Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 14 décembre 2019

Adresse solennelle de la Cgt-Energie-Paris

addressecgt.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Don au Musée de Patrick Taliercio

Voir aussi:

ΔΕΗ: APRÈS LES CENTRALES THERMIQUES , LA SOCIÉTÉ S’APPRÊTE À VENDRE LES CENTRALES HYDROELECTRIQUES

Main basse sur l'énergie

vendredi 13 décembre 2019

"Baise ton prochain : Une histoire souterraine du capitalisme"

baisetonprochain.PNG Cliquer sur l'image pour voir la conférence de Dany-Robert Dufour, auteur du livre qui donne le titre à ce billet, publié aux Éditions Actes Sud

« Là où la propriété est suffisamment protégée, il serait plus facile de vivre sans argent que sans pauvres, car qui ferait le travail ?... s'il ne faut donc pas affamer les travailleurs, il ne faut pas non plus leur donner tant qu'il vaille la peine de thésauriser. Si çà et là, en se serrant le ventre et à force d'une application extraordinaire, quelque individu de la classe infime s'élève au-dessus de sa condition, personne ne doit l'en empêcher. Au contraire, on ne saurait nier que mener une vie frugale soit la conduite la plus sage pour chaque particulier, pour chaque famille prise à part, mais ce n'en est pas moins l'intérêt de toutes les nations riches que la plus grande partie des pauvres ne reste jamais inactive et dépense néanmoins toujours sa recette... Ceux qui gagnent leur vie par un labeur quotidien n'ont d'autre aiguillon à se rendre serviables que leurs besoins qu'il est prudent de soulager, mais que ce serait folie de vouloir guérir. La seule chose qui puisse rendre l'homme de peine laborieux, c'est un salaire modéré. Suivant son tempérament un salaire trop bas le décourage ou le désespère, un salaire trop élevé le rend insolent ou paresseux... Il résulte de ce qui précède que, dans une nation libre où l'esclavage est interdit, la richesse la plus sûre consiste dans la multitude des pauvres laborieux. Outre qu'ils sont une source intarissable de recrutement pour la flotte et l'armée, sans eux il n'y aurait pas de jouissance possible et aucun pays ne saurait tirer profit de ses produits naturels. Pour que la société -(qui évidemment se compose des non-travailleurs) soit heureuse -et le peuple content même de son sort pénible, il faut que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre, Les connaissances développent et multiplient nos désirs, et moins un homme désire plus ses besoins sont faciles à satisfaire [1]. »

Bertrand de Mandeville (1770)

via Librairie Tropiques

Notes

[1] B. de Mandeville : « The fable of the Bees », 5° édition, Lond., 1728.

Pour les vautours, il est moins 5 avant la fin de la retraite par répartition

bnpretraites.PNG Collections du Musée de l'Europe

mardi 10 décembre 2019

A la Commission européenne, le temps des copains

Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de l’exécutif européen, vient de nommer l’un de ses très proches, Jens Flosdorff, conseiller en communication de son cabinet avec rang de directeur général adjoint, une fonction d'ordinaire remplie par le chef du Service du porte-parole de la Commission, avec simple rang de directeur.

La Commission a une apparence – une administration publique européenne au service des citoyens – et une réalité – une vaste machine à promotion des copains et des coquins. Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de l’exécutif européen, vient d’en faire une nouvelle fois la démonstration en bombardant l’un de ses très proches, Jens Flosdorff, un homme charmant au demeurant, conseiller en communication de son cabinet avec rang de directeur général adjoint (DGA) de grade AD15, soit l’une des plus hautes fonctions (il n’y a que directeur général au-dessus) et l’un des plus hauts grades (AD16 est le maximum) de la fonction publique communautaire.

C’est une véritable fonction de vice-roi que va occuper Flosdorff au sein du cabinet de Von der Leyen : ce n’est pas un hasard s’il a le même grade que le chef de cabinet, Bjoern Seibert, un autre très proche qui occupait le même poste au ministère allemand de la Défense, celui-ci ayant cependant le rang de directeur général (une pratique instaurée par José Manuel Durao Barroso pour donner au chef de cabinet l’autorité nécessaire). Flosdorff va donc émarger à environ 17 000 euros par mois… Pas mal pour un ancien journaliste du quotidien populaire Bild qui ne connaît strictement rien aux affaires européennes et n’a comme mérite que de suivre Von der Leyen depuis une quinzaine d’années dans les mêmes fonctions.

Fonction dédoublée

Non seulement c’est la première fois qu’un simple communicant est à ce point choyé, mais c’est aussi la première fois qu’un président de la Commission s’offre le luxe d’un tel conseiller. Normalement, ce rôle est tenu par le chef du Service du porte-parole (SPP) qui gère non seulement la communication du président, mais celle de tous les commissaires via une équipe de porte-parole et attachés de presse, les petites mains qui font le boulot au quotidien. Mais Von der Leyen a décidé de dédoubler la fonction entre, d’une part, le Français Eric Mamer, chef officiel du SPP, mais qui n’a rang que de directeur (certes payé AD15), et, d’autre part, Flosdorff qui le coiffe puisqu’il a rang de DGA.

Pourquoi une telle solution qui coûte cher au budget communautaire (à eux deux, ils vont toucher deux millions d’euros de salaire sur cinq ans) ? Tout simplement parce que Flosdorff ne pouvait pas occuper le poste de chef du SPP, car il ne parle pas français, une condition sine qua non, les deux langues de la salle de presse étant l’anglais et le français. Autrement dit, il n’avait pas les qualifications requises. Qu’importe donc, Ursula von der Leyen a su trouver une solution imaginative pour trouver une place à son protégé !

Mauvaises manières de Martin Selmayr

Quel sera exactement le rôle de Flosdorff, sachant que la gestion quotidienne du SPP sera assurée par Eric Mamers et son adjointe, la Roumaine Dana Spinant ? On ne voit guère, si ce n’est parler à la presse allemande, ce qu’il fait d’ailleurs très bien selon mes confrères. Mais 17 000 euros par mois, n’est-ce pas exagéré dès lors qu’il s’agit d’argent public et quand on sait qu’une partie de plus en plus grande des tâches de l’exécutif européen sont assurées par des contractuels sous-payés faute de budget suffisant ?

En réalité, ce sont les mauvaises manières instaurées par Martin Selmayr, l’ancien secrétaire général de la Commission, qui se poursuivent. Quoi d’étonnant lorsqu’on constate que la conseillère que Von der Leyen a chargée de l’administration dans son cabinet est la Bulgare Jivka Petkova, une proche de Selmayr qui l’avait imposée dans l’équipe de transition de la nouvelle présidente. En la conservant auprès d’elle, celle-ci a vite compris le parti qu’elle pourrait en tirer, comme le montre le job en or dont hérite Flosdorff.

Jean Quatremer

Article paru dans Libération sous ce titre

mercredi 4 décembre 2019

Il y a 20 ans : Eyes Wide Shut

Les yeux grand fermés de la critique

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"- Tu connais quelqu'un ici, demanda Alice ?"

Au risque de se perdre, un couple de New-Yorkais de la Upper Middle Class, à l'existence bien réglée et aux valeurs qui lui donnent sens, formant comme une bulle qui les protège en les enfermant, à l'image de leur appartement, est plongé, le temps d'une soirée, dans un univers qui n'est pas le sien, celui de la jet set. Formant comme un îlot parmi les danseurs, Bill et Alice, séparés, dérivent bientôt dans ce champ de forces, objets de toutes les séductions, tentant d'opposer leur faible inertie et leur volonté anesthésiée, comme dans un rêve éveillé, au Charme qui les emporte, prenant la forme de deux mannequins pour Bill et d'un séducteur hongrois pour Alice.

Adultère à l'étage vite fait pour Madame ? Triplette coquine pour Monsieur ? Vous n'y êtes pas. Car l'hôte des Harford (Sydney Pollack) a des soucis : la dame avec laquelle il s'envoyait en l'air a des vapeurs. (le Nouvel Observateur)

La distance sociale entre Bill et ses hôtes, brouillée par sa qualité de médecin qui lui sert de passe-partout tout au long du film, apparaît sans équivoque lorsqu'il reconnaît, en la personne du pianiste, un ancien condisciple, qu'il salue de façon aussi convenue qu'inconvenante, déplacée en égard au contexte (à grandes tapes dans le dos), abolissant un instant la frontière entre la scène et la salle et les deux mondes qu'elle sépare. Transgression rapidement interrompue par l'arrivée de deux "employés" du maître des lieux, que Bill hésitera un instant à suivre, quelques minutes plus tard, à son tour sollicité pour ses compétences professionnelles et, inséparablement, remis à sa place, avec à peine un supplément d'égards par rapport au pianiste, qui semble bien incarner le double raté du docteur Harford. Supplément qui vaudra à l'un d'être battu et sans doute assassiné et à l'autre de n'être que suivi et intimidé, comme deux trajectoires strictement parallèles conservant leur écart initial.

Kubrick et son scénariste, Frederic Raphael (un exilé comme lui), semblent singulièrement déphasés en ce qui concerne la vie new-yorkaise, et moralisateurs dans leur condamnation dégoûtée de la dépravation des nantis (principalement incarnée par Victor, le personnage joué par Sidney Pollack). (Libération)

Si Alice est à la fois consciente de l'existence de forces qui la gouvernent et attentive, parce que décalée, à l'étrangeté et au danger des mondes qui l'entourent, tel n'est pas le cas de Bill qui, médecin et se vivant totalement comme tel (véritable archétype de feuilleton télévisé, qu'il ausculte une patiente, ranime la victime d'une overdose, réconforte la fille d'un défunt ou mente à sa femme pour cause de secret professionnel), semble traverser les univers sociaux sans les voir. Cantonnée à une existence de femme au foyer, entretenant, matériellement et symboliquement, la cohérence du rêve éveillé dans lequel vit son mari et le fragile équilibre qui les protège, Alice est en proie à une activité onirique intense, pendant de la lucidité particulière que lui confère sa faible implication dans le réel. Et c'est la conscience aiguë des gouffres insondables au-dessus desquels navigue son mari, avec l'assurance d'un bienheureux, qui provoque un fou rire nerveux et libérateur, faisant éclater cette illusion du réel dont il lui demande d'être garante.

Sa fidèle épouse lui avoue qu'elle se serait bien tapé un officier de marine, et que d'ailleurs le fantasme la hante. Notons au passage la constance des toquades de la belle, qui sélectionne à l'évidence ses amants putatifs au rayon séries télévisées. (le Nouvel Observateur)

A la manière du jeune Marcel et des héros hitchcockiens, c'est à dire de tous les petits-bourgeois qui croient au spectacle d'un monde qui se donnerait d'emblée dans sa vérité objective, mais aussi avec le même moteur - la sexualité - le docteur Harford passe alors progressivement de l'autre côté du miroir. Promenant, comme un sésame, sa carte de médecin, à laquelle il s'identifie tout entier, il commence une errance dans la ville qui le mène, en une nuit, de bas en haut de l'échelle sociale, comme s'il cherchait à se situer dans un monde où il se découvre en porte-à-faux.

Un vrai catalogue de situations de baise, mais sans la baise (Tom Cruise reçoit les avances d'une orpheline, d'une Lolita vendue par papa, d'une jeune prostituée puis de sa copine, sans oublier l'attitude ouvertement provocante d'un employé d'hôtel). Catalogue qui culmine dans la grande scène partouzarde, où il mate (sans toucher) des couples aux visages couverts de masques vénitiens... (le Nouvel Observateur)

Egaré dans un quartier qui n'est pas le sien, il est pris à partie dans la rue par des jeunes pour qui son hexis l'identifie à un homosexuel, comme souvent le bourgeois maniéré perçus par les classes populaires (où la virilité fonctionne comme capital). Il se laisse ensuite entraîner par une prostituée, jouant maladroitement au client, peu enclin à l'amour vénal, dont il ignore tout des codes, emprunté et une fois de plus déplacé, retrouvant des réflexes, quasi-professionnels, de bon samaritain, face à une "lady in distress" à laquelle il apportera un cadeau le lendemain. Ce n'est qu'à ce moment qu'il abusera du charme que lui donne sa condition sociale sur une autre femme (avec la même autorité qu'avec la cafetière, sa secrétaire, ou à la réception de l'hôpital) qui résiste difficilement à son emprise, un peu comme Alice face au Hongrois, pour le ramener finalement à un autre ordre de réalité qu'il connaît bien, la maladie et, du même coup, à ce qui fonde son être social (cette scène est rigoureusement symétrique à celle où il est invité, devant le lit du défunt, à passer du rôle de médecin à celui d'amant, basculement de cadre dont sa femme lui a suggéré la possibilité quelques heures auparavant).

Un homme impuissant, refusant le passage à l'acte, toujours placé en infériorité vis-à-vis de ses partenaires. Le nanisme de Tom Cruise est l'un des effets visuels les plus saisissants du film. Cet écrasement progressif de la figure d'une star de cinéma, la mise en pièces de son machisme n'était donc envisageable qu'avec un comédien qui portait en lui cet amoindrissement. (Le Monde)

Univers suivant, en accord avec le quartier, la boîte aux trois quarts vide où se produit l'ancien condisciple devenu pianiste et qui, comme Bill, doit à sa profession de passer d'un espace social à un autre, mais quant à lui par la porte de service, sans ambiguïté possible sur la position qu'il occupe, celle de la muse vénale de Baudelaire . Structure de position déjà évoquée au sujet de la scène de réception et que l'on retrouve, dramatisée, au cours de la soirée masquée dans laquelle s'introduit Bill, se mêlant à la foule en se pensant invisible, alors que le pianiste, lui, joue les yeux bandés. Car au-delà de la sexualité qui sert, ici encore, d'appât et de moteur à l'action, c'est encore à l'exploration d'un univers social dont il ne fait objectivement pas partie que se livre le docteur, utilisant pour une fois un autre mot de passe que son identité professionnelle, dans un lieu où ce pouvoir n'a pas cours, ce qui lui vaut de sortir du point aveugle qu'il occupait au cours de la réception. Entraîné, exactement de la même façon, par deux femmes qui ne le distinguent pas des invités légitimes, il est interrompu, exactement de la même façon, mais cette fois mis à nu et renvoyé à sa condition, tout son comportement trahissant, à son insu, avec ou sans masque, qu'il n'est pas de cette société et qu'il ne peut pas en être, aussi sûrement que son hexis le désignait à ses agresseurs dans la rue.

Brouter de la chatte à travers un masque rigide est peut-être l'idée qu'il se fait de l'érotisme ou de la décadence, mais c'est aussi navrant que tous ces seins au moule et ces jambes au mètre dont il semble se repaître.(Libération)

Dans le même temps où Bill explore les différents univers qui composent le monde social et particulièrement le monde du pouvoir, Alice vit l'équivalent dans ses rêves où, livrée aux hommes, elle tient plus ou moins le rôle de l'inconnue qui se sacrifie pour Bill lors de la soirée masquée, occupant d'ailleurs, dans le champ du pouvoir, une position proche de celle du pianiste, et donc de Bill, à qui elle essaie à son tour d'ouvrir les yeux, avant qu'il ne soit trop tard. Au terme de ce voyage initiatique qui met en cause inséparablement l'expérience objective et subjective du monde, la révélation du point de vue aveugle qu'occupait Bill dans l'espace social, le porte au bord de la névrose. Et Ziegler a beau jeu de tenter de renvoyer dans l'ordre du simulacre et du fantasme une vérité avec laquelle il est presque impossible de vivre, dévoilée par une trajectoire qui est sans doute à l'origine de la "vocation" du cinéaste. Car s'il est vrai, comme le pense Bourdieu, que Frédéric avec son indétermination sociale est le double de Flaubert (qui convertit un "destin" en "parti" générateur de l'œuvre) alors Kubrick entretient le même rapport avec le Dr Harford (vivant en une nuit toutes les vies comme en rêve, proche en cela de sa femme qui se réfugie dans la fiction et donc du "point de vue de l'auteur"). La réception critique du personnage de Bill évoque d'ailleurs irrésistiblement la réception critique du personnage de Frédéric (et l'interprétation de son "impuissance"). Et le bêtisier de la réception démontre sans doute que la dénégation, au sens freudien et inséparablement au sens social, "les yeux grands fermés", agit comme un mécanisme de protection indispensable à tous ceux qui occupent la position de Bill, petits invités dans le monde du pouvoir et pouvant cultiver l'illusion d'en être, à condition de ne pas voir et de ne pas subir l'oppression qui frappe leurs homologues, moins privilégiés par leur profession, sur le front social.

Kubrick savait tout de tout, mais rien des humains. (Le Nouvel Observateur)

Cette position est en effet bien souvent celle du critique ou du journaliste. Et la réduction de l'œuvre à "la crise du couple" à travers une analyse purement psychologisante à peine dissimulée sous un vernis psychanalytique, mais aussi à un simple discours, "moralisateur" pour les uns, "humaniste" pour les autres (a-t-on oublié Hitchcock considérant, d'après Truffaut, que "le monde est une porcherie"), permet encore d'éviter de regarder dans le miroir tendu par le réalisateur, en évacuant la dimension sociale, pourtant évidente, à peu près jamais évoquée par les commentateurs, manifestement experts en vie New-Yorkaise et en transgressions sexuelles (et il faudrait ici comparer la réception de Romance et celle de Eyes wide shut pour prendre la mesure du "rêve éveillé" des commentateurs, aux existences qu'on devine bien rangées - et pour cause -, se bluffant eux-mêmes à travers des surenchères dignes d'une cour de récréation, dont on a donné ici un petit aperçu : "Bite, couilles, chatte, voilà, je l'ai dit" pouvait-on lire dans le Monde à la sortie de Romance). Le livre de Daniel Schneiderman, "Le journalisme après Bourdieu" fournit de ce point de vue une multitude d'exemples de cette naïveté, illusion d'en être quand on n'en est pas, qui serait attendrissante si elle ne contribuait pas à entretenir le narcissisme généralisé qui interdit de regarder la réalité en face (éventuellement pour pouvoir la changer) : le journaliste serait celui qui, ayant choisi d'informer, "renonce à signer les traités", et pas du tout l'homologue d'un Dr Harford qui n'incarnerait que l'acteur Tom Cruise formant un couple de niais (?) avec l'actrice Nicole Kidman… Et cette déréalisation permanente du monde est fondée sur un point de vue en quelques sorte "sorti du rang", d'autant plus aveugle qu'il naît d'une expérience au monde social tout à fait particulière, une position dominée dans le champ de pouvoir qui, pour être conservée, doit impérativement s'ignorer en tant que telle au prix du mensonge à soi-même appuyé sur de fortes convictions éthiques qui permettent de se dissimuler et aussi de dissimuler aux autres toute une série de demi-trahisons, imposées par une position en porte-à-faux. Et il ne manque pas de Ziegler pour entretenir ce mal de voir au quotidien, en renvoyant mécaniquement la réalité la plus criante et la plus impensable à l'ordre du "fantasme" et du "simulacre". De ce point de vue, "la guerre économique" elle aussi est "jolie" et l'on se prend à regretter que le Docteur Harford ne se soit pas introduit dans un conseil d'administration plutôt que dans une orgie, même si toute l'œuvre de Kubrick comme dépassement de ce point de vue aveugle (comment ne pas penser à la trajectoire du lieutenant des Sentiers de la gloire, pris entre l'horreur du front et l'arrière des généraux, à la violence de la rue mise en balance avec la violence légale et médicale dans Orange Mécanique, au parcours de Barry Lindon…), fournit les éléments qui permettent de penser la réalité, au terme d'une vie entièrement consacrée à la fiction.

Fidel Castré

1904

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"Le Père de Foucault disait .."Jésus a tellement pris la dernière place que personne n'a pu la lui ravir". Je te joins une icône "écrite " par une petite sœur, ce sont les Béatifiés d'Oran, Mohamed, le chauffeur et ami de l’évêque Claverie est dans le coin en bas à droite, sans auréole....!"

Petite Soeur Christiane-Yvonne de Jésus, la très chère tante du Concierge, qui, il y a bien longtemps, penchée sur son berceau, sans aucune Fée Carabosse en vue...

mardi 26 novembre 2019

Il y a 88 ans : "P le Maudit"

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dimanche 24 novembre 2019

Il ya 11 ans : cours de géographie

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samedi 23 novembre 2019

Force et limite du film « Adults in the Room » de Costa-Gavras

Dans son dernier film, le réalisateur s’emploie à dénoncer le comportement brutal des dirigeants politiques européens durant la crise grecque de 2015. Une démarche fort louable. Mais il est regrettable qu’il passe sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période.

Costa-Gavras est un grand cinéaste dont l’œuvre cinématographique indique un engagement permanent dans la lutte contre les injustices. Les films politiques qu’il a réalisés contribuent à lever le voile sur des périodes noires, dramatiques du XXe siècle : Z (qui porte sur les luttes politiques en Grèce au cours des années 1960), Missing (la dénonciation des méthodes répressives des dictatures du Sud de l’Amérique latine dans les années 1970 et le soutien que leur apportait le gouvernement des États-Unis), L’Aveu (dénonçant les procès staliniens dans le bloc soviétique), Amen (mettant en évidence la passivité, voire la complicité, du Vatican face aux crimes des Nazis et à l’holocauste), Le Capital (une dénonciation du capitalisme contemporain). Ces films font partie du patrimoine culturel commun de ceux et celles qui luttent pour mettre fin aux injustices.

Le film Adults in the Room enrichit cette œuvre et il est très positif qu’après Z, Costa-Gavras consacre à nouveau un film à des événements qui concernent la Grèce et qui ont secoué l’Europe en 2015.

Varoufakis, le témoin clé

La cible principale du film est le comportement brutal des dirigeants politiques européens à l’égard du gouvernement grec, leur acharnement à empêcher le gouvernement d’Alexis Tsipras de rompre avec l’austérité imposée par ces mêmes dirigeants européens à travers les mémorandums (Memorandum of Understanding ou MoU) qui, comme l’affirme Yanis Varoufakis dans le film, ont bénéficié aux grandes banques allemandes et françaises sur le dos du peuple grec.

Pour construire sa narration, Costa-Gavras a repris celle contenue dans le livre écrit par l’ancien ministre des Finances au point qu’il a donné à son film le même titre, Adults in the Room.

En s’appuyant sur le témoignage de première main de Varoufakis, Costa-Gavras a réussi à révéler au grand jour le comportement totalement antidémocratique des dirigeants européens. C’est un élément important.

Des éléments oubliés

Bien sûr, il est impossible de présenter en deux heures dans toute sa complexité ce qui s’est passé en Grèce et en Europe au cours d’une période de six mois. Néanmoins, il est regrettable que Costa-Gavras ait passé sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période. Ainsi, il ne fait pas état des marques de solidarité qui se sont exprimées en Europe à l’égard du peuple grec à des moments clés des négociations. Varoufakis les mentionne pourtant dans son livre et il aurait été possible de montrer que pendant que se déroulaient d’interminables négociations à Bruxelles ou dans d’autres lieux (Francfort ou Athènes), avaient lieu des manifestations de soutien au peuple grec qui ont réuni des milliers de personnes. Varoufakis reconnaît lui-même que ces manifestations ont été fortes les rares fois où Tsipras et lui-même ont montré publiquement des signes de résistance à la Troïka. De même, il aurait été également fondamental d’insister davantage sur des citoyennes et des citoyens en Grèce alors que Costa-Gavras ne les montre qu’à travers les vitres de l’automobile dans laquelle se déplacent Varoufakis et Tsipras un peu après la formation du gouvernement à la fin janvier 2015.

Un peuple absent

À l’exception d’une scène où Varoufakis se trouve au restaurant avec des amis, le peuple est littéralement absent du film. Celui-ci a l’apparence d’un huis clos fait de discussions sans fin et Costa- Gavras a du mal à faire ressortir les étapes de la négociation. Même si le cinéaste affirme s’en tenir à la narration présentée par Varoufakis, deux éléments tout à fait fondamentaux sont présentés de manière profondément déformée. Le premier élément : Costa-Gavras fait comme si Tsipras et Varoufakis s’étaient opposés jusqu’au référendum de juillet 2015 à la poursuite du mémorandum alors que Varoufakis reconnaît que le 20 février et les jours qui ont suivi il a accepté au nom du gouvernement grec le prolongement pour une durée de quatre mois du mémorandum qui était en cours d’exécution et qui devait expirer à la fin février 2015.

Non seulement Tsipras et Varoufakis ont été d’accord de prolonger le mémorandum mais ils ont en outre poursuivi les privatisations auxquelles ils avaient promis de mettre fin et ils ont vidé les coffres de toutes les institutions publiques afin de rembourser les créanciers de la Troïka. Alors que Varoufakis explique dans son livre qu’il a proposé aux autorités chinoises de finaliser l’acquisition de l’ensemble du Port du Pirée et d’y ajouter la vente des chemins de fer grecs, il n’y est pas fait référence dans le film.

Une version trompeuse

Le second élément qui est déformé concerne la façon dont le noyau autour de Tsipras a réagi à la victoire du Non au référendum. Il faut rappeler que Tsipras en convoquant le référendum pour le 5 juillet avait appelé le peuple grec à voter pour le Non afin de refuser les exigences des créanciers. Dans une des scènes finales du film on voit Tsipras et ceux qui l’entourent se féliciter avec enthousiasme de la victoire du Non alors que Varoufakis explique lui-même qu’il est convaincu que Tsipras misait sur la victoire du Oui afin d’avoir la légitimité pour capituler. Donc ici Costa-Gavras a pris la liberté de ne pas suivre la narration de Varoufakis et de donner une version trompeuse de ce qui s’est passé réellement. La vérité est que Tsipras a été surpris par la volonté du peuple grec de résister encore une fois aux créanciers en votant pour le Non à plus de 61 %. Plusieurs témoins clés sont formels : quand Tsipras et son entourage ont appris la victoire du Oui ils n’ont manifesté aucun enthousiasme. Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec et, à ce moment-là, amie de Tsipras, le dit très clairement. Varoufakis d’ailleurs ne prétend pas le contraire.

Une liberté oubliée

Par contre, sur un autre point, Costa-Gavras a décidé de respecter la narration de Varoufakis qui dans son livre de 500 pages ne fait aucune mention de l’audit de la dette grecque qui était en cours en Grèce pendant le premier semestre 2015. Pourquoi Costa-Gavras qui a pris la liberté d’inventer de toutes pièces une scène de célébration de la victoire du Non n’a-t-il pas exercé sa liberté de créateur pour ajouter dans son film les travaux de la commission pour la vérité sur la dette grecque, commission créée par la présidente du parlement avec le soutien officiel de Tsipras et de Varoufakis ? Alors que le thème de la dette est présent de manière permanente dans le film, pourquoi omettre l’existence des travaux de cette commission alors que celle-ci retenait toute l’attention d’une partie importante du peuple grec ? C’est d’autant plus surprenant et décevant que dans le générique Costa-Gavras fait référence au film L’audit de la dette grecque réalisé par le cinéaste Maxime Kouvaras en collaboration avec le CADTM. Ce documentaire, cité par Costa-Gavras, est entièrement consacré aux travaux de la commission ainsi qu’à la solidarité qui s’est exprimée en Europe en soutien au peuple grec. Il revient aussi sur le non-respect par Tsipras de la volonté populaire exprimée lors du référendum du 5 juillet 2015.

Une image lissée

D’autres critiques peuvent également être adressées au film : le comportement de la directrice du FMI, Christine Lagarde, et l’attitude d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie de l’Industrie et du Numérique du gouvernement Valls sont présentés de manière erronée. Costa-Gavras dresse d’eux un portrait de personnes respectueuses de la volonté du gouvernement grec et faisant preuve d’empathie à l’égard du peuple grec alors qu’en réalité les deux faisaient front avec les autres dirigeants européens pour mettre le gouvernement grec au supplice et détruire les espoirs de son peuple.

Les critiques que je viens d’exprimer ne m’empêchent pas de remercier Costa-Gavras d’avoir consacré un film au traitement totalement inique auquel a été soumis le gouvernement et le peuple grecs en 2015. Cela offre l’occasion une fois de plus de débattre des leçons à en tirer et de la stratégie à adopter pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. J’aurais évidemment préféré que le film montre qu’un autre scénario était envisageable et qu’il était possible de vaincre le comportement antidémocratique et les politiques austéritaires dictés par les créanciers.

Article d'Eric Toussaint publié dans le journal Le Soir, le 20/11/2019 et repris du site du CADTM

Comment il était possible d’obtenir une victoire contre les créanciers de la Grèce et quelle stratégie en Europe

Le but de cet article est d’expliquer qu’il y avait une alternative à la politique brutale menée par la Troïka contre le peuple grec et contre le gouvernement Tsipras. L’alternative aurait dû venir du gouvernement Tsipras car celui-ci avait reçu un mandat clair de rupture avec l’austérité et avec la Troïka.

Il ne fallait pas s’attendre à une attitude conciliante de la part des autorités européennes. Il ne fallait pas multiplier les concessions. Il était possible de résister et de remporter une victoire en faveur du peuple grec et des autres peuples.

Les facteurs qui ont conduit au désastre peuvent être énumérés de la manière suivante : le refus du gouvernement Tsipras de prendre des mesures d’autodéfense face à la politique agressive de la BCE, des gouvernements européens, de l’Eurogroupe et du FMI ; le refus de Tsipras et de Varoufakis de faire payer les riches ; le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale en soutien au peuple grec ; le maintien de la diplomatie secrète et l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats ; le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes, etc.).

Pourtant le dénouement tragique n’était pas inéluctable. Il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Cet article montre qu’à plusieurs moments décisifs au cours des six premiers mois du gouvernement Tsipras, il était possible et nécessaire d’appliquer une autre politique que celle qui a été suivie. Dans la conclusion, l’article porte sur la scène européenne et avance une orientation internationale.

Lire l'intégralité de l'article d'Eric Toussaint paru sous ce titre sur le site du CADTM

Les mamelles de Zaballah

Les médias français ayant abandonné l'information sur la Tunisie (sans doute à la fois trop "complexe" et en fait trop miroir déformé de la situation française), le Musée de l'Afrique tentera d'assurer ce service public. Mention spécial pour Médiatarte ayant offert un discours de vœux moustachus du Nouvel An au Pt Marzouki l'année de son élection, qui a joyeusement lâché le dossier (et son titulaire pour le remplacer épisodiquement par une rescapée de "Nawaat" dont l'acte de décès tarde à être signé...), trop subtil pour le Moustachisme, pour se consacrer à des affaires de mœurs en style "Nouveau Détective (Moustachu)" (NDM)... (Le Concierge)

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Le leader historique du parti Ennahdha, Zaballah, a été élu ce 6 Octobre 2019 président du Parlement. Il a bénéficié du soutien du parti de Nabil Karoui, comme je l'avais prédit, et vlan ! dans la gueule des Ben Simpsons. Mais c'est quand même incroyable, quand on y pense, ce phénomène de Zaballah que se coltine encore et toujours la Tunisie depuis 40 ans. Alors que nous avons fait élire un président hors-système, un vrai candidat du peuple, nous constatons que Zaballah continue à mener le jeu politique dans le pays...

La nomination toute récente du premier ministre Habib Jemli, inconnu du bataillon, chargé de former un nouveau gouvernement, montre combien un âne ou un mouton auraient tout aussi pu faire l'affaire, tant qu'ils sont issus de la même basse-cour Halal d'Ennahdha. Jemli prétend avoir été déniché par Zaballah au ministère de l'agriculture (comme par hasard ) et ce pour, ne rigolez pas, ses prétendues compétences !

Certes, Ennahdha a gagné les législatives et c'est la loi qui l'oblige à choisir un chef de gouvernement. Cependant depuis que ce parti a pris les rênes du pouvoir (2011), son chef Zaballah nomme son personnel politique selon le principe d'allégeance. Sa seule boussole a été la"moutonnabilité" de ses employés chargés à leur tour de "moutonniser" le peuple. L'écologie, l'urbanisme, l'économie, l'emploi ou encore les nouvelles technologies, il ne connait pas. Son seul dada c'est l'administration des bergers et du bétail humain. L'allahisme, religion qui sied bien à la philosophie du troupeau, est donc un excellent instrument pour asseoir son système. Le reste n'est qu'une histoire de branchement de conduits et de juste équilibrage entre les flux d'argents des pays du golfe et des mafias locales. C'est ça le système Zaballah !

Rendez-vous compte chers amis, que c'est depuis 40 ans que dame Tunisie se coltine ce médiocre personnage. Même lorsqu'il n'était pas au pouvoir, sous Bourguiba et Zaba, il avait déjà réussi à marquer de son empreinte le pays. C'est lui qui a donné de l'eau au moulin des deux dictatures qui s'étaient contre lui posées en rempart. À son retour de l'exil après la révolution, Zaballah a polarisé la vie politique et a su rendre aveugle la bourgeoisie qui a redoublé d'arrogance et de connerie en focalisant sur lui toute son attention. À cause de Zaballah, ils ont voté pour Essebsi et Karoui et sans lui, n'aurait jamais existé une Abir Moussi.

Extrait de l'article publié sous ce titre par le blog Débat-Tunisie

mardi 19 novembre 2019

L'annulation de la manifestation des Gilets Jaunes à Paris a été préméditée

C’était la date anniversaire : un an que des gens anonymes se réunissent le samedi pour protester. Contre l’augmentation du prix du diesel, ricanent certains, jamais confrontés à ce problème. La manif étant autorisée par la Préfecture, partant de la place d’Italie, à deux pas de chez moi et mon mari y allant, c’était tentant. J’y vais, pour la première fois, par solidarité. Nous arrivons mon mari et moi vers 10 heures trente : le rassemblement a déjà commencé au centre de la place d’Italie. Des gens arrivent, de différents côtés, de tous âges, simples, des sourires, des regards, une ambiance chaleureuse. Déjà les deux voies du départ, parcours pourtant choisi par la Préfecture, sont bloquées par une double rangée de casques à visière. Ils commencent peu après à dégoupiller les lacrymo et, le bras en arrière à viser les gens qui bavardent, tranquilles. Ils suivent de l’œil la trajectoire, se déplacent de quelques pas pour éviter l’impact puis reprennent leur conversation.

Un gars très sympa me demande si je suis équipée ? Non pas du tout. Il tire de son sac à dos un masque de papier et des doses de sérum physiologique qu’il me tend. Je m’étonne que ces fumées de lacrymo n’affectent pas—ou si peu—la bonne humeur générale : on voit que les manifestants présents sont rôdés. Une figure des G.J. comme on dit, vient d’être interviewé. Je l’accroche par la manche, je le congratule. Lui me remercie de ma présence : « Il y en a tant, surtout de votre âge, qui se fichent de ce qui arrive aux autres ». Il m’embrasse. Tout ça est spontané, chaleureux. Jérôme Rodrigues parle aussi un peu plus loin face caméra. Je salue l’exercice : difficile de raconter toujours la même chose en gardant sa spontanéité. En fille d’ophtalmologiste, j’observe aussi son œil artificiel : du bon boulot, bravo à l’équipe chirurgicale.

Les jets de lacrymo pleuvent avec une belle régularité sur des gens immobiles. Une jeune femme, une habituée, s’interroge : « Mais pourquoi ils bloquent l’endroit d’où on va partir ? Un autre lui répond : « Bah, parce que c’est pas encore l’heure ; on a l’autorisation pour 14 heures ». Elle poursuit, têtue : « Non, ils barrent les voies autorisées (boulevard Auriol et de l’Hôpital) et pas les autres (Italie, Blanqui et Bobillot) : ça sent la nasse.

Un J.G. signale des gars en noir cagoulés devant le Mac Do. J’essaie de voir mieux. Trois minutes plus tard, on entend le bruit d’une vitrine qui dévale, celle de la banque HSB, je ne sais quoi, bruit très vague parce que les lacrymo crépitent toujours. Désormais des gars en noir se déplacent, vaquent sans bruit avec rapidité, discrétion et efficacité, tranquillement, comme des gens qui font leur boulot. Ils mettent le feu à une poubelle, jettent sur la voie des barrières de chantier en ferraille. (Pourquoi n’ont-elles pas été enlevées par la Mairie ? Fait exprès ? ). J’aurai bien aimé demander au gars en noir qui s’agitait non loin de moi le but de son activité — il n’avait pas l’air d’improviser—, mais il était très concentré, pas vraiment du genre liant. Serait-ce, avec d’autres, un flic infiltré ? Je n’ai pas tenté le coup.

Comme il était déjà près de midi trente, que ça piquait un peu —froid plus lacrymo— et que le chemin risquait d’être long jusqu’à la Bastille, j’ai entraîné mon époux boire un bouillon chez nous. Les claquements des tirs de lacrymo continuaient bruyants. Il a voulu retourner au front. J’ai choisi de déclarer forfait mais au bout de dix minutes environ, je m’inquiète, je culpabilise et je sors. Devant chez moi, des jets de lacrymo l’un après l’autre et des jeunes gens qui s’enfuient vers le bout de la rue. Je croise un grand Nordique, ses yeux verts rougis et larmoyants. Il me dit avec un accent guttural : « ça s’appelle la dictature, madame. » Je lui demande : « Vous étiez à la manif ? » Il me répond : « Non, je suis un touriste » ? Bienvenue à Paris, vitrine de notre belle France des droadelom ! Je continue quand même jusqu’à la rue Bobillot : fermée, barrage. Un rondouillard casqué qui dégoupille ses lacrymo plus vite que Rambo m’ordonne de «dégager» donc de retourner sur mes pas . Ah non, lui dis-je, j’habite la rue derrière (vers où il tirait). Il aboie de nouveau, le regard mauvais: ces vielles peaux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, une source potentielle d’emmerdes ! Je tourne les talons ; je prends ma rue, vide, il n’y a plus personne. À côté de moi, le sifflement de la bombe lacrymo qui passe avec sa fumée et va exploser un peu plus loin : le grassouillet n’a résisté au plaisir d’en balancer une !

Arrivée chez moi, à l’image sur l’écran de mon ordi du Préfet de Police de Paris, qui annonce que « compte tenu des troubles », la manifestation est annulée. Le reportage se poursuit avec « la figure » qui m’embrassait tout -à- l’heure et qui brandit devant la camera l’autorisation de manifester en bonne et due forme avec cachet de la Préfecture.

Monsieur Lallement, vous mentez. La décision d’annuler la manifestation, n’a pas été prise à cause des troubles mais bien avant. C’était programmé, prémédité. Vous aviez verrouillé dès le matin les voies d’accès à la Bastille — vous connaissiez bien le parcours pour l’avoir vous-même autorisé. Vos hommes ont commencé à canarder et à enfumer alors qu’il y avait encore peu monde sur la place, que tout était calme et joyeux. Vos sbires ont laissé passer les gars en noir, très reconnaissables, qui, si mes renseignements sont bons, sont fichés par vos services et donc faciles à intercepter. Aucun de vos « forces de l’Ordre » si mal nommées, n’a eu la curiosité d’interroger— ce que je n’avais osé faire au risque d’un coup en pleine poire — ces garçons discrets, très affairés, visiblement très « pro », sûrs quant à leurs intentions et… leur commanditaire. Un mauvais esprit avancerait que si ce n’est vous, monsieur le Préfet, c’est donc votre frère. En tous cas, bravo pour un scénario dont le point d’orgue serait votre décision « responsable » d’interdiction de la manifestation. Pas de chance pour vous le jour où l’un de vos sous-traitants, pris de remords, caftera, mais vous coulerez sans doute alors une retraite dorée, dans monde jeté dans le chaos grâce à des hommes d’Ordre qui vous ressemblent.

Votre intervention a évoqué pour moi l’époque où une poignée de résistants tenait tête au pouvoir collabo, avec la complicité — ou la trouille— d’une bonne partie du pays comme aujourd’hui. Mais à la fin, ce sont les « fauteurs de troubles » qui ont fait l’Histoire. Après la paraphrase d’un mauvais goût assumé : « Télé Paris ment, les médias sont Lallement », je tire mon chapeau aux hommes (et femmes) qui, en dépit de vos mensonges, de vos gazages et autres gracieusetés ont le courage de continuer chaque semaine à battre le pavé.

P.S. J’ai retrouvé mon mari indemne. Il n’est pas parfait mais j’y tiens.

Edith Garnier

L'article d'Edith Garnier a été originellement publié sur le site de la Librairie Tropiques sous le titre "Radio Lallement ment ".

Edith Garnier est l'auteure de L'alliance impie : François Ier et Soliman le Magnifique contre Charles Quint (1529-1547), Éditions du Felin, 2008 et de Guillaume du Bellay : L'ange gardien de François Ier, Éditions du Felin, 2016

mercredi 13 novembre 2019

Il y 10 ans : le prix Nobel de la paix, c'est la guerre

Je suis resté pétrifié en apprenant que Barack Obama s’était vu décerner le prix Nobel de la Paix. C’est un tel choc d’imaginer qu’un président qui mène actuellement deux guerres puisse recevoir un prix de la paix  !

Et puis je me suis souvenu que Woodrow Wilson, Theodore Roosevelt et Henry Kissinger avaient tous reçu le prix Nobel de la Paix. Le comité Nobel est réputé pour ses jugements superficiels, sa rhétorique creuse, ses grands gestes vides et pour ignorer les violations les plus massacrantes de la paix du monde.

C’est vrai, Wilson était réputé pour avoir créé la Société des Nations – cet organe complètement inefficace qui ne fit rien pour prévenir la guerre. Mais il avait bombardé les côtes mexicaines, envoyé ses troupes occuper Haïti et la République dominicaine et entraîné les États-Unis dans la Première Guerre mondiale, certainement dans le top de la liste des guerres les plus stupides et les plus sanglantes.

C’est vrai, Theodore Roosevelt fut le parrain d’une paix entre le Japon et la Russie. Mais il aimait la guerre et participa à la conquête de Cuba par les États-Unis, sous prétexte de la libérer des Espagnols tout en renforçant l’étreinte des États-Unis sur cette petite île. Et, en tant que chef de l’exécutif, il présida à la guerre sanglante qui assujettit les Philippines, félicitant même un général qui venait d’y massacrer 600 villageois sans défense. Le Comité ne décerna pas le prix Nobel à Mark Twain qui dénonça Roosevelt et critiqua la guerre, ni à William James, leader de la ligue anti-impérialiste.

C’est vrai aussi que le Comité trouva judicieux de remettre le prix Nobel de la Paix à Henry Kissinger car celui-ci avait signé le traité de paix qui mit fin à la guerre du Vietnam dont il avait été l’un des architectes. Ce Kissinger, qui accompagna de façon zélée Nixon dans son extension de la guerre, avec le bombardement de villages de paysans au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Ce Kissinger, qui correspond à tous les critères du criminel de guerre, ce Kissinger a le prix Nobel de la Paix  !

Si les mots ont un sens, on ne donne pas un prix de la paix sur la base de promesses – et Obama fait beaucoup de promesses pleines d’éloquence – mais pour des actes réellement accomplis pour mettre fin à la guerre. Et Obama poursuit des engagements militaires inhumains en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

Le Comité Nobel doit retirer son prix et allouer son important montant à une organisation internationale pour la paix qui ne soit pas inspirée par la starmania et la rhétorique. Et aussi qui comprend quelque chose à l’histoire.

Howard Zinn

Paru dans The Guardian

Traduit de l’américain par Benoît EUGENE

Il y a 6 ans : Bradley Manning

La décision que j'ai prise en 2010 est le fruit d'une inquiétude pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les événements tragiques du 11 Septembre, notre pays est en guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi qui a fait le choix de ne pas nous affronter sur un champ de bataille classique. A cause de cela, nous avons dû adapter nos méthodes pour combattre ces menaces faites à notre mode de vie et à nous-mêmes.

Au début, j'étais en accord avec ces méthodes et j'ai choisi d'aider mon pays à se défendre. Ce n'est qu'une fois en Irak, lorsqu'au j'ai eu accès quotidiennement à des rapports militaires secrets, que j'ai commencé à m'interroger sur la moralité de ce que nous faisions. C'est à ce moment que j'ai pris conscience que dans notre effort pour contrer la menace ennemie, nous avions mis de côté notre humanité. En toute conscience, nous avons choisi de dévaluer le coût de la vie humaine en Irak et en Afghanistan. En combattant ceux que nous percevions comme nos ennemis, nous avons parfois tué des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d'en assumer la responsabilité, nous avons décidé de nous retrancher derrière le voile de la sécurité nationale et des informations classifiées afin de ne pas avoir à rendre de comptes publiquement.

Dans notre zèle pour tuer l'ennemi, nous avons eu des débats en interne sur la définition du mot "torture". Pendant des années, nous avons détenu des individus à Guantanamo sans respecter aucun procédure régulière. Nous avons fermé les yeux sur la torture et les exécutions perpétrées par le gouvernement irakien. Et nous avons laissé passer nombre d'autres actes au nom de notre guerre contre la terreur.

Le patriotisme est souvent invoqué quand des actes moralement douteux sont préconisés par des dirigeants. Quand ces appels au patriotisme prennent le dessus sur les interrogations légitimes, c'est généralement au soldat américain que revient la charge de mener à bien des missions immorales.

Notre nation a déjà traversé ce genre de troubles au nom de la démocratie : la Piste des larmes, l'affaire Dred Scott, le Maccarthysme, Internement des Japonais-américains pour n'en citer que quelques-uns. Je suis convaincu que la plupart des actions menées depuis le 11 Septembre seront un jour perçues de la même manière.

Comme le disait feu Howard Zinn, "Aucun drapeau n'est assez large pour couvrir la honte d'avoir tué des innocents."

Je sais que j'ai violé la loi. Si mes actions ont nui à quelqu'un ou aux Etats-Unis, je le regrette. Il n'a jamais été dans mes intentions de nuire à qui que ce soit. Je voulais seulement aider. Quand j'ai décidé de révéler des informations classifiées, je l'ai fait par amour pour mon pays, avec un sens du devoir envers autrui.

Si vous refusez ma demande de grâce, je purgerai ma peine en sachant qu'il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux d'en payer le prix si, en échange, nous pouvons vivre dans un pays basé sur la liberté et qui défend l'idée que tous les hommes et les femmes naissent égaux.

Bradley Manning, le 21 août 2013

vendredi 8 novembre 2019

La Liberté ne vaut que si elle est partagée seulement par les aristos...

liberteSNCF.PNG Saisie d'écran d'une procédure d'achat de billet du 8/11/2019, collections du Musée de l'Europe

Il y a 20 ans...

La SNCF devenait une marque... (Alors qu'il s'agissait encore d'un service public, et même de trains !!! Non ??? Si !!!)

Vous avez plus de 25ans? Ah, il faut le dire? Oh que oui! Vous n'avez pas plus de 60ans? Non, ça se voit quand même! Vous avez un enfant? Vous passez la nuit sur place? Alors c'est -25% sur l'aller et le retour. Ça s'appelle Découverte. Découverte, c'est pas compliqué, comme nom.» Sur les écrans TV, les vendeurs de la SNCF, tout sourire, expliquent aux clients, la mine perplexe, quelles sont les réductions auxquelles ils peuvent prétendre avec le système tarifaire en place depuis fin avril. Originalité de la nouvelle campagne publicitaire des chemins de fer français: il s'agit de vrais vendeurs et de vrais clients filmés en caméra cachée par de vrais journalistes issus de l'agence de presse TV Capa. Bien sûr, il y a eu un casting en interne et les vendeurs, acteurs d'un jour, ont préparé leurs relances. Mais le ton est là: juste, frais, drôle. Imaginé par BDDP, le cru 98 est peut-être le meilleur du lot des pubs-micro-trottoirs inaugurées il y a deux ans.«Il fallait créer une nouvelle communication, en rupture.»explique Anne Vincent, responsable du budget chez BDDP. C'est peu après les grandes grèves de l'hiver 1995, qui coïncident avec l'arrivée à la présidence de Loïc Le Floch Prigent. La SNCF, ébranlée par le mécontentement généralisé à son égard, décide de se remettre en question. Elle lance une vaste enquête auprès de sa clientèle, s'engage à faire bouger les choses en interne comme en externe.«Dans cette communication, on voit une entreprise qui va au devant du public, qui ose entendre les critiques, qui va dans la rue avec les vrais gens»,ajoute Anne Vincent.

La reconquête

C'est un succès. Parce que, comme l'explique Jean-Marie Gerbeaux, directeur de la communication de l'entreprise,«il ne s'agit pas de faire de la publicité pour la publicité, mais de s'appuyer sur de véritables changements».Le trafic reprend, l'accueil et le service s'améliorent, de nouvelles lignes comme l'Eurostar à destination de Londres et le Thalys pour Bruxelles sont plébiscitées.«Nous sommes entrés dans une phase de reconquête et de développement commercial par rapport à la route et à l'avion»,explique Christine Cavasa, chef du département image à la SNCF. Symptomatique de cette nouvelle stratégie, la campagne presse sur le Paris-Lille. Très offensive, elle mettait en parallèle des chiffres (accidents routiers, relevés météo) et les avantages de la liaison par train. Si elle a soulevé le tollé des élus locaux, soucieux de l'image de leur région, elle a atteint ses objectifs commerciaux. Il faut dire que la SNCF revient de loin. Le trafic marchandises est deux fois moindre qu'en 1970 (19% aujourd'hui) et le trafic voyageurs a chuté de 11 à 7% pendant la même période. Les mouvements sociaux à répétition, la valse des présidents à chaque remaniement ministériel, les pots cassés de Socrate, le système informatique, l'endettement massif lié à la modernisation du réseau et au lancement des TGV n'ont guère facilité les choses. Publicitairement, ce n'est pas simple non plus de communiquer sur une entreprise de service public, comme l'explique Jean-Marie Gerbeaux, le directeur de la stratégie (voir entretien). Difficile de faire bouger une société où les avantages des salariés ont été acquis à la sueur de leur front, quand il y a situation de monopole et que les contribuables sont à la fois juge et partie. Pendant longtemps, on a préféré montrer les trains plutôt que les gens qui voyageaient à l'intérieur. D'où une communication un peu lourde, pataude, l'humour n'étant utilisé qu'à doses homéopathiques. Il faudra attendre les années 80 pour entrer véritablement dans une phase publicitaire. C'est à ce moment-là qu'on fait appel à Daniel Robert, l'homme de «La SNCF, c'est possible».«Le slogan est resté. Peut-être parce qu'il caractérisait le changement radical d'image. On disait enfin «Merci le train». On voyait des clients qui embrassaient le contrôleur»,raconte-t-il. Pourtant, le changement ne s'est pas fait dans la douceur.«Je me rappellerai toujours que quand j'ai proposé "La SNCF, c'est possible", j'ai vu se lever une armée de bazookas. J'étais devenu l'homme à abattre, mais j'ai réussi à convaincre et à faire naître, je crois, le sentiment d'appartenance»,ajoute-t-il.

Une nouvelle image

Paradoxalement, ce slogan, réussite publicitaire s'il en est, est trop avant-gardiste. Il ne colle pas avec l'image de la SNCF, qui, malgré des efforts louables, n'arrive pas à décoller. Il y a changement d'agence en 1991, au profit de BDDP. Dans un premier temps, le slogan est conservé, puis, rapidement, une autre signature, plus neutre, est choisie: «Le progrès ne vaut que s'il est partagé par tous». Les couacs liés à l'installation de Socrate en 1993 font cependant chanceler le fragile équilibre trouvé par la SNCF. Il faut recommencer à zéro. Chercher une nouvelle signature, plus volontariste: «À nous de vous faire préférer le train». Abandonner l'image pour l'animation plus didactique et ludique. Il faudra trois ans pour faire oublier Socrate et envisager enfin de construire une image plus sereine de la SNCF.

Stratégies, 20/7/1998

HONTE, HONTE A TOUS /TES CEUX/CELLES qui ont "gouverné" et "gouvernent" encore, ne faisant qu'appliquer les consignes qu'ils/elles ont voté en s'en lavant les mains au Conseil des Ministres Européens des Directives présentées par des chevaux de Troie de l'impérialisme qu'ils/elles ont eux/elles même nommés... (Le Concierge)

samedi 2 novembre 2019

Il y a 55 ans : Allez la France

allezFranceDac.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film de Robert Dhery

Il y a 12 ans : Anne Sylvestre au Trianon

Message personnel du Concierge aux féministes et aux écologistes qui vivent sur les combats d'hier et le capital symbolique accumulé, sans en fait, faire rien, sauf du marketing, soit de la gestion d'assets... Snif et Re-Snif.

anne_sylvestre.PNG Cliquer sur l'image pour voir le concert

vendredi 1 novembre 2019

Un modèle allemand en matière de banques ? Les Sparkassen

Alors que les pays du Nord ont très largement laissé la place à des géants bancaires privés, l’Allemagne – qui est aussi le pays de la Deutsche Bank - compte des centaines de banques coopératives et de banques publiques locales qui représentent près des deux tiers du système bancaire allemand.

Pour l’essentiel, les banques qui opèrent en Allemagne sont donc allemandes et sous contrôle de leurs usagers ou des institutions publiques (État, régions, communes). Le tiers public de ce système est composé des Sparkassen – une myriade de caisses d’épargne locales - et des Landesbanken. Les Landesbanken sont des banques régionales qui à l’origine font office de ‘banque centrale’ des Sparkassen, mais nombreuses sont celles qui ont dévié de leur mission de service public pour s’adonner dans des proportions inconsidérées aux activités spéculatives sur les marchés financiers – la faillite de WestLB et son sauvetage sur fonds publics alimente encore les arguments des opposants au service bancaire public…

Pourtant cette faillite n’était pas plus impressionnante (voire moins) que celles de RBS en Grande-Bretagne ou Dexia en Belgique. Mais elle pose la question des garde-fous et mécanismes absolument nécessaires à mettre en place pour assurer que la mission de telles banques soient respectées, et cela se joue au niveau de la mission, mais aussi de son application, des personnes impliquées dans sa gestion, de la participation des usagers et de la population en général à ces différentes étapes. Cela se joue aussi et surtout au niveau de l’environnement dans lequel ces banques opèrent et le discours hégémonique en faveur de la maximisation du profit. Les réglementations – dont la logique suit celle des grandes banques internationales est de moins en moins adaptée aux petites banques - et les institutions telles que le FMI en appellent a une restructuration du système bancaire public allemand (concentration, ouverture au capital privé) pour une plus grande efficacité… Cette stratégie a fonctionné en Italie, où le statut des banques coopératives a été quasiment détruit, mais les banques publiques allemandes sont suffisamment puissantes et organisées pour défendre leur bout de gras devant les institutions européennes et internationales.

Les Sparkassen ont certes essuyé une partie des pots cassés par les Landesbanken dont elles sont propriétaires, mais elles ont aussi et surtout, parce que l’essentiel de leur activité consiste en du crédit aux entreprises, collectivités et ménages locaux, et parce qu’elles sont très peu exposées aux marchés financiers, été des garantes de continuité et de stabilité du service bancaire pour les usagers – un rôle essentiel en période de crise où l’on a vu toutes les grandes banques restreindre leurs conditions d’accès à leurs services. Les Sparkassen sont des institutions de droit public placées sous la responsabilité des municipalités et dont les profits sont limités et pour l’essentiel réinvestis dans la banque.

Article de Aline Fares paru sous ce titre sur le site du CADTM

Ressources :

« Public Banks in the age of financialisation », ouvrage en anglais, coordonnée par Pr Christoph Scherrer

IMF Report on the German Financial system, June 2016 - Figure 4, page 18

jeudi 31 octobre 2019

Le lynchage du geek charismatique

Il était une fois en Australie,un petit garçon très brillant, devenu étranger aux conventions sociales de son milieu. Sa mère allait de mari en mari, de théâtre en secte, toujours marginale, tandis que le père naturel du garçon était laissé pour compte. Adolescent, il trouva refuge dans le cyberespace, ce qui procura une terre d’élection à son insatiable curiosité. En découvrant cet univers et ses secrets, il sut développer une éthique rigoureuse qui lui serait propre : sa vocation devint la découverte des faits réels en vue de les partager avec le reste du monde. Vivant en dehors des codes sociaux habituels, sa boussole morale était orientée par des principes spontanés . La vérité était la vérité, la déception était mauvaise, les mensonges des puissants devaient être dénoncés. Le péché originel de Julian Assange était le même que celui de Galileo Galilei. Galilée avait péché en révélant au peuple des choses que l’élite du clergé connaissait déjà ou du moins présumait, mais dont elle préférait garder le secret, afin de ne pas ébranler la confiance du peuple dans la doxa canonique répandue par ses autorités.

Assange commit le même péché en créant Wikileaks. La version officielle de la réalité était par lui mise en cause. Tous les mensonges pouvaient être exposés. Les mensonges, l'hypocrisie, la brutalité inhumaine des États-Unis et leurs obligés dans leurs guerres d'hégémonie mondiale étaient de loin les aspects les plus sensibles de ces révélations. Car, pour Assange, les prétentions de la "Nation d'exception" reposaient tout simplement sur le mensonge et la dissimulation.

Lire la suite de l'article de Diana Johnstone, paru sous ce titre sur le site de la librairie Tropique

samedi 26 octobre 2019

Audience physique de Julian Assange du 21 octobre 2019

Finalement, Baraitser s’est tournée vers Julian et lui a ordonné de se lever et lui a demandé s’il avait compris. Il a répondu par la négative, et a dit qu’il n’arrivait pas à réfléchir, et a donné toutes les apparences d’une personne désorientée. Puis il a semblé retrouver une force intérieure, se redressa un peu et a dit :

« Je ne comprends pas en quoi ce processus est équitable. Cette superpuissance a eu 10 ans pour se préparer et je ne peux même pas accéder à mes écrits. Il est très difficile, là où je suis, de faire quoi que ce soit. Ces gens ont des ressources illimitées. »

L’effort semblait alors devenir trop important, sa voix a faibli et il est devenu de plus en plus confus et incohérent. Il a parlé de lanceurs d’alerte et d’éditeurs étiquetés comme ennemis du peuple, puis il a parlé du vol de l’ADN de ses enfants et de l’espionnage dont il a fait l’objet lors de ses rencontres avec son psychologue. Je ne dis pas que Julian avait tort sur ces points, mais il n’a pas été en mesure de les formuler correctement. Il n’était manifestement pas lui-même, très malade et c’était terriblement douloureux à regarder. Baraitser n’a montré aucune sympathie et n’a pas paru s’en soucier. Elle a sèchement fait remarquer que s’il ne comprenait pas ce qui s’était passé, ses avocats pouvaient lui expliquer, puis elle est sortie de la salle.

Toute cette expérience fut profondément bouleversante. Il était très clair qu’il n’y avait aucune véritable considération juridique en l’espèce. Ce à quoi nous avons assisté, c’est une démonstration ouverte du pouvoir de l’État et une dictée ouverte des procédures par les Américains. Julian était dans une boîte derrière une vitre blindée, et moi et la trentaine d’autres membres du public présents étions entassés dans une autre boîte derrière une autre vitre blindée. Je ne sais pas s’il pouvait me voir ou voir ses autres amis au tribunal, ou s’il était capable de reconnaître quelqu’un. Il n’en a donné aucun signe.

A Belmarsh, il est maintenu en isolement 23 heures par jour. Il a le droit de faire de l’exercice pendant 45 minutes. S’il doit être déplacé, ils évacuent les couloirs avant son passage et ferment toutes les portes des cellules pour s’assurer qu’il n’a aucun contact avec un autre prisonnier en dehors de la courte période d’exercice strictement supervisé. Il n’y a aucune justification possible pour que ce régime inhumain, utilisé contre les grands terroristes, soit imposé à un éditeur en détention préventive.

J’ai couvert et protesté pendant des années contre les pouvoirs de plus en plus autoritaires de l’État britannique, mais le fait que les abus les plus flagrants puissent se faire aussi ouvertement est toujours un choc. La campagne de diabolisation et de déshumanisation contre Julian, basée sur les mensonges, les uns après les autres, du gouvernement et des médias a conduit à une situation où il peut être lentement tué sous les yeux du public, et accusé de publier la vérité sur les méfaits du gouvernement, sans recevoir aucune aide de la société "libérale".

Si Julian n’est pas libéré sous peu, il sera détruit. S’ils réussissent, qui sera le suivant ?

Craig Murray ex-ambassadeur de la Grande-Bretagne

Bonus !

Unes de Mediapart des 21, 22 et 23 octobre

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mediapart2210.PNG

mediapart2310.PNG Collections du Musée de l'Europe

Bonus 2

mediapart25_0.PNG Une du 25/10/219...

assangemediapart.PNG Une du 12 avril 2019...

Pour rappel... d'investigation...

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