Musée de l'Europe et de l'Afrique

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mardi 12 décembre 2017

La... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

S’y ajoutent, les mensonges à répétition de la bande à Tsipras et des autres para-politiciens que la colonie jardine encore et hélas. Le dernier mensonge officiel, c’est la prétendue “sortie de la tutelisation mémorandaire en 2018”, lorsqu’on sait par exemple que le mémorandum Tsipras offre potentiellement le contrôle de l’ensemble des biens publics grecs aux prétendus “créanciers” pour 99 ans et que le dépeçage de l’économie grecque et des biens aussi privés, au profit bien entendu d’un nombre alors croissant de rapaces internationaux, ainsi que d’une clique bien locale, largement liée au système mafieux et népotiste des partis supposés politiques.

Toutes les dimensions de la temporalité de la crise grecque ont été ainsi balayées: non seulement les effets immédiats sur chacun, mais aussi les conséquences à long terme, sur les structures du pays, ses institutions, etc. Sous nos yeux, on voit le pays se transformer en un nouveau “cabinet des curiosités” de la vie et de la mort sous un régime en somme novateur, la métadémocratie achronique.

On conviendra que finalement... “innovation” et “embellie” ne sont pas forcément synonymes, notamment dans les affaires humaines. On y observe mieux que nul part ailleurs la mutation de nos régimes oligarchiques-libéraux du monde occidental, autrement-dit nos démocraties “complaisantes”, en des régimes oligarchiques-dictatoriaux et pour le cas grec (et chypriote), l’annulation violente de toute forme (même déjà incomplète) de souveraineté populaire, nationale et étatique. L'évolution aura pris moins d'une décennie, sinon bien moins de temps. Il fallait y penser.

(...)

Dans les quartiers (encore si possible paisibles) d’Athènes, le commun des mortels aura compris que cette visite officielle était au mieux inutile, et au pire, nuisible. Dans les cafés on murmure toute l’amertume devant (et sous) ce “gouvernement” alors cynique, “Quisling”, largement hostile aux intérêts du pays, des travailleurs, de la grande masse des petits et moyens entrepreneurs et parfois même grands, et même à la démocratie. Le 3/4 décembre 2017, le “gouvernement” a tenté à faire voter au “Parlement” la reforme no 69, sur les 113 nouvelles mesures exigées par la Kommandantur Troïkanne, s’agissant bien entendu de la restriction du droit de grève, ainsi que de la (non) indemnisation des travailleurs en cas d’accident sur le lieu de travail ou durant son exercice. L’amendement avait été rajouté au projet de loi relatif au... satellite grec de télécommunication... alors voyons (presse grecque du 4 décembre 2017) .

Une pratique alors généralisée depuis les mémoranda et qui en dit long sur l’aspect criminel (et en déjà inconstitutionnel et illégal) des “gouvernances” (d’abord) économiquement génocidaires sous les escrocs de SYRIZA/ANEL. Le “gouvernement”, craignant la défection de certains députés (majorité de 153 “parlementaires” sur 300) a retiré ces deux amendements pour évidemment revenir de manière impromptue, le jour de Noël par exemple ou pendant une autre période fériée. C’est (autant) pour cette raison que les Grecs ne veulent plus entendre parler de gauche... dans ce pays, la... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

Extraits de l'article de Panagiotis Grigoriou, par sous le titre "Fiascos" sur son blog, Greekcrisis

samedi 9 décembre 2017

Va te faire voir "là-bas si j'y suis" !

Le Musée de l'Europe & de l'Afrique de nouveau censuré par les "médias alternatifs"... mainstream !

On se souvient que le Musée de l'Europe & de l'Afrique avait été interdit de commentaires, bien qu'abonné, par l'alternative moustachue Mediatarte, pour crime de lèse-Laurence De Cock, de lèse-De Haas, de lèse-Philippes (Marlière et Corcuff)[1].

Là-bas si j'y suis rejoint le club des censeurs que l'esprit de PLPL semble "défriser"...

Ce que nous avons pu constater en tentant de poster, en complément d'un article rappelant les états de service sur le Rwanda de feu Jean d'Ormesson, la chanson que Jean Ferrat lui avait consacrée au sujet de la guerre d'Indochine, Un air de liberté. En même temps, nous n'aurions pas dû, car les quarante jours durant lesquels on ne polémique pas sur un défunt ne sont pas tombés du ciel (si on peut, sociologiquement, dire...). Mais l'influence néfaste et pavlovienne du cynisme déguisé en humanisme de Mermet, propre à sa "Génération" "à qui tout a profité" demeurait sans doute malgré tout...

En effet, un robot chargé du politiquement correct "de gauche"[2] nous informe que nous sommes sur "liste noire", Bravo Mermet, enfin intégré, par robot interposé, à la famille 68tarde qui promet d'éteindre la lumière en partant - juste le temps de "parvenir" ce qui a été un peu plus long que les autres !!! (Devrait-on désormais parler de noire-rose pour qualifier la presse menant "la bataille de l'hégémonie culturelle" comme Le Nouvel Obs et Libération revenant comme une farce ? Et que se taisent les dissidents... au nom de la dissidence - plus que présumée !)

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Et cela le jour même où Minaude Lancelin se voit attribuer 90 000 EUR par les Prud'hommes. Après les 300 000 obtenus par Mermet, on ne doute pas que les (légères) erreurs du DRH de Là-bas dénoncées en leur temps seront corrigées pour faire des médias "alternatifs" un paradis social (et non, comme la plupart des "alternatives" le paradis du travail gratuit ou presque des patron -ne-s "de gauche" de Droit Léniniste !). On nous a tellement fait pleurer le précaire sur le sort de Mermet et Lancelin, que cette heureuse issue s'impose aux tenanciers du goupillon de gogoche par respect pour la croyance des Fidèles, à tout le moins !

Car en effet, c'est le crime de lèse-Lancelin ci-dessous qui nous a valu manifestement d'être mis à l'Index...

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labasPostsBadiou.PNG coll. du Musée de l'Europe

C'est l'extension du domaine du moustachisme-maoïstoïde-féministoïde-alternatifoïde ! Mais que le lecteur se rassure... "ça vaut miiieeuuuxx que d'attraper la scarlatine !"

Le Concierge

Bonus

lancelintaulier.PNG Dame ! Il faut bien renouveler l'érotisme et la moiteur des prisons, où des visiteuses bourgeoises diplômées, affriolées par tant de chaire masculine en cage, ont nourrit tant de "scénarios" de pornos des années 70, par l'anthropologie dans un club de drague dirigé par des mâles alpha au XXIème siècle ! Ouaf, ouaf ! (Le Concierge)

le Commentaire auquel Là-bas avait pourtant échappé...

- Qu'en pense le taulier ? Cachez ce phallus que je ne saurais voir derrière le féminisme de salon et de comptoir ?

Notes

[1] Lire En marche vers le « rassemblement » moustachu ? et Le "participatif" sur Mediatarte commence à ressembler au Canard Enchainé pendant la guerre 14-18.... Les mêmes s'étonnent dès lors, en poussant les hauts cris de Vierges tartuffoïdes outragées, que les Causeur et autres Polony leur taillent des parts de marché... S'ils n'étaient nourris par les turpitudes (double-standards) du gauchisme anti-matérialiste mais néanmoins "libéré" c'est à dire quequettoïde qui revient comme une farce, les réactionnaires intelligents en embuscade n'auraient pas la partie si facile. Le moteur à deux temps est lancé, or la partie a déjà été jouée il y a tout juste 50 ans. La structure sociale a changé, certes, comme l'indique la victoire de Macro III le Petit, powered by Mediatarte. Et avec les révolutions oranges à poil dur, tous les espoirs sont permis pour la petite-bourgeoisie en quête de goupillons médiatiques au service de l'asservissement du plus grand nombre, par l'exploitation sans limite, d'où perle la parole bénite de l'exact contraire aspergeant la foule de passions pas très... spinozistes (ou alors spino-zizistes!), et dont le capitalisme 2.0 est si friand. Il y a même des sites pour ça, et préparer le Mariage pour tous des start-ups de droite et des start-ups de gauche, qui jouent déjà ensemble au foot à l'Assemblée Nationale !

[2] Confier cette tâche à un robot en dit long sur l'époque, car l'équipe de là-bas ne sait même pas qu'elle a censuré une chanson de Jean Ferrat... censurée par Antenne 2 en novembre 1975, il y a tout juste... 42 ans ! On n'arrête pas le progrès...

jeudi 7 décembre 2017

“Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables”

Au bout du processus dont l’euro constitue d’ailleurs une pièce maitresse, c’est la mort de la démocratie, c’est la mort de l’économie maitrisée sur un territoire donné par les citoyens, et c’est autant la fin de toute maîtrise du temps (du futur) et ainsi la défaite de tout espoir, à moins de briser et alors la totalité de la... coquille (entre autres européiste). C’est pour cette raison que je ne crois guère à “une autre Europe possible”, et encore moins au “Plan-B” à son propos, c’est triste à dire peut-être, ou à faire admettre, mais c’est alors ainsi.

Pluies et vents. Dans l’ancien temps nous croyions préparer Noël. La semaine dernière, les administrateurs coloniaux de la Troïka étaient de leur déplacement habituel à Athènes, afin de recevoir les ministrions locaux à l’hôtel Hilton. Histoire surtout de surveiller l’exacte poursuite du programme d’anéantissement de leur proie. 2018, sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie, (et) qui passe autant par la saisie des biens privés et publics des Grecs, s’accélérera. Les para-ministres à Tsipras sourient sans cesse devant les cameras, et les Grecs les haïssent. Oui, la haine, c’est-à-dire, la disparition absolue du geste politique.

La vente aux enchères, désormais électroniques des biens immobiliers saisis par les banques et par le “fisc grec” ont ainsi pu reprendre, une exigence... historique et insistante de la Troïka. Les médias rapportent que plus de 18.000 biens seront liquidés, rien que dans un premier temps. Il faut préciser que ceux qui perdent leurs biens (le plus souvent, appartements et maisons sous forme de résidences principales), ils n’auront pas le droit à les “racheter” au 5% de leur valeur (en passant par un arrangement avec “leurs” banques par exemple), ni en règle générale, les autres citoyens du pays. Car les acquéreurs (ceux seulement autorisés à “acheter” ces biens au 5% de leur valeur), sont exclusivement issus de ces fameux funds étrangers, ou dans certains cas leurs associés grecs, triés sur le volet.

En effet, tout nous laisse penser que 2018 sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie (saisie des biens privés et publics des Grecs comprise), s’accélérera. Les biens publics et privés passeront ainsi progressivement aux mains des nouveaux propriétaires du pays. On touche alors à l’épine dorsale économique et symbolique de la société grecque, car perdre son bien immobilier dans un pays où ce n’est guère (et à juste titre) l’État qui est historiquement considéré comme l’ultime protecteur, mais son propre toit, comme autant sa propre structure familiale. En même temps, c’est ce même processus qui fera des travailleurs grecs, les esclaves des patrons restants au pays, voire, de ceux de la probable prochaine et future industrie allemande ou autre, à moins que la robotisation en décide autrement (et cela) plus tôt que prévu.

Les résidences secondaires des Grecs près des côtes et sur les îles, deviendront avec le temps les résidences quasi-principales des retraités Européens, tandis que les résidences principales des Grecs déjà saisies seront perdues à jamais. Ainsi, et c’est dès lors et autant perceptible, certaines activités liées à la mer, le tourisme, le secteur agricole entre autres, sont déjà en phase de passer également sous contrôle étranger. On nous dira peut-être que “tel est alors le résultat d'une faillite globale, d’une dette publique et privée alors énormes qui plus est sous le... soleil brûlant de la globalisation”, raisonnement intentionnellement simplifié et réducteur, car il constitue autant un élément essentiel dans la guerre psychologique et en somme asymétrique que la Grèce, ou bien d’autres pays, peuples et sociétés, subissent et subiront.

On sait donc, qu’à travers ce processus certains Grecs en profiteront du butin, d’ailleurs, sans la moindre vergogne d’après nos observations. Ces mêmes gens en profitent déjà en tant que conseillers, liquidateurs (à l’instar de la société Qualco appartenant au cousin Orestis, du ministre des Finances Tsakalotos par exemple) et collaborateurs aux multiples cabinets d’avocats spécialisés, engagés sur place par les funds acquéreurs, pour ainsi... liquider le travail final avec l’aimable participation des institutions grecques, censées protéger les citoyens (forces de l’ordre, Justice, notaires). Il faut préciser que la loi dite “loi Katséli”, du nom de la ministre d’alors, au début des mémoranda, qui protégeait la résidence principale des saisies est largement amendée pour devenir pratiquement inopérante.

Nous avons ainsi l’impression que si ce “gouvernement” n’est pas renversé, si les citoyens ne réagissent pas... ou si une guerre civile n’éclate pas (pour ainsi imaginer un scenario terrible et extrême), finalement, une certaine croissance économique, celle tant évoquée par nos ministrions, pourrait enfin se concrétiser. Naturellement... la classe moyenne grecque sera entièrement détruite bien avant, et les Grecs n’en profiteront guère de ce retour à la croissance, hormis cette nouvelle “élite” en gestation, d’ailleurs en partie liée aux anciennes castes du népotisme politico-financier et pour tout dire mafieux... au pays des Éphialtès sans cesse renouvelés.

Les Grecs n’en profiteront guère de ce retour à la croissance, ni des investissements qui finiront alors par arriver, puisque les biens publics et privés ne seront plus grecs. Ainsi, certains capitaux arrivent déjà, par exemple pour acquérir des appartements et d’immeubles proposés par lots. Et cette nouvelle “élite”, elle habitera dans de quartiers de plus en plus protégés, éloignée des... plébéiens et des migrants, à l’image d’autres pays aux Amériques et en Asie, et ainsi, nous pouvons même parier que l’économie de la colonie finira par dégager des “excédents” à répétition. Comme le dirait sans doute Racine en son temps: “Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables”, c’est toute une... méthode

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sur son blog sous le titre Asymétries

mercredi 29 novembre 2017

Macron : « Le franc CFA est un non-sujet pour la France »

L’économiste Kako Nubukpo fustige la position du président français sur le CFA, qu’il juge « imprécise et caricaturale ».

Ce que nous redoutions depuis des années s’est produit hier, mardi 28 novembre, à l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, au Burkina Faso, lors des échanges qui ont fait suite au discours de M. Macron. Une façon arrogante, pour ne pas dire plus, de la part de M. Macron, d’exprimer le déni de l’histoire monétaire françafricaine, renvoyant les dirigeants africains à leur servitude monétaire volontaire, les mettant à nu de la pire des façons, à travers des réponses d’une violence symbolique inouïe, dont la plus emblématique fut sans doute : « Le franc CFA est un non-sujet pour la France. »

Le franc CFA fait couler beaucoup d’encre, depuis longtemps, avec une accélération et une tension sans précédent depuis quelques mois. On était donc en droit de s’attendre de la part de M. Macron, dans le cadre d’un discours à une jeunesse africaine préoccupée à juste titre par son avenir, à des propos structurés, réfléchis et fortement argumentés sur sa vision de l’avenir de cette monnaie, à l’intérieur même de son discours. Mal nous en a pris, car de franc CFA, il ne fut guère question.

Siphonnage des ressources africaines

Il a donc fallu attendre qu’une remarque lui fut faite par un étudiant burkinabé pour l’entendre enfin exposer sa vision : imprécise, caricaturale et, pour finir, déshonorante pour les dirigeants africains.

Imprécise, car M. Macron semble ignorer que cette monnaie fut imposée aux Africain.e.s dans le cadre des turpitudes de la colonisation française. En effet, le franc CFA est le produit de la création de la Banque du Sénégal en 1855, banque créée grâce aux ressources versées par la métropole française aux esclavagistes en guise de réparations après l’abolition de l’esclavage le 27 avril 1848. Cette banque deviendra, au début du XXe siècle, la Banque de l’Afrique de l’Ouest (BAO), qui aura le privilège d’émission de la monnaie ancêtre du franc CFA qui naîtra officiellement le 26 décembre 1945, dix ans avant la création de l’Institut d’émission de l’Afrique occidentale française (AOF) et du Togo, lequel institut deviendra la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) quelques années plus tard.

C’est dire si le fait monétaire en Afrique francophone épouse les contours de la violence esclavagiste, coloniale et postcoloniale. Rien que pour cela, pour les souffrances des paysan.e.s africain.e.s obligé.e.s de payer l’impôt en franc CFA, dont la disponibilité exclusive était liée à la rémunération de la production et de la vente des produits de rente (café, cacao, coton) et donc l’abandon des cultures vivrières, M. Macron aurait dû faire preuve de respect et de plus d’égards à l’endroit des enfants et petits-enfants de paysan.e.s burkinabé.e.s qui ont payé un lourd impôt colonial, fait de travail forcé et de déportations massives vers la zone « office du Niger » au Mali.

Caricaturale, car M. Macron, vantant la prétendue stabilité qu’offre le franc CFA, a oublié d’insister sur le fait que les arrangements institutionnels organisant le fonctionnement de la zone franc constituaient le véhicule par excellence de l’accumulation de richesses hors du continent africain. En effet, la fixité de la parité entre le franc CFA et l’euro, la totale garantie de convertibilité entre ces deux monnaies, et enfin la liberté de circulation des capitaux entre les deux zones (franc et euro), permettent un siphonage en toute légalité des ressources africaines vers des cieux où le capital serait en meilleure sécurité, obligeant les forces productives de la zone franc à recommencer, chaque année, le processus d’accumulation du capital.

De concession sur les faiblesses structurelles du franc CFA, il n’en fut guère question de la part de M. Macron, sinon quelques propos imprécis sur la compétitivité, le nom et le périmètre de la monnaie. Et pourtant, il eût été facile de reconnaître que cette monnaie, trois quarts de siècle après sa création, n’a impulsé aucune dynamique positive en matière d’échanges intra zone franc, d’accroissement de la compétitivité prix et hors prix, d’accès facilité au crédit productif et enfin de création d’emplois massifs pour les jeunes.

Déshonorante enfin pour les dirigeants africains, car la leçon donnée hier à Ouagadougou par M. Macron peut se résumer de façon ironique en un conseil qu’a toujours donné le grand historien burkinabé Joseph Ki-Zerbo : « Il ne faut pas dormir sur la natte des autres, car c’est comme dormir par terre. » En effet, utilisant une rhétorique guerrière, à la limite de la courtoisie envers ses hôtes burkinabés, M. Macron a montré aux dirigeants africains qui auraient des états d’âme sur le franc CFA la porte de sortie, tordant ainsi le cou au prétendu « complot français » derrière lequel les chefs d’Etat africains ont beau jeu de se réfugier de manière rituelle pour justifier leur inertie en matière de gestion monétaire.

Improvisation économique des chefs d’État africains

Les chefs d’Etat africains, cédant comme toujours aux sirènes de l’improvisation économique dictée par leur absence de vision stratégique de long terme et à la dictature du court terme, refusent ostensiblement de prendre à bras-le-corps la question de l’inadéquation entre l’utilisation du franc CFA et la réalisation de l’émergence économique, de peur de mécontenter le tuteur historique que constitue la figure tutélaire du président de la République française.

Mal leur en prend, car hier M. Macron a retiré, sans crier gare, le tapis qui recouvrait la poussière d’un arrangement monétaire d’un autre temps, politiquement dévastateur en termes de souveraineté, économiquement mortifère en termes de création d’emplois et socialement inique en termes de redistribution de la richesse collective.

Gérer soi-même sa monnaie est le gage premier de la souveraineté. Pour avoir sous-estimé cette vérité d’évidence historique, et avoir pensé naïvement pouvoir se départir sans frais de l’exigence de rigueur liée à la gouvernance des peuples, les dirigeants africains de la zone franc ont subi hier de la part de M. Macron un camouflet qui rejaillit sur l’ensemble de la jeunesse africaine comme un énième viol de ses rêves d’émancipation. Au tribunal de l’Histoire, il leur faudra de bons avocats.

Kako Nubukpo est économiste et ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques du Togo.

Source : Le Monde Afrique, paru sous le titre "Franc CFA : les propos de M. Macron sont « déshonorants pour les dirigeants africains »"

Lire aussi le texte d'une autre conférence à l'Université de Ouagadougou : Crises mondiales et mouvements sociaux

Rebondissement (en forme de CQFD) 8/12/2017

La tribune contre le franc CFA signée par le Togolais Kako Nubukpo le 30 novembre sur Le Monde Afrique en réponse aux propos tenus par Emmanuel Macron lors de son déplacement à Ouagadougou, le 28 novembre, aura été celle de trop. Le directeur de la francophonie économique et numérique au sein de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) a été officiellement suspendu de ses fonctions mardi 5 décembre par la secrétaire générale de l’institution, Michaëlle Jean. Une éviction qualifiée de « brutale » par M. Nubukpo qui, après avoir refusé de démissionner, s’est vu notifier une « suspension de fonctions à titre conservatoire ». Son salaire a été bloqué, son ordinateur et son adresse mail lui ont été retirés tout comme son badge lui donnant accès à l’immeuble de l’avenue Bosquet, dans le 7e arrondissement de Paris où se trouve le siège de l’OIF.

Lire la suite sur le site du Monde-Afrique

mardi 28 novembre 2017

Faire la manche : un nouveau travail pour le pôle emploi allemand

En Allemagne, pays modèle selon nos gouvernants, la pauvreté et le chômage sont pourtant bien une réalité. Une réalité qui a frappé Michael et Christa Hansen, un couple d’une cinquantaine d’années au chômage. Ensemble, depuis les réformes Hartz IV, ils ne touchaient que 760 euros par mois, en plus du loyer et du chauffage pris en charge par l’Etat. Alors parfois, Michael Hansen, enfant de l’assistance publique, et sans emploi depuis 2005 avait la prétention de vouloir « se permettre quelque chose de nouveau chez lui » et avec sa chienne Molly, il s’en allait braver le froid et espérer que les passants soient généreux.

Mais Michael ne savait pas qu’il s’exposait alors à l’inhumanité rapide du Jobcenter. Une employée qui l’a reconnu l’a dénoncé. Ainsi pour eux, M. Hansen se tient régulièrement dans la rue pour procéder à « une collecte de dons privée ». L’administration n’a alors pas uniquement valorisé son temps à faire la manche en temps de travail, elle a aussi dévalorisé ses allocations de 300 euros… Le Jobcenter a motivé cette décision par le calcul suivant : à 10 euros en moyenne par journée de manche, trente jours d’activité par mois rapportent environ cette somme.

460 euros. Il fallait continuer de faire la manche non plus pour mettre du beurre, mais pour avoir des épinards…Et ainsi ils ont rencontré une avocate qui s’est insurgée et a fait appel de la décision. Un appel qui ne pouvait que servir à améliorer un peu la somme perçue par le couple car la défense est restée dans ce schéma comptable. Ainsi celle-ci a pu gagner de revoir les sommes à la baisse : faire la manche ou plutôt une collecte de dons privés ne rapporte en moyenne que 6 euros par jour, et seulement vingt jours par mois. Ce qui fait 120 euros, moins 30 euros au titre de l’exonération pour les dons, soit 90 euros.

Mais le jobcenter, ne compte pas se contenter de moyenne et a envoyé une lettre à Michael afin qu’il tienne un journal de son activité, avec le décompte exact de ses revenus ainsi qu’une projection pour les douze prochains mois. Il a également été invité à se rendre au bureau du commerce afin de déterminer si son activité relevait du « travail indépendant ».

(...)

Muriel Radler

Paru sous ce titre sur le site Révolution permanente

samedi 25 novembre 2017

Comment le cimentier Lafarge a demandé et obtenu le démantèlement du droit du travail en Grèce

Dans l’opinion publique grecque, c’est un fait acquis : le droit du travail a été démantelé sous la pression des lobbies. Mais jusqu’ici, les preuves manquaient pour étayer cette affirmation. Un mail confidentiel de novembre 2011 montre comment le cimentier français Lafarge, déjà mêlé à plusieurs scandales, a participé avec un certain succès à l’entreprise visant à influencer la réforme historique du code du travail, alors menée par le gouvernement d’Athènes.

Le plus souvent, le monde des affaires se montre impénétrable. Mais avec le temps certains secrets finissent par s’éventer. Le cimentier français Lafarge – désormais allié au Suisse Holcim – peut en témoigner. La fuite d’un e-mail confidentiel obtenu par le quotidien grec Efimerida ton Syntakton – partenaire du collectif de journalistes Investigate Europe – montre comment il y a six ans le leader mondial du ciment, profitant de la crise grecque, a fait pression pour obtenir d’Athènes une dérégulation du droit du travail, au-delà de ce que les réformes engagées prévoyaient déjà.

Dans cette correspondance privée remontant au début du mois de novembre 2011, Pierre Deleplanque, alors directeur général du cimentier grec Héraclès General Cement Company, filiale détenue à 100 % par Lafarge-Holcim, interfère auprès de l’homme fort du FMI en Grèce, le Néerlandais Bob Traa. Deux économistes grecs du Fonds monétaire international sont en copie du mail : Georgios Gatopoulos et Marialena Athanasopoulou.

Lire la suite de l'article de Benoit Drevet et Nikolas Leontopoulos, avec Leïla Miñano, pour Investigate Europe, paru sous ce titre sur Bastamag

lundi 20 novembre 2017

Transmission du savoir & possession physique

Par les temps d'Inquisition qui courent, beaucoup de grand(e)s professeurs (-euses) consacré(e)s rasent les murs. Sans compter les plus sophistes qui se cachent derrière la deuxième pierre qu'ils/elles jettent quand la première est souvent jetée par leurs disciples éconduit(e)s... De qui se moquent les Tartuffes, vraiment, qui croient-ils/elles tromper ? Il y a 10 ans, la Revue Agone, Canal Historique, publiait ce texte de Tassadit Yacine, sous le titre "Servir les hommes ou L’art de la domination déniée", qui ouvrira peut-être les yeux des profanes et non initié(e)s qui se font "mettre l'Est en Ouest" par les prêches des ligues de vertu, qui sont en général pourtant bien placé(e)s pour savoir à quoi s'en tenir, même quand ils/elles font des selfies sur la dépouille mortelle de Françoise Héritier, à laquelle, ils/elles prouvent abondamment n'avoir rien compris - faute souvent d'avoir fait l'effort de la lire, comme il va de soi pour tout candidat à l'agrégation qui veut avoir une chance d'obtenir son concours... (Le Concierge)

Ce n’est pas parce que le prophète (y compris le Bouddha) aime avoir à ses pieds des femmes d’esprit et les utiliser comme propagandistes qu’il se préoccupe de la position qui revient à leur sexe.

Max Weber, Sociologie de la religion

Incline-toi devant ton maître comme si c’était un prophète.

Proverbe irakien

Dans une société traditionnelle comme la Kabylie, il apparaît clairement que les tâches sont assignées en fonction des sexes : les petits travaux (ou perçus comme tels) sont le fait des femmes (transport de l’eau, du bois, jardinage, tissage, ramassage du fumier, etc.) ; par opposition aux travaux des hommes (lourds, importants et surtout visibles). On peut montrer que cette division sexuelle du travail résulte d’une culture faite corps, tant chez les hommes que chez les femmes. L’un des effets de la socialisation est en effet de rendre naturelle la soumission, aussi bien au regard de ceux qui l’imposent que de celles qui la subissent[1]. Le corps dans sa fonction biologique sert d’instrument à l’exercice du pouvoir[2], le sexe masculin étant perçu comme actif ; par opposition au sexe féminin, mis en arrière, caché, et perçu comme passif. Cette vision du monde explique pourquoi les garçons sont éduqués dans le sens de l’action et de l’initiative, tandis que les filles sont invitées à y renoncer.

Cette division du travail est loin d’être spécifique aux univers traditionnels. Au sein du champ de la culture et des savoirs légitimes, le masculin s’octroie le monopole de ce qui est inhérent à l’intellect, à la réflexion, jusqu’à croire (et faire croire) qu’il représente une super-puissance, comparable à une divinité sur terre, par opposition à l’élément féminin, renvoyé au monde de la pratique et des tâches peu valorisées.

Notes

[1] Lire Pierre Bourdieu, Le Sens pratique, Minuit, 1980, p. 354 et 358.

[2] Lire Françoise Héritier, Masculin / féminin : la pensée de la différence, Odile Jacob, 1996.

Lire la suite...

dimanche 19 novembre 2017

La politique des dirigeants européens n’est pas un échec du point de vue des patrons

Depuis 2010, les politiques appliquées par la commission européenne et les gouvernements nationaux n’ont fait qu’aggraver la crise et ce plus particulièrement dans les pays les plus faibles de la zone euro. En comprimant la demande publique et la demande privée, les ressorts de la croissance économiques sont réduits à néant ou presque.

La politique des dirigeants européens n’est pas un échec du point de vue des patrons

Les dirigeants européens des pays les plus forts et les patrons des grandes entreprises se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Centre de la zone euro tirent profit de la débâcle de la Périphérie pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en termes de compétitivité par rapport à leurs concurrents nord-américains et chinois. Leur objectif, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles de l’UE. Ils considèrent en outre que la débâcle de l’Europe du Sud va se traduire par des opportunités de privatisations massives d’entreprises et de biens publics à des prix bradés. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques car il compte bien lui-même obtenir une part d’un gâteau qu’il convoitait depuis des années. Les privatisations en Grèce et au Portugal préfigurent ce qui va arriver en Espagne et en Italie où les biens publics à acquérir sont beaucoup plus importants vu la taille de ces deux économies.

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est largement se tromper de critère d’analyse. En effet, les objectifs poursuivis par la direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE, par les directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité des gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, à gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises. Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. A la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des hommes directement issus du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs. Certains hommes politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau mais c’est plus évident et régulier qu’au cours des 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants et transparents.

Les effets sociaux de la crise

Ce que vivent les salariés et les allocataires sociaux de Grèce, du Portugal, d’Irlande et d’Espagne aujourd’hui a été imposé aux travailleurs des pays en développement à la faveur de la crise de la dette des années 1980-1990. Au cours des années 1980, l’offensive a également visé les travailleurs en Amérique du Nord à partir de la présidence de Ronald Reagan, en Grande-Bretagne sous la férule de Margaret Thatcher, la Dame de fer, et chez ses émules sur le vieux continent. Les travailleurs de l’ex-bloc de l’Est ont également été soumis au cours des années 1990 aux politiques brutales imposées par leurs gouvernements et le FMI. Ensuite, d’une manière certes nettement moins brutale que celle qui a affecté les peuples du tiers-monde (des pays les plus pauvres jusqu’aux économies dites émergentes), l’offensive a pris pour cible les travailleurs d’Allemagne à partir de 2003-2005. Les effets néfastes pour une partie significative de la population allemande se font sentir encore aujourd’hui même si les succès des exportations allemandes limitent le nombre de chômeurs et qu’une partie de la classe ouvrière n’en ressent pas directement les conséquences.

Au cours de 2012-2013, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. Dans presque tous les pays de l’UE, on assiste à l’approfondissement de l’offensive contre les conquêtes sociales.

Extrait de l'article d'Eric Toussaint paru sur le site du CADTM sous le titre Contradictions Centre/Périphérie dans l’Union européenne et crise de l’euro

samedi 18 novembre 2017

Le journalisme est mort

Ainsi, et surtout, le licenciement de la journaliste Panagióta Bitsika peut passer presque inaperçu... actualité oblige. Elle travaillait pour le journal “To Víma” depuis plus de 20 ans, et ce journal (avec l’ensemble du groupe de presse DOL) vient de passer sous le contrôle de Marinákis, armateur, magnat de la presse et cogérant de l’équipe d’Olympiakós du Pirée. La nouvelle direction impose de bien... nouveaux et novateurs contrats de travail. “Vous les signez, ou sinon, c'est la porte”, voilà ce qu’a été expressément imposé aux salariés (essentiellement journalistes).

En somme, ces nouveaux contrats de “travail”, imposent aux journalistes le statut de... l’équiper polyvalent, leur spécialisation, ainsi que la description précise de leur tâche ne sont plus mentionnées. Les journalistes devront aussi accepter de travailler pour l’ensemble des journaux du nouveau groupe (DOL et Marinákis réunis), d’après les besoins de l’entreprise. Et à part la baisse de leurs rémunérations, ces “journalistes” du troisième millénaire... bien suranné après Hérodote, devront signer un document déchargeant leur patron de toute responsabilité pénale, en cas de poursuites, en rapport aux textes que les journalistes auront publié aux quotidiens du groupe.

“Au nom de la morale et de la dignité je ne peux pas signer ce texte”, déclare Panagióta dans sa lettre ouverte, adressée à la profession . Hier, devant les nuages et le soleil couchant du Golfe Saronique comme autant du journalisme et de la Grèce, mon ami Th., journaliste au chômage, me disait qu’il avait échangé avec Panagióta au téléphone, et qu’à travers toute leur profession subsistante, les patrons viennent d’imposer simultanément la baisse des salaires de 30% à 50%. “Vous acceptez, ou sinon c'est la porte”.

Mon ami est désormais certain: “Le journalisme est mort. D’ailleurs, jamais dans ce pays les medias n’avaient été autant contrôlés et pour tout dire, laminés par le pouvoir (le vrai, pas celui de la marionnette Tsipras), qu’aujourd’hui. Ce n’est même plus le rédacteur en chef, ni même le patron du journal qui annonce ce chantage aux employés du journal - me disait Panagióta - mais un administrateur financier, dépêché par Marinákis et que nous n’avions jamais vu jusque là. Contemplons alors le soleil, la mer et les nuages... ailleurs il pleut, et aucune réaction pour l’instant de la part de l’Union syndicale des journalistes. Silence... orage.”

Extrait de l'article de Panagiotis Grogoriou, paru sous le titre " Catastrophes... mutationnelles " sur son blog Greekcrisis

mercredi 15 novembre 2017

Tout va très bien madame la marquise

« Tout va très bien, madame la marquise » est une chanson de 1935 qui a connu en France un grand succès en pleine crise. Elle a également été traduite en de nombreuses langues. Cette phrase est devenue une expression proverbiale pour désigner une attitude d’aveuglement face à une situation désespérée.

marquise2.PNG Cliquer sur l'image pour écouter la chanson

Les déclarations de Mario Draghi, de Jean-Claude Junker, de Donald Trump… font penser à cette chanson. On peut les imaginer en train de participer au dialogue entre le domestique James et Madame la Marquise.

La situation du capitalisme n’est pas désespérée. Dommage, car on aimerait enterrer ce système mortifère. Par contre, différents ingrédients d’une nouvelle crise financière internationale sont en train d’être rassemblés.

Souvent, à la veille d’une crise financière, tout semble aller très bien. Certains signaux sont par exemple tout à fait trompeurs. La croissance économique semble encourageante alors qu’elle est fondée largement sur une fièvre spéculative dans certains secteurs. Les faillites sont limitées, les bilans des entreprises semblent solides. Rappelons-nous les notes triple A accordées par les agences de notation à la firme nord-américaine Enron en 2000 avant que l’entreprise ne fasse faillite, donnant le signal de départ de la crise des dotcom de 2001-2002. Rappelons les notes triple A attribuées aux produits structurés liés au marché des subprimes en 2006-2007. Souvenons-nous des déclarations rassurantes d’Alan Greenspan, directeur de la réserve fédérale des États-Unis entre 1987 et 2006, à la veille de la crise des subprimes. Il affirmait que les risques étaient tellement bien disséminés dans le système et tellement bien couverts par les CDS (Credit default swap, sortes d’assurances contre les risques de défaut de paiement) qu’aucune crise n’était en vue. Le FMI, dans son rapport annuel 2007, prétendait que tout était tranquille et que la croissance économique était solide.

La situation en 2017 fait penser à ces situations de pré-crise où tout semble être sous contrôle et pendant lesquelles les dirigeants politiques tiennent des propos rassurants et lénifiants. La situation actuelle ressemble d’une certaine manière à ce qui s’est passé en 1987. On avait connu une hausse forte des marchés boursiers et une hausse importante des obligations d’entreprises privées (les obligations d’entreprises, corporate bonds en anglais, sont des titres financiers émis par les entreprises privées pour se financer, ce sont des promesses futures de remboursement en échange de fonds).

Lire la suite de l'article d'Eric Toussaint sur le site du CADTM

Ma survie, c’est la mort des autres

Notre ami M. remarque encore, que d’une certaine manière, les embouteillages font leur retour en ce moment dans le quotidien de la ville d’Athènes. “Les gens, ceux ayant encore certains revenus, si possible fixes, les fonctionnaires par exemple, réadaptent leurs manières en la matière. Ils économiseront ailleurs et en réalité, ils se priveront, pour pouvoir éviter les rames bondées du métro et de Proastiakós (RER monoligne de la Région Attique). Ils veulent surtout éviter le contact, avec d’abord toute cette énergie négative des autres, puis, les agressions, les mendiants, les drogués, les vols, voire le bruit. Et aussi les grèves.”

“Puis, ils se rendent compte que même en voiture, leurs... périples deviennent de plus en plus tendus, comme jadis du temps où nos circulions en moto. Toujours en état d’alerte. Les gens conduisent comme si tous les autres n’existaient absolument pas. La société n’est plus, et elle devient de part ce fait de moins en moins fréquentable, sauf lorsque pour nos choix orientés, que et que j’appellerai ‘de niche’. Depuis plus d’un an, je rencontre ceux qui visitent les Monastères, puis les moines, leur spiritualité. J’y retrouve le calme, une posture sincère, une sorte même de catharsis psychique. Je peux mieux tenir le coup, mieux comprendre peut-être les autres, et... autant je dirais moi-même. Et ce n’est pas qu’une affaire de croyance.”

“Dans mon service, comme partout ailleurs dans la fonction publique depuis la crise, les gens sont devenus mesquins, rancuniers, rapporteurs, jaloux, filous et surtout mouchards. Tous nos salaires ont été diminués, sauf qu’ils ne sont pas identiques pour chaque les cas, alors, le grand jeu consiste à contester (symboliquement et parfois même par la voie officielle) les petits plus, ou avantages de tel ou tel collègue. Ils n’ont pas autre chose à faire, ils disposent du temps... libre, et surtout pour certains d’entre eux, le fait d’avoir intégré la fonction publique, est lié aux clientélismes des partis politiques. Ces gens ne savent pas faire autre chose... ainsi, ils chipotent autour d’eux, pour mieux accroître leur propre espace, telle est leur conviction la mieux profonde. ‘Ma survie, c’est la mort des autres’, sauf que nous n’irons guère très loin de la sorte.”

Pour P., l’épouse de M., tout est autrement plus simple. Elle travaille dans le privé à temps plein et alors miracle, son salaire est versé, “c'est alors un authentique privilège” comme elle dit, à ses yeux. “Je touche 650€ en net par mois, et pour une fois, nos rapports et interactions au travail ne versent pas forcement dans le négatif. Mon problème c'est qu’après le 20 de chaque mois, il ne reste plus rien de mon salaire, nous avons avec M., deux enfants, un foyer... une petite vie.”

Ce n’est pas de la complainte augmentée... devant la réalité sans doute, c’est plutôt que notre univers immédiat a pris ces rides, auxquelles très précisément nous n’avions pas pensé durant les premières années de la dite “crise”. Univers lequel n’est pas que de dimension politique, nous le savons aussi.

Notre ami D., insiste sur la décomposition alors totale du monde du travail. Et autant sur sa... recomposition inédite, où plus rien n’est comme avant. Salaires, conditions, enjeux, comme autant s’agissant de l’ambiance. Il a rigolé comme nous et comme les autres Grecs, des 720 millions d’euros que le pantin Tsipras se dit prêt à “distribuer aux plus nécessiteux, au bénéfice d’à peu près 3,4 millions de citoyens sous forme d'aide exceptionnelle”, d’après son annonce “solennellisée” au soir du 13 novembre (medias grecs du 13 et 14 novembre) . Cela fait en moyenne 211€ par personne concernée. Dimitri donc en rigole. En plus, cette aide est conditionnée suivant ce que les intéressés peuvent posséder en biens, notamment immobiliers. Ce qui peut ainsi en exclure pas mal de Grecs en réalité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Place aux jeunes" sur son blog Greekcrisis

mardi 14 novembre 2017

Une personne sur trois ne perçoit pas les aides sociales auxquelles elle a droit

Les aides pour les familles sont les plus méconnues, selon un sondage publié mardi pour Adessadomicile, une fédération d'aide à domicile.

Méconnaissance, complexité administrative ou encore réticence à demander de l'aide... Une personne sur trois ne touche pas les prestations sociales auxquelles elle a droit, notamment celles dédiées aux familles ou à la dépendance, selon un sondage* publié mardi.

Le manque d'information, principal obstacle. Ainsi, 34% des personnes éligibles aux prestations sociales ne bénéficient d'aucune aide, indique cette enquête du cabinet Adjuvance pour Adessadomicile, fédération d'aide à domicile, rendue publique dans le Parisien. Pour une personne sur deux, la principale raison est le manque d'information (49% des réponses), viennent ensuite le recours à d'autres solutions dans l'entourage, pour de la garde d'enfant ou de l'aide à domicile par exemple (23%), la complexité administrative des démarches (16%), un reste à charge trop élevé (16%), la réticence "à ouvrir sa sphère privée" (16%) ou encore la défiance envers les administrations (10%).

44% des personnes âgées éligibles n'y accèdent pas. Les aides pour les familles sont les plus méconnues, selon ce sondage : moins d'une famille sur quatre (37%) connaît les aides qui lui sont dédiées et 50% de celles éligibles aux aides à la parentalité ne les touchent pas. Pour les personnes âgées, 44% des personnes éligibles mais non bénéficiaires de l'Allocation personnalisée d'autonomie (APA) n'y accèdent pas car "elles en ignorent l'existence", est-il précisé. 13% des personnes âgées interrogées trouvent leurs propres solutions.

Neuf Français sur dix connaissent en revanche les aides concernant le handicap (Allocation adulte handicapé, prestation de compensation du handicap, allocation d'éducation de l'enfant handicapé). Elles sont "les moins difficiles d'accès car elles bénéficient intrinsèquement d'un circuit d'accompagnement et de prescription, du fait de la dimension médicale de la fragilité concernée", estime l'étude. Mais "la question du reste à charge reste un frein important".

Pour pallier à ces chiffres, certaines administrations, comme la CAF, cherchent désormais à identifier les familles passant à côté de leurs prestations.

Europe 1 (AFP)

  • Enquête réalisée sur internet en octobre auprès d'un échantillon national représentatif de 1.577 personnes éligibles et/ou bénéficiaires d'aides, et en face-à-face auprès de 24 personnes (six personnes handicapées, six familles fragilisées, six personnes âgées, et six professionnels de l'aide sociale ou d'associations).

dimanche 12 novembre 2017

"Le premier acte de résistance consiste à ne plus participer aux pseudo-scrutins, nationaux (du moins jusqu’à reconsidérer la situation) et encore moins aux dites élections européennes"

Il fut un temps, Yorgos Séféris avait repéré (en 1946) un naufrage près de l’ilot de Daskalio, toujours à Póros, un navire auxiliaire de la Marine nationale grecque, sabordé pour ne pas être saisi par la Marine allemande durant l’Occupation (celle des années 1940). Séféris, en congés (après 9 ans de service ininterrompu, il était diplomate) et hébergé à la villa ‘Galini’ (‘Sérénité’), il y écrira un de ses plus célèbres poèmes ‘La Grive’, publié l’année suivante inspiré par ce naufrage.

“Entre l’îlot et la côte, la Grive coulée ; seule la cheminée émerge de quelques pouces. ‘On l’a coulée pour que les Allemands ne puissent mettre la main dessus’ me dit-on. (...) Le batelier disait: ‘Une fois coulé, il a été pillé par ceux qui faisaient du marché noir.” (Carnet de Yorgos Séféris, 14 août 1946).

Poésie du délabrement: “Il me faut du temps, ainsi qu'une grande peine pour écrire ce peu que j'arrive à écrire”, (Carnet de Yorgos Séféris, 24 octobre 1946). Póros, Daskalio, ‘Sérénité’, la villa de Séféris, et le calme (même relatif) du mois de novembre, autorise enfin un peu de cette consistance perdue dont nos imaginations avait été dotées il n’y a guère si longtemps. Du moins, nous avons pu cueillir nos propres olives.

“Le temps change, les hommes lorsqu'ils deviennent déments, ils ne changent alors jamais”, avait dit le poète Séféris lors d’une interview accordée au quotidien “Phileléftheros” de Chypre, quelques mois seulement avant sa disparition physique (interview du 15 avril 1970) .

beart1.PNG "Contre tous les pouvoirs !" (Guy Béart, illustration du Concierge, cliquer sur l'image)

Touti, la chatte des Séféris accompagnait alors parfois le poète à Póros. Nos olives, nos îles, nos chats. “Un sentiment fort quant à la dissolution mentale chez les gens. Ils te parlent et tu te sens tendre les mains dans une brume de lambeaux. Terrible manque de consistance, de rythme, de droiture: tu ne peux pas faire confiance à personne: Horreur”. (Carnet de Yorgos Séféris, 31 décembre 1946 - 1er janvier 1947). Ce qui restait valable aux yeux du poète et du diplomate en 1947, l’est également en cette Grèce de 2017.

“Ils sont divisés, fiers de leurs petites boutiques politiques, incapables de préparer et encore moins d’incarner le moindre contre-projet tangible et heureux, face au totalitarisme actuel. Ceux, issus des gauches (ceux des droites c’était déjà connu), tout comme ceux ayant quitté SYRIZA, ils sont tout simplement en quête de future réélection à défaut de programme. Ils adorent les verbiages, ils adoptent parfois nos analyses et phrases dans leurs discours, mais c’est tout. J’avais rencontré une fois Tsipras, il y a longtemps. Je lui ai dit certaines choses, il a pris mes mots... sans leur sens, et encore moins le sérieux de l’engagement qui devait en résulter. Et comme pour tout le reste, il a tout salopé”, me disait récemment un ami, fin connaisseur du... dernier situationnisme grec.

C’est alors dans ce sens que le voyage en Grèce de Jean-Luc Mélenchon n’a pas vraiment été remarqué. Lafazánis (Unité Populaire), visiblement gêné en dit un mot hésitant, après l’avoir brièvement rencontré, Alavános via le site de son ‘Plan-B’ ayant ouvertement critiqué les positions insuffisantes de la France Insoumise, surtout face à l’hybris européiste, il reste, le mouvement de Zoé Konstantopoúlou, lequel avait officiellement invité le président de la France insoumise, une opération de survie politique, sans plus à mon avis.

Zoé Konstantopoúlou dont les historiens retiendront son mérite d’avoir défendu la Constitution ainsi que d’avoir constitué le Comité sur la dette grecque, n’a plus d’avenir politique ici, elle n’a pas de projet d’ensemble. Et comme elle ne franchira probablement pas la barre requise pour être élue (au sein un pseudo-parlement il faut le dire), elle pourrait d’après ce que Jean-Luc Mélenchon laisse entrevoir, elle pourrait donc éventuellement être élue au pseudo-parlement par excellent de la dite Union européenne, via une liste de la France Insoumise qui dépasserait alors les frontières. C’est une hypothèse.

Zoé Konstantopoúlou pourrait-elle alors être élue de la sorte... pérennisant ainsi les illusions européistes, et l’amertume des peuples avec. Après avoir bu toute la cigüe Syriziste (et ce n’est pas terminé), nous savons à présent que le premier acte de résistance consiste à ne plus participer aux pseudo-scrutins, nationaux (du moins jusqu’à reconsidérer la situation) et encore moins aux dites élections européennes. Sans concession, ni enfumages. Le cynisme, n’est alors pas que la dernière arme des chiens.

(...)

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Sérénité" sur son blog Greekcrisis

Burundi : je soutiens Germain Rukuki

Le 23 / 10 / 2017, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture

Il est 6h du matin. Des policiers débarquent chez Monsieur et Madame Rukuki à Bujumbura. Ils réquisitionnent les ordinateurs et arrêtent Germain sans mandat judiciaire. Escorté par quatre pick-up de la police, il est détenu dans les locaux du service national de renseignement pendant presque deux semaines. Détenu au secret, il ne peut recevoir aucune visite de ses proches, ni avoir de contact avec son avocat. Il est soumis à des nombreux interrogatoires, toujours en absences de son avocat. Pour avoir collaboré avec l’ACAT-Burundi, il est accusé « d’atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat » et de « rébellion », alors que le Ministère public n’a apporté aucune preuve concrète en la matière. Depuis, Germain Rukuki est placé en détention préventive à la prison de Ngozi.

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Le harcèlement judiciaire dont fait l’objet Germain Rukuki est devenu habituel parmi les défenseurs des droits de l’homme burundais depuis que le régime de Pierre Nkurunziza, prêt à tout pour se maintenir au pouvoir, mène une répression systématique contre toute voix dissidente au sein de la société civile. Le régime accuse continuellement les défenseurs des droits de l’homme indépendants d’atteintes à la sécurité nationale pour mettre à mal leurs libertés d’expression et d’association. Ainsi, par exemple, l’ACAT-Burundi est interdite d’activités depuis novembre 2015 et son président a dû quitter le pays.

Depuis que le président de la République, Pierre Nkurunziza, a annoncé vouloir briguer un troisième mandat en avril 2015, le Burundi est plongé dans une situation de quasi guerre civile. En moins de trois années, le Burundi est retombé dans une crise politique majeure avec de multiples violations des droits de l’homme et plus 400 000 réfugiés dans les pays voisins. En septembre 2017, la Commission d’enquête des Nations unies sur le Burundi évoquait des « crimes contre l’humanité » commises par l’Etat.

téléchargez la lettre d'interpellation!

mercredi 1 novembre 2017

Le retour des apparentements terribles

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Tandis qu'on entend les voix numériques de Sœur Caroline du Silence, le sauvage violeur de l'ordre constitutionnel d'un État de l'UE bande haut ! (Le Concierge)

dimanche 15 octobre 2017

La fin de la politique

La société grecque se disloque. Il y a ceux qui... s’amarrent à une destinée encore réellement existante, et tous les autres, ceux pour qui le futur n’est visible qu’à travers une... gueule cassée. “Que pouvons-nous faire enfin pour résister? Nos manifestations ont été brisées sous les matraques de la Police, nos bulletins de vote ont été trahis, ils ne servent et ils ne serviront plus à rien pour changer la situation”.

Question posée en direct par un auditeur au journaliste Lámbros Kalarrytis et à la radio 90.1 de la bande FM, au soir du 11 octobre 2017. Le journaliste sans trop y croire et visiblement gêné, a voulu minimiser ces propos sur l’insignifiance patente et prouvée des élections. L’auditeur a finalement conclu... tout seul: “Il faut que le sang coule ; en Grèce, mais aussi partout en Europe pour que la situation change. Sinon, ceux qui nous contrôlent ne lâcheront pas, c'est tout”. “Bonne soirée Monsieur, je vous remercie...”

(...)

L’histoire comme on dit, elle s’accélère, les destins se figent, peut-être pour un temps seulement, et les mentalités quant à elles, alors elles décampent. Jusqu’en 2015, et jusqu’au referendum du ‘Non’ en juillet, les Grecs croyaient que par une certaine solution du type “miracle politique”, ils allaient retrouver le chemin de leur pseudo-paradis perdu de l’avant-crise. Deux partis, SYRIZA et ANEL, issus du front comme des luttes contre le Mémorandum et contre la Troïka ont été portés au (supposé) pouvoir.

Ces partis, leurs hommes et leurs femmes, n’ont proposé que de paroles, paroles et slogans alors sans véritable programme alternatif, prononcés sans y croire, et de ce fait sans lendemain. Et ces gens ont poussé le bouchon de la trahison et du cynisme jusqu’à... enclore les Grecs dans le flacon de l’immobilisme. Le choc, mais aussi une certaine sagesse vers la quelle il les conduira... ce flacon, sont toujours immenses. La nouvelle situation (le mémorandum Tsipras entre autres), semble être accepté faute d’autre perspective. Et alors, ceux qui ne peuvent plus supporter cette nouvelle réalité depuis 2015, ils s’évadent du pays, soit par un exil à l’étranger, soit par un exil dit “en interne”.

Paupérisés (ou pas), ces anachorètes nouveaux, iront ainsi retrouver leur village natal loin des villes, ils vont se refugier au sein de leurs amis à la manière des groupes primaires combattants, qui les structurent autant à travers un mécanisme d'identification, de compétition et de miroir. Ils iront enfin s’accrocher à l’Orthodoxie, à la tradition populaire, entre autres formes de “départ”, à la musique de Rebétiko .

C’est la fin de la politique, ou plutôt de son illusion, entretenue encore coûte que coûte par les marionnettes parlementaires (et locales), et autant, par la... matrixicité médiatique.

Mon ami K., enseignant, se comptait très volontiers présent à tous les mouvements et événements (espérés) politiques, depuis 2010. Et à présent, il se dirige vers l’Église. “L’Église, c’est le radeau de sauvetage le mieux accessible qu’il soit. Il faut alors y voir plus près, faute de mieux pour l’instant. Je visite un monastère par semaine et parfois, j’y reste un peu plus longtemps, durant les périodes des vacances scolaires par exemple. Depuis l’affaire SYRIZA de l’été 2015, l’attrait pour les monastères s’est considérablement renforcé.”

“Il y a presque toujours la queue... à l’entrée. Quelquefois j’y suis hébergé, accompagné de mon épouse et des enfants. Nous discutons avec les moines, nous nous apaisons ainsi de l’hybris de l’actualité, et nous en sortons... purifiés. Notre ami M. qui est souvent de la partie, l’autre jour il a voulu revenir sur la question de l’homme de la situation, de l’homme juste, de l’homme déterminé à prendre le pouvoir en Grèce pour mettre fin à cette décadence et autant trahison du régime démocratique, en attendant espérons-le, son renouveau. Tu sais, cette question que de très nombreux Grecs posent et se posent depuis 2015.”

“L’higoumène (abbé de monastères orthodoxes) alors lui répond: ‘C’est encore une illusion. L’homme providentiel, juste, bon et fort, ne pourra pas apparaître sous les conditions actuelles. Puis, un seul homme, aussi intelligent et habile qu’il soit, il sera rapidement éliminé ou avalé par le système. Pour l’instant, nous devons tous, d’en bas, nous organiser et agir à peu près comme durant la période de l’occupation ottomane. Autrement-dit, organiser des cours de langue gratuits et accessibles à tous, de nôtre langue évidemment qu’il va falloir désormais préserver, puis, de notre histoire, si malmenée désormais à l’école officielle. Les paroisses devraient aussi agir dans ce sens.’”

“Tu vois peut-être. Je me suis désabonné entre temps des nouvelles via Internet, celles des mouvements du type Plan-B, Unité Populaire et consorts, ils ont fait leur temps... et nous avons suffisamment perdu notre temps et notre énergie avec eux... et il faut dire en vain. Nous avions en réalité accordé trop d’importance à ces gens, tout comme les autres Grecs à ceux de droite, nous devons ainsi désormais avancer dans la compréhension profonde de notre monde et aussi peut-être de leur monde, avant de pouvoir nous organiser et agir enfin efficacement. Sauf que nous avons besoin du moins... d’une petite gamelle remplie par jour, je le reconnais, ce n’est plus à la portée de tous dans ce pays.”

Extrait du billet de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre " Je vous écris d'un pays lointain " sur son blog Greekcrisis

vendredi 22 septembre 2017

Macron veut remplacer le code du travail par le code du capital

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Les ordonnances Pénicaud s’inscrivent dans la continuité d’un vaste projet patronal de précarité de masse, sous couvert de lutte contre le chômage de masse. Le Code du Travail s’en trouve menacé. Le gouvernement tente de maquiller, derrière une communication axée autour de la modernité et de la liberté, une politique déjà datée qui ne servira en bout de course que les grands intérêts industriels et financiers. Et au détriment des conditions de travail et de la rémunération des travailleurs.

Lire l'article publié sur Le Vent se lève

mercredi 13 septembre 2017

Le Portugal reprend des couleurs après deux ans de désobéissance à la Commission européenne

Le Portugal n'a presque plus de déficit budgétaire, bénéficie d'une des meilleures croissances de la zone euro, a fait baisser son chômage et attire les investisseurs. Le petit miracle économique et social portugais s'est réalisé en moins de 2 ans avec une politique pourtant opposée aux demandes de la Commission européenne.

Depuis la crise financière de 2008 et celle des dettes souveraines de 2010, la plupart des pays du sud de l'Europe n'ont pas réussi à sortir la tête de l'eau : les déficits budgétaires sont souvent supérieurs aux critères européens, le chômage y est toujours très élevé, les problèmes sociaux causés par la précarité persistent. Les prêts concédés par le FMI, sous l'égide de la BCE et de la Commission européenne pour aider ces pays à retrouver un peu de vigueur et payer leurs dettes ont été tous accompagnés d'obligations de réductions des déficits, par une baisse des dépenses publiques et des demandes précises, comme le gel des salaires des fonctionnaires, des pensions de retraite, la baisse des prestations sociales.

Ces politiques dites d'austérité ont été doublées de réformes structurelles du marché du travail visant à assouplir les droits des salariés pour améliorer la compétitivité des entreprises. Ces réformes du marché du travail sont elles aussi une demande de Bruxelles. La Grèce, l'Italie ou l'Espagne ont effectué ces politiques d'austérité et ces réformes sans succès concret. Tout comme le Portugal jusqu'en 2015. L'Italie, si elle a baissé ses dépenses et a atteint un déficit inférieur à 3% en 2016, n'arrive pas à faire baisser son chômage qui est supérieur à 11%. En Espagne, le chômage est à 18,7% au premier trimestre 2017, et le déficit public ne colle toujours pas aux critères de Bruxelles : 3,6% en 2016. L'échec des politiques de rigueur budgétaire accompagnés des "assouplissements du marché du travail" ne permettent visiblement pas de faire repartir ces économies.

Le Portugal a démontré depuis 2 ans, qu'une politique — inverse aux politiques austéritaires, et donc basée sur une relance par la demande et l'amélioration des protections sociales — pouvait fonctionner. Ce que le FMI avait déjà confirmé en 2016 en annonçant à propos de la Grèce que "l'austérité ne fonctionnait pas". De là à préconiser une politique sociale de relance en Europe, le pas est un peu grand pour l'institution internationale qui a toujours été favorable au désengagement financier social des Etats et à la privatisation de leurs infracstructures et services.

Lire : Portugal : un redressement économique et social qui prend Bruxelles à contre-pied, sur le site de TV5-Monde

samedi 2 septembre 2017

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Yanis Varoufakis sans oser le demander...

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Yanis Varoufakis fait remonter à 2011 sa collaboration avec Alexis Tsipras et son alter ego, Nikos Pappas. Cette collaboration s’élargit progressivement, à partir de 2013, à Yanis Dragasakis (qui est devenu, en 2015, vice-premier ministre). Une constante dans les rapports entre Varoufakis et Tsipras : Yanis Varoufakis plaide en permanence pour modifier l’orientation adoptée par Syriza. Varoufakis affirme que Tsipras-Pappas-Dragasakis veulent eux-mêmes clairement adopter une orientation différente, nettement plus modérée, de celle décidée par leur parti.

La narration faite par Varoufakis ne manque pas de piment. À travers son témoignage, on voit comment, à des étapes très importantes, des choix sont faits dans le dos de Syriza au mépris des principes démocratiques élémentaires.

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Varoufakis s’attribue un rôle central et, en effet, il a exercé une influence sur la ligne adoptée par le trio Tsipras-Pappas-Dragasakis. Il est également certain que Tsipras et Pappas ont cherché à construire, en dehors de Syriza, des rapports plus ou moins étroits avec des personnes et des institutions afin de mettre en pratique une politique qui s’est éloignée de plus en plus de l’orientation que Syriza avait faite sienne. Varoufakis n’est pas la seule personne à avoir été contactée mais effectivement, à un moment donné, Tsipras et Pappas ont considéré qu’il était l’homme de la situation pour aller négocier avec les institutions européennes et le FMI.

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Lire le 3ème article de la série « Le récit de la crise grecque par Yanis Varoufakis : un témoignage accablant pour lui-même » par Eric Toussaint, paru sur le site du CADTM sous le titre Comment Tsipras, avec le concours de Varoufakis, a tourné le dos au programme de Syriza

mardi 22 août 2017

Le gouvernement lance un appel d'offre de 22 millions d'euros pour gazer les prochaines manifestations

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Alors que commence, ce 22 août 2017, la dernière session de concertation organisée par le gouvernement avec les syndicats pour préparer les ordonnances réformant le Code du Travail, on apprend que ce même gouvernement a décidé de faire le plein de grenades et de gaz lacrymogènes….

(...)

Alors que les grands médias français semblent s’être donné la consigne de focaliser l’attention et les conversations des Français sur la situation professionnelle pathétique de Brigitte Trogneux, épouse Macron, alors que celle-ci aurait pourtant « les plus belles jambes de Paris » (...), le ministère de l’Intérieur a profité de la torpeur estivale pour lancer en catimini un appel d’offre de marché public, le 5 août 2017, afin d’équiper massivement les forces de l’ordre en armes et munitions anti-émeutes pour une durée de quatre ans.

Rappelons au passage qu’un appel d’offre de marché public est une obligation légale pour une administration et que c’est cette obligation légale qu’avait bafouée Muriel Pénicaud – à l’époque directrice générale de Business France, avant de devenir ministre du Travail dans le gouvernement Édouard Philippe – pour organiser le voyage de Macron à Las Vegas pendant la pré-campagne présidentielle.

L’appel d’offres du ministère de l’Intérieur a été passé sous la référence n°17-112134 et publié le 8 août dans le Bulletin officiel des annonces des marchés publics. Il concerne « l’acquisition de grenades et de moyens de propulsion pour les besoins de la Gendarmerie et Police Nationales ».

La commande globale s’élève à la bagatelle de 22 millions d’euros, hors TVA.

Elle se répartit ainsi :

Grenades de maintien de l’ordre et moyens de propulsion à retard (grenades 56 et 40 mm fumigènes lacrymogènes et fumigènes simples, moyens de propulsion à retard de ces grenades, à portée de 50 mètres et de 100 mètres, bouchons allumeurs à main à retard de 1 à 3 secondes pour ces deux types de grenades 56 mm et 40 mm ) : 17 888 000 € hors TVA.

Moyens de propulsion à retard 56 mm à portée de 200 mètres : 112 000 € hors TVA

Moyens de propulsion d’exercice à retard : 660 000 € hors TVA

Cartouches pour grenades 40 x 46 mm : 1 500 000 € hors TVA

Grenades 56 mm assourdissantes lacrymogènes : 1 840 000 € hors TVA

Lire l'article de François Asselineau paru sur le site upr.fr paru sous le titre « EN MARCHE » VERS LA RÉPRESSION == Pas de restrictions budgétaires pour préparer le gazage des futurs manifestants !

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