Musée de l'Europe et de l'Afrique

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dimanche 9 décembre 2018

Colère populaire contre grands actionnaires

On sait que les riches et autres grands bourgeois, les 1 %, produisent 100 fois plus de CO2 que les plus pauvres. Le rapport entre un gilet jaune au SMIC et celui qui gagne 5 à 10 fois plus, s’il n’est pas de 100, pourrait bien être de 30 ou plus. Il est insupportable de faire porter le chapeau de la bataille écologique à ceux qui n’ont pas d’autres moyens pour gagner leur vie que d’utiliser leur voiture ou d’émettre du CO2 pour chauffer des habitats passoires thermiques. Ils ne sont pourtant pas responsables de l’éloignement du travail, des services publics, des écoles, des supermarchés, de l’habitat inadapté, etc. Ils ne sont pas plus responsables d’être si mal payés qu’ils doivent rouler avec de vieux diesels faute de transports collectifs et d’horaires adaptés. Moins d’une centaine de multinationales produisent plus de la moitié des GES émis sur la planète. À travers le lobbying, les portes tournantes des énarques, le travail des super cadres et autres patrons, les grands actionnaires dirigent le monde. Macron n’est que le serviteur de leurs basses œuvres, peut-être un athlète du QI, mais un total handicapé de l’humain. Ils croyaient avoir trouvé leur champion, ils ont fait élire un jeune imbécile prétentieux, Jupiter XVI. Le peuple contre les actionnaires, voilà ce que sont les gilets jaunes.

(...)

Enfin la grenouille-peuple, tente un saut hors de la bouilloire. La douce chaleur et le confort se sont transformés en bain bouillant. Aller se rafraîchir sur les ronds-points, sortir dans les rues était devenu indispensable pour faire comprendre au chef que la cuisson à petit feu était terminée. Le chef, un trio d’arrogants, imbus de leur personne, rigides, aveuglés par le torrent des billets de banque qui leurs a permis de prendre le pouvoir en France, totalement en décalage avec les besoins et les espoirs de la population. Après les Ttrente Glorieuses, les Trente Vicieuses de l’ultralibéralisme et le couronnement de Macron XVI, peut-être ce mouvement est-il le premier grand craquement de l’ultralibéralisme imposé depuis les années 80, au début par le duo Reagan-Thatcher.

Lire l'article de Nicolas Sersiron paru sur le site du CADTM

samedi 8 décembre 2018

Ruffin avant Ruffin (TM) : Qu'on leur coupe la dette (Didactique de l'Histoire)

fakir1.PNG (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)

Il y a 15 ans : Précis d'architecture de l'Union Européenne

On entend beaucoup dire ces temps derniers que le fameux titre III du projet de constitution européenne contre lequel un vent de révolte souffle dans le pays n’est que la reprise des traités précédents et que le rejet du Traité Constitutionnel Européen n’y changera rien. Raison de plus pour revenir sur les fondations récentes de l’Union européenne, maison soit disant commune où tout est bien rangé comme dans l’urbanisme à la Lecorbusier et où chacun a déjà une place réservée : qui aux cuisines, qui au ménage, qui précepteur des enfants, qui maître et qui domestique, ces derniers s’adaptant en permanence aux besoins du patron, jour et nuit grâce à la flexibilité, en fonction de ses nouvelles lubies grâce à l’éducation tout au long de la vie.

Sainte hypocrisie d'un catéchisme européen

Olivier Duhamel raconte ces jours-ci aux enfants une belle histoire, de paix, de culture et d’humanisme sur un disque produit par le PS. Catéchisme social-démocrate qui évoque plus les journées mondiales de la jeunesse, et l’humanisme à trois francs sous lequel un défunt pape parvint à dissimuler sa politique réactionnaire, que les luttes pour le progrès social. Ce n’est évidemment pas par hasard que j’introduis la discussion, ici, ce soir en rapprochant le catholicisme et la sainte hypocrisie de la déesse Europe : il suffit de se pencher sur l’iconographie produite par l’UE. Une Union européenne qui, vous ne le savez peut-être pas, a adopté la devise « Unis dans la diversité » que lui a proposé le journal Ouest-France suite à un concours organisé par ce bulletin paroissial dans les écoles. Voter non, pour ceux qui votent, c’est donc aussi voter contre Ouest-France et l’instrumentalisation des chères têtes blondes, pour, satisfaire l’ogre patronal caché derrière le drapeau de la vierge à 12 étoiles d’or sur fond bleu. Des têtes blondes loin d’être protégées par l’Union européenne, car comme le racontait François Brune dans le Monde Diplomatique de septembre, c’est la directive Télévision sans frontières qui non seulement a interdit à la Suède de faire aboutir un projet d’interdiction de la publicité visant les enfants au niveau de l’UE, mais qui plus est a imposé à ce même pays, au niveau national donc, des chaînes satellitaires dont les programmes sont en eux-mêmes des publicités pour les enfants, alors que ce pays disposait d’une législation très protectrice allant jusqu’à préciser que des « publicités destinées aux adultes ne peuvent en aucun cas suivre ou précéder immédiatement les émissions pour enfants ». La liberté de circulation des marchandises dans le marché unique, qui ne va pas sans publicité, prime sur la protection de l’enfance. Et lorsque vous saurez que la Commission européenne, parmi d’autres méthodes de marketing visant les têtes blondes ou non, s’est associée avec le groupe d’assurances Winthertur pour promouvoir l’esprit d’entreprise auprès des enfants grâce à la bande dessinée « Boule et Bill créent leur entreprise en Europe », référencée dans les bonnes pratiques pédagogiques par la DG entreprise, vous comprendrez déjà à quel point l’Europe protège le commerce et l’entreprise et certainement pas ses citoyens, c’est d’ailleurs évidemment contradictoire.

bouleetBill

L’autre jour lors d’un chat organisé par TF1, le vendeur de temps de cerveaux disponibles bien connu, Olivier Duhamel racontait également une autre de ses belles histoires. Celle-là s’adressait aux adultes. Je cite : « Sur les délocalisations, il faudrait quand même avoir le courage de dire qu’elles sont dures pour ceux qui les subissent, qu’ils faut les aider, les reclasser, les protéger, mais qu’elles sont aussi quelque chose de positif, d’abord pour les gens de ces pays, qui trouvent du travail, pour nos entreprises qui du coup s’enrichissent et du coup peuvent garder des emplois en France, développer des recherches, créer des nouveaux emplois qualifiés, et ces pays quand ils s’enrichissent, ils nous achètent, d’abord des yaourts Danone, français, dans des hypermarchés Carrefour, français, et demain ils nous achèteront des Airbus ». C’est sans doute parce qu’ils sont fascinés par les yaourts Danone, le propriétaire des défuntes usines Lu du Pas-de-Calais, vous savez cette entreprise citoyenne, championne de la CSG, la Corporate Social Governance, et championne du « Dialogue social », toutes deux prônées par la CFDT, Jacques Delors, Etienne Davignon, la Commission européenne et les Nations-Unies, que les socialistes français, ont enregistré ce disque « l’europe racontée aux enfants » : il s’adresse en fait à l’enfant prescripteur d’achat, qu’ils espèrent aussi prescripteur de vote, avec les méthodes des vendeurs de yaourts et de biscuits, qui ne demandent, comme Winthertur, qu’à fournir du matériel pédagogique dans les écoles pour vendre leurs produits. Notons que de ce point de vue une école qui enseigne l’esprit critique est une entrave à « la concurrence libre et non faussée », et c’est loin d’être une boutade de ma part. Comme le notait Pierre Bourdieu, quand on analyse les discours patronaux, on voit une véritable haine des pédagogues qui prétendent donner aux enfants des connaissances et des capacités qui ne soient pas strictement au service de l’entreprise. Or ce sont ces conceptions patronales qui inspirent depuis 20 ans la construction européenne, nous allons voir comment.

L'Europe, c'est Danone

Alors vous vous demandez peut-être où je veux en venir. Mais c’est que mine de rien j’ai décliné le principe de base du monde que construit la Commission européenne : le développement effréné des marchés par des entreprises géantes, et on voit qu’Olivier Duhamel sous ses airs de missionnaire qui armé de la constitution européenne, qui est en fait la Déclaration des droits des entreprises, bref qui armé de la constitution européenne va défaire l’hydre libérale y adhère complètement. Ce développement effréné du commerce, ajoutons que la Commission européenne y contribue également, pour la plus grande prospérité du yaourt Danone, à l’échelle mondiale, puisque c’est un des membres les plus agressifs de l’OMC, où elle est négociateur unique pour les 25. D’où au passage la cohérence de la Directive Bolkestein au niveau communautaire avec l’AGCS au niveau de l’OMC.

En fait la Commission européenne est entièrement au service du yaourt Danone et de tout ce qui lui ressemble. Et pour permettre à cette denrée périssable de conquérir l’Europe et le monde, elle impose une norme sanitaire qu’elle a repris à la NASA pour la nourriture des astronautes, norme qui condamne à l’interdiction toutes les productions locales qui, horreur, sont consommées localement. Et pour étendre le rayon d’action du yaourt, il faut des réseaux d’autoroutes transeuropéens, dont le principe sera dans la constitution si elle est adoptée. Ces réseaux doivent permettre aux camions de relier l’Irlande à toute l’Europe dans les plus brefs délais mais aussi aux frontières extérieures de l’Union, à l’Ukraine par exemple. On veut ainsi doubler le trafic de camions aux frontières extérieures en 20 ans, ce qui ne sera pas possible selon la Commission sans de nouvelles infrastructures. « On veut » ça veut dire « on veut », ça ne veut pas dire on doit. Et tant pis pour les mers et les montagnes, entraves liberticides au commerce et donc anti-constitutionnelles. Rien n’est trop beau pour le yaourt Danone, qui mérite bien de sacrifier les Pyrénées. Mais il faut encore plus pour le yaourt Danone soit compétitif par rapport aux productions locales : d’abord qu’il ait accès aux marchés, c’est l’élargissement, ensuite imposer aux nouveaux états membres la libre-circulation des capitaux qui comprend l’investissement direct, ce qui permet de racheter les concurrents, de les liquider ou de les intégrer dans la grande famille Danone. C’est ce qui s’est produit, par exemple le belge Interbrew a racheté pratiquement toutes les brasseries d’Europe. Supprimer le risque de change, à la fois pour les produits et les capitaux qu’on doit pouvoir rapatrier, c’est l’euro. Obliger plus largement les nouveaux entrants à adopter du jour au lendemain des lois qui favorisent les euro-champions, c’est l’acquis communautaire. Créer un système qui produit des besoins grâce au temps de cerveau disponible, créer un homme nouveau européen totalement adapté à cette économie, en tant que producteur et que consommateur. Contrairement à ce qu’affirme Lionel Jospin, qui confirme que l’indigence de sa pensée économique n’a d’égale que celle de sa pensée politique, la notion de carcan libéral n’a rien d’un oxymore : le marché unique est impossible sans des milliers de règlements contraignants, et l’économie de marché est impossible à l’échelle européenne sans une puissance réglementaire et policière capable de faire respecter la « liberté du commerce ». J’ajouterai : sans l’éducation et la propagande, sans une éducation réduite pour la majorité à la propagande. Les mers et les montagnes qu’il faut effacer le disent bien. La traque policière des internautes qui téléchargent des œuvres de l’esprit aussi. Je ne sais pas s’il y a des faux yaourts Danone, mais après tout c’est possible. Et il faudra bien que ce terrorisme cesse, soit par le renforcement du civisme, soit par la répression.

« La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’autodétermination des peuples. »

Tout cela est très difficile à faire dans un régime parlementaire, et même si on y parvient, en détruisant les forces qui s’y opposent, comme Thatcher les syndicats au Royaume-Uni, il y a toujours le risque de retour en arrière. La Commission européenne dont les pouvoirs sont renforcés à chaque nouveau traité est cette super agence de développement de l’Europe au service des entreprises. Les lois qu’elle rédige sont votées par les chefs d’état, donc les exécutifs, pas par les parlementaires. Le Parlement européen n’a qu’un pouvoir de veto qu’il n’a pratiquement jamais utilisé. Il n’existe pas de séparation des pouvoirs au sens de Montesquieu, le Pt du Parlement européen déclarait il y a peu « nous ne faisons pas du Montesquieu, nous faisons quelque chose de complètement différent ». Ses membres passent sans vergogne au privé dans des secteurs dont ils ont eu la charge. L’épisode du Commissaire Bangemann, mis simplement en congé a sans doute motivé cette disposition du TCE selon laquelle ils doivent juste respecter un délai « de délicatesse » sous peine, éventuellement et sans que le Parlement ait son mot à dire, de perdre leur droit à la pension. Quand ils n’en sont pas membres ou anciens membres, ils participent régulièrement aux réunions de la Commission trilatérale et du groupe de Bildberger dont le fondateur David Rockefeller déclara : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire 1», et « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’autodétermination des peuples. ». Afin de remplir ses fonctions au mieux, la Commission associe étroitement les organisations patronales et les porteurs d’intérêts industriels à son activité législative au nom de la consultation de la société civile. C’est ici qu’interviennent les fameux lobbies. Le Commissaire européen Siim Kaas déclarait il y a deux mois : « Les lobbies ne sont pas un problème, dans la mesure où tout mécanisme de prise de décision suppose de recueillir des informations provenant de différentes sources. A l'heure d'aujourd'hui, il y a environ 15000 lobbyistes établis à Bruxelles tandis qu'environ 2600 groupes d'intérêts ont un bureau permanent dans la capitale de l'Europe. On estime que les activités de lobbying produisent un chiffre d'affaires annuel de 60 à 90 millions d'euros. Ce qui manque, c'est la transparence. ».

Si « les lobbies ne sont pas un problème », le Parlement, si c’en était un, mais ce parlement est un leurre, il n’a aucune caractéristique d’un parlement (ni le droit de proposer des lois, ni le droit de consentir à l’impôt, ni le droit de rejeter une loi dans de nombreux cas), pourrait en être un, puisque notre commissaire ajoutait que le Parlement ne devait être associé au processus législatif que dans les derniers stades, agitant le spectre, dont on est pourtant bien éloigné, du « régime d'assemblée » et utilisant la IVème République française comme un repoussoir. On peut d’ailleurs remarquer que le traité de Rome est contemporain de la Vème République qui instituait déjà un Parlement croupion et l’accaparement du pouvoir législatif par l’exécutif. Les groupes de pression ne sont pas les seuls à bénéficier d’un tel avantage sur le faux parlement : il existe dans le cadre du Partenariat Economique Transatlantique qui vise explicitement à établir une zone de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis d’ici 2015 une procédure dite d’alerte précoce qui fait que les textes sont soumis à des experts du Ministère américain du Commerce afin de pointer les différends qui pourraient survenir et déboucher sur des conflits à l’OMC. Ce système où les lobbies sont assimilés à la société civile et participent, à la différence des citoyens ou de leurs représentants supposés, à l’élaboration des lois et des règlements est loin d’être perçu comme une anormalité du point de vue de l’UE. C’est simplement la reconnaissance que les entreprises sont les véritables citoyens de l’Union européenne, c’est pour cela que j’avais rebaptisé le TCE déclaration des droits des multinationales. Cette idéologie a même été avalisée par le Parlement européen, puisqu’on trouve juste devant son entrée un arbre des lobbies, planté par l’Association professionnelle des lobbyistes et des affaires publiques, inauguré par la présidente d’alors du Parlement européen, Nicole Fontaine, avec le texte suivant gravé sur une plaque de plexiglas : « c'est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement ». Dans les périodes révolutionnaires, on plantait des arbres de la liberté, dans les périodes contre-révolutionnaires, on plante des arbres de la liberté des affaires. En fait si on veut se donner une idée de la façon dont sont élaborées les textes européens et se les figurer, il suffit de se retourner et de regarder la sculpture qui est elle aussi à l’entrée du Parlement

Un dialogue social pompier

C'est une esthétique qui découle directement du modèle de fabrication de la société prôné par l'UE. Elle a été commandée, avec quelques autres, à un sculpteur belge : le discours d'inauguration disait l'essentiel : "Ces œuvres sont la concrétisation d'un accord particulier conclu entre les mondes de l'art, de la politique et de l'économie en vue de la réalisation en commun d'un projet profitable à tous. Celle-ci a été mise en œuvre grâce, notamment, à l'initiative d'entreprises privées soucieuses de s'affirmer comme sociétés européennes...une telle initiative ne s'intègre-t-elle pas dans les perspectives ambitieuses auxquelles nous convie l'Europe de 1992, à savoir l'expansion des entreprises et leur coopération à l'échelle communautaire, l'amélioration de l'environnement et l'aspiration à une société tournée vers l'homme et la culture ?".

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Le cahier des charges du sculpteur stipulait qu'il devait utiliser le matériau emblématique de l'entreprise mécène pour représenter les symboles de l'Union européenne. Cette sculpture ressemble pour ceux qui connaissent la sculpture à ce à quoi ressemble le TCE pour ceux qui connaissent les constitutions. C’est son principe générateur qui explique sa forme, déterminée par le renoncement à toute forme d’autonomie. Ajoutons que le Parlement européen est lui même à cette image, quand on sait comment il a été construit, c'est a dire par une oligopole de promoteurs auxquels les parlementaires louent ce qui était officiellement un Centre de Congrès (Voir le film de Gwenaël Breës à ce sujet). Toutes ces formes sont parfaitement congruentes et elles traduisent quelque chose : c’est l’abolition entre intérêt public et intérêt privé, conquête historique s’il en est. La commission européenne est une machine à détruire cette frontière et une fois que ce buldozer est passé, le patronat a les mains libres. De même, l’équilibre dynamique entre patronat et travailleurs est rompu. La société civile organisée, c’est le Dialogue social promu par Delors, proche de la CFDT, ça donne la Confédération européenne des syndicats, pure bureaucratie, véritable acmé des bureaucraties syndicales de tous les pays d’Europe, dépourvue de base pour l’emmerder et l’empêcher de prêcher la co-gestion avec l’UNICE, la confédération des confédérations patronales qui décortique les textes de la Commission et présente ses amendements à flux tendus. Laquelle peut compter sur les ressources des plus grandes entreprises d’Europe, à la différence des syndicats et ONG. Espérons que l’arrivée à sa tête du baron Seillières jettera un coup de projecteur sur cette organisation si puissante et si peu connue. Bruxelles, c’est un peu comme si en France le MEDEF, interlocuteur des gouvernements, n’avait pas de mouvements de travailleurs capables de s’opposer à ses volontés. Citons également comme autre acteur patronal très influent, la Chambre de commerce américaine en Europe, dont on ne sait pas grand chose des activités parce qu’elle ne communique pas, à la différence de l’UNICE.

Des lobbies créés à la demande de la Commission contre les États

Mais il y a plus étonnant, certains lobbies ont carrément été créés à la demande de la Commission. C’est le cas du Forum européen des services, qui regroupe les entreprises de service, créé à la demande de Leon Brittan, prédécesseur de Pascal Lamy, dans le cadre des négociations sur les services à l’OMC. Celui-ci a demandé à ce que ces entreprises discutent et se mettent d’accord sur la liste des services, pays par pays, dont la Commission demanderait la libéralisation à l’OMC. Ce sont par exemple des entreprises comme Suez qui ont fait leur marché et obtenu ensuite des concessions dans de nombreux pays qui avaient été contraints, par la commission dans le cadre de l’OMC à libéraliser ce secteur. C’est aussi le cas du Transatlantique Business Dialogue qui réunit les patrons des principales multinationales européennes et américaines (avec une co-présidence). Celui-ci a été créé dans le cadre du TEP et soutenu à bout de bras par la Commission lors du refroidissement des relations avec les Etats-Unis. Le TEP est aujourd’hui relancé et vise à cette zone de libre échange europe etats-unis en 2015. La fonction du TABD ? Etudier les obstacles réglementaires au commerce transatlantique et demander point par point à la Commission de les lever. Pascal Lamy en fit partie, en tant que PDG du crédit lyonnais -les salariés s'en souviennent- avant de devenir Commissaire européen. Assistant à une réunion du TABD es-qualité, il déclara, après s'être félicité de se retrouver « entre amis » : « Nous ferons ce que nous avons à faire d’autant plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités » (Berlin 1999) et le 23 mai 2000 à Bruxelles, devant la même assemblée : « Nous consentons de grands efforts pour mettre en œuvre vos Recommandations dans le cadre du partenariat économique transatlantique et, en particulier, il y a eu des progrès substantiels dans les nombreux domaines sur lesquels vous avez attiré notre attention. (…)

Je gardais pour la fin le grand architecte que j’annonçai en introduction. Il s’agit de la table ronde des industriels européens. En fait, c’est sous la Présidence de Jacques Delors qu’une véritable alliance entre la Commission et les multinationales a été passée, parce que la Commission voulait faire le marché unique et les gouvernements rechignaient aux abandons de souveraineté nécessaires. Sous le mandat précédent le Commissaire à l’industrie, Etienne Davignon, liquidateur lors de son mandat de la sidérurgie européenne, est à l’initiative de la création de l’ERT qui regroupe aujourd’hui les patrons des 45 plus grandes entreprises européennes : Thyssen Krupp, NOKIA , Renault, Air Liquide, Nestlé, Unilever, Total etc. Il s’agit d’un super club de super patrons. Ses membres totalisent un CA de 950 milliards d’euros en 2003 (4x le budget de la France). Après avoir quitté la Commission Etienne Davignon, par ailleurs aujourd’hui Pt de la Trilatérale, a rejoint ce club après être devenu Pt de la société générale de Belgique. Le livre blanc de Jacques Delors sur le marché unique a en fait codifié le plan établi par l’ERT, donc dès 1985. C’est le même Jacques Delors, vrai ou faux Tartuffe, qui nous parle aujourd’hui d’Europe sociale à grand renfort d’encensoir, et la codification des exigences patronales dissimulée sous l’humanisme chrétien est une formule qui continue à très bien fonctionner comme on s’en aperçoit ces derniers jours encore, c’est pour cela que j’évoquais le catholicisme au début. L’ERT s’est vantée d’ailleurs d’être une des principales forces derrière le marché unique. Delors a accompli les plans de l’ERT alors même que ses services le mettaient en garde contre les conséquences notamment environnementales du marché unique. L’ERT a de même largement contribué à l’Union monétaire, prenant même en charge par l’intermédiaire de l’Union pour l’Europe monétaire le travail de lobbying auprès des gouvernements et ensuite, après Maastricht, les campagnes d’information visant les entreprises et le grand public (ce déluge de propagande dont nous nous souvenons). Son rapport Missing links a été copié collé dans le livre blanc sur les transports qui a donné les réseaux transeuropéens. L’élargissement ensuite, à marche forcée et sans harmonisation sociale, qui a permis encore aux membres de l’ERT de devenir des entreprises encore plus géantes qui ont colonisé les marchés de l’Est (Unilever et Procter and gamble se sont tout simplement partagés le marché des cosmétiques en Europe de l’Est) et ont été mises en position de jouer de l’arme des délocalisations pour accélérer le dumping social partout en Europe. « C’est comme si nous avions découvert une nouvelle Asie du Sud-Est à notre porte », s’emballait Keith Richardson. Le principal architecte de cet élargissement fut Percy Barnevik, alors PDG du groupe financier suédois AB, aujourd'hui tombé comme Messier dans les oubliettes de l'histoire pour avoir ruiné le groupe ABB et s'être accordé un golden parachute de 88 millions de dollars

L’ERT s’est chargée de créer des bureaux industriels pour l’élargissement chargés de veiller à l’intégration de l’acquis communautaire par les nouveaux états membres. Ils associaient des responsables gouvernementaux locaux, des membres de la Commission et des membres de l’ERT. Il en existe un aujourd’hui en Turquie. L’ERT a réussi de traité en traité à imposer la compétitivité des entreprises au sommet de la hiérarchie des normes, et le benchmarking comme méthode. Elle s’est attaquée aux retraites, qualifiées dans un rapport de bombe à retardement pour la compétitivité, à l’assurance chômage, aux transports publics, au gaz et à l’électricité : toutes choses que l’on retrouve aujourd’hui dans l’agenda de Lisbonne. Elle milite activement pour la « réforme » des systèmes éducatifs etc. Bref c’est le grand inspirateur et le principal allié de la Commission européenne, quasi institutionnel à certaines périodes, comme dans le cas des bureaux industriels pour l’élargisssement. En novembre 1998, son groupe de travail sur la compétitivité, présidé par Janssen de Solvay, a produit un nouveau rapport intitulé : « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation ». On y lit le portrait d’une économie en pleine ébullition, offrant « un flot incessant de produits et de services toujours plus récents, plus performants ou moins chers qui, constamment, rendent les produits plus anciens, moins performants, voire obsolètes – de même que les emplois qui y sont liés. » L’adaptation à ce processus de destruction créative 1 doit se faire à tous les niveaux de la société : chez les gouvernements, les entreprises quelle que soit leur taille et les particuliers, car, « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois. » Cette organisation bénéficie d’un accès privilégié aux chefs d’état : L’accessibilité, c’est pouvoir téléphoner à Helmut Kohl pour lui recommander de lire un rapport. C’est aussi John Major téléphonant à l’Ert pour la remercier de ses points de vue ou bien déjeuner avec le Premier ministre suédois juste avant que la Suède ne se déclare sur sa candidature à la Cee. (Keith Richardson) L'ERT suit d'ailleurs de très près l'agenda de Lisbonne, adressant des admonestations aux chefs d'état avant chaque conseil européen, à la manière d'un maitre d'école réprimandant les mauvais élèves. Ainsi avant le sommet de Barcelone : « La compétitivité est un concept comparatif. L’UE ne peut échapper à la comparaison avec les Etats-Unis (...) Les années 90 ont vu une économie américaine plus flexible tirer les gains de compétitivité maximaux d’une nouvelle révolution technologique. Cela ne doit pas se reproduire. Avec l’élargissement, le niveau de vie baissera de plus en plus en Europe sans accroissement de la productivité ». « Aucune étude supplémentaire n’est nécessaire. Le résultat de Lisbonne, c’est que nous connaissons le fond du problème, nous savons ce que comparer les performances signifie et donc ce qu’il faut faire. Mettre en avant des résultats dans des domaines certes importants mais qui n’ont rien de fondamentaux ne peut dissimuler le manque de progrès dans l’amélioration de la compétitivité des secteurs vitaux ou ayant valeur d’exemples». Pour l’ERT il existe désormais une « nouvelle Europe à deux vitesses » clivée entre les gouvernements exclusivement tournés vers les besoins de l’économie et ceux qui persistaient à poursuivre « des objectifs nationaux ou politiques »

Le Concierge

Conférence donnée à Nantes, à l'invitation de "Noire Atlantique" dans le cadre de la campagne pour le "Non" à la "Constitution européenne".

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jeudi 6 décembre 2018

Le fou qui se prend pour le Pt de la République ?

"La différence entre le fou qui se prend pour Napoléon et le Pt de la République, c'est que le Pt de la République, tout le monde croit qu'il est le Pt de la République" (Bourdieu)

lyceens_mantes.png Mantes la Jolie, 6/12/2018 (St Nicolas)

Tunisia Toute ressemblance avec une précédente fin de règne...

votefutile.jpg Toute ressemblance avec le vote utile... Lire : Votez futile !, spéciale dédicace du Concierge à Mediatarte

Il y a 9 ans ; Un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums »

Il est difficile de négliger le fait suivant : à mesure que les institutions financières ont, depuis les années 1970, pris en main l’économie, elles ont également acquis du pouvoir politique, suffisamment pour démanteler l’appareil régulateur qui avait été établi pendant la Grande Dépression et qui avait réussi depuis à empêcher les crises financières. Plus généralement, la libéralisation financière que ces institutions ont contribué à mettre en place crée ce que certains économistes internationaux appellent un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums » sur les politiques gouvernementales. Si le parlement virtuel décide que les politiques de certains gouvernements sont irrationnelles – c’est-à-dire qu’elles sont conçues pour profiter aux gens, et non pour accroître les profits –, il peut exercer son droit de veto par des fuites de capitaux, des attaques sur les monnaies et d’autres moyens. La France a connu cette expérience sous Mitterrand. Pour prendre un exemple plus récent, après l’investiture d’Hugo Chávez, la fuite de capitaux a été telle que les fonds détenus par les riches Vénézuéliens vivant à l’étranger représentaient un cinquième du PIB du Venezuela, selon l’économiste de l’OCDE Javier Santiso. Celui-ci ajoute que, après le coup d’État militaire de 2002 soutenu par les États-Unis et qui renversa le gouvernement élu, « la réponse des marchés était proche de l’euphorie », et que la Bourse de Caracas enregistra d’énormes profits, pour ensuite s’effondrer lorsque le gouvernement fut restauré grâce à la protestation populaire. En général, une fois les flux de capitaux libéralisés, les gouvernements sont confrontés à ce qu’on appelle souvent un ­« double électorat » : leurs citoyens et le parlement virtuel. Même dans les pays riches, c’est l’électorat privé qui a tendance à l’emporter.

La libéralisation financière sert donc de frein efficace à la démocratie. Peut-être est-ce une coïncidence, peut-être pas, mais il est intéressant de remarquer que la libéralisation financière fut introduite alors même que les élites commençaient à s’inquiéter de ce qu’elles appelèrent dans les années 1960 « la crise de la démocratie » : certaines fractions de la société habituellement passives et obéissantes, souvent désignées sous l’étiquette « intérêts spécifiques », commençaient à occuper l’espace public pour y faire entendre leurs revendications. Cet « excès de démocratie » était une surcharge trop lourde pour l’État, qui ne pouvait plus, dès lors, s’occuper correctement de « l’intérêt national ». Les intérêts spécifiques, ce sont les femmes, les travailleurs, les agriculteurs, les jeunes, les personnes âgées, les minorités, les majorités – en réalité, l’essentiel de la population. « L’intérêt national », lui, est défini par ceux qui possèdent et dirigent la société. Je paraphrase ici l’opinion des élites libérales et internationalistes, qui peuplaient l’administration Carter aux États-Unis, et de leurs homologues européennes et japonaises. Plus à droite, et dans le monde des affaires, la nécessité de surmonter la « crise de la démocratie » était une préoc­cupation encore plus pressante. De nombreuses mesures ont été prises depuis cette époque pour purger la société des maux de la démocratie, et cela continue. La libéralisation financière y a apporté une contribution puissante, volontairement ou non.

Noam Chomsky, La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement, 2009.

La Commissaire européenne Thyssen lauréate du prix "Femmes au Pouvoir"

La Commissaire Marianne Thyssen[1] a remporté le prix "Femme au Pouvoir" pour avoir démontré un leadership extraordinaire en Europe dans le cadre du palmarès "Femmes d'Europe" organisé par le Mouvement Européen International et le Lobby des Femmes Européennes.

La Commissaire Thyssen a déclaré :

"Me savoir soutenue par le European Movement International et le European Women's Lobby[2]." est très important pour moi".

"C'est un signe de soutien. Mais cela me donne aussi la force de continuer à travailler dur pour une Union européenne forte et juste.

"Je voudrais dédier ce prix aux nombreuses femmes qui mettent en œuvre quotidiennement le Pilier Européen des Droits Sociaux. Peut-être de façon moins visible que nous, mais d'une façon très tangible".

Source : Commissioner Thyssen wins 'Woman in Power' at 2018 Women of Europe Awards

Notes

[1] Connue notamment pour avoir contesté une décision de la Justice Grecque attestant que les chiffres de la dette grecque avaient été truqués pour imposer les memoranda à ce pays et donc des mesures anti-sociales sans équivalent depuis la 2nde Guerre Mondiale qui ont particulièrement frappé les femmes en Grèce

[2] Qui sait être soutenu par elle car subsidié par la Commission européenne..

mercredi 5 décembre 2018

ÉNERGIES RENOUVELABLES, LE CASSE DU SIÈCLE - GILLES BALBASTRE (1/2)

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Interview de Gilles Balbastre par Julien Brygo sur LeMedia autour de son film "Main Basse sur l'énergie" (cliquer sur l'image pour voir l'interview)

mardi 4 décembre 2018

"La plus grande dépossession des biens publics et privés d’un pays et de sa population, sans lui déclarer la guerre"

Situation alors grecque D’après les récentes statistiques officielles, 4.312.395 personnes ont de dettes impayées envers l’administration fiscale, c’est-à-dire un demi-million de plus qu’en septembre dernier, et parmi eux, 1.797.492 contribuables verront leurs biens, lorsqu’ils en ont encore, saisis par le fisc, ce qui est déjà le cas pour 1.148.583 d’entre eux, presse grecque de la semaine. Notons que la population grecque dépasse à peine les dix millions d’habitants et qu’entre les banques, cédées à des fonds rapaces internationaux sous la gouvernance des escrocs de SYRIZA, et qui réclament des saisies par milliers et les saisies du fisc qui n’est pas grec non plus, près du 25% de la population se voit confisquer ses biens, essentiellement immobiliers, auxquels s’ajoutent ceux qui les ont déjà bradés pour les mêmes raisons.

Aux yeux des historiens du futur, il s’agit de la plus grande dépossession des biens publics et privés d’un pays et de sa population, sans lui déclarer la guerre, disons de type traditionnel. Une banque réclame même de la famille d’un entrepreneur qui s’est suicidé à Thessalonique, la somme de 590.000€, c’est pour dire, presse de la semaine.

La paupérisation très ordonnée de la classe moyenne, comme presque de toutes les autres classes sociales c’est tout un programme, et les Grecs commentent également les événements français, parfois sous un air de déjà-vu. “Oui, nous avons connu une période peut-être analogue durant les premières années de la crise. Dès l’arrivée de la Troïka et durant les grandes manifestations, c’était en mai 2010, les salopards du système ont envoyé sur place les casseurs anarchistes mettant le feu en marge des manifestations, et notamment à une agence bancaire, trois employés dont une jeune femme enceinte y ont trouvé la mort, et déjà, durant un temps les Grecs ont été tétanisés, puis retournés chez eux durant un moment.”

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Gilets-Jeunes" sur son blog Greek Crisis

Ajout

NOUVELLE EXIGENCE DES BANQUES GRECQUES POUR LES SAISIES:

Selon les médias grecs, les banques grecques sont entrain d’exiger que le seuil de dettes qui engendreront des saisies sur les résidences principales des débiteurs grecs passe à 80 000euros ( Pour rappel la proposition de l’UE était 75 000€…)

Ce nouveau seuil amènerait des saisies de maisons dans les zones populaires et des petites propriétés dans les zones moyennes. Par exemple, cela pourrait alors arriver pour des appartements de 90 m² à Drapetsona ou 60 m² à Halandri ou même 50 m² à Kifissia.

La limite de 80.000 €, si elle était adoptée, fonctionnera indépendamment de tout ajustement pour remplacer le cadre de la protection de la résidence principale dans la Loi Katseli , qui entrera en vigueur à partir de 01/01/2019.

Le plan des banques ne prendra pas la forme législative , mais c’ est un accord informel entre les banques. Les banques ont eu des contacts à ce sujet avec l’UE à la mi-Novembre.

Cette nouvelle limite engendrerait bien sûr une situation inhumaine pour tous ceux qui sont objectivement incapables de payer, et irait bien sûr vers une augmentation des saisies et des ventes aux enchères de ces biens.

via Constant Kaimakis

dimanche 2 décembre 2018

Il y a 9 ans : Crises mondiales et mouvements sociaux

On m’a demandé d’intervenir sur la question de la crise mondiale et dans l’avion j’ai lu le Wall Street Journal qui nous informe qu’en 2009 les «Banques renouent avec le profit». En gros pour le secteur bancaire, la crise est terminée. Le seul bémol est qu’ils n’osent pas trop le dire, c’est encore dans ce journal, «de peur des réactions populaires». Tout est dit finalement. L’une des originalités de cette crise est qu’elle a frappé les riches. Et quand les riches sont en crise, ils ont les moyens de se faire entendre. C’est la différence avec les pauvres qui, eux, sont en crise tout le temps mais n’ont pas ces moyens. Il faut une étudiante en sociologie de l’Université de Ouagadougou qui a fait sa maitrise sur «les conséquences de la crise climatique sur l’artisanat féminin dans des villages burkinabè», un travail très intéressant, pour être informé d’une crise qui ne sera pas discutée au G20. Sans doute pas non plus au Forum Mondial, si personne ne fait ce qu’il faut pour cela. Or, c’est une crise comme une autre.

(Ce texte est la synthèse abrégée de deux interventions données à Bamako et à Ouagadougou en 2009 aux “colloques des Sans-Voix” en soutien aux luttes locales)

Il est intéressant de se pencher sur le passé et j’ai trouvé par hasard un bulletin de la chambre de commerce belge à Istanbul de 1932 qui incitait à investir dans la publicité :”Pourquoi faire de la publicité, pourquoi dépenser de l’argent dans ce temps de crise générale? Pour le regagner au centuple demain”. C’est exactement ce que font les banques et les milieux d’affaire aujourd’hui, pas du tout pour régler les problèmes des populations générés par leur crise... Dans cette affaire, des millions d’Américains moyens, et - on ne le dit pas assez, une majorité de ménages noirs, souvent salariés, qui ont été exploités comme un gisement minier par les courtiers en subprimes parce qu’ils étaient exclus des prêts au logement classiques par le système bancaire américain - ont perdu leurs maisons (En Belgique, la banque Delta Lloyd vient d’annoncer qu’elle allait fermer les compte de ses clients ne disposant pas de 70 000 € d’épargne, les dirigeant vers le «phone banking», le genre de services avec lequel les banques fusionnant avec les multinationales des télécoms entendent aussi faire les poches du dernier habitant de la planète sous couvert de micro-épargne/finance/assurance.) Les maisons sont vides et les gens sont dans la rue. Cela veut dire que le règlement de la crise, en l’occurrence la crise du logement, n’est pas du tout l’objectif qui est recherché, c’est la crise des profits qui est importante à régler. Une partie de la classe des riches est ainsi en mesure d’imposer à l’ensemble de la population de la planète ses propres intérêts. Après avoir imposé la déréglementation financière aux États, s’enrichissant dans des proportions colossales tandis qu’elle appauvrissait l’ensemble de la population, cette classe a fait péter la banque comme au casino et a eu la possibilité de mettre un revolver sur la tempe des États pour qu’ils garantissent leurs dettes et fournissent de l’argent frais à profusion (immédiatement utilisé pour spéculer à crédit, y compris en Afrique, sur le foncier et les denrées alimentaires, mais aussi... contre les États qui les avaient renfloués aujourd’hui victimes du syndrome de Stockholm). Et la dette de l’Europe est aujourd’hui aussi artificielle et illégitime que la dette de l’Afrique. Avec les mêmes conséquences - ironie de l’Histoire! - FMI, ajustement structurel.

Revenons encore dans le passé. J’ai trouvé à la bibliothèque universitaire de Ouagadougou, une excellente thèse intitulée “La crise économique de 1929 en Haute-Volta” (Université de Nice, 1988.) C’était un peu émouvant parce que l’auteur, Pierre Picabia, explique très sobrement les difficultés qu’il a eues dans son travail de thèse, rédigé dans la pauvreté. Je ne pense pas que je puisse très bien mesurer ce que c’est d’être un étudiant africain pauvre à l’Université de Nice... Il est quand même arrivé au bout de ce travail qui est extrêmement intéressant. Il montre d’abord que le discours sur la crise est monopolisé par d’un côté l’administration coloniale et de l’autre par les maisons de commerce. Tandis que la masse des dominés colonisés, des paysans et des ouvriers agricoles est sans voix. On peut faire le parallèle avec les États-Unis à la même époque: dans les journaux on n’y parle pas du problème du chômage avant 1932, et c’est l’occupation des bureaux de bienfaisance par les mouvements de chômeurs qui déclenchera enfin, sous la pression de ces mouvements populaires, le vote d’un système d’aide fédéral. Picabia note :“de même qu’en temps de crise les plus petits sont les plus sacrifiés et exposés, il ne faudra pas non plus attacher d’importance outre mesure aux solutions de rechange sinon qu’elles visent à consolider les superstructures en place, piliers du système. En gros, c’est de réformes qu’il s’agira... C’est dire aussi que la crise n’aura été qu’un lent processus d’intégration du paysan et de l’ouvrier dans le développement du système capitaliste en Haute-Volta.” En effet, suite à la crise, la Haute-Volta fut déclarée en faillite comme un simple établissement commercial et elle a temporairement disparu, répartie entre la Côte d’Ivoire, le Sénégal et l’actuel Mali. Cet exemple suggère que tous ceux qui nous disent aujourd’hui que la crise du capitalisme annonce la fin du capitalisme en seront peut-être encore pour leurs frais, puisqu’on voit que dans ce cas historique, la crise a permis de remplacer un système d’exploitation qui ne marchait pas par un modèle qui marche. Et donc, cela doit nous faire réfléchir au sujet de toutes les “solutions” qui vont être proposées, notamment pour l’Afrique, qui sont le fait bien évidemment des milieux dominants d’affaire et visent à extraire des profits de l’Afrique dans une période de crise. Si vous lisez la presse économique spécialisée, depuis plusieurs années, on y décrit le continent comme le dernier eldorado du profit. Les lobbies patronaux planifient déjà leur “stratégie pour le développement” (de leurs profits) pour les 50 prochaines années. Ils ont créé leurs propres ONG pour s’asseoir à la table des Nations-Unies, par exemple le World Business Council for Sustainable Development, et sont passés maîtres dans l’OPA sur les mouvements progressistes à travers des chevaux de Troie comme le développement durable ou la micro-finance (déjà largement titrisée comme l’étaient les subprimes, ce qui ne l’empêche pas d’être portée aux nues comme “solution miracle” y compris par certains altermondialistes).

Revenons à Pierre Picabia. Au sujet des petits paysans, il note : “en tant qu’élément moteur de la production, le paysan est à tout égard le porteur du fardeau de la crise. Toutes charges lui sont imputables. Retracer la vie quotidienne du paysan voltaïque pendant la crise, c’est élever le débat mais aussi prendre fait et cause pour ses aspirations et leur donner une signification. En quoi nous rendons justice à un des aspects très souvent oublié, sinon négligé dans les recherches, soit par solution de facilité, soit par simple occultation.” Un autre étudiant burkinabè a travaillé sur une autre crise, celle consécutive à la dévaluation par la France du CFA. Il s’est intéressé à l’évolution qui s’en est suivie des dépenses des ménages dans la ville de Ouagadougou. C’est un travail qu’il a fait avec de petits moyens, en administrant un questionnaire à 80 personnes, mais il n’oublie pas lui non plus pourquoi il travaille. Il ne travaille pas pour proposer une solution et devenir un expert au service de la prochaine réforme du capitalisme et il note dans sa conclusion: «mais derrière la froideur des statistiques et l’espèce d’accoutumance qui semble s’y faire, c’est un véritable désastre humain qui est vécu par certaines populations. Avec son lot d’épisodes parfois insoutenables, comme celui de ce père de famille qui s’est pendu haut et cours dans le mois de mars 2001, dans une de nos provinces, pour ne pas assister impuissant à l’extermination de sa famille par la famine.” Voilà des choses qui sont dans les mémoires soutenus à l’Institut de sociologie de Ouagadougou et qui sont de véritables paroles de sans-voix. Un institut très pauvre en livres, mais très riche en travaux.

Dans un tel monde, comment espérer éviter les conséquences annoncées pour l’Afrique du réchauffement climatique ? Annoncées ? On voit bien que c’est un Européen pas trop touché qui parle. Si je sors de Ouagadougou ou de Bamako, je suis sûr qu’on me dira que cette crise, comme dans le cas des potières Burkinabè, est là depuis longtemps. Et si d’aventure on me “consultait”, moyennant titres et prébendes, ce qui ne risque pas d’arriver, sur un certain nombre de ces questions, il y a de fortes chances que j’aurais peut-être un peu tendance à les oublier, les potières burkinabè... Selon le PNUD, “90% de la paysannerie africaine ne pourra plus rien cultiver à l’horizon 2100”. 22 États africains sont considérés en risque extrême alors que le plus gros pollueur mondial, les États-Unis, 50% des émissions de gaz à effets de serre, est tout en bas des pays à risque du point de vue du réchauffement climatique. Il est donc évident que cet État et quelques autres ne vont rien faire ou faire le moins possible pour y changer quelque chose et vont même y trouver des opportunités de profit à travers l’extension du capitalisme à de nouveaux territoires, géographiques et sociaux. Donc, comme disent les paysans rwandais, “si nous ne nous débrouillons pas nous-mêmes en nous réunissant. C’est fini.” Alors je crois que ça introduit bien à la question “pourquoi les mouvements sociaux sont-ils nécessaires?” et cela quels que soient les changements politiques que nous espérons pouvoir vivre.

Les mouvements sociaux, ce sont des mouvements de lutte, c’est à dire que quand ils sont confrontés à un problème de logement par exemple, de gens qui n’ont pas de toit, et bien leur objectif est que ces gens en aient un. Et que ce qu’on ne leur donne pas, ils le prendront. Quitte à occuper les maisons vides etc. Ils ne vont pas dire comme les bien-pensants décorés de toutes les vertus et des connaissances progressistes et alternatives “oh comme c’est regrettable, mais malheureusement on n’y peut rien dans l’immédiat à votre cas particulier.” Non, parce que si on se bat, on y peut plus qu’un peu, et dans ces combats qui sont porteurs de solutions nées de la connaissance du terrain, tous les soutiens, si rares, seraient les bienvenus. Mais je pense que pour le vouloir, pour vouloir qu’un certain nombre de personnes concrètes ne soient pas déguerpies ou trouvent un toit, il faut peut-être avoir été déguerpi soi-même. Comme le dit Koné Massa de l’Union des Démuni(e)s du Mali :“la différence, c’est que nous sommes des victimes.” Ce qui est très différent de ceux qui, d’une certaine façon, mangent grâce au “problème du logement” et aux crises en général, autrement dit ceux qui “ont le papier” ou aujourd’hui internet.

C’est un peu le problème de la petite-bourgeoisie intellectuelle et je m’inclus bien sûr dedans en tant que diplômé chômeur. Mais à partir du moment où les classes moyennes sont menacées par la rapacité capitaliste, des alliances sont possibles avec les mouvements de base. Encore faut-il accepter quelques spécificités de ces mouvements. Dans un livre paru en 1978, “Les mouvements de pauvres, pourquoi ils gagnent, comment ils échouent”, deux sociologues, Frances Piven et Richard Cloward s’interrogeaient sur le manque de soutien des intellectuels de gauche aux mouvements de pauvres. «Les gens ne vivent pas l’expérience de la dépossession, écrivaient-ils, comme le produit final de processus abstraits et à grande échelle et c’est l’expérience quotidienne qui dirige leur colère vers des revendications spécifiques et des cibles qui ne le sont pas moins.... Ils ne la vivent pas comme une expérience du capitalisme monopolistique. Il ne faut donc pas s’étonner que quand les pauvres se rebellent, ils le fassent si souvent contre leurs contre-maitres, leurs marchands de sommeil, leurs épiciers et non pas contre les banques ou les élites gouvernantes auxquels ces derniers sont soumis.” Les intellectuels leur reprochent donc d’attaquer les mauvaises cibles. “Soutenir les luttes locales, ce serait du saupoudrage, ce que veulent les gens, c’est une perspective politique” a-t-on ainsi entendu à Bamako lorsque s’est posée la question du financement des caravanes de “sans” en route vers le FSM... Quelques années plus tôt, à Nairobi, ce point de vue sur les mouvements de base qui protestaient contre un FSM bien peu inclusif s’exprimait ainsi dans la bouche d’un universitaire kenyan :“Ce sont des idéologues, nous sommes rationnels.” Pourtant en période de crise, ces mouvements ont prouvé qu’ils pouvaient faire advenir des avancées à portée universelle. C’est ainsi que ce sont largement des familles maliennes qui, en campant sur les trottoirs de Paris dans des conditions extrêmement difficiles, et avec y compris le retentissement international que ça a eu, ont conduit à l’inscription dans la Constitution française d’un “Droit au logement opposable” qu’il reste à faire appliquer. Car comme le notent nos auteurs, l’une des stratégies des pouvoirs consiste bien souvent à mettre en place des programmes qui font semblant de répondre aux besoins des pauvres pour les priver de leurs soutiens dans les classes moyennes intellectuelles. Et il ne faut pas non que les jeunes intellectuels contestataires reproduisent le système en se mettant à la place des experts qui les ont précédés pour faire exactement la même chose, voire pire, en apportant la couleur progressiste acquise au contact des luttes, au service de la domination (c’est ce qui s’est passé après 1968 en France, mais aussi dans une certaine mesure après les Indépendances.) Nous qui avons «le papier», comme celui qui a retranscrit ces propos de paysans rwandais qui sont «le cul du monde», des propos qui sont vraiment la voix des sans, nous devons tenir le stylo et la caméra, être les porte-plumes et les porte-voix, comme au temps des cahiers de doléances, chercher toutes les voix et en faire quelque chose qui crie suffisamment fort pour qu’enfin ça s’arrête...

Mais ce n’est pas nous qui pourrons crier suffisamment fort et, quelque part, ce n’est pas tout à fait nous qui avons intérêt à ce que ça s’arrête..

Le Concierge

jeudi 29 novembre 2018

La justice requalifie un travailleur de plate-forme en salarié

PARIS (Reuters) - La chambre sociale de la Cour de Cassation a jugé mercredi qu’un livreur à vélo travaillant pour la plate-forme “Take Eat Easy”, maintenant liquidée, n’était pas un auto-entrepreneur mais bien un salarié, posant ainsi la question du statut des travailleurs “uberisés”.

La chambre devait se prononcer pour la première fois sur la question de l’existence d’un lien de subordination unissant un livreur à une plate-forme numérique, une question chère aux syndicats qui souhaitent que ces travailleurs puissent requalifier la relation contractuelle en contrat de travail.

Les juges ont constaté, selon la note explicative accompagnant l’arrêt, “que l’application était dotée d’un système de géolocalisation permettant le suivi en temps réel par la société de la position du coursier et la comptabilisation du nombre total de kilomètres parcourus”.

Cela signifie, selon eux, que “le rôle de la plate-forme ne se limitait pas à la mise en relation du restaurateur, du client et du coursier”. Par ailleurs “la société disposait d’un pouvoir de sanction à l’égard du coursier”, ce qui traduit un “pouvoir de direction et de contrôle de l’exécution de la prestation du livreur caractérisant un lien de subordination”.

“Les juges du fond ne pouvaient écarter la qualification de contrat de travail”, précise la note explicative.

Pour la CGT, les juges confirment que “les travailleurs ‘ubérisés’ sont des salariés relevant du Code du travail”.

“Cette décision est une immense victoire pour tous les travailleurs ‘uberisés’, qu’ils soient livreurs à vélo, chauffeurs VTC ou tant d’autres puisqu’ils peuvent, désormais, faire reconnaître leur statut et leurs droits fondamentaux de salariés”, déclare le syndicat dans un communiqué en citant, entre autres, le “smic, congés payés, indemnisations des arrêts maladie”.

Pour la Fédération nationale des auto-entrepreneurs, cette décision “est susceptible de porter atteinte à une économie émergente”.

“Si ces sanctions étaient appliquées à la microentreprise, tout le modèle de sous-traitance géolocalisée dans le secteur de la livraison serait requalifiablee”, peut-on lire dans un communiqué.

Elle estime “que le lien de subordination ne peut être caractérisé dans la mesure où ce livreur avait toute liberté dans les jours, horaires et organisations du travail”, et ajoute que “ces évolutions culturelles, économiques et sociales devraient être prises en compte par les juges”.

Caroline Pailliez, édité par Sophie Louet

mercredi 28 novembre 2018

Viols : "En plus, il y a une promo..."

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Il n'y a, pour le moment, sur Médiatarte, que des publicités pour les Produits Politiques Moustachus (PPM) ou des promotions pour augmenter artificiellement le nombre d'abonnés.

On veut dire pas d'annonceurs.

Par contre, tous les journaux, notamment en ligne, qui reprennent ce type d'infos, fournies par Mediatarte, en tirent profit, tout en propulsant la marque "Médiatarte", propulsée par la marque "Besson" (sans doute propulsée par Le Monde en son temps... Le retour sur investissement, comme l'économie du don, repose sur le délai, et manifestement certains ont les moyens sociaux de durer par-delà toutes les catastrophes économiques dont ils sont responsables et qui, en ce domaiine, sont des catastrophes de la pensée qui permettent tous les triomphes de l'obscurantisme)

La cause des femmes mérite sans doute mieux que les méthodes que Le Monde, sous la direction d'Edwy Plenel, avait emprunté à la presse à scandales, ruinant symboliquement le Quotidien du soir, sous prétexte de le sauver économiquement (ce qui n'advint pas, étant donné le trio de pitres qui coula le journal de Beuve-Méry sous la direction d'Alain Minc).

Misère du Féminisme Moustachu de Marché (FMM).

Le Concierge[1]

Notes

[1] Qui se fout de Luc Besson comme de sa première chaussette - si on excepte bien évidemment ce que cet industriel a fait au cinéma en poussant à un mode de production capitaliste visant le marché mondial au détriment d'un cinéma d'art et d'expression populaire, sans compter l'énorme gâchis de ressources, système qui produit des disproportions de pouvoir et des rapports autocratiques à tous les niveaux - attendant que Médiatarte dénonce en une les violences structurelles subies au quotidien, auxquels les médias participent, déifiant un patron un jour, le jetant en pâture le lendemain (tout en y voyant un "artiste". En fait, les artistes, vous emmerdent tous, que ce soit dit... Parce que les gens comme le pitre en question, nous les avons toujours combattus et d'autant plus qu'ils nous ont affamés, peut-être, après tout, car tout est possible, parce que leur lit n'était pas assez grand pour nous accueillir tous ! )... Signé : La Claviste et La Petite Marchande d'Allumettes (qui ne bossent pas non plus chez Médiatarte - "Nous sommes des gens d'ailleurs" Et on vous emmerde tous, qui se payent sur l'Ange et la Bête, et sur l'Ange et sur la Bête !, on vous emmerde tous et toutes ! Salutations magnifiques)

Rapport de l'UE : l'Ukraine réalise d'importants progrès dans ses réformes, mais il reste encore à faire...

Commission Européenne - 14/11/2018 09:35:00

L'Ukraine a progressé dans un certain nombre de domaines importants au cours de l'année écoulée, mais plusieurs réformes en suspens doivent encore être renforcées pour que les citoyens ukrainiens puissent profiter pleinement des avantages de l'accord d'association UE-Ukraine et de la zone de libre-échange approfondi et complet qu'il prévoit.

L'UE a publié le rapport sur la mise en œuvre de l'accord d'association, qui examine la manière dont les engagements pris au titre de l'accord d'association UE-Ukraine ont été mis en œuvre au cours de l'année passée, soit depuis novembre 2017, et alimentera le conseil d'association annuel UE-Ukraine qui aura lieu le 17 décembre prochain à Bruxelles. Ce rapport, élaboré par le Service européen pour l'action extérieure et la Commission européenne, a été remis au Premier ministre ukrainien, Volodymyr Hroïsman, par Johannes Hahn, commissaire chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d'élargissement, ce matin à Kiev.

«Les autorités ukrainiennes réalisent des réformes difficiles, mais salutaires, dans des conditions très adverses. Les résultats de ces réformes profitent clairement au peuple ukrainien: le volume total des échanges entre l'UE et l'Ukraine a augmenté de 24 % en 2017, avec l'ouverture de nouveaux marchés aux entreprises ukrainiennes, tandis que plus d'un demi-million de citoyens ukrainiens se sont rendus dans l'UE grâce au régime d'exemption de visa et plus de 7 200 échanges universitaires ont eu lieu dans le cadre d'Erasmus+», a déclaré Federica Mogherini, haute représentante/vice-présidente. «L'Union européenne continuera d'accompagner et de soutenir les autorités ukrainiennes dans la conduite des réformes réclamées par le peuple ukrainien, tout en apportant son soutien sans réserve à l'indépendance, à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de l'Ukraine.»

«L'Ukraine a progressé dans un certain nombre de réformes importantes et exigeantes au cours de l'année passée, notamment dans les domaines des soins de santé, des retraites, de la décentralisation, de l'administration publique, des marchés publics et de l'environnement. Toutes ces réformes sont indispensables pour la mise en œuvre de l'accord d'association et donc pour que l'Ukraine soit un pays plus prospère et plus stable. À présent que l'Ukraine est en période préélectorale, il est essentiel de maintenir la dynamique des réformes et de rendre ces changements irréversibles. Il ne saurait y avoir un retour en arrière sur des questions telles que les efforts de lutte contre la corruption. La poursuite des réformes en matière économique et judiciaire enverra un signal fort non seulement aux citoyens, mais aussi aux investisseurs nationaux et internationaux et contribuera à stimuler la création d'emplois en Ukraine», a déclaré Johannes Hahn, commissaire chargé de la politique européenne de voisinage et des négociations d'élargissement.

Dans le même temps, le rapport constate que les réformes progressent à un rythme plus lent en matière judiciaire et de lutte contre la corruption et souligne la nécessité de renforcer la dynamique des réformes. Si le renouvellement du système judiciaire s'est poursuivi, il y a eu jusqu'ici peu de condamnations dans des affaires de corruption de haut niveau. La mise en place de la Haute Cour de lutte contre la corruption demeure un test à cet égard. La sélection, en début de semaine, des experts internationaux qui aideront l'Ukraine à désigner les juges de la Haute Cour de lutte contre la corruption constitue un signe encourageant. La société civile a un rôle important à jouer dans la lutte contre la corruption et elle doit être en mesure d'accomplir son travail courageux en sécurité et sans entrave. Les attaques perpétrées contre des militants de la société civile doivent faire l'objet d'enquêtes et de sanctions appropriées et les autorités répressives doivent prendre les mesures nécessaires à cette fin. Une loi historique sur la réforme du secteur de la sécurité a été adoptée en juin 2018 et un suivi est à présent nécessaire.

D'autres domaines, signalés dans le rapport, ont connu des progrès plus tangibles. Grâce à des réformes économiques poussées, par exemple, de nombreuses grandes entreprises d'État ont pu continuer à accroître leurs bénéfices sous la direction de conseils de surveillance indépendants et des centaines d'entreprises plus petites ont été privatisées avec succès.

Dans le secteur énergétique, l'Ukraine a poursuivi la mise en œuvre de la législation en matière d'efficacité énergétique. Le Fonds pour l'efficacité énergétique a été créé avec un soutien financier considérable de l'UE. Le rapport constate en revanche qu'il y a eu peu de progrès dans la mise en place de gestionnaires de réseau de transport indépendants pour le gaz et l'électricité et qu'il est nécessaire de renforcer le rapprochement des législations dans le secteur des transports.

Des progrès ont été réalisés en ce qui concerne les questions sanitaires et phytosanitaires, le droit des sociétés, les marchés publics et la protection de l'environnement. La zone de libre-échange approfondi et complet a joué un rôle considérable dans l'intensification des échanges commerciaux entre l'Ukraine et l'UE, d'où l'importance de poursuivre les travaux pour rapprocher les législations et les normes.

L'Union européenne continue d'apporter son soutien sans réserve à l'indépendance, à l'intégrité territoriale et à la souveraineté de l'Ukraine. Elle continue de condamner l'annexion illégale de la Crimée et de Sébastopol par la Fédération de Russie, la construction du pont sur le détroit de Kertch sans le consentement de l'Ukraine et la poursuite de la militarisation de la péninsule et de la mer d'Azov. L'Union européenne continue de soutenir les efforts diplomatiques visant à trouver une solution pacifique durable au conflit dans l'est de l'Ukraine par la mise en œuvre intégrale des accords de Minsk. Elle compte sur la libération immédiate de tous les citoyens ukrainiens détenus illégalement en Russie et dans la péninsule de Crimée.

Contexte

La politique européenne de voisinage donne à l'UE et à ses voisins un cadre politique clair pour les années à venir, avec un objectif global de stabilisation. Depuis 2015, les principes de cette politique sont les suivants: différenciation plus importante entre les partenaires, accent renforcé sur les objectifs convenus avec les partenaires, flexibilité accrue pour améliorer la capacité de l'UE à réagir aux situations de crise et appropriation plus forte par les États membres et les pays partenaires.

L'accord d'association, qui comprend la mise en place d'une zone de libre-échange approfondi et complet entre l'UE et l'Ukraine, est entré en vigueur le 1er septembre 2017, après avoir été appliqué provisoirement et partiellement depuis novembre 2014. Il favorise l'approfondissement des liens politiques, le renforcement des liens économiques et le respect des valeurs communes et constitue le fondement de la coopération entre l'UE et l'Ukraine et de l'appui de l'UE aux réformes en Ukraine.

Souligné par Le Concierge qui laisse à la sagacité caustique du lecteur ce qui se cache sous les mots...

Source : Agence News Press

Un autre Macron est possible

Il a 39 ans, des diplômes clinquants, un regard habité et des envies de changement. Entouré de jeunes chefs d’entreprise et de « porteurs de causes » issus de la « société civile », il lance un « mouvement politique » destiné à « sauver les démocraties libérales » menacées par l’« insurrection populiste ». Parce que c’est notre projet, exhorte-t-il, « à nous, désormais, de marcher ».

Après la formation de M. Emmanuel Macron, voici Place publique, fondée en novembre par l’essayiste Raphaël Glucksmann. L’un domine le centre droit ; l’autre investit le centre gauche, où la désintégration du Parti socialiste laisse un vide et des classes moyennes cultivées désemparées. D’où va-t-on désormais proclamer que rien ne va plus et qu’il faut tout changer — sauf l’essentiel : les structures économiques et sociales ? Avec Les Enfants du vide (Allary Éditions), livre-manifeste publié cet automne, Glucksmann a d’un coup comblé la béance. De L’Obs à L’Humanité en passant par Mediapart, on s’arrache l’homme providentiel. Il est chez lui sur France Inter, louangé permanent au Monde, en « une » de Libération, en couverture de Politis. Des personnalités socialistes, écologistes ou communistes projettent sur son visage souriant leurs aspirations ravalées. Glucksmann a compris que son public cible n’aimait rien tant que battre sa coulpe, triturer sa mauvaise conscience, ruminer ses échecs et y remédier au moyen de recettes toujours identiques, mais ripolinées aux couleurs du jour — le vert, en l’occurrence. Cela tombe bien : Raphaël, qui s’est souvent trompé, met en scène confessions et conversion. À L’Obs (4 octobre 2018), il confie : « Je dois réapprendre à m’oublier. » Ambitieux programme.

Lui qui fut tour à tour admirateur de M. Nicolas Sarkozy en 2008, animateur de la revue néoconservatrice Le Meilleur des mondes, conseiller du président géorgien néolibéral et atlantiste Mikheïl Saakachvili, lui qui admettait volontiers : « Ça ne m’a jamais fait vibrer de manifester pour les retraites » (M Le magazine du Monde, 22 mars 2014) et se déclarait au printemps 2017 « fier » de l’élection de M. Macron, revendique à présent Occupy Wall Street et dit « nous » quand il parle de la gauche. « On a zappé complètement la question sociale », admet-il. « Mon logiciel de pensée a contribué à former l’impasse dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui » (Mediapart, 14 novembre 2018). La mise à jour dudit « logiciel » copie-colle les constats effectués depuis des lustres par ceux que combattait hier Raphaël : « On voit les entreprises multinationales refuser les lois des nations et chercher à leur imposer les leurs. On voit les banques sauvées par l’argent public maquiller leurs comptes et cacher leurs fonds dans des paradis fiscaux. » À tout cela s’ajoute la menace d’un anéantissement de la planète par le réchauffement climatique.

Alors, que faire ? Contre « les anciennes idéologies, les vieux partis, les antiques structures », contre les inégalités et le gaz carbonique, Glucksmann propose plus de participation citoyenne, plus d’écologie, plus d’Europe. « Nous assumons l’horizon d’une République européenne », écrit-il. Des « porteurs de causes » aussi frétillants que MM. Valéry Giscard d’Estaing, François Bayrou, Daniel Cohn-Bendit et Bernard-Henri Lévy ânonnent les éléments de ce credo depuis bientôt quatre décennies. Les papys du vide ont trouvé leur héritier.

Pierre Rimbert

Le Monde Diplomatique, décembre 2018

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lundi 26 novembre 2018

Il y a 5 ans : "Il ne s’est (presque) rien passé à Gênes en 2001"

A partir de 1995, un mouvement montant en puissance contre la mondialisation économique, dont nous vivons aujourd'hui tous les effets destructeurs tant au niveau social qu'écologique, prit de l'ampleur au point d'inquiéter les tenants de l'ordre qui se mettait en place. Il fut arrêté à Gênes, lors de manifestations contre le G8 qui s'y tenait en 2001 par un déchainement de violence policiero-militaire s'en prenant prioritairement aux militants les plus pacifistes et les moins aguerris. Il faut dire qu'on y trouvait pêle-mêle syndicalistes, communistes, catholiques, anarchistes et gens ordinaires, un véritable cauchemar pour les Maîtres du Monde et leurs commis... La répression aveugle fut telle qu'elle passa l'envie au plus grand nombre de retourner se faire massacrer. Ce qui est arrivé depuis en découle directement. Cerise sur le gâteau, les "événements" firent 10 ans plus tard, l'anti-capitalisme devenu "alter-mondialisme", l'objet d'une iconographie mettant particulièrement en avant les classes moyennes "émancipées" qui ont aujourd'hui gentrifié les mouvements sociaux (ce qui explique sans doute qu'ATTAC fasse la promotion du graphiste ayant obtenu le marché des pancartes des stations de métro du "Grand Paris", après avoir totalement oublié les camarades italiens toujours en prison). La stratégie de l’État Italien a pourtant été clairement exposée lors de la série de procès consécutifs aux "événements" de Gênes... qui n'ont fait l'objet d'aucune production éditoriale en France...

Comme "Contre-feu" (sic) au film de Daniel Vicari dont il est question dans cet article, on pourra voir le prodigieux documentaire produit par la RAI (et jamais diffusé) ci-dessous (cliquer sur l'image pour voir le film).

Le Commissaire de l'exposition

bellacio.PNG Bellacio, Rai,

Au sujet du film Diaz. Don’t clean up that blood (2013) de Daniele Vicari.

12 ans après la répression féroce des manifestations, autorisées, contre le G8 à Gênes en 2001, un film de fiction reconstitue l’opération policière la plus emblématique, l’invasion atteignant un paroxysme de violence, à froid, de deux bâtiments de l’école Diaz, abritant pour l’un le Media Center du Forum Social de Gênes et pour l’autre de simples dortoirs, suivie des détentions accompagnée d’actes de torture et d’humiliation au centre de Balzanetto.

12 ans après Gênes. Mais aussi quelques années après les quatre principaux procès qui ont, laborieusement, suivi : celui concernant la mort par balle de Carlo Giulani, ceux de l’école Diaz et de Balzanetto, et le « procès des 25 » manifestants italiens boucs-émissaires qui s’est soldé par de longues peines de prison ferme.

Voir le site de soutien aux condamnés

Que penser de la mise en spectacle des « événements » de Gênes alors que des militants sont emprisonnés et des policiers parfois de haut rang blanchis, amnistiés et dans de nombreux cas promus ?

On attendait légitimement un film politique renouant avec la tradition des années post-68 qu’incarne notamment Costa-Gavras (en France : l'Italie ne manque pas de tradition dans ce domaine!). On vit, ne sachant s’il fallait en rire – à cause du grand guignol - ou en pleurer, un sommet de dépolitisation parachevant la victoire remportée à Gênes par la réaction néolibérale qui n’a cessé depuis de voler de succès en succès, au point de mettre aujourd’hui l’Europe à genoux alors que la mise à sac du continent et la liquidation des droits des gens battent désormais leur plein, pas seulement en Grèce.

Le film commence par la « rédemption » de deux « Black Blocks » qui ont joué avec des allumettes, l’un Noir, l’autre Blanc. Dès leur cagoule définitivement retirée (alors que face à la répression démente, c’est plutôt le contraire qui se produisit [1], les tribunaux italiens ayant jugé que les manifestants avaient usé du droit légitime de se défendre face à des opérations illégales au moins jusqu’au samedi à... 15h30 !), on ne quittera plus l’entre-soi d’une jeunesse bon chic bon genre tout droit sortie d’une pub pour Benetton. C’est la fonction cachée du choix de se concentrer sur la seule école Diaz, dans le seul quartier et le seul lieu, jusqu’au dimanche soir - soit après la fin du G8 - totalement épargné par l’acharnement policier et les émeutes. C’est bien l’unique endroit où l’on trouvait une pizzeria ouverte, y compris à l’heure des faits et les dîneurs s’en souviennent avec reconnaissance - dans une ville où tous les commerces étaient barricadés suite à l’intense campagne de propagande menée par les autorités italiennes. Et le message du film est extrêmement clair dans sa simplicité apolitique : « Vous avez gravement merdé, même ce journaliste qui s’est fait tabasser travaille pour un journal de droite » dit ainsi depuis son brancard un sympathique « papi » à un policier aux urgences de l’hôpital de Gênes... Le cinéaste prend soin de situer socialement l’une de ses personnages, victime emblématique des exactions sadiques de Balzanetto, en présentant sa mère cherchant sa fille au téléphone depuis un intérieur des plus cossus : contraste entre l’origine sociale et les humiliations que les « États de droit » réservent en général à d’autres catégories (ouvriers, immigrés, sans-papiers, jeunesse des quartiers). Ce qui n’est pas faux. Il est clair qu’une des stratégies de l’État italien, qui lui connaît encore et même très bien, la lutte des classes, fut, par la terreur, de passer définitivement l’envie aux classes moyennes de s’allier avec les classes laborieuses, les catholiques avec les anarchistes, les vieux avec les jeunes, les « experts » avec les « émeutiers »... Et de ce point de vue, Gênes fut une grande victoire, à partir de laquelle, dans un contexte contestataire devenu plus policé (et même « self policed » comme dirait l’impayable Susan George), la stratégie de la peur repose par les temps qui courent moins sur la bastonnade que sur les mesures judiciaires permises par « l’espace de sécurité et de justice européen » (sorte de cadre légal totalitaire patiemment mis en place dans l’ombre des Conseils Européens appelé à se substituer à court, moyen ou long terme, selon les circonstances historiques, aux acquis des libertés civiles issus des luttes séculaires contre le despotisme) : arrestations administratives massives, bannissements, interdictions de voyager et lourdes condamnations pour faits insignifiants, criminalisation - par exemple de l’occupation des parcs publics (comme en Espagne.) En attendant les drônes, si ce n’est déjà le cas - chargés de guider le glaive de la justice au petit bonheur la chance des victimes exemplairement expiatoires. Heureux que nous sommes : pour le moment, les exécutions extra-judiciaires sont réservées aux peuples barbares (ou à des ressortissants européens et américains qui en ont la couleur, dans l’indifférence totale des juridictions nationales sensées garantir leurs droits.)

De la convergence des luttes à l'alter-tourisme

Or, la force impressionnante de Gênes résidait dans la coordination sans direction de mouvements réunis à défaut d’être unis dans une coordination sans direction, autonomes dans leurs modes d’action dans le respect des autres : du carnaval des Tutte Biance dont l’invasion symbolique de la zone rouge avait été négociée avec les autorités (le changement de stratégie policière ordonné dans la nuit précédente rompit manifestement ce gentlemen’s agreement et mit le feu aux poudres) aux mouvements catholiques s’agenouillant mains levées face aux charges policières qui avaient ordre de les bastonner spécifiquement, aux membres de délégations expertes tenant des conférences de presse devant leur hôtel cinq étoiles, aux syndicats italiens mobilisant en masse dans tout le pays pour la manifestation du dimanche, aux Black Blocks (qui n’étaient pas tous des policiers malgré tout) dont l’engagement physique ne fut pas de trop pour protéger des manifestants peu aguerris du déchaînement militaro-policier. Sans oublier les seuls qui sont représentés dans le film de Daniele Vicari, éventuellement fraternisant non sans difficulté avec l’épicier arabe du coin forcément bourru : les ancêtres des alter-touristes.

Si on met de côté le cauchemar vécu par ceux et celles qui y étaient et en garderont des séquelles physiques et psychologiques pour le restant de leurs jours, qui ne sont pas des personnages de cinéma, on peut légitimement se demander si le film de Daniele Vicari n’est pas l’hommage narcissique (au sens de Christopher Lasch) que se rend la petite-bourgeoisie alter-mondialiste auto-persuadée de sa fonction de sujet historique et tendant à occulter à son profit, en toute inconscience de classe, toutes les forces vives de l’histoire pour le plus grand profit des dominants, à défaut de toute autre efficacité politique. Pour elle, l’histoire est un spectacle où elle entend bien figurer au centre de l’image. Ça tombe bien, c’est elle qui la produit et on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même. Cette dépolitisation au carré, que j’appelle ailleurs « gentrification des luttes », est patente non seulement par la forme du film mais aussi par son (absence de) contenu.

Le film n’est finalement qu’une longue suite de coups de matraques, de flaques de sang et de râles, entrecoupée de scènes dépourvues du moindre intérêt du genre « plus belle la vie en united colors s’il n’y avait tous ces flics se comportant de façon manifestement inadaptée. » À se demander si Gênes n’était pas une teuf qui aurait mal tourné : d’ailleurs, à aucun moment les personnages ne discutent politique entre-eux et une seule scène confronte des points de vue et des contradictions (le personnage central de cette confrontation oubliera de se rendre à la réunion convoquée pour organiser la solidarité avec les émeutiers arrêtés occupé à approfondir la convergence des luttes avec une militante!) Aucun démontage des responsabilités politiques, alors même que les procès ont eu lieu et qu’un certain nombre de faits ont, au moins, été révélés, et c’est là qu’on attendait un point de vue engagé à la Costa-Gavras. Au lieu de cela, à la parodie contestataire et victimaire qui mine, depuis, bien des mouvements, notamment anti-fascistes, bien faite pour neutraliser l’action politique en tirant la couverture symbolique à soi, vient se surajouter cette parodie des codes du film contestataire, dont le réalisateur mime (plus que mal) la forme vidée par ailleurs de tout contenu. Il s’agit de prendre la place des anciens au musée de cire. Du coup, l’État italien s’en tire bien, malgré ces quelques dysfonctionnements, certes un peu violents et critiquables. Les ellipses sont certainement révélatrices de quelque chose de plus profond : faire semblant de montrer pour mieux cacher. Ainsi pourquoi à Balzanetto les détenus ne sont-ils pas obligés de crier « Vive le Dice » comme c’est avéré, y compris par les procès, de même que les chants mussoliniens entonnés par les tortionnaires ? Et pourquoi suggérer les humiliations sexuelles par l’exposition redondante, voire complaisante, de la nudité de l’héroïne à défaut des menaces de sodomie et des coups de matraque systématiques dans les testicules ? Il y a des (im)pudeurs qu’on peine à comprendre... Par contre, la redondance des scènes de violence, à laquelle se résume le film, s'inscrit parfaitement dans la politique de terreur mise en œuvre à Gênes. Elle la prolonge et la réactive. Participe au gouvernement par la peur.

Camarades emprisonnés

Bref, il ne s’est rien passé à Gênes en 2001 : simple « bavure », en aucun cas révélatrice d’une évolution commencée précédemment et poursuivie depuis à marche forcée vers ce que certains n’hésitent plus à appeler un euro-fascisme (ajoutons avec les camarades de Pièces & Main d’œuvre qui ont bien raison, l’épithète « techno ».) C’est pourtant au nom d’une loi datant de Mussolini réactivée à l’occasion et désormais systématiquement appliquée en Italie que « les 25 » ont été condamnés à de si lourdes peines, pour des faits parfaitement mineurs.

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Ah « les 25 » ! Mais oui, au fait ! Que deviennent-ils ?

Daniele Vicari les a « oubliés », et il n’est pas le seul, dans son grandiloquent générique de fin.

Qui aurait pu être :

''Le procès contre les 25 manifestants a vu un acquittement. Quatorze accusés ont été condamnés à entre cinq mois et deux ans et demi pour des affrontements résultant d'une attaque de carabinieri contre une manifestation autorisée le 21 juillet Via Tolemaide et des affrontements qui ont suivi. Un autre a pris cinq ans pour avoir blessé le conducteur du véhicule 4x4 Defender des carabiniers duquel Carlo Giuliani a été tué place Alimonda. Dix personnes qui ont été reconnues coupables de "destruction et de pillage» dans le cadre du «Black Block» et ont été condamnées à entre 6 et 11 ans de prison. Au total, les 24 qui ont été reconnus coupables ont étécondamnés à des peines d'un total de 110 ans. Un autre aspect important de la décision est que la demande déposée par la Présidence du Conseil requérant les manifestants de payer pour les dommages causés à l'image de l'Italie (le montant doit être fixé dans une procédure civile) a été acceptée par le tribunal. Ainsi, l’image de l’Italie a-t-elle été salie par la violence des manifestants et non par la brutalité de la police. Par ailleurs, quatre agents (deux policiers et deux carabiniers) ont été déférés au bureau du procureur afin de déterminer s’ils devraient être poursuivis pour parjure suite à leurs déclarations au procès.''

Une infraction spécifique pour laquelle le magistrat du parquet a inculpé les accusés était "destruction et pillage » (art.419 du code pénal, l'accusation la plus grave applicable aux troubles publics). C'est un crime qui, s’il est prouvé, est puni d’une peine de 5 à 12 ans. Le magistrat du parquet avait demandé un total de 225 ans pour les 25 manifestants indépendamment du fait qu'ils aient été convaincus d’avoir pris part aux raids destructeurs du «black bloc» (incluant la violation et le saccage d'un certain nombre d’agences immobilières, bancaires et locaux commerciaux, des incendies de voitures et l'érection de barricades dans des affrontements avec la police comprenant des jets de cocktails Molotov) ou à des affrontements dans la rue au cours de manifestations autorisées. La peine maximale requise était de 16 ans pour "CM", une femme identifiée comme ayant pris part à différents actes liés au «Black Block». Des peines allant de 10 à 15 ans ont été requises pour sept autres. À l'autre extrémité du spectre, les plus courtes peines requises étaient six ou six ans et demi pour dix accusés. La durée de leur comportement violent et la récidive ont été des facteurs pris en compte, avec circonstances atténuantes. D'autres considérations étaient l'utilisation d'armes, l’action en groupe de plus de cinq personnes et l'intention de provoquer l'insécurité publique. L'utilisation croissante de l'article 419 est vu comme une évolution importante par les militants, en tant qu’une infraction qui a cessé d'être exclusivement réservée aux révoltes populaires ou aux insurrections aux cas d'incidents impliquant le hooliganisme et les manifestations politiques.

''Sur les 24 accusés qui ont été jugés coupables, «CM», a été condamnée à 11 ans de prison, "PF" et "VV" à dix ans et demi, "FL" à dix ans (tous avec trois ans de sursis), "FA" à neuf ans, "CC" à sept ans et dix mois, "VA" à sept ans et huit mois "AC" à sept ans et demi, UD à six ans et demi, "MI" à six ans, "MM" de cinq ans, "PP" pour deux ans et demi ans, "DP" à un an et huit mois ", DAAF" à un an et six mois, "DRF", "DAF" et "DPA" à un an et cinq mois, "BD" et "CS" à un an et quatre mois ", "FA" deux ans, "TF" un an et deux mois, "FTO" onze mois, "DIM" six mois et, enfin, "CD" à cinq mois. Les peines prononcées contre dix autres ont été suspendues, 13 ont vu leurs peines de prison de moins de trois ans entièrement "graciées", et onze autres ont eu trois années de sursis. Ainsi, la plus longue peine à purger est de huit ans, deux autres personnes purgent sept ans et demi, une autre sept ans, une autre six ans et six derniers purgent entre deux ans et quatre ans et dix mois.''

(source:StateWatch)

En 2012, la Cour de Cassation s'est ainsi prononcée:

(le cas des) manifestants qui ont causé des dommages à Gênes et ont été accusés de l'infraction extrêmement grave de « destruction et pillage " s'est conclu avec cinq condamnations définitives. Leurs peines exemplaires sont les suivantes : un à 14 ans , l'un à 12 ans et six mois, un à 11 ans et six mois, un à 10 ans et un autre à six ans et six mois. Contrairement aux policiers, ils purgeront leur peine en prison alors que contrairement aux policiers, leur violence a été dirigé vers des objets plutôt que des personnes. La Cour de cassation a jugé que cinq autres accusés verront leurs cas examinés par la cour d'appel de Gênes pour tenir compte de la circonstance atténuante qu'ils peuvent avoir agi "sous l'influence d'une foule en effervescence ». Ils ont déjà été condamnés de sept ans à dix ans et neuf mois par la cour d'appel . Une campagne visant à soutenir les dix manifestants qui ont été condamnés en appel sur les 25 qui ont été jugés , appelée " 10 x 100 Anni di Carcere . Genova non è finita " (10 pour 100 ans de prison. Gênes n'est pas fini) , a été lancée et a recueilli 30.000 signatures de soutien au moment de la sentence di Corte cassation

(source: StateWatch)

Au moins, le réalisateur aurait-il informé les milliers d’ « internationaux » présents à Gênes en 2001 que si la solidarité internationale n’était pas un vain mot, il conviendrait peut-être de se préoccuper de cette situation... Mais tout occupé à coller son nom à un événement historique, il semble avoir été inattentif à ce détail un peu trivial.

C’est d’ailleurs à ce genre de détails qu’on mesure, en pratique, l’inefficacité globale de ce qui, depuis, est devenu l’alter-mondialisme.

De ce point de vue, la déclaration commune finale du rassemblement commémoratif final de Gênes 2011 n’a finalement rien à envier au film. Le mouvement global pour « la justice globale » y, selon son habitude, oublie totalement de s’intéresser à la justice locale et de mentionner les camarades qui payent le prix de ce théâtre des bonnes consciences sans conséquences.

On y lit par contre quelques grands moments de lyrisme propres à faire trembler le monde sur ses bases :

" Nous, les participants à Gênes 2011 "la crise, c'est eux, pour nous, c'est l'espoir" réunis lors de l'assemblée internationale du 24 juillet, après la grande manifestation d'hier, nous nous engageons à construire ensemble le parcours jusqu'au Forum Social Mondial de 2013 qui aura lieu dans la région du Maghreb-Mashrek. Pour la première fois, les mouvements, les acteurs sociaux, les militants et les communautés du monde entier se réuniront dans notre région méditerranéenne, hôtes des révolutions de la dignité. Le Forum et son processus de construction nous offrent une extraordinaire occasion de convergence nationale et internationale pour renforcer le champ des forces et des alliances nécessaires à une vraie alternative à la crise globale, fondée sur la radicalisation de la démocratie et des droits, sur une autre façon de produire, de vivre, de consommer, de cohabiter, capable de renvoyer à l'expéditeur les dévastatrices recettes anticrise imposées par les pouvoir dominants. Nous nous engageons à préparer ensemble deux importants rendez-vous internationaux en Italie:

Dans les prochains mois, un séminaire ouvert pour reconstruire un espace européen public avec la participation des acteurs sociaux qui, sur notre continent, font vivre les luttes, les différends, les alternatives, les pratiques pour une autre Europe."

En 2012, 10 ans après le FSE de Florence, un événement Forum Méditerranée, un grand rassemblement des mouvements européens avec les acteurs et les actrices des Révolutions de la dignité sur la rive sud.

Invitation transmise aux camarades moisissant dans les prisons italiennes ?

Pour oublier ce grand moment de révisionnisme cinématographique, je préfère leur dédier cette chanson d’un vrai poète béni.

Pièce entrée dans les collections le 1er novembre 2013

Lire aussi : Gênes 2001 : La Cour européenne des Droits de l'Homme condamne l'Italie pour "torture"

Notes

[1] Ainsi cette déclaration significative d’une militante française lors d'une réunion-bilan : « Attac-GARD (Valérie VIE): - Je suis une adepte de la non-violence, ce qui ne m'a pas empêchée de pénétrer dans la zone rouge, portée par la violence de la manif. - J'ai un immense sentiment de honte par rapport à ce qu'a écrit Susan George en portant des accusations contre certains membres violents. J'ai honte maintenant d'être secrétaire d'Attac. - Nous portions tous notre violence, il faut en assumer les responsabilités. »

dimanche 25 novembre 2018

Il y a un an : Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur”

Yanis Varoufakis raconte que Schaüble (ministre des Finances allemand) lui aurait dit : “le véritable objectif c’est Paris, la Troïka veut imposer ses politqiues en France”. Si on accepte cette idée, c’est qu’effectivement l’étape suivante de l’Union Européenne consiste à se porter vers le lien où on trouve la pointe la plus avancée de l’Etat social sur le continent, c’est-à-dire vers nous.

Imposer à la cinquième puissance du monde une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur.

Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone euro et qui viendrait d’Italie.

Extrait d'Interview de Frédéric Farah parue dans Le vent se lève

Lire aussi : Ce qui arrive dans des endroits comme la Grèce n'a rien à voir avec la Grèce , qui constitue la dernière intervention progressiste[1] de Varoufakis avant sa conversion publique à "l'autre Europe" (qu'il avait mise en pratique en refusant toute sortie de l'euro et par son hostilité à l'audit de la dette grecque)

Pièce acquise par le Musée de l'Europe le 4 juillet 2017

Notes

[1] Le Concierge de l'époque, encore sous le choc des événements, n'avait semble-t-il pas bien lu ce texte en référence, appelant clairement à "plus d'UE" (une Europe fédérale donc), après avoir sacrifié la Grèce à l'euro, bien avant de choisir Hamon comme succursale de son mouvement DIEM25 en France. Sans vouloir l'excuser, on parlait encore de "capitulation de Tsipras" et non de trahison venant de loin, et Varoufakis n'apparaissait pas encore dans la vérité crue de l'homme qui avait sauvé ce qui était essentiel au Capital en vidant le programme de Syriza de sa substance avant même sa victoire, tout en faisant semblant de le défier, en fait d'essayer de le sauver contre lui-même... Note du Commissaire de l'exposition

samedi 24 novembre 2018

Les Fermiers Généraux de la Grèce

Comme l’affirme ainsi à très juste titre mon ami Olivier Delorme au sujet des totalitarismes si actuels, “auxquels, par là, il s’apparente, le projet européen est avant tout oligarchique et technocratique: le pouvoir doit être exercé par ceux qui ont des compétences techniques, par ceux qui savent - qui savent notamment mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui empêcheront ces peuples de faire des bêtises. Mais imposer le dessaisissement des peuples dans le cadre national est impossible autrement que par la force, le coup d’État, la dictature”.

“En réalité, si l’on regarde l’Europe économique aujourd’hui, les pays qui vont le mieux sont tous hors de l’UE ou de l’euro et ne souhaitent pas y entrer. Les seules exceptions sont l’Allemagne - surtout -, les Pays-Bas et l’Autriche pour qui l’euro, sous-évalué par rapport à ce que serait le taux de change de leur monnaie nationale, est un puissant instrument de dumping. Pour tous les autres, l’euro qui, du fait même de sa nature et de ses règles - irréformables - est et restera structurellement surévalué, constitue un pesant boulet qui les ralentit ou qui les tue.” “Putsch Magazine”, 20 novembre 2018. Bas, très bas Empire.

Sur nos radios pas totalement contrôlées peut-être, on peut distinguer ces voix, à l’instar de la radio 90.1 FM du Pirée, voix qui répètent sans cesse que le pays devenu territoire est occupé par l’européisme et par Berlin, et que Berlin et Bruxelles placent leurs hommes un peu partout, surtout et d’abord au sein du gouvernement. Les Grecs le savent, sauf que leur univers, leur teneur disons anthropologique, culturelle, économique et sociale, se trouvent désormais suffisamment désarticulés pour que l’action collective puisse alors reprendre de manière efficace. Contrairement, espérons-le, aux gilets jaunes en France, dont l’existence par exemple économique n’est pas encore tout à fait détruite, alors espoir ?

Ce qui ne veut pas dire que le pays réel grec ne manifeste plus. Cette semaine par exemple, les retraités ont manifesté à Athènes comme ailleurs à travers le pays, presse grecque de la semaine. De même, ceux du personnel de la Santé Publique ont déversé du foin bien gras devant le dit Ministère des Finances. Ce dernier, il est placé comme on sait, entièrement sous le contrôle de Bruxelles et de Berlin. D’ailleurs, c’est “l’Autorité Indépendante des Recettes fiscales” (“Establisment and operation of Independent Authority for Public Revenue” IAPR) qui récolte taxes, impôts et amendes, ainsi que le fruit bien attardé des saisies et qui décide de leur usage, Autorité laquelle “jouit d'une indépendance opérationnelle, d'une autonomie administrative et financière et qu’elle n'est pas soumise au contrôle, ni à la surveillance des organismes gouvernementaux ou d'autres autorités administratives” (grecques).

Une agence... fiduciaire, notons-le, ainsi non-grecque, mise en place en 2016, depuis l’acte final de la mise-à-mort de la Grèce par la bande et la gauche des criminels et autres traîtres à la Tsípras et visiblement heureux de l’être, une structure enfin, en réalité illégale... si l’on considère autant que faire se peut la Constitution, théoriquement toujours en cours mais seulement théoriquement. Là encore, comme il vient d’être décrit pour une... condition collective humaine et européenne désormais analogue très actuelle, nous sommes face à un totalitarisme et autant “un gouvernement cynique et impavide, qui est clairement prêt - c’est sa grande différence avec tous ses prédécesseurs - à aller jusqu’aux pires extrémités pinochetistes.”

Estrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Black Mayday" sur son blog Greek Crisis

vendredi 23 novembre 2018

Il y a deux ans : « La Grèce doit devenir le miroir de l’Europe en matière de législation du travail »

La Commission "Europe" de "Nuit Debout" a eu la bonne idée d'organiser à la Bourse du Travail de Paris le 30 juin 2016 un Débat sur les lois travail en Europe. Malheureusement, la Commission n'a pas diffusé les textes des interventions sous forme écrite et la captation enregistrée à partir du streaming et non de la source est intermittente[1]. Nous avons retranscrit ci-dessous l'intervention d'Emmanuel Kosadinos, membre d'Unité Populaire et psychiatre des hôpitaux. Le Concierge

« La Grèce doit devenir le miroir de l’Europe en matière de législation du travail ». Pour comprendre cette phrase sibylline du Ministre actuel du travail, membre de Syriza, (Geórgios) Katroúgaloss, il faut évoquer l’historique des 6 dernière années de la tragédie grecque du travail connue sous le nom « memorandum ». Et plus récemment, aussi, sous l’euphémisme, « meilleures pratiques européennes ». Il faut aussi évoquer les conclusions du semestre européen printemps 2016 où l’on peut lire que « le service d’appui à la réforme structurelle facilite la mise en œuvre des réformes en tirant parti de l’expérience à Chypre et en Grèce. Une proposition législative visant à étendre ce service à l’ensemble des États-membres permettra de fournir un appui dans un large éventail de réformes essentielles. »[2]

Quelle est donc l’expérience tirée en Grèce et quelle sont ces "meilleures pratiques européennes" ?

Les luttes historiques de la classe ouvrière grecque avaient permis, malgré la défaite de la gauche pendant la Guerre civile et un septennat de dictature militaire, l’existence d’un cadre législatif protecteur du travail et le développement d’un secteur public productif conséquent. Puis, pendant les années 1990 et sous la gouvernance du parti dit socialiste Pasok, la tendance s’inverse et prolifère le travail précaire et non déclaré, touchant à l’époque surtout les travailleurs jeunes et immigrés. Cela a été également favorisé par les investissements des fonds sociaux européens. C’est aussi l’époque des privatisations. Le syndicalisme grec, inféodé pendant cette période aux partis traditionnels, plutôt qu’expression de la lutte des classes, devient un mécanisme de délégation du pouvoir central et d’arrangements sous couverture de l’idéologie sociale-démocrate du partenariat social. Les actions symboliques des grandes confédérations n’assurent pas la défense légitime des travailleurs et, à cause de leur inefficacité, font chuter les adhésions, et notamment dans le privé. La crise de la dette grecque, consécutive à la défiscalisation du capital.

(inaudible)

La capitulation s’est fait au prix de l’éclatement de Syriza et de l’installation d’un sentiment profond de rancœur et de désarroi parmi les citoyens. En terme de travail, la loi de ratification du 3eme mémorandum votée en août dernier :

  • confirme les politiques salariales de 2010-2015;
  • déclare caduques les mesures prises par le premier gouvernement Syriza;
  • s’engage à faciliter les licenciements collectifs
  • à aligner les négociations collectives à la doxa néolibérale;
  • à entraver d’avantage l’action syndicale
  • bannir le retour au système antérieur;
  • subordonner les politiques de travail à une autorité indépendante d’experts[3];
  • et supprime aussi le repos dominical.

L’application de ces mesures est attendue pour cette rentrée 2016, dans un contexte de négociation serré entre le gouvernement et les créanciers. À l’ordre du jour, la signature d’un mémorandum supplémentaire, 3bis,

  • la libéralisation complète des licenciements (…);
  • l’abandon du salaire minimum et de la négociation dite « libre »;
  • l’harmonisation (…) du marché du travail grec;
  • l’autorisation de grève uniquement par référendum;
  • l’allongement du préavis de grève
  • la levée de la protection des syndicalistes;
  • et enfin l’autorisation de la grève patronale, le lock-out, ce qui aujourd’hui est inconstitutionnel aussi bien en Grèce qu’en France, en Espagne et dans d’autres pays.

Face à la tourmente qui s’abat sur (...), l’heure n’est pas à la tergiversation. Les mobilisations se poursuivront en Grèce contre l’oppression et la violence économique de l’austérité et contre le gouvernement néolibéral de Syriza, dont une partie des cadres syndicaux a volontiers rejoint les vieilles coutumes du syndicalisme étatique et patronal. Le point culminant de ces mobilisations a été la grève générale du 4 février 2016, à laquelle nous avons fait écho à Paris par un meeting solidaire, Place de la République, le même jour. Des recompositions aux niveaux syndical et politique sont en cours dans la perspective de création d’une nouvelle force d’opposition de gauche, d’un front de lutte de classe pour le renversement des politiques d’austérité néolibérales, des mémorandums et du régime d’asservissement néo-colonial aux créanciers et au capital international. Une lutte particulière doit-être menée en Grèce, compte-tenu des conditions particulières, mais elle doit aussi converger avec les luttes des salariés de l’Europe et du monde entier. Si nous avons perdu une grande bataille, nous sommes toujours en guerre, que nous espérons victorieuse pour les forces du travail et pour le peuple.

Emmanuel Kosadinos

Pièce entrée aux collections du Musée le 8 juillet 2016

Notes

[1] On ne saurait trop ici conseiller à ceux/celles qui prennent ce genre d'initiatives d'en faire des CR écrits et d'ouvrir des blogs, comme celui-ci, pour entreposer ces documents et qu'on puisse en faire usage dans le temps. Car FB est le domaine de l'évanescence, aussitôt publié pour quelques abonnés, aussitôt disparu.

[2] Sur le "Semestre européen, lire La lutte contre la loi travail peut être considérée comme un test majeur pour la Grosse Bertha de la "gouvernance économique" de l'UE

[3] Cette mesure est préconisée pour tous les États-membres dans le Rapport des cinq Présidents, lire "La Grèce et la politique sociale" in La Grèce, la « loi travail », l’eurofascisme et la « gauche » de la « gauche »

Il y a un an : "Mémorandum IV, l'UE assassine"

Alors que médias traditionnels et réseaux sociaux se font concurrence pour relayer massivement moult faits divers faisant diversion, commentés, analysés, "détricotés" par de nouveaux intellectuels médiatiques faisant leurs premiers pas dans la société du spectacle, des crimes d'une ampleur inouïe continuent d'être commis en notre nom. La fonction des polémiques sur tout et rien complaisamment relayées par les guignols de l'info, les "historiens" en peau de lapin et autres candidats de "rassemblement autour de bibi" est ainsi établie : couvrir les crimes du présent (parfois même sous les trompettes de la commémoration de ceux du passé.) Le Concierge

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Le Parlement grec a adopté jeudi 18 mai 2017 soir de nouvelles mesures d'austérité, réclamées par les créanciers, UE et FMI. Elles sont censées permettre le versement d'une nouvelle tranche des prêts internationaux au pays, qui espère aussi un allégement de sa dette.

Les principaux articles de la loi comprennent de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts. Ils ont été approuvés par la faible majorité de la coalition gouvernementale, soit 153 députés de la gauche Syriza d'Alexis Tsipras et du petit parti souverainiste Anel, tandis que 128 députés ont voté contre, selon un vice-président du Parlement.

Le gouvernement grec dominé par Syriza espère que l'adoption de ces mesures, quatre jours avant une réunion des ministres des finances de la zone euro à Bruxelles, convaincra les créanciers qu'Athènes peut obtenir une tranche de 7,5 milliards d'euros d'aide et un nouvel allégement de sa dette.

En début de soirée, des milliers de manifestants s'étaient rassemblés aux abords du Parlement avec des banderoles frappées des mots "Non aux plans d'aide! Non à l'austérité!". Selon la police, plus de 10 000 personnes ont manifesté pour protester contre un projet de loi comprenant de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts.

Des échauffourées se sont produites entre les policiers et de petits groupes d'individus cagoulés qui lançaient des cocktails Molotov. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour les disperser.

Pas tous égaux devant l'austérité

Tous les Grecs doivent faire des efforts pour réparer les erreurs du passé. L’antienne est connue: elle ne correspond pourtant aucunement à la réalité. Une étude de l’institut Hans Böckler a démontré que les hausses d’impôts subies par les Grecs entre 2008 et 2013 touchaient très diversement les citoyens. Ainsi, les catégories les plus modestes ont vu leurs prélèvements augmenter de 337% tandis que les riches ne paient que 9% de plus qu’auparavant.

Du côté des revenus, le constat est similaire. Selon les chercheurs, les 10% des Grecs les plus pauvres auraient perdu durant ce laps de temps 86% de leur revenu! Les 30% les plus riches, eux, n’auraient subi qu’une chute de 17% à 20% de leurs entrées. Des chiffres que les derniers plans d’austérité n’ont certainement fait qu’aggraver

Lire l'article du Courrier du 18 mai 2017 "A Athènes, mourir dans le dénuement"

Archives du Musée de L'Europe, 6/6/2017

jeudi 22 novembre 2018

Il y a 3 ans : La liberté demande de la vertu et de l'audace

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Citoyens d’Athènes, peuple grec,

Aujourd’hui nous ne protestons pas, nous ne manifestons pas ; aujourd’hui est un jour de fête. Ce jour est une fête de la démocratie.

La démocratie est une fête et une joie, la démocratie est une libération, la démocratie est une issue. Et nous célébrons aujourd’hui la victoire de la démocratie. Nous sommes déjà victorieux, quelle que soit l’issue du scrutin de dimanche, car la Grèce a envoyé un message de dignité, un message de fierté.

Personne ne peut ignorer cette passion, cet anxieux désir de vie, cet anxieux désir d’espoir, cet anxieux désir d’optimisme. Nous célébrons aujourd’hui l’audace et la détermination qui nous ont conduits à prendre notre destin en mains, à rendre la parole au peuple grec.

Aujourd’hui, nous faisons la fête et nous chantons. Nous faisons la fête et chantons pour supplanter le chantage et la peur. L’Europe telle que nous la connaissions, l’Europe telle qu’elle apparaît au miroir de ses principes fondateurs n’a pas le moindre rapport avec les menaces et les ultimatums.

Et aujourd’hui, en ce moment même, l’Europe entière a les yeux tournés vers nous, vers le peuple grec, vers ses 3 millions de pauvres et son million et demi de chômeurs.

Aujourd’hui la planète entière a les yeux rivés sur la Place de la Constitution et sur toutes les places, petites ou grandes, de notre patrie.

Dans ce lieu qui a vu naître la démocratie, nous donnons à la démocratie une chance de revenir. De revenir en Europe, car nous voulons que l’Europe revienne à ses principes fondateurs. À ces principes qu’elle a si longtemps balayés pour appliquer des programmes d’austérité sans issue, violant la volonté des peuples.

Citoyens d’Athènes, peuple grec,

Dimanche, nous adresserons tous ensemble un message de démocratie et de dignité à l’Europe et au monde. Nous enverrons aux peuples un nouveau message d’espoir.

Car nous ne déciderons pas seulement, ce dimanche, de demeurer en Europe. Nous déciderons de vivre avec dignité en Europe, de travailler et de prospérer en Europe. D’être égaux en Europe, à égalité avec tous.

Et, croyez-moi, nul n’a le droit de menacer de couper la Grèce de son espace géographique naturel. Nul n’a le droit de menacer de diviser l’Europe.

La Grèce, notre patrie, était, est et demeurera le berceau de la civilisation européenne. C’est en ce lieu, dit la mythologie, que Zeus, en l’enlevant, a conduit la princesse Europe. Et c’est de ce lieu que les technocrates de l’austérité souhaitent à présent l’enlever. Mais cela ne sera pas. Car, dimanche, nous leur dirons « non ».

Nous ne laisserons pas l’Europe entre les mains de ceux qui souhaitent soustraire l’Europe à sa tradition démocratique, à ses conquêtes démocratiques, à ses principes fondateurs, aux principes de démocratie, de solidarité et de respect mutuel.

Citoyens d’Athènes, hommes et femmes de tous âges qui vous trouvez ici, aujourd’hui, qui submergez la Place de la Constitution, les rues d’Athènes et des autres grandes villes en bravant la montée de la peur orchestrée, la rhétorique de la terreur propagée tous ces derniers jours,

Citoyens d’Athènes,

Le peuple grec a maintes fois démontré au cours de son histoire qu’il savait retourner un ultimatum à son expéditeur. Car les ultimatums, parfois, reviennent à l’envoyeur.

Les pages les plus éclatantes de l’histoire de ce pays et de ce peuple ont été des pages d’audace et de vertu. Je vous appelle à ce que nous écrivions ensemble, de nouveau, des pages historiques, celles de notre rétablissement et de notre liberté.

Je vous appelle, ce dimanche, à opposer un « non » haut et clair aux ultimatums. À tourner le dos à ceux qui sèment chaque jour la peur et l’intimidation.

Et, lundi, quel que soit le résultat du processus démocratique, de ce verdict populaire que certains redoutaient et voulaient entraver, nous opposerons également un « non » sans appel à la division.

Lundi, quelle que soit l’issue du scrutin, les Grecques et les Grecs n’auront rien qui les sépare. Ensemble, nous nous battrons pour reconstruire une Grèce meilleure que celle que nous ont laissée cinq années de désastre.

Je vous appelle enfin à ne pas prêter l’oreille à ces sirènes dont l’écho ne cesse de s’amplifier, ces sirènes qui hurlent à la peur.

À décider avec votre esprit et votre cœur.

À vous déterminer avec calme et résolution.

À vous prononcer en faveur d’une Grèce fière dans une Europe démocratique.

En faveur d’un peuple, d’un petit peuple qui se bat, comme le dit le poème, sans épées et sans balles. Qui se bat cependant en ayant dans les mains la plus puissante des armes : la justice.

Parce que la justice est avec nous, parce que nous sommes dans notre droit, nous vaincrons. Et nul ne peut effacer cela. Nul ne peut occulter ce fait : nous sommes dans notre droit.

Citoyens d’Athènes, peuple grec,

La liberté demande de la vertu et de l’audace. Nous, vous, nous tous, disposons d’audace comme de vertu. Et nous sommes libres. Nous respirons un vent de liberté. Quoi qu’il arrive, nous sommes victorieux. Nous serons victorieux. La Grèce a vaincu. La démocratie a vaincu. Le chantage et les menaces ont été défaits.

Salut à tous! Soyez forts, soyez fiers et dignes. Notre « non » s'inscrira dans l’Histoire. Notre peuple ira de l’avant ― la Grèce, dans une Europe démocratique et solidaire.

Discours prononcé par le Premier ministre grec Alexis Tsipras à Athènes, sur la place de la Constitution, lors du rassemblement en faveur du « non » au référendum du 5 juillet 2015. Traduction Dimitris Alexakis.

Pièce acquise par le Musée de l'Europe, le 5 juillet 2015 ( l'auteur de ce discours a démissionné quelques semaines après la trahison de Tsipras qui scella la sort de l'Union Européenne - Note du Concierge de l'exposition)

mercredi 21 novembre 2018

L’austérité infligée à la Grèce soulève la question des indemnisations

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Les dommages causés par l’austérité en Grèce soulèvent la question de la responsabilité des institutions européennes. Et d’une éventuelle indemnisation. 40 % des populations rurales sont aujourd’hui exposées au risque de pauvreté en Grèce.

« Le niveau des dommages pourrait augmenter la responsabilité de l’UE, mais le problème est d’identifier ceux qui ont été directement touchés par les mesures d’austérité et qui pourraient porter l’affaire devant les tribunaux », a-t-il déclaré.

Selon lui, l’article 340 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne « stipule très clairement que les dommages causés par la faute des institutions européennes devraient être indemnisés ».

« Je sais que certaines personnes y pensent et on m’a demandé de donner des conseils sur cette possibilité », a-t-il ajouté.

Olivier de Schutter, qui a été rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation de 2008 à 2014, a commenté un rapport publié le 20 novembre, qui concluait que les mesures d’austérité prises pendant la crise grecque avaient conduit à une violation du droit à l’alimentation.

Il a noté que le droit à l’alimentation avait tout simplement été ignoré lorsque des mesures d’austérité avaient été conçues et appliquées en Grèce.

Violation du droit à l’alimentation

Les auteurs du rapport écrivent que la Grèce s’est retirée du programme de sauvetage de huit ans en août dernier, et qu’il est maintenant temps de discuter de ce que l’austérité a laissé derrière elle, en particulier en ce qui concerne la durabilité des zones rurales et le droit à l’alimentation.

Selon leur rapport « La démocratie n’est pas à vendre : Lutte pour la souveraineté alimentaire durant l’époque de l’austérité en Grèce », réalisé par l’Institut transnational, FIAN International et Agroecopolis, les plans de sauvetage ont porté un coup à l’économie rurale du pays.

Le rapport note que près de 40 % des habitants des zones rurales de Grèce sont exposés au risque de pauvreté, tandis que le chômage dans ces mêmes zones a bondi de 7 % en 2008 à 25 % en 2013.

De même, le revenu rural par habitant a diminué de 23,5 % au cours de la période 2008-2013.

En outre, l’insécurité alimentaire a doublé pendant la crise, passant de 7 % en 2008 à plus de 14 % en 2016, tandis que 40 % des enfants grecs souffrent de privations matérielles et sociales.

La situation s’est particulièrement détériorée entre 2010 et 2013, lorsque le prix des denrées alimentaires a augmenté alors que les revenus chutaient fortement. Les auteurs du rapport ont noté que les petits exploitants, en particulier, ont été énormément touchés par l’augmentation des cotisations sociales, de l’impôt foncier et sur les revenus ainsi que par l’augmentation de la TVA sur les produits agricoles.

Le rapport explique que le secteur agricole grec était déjà vulnérable avant la crise. Lorsque la Grèce a rejoint l’UE en 1981, elle était exportatrice nette de produits agricoles. Mais depuis lors, elle s’est débattue avec le déficit du commerce alimentaire et a commencé à dépendre des importations.

Commentant ces conclusions, Harry Konstantinidis, co-auteur du rapport de l’Université du Massachusetts, explique que le secteur agroalimentaire déjà vulnérable a été encore plus comprimé pendant la mise en œuvre des politiques d’austérité.

« Nous soulignons que le droit à l’alimentation en tant que droit de l’homme a été gravement compromis pendant la crise, le nombre de personnes en Grèce qui connaissent l’insécurité alimentaire étant passée, selon Eurostat, de 7,6 % de la population en 2009 à 13,2 % en 2017 », a-t-il rappelé.

« Nous cherchons à savoir quels acteurs doivent être tenus responsables de cet échec et nous cherchons à contribuer à un débat qui renforcerait la production alimentaire durable et l’accès à l’alimentation tant en Grèce qu’en Europe en général », a ajouté Harry Konstantinidis.

Sylvia Kay, politologue et co-auteure du rapport, a déclaré que plusieurs initiatives citoyennes avaient été prises pendant la crise et a souligné le rôle des différentes entités sociales qui ont fait preuve de solidarité envers les personnes dans le besoin.

Elle a également évoqué l’initiative « du producteur au consommateur », qui visait à raccourcir la chaîne d’approvisionnement alimentaire en supprimant les intermédiaires pour obtenir de meilleurs prix pour les consommateurs.

Selon Sylvia Kay, l’initiative était « une bouée de sauvetage » lancée aux personnes dans le besoin qui ont réussi à acheter de la nourriture 20-50 % moins chère que les prix au supermarché.

source : Euractiv, 21/11/2018

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