre chose qu’un théâtre qui programme ? Eux, c’est l’insidieux « autre » qu’on se fabrique toujours, même quand on se gargarise d’actions et de paroles pour les plus démunis (comme on dit), mais d’ailleurs, sont-ils assez démunis pour qu’on s’en intéresse ? De sorte que, par une logique infernale, les castors voire certains qui se sont abstenus ont beau détesté Macron, ils sont dans une alliance objective avec la ligne idéologique qui le porte et qui comporte pour première haine, celle de cet autre-là, ce soumis, cet esclave pas cher et obéissant, ce cul-terreux, plus masculin que féminin et à qui on imagine une virilité rustre, etc., ce « raté ».

Extrait de l'article de Mari Mai Corbel paru sous le titre "Les amours jaunes" sur le blog Inferno Magazine

Notes

[1] "un reflet pour beaucoup de ce qu’ils redoutaient de devenir" (lire le texte intégral)

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