Musée de l'Europe et de l'Afrique

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vendredi 3 juillet 2015

Le sens du "Non"

L’histoire avance, l’hystérie en plus. La propagande, la terreur exercée par le système et ses réserves, ainsi que la lutte des classes... et des clashs atteignent désormais le grand paroxysme. La société grecque n’avait d’ailleurs pas connu un tel clivage depuis le Coup d’état para-parlementaire, initié par le Roi en 1965, voire depuis les années de la guerre civile (1944-1949). En cette semaine de l’apocalypse (le mot signifie autant la découverte en grec moderne), les derniers masques sont tombés.

Nous sommes encore en ce juillet 1965, où, sous la pression de l'armée, le jeune roi Constantin II destitue Georges Papandreou après la tentative de ce dernier de se placer à la tête du ministère de la Défense.

Jeudi (2 juillet), Martin Schulz, président du Parlement européen, valet de la bancocratie et du nazisme bleu des institutions européistes, exprime au quotidien allemand “Handelsblatt” (cité par le quotidien grec “Avgí”) son souhait “de voir la fin de l'ère SYRIZA en cas de victoire du 'Oui' aux reformes, pour qu'un gouvernement de technocrates puisse être formé”. Une telle tentative de Coup d’État, à peine masquée est cours en ce moment, orchestré par Martin Schulz, la Troïka en général et semble-t-il... l’Axe franco-allemand en particulier (sauf si il y aurait enfin divergence), avec... l’aimable participation des figurants du système politique et (économiquement) mafieux de la petite Hellade.

Lire la suite de l'article de Panagiotis Grigoriou sur son blog Greek crisis

mardi 30 juin 2015

Fondements juridiques de la suspension et de la répudiation de la dette souveraine grecque

Le chapitre final du rapport présenté le 18 juin 2015 par la Commission pour la vérité sur la dette grecque apporte à la Grèce de solides arguments juridiques pour suspendre ou répudier les dettes illégitimes, odieuses, illégales ou insoutenables.

Résumé :

Plusieurs mécanismes légaux permettent aux États, de manière unilatérale, de répudier ou suspendre le remboursement de dettes illégitimes, odieuses, illégales ou insoutenables.

Un premier ensemble de mécanismes vise la répudiation des dettes illégitimes, odieuses et illégales. Ceux-ci intègrent des éléments subjectifs, qui prennent en compte le comportement des créanciers. La répudiation unilatérale se justifie par des considérations impératives de justice et d’équité, mais trouve également ses fondements dans les notions de souveraineté et d’autodétermination. C’est le cas lorsqu’il y absence de bonne foi, conformément à l’article 26 de la Convention de Vienne sur le droit des traités (CVDT), qui dispose que les traités lient les parties et doivent être exécutés de bonne foi. Dans le cas grec, la mauvaise foi a consisté à asservir financièrement la Grèce et à imposer des mesures portant atteinte aux droits sociaux, économiques, civils et politiques fondamentaux du peuple grec, en violation de la législation nationale. De plus, la pression soutenue exercée sur les autorités grecques afin qu’elles contournent la Constitution et bafouent leurs obligations en matière de droits humains, tout comme l’ingérence des créanciers dans les affaires politiques et économiques du pays, constituent une forme de contrainte. Une telle contrainte est en soi un motif de nullité, aux termes de l’article 52 de la Convention de Vienne sur le droit des traités. La référence faite dans ladite Convention à la « force » peut être interprétée comme comprenant des formes de contrainte économique. Il faut ensuite noter que, dans le cas présent, les déclarations des créanciers, y compris les déclarations fondées sur des suppositions, dont on savait qu’elles aboutiraient à la dégradation de l’économie grecque et des conditions de vie des Grecs, constituent une forme de contrainte unilatérale. Ces mesures sont proscrites par le droit international et sont contraires à la Charte des Nations Unies. Il est communément admis que lorsqu’un pays est la cible de mesures dont on sait qu’elles nuisent à son économie (en particulier dans l’intérêt de ses prêteurs) et aux moyens d’existence de son peuple, il peut légalement recourir à des contre-mesures. En effet, selon le droit international coutumier et les articles 49 et suivants du projet d’articles sur la responsabilité de l’État pour fait internationalement illicite adopté par la Commission du droit international (CDI), un État lésé peut ne pas exécuter une obligation internationale autrement contraignante vis-à-vis d’un autre État si cet autre État s’est rendu responsable d’un acte internationalement illicite. La violation du droit commise par l’État lésé vise à amener l’État responsable à respecter ses obligations.

Enfin, il faut souligner le fait que le peuple grec n’a pas reçu d’avantage injuste ou tiré d’autre bénéfice de la dette accumulée, et par conséquent, la Grèce ne saurait être pas tenue de rembourser la partie du capital initial reconnu odieux, illégal ou illégitime sur le fondement de l’enrichissement sans cause.

Un second ensemble de mécanismes concerne les dettes insoutenables. Contrairement aux mécanismes décrits plus haut, ils s’appliquent de manière objective, quel que soit le comportement des créanciers. Dans une telle situation, la dette ne peut pas être répudiée, mais son remboursement peut être suspendu. À cet égard, la Grèce peut légalement recourir à deux arguments qui suspendent l’obligation de rembourser. Le premier argument concerne l’état de nécessité. Conformément à l’article 25 du projet d’articles de la CDI, le terme « nécessité » renvoie aux cas exceptionnels dans lesquels le seul moyen pour un État de protéger un intérêt essentiel contre un péril grave et imminent est de suspendre, momentanément, l’exécution d’une obligation internationale dont le poids ou l’urgence est moindre. Dans le cas qui nous occupe, en raison de la crise économique et sociale en Grèce, les conditions requises pour invoquer l’état de nécessité sont remplies. Le deuxième argument est lié au droit à l’insolvabilité. Bien que les créanciers soient généralement opposés à une telle option, puisqu’elle les prive de remboursement, l’insolvabilité souveraine est une réalité des affaires internationales, reconnue à la fois en théorie et en pratique. Si un État jouit du droit de devenir insolvable, il est clair que l’insolvabilité déclarée unilatéralement est une condition qui exclut l’illicéité du non respect des obligations internationales de l’emprunteur, en l’occurrence de l’obligation de rembourser une dette.

Lire la suite sur le site du CADTM

"L’écœurant rire triomphateur des Versaillais"

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En écrivant en janvier que l’alternative de Syriza était de passer sous la table ou de la renverser et qu’il n’y aurait pas de tiers terme, en particulier que l’idée d’obtenir quoi que ce soit des institutions européennes, ou pire encore d’engager leur transformation de l’intérieur, était un rêve de singe, il faut bien avouer qu’on n’était pas prêt à parier grand-chose sur l’hypothèse du renversement. Hic Rhodus hic salta [1] comme dit l’adage latin. Et c’est là qu’on voit les vrais hommes politiques. Pour toutes les erreurs stratégiques qu’il a commises jusqu’ici, il se pourrait bien que Tsipras en soit un. C’est qu’il faut une sacrée consistance pour faire face à ce mélange de périls et de chances qui s’offre à lui aujourd’hui – qui s’offre à lui ? non, qu’il a fait advenir en se tenant au plus près de l’essence de la politique : la proposition faite au peuple de décider souverainement.

Comme Roosevelt se déclarait fier en 1936 d’être devenu objet de haine de l’oligarchie capitaliste qu’il avait décidé de défier carrément, Tsipras peut s’enorgueillir des tombereaux d’injures que lui réserve une oligarchie d’un autre type, le ramassis des supplétifs d’une époque finissante, et qui connaitront le même destin qu’elle, la honte de l’histoire. La première chose que Jean Quatremer a cru bon de tweeter consiste en photos de queues devant les distributeurs à billets. Et d’annoncer avec une joie mauvaise : « La Grèce sera donc en faillite mardi à minuit. Accrochez-vous ! ».

On voudrait que quelque archiviste de talent, conscient de ce qui se joue d’historique ces jours-ci, s’attache à collecter tout ce qui va se dire et qui méritera de rester, tout ce que pense et dit l’oligarchie quand, à l’épreuve d’un moment critique, elle jette enfin le masque – car cette fois-ci le masque est bel et bien jeté. « La Grèce, c’est fini » titre le JDD du 28 juin, dirigé par Denis Olivennes, l’un des Gracques à qui l’on doit cette tribune à valeur de document quasi-psychiatrique publiée dans Les Echos, où l’on apprenait qu’il était urgent de « ne pas laisser Monsieur Tsipras braquer les banques », textuellement, alors que le refus de restructurer la dette grecque jusqu’en 2012 n’a pas eu d’autres finalités que de sauver les banques allemandes, françaises, etc., ces banques où, précisément, prolifère la racaille Gracque, en effet la vraie racaille dans la société française – pas celle de Sarkozy –, ces « anciens hauts fonctionnaires socialistes » comme ils aiment à se présenter eux-mêmes, et qui en disent assez long sur l’état réel du « socialisme » français – pour ceux qui ne s’en seraient pas encore aperçus.

Bloomberg fait déjà des gorges chaudes de ce qu’on puisse envisager « sur les documents hautement techniques » de la Troïka de demander leur avis « aux mamies grecques ». Mais c’est vrai, quelle idée ! La vraie démocratie est bien celle qui se contente de l’avis des économistes et des journalistes spécialisés de Bloomberg. Ou de Libération. Comme toujours les événements historiques, la sortie grecque sera un test de Rorschach en vraie grandeur, un bain photographique surpuissant. On peut le dire dès maintenant puisque la grande vidange est déjà à l’œuvre : l’oligarchie dégondée va montrer son vrai visage, et parler son vrai langage. Jean-Louis Bourlanges sur France Culture traite Tsipras de « terroriste révolutionnaire » (sic), Quatremer relaie, écumant, les errances de Kathimerini, quotidien de droite qui qualifie le référendum de « coup d’État de bolcheviks », formidable moment de vérité où l’on va voir sans fard qui est qui et qui dit quoi. Oui, on voudrait vraiment que tout ceci soit méticuleusement consigné, pour qu’on sache ce qu’il en aura été de la « démocratie » en Europe à l’époque de la monnaie unique. Et pour que cette belle accumulation produise l’effet qu’elle est vouée à produire : celui du ridicule mêlé d’ignominie.

Et nous ?

Par un paradoxe qui doit tout aux coups de fouet de l’adversité, il se pourrait que cette avalanche de haine, car il n’y a désormais plus d’autre mot, soit le meilleur ciment des gauches européennes, et leur plus puissant moteur. Car la guerre idéologique est déclarée. Et il faudra bien cet état de mobilisation et de colère pour supporter ce qu’il va falloir supporter. Il ne faut pas s’y tromper : sauf à ce que tout l’euro parte en morceaux à son tour, hypothèse qui n’est certainement pas à exclure mais qui n’est pas non plus la plus probable, les yeux injectés de sang d’aujourd’hui laisseront bientôt la place à l’écœurant rire triomphateur des Versaillais quand la Grèce passera par le fond du trou. Car elle y passera. Elle y passera au pire moment d’ailleurs, quand Espagnols et Portugais, sur le point de voter, se verront offrir le spectacle du « désastre grec » comme figure de leur propre destin s’ils osaient à leur tour contester l’ordre de la monnaie unique. Ce sera un moment transitoire mais terrible, où, sauf capacité à embrasser un horizon de moyen terme, les données économiques de la situation n’offriront nul secours, et où l’on ne pourra plus compter que sur la colère et l’indignation pour dominer toutes les promesses de malheur. En attendant que se manifestent les bénéfices économiques, et plus encore politiques, du geste souverain.

Que faire entre temps pour échapper à la rage impuissante lorsqu’on n’est pas grec ? Depuis février, on a vu fleurir des initiatives de solidarité où le réconfortant le dispute au dérisoire : c’est que la version KissKiss BankBank des Brigades internationales a surtout pour effet de dire quelque chose de l’époque… En réalité l’événement offre peut-être la meilleure occasion de redécouvrir, et pour certains de découvrir tout court, que l’internationalisme réel consiste moins dans le dépassement imaginaire des nations que dans la solidarité internationale des luttes nationales. Et dans leurs inductions mutuelles.

Les Grecs sont sur le point de défier l’ordre néolibéral en son institution principale : la monnaie unique européenne. Pour nous qui souffrons des pouvoirs entièrement vendus à cet ordre, être à la hauteur de l’éclaireur grec ne réclame pas moins que de nous retourner contre nos gouvernements.

Lire l'intégralité de l'article de Frédéric Lordon sur son blog du Monde Diplomatique sous le titre L’euro, ou la haine de la démocratie

Notes

[1] « C’est ici qu’il faut sauter »

lundi 29 juin 2015

Un message d’espoir et de dignité à l’Europe et au monde

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Allocution du Premier Ministre grec, Alexis Tsipras, du 28 juin 2015

La fin de non-recevoir, hier, de l’Eurogroupe à la demande grecque d’une extension du programme pour quelques jours afin de donner la possibilité au Peuple grec de décider par référendum de la réponse à l’ultimatum des institutions est sans précédent dans les affaires européennes. C’est un acte qui vise à entraver l’exercice du droit démocratique d’un peuple souverain.

Le droit suprême et sacré d’exprimer son opinion.

La décision de l’Eurogroupe a conduit la Banque centrale européenne à ne pas relever le niveau des liquidités accordées aux banques grecques ce qui a nécessité que la Banque centrale grecque impose que les banques n’ouvrent pas et des mesures restreignant les retraits.

Il est clair que les décisions de l’Eurogroupe et de la BCE constituent une tentative de prise d’otage de la volonté du Peuple grec et d’entrave aux processus démocratiques, en l’occurrence le référendum.

Ils ne parviendront pas à leurs fins.

Ces décisions conduiront à l’issue totalement opposée.

Elles ne feront que renforcer la volonté du Peuple grec de rejeter les propositions insupportables du mémorandum et les ultimatums des institutions.

Une chose est certaine : le refus d’une prolongation de quelques jours et la tentative d’annuler un processus purement démocratique insultent et bafouent les traditions démocratiques de l’Europe.

C’est pour cela que j’ai renouvelé la demande d’une brêve prolongation – cette fois adressée au Président du Conseil européen et aux 18 chefs d’État de la zone euro ainsi qu’aux présidents de la BCE, de la Commission européenne et du Parlement européen. J’attends une réponse immédiate à cette exigence démocratiques fondamentale. Eux-seuls peuvent revenir immédiatement – et même dès ce soir – sur cette décision de l’Eurogroupe et rétablir la liquidité aux banques.

Au-cours des prochains jours, nous devons faire preuve de calme et de patience. Les dépôts dans les banques grecques sont en totale sécurité.

De même le paiement des salaires et des pensions est assuré. Nous gérerons toute difficulté éventuelle avec calme et détermination.

Plus nous affronterons sereinement les difficultés, plus vite nous les dépasserons avec le moins de conséquences.

Ce moment nous offre la possibilité de nous prouver – ainsi qu’au reste du monde – que la justice peut triompher.

Ce moment nous offre une nouvelle fois l’opportunité d’envoyer un message d’espoir et de dignité à l’Europe et au monde.

En ces heures critiques, où ensemble nous sommes face à l’histoire, rappelons-nous que la seule chose que nous ayons à craindre est la peur elle-même.

Nous ne nous laisserons pas faire.

(A la fin) C'est nous qui allons gagner.

La dignité du Peuple grec face au chantage et à l’injustice sera un message d’espoir et de dignité à toute l’Europe.

dimanche 28 juin 2015

Le "Washington consensus"

Contribution à une sociologie de l'hégémonie du néolibéralisme

Chaque fois qu'un nouvel épisode des crises financières internationales propulse le FMI (Fonds monétaire international) sur le devant de la scène médiatique, les critiques fusent. À droite et plus encore à gauche. Les uns s'interrogent pour savoir si la présence de ce «pompier», tout prêt à intervenir à la moindre alarme, n'incite pas les opérateurs financiers et les gouvernements à un certain laxisme, en leur épargnant la stricte discipline du marché. Les autres, au contraire, accusent les experts du Fonds — mais aussi ceux de la Banque mondiale, qui leur emboîtent le pas - d'imposer aux pays débiteurs des remèdes draconiens qui rendent exsangues leurs économies, pour le seul profit des marchés financiers et sans se soucier du coût social exorbitant de ces restructurations (J. Cava- nagh, 1994; S. George et F. Sabelli, 1994). Les agents de ces institutions récusent totalement ces critiques où ils ne voient que des propos démagogiques et sans fondement. Comme si, disent-ils, on s'avisait de rendre le docteur responsable de l'amertume des « potions » qu'il est obligé de prescrire pour la guérison du malade. L'essentiel de leur défense tient en deux mots : le Washington consensus.

Cette notion est proposée par J. Williamson (1990), pour souligner les points communs à toutes les réformes économiques prescrites jusque-là comme remède aux difficultés monétaires des pays d'Amérique latine : discipline budgétaire et réforme fiscale, réduction des dépenses publiques, libéralisation des échanges et des marchés financiers, privatisation, protection des droits de propriété et, de manière plus générale, dérégulation. La fortune de cette expression est immédiate, mais au prix d'un glissement sémantique. Car ses collègues font aussitôt remarquer à Williamson que cette liste ne reflète pas seulement une base d'accord minimale entre les institutions financières de Washington quant au diagnostic et aux remèdes, mais qu'elle ne fait que concrétiser une universal convergence entre les doctrines et les politiques économiques (J. Williamson, 1994). Le Washington consensus s'appuie, selon eux, sur le consensus unanime des économistes, tant universitaires que praticiens. Ces experts ne feraient donc qu'exercer leur métier, en imposant des « conditions » en contrepartie de leur soutien financier. Car ces remèdes relèvent, sinon du bon sens, du moins du sens commun des économistes.

Cependant, à Washington comme sur les campus, la construction de ce consensus est récente. La grande controverse publique entre keynésiens et monétaristes date de la fin des années 1970 (W. Breit et R. Spencer, 1997). Et la conversion des institutions de Washington est encore plus récente, puisqu'elle coïncide avec la crise de la dette des années 1980 (M. Kahler, 1986; B. Stallings, 1992; S. Haggard et R. Kaufman, 1992). Pourquoi cette conversion presque simultanée? Ces experts de Washington, dont on dénonce souvent l'arrogance et la toute-puissance, ne feraient-ils que suivre les revirements de la doctrine ?

Bryant Garth , Yves Dezalay, Actes de la recherche en sciences sociales , n°120-121, 1998.

En ligne sur persee.fr

Un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums »

Il est difficile de négliger le fait suivant : à mesure que les institutions financières ont, depuis les années 1970, pris en main l’économie, elles ont également acquis du pouvoir politique, suffisamment pour démanteler l’appareil régulateur qui avait été établi pendant la Grande Dépression et qui avait réussi depuis à empêcher les crises financières. Plus généralement, la libéralisation financière que ces institutions ont contribué à mettre en place crée ce que certains économistes internationaux appellent un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums » sur les politiques gouvernementales. Si le parlement virtuel décide que les politiques de certains gouvernements sont irrationnelles – c’est-à-dire qu’elles sont conçues pour profiter aux gens, et non pour accroître les profits –, il peut exercer son droit de veto par des fuites de capitaux, des attaques sur les monnaies et d’autres moyens. La France a connu cette expérience sous Mitterrand. Pour prendre un exemple plus récent, après l’investiture d’Hugo Chávez, la fuite de capitaux a été telle que les fonds détenus par les riches Vénézuéliens vivant à l’étranger représentaient un cinquième du PIB du Venezuela, selon l’économiste de l’OCDE Javier Santiso. Celui-ci ajoute que, après le coup d’État militaire de 2002 soutenu par les États-Unis et qui renversa le gouvernement élu, « la réponse des marchés était proche de l’euphorie », et que la Bourse de Caracas enregistra d’énormes profits, pour ensuite s’effondrer lorsque le gouvernement fut restauré grâce à la protestation populaire. En général, une fois les flux de capitaux libéralisés, les gouvernements sont confrontés à ce qu’on appelle souvent un ­« double électorat » : leurs citoyens et le parlement virtuel. Même dans les pays riches, c’est l’électorat privé qui a tendance à l’emporter.

La libéralisation financière sert donc de frein efficace à la démocratie. Peut-être est-ce une coïncidence, peut-être pas, mais il est intéressant de remarquer que la libéralisation financière fut introduite alors même que les élites commençaient à s’inquiéter de ce qu’elles appelèrent dans les années 1960 « la crise de la démocratie » : certaines fractions de la société habituellement passives et obéissantes, souvent désignées sous l’étiquette « intérêts spécifiques », commençaient à occuper l’espace public pour y faire entendre leurs revendications. Cet « excès de démocratie » était une surcharge trop lourde pour l’État, qui ne pouvait plus, dès lors, s’occuper correctement de « l’intérêt national ». Les intérêts spécifiques, ce sont les femmes, les travailleurs, les agriculteurs, les jeunes, les personnes âgées, les minorités, les majorités – en réalité, l’essentiel de la population. « L’intérêt national », lui, est défini par ceux qui possèdent et dirigent la société. Je paraphrase ici l’opinion des élites libérales et internationalistes, qui peuplaient l’administration Carter aux États-Unis, et de leurs homologues européennes et japonaises. Plus à droite, et dans le monde des affaires, la nécessité de surmonter la « crise de la démocratie » était une préoc­cupation encore plus pressante. De nombreuses mesures ont été prises depuis cette époque pour purger la société des maux de la démocratie, et cela continue. La libéralisation financière y a apporté une contribution puissante, volontairement ou non.

Noam Chomsky, La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement, 2009. Intégralité du texte en ligne ici.

samedi 27 juin 2015

Brisures d'euro

Dans les Cyclades, on compte aussi les hôtels, les restaurants fermés et les bateaux à vendre. Une autre et... très certaine Grèce, mise toujours sur le tourisme, sur les pratiques d’avant et d’après, ainsi que sur certaines... connivences locales. C’est précisément cette Grèce qui se montre peureuse, voire très hostile à toute possibilité de rupture vis-à-vis du totalitarisme européiste.

Cette Grèce de la seule et unique... eurovision, main dans la main avec les instances des institutions, prépare ouvertement le troisième Coup d’État en Grèce depuis le mémorandum de 2010. Les sbires des institutions, dont Stávros Theodorakis du parti de la Rivière, du népotisme et des pots-de-vin, attendent leur moment, je suppose lorsque les dites institutions auront destitué le gouvernement SYRIZA/ANEL. Ce n’est pourtant pas si facile.

Lire la chronique de Panagiotis Grigoriou sur son blog Greekrisis

L'Eurogroupe a de facto exclu la Grèce sans attendre le choix souverain des électeurs, au mépris de la démocratie ET des traités

eurogroup2.gif Un ultimatum qui contrevient aux principes fondateurs et aux valeurs fondamentales de l’Europe, de la construction européenne. (Alexis Tsipras, allocution du 27juin 2015)

(L)'Eurogroupe a de facto exclu la Grèce. Le président de cette instance, le Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, a pris la responsabilité de publier un communiqué de l'Eurogroupe approuvé par seulement 18 des 19 ministres des Finances. Mieux encore, il a demandé à Yanis Varoufakis de quitter la séance qui a repris sans donc le représentant de la Grèce afin « d'examiner les conséquences de la situation. » Un véritable coup de force dont la légalité reste incertaine. Jeroen Dijsselbloem a prétendu que l'Eurogroupe étant un « organe informel », il n'avait pas besoin d'unanimité en son sein.

Victoire de Wolfgang Schäuble

Au-delà des arguties légalistes, cette décision revient à tenter d'organiser l'exclusion de la zone euro de la Grèce, le fameux Grexit, en mettant en scène son exclusion de l'Eurogroupe. La ligne de Wolfgang Schäuble qui, vendredi encore, a répété que la « crédibilité de la zone euro » était plus importante que son « intégrité », l'a emporté. Sans surprise, il est vrai, tant cette ligne est dominante au sein des ministres des Finances. Nul n'aura au sein des 17 autres pays, tenté de s'opposer à cette création de facto d'une procédure d'exclusion d'un pays de la zone euro, procédure absolument absente des traités. La France, par la voix de Michel Sapin, prétend vouloir garder la Grèce dans la zone euro, mais de tels propos ne sont pas cohérents avec l'humiliation subie à nouveau par l'Hellade ce soir.

La BCE fera-t-elle la « sale besogne » de l'Eurogroupe ?

C'est la BCE qui va devoir désormais se charger de la basse besogne commandée par l'Eurogroupe. Constatant l'impossibilité d'un accord, la BCE ne pourra que cesser d'une façon ou d'une autre, de fournir des liquidités d'urgence aux banques grecques. Elle qui a tenté depuis des mois d'agir de façon détournée sur les négociations en évitant toute rupture, va donc réaliser concrètement le Grexit. Ce samedi soir, elle a publié un court communiqué annonçant une réunion dimanche. Mais désormais sa position est intenable : continuer à fournir le programme ELA aux banques grecques serait contraire aux traités, le cesser mettrait fin à la promesse de sauver l'euro « quoi qu'il en coûte » (whatever it takes) de Mario Draghi, prononcé en juillet 2012 et qui avait apaisé la crise de la dette. Ce serait ouvrir la boîte de Pandore des exclusions dans une zone monétaire qui n'est unifiée par aucune unité politique réelle.

La responsabilité d'Angela Merkel

La responsabilité de cette situation revient principalement à Angela Merkel. En refusant de prendre la responsabilité d'un accord politique avec la Grèce parce qu'elle ne voulait pas accepter de restructurer la dette grecque, elle a laissé les discussions dans l'impasse de l'Eurogroupe. Refusant de déjuger son ministre des Finances, elle a laissé la voie libre à son propre plan : la concentration de la zone euro autour des « bons élèves. » Encore une fois l'électeur allemand a eu un poids décisif dans l'avenir de la zone euro. Rappelons que dans le choc entre Athènes et Berlin, le gouvernement grec était allé jusqu'au point où il avait accepté, par sa proposition du lundi 22 juin, de renoncer à l'essentiel des promesses de janvier. Il avait alors, pour complaire à l'électeur allemand, oublié en grande partie le désir des électeurs de son propre pays. Mais l'humiliation du refus de cette proposition par un FMI prenant acte de la position de l'Allemagne de ne pas réviser la dette, a conduit Alexis Tsipras à vouloir renouveler son mandat populaire.

Pourquoi l'Eurogroupe a-t-il alors refusé le référendum grec ? En théorie, un « oui » aux propositions des créanciers était possible, surtout si l'opposition en faisait une condition du maintien dans la zone euro. C'eût alors été une bonne nouvelle pour l'Eurogroupe : Alexis Tsipras aurait été discrédité par son échec et les « réformes » auraient été mises en place. Mais Jeroen Dijsselbloem a prétendu qu'il refusait de mettre en place ces « réformes » avec un gouvernement ayant appelé à voter « non. » Étrange justification, car en cas de « oui », le gouvernement Tsipras était dans une position intenable et la Grèce aurait dû trouver une autre formule politique plus « pro-européenne. » Les Européens, auteurs de coups de force en Grèce et en Italie en 2011, savent parfaitement gérer ces situations.

Pourquoi l'Eurogroupe n'a pas voulu d'un référendum

La réalité est différente. D'abord, l'Eurogroupe n'a pas voulu prendre le risque d'un refus par le peuple grec de ses propositions. Il a refusé que ces dernières, qui sont les seules « rationnelles » à ses yeux, soient soumises aux « passions » d'un peuple que l'on ne respecte guère à Bruxelles. Puisque ces propositions sont bonnes par natures pour l'Eurogroupe, elles n'ont pas à être soumises au peuple, elles doivent simplement être acceptées. D'où la « surprise désagréable » de Jeroen Dijsselbloem ce samedi. Ensuite, l'Eurogroupe veut se débarrasser une bonne fois pour toutes du gouvernement Tsipras qui est un corps étranger en son sein. En le mettant en position d'être exclu de la zone euro alors même que la majorité des Grecs veulent rester dans l'euro, ils tentent de le pousser à la démission. Et pour l'obtenir, ils sont prêts à sacrifier la Grèce et à l'exclure de la zone euro.

Lire l'intégralité de l'article de Romaric Godin, paru sur le site de La Tribune sous le titre "Grèce : la victoire à la Pyrrhus de Wolfgang Schäuble"

Le Musée de l'Europe parle aux Européens

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Un montage sonore prêt à diffuser réalisé à partir d'archives, en solidarité avec la Grèce qui résiste.

Avec par ordre d'entrée en scène des archives récentes de Jean-Claude Trichet (ancien président de la BCE), Eric Toussaint (CADTM - Commission pour la vérité sur la dette grecque), Renaud Vivien (CADTM - Commission pour la vérité sur la dette grecque) la chronique radio "les Bruxellois parlent aux Européens", Louis Michel (droite libérale belge), Philippe Maystadt (un des pères de l'euro), le journal Fakir, Frédéric Lordon, Mario Draghi, Angela Merkel, Daniel Cohn-Bendit, Alexis Tsirpas et la bande originale du film Z de Costa-Gavras.

Durée : 59'45''

à écouter ou télécharger ici

Également, l'émission spéciale Grèce du magazine "ça fait mal" de la radio La locale du 22/06/2015

Allocution du Premier ministre Alexis Tsipras concernant l'organisation d'un référendum le 25 juin 2015

Citoyens grecs,

Depuis six mois, le Gouvernement grec a livré une bataille dans un contexte d’asphyxie économique sans précédent, dans le but de remplir votre mandat, celui du 25 janvier.

Le mandat de négocier avec nos partenaires pour mettre fin à l’austérité et que notre pays renoue avec la prospérité et la justice sociale.

Pour un accord durable respectant la démocratie ainsi que les règles européennes conduisant à une sortie de crise définitive.

Au-cours des négociations, il nous a été inlassablement demandé de mettre en œuvre les politiques des mémorandums acceptées par les précédents gouvernements bien que celles-ci aient été condamnées sans équivoque par le peuple grec lors des dernières élections.

Jamais, à aucun moment, nous n’avons envisagé de trahir votre confiance.

Après 5 mois d’âpres négociations, nos partenaires ont soumis une proposition sous forme d’ultimatum à la démocratie et au Peuple grecs.

Un ultimatum qui contrevient aux principes fondateurs de l’Europe et à ses valeurs. Les valeurs de notre projet européen commun.

On a exigé du Gouvernement grec d’accepter une proposition qui ferait porter sur les épaules du Peuple grec un nouveau fardeau qu’il ne peut supporter et qui entraverait la renaissance de l’économie et de la société grecques – non seulement en alimentant les incertitudes, mais aussi en exacerbant encore plus les inégalités sociales.

La proposition des institutions comprend des mesures dérégulant encore plus le marché du travail, des coupes dans les retraites, de nouvelles baisses de salaires dans la fonction publique – et également une hausse de la TVA sur les produits alimentaires, les restaurants et le tourisme tout en supprimant les défiscalisations dans les îles grecques.

Ces propositions – qui violent directement les acquis sociaux européens et les droits fondamentaux du travail, de l’égalité et de la dignité – prouvent que le but de certains partenaires et membres des institutions n’est pas de parvenir à un accord viable et bénéfique pour toutes les parties, mais plutôt d’humilier le Peuple grec.

Ces propositions reflètent principalement l’insistance du FMI en faveur de mesures d’austérité dures et punitives. Le temps est aujourd’hui venu pour les grandes puissances européennes de saisir l’occasion et de prendre l’initiative de mettre définitivement fin à la crise de la dette grecque, une crise qui touche également d’autres pays européens et menace l’avenir de l’intégration européenne.

Citoyens grecs,

Nous sommes face à la responsabilité historique que les luttes et les sacrifices du Peuple grec ne soient pas vains et de renforcer notre démocratie et notre souveraineté nationale – et cette responsabilité est la notre.

La responsabilité du futur de notre pays.

Cette responsabilité nous impose de répondre à l’ultimatum sur la base de la volonté souveraine du Peuple grec.

Un Conseil des Ministres a été réuni ce soir et j’ai proposé la tenue d’un référendum pour que le Peuple grec décide.

Ma proposition a été approuvée à l’unanimité.

Demain, le Parlement tiendra une séance extraordinaire pour adopter la proposition de référendum du Gouvernement qui se déroulera dimanche prochain, le 5 juillet. La question posée lors de ce scrutin sera : la proposition des institutions doit-elle être adoptée ou rejetée.

J’ai dores et déjà informé le Président français, la Chancelière allemande et le Président de la Banque centrale européenne de ma décision et demain je demanderai aux leaders de l’Union européenne et des institutions, une courte extension – par écrit – du programme, afin que le Peuple grec puisse se déterminer libre de toute pression et de tout chantage conformément à notre Constitution et la tradition démocratique de l’Europe.

Citoyens grecs,

Je vous demande de décider – souverainement et dignement ainsi que l’histoire de la Grèce le réclame – si nous devons accepter cet ultimatum sidérant imposant une stricte et humiliante austérité sans fin, sans perspective de nous tenir un jour sur nos deux pieds, social et financier.

Nous devons répondre à l’autoritarisme et à l’austérité brutale par la démocratie – de façon calme et décisive.

La Grèce, berceau de la démocratie, doit envoyer un message démocratique qui résonnera en Europe et dans le monde.

Et je m’engage personnellement à respecter le résultat de votre choix démocratique quel qu’il soit.

J’ai la confiance la plus totale que votre choix fera honneur à l’histoire de notre pays et enverra un message de dignité dans le monde entier.

En ce moment critique, nous devons rappeler que l’Europe est la maison commune de tous ses peuples.

Qu’en Europe, il n’y a pas d’un côté des propriétaires et, de l’autre, des invités.

La Grèce est, et restera, partie intégrante de l’Europe, et l’Europe une partie intégrante de la Grèce.

Mais une Europe sans démocratie serait une Europe sans identité ni boussole.

J’appelle chacun d’entre-vous à agir dans l’unité nationale et le calme et à prendre une décision méritoire.

Pour nous, pour les générations futures, pour l’histoire grecque.

Pour la souveraineté et la dignité de notre pays.

Traduit de l'anglais par le Musée de l'Europe

Une traduction plus élaborée du Grec est disponible ici

jeudi 25 juin 2015

Les accords précédents avec les créanciers ont aboli le régime parlementaire grec

ParlementGrec.PNG Illus. Vote en commission de la Justice au Parlement grec le 12/9/2013. En l’absence de quorum, le Président, M. Virvidakis ignore les objections de la Députée Zoe Konstantopoulou (aujourd’hui Présidente du Parlement grec) et adopte tous les articles « à la majorité ». Les interventions de la Députée ont été supprimées des minutes parlementaires mais la vidéo a été diffusée sur internet (cliquer sur l'image).

La négociation et la signature des accords de prêts a été marquée par l’absence totale de transparence et ils ont passé outre la procédure exigée par la Constitution grecque.

Tant les les Memoranda que les accords de prêt qui ont objectivement dépouillé la Grèce de l’essentiel de ses droits souverains sont des accords internationaux et, par conséquent, auraient dû être ratifiés par le Parlement. En effet, selon l’article 36(2) de la Constitution grecque, les accords internationaux doivent être validés par une loi de ratification en séance plénière [1] Ils auraient dû être approuvés par une majorité qualifiée des 3/5 des Députés, comme prescrit par l’article 28 alinéa 2 et comme plusieurs membres du Conseil d’État l’ont souligné (décision 668/20120, alinéa 29).

Au contraire, l’accord de prêt du 8 mai 2010 ne fut pas même distribué au Parlement pas plus qu’il ne fut débattu publiquement. De même, les mesures d’austérité furent adoptées sans avoir jamais fait l’objet d’un débat parlementaire. En fait, dans un document intitulé « Déclaration sur le soutien à la Grèce des États membres de la zone Euro » du 11 avril 2010 (Annexe II, Loi n° 3845/2010) il est dit que les États membres de la zone Euro ainsi que la Banque centrale européenne et le Fonds monétaire international étaient prêts à accorder un prêt à la Grèce et que les termes de l’accord avaient « déjà été approuvés ». Ceci démontre qu’aucune des parties concernée n’avait la moindre intention de respecter les procédures requises par la Constitution grecque, pas plus que des exigences mêmes élémentaires de transparence.

Les États européens qui sont parties aux accords de prêt sont tous des États démocratiques et donc parfaitement au fait des règles constitutionnelles nationales qui classiquement exigent la ratification de tout traité international. A fortiori une telle obligation est d’application dans le cas d’accords internationaux tels que les Accords de prêt qui engagent l’avenir d’un État et de ses citoyens pour des décennies. Dès lors, tant les États européens que les « institutions » - particulièrement l’Union européenne et la Banque centrale européenne – savaient ou auraient dû savoir que la non-ratification des Accords de prêt par le Parlement grec entraînait leur inconstitutionnalité.

L’article 1(4) de la Loi 3845/2010 a donné le pouvoir au Ministre des Finances de négocier et de signer tout accord de prêt et de financement opportuns (ce qui incluait traités, contrats et Mémoranda). Ces accords devaient cependant être soumis au Parlement pour ratification, ce qui ne s’est jamais produit (car) cinq jours plus tard, l’article 1(9) de la Loi 3847/2010 modifiait l’article 1(4) de la Loi 3845 en stipulant que le terme « ratification (par le Parlement » était remplacé par « discussion et information ». De plus, tout accord opportun (quel que soit sa nature juridique) était réputé prendre effet à la signature par le Ministre des Finances.

Les articles 28 et 36 de la Constitution ont donc été abolis par un simple amendement législatif. Plus fort encore, le loi 3845 incluait deux des trois Memoranda comme simples annexes, présentés comme « programmatiques ». Malgré cela, le 3 juin 2010 un projet de loi de ratification de tous les Accords de prêt fut présenté au Parlement, stipulant leur entrée en vigueur à la date du dépôt de la loi (article 3). Il semble qu’ayant réalisé l’inconstitutionnalité de la Loi 3847, le Gouvernement d’alors présenta cette loi au Parlement afin de donner une couverture légale aux mesures adoptées.

Extrait du Chapitre 7 du Rapport préliminaire de la Commission sur la vérité sur la dette grecque (traduction par nos soins)

Notes

[1] Les accords de prêt ayant été signés par des sujets de droit international, ie. des États et des organisations internationales et les signataires ayant exprimé la volonté commune d’être légalement liés par leurs dispositions, ceux-ci doivent être considérés comme des accords internationaux du point de vue à la fois du droit grec et du droit international.

samedi 20 juin 2015

Les nantis manifestent à Athènes

toussaintZ.gif Heureusement le CADTM veille...

Place de la Constitution, une première manifestation des européistes au soir du 18 juin sous le slogan “Nous resterons en Europe” (en réponse de celle de veille en soutien au gouvernement “pour ne pas céder”) n’a pas fait le grand plein. Les institutions européistes ainsi que certaines ambassades ont fait de leur mieux pour aboutir à cette première étape peut-être, avant les manifestations des casseroles ou les... mouvements colorés... et d’un certain coloriage du type place Maidan.

Sociologie néanmoins intéressante place de la Constitution jeudi soir: les nantis, certains hébétés de la propagande européiste, les très grands enfants des affairistes qui ont depuis un moment transformé les fonds structurels de l’UE en villas sur les îles via le système mafieux et clientéliste de la Nouvelle démocratie, du PASOK, et du parti de la Rivière de Stávros Theodorakis fabriqué par Bruxelles et Berlin, pour ne pas oublier les piètres figurants de la politique grecque.

Adonis Georgiádis était naturellement de la partie, ancien ministre et député Nouvelle démocratie, transfuge comme on sait du parti de l’extrême droite LAOS du temps de sa participation au gouvernement du banquier Papadémos imposé à la Grèce par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy en 2011.

Chez SYRIZA désormais, la question de la bataille d’en bas contre la Troïka de l’intérieur comme contre celle de l’extérieur est posée. Les apparences d’Athènes et de sa vie paisible dominent pourtant. Touristes, livres en vente libre, brocantes. Cela va-t-il duré ?

“Notre pays en train de subir une énorme agression, leurs sbires sur place agissent, ces mêmes politiciens, lesquels avaient en temps en en heure baissé leurs culotes... l’UE, la BCE et le FMI ont été de la partie et cela depuis l’époque de l’escroquerie de Costas Simítis et du début grec... dans l’euro. SYRIZA, à mon avis, n’a pas suffisamment mobilisé le peuple depuis qu’il a accédé au pouvoir et durant toute cette période cruciale, il faut donc le faire à présent”, estime Costas Arvanítis sur la radio 105,5 (SYRIZA, le 19 juin)

Lire la chronique de Panagiotis Grigoriou parue sur son site Greekcrisis sous le titre "Eurarcie absolue"

Retour à la violence policière

Durant les derniers jours, la violence policière est revenue en force pour réprimer les mouvements sociaux et les manifestations à Tunis et ailleurs. Les manifestations de la campagne #Winou_el_pétrole ont été réprimées, d’une façon systématique, par la police. Les arrestations aléatoires ont été multipliées et le silence du ministère de l’Intérieur se fait de plus en plus pesant.

Le samedi 6 juin, à l’Avenue Habib Bourguiba, des dizaines de manifestants ainsi que des journalistes ont été tabassés violemment par des agents de police lors d’un rassemblement populaire de la campagne #winou_el_pétrole. Les partisans de la campagne affirment que 70 personnes ont été arrêtées par la police et relâchées le même jour.

Aman Allah Mansouri, un des militants tabassés durant cette manifestation, témoigne que «l’ambiance était très tendue et les policiers étaient beaucoup plus nombreux que les manifestants! D’un coup, je me suis retrouvé entouré par sept policiers qui m’ont tabassé sauvagement. Des coups de poings et de pieds sur tout mon corps même après avoir montré ma carte de journaliste. Après, ils m’ont emmené à un fourgon pas loin et ont continué à me tabasser durant une dizaine de minutes. Je me suis évanoui entre temps … Après m’avoir relâché, j’ai essayé d’avoir un certificat médical, mais les médecins ont refusé et en sortant de l’hôpital étatique Charles Nicole, j’ai trouvé les mêmes policiers qui m’ont encore une fois agressé dans leur camion…», atteste Mansouri, qui a porté plainte contre ses agresseurs.

Dans la même manifestation, le militant d’Amnesty International, Nadim Bouamoud, a été violemment tabassé. «Les policiers qui m’ont battu voulaient confisquer ma caméra et mon ordinateur. À l’hôpital, on m’a prescrit 10 jours de repos et le médecin a constaté une commotion cérébrale. Suite au soutien de quelques organisations des droits de l’homme comme Amnesty International, l’Observatoire des Droits et des Libertés et l’Organisation Mondiale Contre la Torture, le ministre de l’Intérieur s’est engagé à suivre de près ce dossier en disant explicitement que le ministère est prêt à renvoyer les coupables comme il l’a fait dans des cas précédents», témoigne Nadim.

Lire la suite de l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat sous le titre "Retour à la violence policière et absence de réformes substantielles."

Le FMI "formait" des journalistes Grecs pour présenter le Fonds "sous un jour favorable"

L'ancien représentant de la Grèce au FMI, Panagiotis Roumeliotis, a déclaré devant le comité parlementaire sur la dette grecque que plusieurs journalistes grecs ont été "formés" à Washington DC afin de soutenir les positions du FMI et de la Commission Européenne dans les médias grecs.

Selon Roumeliotis, les séminaires et cours de formation ont eu lieu à Washington DC, ainsi que diverses sessions qui se sont tenues en Grèce. Il a ainsi expliqué que c'est lors de la rencontre de journalistes à Washington qu'ils lui ont dit qu'ils étaient invités par le FMI pour participer à ces séminaires.

Roumeliotis a cependant refusé de divulguer les noms des journalistes impliqués, mais a indiqué que le comité pouvait demander la liste au Directeur de la Communication de l'organisation, Gerry Rice.

La présidente du Parlement, Zoe Konstantopoulou, a immédiatement adopté cette proposition et a nommé un membre du comité chargé de rédiger les actes de procédure.

Roumeliotis a également révélé que "Christine Lagarde et d'autres hauts fonctionnaires du FMI m'ont contacté avant mon témoignage devant le comité pour me rappeler que les membres du FMI bénéficient de l'immunité pour leurs actes".

Lors de l'audition de l'ancien représentant de la Grèce au FMI, la présidente du Parlement et du Comité, Zoe Konstantopoulou a également déclaré : "En Grèce, certaines personnes qui travaillent pour les médias de masse dissimulaient le fait que la dette grecque n'était pas viable", faisant une référence spécifique au journaliste Y. Pretenderis qui l'avait évoqué dans son livre.

Repris du site Okeanews.fr

vendredi 19 juin 2015

Grèce : comment les créanciers utilisent le Bank Run dans la négociation

Tout au long de la semaine, les créanciers et la BCE ont tout fait pour déstabiliser les déposants grecs. Et placer le gouvernement grec devant un choix impossible.

Le plan des créanciers se déroule-t-il comme prévu en Grèce ? Confronté à une résistance opiniâtre des autorités helléniques sur leurs « lignes rouges », autrement dit principalement sur le refus de réduire les pensions de retraites et d'alourdir fortement la TVA, l'Eurogroupe et le FMI ont tenté une nouvelle offensive durant cette semaine pour « briser les lignes » grecques.

Le scénario chypriote

Cette offensive a commencé lundi lorsqu'une information parue dans le journal munichois Süddeutsche Zeitung dessine un « scénario à la chypriote » pour la Grèce. L'article prédit une fermeture des banques pendant quelques jours, un blocage des comptes, un contrôle des capitaux. Aucun déposant grec ne peut alors ne pas penser à ce qui s'est passé en mars 2013 à Chypre : une ponction sur les dépôts pour renflouer les banques. Or chacun sait aussi que la solvabilité des banques grecques n'est qu'une fiction utile pour la BCE, mais est une fiction. Enfin, la garantie européenne sur les dépôts à hauteur de 100.000 euros est également une fiction puisqu'elle n'est pas assurée par l'UE mais par le pays concerné. Or, la Grèce n'a pas les moyens d'assurer cette garantie ! Le signal est clairement envoyé aux déposants grecs de retirer leurs fonds, alors que, le week-end, les discussions avec les créanciers ont encore échoué.

L'auto-alimentation du Bank Run

Dans les jours qui suivent, les retraits aux guichets des banques s'accélèrent. D'un rythme quotidien de 200 millions d'euros, ils passent à 400 millions d'euros lundi, puis 700 millions mardi pour frôler le milliard d'euros mercredi. Fort opportunément, ces chiffres sont rendus publics chaque soir par des indiscrétions à la presse grecque. Or, en matière de Bank Run, de course aux guichets des banques, le risque est bien entendu l'effet d'entraînement. Si l'on sait que les dépôts s'accélèrent, on juge sa banque de plus en plus fragile et, naturellement, on sent que le moment est venu de retirer, à son tour, son argent des banques. Malgré tout, les autorités grecques demeurent inflexibles et, en ce début de semaine, le ministre grec des Finances, Yanis Varoufakis, prévient qu'il ne présentera pas de nouvelles propositions à l'Eurogroupe du 18 juin. Il faut donc encore augmenter la pression.

Lire la suite de l'article de Romaric Godin sur le site de La Tribune

jeudi 18 juin 2015

Synthèse du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque

À l’issue de ses premières investigations, la Commission considère que la Grèce a été et est toujours la victime d’une tentative de meurtre froidement préméditée par le trio que sont le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne et la Commission européenne. Cette attaque violente, illégale et immorale a été réalisée avec l’assentiment et la complicité des États européens qui, au lieu de servir et défendre l’intérêt général, ont préféré se mettre au service des banques et des intérêts particuliers d’une minorité.

En mettant ce rapport à la disposition des autorités grecques et du peuple grec, la Commission considère avoir rempli la première partie de sa mission telle que définie dans la décision de la Présidente du Parlement du 4 avril 2015. La Commission espère que son rapport constituera un outil utile pour toutes celles et tous ceux qui veulent sortir de la logique mortifère de l’austérité et qui se lèvent pour défendre ce qui ce qui est en danger aujourd’hui : les droits humains, la démocratie, la dignité des peuples et l’avenir des générations à venir.

Aujourd’hui, en réponse à ceux qui leur imposent des mesures iniques, le peuple grec pourrait leur rappeler ce propos de Thucydide lorsqu’il évoquait la constitution de son peuple : « Elle a reçu le nom de démocratie, parce que son but est l’utilité du plus grand nombre et non celle d’une minorité. » (Oraison funèbre de Périclès rapportée par Thucydide dans La guerre du Péloponnèse)

Lire la Synthèse du rapport de la Commission pour la vérité sur la dette grecque sur le site du CADTM

Lire le rapport dans son intégralité (en anglais)

Rupture ?

Étape finale ? 17 juin 2015. Certains commentateurs radio découvrent enfin que nous sommes en guerre contre l’UE et contre les institutions (Real-FM). Panagiótis Roumeliótis, représentant de la Grèce auprès du FMI en 2010, précise dans sa déposition devant la Commission d’enquête du Parlement sur les responsabilités politiques qui ont conduit la Grèce sous le joug de la Troïka, que “des négociations secrètes ont eu lieu entre le FMI et les gouvernements allemand et français de l'époque en amont du programme grec”.

Le but étant de préparer le terrain pour sauver les banques françaises et allemandes exposées à la dette grecque et par la même occasion empêcher la faillite grecque en lui imposant un programme meurtrier. Les banques privées allemandes, françaises et grecques ont été sauvées et la Grèce compte déjà 25.000 morts... de crise.

Il se peut que le menu de la crise change subséquemment de... gargote. Depuis 2012, les états (essentiellement l’Allemagne et la France) ont suffisamment euro-nationalisé la dite “dette grecque” espérant ainsi que le pays resterait ainsi soumis à une politique instruite par les gangsters internationaux (bancocratie), auxquels comme on sait, les pseudo-politiques des pays centraux et décidément décentrés de l’UE, rendent des comptes en lieu et place de leurs électeurs.

Actuellement, ils s’efforcent à raconter aux contribuables en France et en Allemagne qu’eux-seuls paieront finalement les pots cassés grecs, s’agissant concrètement des escroqueries bancocrates. Demain, ils expliqueront à leurs peuples qu’il va falloir en plus sauver ces mêmes banques (ou bien d’autres) et par effet de purgatoire, les salaires, les retraites, les écoles, les hôpitaux, puis la souveraineté et la démocratie bien de chez eux passera à la moulinette.

D’où cet empressement de la part des institutions de l’UE, s’agissant de mettre en place une sorte de “Task Force”, une forme de directoire économique lequel directement inspiré des modèles grec et portugais, lequel dictera aux pays de la zone euro la seule politique désormais possible, celle imposée par les gangsters de la mondialisation. Trop tard.

L’artefact européiste est condamné, et depuis un mois en Grèce, tous les sondages (même si trop souvent ils peuvent masquer la vérité), font état des cristallisations rapides au sein de l’opinion: sortir de la zone euro n’est plus considéré comme une catastrophe irréversible. Au sein de SYRIZA et au niveau de son Comité central, 95 votants se sont prononcés récemment en faveur d’un accord (mais pas forcement à tout prix) avec la troïka, tandis que 75 autres votants ont indiqué clairement qu’il va falloir allez vers la rupture.

“Il faut tenter notre sortie, plutôt que mourir lentement sous le néonazisme bleu de l'UE, une politique comme on sait menée par les élites de l'Allemagne, alors suivie par une France complexée et à terme menacée aussi d'asphyxie”. Tel est le mot d’ordre du côté de la mouvance (plateforme) de gauche au sein de SYRIZA. Et chaque jour qui passe, le rapport de force entre eux, et ceux qui choyèrent jadis boire impunément le... petit lait européiste, change, au détriment des derniers. En attendant, les bureaux de la Commission européenne à Athènes ont été occupés durant un moment, certes symboliquement, par les membres d’un mouvement de gauche.

Au-delà du symbolique, l’aile gauche de SYRIZA vient de préparer un document très concret, une feuille de route, conduisant pas par pas, mesure après mesure, de l’abandon de l’euro à l’adoption de la nouvelle drachme. Ce texte, rédigé essentiellement par l’économiste et député SRIAZA Costas Lapavítsas, s’inspire ouvertement du précédent islandais, avec entre-autres à la clef, la nationalisation du secteur des banques et cela jusqu’à nouvel ordre.

Ce texte, sera d’abord présenté au prochain comité central SYRIZA et ensuite, il sera plus amplement discuté et pour tout dire popularisé. En attendant, les bonnes sources du gouvernement grec ne mâchent pas leurs mots: le FMI est partie prenante du crime perpétré contre la Grèce depuis 2010.

En attendant les suites... logiques, Alexis Tsípras s’envole jeudi 18 juin pour Saint Petersburg où il rencontrera Vladimir Poutine. “Nous allons discuter des oléoducs, puis, Alexis Tsípras nous informera des aventures avec l'UE” déclare alors le Kremlin. La géopolitique du dossier grec, en parfait miroir inversé (?) du dossier ukrainien d’ailleurs, est beaucoup plus lourde que les préoccupations pseudo-financières, c’est si flagrant.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sur son blog Greekcrisis

mercredi 17 juin 2015

«Le plan d’aide à la Grèce était illégal et illégitime»

Cet entretien avec Eric Toussaint a été publié dans le quotidien Le Soir du 17 juin 2015 et est repris du site du CADTM

Alors que les négociations entre la Grèce et ses créanciers sont au point mort, la Commission d’audit de la dette, mise en place par le Parlement grec, dévoile son rapport ces mercredi et jeudi. En ligne de mire : le « plan de sauvetage » de mai 2010, conclu dans des conditions « d’irrégularité, d’illégitimité et d’illégalité », explique le coordinateur scientifique de la Commission, l’économiste belge Eric Toussaint.

La Commission d’audit dénonce le « plan de sauvetage » de mai 2010. Pourquoi ?

Parce qu’il y a eu une volonté conjointe du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission, en accord avec plusieurs gouvernements clefs, en particulier allemand et français, et du gouvernement grec de déformer la réalité et de présenter la situation comme résultant d’une crise grave des finances publiques. C’est pourtant la dette privée qui posait fondamentalement problème. Une fois dans l’euro, la Grèce et le système financier grec ont bénéficié massivement de prêts des grandes banques essentiellement françaises et allemandes. S’en est suivie une bulle du crédit privé. Entre 2001 et 2009, les prêts des banques grecques aux ménages ont été multipliés par 7 ; et les prêts aux entreprises, par 4 ; tandis que les prêts aux pouvoirs publics augmentaient seulement de 20 %. Les banques grecques ont mené une politique aventureuse, prêtant à moyen et long termes en se finançant à court terme. En décembre 2008, les autorités grecques ont dû injecter 5 milliards d’euros de capitaux dans le système bancaire et accorder 23 milliards de garanties. Puis en 2009, le PIB de la Grèce a chuté de 4% ; et des agents économiques, ménages et entreprises, ont commencé à rencontrer des difficultés de remboursement. Au lieu d’affronter la situation, le nouveau gouvernement de M. Papandreou a choisi de dramatiser la situation des finances publiques.

Peu après son arrivée au pouvoir, Papandreou annonce que le déficit public représentait près de 14 % du PIB – et non 6 %, comme l’affirmait son prédécesseur…

Le gouvernement Papandreou a fait pression sur l’Office grec des statistiques pour aggraver les chiffres de déficit et de dette. La dette a ainsi été gonflée de 28 milliards, en y comptabilisant 19 milliards de dettes d’entreprises publiques, 4 milliards de dépenses en médicaments d’hôpitaux et 5 milliards de « swaps ». Initialement, la direction de l’Office des statistiques contestait l’intégration de ces montants. Eurostat, l’office européen des statistiques, également. Puis Eurostat l’a accepté. Or, les règles d’Eurostat n’obligeaient pas d’intégrer ces 28 milliards dans la dette. Dramatiser la situation des finances publiques permettait de cacher les problèmes bancaires.

Pour éviter d’imposer des pertes aux créanciers étrangers des banques grecques ?

Oui. Tout comme on a écarté la possibilité d’une restructuration de la dette publique…

... À nouveau pour protéger les grandes banques étrangères et leur donner le temps de réduire leur exposition. C’est connu.

L’ex-représentant grec au FMI, Panayotis Roumeliotis nous a appris que Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, a menacé Athènes de couper les liquidités aux banques grecques dès avril 2010 en cas de restructuration. Par ailleurs, les banques grecques ont également profité de ce délai : entre 2010 et la restructuration de février-mars 2012, leur exposition à la dette grecque est passée de 43 milliards à un peu plus de 20 milliards. On comprend pourquoi aussi bien M. Papandreou, que MM. Trichet et Sarkozy, Mme Merkel et la direction du FMI se sont mis d’accord pour exclure toute restructuration de la dette en 2010. Or, dans un document interne de mars 2010, le FMI s’attend à ce que les mesures d’ajustement qui vont être imposées à la Grèce provoquent une chute de l’activité économique et une explosion du ratio dette publique sur PIB à 150 % en 2013. Problème : les règles ne permettent pas au FMI d’autoriser un pays à exercer un droit de tirage si la dette n’est pas soutenable. C’est pourquoi ces règles ont été changées, sous la pression de pays comme la France ou l’Allemagne, de la BCE, de la Commission, avec l’accord des États-Unis. Une décision a donc été prise visant à protéger les intérêts d’une minorité privilégiée de grandes banques privées, au détriment de l’intérêt général. Et, comme contrepartie à ces prêts massifs qui ont transformé des dettes privées en dettes publiques, des mesures extrêmement précises en matière de retraites, de salaires, etc. ont été dictées aux gouvernements grecs successifs, qui devaient les faire passer à la hussarde au Parlement grec. Or, les créanciers étaient conscients des graves conséquences économiques et sociales que ces mesures allaient provoquer – notamment la violation d’une série de conventions internationales protégeant les droits humains, que la Grèce tout comme les États créanciers auraient dû respecter.

Quelle peut être l’utilité de ce rapport ?

Le droit international permet à un État de poser un acte souverain de suspension de paiement sans accumulation d’arriérés d’intérêts – donc un moratoire unilatéral – si la dette est clairement marquée d’illégitimité et qu’elle ne peut être remboursée qu’en violant les obligations en matière de droits humains fondamentaux. Mais là, la décision reviendra au gouvernement d’Alexis Tsipras

mardi 16 juin 2015

Grèce : le coup d’État ne sera pas télévisé

L’objectif semble bien être de faire tomber le gouvernement d’Alexis Tsipras en utilisant le levier de la panique bancaire et, en sapant les fondements mêmes de l’économie du pays, de réduire à néant le soutien politique que le peuple grec continue d’apporter à ses représentants.

Il s’agit d’un coup d’État invisible, sans tanks dans les rues d’Athènes, sans bain de sang, sans images, dans le droit fil de la stratégie insidieuse d’étranglement adoptée par nos «partenaires» dès le 18 février (suspension par la BCE du principal mécanisme de financement des banques grecques), dans le droit fil aussi de la stratégie qui avait conduit ces mêmes partenaires à court-circuiter en 2011 les procédures démocratiques pour placer un banquier et un technocrate (Lukas Papademos, Mario Monti) à la tête des gouvernements grec et italien.

Lire le point de vue de Dimitris Alexakis paru sur le site Ou la vie sauvage

Grèce : la nouvelle stratégie des créanciers

Selon la Süddeutsche Zeitung, les créanciers prépareraient un plan "à la chypriote" pour la Grèce en cas de défaut. Un moyen de faire pression sur le gouvernement hellénique qui demeure risqué.

Désormais, tout se passe comme si les créanciers de la Grèce jouaient une nouvelle partie : celle qui se jouera après le défaut d'Athènes vis-à-vis de ses engagements envers le FMI. Dimanche 14 juin, il n'y a eu aucune discussion. Selon des sources grecques proches du gouvernement, les négociateurs grecs se sont retrouvés à Bruxelles face à une équipe de techniciens « n'ayant aucun mandat pour négocier. » Et de fait, durant ce court rendez-vous de 45 minutes, toutes les nouvelles concessions grecques et non des moindres (notamment l'acceptation de l'objectif d'excédent primaire de 1 % du PIB pour cette année) ont été repoussées. Les exigences - toutes les exigences - des créanciers étaient à accepter en bloc. Ou à refuser. Autrement dit, les créanciers ne cherchent plus réellement à trouver un accord. Ils jouent désormais le coup d'après, celui qui suivra le défaut du 30 juin.

Stratégie européenne pour l'après-défaut

Leur stratégie a été en partie révélée par un article de la Süddeutsche Zeitung (SZ) de ce mardi. Ce dernier dévoile la stratégie mise au point par les dirigeants de l'Eurozone après le défaut. Selon la SZ, les chefs de gouvernement se retrouveraient dans une réunion d'urgence. Ils demanderaient à Athènes d'imposer un contrôle des capitaux et des limitations aux retraits des guichets bancaires au cours d'un week-end. Les banques devraient alors rester fermées quelques jours. Si le gouvernement grec refuse de faire passer une loi spéciale - nécessaire pour la réalisation de ce plan -, le système financier grec sera « isolé » de l'Eurosystème. Autrement dit, on coupera l'accès à la liquidité d'urgence (programme ELA) des banques grecques.

Renouveler Chypre

La SZ ne donne pas la finalité de ce plan. En réalité, elle est assez claire, c'est un scénario à la chypriote que les Européens promettent à la Grèce. Comme à Chypre, ce contrôle des capitaux permettra de faire payer la faillite des banques grecques par les déposants de plus de 100.000 euros (il existe une garantie européenne sur les dépôts jusqu'à cette somme). Comme à Chypre, cette solution s'accompagnerait d'un nouveau tour de vis budgétaire. C'est une position qui est défendue depuis quelques semaines par la banque centrale allemande, la Bundesbank. Cette dernière a fait du cas chypriote - où Nicosie avait dû céder à la menace d'une coupure de l'ELA -, un modèle du genre.

Pressions sur Athènes

Le but est fort clair : une telle procédure rendra extrêmement impopulaire le gouvernement d'Alexis Tsipras. L'objectif des dirigeants de la zone euro reste donc le même : renverser ce gouvernement, coûte que coûte. Et obtenir un gouvernement obéissant tout en évitant le Grexit. Du reste, cette information - qui n'a été ni démentie, ni confirmée par le gouvernement allemand, ce qui revient à la confirmer - risque de provoquer une panique sur les dépôts puisque les Grecs connaissent parfaitement le précédent chypriote de mars 2013. Là encore, c'est un moyen de pression sur le gouvernement grec pour qu'il capitule avant le 30 juin.

Lire l'article de Romaric Godin paru sur le site de La Tribune

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