Musée de l'Europe et de l'Afrique

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dimanche 18 novembre 2018

Disparition des départements au profit des seules régions

Le Laboratoire grec où l'Union européenne (avec blanc-seing des Etats dominants) a eu les mains libres, permet de voir en accéléré les finalités du programme de "réformes" qui se déroule en France plus lentement. Aujourd'hui la disparition des collectivités au plus près des habitants, communes et départements,

Le Concierge

Aux Monastères des Météores les moines offrent parfois les restes de leurs pâtes aux matous du coin. “Ces animaux utiles, ils nous sont ainsi donnés de Dieu”, voilà pour les explications. C’est Byzance et c’est l’Orthodoxie !

Antiquité tardive, “romanité”, architecture paléochrétienne et caractère gréco-oriental favorisant ainsi l'émergence de l'Empire byzantin. Orient ancien comme Orient chrétien, notre monde n’est pas tout à fait nouveau, sauf que nous avons tendance à l’oublier.

Scènes figurées de la chambre funéraire, comme pour cette tombe du Jugement dernier, du début du IIIe s. av. J.-C. mais presque alors de notre temps. Scènes aussi mythiques ou héroïques, comme pour le magnifique cratère de Dervéni, découvert en 1962 dans la tombe à ciste nommée B dans la nécropole homonyme, correspondant probablement à l'ancienne Lété, non loin de Thessalonique, conservé au musée archéologique de Thessalonique.

Nous les admirerons parfois autant que les élèves toutes ces pièces des musées, si possible contemplatifs, laissant derrière nous les insignifiances des marionnettes qui nous “gouvernent”. Sauf que ces insignifiances sont cependant mortelles.

Les élus locaux, toujours imperturbables, ils préparent leurs campagnes électorales au pays où les communes ont été regroupées de force durant les premiers mois de l’Occupation Troïkanne, avec, à la clé, la disparition des départements au profit des seules Régions. Avant la première reforme datant de 1997, le pays comptait près de 5.900 petites et grandes communes et seulement 1033, avant la réforme de 2010. Depuis, le dit prétendu pouvoir local s’exerce à travers 325 hyper-communes dont les maires traitent, et en réalité ils sont... traités directement par Bruxelles et par Berlin.

Les campagnes ainsi assassinées n’auront même plus leur mot de la fin. Antiquité actuelle très tardive mais sans épigraphes, reformes prétendument administratives. Européisme en somme, favorisant l'émergence de l'Empire techno féodal.

Ruines et vestiges anciens. Premier coup de froid de l’automne au pays de Zeus sous les feuilles de l’arrière-saison, et le blog qui passera alors l’hiver. Jugement dernier.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Jugement Dernier" sur son blog Greek Crisis

vendredi 16 novembre 2018

Sites antiques grecs à vendre...

Le palais de Cnossos, en Crète, à l'origine du mythique labyrinthe du Minotaure, et le tumulus du roi Philippe II de Macédoine, père d'Alexandre le Grand, situé à Vergina, dans le nord de la Grèce, partagent la même destinée: ils sont tous deux appelés à être vendus.

Et la liste des vestiges archéologiques répertoriés par le ministère des Finances, pour être transmise au Taiped (le fonds de privatisations), ne s'arrête pas à ces deux monuments historiques. On y trouve aussi la Tour blanche de Thessalonique, ancienne prison et haut lieu symbolique des Balkans, le site préhistorique de Santorin, les sites archéologiques de Sparte, de Salamine ou d'Éleusis ainsi que bon nombre de musées archéologiques, les forts des villes d'Arta, Patras, Trikala et même celui de l'île de Corfou, classé par l'Unesco.

À cet inventaire, on peut encore ajouter les musées byzantins de Thessalonique ou de Veria et même des forêts estampillées par les normes internationales Natura ou Ramsar. ...

Source : Le Figaro

jeudi 15 novembre 2018

Télé-achat moustachu (TAM) : nouveau produit en ligne !

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placepublique2.PNG) 'Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein (cliquer sur l'image pour accéder à la vidéo du Musée qui sera présentée dans l'exposition "La France et l'Europe en 2018". Dans quelque temps ce sera encore plus comique - ou tragique, car l'heure tourne...)

La Une de Libération n'ayant généré que 10 000 inscriptions à la newsletter d'un parti inexistant, la plate-forme Ali-Bobo teste à son tour les chances du produit (créé pour profiter que la "marque EELV" ne trouve plus preneur selon les termes de la responsable du marketing de la start-up, en plateau).

Edwy Plenel : Pourquoi ajouter une nouvelle boutique aux autres boutiques ?

- Et bien nous espérions pouvoir rejoindre la plate-forme de vente Médiatarte... (OK; je sors !)

Autres produits en ligne de la boutique Médiatarte :

En marche vers le « rassemblement » moustachu

Meeting moustachu : je ne soutiens pas Hamon pour faire gagner Macron, car je suis un journaliste indépendant (Edwy Plenel)

La fille cachée de Pierre Bellemare et Edwy Plenel?

Produits retirés de la vente

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Le 18 mars 2000, Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde et animateur de l’émission « Le Monde des Idées » sur LCI (groupe Bouygues), reçoit Philippe Sollers, éditorialiste associé au Monde.

« Bienvenue au "Monde des idées". Admiré ou détesté, loué ou moqué, il ne laisse personne indifférent. On pourrait dire, mais il n’aimerait pas, que c’est notre grand écrivain d’aujourd’hui. Depuis plus de quarante ans, il domine la scène des lettres. C’est Philippe Sollers. C’est mon invité d’aujourd’hui. Et c’est un Philippe Sollers un peu spécial. On va parler de son dernier roman, Passion fixe, chez Gallimard, mais on va surtout parler de lui. (…) Alors, je lis toutes les critiques sur ce livre, et je partage leur opinion : je pense que c’est un grand livre, je pense que c’est une passion au beau fixe, je pense que c’est un livre gai, un livre qui donne envie de vivre, de se battre pour vivre … Passion fixe, qu’il faut lire, qui rend gai, joyeux, qui donne envie de se battre, pour la vie, pour aimer, pour l’amour. (…) Merci Philippe Sollers. À bientôt. »

Le 20 mai 2000, Edwy Plenel, directeur de la rédaction du Monde et animateur de l’émission « Le Monde des Idées » sur LCI (groupe Bouygues), reçoit Alain Finkielkraut, qui n’est pas encore éditorialiste associé au Monde.

« Bienvenue au "Monde des Idées". Il séduit ou il exaspère. Il n’est jamais là où on l’attend. Il pense à part, à côté. Il pense seul. Il pense différent. C’est Alain Finkielkraut, il est philosophe. Et c’est mon invité autour de son tout dernier livre Une voix vient de l’autre rive. Un livre grave, un livre fait pour inciter au débat, pour provoquer au débat et à la discussion. Un livre contre les simplismes, contre les simplifications, pour la complexité, pour le dialogue avec l’autre, pour la quête de l’autre et je dirais pour le souci de l’autre. … C’est un livre qu’il faut lire ! Un livre qui suscite, qui provoque, qui cherche, qui quête la réponse de l’autre, le débat. Et ce n’est pas si fréquent. Ce n’est pas un livre qui proclame, à l’image de son titre. C’est un livre qui chuchote, qui cherche le dialogue, avec parfois l’adversaire, celui avec lequel on n’est pas d’accord. Merci Alain Finkielkraut. Lisez déjà en attendant ce livre-là, Une voix vient de l’autre rive. Discutez-le, empaillez-vous sur ce livre ! C’est ça aussi la démocratie. »

"Edwy Roi du télé-achat", PLPL n° 0

Bonus

Exposition temporaire du Musée "L'Europe en 2015-2016" : Breaking the news : candidature de Cécile Duflot

Exposition temporaire : l'Europe en 2015-2016 (1) L'échec de la stratégie centriste (funeste) de Jean-Luc Mélenchon

La fonction d'un Musée étant de puiser dans ses collections pour éclairer le présent par le passé, nous commençons une exposition temporaire à partir de nos réserves datant, non de l'Antiquité, mais bien de... 2015. Accélération du temps, l'archiviste en chef est sidéré des découvertes exhumées des collections... Première pièce, un point de vue du Concierge concernant le jeu au centre par Mélenchon de l'élection alors à venir confisquée au final par l'extrême-centre moustachu(e)...

(Le Concierge)

Jean-Luc Mélenchon avait fait une formidable campagne présidentielle (en 2012 NDE), notamment sur le thème qui intéresse particulièrement ce blog, celui de l'Europe. Lors de ses meetings, il avait fait preuve d'une pédagogie inouïe de l'imposture européenne, cache-sexe à douze étoiles des pouvoirs les plus authentiquement réactionnaires. Il est embourbé depuis dans la logique inhérente au champ politique. En se présentant aux élections européennes pour renouveler son mandat là où il importait de dénoncer une vaste mascarade (mais qu'allait-il faire à Hénin-Beaumont au lieu de s'assurer la tribune de l'Assemblée Nationale là où l'euro-fascisme progresse sur tous les bancs?). Ensuite par la nécessité de l'alliance avec un PC dont la survie de l'appareil dépend d'alliances avec le PS aux élections locales nationales, puis dans la recherche d'une troisième force alternative avec les Verts et les frondeurs. Il se trouve que malheureusement ces derniers, qu'ils soient de centre droit ou de centre gauche, sont de fidèles catholiques zombies du culte européen et des images d’Épinal de Mitterrand et Köhl à Verdun, mais aussi d'une idéologie non-moins catholique zombie de l'amitié en général entre les peuples qui annulerait magiquement les rapports de puissance entre entités qui sont tout autre chose que l'interactionnisme entre des myriades d'objets se prenant pour des sujets. La réaction de Cécile Duflot[1] au livre de Mélenchon, le Hareng de Bismarck sonne déjà la fin de la messe. C'est d'ailleurs cette incapacité à penser, au-delà du sujet narcissique, les terrifiantes puissances du monde social que les Grecs Anciens (dont les homonymes contemporains crèveront puisque Cécile Duflot donne la priorité à "une autre Europe"[2]) représentaient comme des Dieux soufflant sur la voile d'Ulysse, contre laquelle met en garde, en historien et sociologue, le très courageux Emmanuel Todd. Cette incapacité repose aussi sur la désastreuse vulgate historique qui tient lieu de catéchisme scolaire, même quand elle prétend enseigner plus largement les civilisations du monde pour lutter contre l'ethnocentrisme et pour la concorde universelle de sociétés sans classes dont le projet fumeux d'abolition s'est réalisé en esprit, même quand elle se présente comme le Manuel d'histoire critique du Monde Diplomatique qui doit faire se retourner Marc Bloch dans sa tombe. Tout cela ne fait qu'alimenter des polémiques médiatiques parfaitement vaines entre pseudo intellectuels soit-disant progressistes et réactionnaires qu'il faut renvoyer dos-à-dos sans être dupe de ces stratégies narcissiques petite-bourgeoises en quêtes de parts de marché médiatique menant à diverses prébendes à l'occasion de la énième réforme des programmes (comme si tel était le problème du Collège, mais là encore c'est la sociologie que ce faux débat permet d'enterrer). S'opposant en apparence, ils et elles sont parfaitement d'accord sur l'essentiel, c'est par l'âme ou le nombril (ce qui est un peu la même chose) qu'on explique l'histoire, certainement pas par des forces historiques qui finissent toujours par échapper en apocalypse même aux groupes sociaux les plus dominants et les mieux organisés.

La réaction de Cécile Duflo[3]au livre de Jean-Luc Mélenchon dit assez combien c'est son mode de vie et le kitsch intellectuel qui l'accompagne (il fut un temps où on appelait ça "porter sa classe") qui prédomine sur le sens de l'histoire, tel qu'historiens et sociologues ont su développer des outils pour la comprendre et qui n'ont strictement rien à voir avec la fabrique scolaire de l'histoire scolaire. Elle dit l'échec programmé de toute stratégie politique qui s'entête à se concentrer sur le seul marché électoral qui paraisse solvable en terme de demande, celui des classes moyennes ayant connu leurs premiers émois lors d'un échange linguistique en Allemagne ou un Forum Social Mondial en Afrique.

Ajoutons des propos mélenchoniens qui ont le don de faire dresser le poil de nos compatriotes de culture musulmane et pas seulement le soutien pompier à la bourgeoisie tunisienne hystérique sous faux nez gauchiste, l'hommage récurrent à son mentor, Mitterrand, assorti du chapeau et de l'écharpe (qui ne fait pas enrager que les chômeurs dunkerquois), l'acte de foi dans les classes moyennes en réponse à Emmanuel Todd, et...il est clair qu'on n'obtient pas un mouvement populaire !

On peut bien sûr considérer l'auteur de ces lignes particulièrement naïf et que l'homme Mélenchon n'est jamais que la gauche du PS acquise aux thèses électoralistes de la deuxième gauche, donc un homme du passé. Mais au-cours de la campagne présidentielle, nous avions cru percevoir comme la possibilité d'un "politique collectif" appuyé par un "intellectuel collectif" pour arrêter la marche en avant de la contre-révolution politique et symbolique. Soit une toute autre façon de faire de la politique évoquant le formidable moment politique que fut la campagne référendaire de 2005. Illusion ou non, il nous semble que cette utopie rationnelle mériterait d'être pensée et tentée. L'heure est proche où d'autres cristallisations comme celle du 11 janvier achèverons de nous faire basculer dans un "autre monde" qui ne sera pas celui de l'utopie kitchissime des alter-mondialistes...

Le Concierge

Mai 2015

(Les notes sont du Commissariat de l'exposition, novembre 2018)

Notes

[1] L'ancienne ministre écologiste répond au leader du Front de gauche à propos de son livre «Le Hareng de Bismark» Mais qui se souvient de Cécile Duflot, à part celles qui se disent qu'elles pourraient bien prendre sa place dans le champ ? Caroline De Haas a tiré la première et s'est brûlé les ailes, Laurence De Cock fait des manœuvres dignes d'une préparation militaire d'opérette (dans la nature de la chose menant au statut d'Officier de réserve...), soutenue certes par la Grosse Bertha Moustachue (GBM) de Médiatarte(comme la précédente citée à l'époque) et quelques fantassins de l'édition indépendante (de tout sauf du marché scolaire !)... Quelles autres candidates, "féministes et écologistes" (désormais "décoloniales" mais incapables de même VOIR une colonisation commise sous leurs yeux, en Grèce par exemple ?) dans la course à l'échalotte bio pour décrocher le téléphone de la cabine où se réunissait le PRG (propriété du Musée de l'Europe, rappelons-le !) ? "Transfert historique" comme disent les didacticiens... Tant il est vrai que même quand il y a le feu à la maison commune, il n'y a pas besoin d'avoir lu Proust pour savoir que dans la société à statut, vivant dans un éternel présent n'envisageant l'avenir que comme une progression de carrière, la seule chose qui change ce sont les modes automne et hiver du Bal de l'Indignation (accélération du temps : la mode change toutes les semaines, course contre la montre de la crise de surproduction symbolique...) - Note du Commissariat de l'exposition (2018)

[2] EELVmemorandum.jpg collections du Musée de l'Europe

[3] Lire aussi pour en savoir plus sur cette femme politique du début du XXIème siècle (mais ce qui n'a pas trop marché à l'époque peut marcher dans une autre conjoncture) : Breaking the news : candidature de Cécile Duflot ; Réponse de Cécile Duflot à l'adresse aux Députés ayant signé une motion de censure de gauche mais refusé de voter la motion de censure de droite. Bon, si on pouvait tuer les prochain(e)s supplétif(ve)s dans l'oeuf médiatique, le Concierge dit ça, il ne dit rien (Note du Musée, 2018)

mercredi 14 novembre 2018

La République en vrac

S’il y a bien une chose que nous apprend l’appel au blocage du 17 novembre, c’est que les fractures sociales évoquées depuis plus de 20 ans par les politiques de tous bords sont à présent bien consommées. La question n’est pas tant de savoir ce qu’il faut faire ce samedi-là que de découvrir ce que cela fait ressortir comme fantasmes et représentations sociales de part et d’autre, des failles à présent béantes qui ont atomisé notre tissu social et qui nous empêchent à présent totalement de faire société.

giletsjaunes.png

(...)

Ce qui est frappant, ce sont les réactions à cette histoire et la profonde division de notre société qu’elles révèlent.

D’un côté, il y a ceux qui assument d’autant mieux l’augmentation du prix des carburants et le discours pseudo-écolo qui va avec qu’ils ne sont pas concernés. Parce que dès que l’on creuse un peu, on découvre que l’écrasante majorité des pourfendeurs du mouvement sont des urbains, c’est-à-dire des personnes qui ont plutôt intérêt à se passer de véhicule personnel, ce qui est d’autant plus aisé pour eux qu’ils bénéficient de l’intermodalité des transports en commun. Mais surtout, il devient assez vite évident que derrière les critiques d’un manque de conscience écologique ou d’une absence de sens des priorités dans les contestations, se cache un classisme assez peu reluisant qui consiste grossièrement à considérer comme complètement cons, primaires et risibles tous ceux qui ne partagent pas le même mode de vie, les mêmes idées, la même conception du monde : "Ceux qui ne sont pas comme moi sont juste de gros beaufs !"

De l’autre côté, on a la population des périphéries, ceux qui sont rejetés toujours plus loin des commodités et des boulots qualifiés par la spéculation immobilière et un ordre social de plus en plus inégalitaire et brutal, que l’on estime comme dispensables, surnuméraires, que l’on assigne aux jobs de larbins, de nouvelles domesticités au service du bienêtre et du confort des premiers de cordée.

Deux mondes qui ne se parlent plus, ne se voient plus, ne se comprennent plus et se détestent de plus en plus fermement. Deux mondes qui sont pourtant embarqués sur le même bateau qui coule, même si tout le monde n’a pas le cul qui trempe à la même vitesse.

Extrait de l'article d'Agnès Maillard paru sous ce titre sur son blog Le Monolecte

vendredi 9 novembre 2018

Henri Guillemin : l'autre avant-guerre

guillemin1.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

jeudi 8 novembre 2018

Le Mythe Schuman et les origines de l'Union européenne

Alors que le Président Macron lance sa campagne pour les élections européennes à destination des Castors ("l'Ue ou le fascisme"sur fond d'hommage au Maréchal Pétain, le "en même temps" pouvant mener directement à l'Ue Et le fascisme), nous republions cette note de lecture publiée par ATTAC-Bruxelles en 2012. (Le Concierge)

schuman-sculpture.gif illustration : Sculpture en hommage à Robert Schuman trônant devant le siège de la Commission européeene à Bruxelles, collections du Musée de l'Europe

D’où vient l’Europe communautaire ? Comment cette idée longtemps nébuleuse a-t-elle pu cheminer dans l’entre-deux-guerres jusqu’à se cristalliser au début des années 50 dans l’acte fondateur qu’est la création de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (la CECA)? La question pourrait paraître datée, à l’heure où l’Europe est engoncée dans une crise sans fin. Sauf que l’origine de la construction européenne dit beaucoup de la méthode de ses pionniers et de leurs idées, qui ont perduré bien au-delà de la défunte Haute Autorité du charbon. Adossée à la liturgie d’une Europe communautaire sortie en droite ligne des projets de la Résistance, l'historiographie classique passe naturellement sous silence tout ce que cette entreprise doit aux cercles intellectuels et politiques liés au régime de Vichy. Au nom de la Révolution nationale. En réalité, l'influence des idées corporatistes et personnalistes a complètement surdéterminé la genèse des premières institutions européennes. Ainsi, le projet d'une autorité supranationale chargée de gérer l'économie de marché «sans contrôle parlementaire» (comme le propose Schuman en mai 1950) hérite de ces conceptions. Sous quel commandement doit être placée l’économie ? Celui d’«un collège d'hommes indépendants» répondant à cet impératif propre à toute institution technique : «la compétence» détachée des «options politiques». Et puisque «ce sont des facteurs techniques qui commandent l'évolution de l'humanité», il faut donc, dans l'ordre international, «substituer les techniciens aux hommes politiques». Ces mêmes considérations, qui appellent les techniciens à assumer «les responsabilités du pouvoir», justifient la construction de l'Europe. Car «la Communauté européenne» propose une alternative, «une philosophie économique» qui ne serait «ni le socialisme ni le libéralisme ni le capitalisme» mais «quelque chose de nouveau» et de «totalement irréalisable dans un cadre national». Telle est bien l'ambiguïté qui relie cette «communauté économique» –instituée dans les années cinquante afin de donner à l'Europe les assises d'une «communauté plus large et plus profonde»– à cette autre «communauté », imaginée dans les années de guerre sous l'égide du Maréchal Pétain.

Extrait de l'article de Jean Flinker "Schuman dynamité !" à lire dans le n° d'Angles d'Attac de décembre 2012, bulletin à télécharger ici

NDE : ce texte de Jean Flinker résume notamment le livre d'Antonin Cohen, De Vichy à la Communauté européenne, PUF, 2012, auquel nous renvoyons, l'auteur ayant malencontreusement oublié de signaler ses très nombreux emprunts...

mercredi 7 novembre 2018

il y a 9 ans : Les Indésirables de la Rue de la République (Marseille)

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Cliquer sur l'image pour voir le film de Patrick Taliercio, les Indésirables de la Rue de la République

Lire aussi : Les charmes discrets de la rénovation à Noailles et Belsunce

"Notre monde à changer !" : ATTAC s'offre une identité visuelle par le graphiste du Grand Paris

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attaxgraphisme2.PNG Cliquer sur l'image pour voir l'interview alter-mondialiste du designer Rudy Bauer...

mardi 6 novembre 2018

Main basse sur l'énergie

mainbassseenergie1.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film de Gilles Balbastre (2018)

Avis aux castors : faire barrage, oui, mais à quoi ? faire barrage sur les causes ("les services publics sont le patrimoine de ceux qui n'ont rien") ou les conséquences ? (Le Concierge)

Lire aussi sur le pouvoir donné aux "investisseurs" sur l'énergie : Un traité pour les gouverner tous

Autres films de Gilles Balbastre

Vérités et mensonges sur la SNCF

Transport de marchandises : changeons d'ère !

EDF, les Apprentis sorciers

Le chômage a une histoire

Salariés sans frontières

Fortunes et infortunes des familles du Nord

A écouter : Dans le Nord, emploi en miettes et sentiment d'abandon

dimanche 4 novembre 2018

Une personne d’une importance sans équivalent dans la politique mondiale contemporaine

Les prisons rappellent la célèbre observation de Tolstoï sur les familles malheureuses : Chacune « est malheureuse à sa manière », bien qu’il y ait quelques traits communs – pour les prisons, la prise de conscience déprimante et accablante que quelqu’un d’autre a une autorité totale sur votre vie.

Mon épouse Valeria et moi venons de visiter une prison pour voir celui qui est sans doute le prisonnier politique le plus en vue de notre époque, une personne d’une importance sans équivalent dans la politique mondiale contemporaine.

En comparaison avec les prisons américaines que j’ai pu voir, la prison fédérale de Curitiba, au Brésil, n’est ni répugnante ni étouffante – mais la barre n’est pas placée bien haut. Rien de comparable avec les quelques-unes que j’ai visitées à l’étranger – Très loin de la chambre de torture israélienne de Khiam, dans le sud du Liban, qui a été réduite en poussière pour faire disparaître ce crime, et très loin des horreurs indicibles de la Villa Grimaldi, de Pinochet, où ceux qui survivaient aux séances de torture à répétition, finement conçues, étaient jetés à moisir dans une tour – un moyen de s’assurer que les premières expériences néolibérales, sous le regard des économistes les plus en vue de l’école de Chicago, ne soient pas perturbées par des voix discordantes.

Néanmoins, c’est une prison.

Le prisonnier auquel nous avons rendu visite, Luiz Inácio Lula da Silva – universellement connu sous le nom de « Lula » – a été condamné à la prison potentiellement à vie, à l’isolement, sans accès à la presse ou aux revues et avec des visites limitées un jour par semaine.

Le lendemain de notre visite, un juge, invoquant la liberté de la presse, a accédé à la demande du plus grand journal du pays, Folha de São Paulo, d’interviewer Lula, mais un autre juge est rapidement intervenu et a annulé cette décision, alors que les criminels les plus violents du pays – les chefs de milice et les trafiquants de drogue – sont régulièrement interviewés dans les prisons.

Pour l’appareil du pouvoir brésilien, il ne suffit pas que Lula soit en prison : ils veulent s’assurer que la population, à la veille des élections, n’entende pas parler de lui, et apparemment il est prêt à employer tous les moyens pour atteindre cet objectif.

Le juge qui a annulé la permission n’innovait pas. Il y a eu un précédent quand Antonio Gramsci a été condamné en 1926 par le gouvernement fasciste de Mussolini, le procureur a déclaré : « Nous devons empêcher son cerveau de fonctionner pendant 20 ans. »

« L’histoire ne se répète pas, mais elle rime souvent », comme l’a fait remarquer Mark Twain.

Lire la suite de l'article de Noam Chomsky traduite sur le site les crises

BOLSONARO, LULA : LA SITUATION AU BRÉSIL

merluchonbresil.PNG cliquer sur l'image pour voir la vidéo.

Il est à noter qu'en France le Procureur Molins a refusé le poste de Ministre de l'Intérieur...

Spéciale dédicace du Musée de l'Europe au "Parti des Castors"

mercredi 24 octobre 2018

Devinette : A qui ressemble le plus la marionnette décrite dans ce texte ?

Il y a 18 ans... Une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique

Notre devinette n'ayant obtenu aucune réponse l'année dernière, et alors que les réseaux sociaux jusqu'au Média abondent plus que jamais en chasseurs de nazis anachroniques (avec pour dernières cibles Jacques Cotta pour celui cité, Frédéric Lordon pour les autres, c'est dire !) nous republions ce texte enregistré par Pierre Bourdieu en soutien aux mouvements qui se mobilisèrent contre le succès électoral d'Haider en Autriche (on peut dire son nom désormais, cette "marionnette" qui prêchait publiquement l'homophobie étant décédée dans un accident de voiture en sortant du lit de... son amant !). Ayant participé à Wien à un colloque quelques mois plus tard, où Bourdieu essayait vainement de lancer un mouvement social européen (démontrant par le fait son impossibilité), le Concierge peut témoigner que la bourgeoisie progressiste invitante (qui l'était tellement que les autres mouvements militant sous le label "We are the Government" boycottèrent ces rencontres...) en tira la conclusion (verbatim) que "c'était quand même mieux BHL".... Certes, Varoufakis est plus jeune...

Le Concierge

(...)

Que peut être la position d´un intellectuel, d´un chercheur français devant ce qui arrive à l´Autriche, devant ce qui arrive au peuple progressiste de l´Autriche. Je pense que les analogies que l´on fait trop systématiquement dans beaucoup de pays occidentaux à Hitler et au nazisme, c'est une référence qui est à mon avis très suspecte parce qu´elle correspond à des associations non réfléchies, et interdit, me semble-t-il, de faire une analyse. Je risque de paraître naïf, n´étant pas Autrichien, n´étant pas en Autriche, mais je pense que ce que je dis est important, au moins pour permettre aux Autrichiens de se défendre contre certaines définitions, mais je pense cependant que la référence au nazisme est superficielle et interdit de saisir la spécificité de ce qui arrive. Si on voulait une métaphore, je ne nommerais pas du tout la personne, je pense qu´elle ne doit plus être nommée ( et si j´ai une recommendation à faire aux intellectuels et aux journalistes, c'est de ne plus jamais citer le nom de ce personnage). Si ce type de personnage peut arriver au pouvoir ou être proche du pouvoir, c'est parce qu'il y a des précédents qui ne sont pas à chercher dans les années trente, mais qui sont à chercher par exemple du côté des Etats Unis dans un passé beaucoup plus récent, dans la personne de Ronald Reagan qui est un bellâtre de cinéma, un personnage de second ordre, toujours bronzé, toujours bien coiffé, comme d´autres aujourd'hui, toujours sportif, porteur d'idéologie ultra nationaliste, ultra réactionnaire, et prêt à jouer le rôle d´un fantoche au service des pouvoirs les plus conservateurs et des volontés les plus conservatrices des forces économiques. C'est-à-dire que c'est une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique. On pourrait continuer, pour aller très vite, avec Margaret Thatcher, mais aussi Tony Blair qui aujourd'hui même à Lisbonne prend sur l´Europe des positions plus réactionnaires que le président français de droite.

Donc, il y a à chercher du côté de ce qui se passe dans le monde politique international de cette montée du néolibéralisme qui a été favorisé par l´effondrement des régimes soviétiques. Cette montée du néolibéralisme, qui est un simple masque modernisé du conservatisme le plus archaïque, est une forme de révolution conservatrice. Et là, il y a une analogie réelle avec les années trente; c'est une révolution conservatrice mais moderne; c'est une révolution conservatrice avec les médias, le nazisme avait ces mouvements de masse etc. Là, je pense que cette analyse qui est une esquisse très complexe doit conduire à un travail beaucoup plus approfondi pour essayer de comprendre les responsabilités. Si des phénomènes comme ceux-là sont possibles c'est qu'on est arrivé à des sociétés dans lesquelles 50% de la population sont des abstentionnistes des élections. C'est le cas aux Etats Unis où on a une situation de dépolitisation généralisée, les forces économiques sont abandonnées à elles-mêmes, et les médias se mettent au service de ce fantoche, de ce personnage kitsch qui tient les apparences d´un pouvoir politique et qui incarne en quelque sorte cette dépolitisation généralisée à laquelle elles contribuent. Les médias ont une très grande importance et je pense que les consignes de boycotte de tout soutien à l'égard des formes d´extrême droite serait important. Par exemple, Le Pen qui du jour où il a déplu aux médias a fait une crise et a disparu. Comme par hasard, il y a une corrélation très forte entre le taux de l´apparition à la télévision et le taux dans les élections. Ce qui ne veut pas dire qu'il n´y a pas un cœur incompressible de la vraie extrême droite, des fascistes. C'est le cas en Autriche, c'est le cas en France, des gens organisées, très dangereux qui sont un tout petit noyau et qu´il ne faut pas confondre avec ces gens qui peuvent être mobilisés plus largement en faveur de la mystification dans les médias. Il faudrait analyser sans faire du mea culpa collectif, c'est ridicule et ne sert à rien, il faudrait analyser les responsabilités pour essayer d´en tirer des conclusions. Les responsabilités sont les responsabilités des intellectuels. Je pense que les intellectuels se reveillent aujourd'hui. Ils se demandent en quoi ils ont collaboré. Il y a la partie des sociaux-démocrates qui ont imité jusqu'aux apparences physiques des personnages que je ne veux pas nommer; ces socio-démocrates qui ont emprunté le langage de l'extrême droite, qui ont parlé de tolérance-zéro. Nous avons un Président de la République français socialiste qui a parlé de tolérance-zéro. Nous avons un Président du Conseil socialiste qui a dit qu'il fallait renoncer aux misères du monde. Les socio-démocrates, outre qu'ils ont emprunté le vocabulaire du néolibéralisme, c'est-à-dire du néoconservatisme déguisé, ont emprunté, par pure démagogie et sur la base des sondages, un langage des plus dégouttants de l'extrémisme fascistoïde. Mais il faut continuer. Il y a le fait que toute pensée collective critique est ultra difficile. Mais il faudrait continuer. J'ai un peu honte de dire des choses aussi grossières, mais ce n'est pas facile de faire une analyse à distance.

(...)

Pierre Bourdieu

Lire l'intégralité du texte intitulé "Pour une Autriche pionnière d'une Europe sociale" dont nous ne reproduisons que la partie la plus actuelle, en invitant à une devinette, bien évidemment. A qui ressemble le plus la marionnette décrite dans ce texte ?

lundi 22 octobre 2018

Le casse du siècle : l'énorme fraude fiscale à 55 milliards d'euros des "CumEx"

L'énorme fraude fiscale baptisée "cum ex", révélée en Allemagne, a coûté 55 milliards d'euros à une dizaine de pays européens, soit bien plus que les évaluations initiales, affirment 19 médias, dont Le Monde, jeudi dans une enquête conjointe.

Jusqu'à présent, circulaient uniquement les estimations des sommes extorquées au fisc allemand, allant d'environ 5,3 milliards selon le ministère allemand des Finances à 30 milliards d'euros selon la presse.

Mais les investigations de 19 médias européens, dont Le Monde, concluent que le "cum ex" a coûté la somme pharamineuse de 55,2 milliards d'euros à 11 États (l'Allemagne, la France, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Nas, le Danemark, la Belgique, l'Autriche, la Finlande, la Norvège et la Suisse).

L'invention de ce montage litigieux est attribuée à un avocat allemand de renom, Hanno Berger.

Un avocat de renom qui mise sur les lacunes des lois fiscales

Dans son édition du 16 mars 2016, déjà, le quotidien allemand Handelsblatt, faisait le portrait de l'avocat, sous le titre "L'initiateur" brossant d'un trait le parcours trouble du personnage :

"Hanno Berger a commencé sa carrière au service des impôts de la Hesse. Il s'est ensuite rendu compte que les lacunes des lois fiscales rapportaient plus que la défense (la plaidoirie). Aujourd'hui, il se sent persécuté par l'État."

La manipulation qu'il a élaborée consiste à acheter et revendre des actions autour du jour de versement du dividende, si vite que l'administration fiscale n'identifie plus le véritable propriétaire. La manipulation, qui nécessite l'entente de plusieurs investisseurs, permet de revendiquer plusieurs fois le remboursement du même impôt sur le dividende, lésant ainsi le fisc.

Une affaire d'évasion fiscale massive qui a éclaté en 2012

L'affaire a éclaté en 2012 en Allemagne, entraînant l'ouverture de six enquêtes pénales et la tenue prochaine d'un premier procès à Wiesbaden, dans l'ouest, visant Hanno Berger et plusieurs négociants en Bourse, notamment, expliquait Reuters en septembre dernier, cinq anciens traders de la HypoVereinsbank (HVB) accusés de fraude fiscale grave.

Des banques françaises seraient impliquées, notamment BNP Paribas et Société Générale, qui avaient fait l'objet de perquisitions de la justice allemande en 2014, selon Le Monde.

Les experts en fiscalité dénoncent depuis longtemps ces transactions "cum-ex" sur les dividendes comme une faille du système fiscal, mais les enquêteurs comme les procureurs (dont celui de Francfort), eux, se sont quasi tous accordés pour qualifier cette affaire comme étant de l'évasion fiscale massive.

Sur la foi "d'informations des autorités fiscales et d'analyses des données de marchés", l'enquête conjointe des 19 médias détaille désormais le préjudice supposé par pays.

17 milliards d'euros volés à la France

Pour l'Allemagne, l'enquête reprend la fourchette haute des estimations, soit 31,8 milliards d'euros extorqués au fil du temps, d'après les calculs déjà connus de Christoph Spengel, spécialiste de fiscalité à l'Université de Mannheim (jusqu'alors, le ministère des Finances allemand tablait sur un vol de 5,3 milliards d'euros).

L'escroquerie aurait aussi coûté "au moins:

- 17 milliards d'euros" à la France,

- 4,5 milliards à l'Italie,

- 1,7 milliard au Danemark

- 201 millions d'euros à la Belgique.

Source : La Tribune

"Tout le système judiciaire d’un pays démocratique repose sur la défiance qu’il faut avoir vis-à-vis de l’institution"

Je ne pense pas m’avancer beaucoup, en disant que la fameuse enquête préliminaire a dû déjà être fructueuse et que le parquet dispose d’un dossier bien étoffé. De la même façon il me semble probable que la décision de l’ouverture de l’information judiciaire et la saisine d’un ou plusieurs juges d’instruction est déjà prise, et les magistrats instructeurs choisis. Lors du déclenchement de l’affaire Fillon par le Parquet National Financier, tout le monde savait à l’avance dans le monde judiciaire qui serait le juge d’instruction désigné et que le candidat LR serait immédiatement mis en examen.

Avec le grand cirque médiatico-judiciaire qui va se dérouler, le raid du 16 octobre va rapidement apparaître comme un léger hors-d’œuvre. Collection de convocations diverses et variées aux dirigeants et collaborateurs de la France Insoumise. Soit pour des mises en examen spectaculaires avec des qualifications sonores, de celles qui enjolivent les manchettes, « escroqueries en bande organisée, détournement de fonds publics en réunion, blanchiment de fraude fiscale etc. etc. ». Soit pour des gardes à vue fatigantes dont les durées seront fonctions des qualifications et pourront aller jusqu’à 96 heures… Nouvelles perquisitions bien sûr chez les mêmes, avec des écoutes téléphoniques tous azimuts. La presse sera comme d’habitude scrupuleusement alimentée de copies partielles de procès-verbaux, de pièces de procédure de toute nature, de transcriptions trafiquées d’écoutes téléphoniques. Il est d’ailleurs probable que les interlocuteurs privilégiés sont déjà choisis, l’officine Mediapart, fidèle et zélé petit télégraphiste du pouvoir étant bien sûr de la fête. Et dans les médias, la surenchère et l’effet de meute joueront à fond. Et naturellement comme d’habitude aussi toutes les plaintes pour violation du secret de l’instruction (protégé, il faut le rappeler, par la loi), seront soigneusement rangées par le parquet avec les autres dans l’armoire prévue à cet effet. Et comme d’habitude encore, rapidement couverts de poussière, ils ne donneront jamais lieu à la moindre investigation.

Alors j’espère, qu’à la France Insoumise on ne va plus entendre psalmodier l’incantation imbécile : «il faut faire confiance à la Justice ! ». Tout le système judiciaire d’un pays démocratique repose sur la défiance qu’il faut avoir vis-à-vis de l’institution. Sinon, pourquoi avoir un avocat ? Pourquoi celui-ci doit-il disposer de prérogatives et de privilèges importants ? Pourquoi le double degré de juridiction, pourquoi la collégialité, pourquoi toutes ces règles de procédure ? Parce que l’on donne l’usage de la violence légitime de l’État à des Hommes faillibles qu’il faut impérativement encadrer en rappelant « qu’adversaire acharnée de l’arbitraire, la forme est- la sœur jumelle de la liberté ». Il y a ensuite l’autre incantation : « mais puisqu’on n’a rien fait ! » Je partage depuis longtemps l’opinion du cardinal de Richelieu qui disait : « Donnez-moi deux lignes de la main d’un homme, et j’y trouverai de quoi suffire à sa condamnation. » Je sais bien qu’en France où l’on préfère l’ordre à la justice, prétendre que l’innocence ne protège de rien est blasphématoire, alors que c’est pourtant la réalité. CE QUI PROTÈGE L’INNOCENT C’EST LE DÉBAT CONTRADICTOIRE DANS LE RESPECT DES RÈGLES ET DES PRINCIPES FONDAMENTAUX, DEVANT DES JUGES IMPARTIAUX. On ajoutera que dans les affaires politico-judiciaires le risque est moins la sanction finale si elle arrive un jour, que dans les mises en cause et le cirque médiatique qui les accompagne. Après son démarrage en fanfare, l’affaire Fillon a dormi paisiblement pendant près de deux ans. Les objectifs qui avaient justifié l’urgence initiale ayant été atteints avec l’élimination du candidat de droite. La particularité de ces affaires, et cela se vérifie à chaque fois, est que chaque emportement médiatique provoqué par des révélations opportunes issues des dossiers judiciaires, est toujours directement corrélé à une actualité politique concernant les mis en cause. Et c’est justement cette expérience de ce qui s’est produit pour Nicolas Sarkozy, François Fillon et Marine Le Pen, pour ne citer que les leaders politiques opposés au pouvoir de Hollande puis de Macron, qui permettent de faire ces prévisions.

Extrait de l'article de régis de Castelneau paru sous le titre « Mélenchongate » : demandez le programme ! sur son blog Vu diu droit

mercredi 17 octobre 2018

Impunité « made in Europe »

Pourquoi l’Europe fait-elle obstruction, au sein de l’ONU, à l’adoption d’un traité international ambitieux sur les multinationales et leur responsabilité en matière de droits humains et d’environnement ? Un nouveau rapport publié dans le cadre du réseau européen d’investigation ENCO, dont l’Observatoire des multinationales est l’un des fondateurs, se penche sur la troublante proximité entre l’Union européenne et les lobbies des multinationales, et sur ce qu’elle révèle : une conception du monde où le secteur privé est associé à toutes les décisions, et où lui imposer des règles contraignantes devient quasi inimaginable.

Alors qu’un groupe de travail de l’ONU se réunit pour la quatrième fois afin de négocier un traité international très attendu visant à mettre fin à l’impunité des entreprises multinationales, l’Union européenne (UE) se distingue par son opposition à l’introduction de normes contraignantes pour ces dernières et par sa défense obstinée de mécanismes volontaires qui ont démontré leur inefficacité et leur insuffisance.

Comme le démontre le rapport Impunité « made in Europe », cette position reflète non seulement la capture des institutions européennes par le secteur privé, mais aussi l’hypocrisie des dirigeants politiques et économiques du vieux continent. Toujours prompts à se présenter comme des modèles de « responsabilité », ils restent délibérément aveugles aux impacts réels des multinationales européennes tout autour de la planète et aux conséquences de nombreuses politiques de l’UE sur les peuples et sur l’environnement.

(...)

L’UE s’aligne sur les lobbies des multinationales

Ce rapport montre en particulier qu’au sein du groupe de travail mis en place à cet effet, les représentants de l’Union européenne disent exactement la même chose, avec les mêmes arguments et parfois les mêmes mots, que les lobbies des multinationales comme la Chambre de commerce internationale ou l’Organisation internationale des employeurs. Leurs arguments ? Qu’il n’y a pas besoin d’un traité car les mécanismes volontaires existants suffisent ; que le secteur privé devrait participer aux négociations : et (malgré les innombrables preuves que leurs structures juridiques complexes et leur pouvoir politique et économique leur permettent d’échapper largement à toute régulation et d’imposer leur volonté aux gouvernements) que les entreprises multinationales ne soulèvent pas de problème spécifique en termes de droit international.

L’identité de position entre UE et lobbies des multinationales est d’autant plus troublante que la société civile européenne et le Parlement européen ont exprimé à plusieurs reprises leur soutien au processus onusien d’élaboration d’un instrument international contraignant sur les multinationales et les droits humains. Des législations en ce sens sont d’ailleurs proposées dans plusieurs pays du vieux continent (et, dans le cas de la France, a été adoptée en 2017). Mais la bureaucratie européenne – représentée en l’occurrence par le Service d’action extérieure de l’UE – préfère serrer les rangs aux côtés des multinationales pour défendre le statu quo.

L’attitude de l’UE est une nouvelle illustration de la capture croissante des processus et des institutions démocratiques par les grandes entreprises, au niveau national comme à l’échelle internationale. Le secteur privé semble désormais en mesure non seulement d’empêcher toute régulation significative de ses activités, mais également de se présenter comme la seule et unique « solution » aux défis de la planète. Cette « capture du régulateur », déjà bien documentée et critiquée en ce qui concerne les institutions européennes, est également de plus en plus manifeste au niveau du système des Nations unies, avec la création du « Pacte mondial », la dépendance croissante de l’ONU envers les financements privés ou encore l’omniprésence des multinationales dans les espaces de négociations supposés les réguler, comme les conférences sur le climat. Le processus d’élaboration d’un traité international pour mettre fin à l’impunité des multinationales et assurer l’accès à la justice et à la réparation des communautés affectées, en raison de l’intérêt actif qu’il suscite au sein de la société civile, est perçu comme une menace pour ce tête-à-tête de plus en plus confortable entre les grandes entreprises et les gouvernements.

Hypocrisie européenne ?

Le modèle défendu à la fois par l’Union européenne et par les lobbies des multinationales, aussi bien au sein du groupe de travail de l’ONU que comme modèle général de gouvernance pour faire face aux défis globaux, est basé sur trois piliers :

- Un droit international contraignant pour protéger les intérêts des multinationales, à travers par exemple les traités de commerce et d’investissement et les mécanismes d’arbitrage international ;

- Le secteur privé légitimé et invité à « co-écrire » les régulations qui lui sont applicables, quand ce n’est pas à remplacer la régulation par des standards privés non contraignants gérés par des « forums multi-parties prenantes » ;

- Des mécanismes volontaires et non contraignants pour les multinationales, comme les Principes directeurs de l’ONU sur les entreprises et les droits humains, destinés à leur donner une image « verte » et « responsable » sans faire aucune différence en termes d’accès à la justice et à la réparation pour les communautés affectées ou les travailleurs.

Ce rapport comprend un ensemble d’études de cas (dont la version intégrale est disponible en ligne) rédigées par des experts et des organisations de la société civile d’Europe (dans le cadre du réseau ENCO) et par des organisations du sud directement impliqués aux côtés des communautés affectées.

Ces cas démontrent que quoiqu’en disent les politiques et les cadres dirigeants du vieux continent sur leur « exemplarité », les multinationales européennes restent impliquées dans des violations des droits humains et de l’environnement tout autour de la planète, sans être mises face à leurs responsabilités.

Le souci de « respectabilité » du vieux continent se traduit trop souvent par une délocalisation des pires impacts sociaux et environnementaux des multinationales et des consommateurs européens vers les pays du sud. Une tendance facilitée, si ce n’est encouragée, par certaines politiques de l’UE comme la poursuite effrénée d’accords de libre échange ou la promotion des marchés carbone.

Lire le rapport sur le site de l'Observatoire des multinationales

samedi 6 octobre 2018

Il y a 6 ans "Essayage : le Prix Nobel de la Paix vous va si bien !"

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« C'est un moment, dans la vie des nations, qui ne manque pas de grandeur dans la mesure où, en dépit de l'éclairage électrique et même de tous les expédients de la radiotechnique, on renoue avec l'état primitif et où un bouleversement de toutes les conditions de vie passe souvent par la mort. »

Lire la suite...

mercredi 3 octobre 2018

Dernières nouvelles du laboratoire Grec...

Semaine alors fort... cyclonique en Grèce au point de faire oublier le durcissement de la politique gouvernementale, perceptible depuis le remaniement effectué en août dernier. Autocratie et présence plus forte de l'État policier et voilà que le chef du parti de l’Unité Populaire, Panagiótis Lafazánis a été convoqué à la Direction centrale de la Police à Athènes pour s’expliquer sur ses actions sur le terrain des Tribunaux, en opposant à la vente aux enchères forcée de l’habitat populaire. Pourtant homme politique ex-SYRIZA et ex-Ministre ayant quitté ce parti des balivernes historiques en août 2015, son interpellation a provoqué un certain mécontentement exprimé publiquement même chez les députés SYRIZA actuels. C’est le dernier honneur des cyniques arrivistes... joué dans les jeux d’aventure.

Sauf que l’aventure c’est autant celle du pays. Car dans cette affaire, il est fondamental de comprendre que Lafazánis a été interpellé de la sorte pour rendre compte devant un service lequel ne faisait pas vraiment parler de lui jusque là. Il s’agit de la “Direction de la Protection du Régime et de la Démocratie”. Ce n’est ni plus ni moins, une administration sinistre, digne des temps... cycloniques nouveaux, très réactionnaire et profondément anachronique et qui fait référence à d'autres temps bien obscurs. La dystopie techno-féodale se dessine alors déjà dans nos rétroviseurs, il y a urgence.

Cette administration a été mise en place sous le gouvernement du PASOK et du pion de l’Allemagne Simítis en 2000, et dont les prérogatives ont été confirmées et actualisées sous la Troïka et le Mémorandum, sous le gouvernement Papandréou en 2011. Notons-le à l’époque, sous le Ministre de l’Ordre public Chrístos. Papoutsís. Ce dernier, rappelons-le, il est issu de ce personnel politique... alors mûri et macéré dans les fonts baptismaux des intrigues du pouvoir des colonisateurs depuis son poste de Commissaire européen à l'Énergie entre 1995 et 1999.

Enfin, cette “Direction de la Protection du Régime et de la Démocratie” a été confirmée et “modernisée” dans ses fonctions en 2017 par le gouvernement Tsípras, lequel laisse en même temps volontairement, car il s’agirait alors et visiblement d’un plan, la criminalité diverse et variée ronger ce qui reste du pays réel et autant des dernières certitudes. Le pouvoir criminalise ainsi les opinions à la carte mais il favorise le crime si ce n’est que par la négligence.

Et sur Internet grec, on estime même, à l’instar de l’analyse proposée par le site des Ingénieurs Civils (issus des rangs de la gauche), que cette dite “Direction de la Protection du Régime et de la Démocratie”, “serait-elle alors largement contrôlée par le gouvernement et autant liée aux Services secrets étrangers des pays”... faiseurs comme on sait de la dernière pluie cyclonique à la géopolitique actuelle comme passée, site des Ingénieurs Civils, le 26 septembre 2018.

D’après les textes officiels reproduits pour les besoins de l’analyse publiée sur ce site, la mission de ce service au sein de la Division de la sécurité de l'État, “c’est la prévention et la répression des actes de violence ou des menaces graves dirigés contre la sécurité de l’État et contre le système démocratique. Dans ce contexte, elle recherchera, collectera, traitera et exploitera les informations et les renseignements nécessaires recueillis au sujet d'actes individuels ou de groupes organisés qui agissent contre la sécurité de l'État et du gouvernement démocratique ou d'actes de violence à l'égard des personnes ou des biens, tout en surveillant ces activités, œuvrant conjointement avec la Direction de la sécurité de l’État, la Police anticriminelle, ainsi que la Direction de la gestion et de l’analyse de l’information”.

Au même moment, et c’est du jamais vu en Grèce depuis la chute du régime des Colonels si l’on croit certaines analyses, des compagnies pétrolières s’apprêtant à exploiter le pétrole découvert dans la belle région montagnarde de l’Épire au Nord-Ouest du pays, feraient preuve de comportement et d’agissements inhabituels, pour tout dire criminels, et le “gouvernement” et l’État avec sa “Direction de la Protection du Régime et de la Démocratie” se limitent à un rôle d’observateurs.

“Car les promoteurs des projets pétroliers seraient en train depuis quelques semaines de criminaliser le droit de manifester afin de pouvoir détruire l’environnement assez intact de l’Épire. Ceux donc des compagnies privées de gardiennage, engagés par les pétroliers, sillonnent alors les villages concernés, jetant la lumière de leurs phares depuis leurs véhicules 4X4 au beau milieu de la nuit sur les habitations des citoyens ouvertement opposés à l'exploration et à l'extraction des hydrocarbures en Épire. Une équipe même issue des compagnies privées de gardiennage composée d’une vingtaine de personnes a pénétré dans le domicile des opposants à l'exploitation pétrolière. Jours de terrorisme en Épire”, article de Yánnis Perákis publié sur le site Internet du mouvement du Plan-B daté du 28 septembre 2018.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Zorba le Grec" sur son blog Greek Crisis

Lire aussi : La Grèce, la « loi travail », l’eurofascisme et la « gauche » de la « gauche »

vendredi 28 septembre 2018

Il y a 18 ans : La nouvelle vulgate planétaire

Des militants qui se pensent encore progressistes ratifient à leur tour la novlangue américaine quand ils fondent leurs analyses sur les termes « exclusion », « minorités », « identité », « multiculturalisme ». Sans oublier « mondialisation »

Dans tous les pays avancés, patrons et hauts fonctionnaires internationaux, intellectuels médiatiques et journalistes de haute volée se sont mis de concert à parler une étrange novlangue dont le vocabulaire, apparemment surgi de nulle part, est dans toutes les bouches : « mondialisation » et « flexibilité » ; « gouvernance » et « employabilité » ; « underclass » et « exclusion » ; « nouvelle économie » et « tolérance zéro » ; « communautarisme », « multiculturalisme » et leurs cousins « postmodernes », « ethnicité », « minorité », « identité », « fragmentation », etc.

La diffusion de cette nouvelle vulgate planétaire — dont sont remarquablement absents capitalisme, classe, exploitation, domination, inégalité, autant de vocables péremptoirement révoqués sous prétexte d’obsolescence ou d’impertinence présumées — est le produit d’un impérialisme proprement symbolique. Les effets en sont d’autant plus puissants et pernicieux que cet impérialisme est porté non seulement par les partisans de la révolution néolibérale, lesquels, sous couvert de modernisation, entendent refaire le monde en faisant table rase des conquêtes sociales et économiques résultant de cent ans de luttes sociales, et désormais dépeintes comme autant d’archaïsmes et d’obstacles au nouvel ordre naissant, mais aussi par des producteurs culturels (chercheurs, écrivains, artistes) et des militants de gauche qui, pour la grande majorité d’entre eux, se pensent toujours comme progressistes.

Comme les dominations de genre ou d’ethnie, l’impérialisme culturel est une violence symbolique qui s’appuie sur une relation de communication contrainte pour extorquer la soumission et dont la particularité consiste ici en ce qu’elle universalise les particularismes liés à une expérience historique singulière en les faisant méconnaître comme tels et reconnaître comme universels (1).

Ainsi, de même que, au XIXe siècle, nombre de questions dites philosophiques, comme le thème spenglérien de la « décadence », qui étaient débattues dans toute l’Europe trouvaient leur origine dans les particularités et les conflits historiques propres à l’univers singulier des universitaires allemands (2), de même aujourd’hui nombre de topiques directement issus de confrontations intellectuelles liées aux particularités et aux particularismes de la société et des universités américaines se sont imposés, sous des dehors en apparence déshistoricisés, à l’ensemble de la planète.

Import-export culturel

Ces lieux communs, au sens aristotélicien de notions ou de thèses avec lesquelles on argumente mais sur lesquelles on n’argumente pas, doivent l’essentiel de leur force de conviction au prestige retrouvé du lieu dont ils émanent et au fait que, circulant à flux tendu de Berlin à Buenos Aires et de Londres à Lisbonne, ils sont présents partout à la fois et sont partout puissamment relayés par ces instances prétendument neutres de la pensée neutre que sont les grands organismes internationaux — Banque mondiale, Commission européenne, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) —, les « boîtes à idées » conservatrices (Manhattan Institute à New York, Adam Smith Institute à Londres, Deutsche Bank Fundation à Francfort, et de l’exFondation Saint-Simon à Paris), les fondations de philanthropie, les écoles du pouvoir (Science-Po en France, la London School of Economics au Royaume-Uni, la Harvard Kennedy School of Government en Amérique, etc.), et les grands médias, inlassables dispensateurs de cette lingua franca passe-partout, bien faite pour donner aux éditorialistes pressés et aux spécialistes empressés de l’import-export culturel l’illusion de l’ultramodernisme.

Outre l’effet automatique de la circulation internationale des idées, qui tend par la logique propre à occulter les conditions et les significations d’origine (3), le jeu des définitions préalables et des déductions scolastiques substitue l’apparence de la nécessité logique à la contingence des nécessités sociologiques déniées et tend à masquer les racines historiques de tout un ensemble de questions et de notions — l’« efficacité » du marché (libre), le besoin de reconnaissance des « identités » (culturelles), ou encore la réaffirmation-célébration de la « responsabilité » (individuelle) — que l’on décrétera philosophiques, sociologiques, économiques ou politiques, selon le lieu et le moment de réception.

Ainsi planétarisés, mondialisés, au sens strictement géographique, en même temps que départicularisés, ces lieux communs que le ressassement médiatique transforme en sens commun universel parviennent à faire oublier qu’ils ne font bien souvent qu’exprimer, sous une forme tronquée et méconnaissable, y compris pour ceux qui les propagent, les réalités complexes et contestées d’une société historique particulière, tacitement constituée en modèle et en mesure de toutes choses : la société américaine de l’ère postfordiste et postkeynésienne. Cet unique super-pouvoir, cette Mecque symbolique de la Terre, est caractérisé par le démantèlement délibéré de l’Etat social et l’hypercroissance corrélative de l’Etat pénal, l’écrasement du mouvement syndical et la dictature de la conception de l’entreprise fondée sur la seule « valeur-actionnaire » , et leurs conséquences sociologiques, la généralisation du salariat précaire et de l’insécurité sociale, constituée en moteur privilégié de l’activité économique.

Il en est ainsi par exemple du débat flou et mou autour du « multiculturalisme » , terme importé en Europe pour désigner le pluralisme culturel dans la sphère civique alors qu’aux Etats-Unis il renvoie, dans le mouvement même par lequel il les masque, à l’exclusion continuée des Noirs et à la crise de la mythologie nationale du « rêve américain » de l’« opportunité pour tous » , corrélative de la banqueroute qui affecte le système d’enseignement public au moment où la compétition pour le capital culturel s’intensifie et où les inégalités de classe s’accroissent de manière vertigineuse.

L’adjectif « multiculturel » voile cette crise en la cantonnant artificiellement dans le seul microcosme universitaire et en l’exprimant dans un registre ostensiblement « ethnique » , alors que son véritable enjeu n’est pas la reconnaissance des cultures marginalisées par les canons académiques, mais l’accès aux instruments de (re)production des classes moyenne et supérieure, comme l’Université, dans un contexte de désengagement actif et massif de l’État.

Querelles de campus déguisées en épopées conceptuelles

Le « multiculturalisme » américain n’est ni un concept, ni une théorie, ni un mouvement social ou politique — tout en prétendant être tout cela à la fois. C’est un discours écran dont le statut intellectuel résulte d’un gigantesque effet d’allodoxia national et international (4) qui trompe ceux qui en sont comme ceux qui n’en sont pas. C’est ensuite un discours américain, bien qu’il se pense et se donne comme universel, en cela qu’il exprime les contradictions spécifiques de la situation d’universitaires qui, coupés de tout accès à la sphère publique et soumis à une forte différenciation dans leur milieu professionnel, n’ont d’autre terrain où investir leur libido politique que celui des querelles de campus déguisées en épopées conceptuelles.

C’est dire que le « multiculturalisme » amène partout où il s’exporte ces trois vices de la pensée nationale américaine que sont a) le « groupisme » , qui réifie les divisions sociales canonisées par la bureaucratie étatique en principes de connaissance et de revendication politique ; b) le populisme, qui remplace l’analyse des structures et des mécanismes de domination par la célébration de la culture des dominés et de leur « point de vue » élevé au rang de proto-théorie en acte ; c) le moralisme, qui fait obstacle à l’application d’un sain matérialisme rationnel dans l’analyse du monde social et économique et condamne ici à un débat sans fin ni effets sur la nécessaire « reconnaissance des identités » , alors que, dans la triste réalité de tous les jours, le problème ne se situe nullement à ce niveau (5) : pendant que les philosophes se gargarisent doctement de « reconnaissance culturelle » , des dizaines de milliers d’enfants issus des classes et ethnies dominées sont refoulés hors des écoles primaires par manque de place (ils étaient 25 000 cette année dans la seule ville de Los Angeles), et un jeune sur dix provenant de ménages gagnant moins de 15 000 dollars annuels accède aux campus universitaires, contre 94 % des enfants des familles disposant de plus de 100 000 dollars.

On pourrait faire la même démonstration à propos de la notion fortement polysémique de « mondialisation » , qui a pour effet, sinon pour fonction, d’habiller d’œcuménisme culturel ou de fatalisme économiste les effets de l’impérialisme américain et de faire apparaître un rapport de force transnational comme une nécessité naturelle. Au terme d’un retournement symbolique fondé sur la naturalisation des schèmes de la pensée néolibérale dont la domination s’est imposée depuis vingt ans grâce au travail des think tanks conservateurs et de leurs alliés dans les champs politique et journalistique (6), le remodelage des rapports sociaux et des pratiques culturelles conformément au patron nord-américain, qui s’est opéré dans les sociétés avancées à travers la paupérisation de l’Etat, la marchandisation des biens publics et la généralisation de l’insécurité salariale, est accepté avec résignation comme l’aboutissement obligé des évolutions nationales, quand il n’est pas célébré avec un enthousiasme moutonnier. L’analyse empirique de l’évolution des économies avancées sur la longue durée suggère pourtant que la « mondialisation » n’est pas une nouvelle phase du capitalisme mais une « rhétorique » qu’invoquent les gouvernements pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers. Loin d’être, comme on ne cesse de le répéter, la conséquence fatale de la croissance des échanges extérieurs, la désindustrialisation, la croissance des inégalités et la contraction des politiques sociales résultent de décisions de politique intérieure qui reflètent le basculement des rapports de classe en faveur des propriétaires du capital (7).

Colonisation mentale

En imposant au reste du monde des catégories de perception homologues de ses structures sociales, les Etats-Unis refaçonnent le monde à leur image : la colonisation mentale qui s’opère à travers la diffusion de ces vrais-faux concepts ne peut conduire qu’à une sorte de « Washington consensus » généralisé et même spontané, comme on peut l’observer aujourd’hui en matière d’économie, de philanthropie ou d’enseignement de la gestion (lire « Irrésistibles “business schools” »). En effet, ce discours double qui, fondé dans la croyance, mime la science, surimposant au fantasme social du dominant l’apparence de la raison (notamment économique et politologique), est doté du pouvoir de faire advenir les réalités qu’il prétend décrire, selon le principe de la prophétie autoréalisante : présent dans les esprits des décideurs politiques ou économiques et de leurs publics, il sert d’instrument de construction des politiques publiques et privées, en même temps que d’instrument d’évaluation de ces politiques. Comme toutes les mythologies de l’âge de la science, la nouvelle vulgate planétaire s’appuie sur une série d’oppositions et d’équivalences, qui se soutiennent et se répondent, pour dépeindre les transformations contemporaines des sociétés avancées : désengagement économique de l’Etat et renforcement de ses composantes policières et pénales, dérégulation des flux financiers et désencadrement du marché de l’emploi, réduction des protections sociales et célébration moralisatrice de la « responsabilité individuelle » :

L’impérialisme de la raison néolibérale trouve son accomplissement intellectuel dans deux nouvelles figures exemplaires du producteur culturel. D’abord l’expert, qui prépare, dans l’ombre des coulisses ministérielles ou patronales ou dans le secret des think tanks, des documents à forte teneur technique, couchés autant que possible en langage économique et mathématique. Ensuite, le conseiller en communication du prince, transfuge du monde universitaire passé au service des dominants, dont la mission est de mettre en forme académique les projets politiques de la nouvelle noblesse d’Etat et d’entreprise et dont le modèle planétaire est sans conteste possible le sociologue britannique Anthony Giddens, professeur à l’université de Cambridge récemment placé à la tête de la London School of Economics et père de la « théorie de la structuration », synthèse scolastique de diverses traditions sociologiques et philosophiques.

Et l’on peut voir l’incarnation par excellence de la ruse de la raison impérialiste dans le fait que c’est la Grande-Bretagne, placée, pour des raisons historiques, culturelles et linguistiques, en position intermédiaire, neutre (au sens étymologique), entre les Etats-Unis et l’Europe continentale, qui a fourni au monde ce cheval de Troie à deux têtes, l’une politique et l’autre intellectuelle, en la personne duale de Tony Blair et d’Anthony Giddens, « théoricien » autoproclamé de la « troisième voie » , qui, selon ses propres paroles, qu’il faut citer à la lettre, « adopte une attitude positive à l’égard de la mondialisation » ; « essaie (sic) de réagir aux formes nouvelles d’inégalités » mais en avertissant d’emblée que « les pauvres d’aujourd’hui ne sont pas semblables aux pauvres de jadis (de même que les riches ne sont plus pareils à ce qu’ils étaient autrefois) » ; « accepte l’idée que les systèmes de protection sociale existants, et la structure d’ensemble de l’Etat, sont la source de problèmes, et pas seulement la solution pour les résoudre » ; « souligne le fait que les politiques économiques et sociales sont liées » pour mieux affirmer que « les dépenses sociales doivent être évaluées en termes de leurs conséquences pour l’économie dans son ensemble » ; enfin se « préoccupe des mécanismes d’exclusion » qu’il découvre « au bas de la société, mais aussi en haut (sic) » , convaincu que « redéfinir l’inégalité par rapport à l’exclusion à ces deux niveaux » est « conforme à une conception dynamique de l’inégalité (8) ». Les maîtres de l’économie peuvent dormir tranquilles : ils ont trouvé leur Pangloss.

Pierre Bourdieu

(1) Précisons d’entrée que les Etats-Unis n’ont pas le monopole de la prétention à l’universel. Nombre d’autres pays — France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Japon, Russie — ont exercé ou s’efforcent encore d’exercer, dans leurs sphère d’influence propre, des formes d’impérialisme culturel en tout points comparables. Avec cette différence toutefois que, pour la première fois de l’histoire, un seul pays se trouve en position d’imposer son point de vue sur le monde au monde entier.

(2) Cf. Fritz Ringer, The Decline of the Mandarins, Cambridge University Press, Cambridge, 1969.

(3) Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Romanistische Zeitschrift fur Literaturgeschichte, 14-1/2, Heidelberg, 1990, p. 1-10.

(4) Allodoxia : le fait de prendre une chose pour une autre.

(5) Pas plus que la mondialisation des échanges matériels et symboliques, la diversité des cultures, ne date de notre siècle puisqu’elle est coextensive de l’histoire humaine, comme l’avaient déjà signalé Emile Durkheim et Marcel Mauss dans leur « Note sur la notion de civilisation » (Année sociologique, no 12, 1913, p. 46-50, vol. III, Editions de Minuit, Paris, 1968).

(6) Lire Keith Dixon, Les Evangélistes du marché, Raisons d’agir Editions, Paris, 1998.

(7) Sur la « mondialisation » comme « projet américain » visant à imposer la conception de la « valeur-actionnaire » de l’entreprise, cf. Neil Fligstein, « Rhétorique et réalités de la “mondialisation” » , Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, no 119, septembre 1997, p. 3647.

(8) Ces extraits sont issus du catalogue de définitions scolaires de ses théories et vues politiques qu’Anthony Giddens propose à la rubrique « FAQs (Frequently Asked Questions) » de son site Internet : www.lse.ac.uk/Giddens/

Il y a 23 ans : le sort des étrangers comme schibboleth

La question du statut que la France accorde aux étrangers n'est pas un « détail ». C'est un faux problème qui, malheureusement, s'est peu à peu imposé comme une question centrale, terriblement mal posée, dans la lutte politique.

Convaincu qu'il était capital de contraindre les différents candidats républicains à s'exprimer clairement sur cette question, le Groupe d'examen des programmes électoraux sur les étrangers en France (GEPEF) a fait une expérience dont les résultats méritent d'être connus. À l'interrogation à laquelle il a tenté de les soumettre, les candidats se sont dérobés — à l'exception de Robert Hue, et de Dominique Voynet qui en avait fait un des thèmes centraux de sa campagne, avec l'abrogation des lois Pasqua, la régularisation du statut des personnes non expulsables, le souci d'assurer le droit des minorités : Édouard Balladur a envoyé une lettre énonçant des généralités sans rapport avec nos vingt-six questions. Jacques Chirac n'a pas répondu à notre demande d'entretien. Lionel Jospin a mandaté Martine Aubry et Jean Christophe Cambadélis, malheureusement aussi peu éclairés qu'éclairants sur les positions de leur favori.

Il n'est pas besoin d'être grand clerc pour découvrir dans leurs silences et dans leur discours qu'ils n'ont pas grand chose à opposer au discours xénophobe qui, depuis des années, travaille à transformer en haine les malheurs de la société, chômage, délinquance, drogue, etc. Peut-être par manque de convictions, peut-être par crainte de perdre des voix en les exprimant, ils en sont venus à ne plus parler sur ce faux problème toujours présent et toujours absent que par stéréotypes convenus et sous-entendus dus plus ou moins honteux, évoquant par exemple la « sécurité », la nécessité de « réduire au maximum les entrées » ou de contrôler l'« immigration clandestine » (non sans rappeler à l'occasion, pour faire progressiste, « le rôle des trafiquants et des patrons » qui l'exploitent).

Or, tous les calculs électoralistes, que la logique d'un univers politico-médiatique fasciné par les sondages ne fait qu'encourager, reposent sur une série de présupposés sans fondement : sans autre fondement en tout cas que la logique la plus primitive de la participation magique, de la contamination par contact et de l'association verbale. Un exemple entre mille : comment peut-on parler d'« immigrés » à propos de gens qui n'ont « émigré » de nulle part et dont on dit par ailleurs qu'ils sont « de seconde génération »? De même, une des fonctions majeures de l'adjectif « clandestin », que les belles âmes soucieuses de respectabilité progressiste associent au terme d'« immigrés », n'est-elle pas de créer une identification verbale et mentale entre le passage clandestin des frontières par les hommes et le passage nécessairement frauduleux, donc clandestin, d'objets interdits (de part et d'autre de la frontière) comme les drogues ou les armes ? Confusion criminelle qui autorise à penser les hommes concernés comme des criminels.

Ces croyances, les hommes politiques finissent par croire qu'elles sont universellement partagées par leurs électeurs. Leur démagogie électoraliste repose, en effet, sur le postulat que l'« opinion publique » est hostile à l'« immigration », aux étrangers, à toute espèce d'ouverture des frontières. Les verdicts des « sondeurs », ces modernes astrologues, et les injonctions des conseillers qui leur tiennent lieu de compétence et de conviction, les somment de s'employer à « conquérir les voix de Le Pen ». Or, pour s'en tenir à un seul argument, mais assez robuste, le score même qu'a obtenu Le Pen, après presque deux ans de lois Pasqua, de discours et de pratiques sécuritaires, porte à conclure que plus on réduit les droits des étrangers, plus les bataillons des électeurs du Front national s'accroissent (ce constat est évidemment un peu simplificateur, mais pas plus que la thèse souvent avancée que toute mesure visant à améliorer le statut juridique des étrangers présents sur le territoire français aurait pour effet de faire monter le score de Le Pen). Ce qui est sûr, en tout cas, c'est qu'avant d'imputer à la seule xénophobie le vote en faveur du Front national, il faudrait s'interroger sur quelques autres facteurs, comme par exemple les affaires de corruption qui ont frappé l'univers médiatico-politique.

Tout cela étant dit, reste qu'il faudrait repenser la question du statut de l'étranger dans les démocraties modernes, c'est-à-dire la question des frontières qui peuvent être encore légitimement imposées aux déplacements des personnes dans des univers qui, comme le nôtre, tirent tant de profits de tous ordres de la circulation des personnes et des biens. Il faudrait au moins, à court terme, évaluer, fût-ce dans la logique de l'intérêt bien compris, les coûts pour le pays de la politique sécuritaire associée au nom de M. Pasqua : coûts entraînés par la discrimination dans et par les contrôles policiers, qui est bien faite pour créer ou renforcer la « fracture sociale », et par les atteintes, qui se généralisent, aux droits fondamentaux, coûts pour le prestige de la France et sa tradition particulière de défenseur des droits de l'homme, etc.

La question du statut accordé aux étrangers est bien le critère décisif, le schibboleth qui permet de juger de la capacité des candidats à prendre parti, dans tous leurs choix, contre la France étriquée, régressive, sécuritaire, protectionniste, conservatrice, xénophobe, et pour la France ouverte, progressiste, internationaliste, universaliste. C'est pourquoi le choix des électeurs-citoyens devrait se porter sur le candidat qui se sera engagé, de la manière la plus claire, à opérer la rupture la plus radicale et la plus totale avec la politique actuelle de la France en matière d'« accueil » des étrangers. Ce devrait être Lionel Jospin... Mais le voudra-t-il ?

Pierre Bourdieu

Paris, mai 1995

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