Musée de l'Europe et de l'Afrique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Recherche - Grece

lundi 27 janvier 2020

Grèce : Chronologie à partir du 25 janvier 2015 jusqu’en 2019

Il y a 5 ans, le 25 janvier 2015, le peuple grec lançait un grand signe d’espoir au reste du monde.

Le but de cette chronologie est de passer en revue les grands moments de l’année 2015. La chronologie se termine par les résultats des élections de mai-juin-juillet 2019.

25 janvier 2015 : aux élections législatives, victoire de Syriza (Syriza en grec signifie coalition de la gauche radicale).

27 janvier : début du gouvernement Syriza-Anel avec Alexis Tsipras comme premier ministre.

30 janvier : la conférence de presse de Yanis Varoufakis (ministre des Finances) et Jeroen Dijsselbloem (président de l’Eurogroupe) est l’occasion de l’expression publique des désaccords entre le gouvernement Syriza et les institutions européennes, et lance le coup d’envoi d’une première séquence de « négociations » jusqu’à l’accord du 20 février.

4 février : la Banque centrale européenne fait un coup de force contre le gouvernement Tsipras en refusant que les banques grecques continuent de déposer des titres grecs comme garantie pour l’accès aux liquidités. En conséquence, les banques grecques ont vu augmenter leurs coûts, l’État grec a vu diminuer sa source principale de financement interne au pays et les déposants grecs ont accéléré le retrait de leurs dépôts. C’était une véritable déclaration de guerre de la BCE au gouvernement Tsipras. Le gouvernement Tsipras a appris également que la BCE ne reversera pas le 1,9 milliard € de profits qu’elle a fait sur les titres grecs et qu’elle avait promis de reverser en 2015.

5 février : mobilisation populaire à Athènes, et à petite échelle à Paris et dans d’autres capitales européennes, en réponse au coup de force de la Banque centrale européenne

8 février : premier discours de politique générale d’Alexis Tsipras au parlement grec (la Vouli). Le premier ministre grec confirme qu’il commencera immédiatement la mise en oeuvre du programme de Thessalonique qui impliquait notamment de mettre fin au mémorandum et de le remplacer par un plan de reconstruction nationale. __ 11 février :__ première rencontre officielle du gouvernement grec avec l’Eurogroupe, en vue d’un accord exigé par les institutions européennes avant le 20 février date de la fin du mémorandum en cours d’exécution. Varoufakis s’engage à assumer la continuité des obligations contractées par les gouvernements précédents. Le « mouvement des places » appelle à des rassemblements à Athènes et dans plusieurs villes grecques. Une manifestation de soutien à la Grèce a lieu à Francfort.

12 février : le gouvernement de Tsipras commence à vider les caisses publiques pour rembourser 747,7 millions € au FMI.

18 février : élection par le parlement du conservateur Prokopis Pavlopoulos comme président de la République. C’est Alexis Tsipras qui a convaincu le groupe parlementaire de Syriza de proposer et d’élire ce personnage de l’establishment en signe de continuité avec le régime antérieur et d’apaisement.

20 février 2015 : le président de l’Eurogroupe, le travailliste néerlandais Jeroen Dijsselbloem, annonce à Varoufakis que le solde de 11 milliards € du Fonds de recapitalisation des banques (FHSF) sur lequel le gouvernement Tsipras comptait pour réaliser une partie de ses promesses électorales part vers le Luxembourg au lieu d’être mis à disposition de la Grèce. Varoufakis apprend également que le versement de la dernière tranche (7,2 milliards €) du crédit attribué par la Troïka à la Grèce dans le cadre du mémorandum n’aura probablement pas lieu. Varoufakis signe le communiqué de l’Eurogroupe fixant le cadre des négociations dans les mois suivants : il s’agit de la première capitulation et du renoncement à l’application des principaux points du programme de Syriza.

23 février : le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, envoie au président de l’Eurogroupe une lettre contenant les grandes lignes de la liste des réformes proposées dans le cadre de l’accord du 20 février. Cette lettre, comme l’a révélé la presse grecque le jour-même, a largement été rédigée par Declan Costello de la Commission européenne.

24 : réunion houleuse du gouvernement grec

25 : débat prolongé du groupe parlementaire Syriza, un tiers des députés s’oppose à l’accord du 20 février

27 : Varoufakis signe un courrier rédigé par la Troïka, c’est un acte de soumission.

28 février-1er mars : première réunion du comité central de Syriza après les élections. L’amendement présenté par la Plateforme de gauche rejetant l’accord du 20 février et la liste de réformes du 23 février obtient 41 % des suffrages.

Début mars : Varoufakis propose aux autorités chinoises d’acheter les chemins de fer grecs et de compléter l’achat du port du Pirée.

4 mars : conférence de presse au parlement grec pour annoncer la création de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Cette commission est créée par la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou. La coordination scientifique de la commission est confiée à Éric Toussaint (Comité pour l’Abolition des dettes illégitimes, CADTM). Voir : http://www.cadtm.org/Grece-Une-commission-d-audit-de-la

6 mars : la Grèce rembourse 299 millions € au FMI.

13 mars : la Grèce rembourse 336 millions € au FMI.

16 mars : la Grèce rembourse 560,8 millions € au FMI.

18 mars : vote au Parlement grec de la première loi du gouvernement Tsipras, consacrée à un paquet de mesures sociales en faveur des personnes les plus pauvres ainsi qu’à la création d’un secrétariat à la lutte contre la corruption.

20 mars : la Grèce rembourse 336,5 millions € au FMI.

1er avril : création par la présidente du parlement grec, Zoe Konstantopoulou, avec le soutien d’Alexis Tsipras, d’une Commission sur les réparations des dettes de guerre de l’Allemagne envers la Grèce.

3 avril : le cabinet des ministres décide d’annoncer au FMI que la Grèce suspendra le paiement de la dette et décide d’envoyer à Washington Varoufakis pour expliquer cette décision à Lagarde et rendre cela public

4 avril : séance inaugurale de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque, créée par la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou. https://www.cadtm.org/4-avril-2015-Journee-historique-pour-la-recherche-de-la-verite-sur-la-dette Assistent à cette séance inaugurale, le premier ministre, le président de la république, la présidente du parlement et la majorité des membres du gouvernement dont le ministre des finances. La séance est introduite par la présidente du parlement, par Éric Toussaint et par le président de la République. https://www.cadtm.org/Chronique-des-interventions-de-l Voir aussi sur le site officiel du parlement grec : https://www.hellenicparliament.gr/Enimerosi/Grafeio-Typou/Deltia-Typou/?press=eb4f5c35-72d3-4aba-884a-a473018a6e4f

5 avril : Varoufakis arrive à Washington et accepte l’ordre de Tsipras de renoncer à la suspension du paiement de la dette.

9 avril : la Grèce rembourse 448,6 millions € au FMI.

24 avril : lors de la réunion de l’Eurogroupe à Riga, le constat est celui d’un échec des négociations, et le versement d’une dernière tranche d’aide (7,2 milliards d’euros) prévu suite à l’accord du 20 février est remis à plus tard.

27 avril : remplacement de Yanis Varoufakis par Euclide Tsakalotos au titre de coordinateur de l’équipe de négociation grecque.

11 mai : réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles. La partie grecque accepte notamment l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, une large abrogation des taux réduits de TVA et la poursuite des négociations. Les discussions achoppent notamment sur la question de la réforme des retraites et du marché du travail.

12 mai : la Grèce, à court de ressources, rembourse quand même au FMI 747,7 millions €. Une astuce a été trouvée par le FMI afin d’être remboursé : il a utilisé un compte ouvert par la Grèce au FMI, y a versé 650 millions considérés comme prêts à la Grèce. La Grèce les a utilisés pour ensuite rembourser le FMI en y ajoutant la différence.

15 mai : un communiqué du secrétariat politique de Syriza appelle à défendre les « lignes rouges » du gouvernement au moyen de mobilisations populaires en Grèce et en Europe. Communiqué d’Eric Toussaint suite à la rencontre avec le ministre Dimitris Stratoulis qui a en charge les retraites https://www.cadtm.org/Communique-d-Eric-Toussaint-suite .

24 mai : réunion du comité central de Syriza. L’amendement déposé par la Plateforme de gauche qui critique le cours des négociations et la stratégie du gouvernement, appelant à des mesures unilatérales en vue de la mise en œuvre effective du programme de Thessalonique, obtient 44 % des suffrages.

3 juin : convoqué par Juncker, Tsipras accepte de se rendre à Bruxelles le 3 juin et confirme qu’il est d’accord de s’engager à dégager un surplus du budget primaire de 3,5 % pendant dix ans, ce qui est totalement en contradiction avec le programme de Thessalonique et intenable pour un pays qui veut rompre avec l’austérité. Mais la Troïka veut plus : elle exige une nouvelle réduction des retraites (notamment la suppression de l’aide –appelée EKAS- apportée aux retraités touchant une pension très basse) et une augmentation de la TVA qui doit être portée à 24 % pour certains produits et services. Dans la restauration, la Troïka veut que la TVA passe de 13 à 23 %.

4 juin : alors que la Grèce doit effectuer un nouveau remboursement au FMI de 305 millions €, celui-ci propose que tous les paiements dus en juin, pour un montant total de 1532,9 millions €, soient payés en un seul coup le 30 juin 2015. Cela permet de mettre la pression maximum sur la Grèce pour qu’elle accepte de signer une nouvelle capitulation avant la fin du 2e mémorandum dont l’échéance est le 30 juin 2015.

5 juin : face à ces nouvelles exigences exprimées le 3 juin par la Troïka, Tsipras décide de ne pas aller à une réunion convoquée à Bruxelles le 5 juin et prend la parole au parlement grec devant lequel il dénonce les exigences de la Troïka

13 juin : réouverture de la chaîne de radio - télévision publique, ERT qui avait été fermée en juin 2013. Tsipras et Pappas, son ministre en charge des médias, mettent à sa tête un personnage de l’establishment ce qui provoque du mécontentement chez ceux et celles qui attendaient une radio TV menant une politique d’indépendance, d’enquête et d’aiguillon critique.

17-18 juin : rapport de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque présente son rapport et les conclusions de celui-ci. Toute la dette réclamée par la Troïka est identifiée comme odieuse, illégitime, illégale et insoutenable. La commission recommande au gouvernement de répudier la dette par un acte unilatéral souverain. Le premier ministre est présent ainsi que de nombreux ministres. Varoufakis pourtant présent à Athènes le 17 juin n’y assiste pas. https://www.cadtm.org/Compte-rendu-de-la-premiere,11771

18 juin : nouvelle réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles sur la Grèce : la Troïka poursuit la pression sur le gouvernement grec.

22 juin : Tsipras fait une nouvelle concession : le gouvernement est prêt à réduire une nouvelle fois les retraites de manière importante mais la Troïka veut plus.

20-26 juin : semaine d’action des mouvements sociaux européens en soutien au peuple grec. Des manifestations, réunissant plusieurs milliers de personnes, ont lieu dans de nombreuses villes européennes, dont une trentaine en France.

24-26 juin : Tsipras est à Bruxelles et négocie. Malgré les concessions du gouvernement, la Troïka refuse de signer un nouvel accord. Or Tsipras tout comme Varoufakis veulent un nouveau mémorandum même s’ils ne le disent pas au public grec.

27 juin : suite à l’échec des négociations à Bruxelles, Alexis Tsipras convoque un référendum pour le 5 juillet au sujet de la dernière proposition des créanciers.

Immédiatement la BCE fait en sorte que le gouvernement doive décider de fermer les banques à partir du lundi 29 juin.

29 juin : Juncker, président de la commission européenne, dénonce la convocation du référendum et appelle les Grecs dans des termes à peine voilés à voter Oui afin de ne « pas commettre un suicide ». Cette intervention a peut-être eu l’effet contraire à celui recherché.

30 juin : Benoît Coeuré, vice-président de la BCE, annonce que si les Grecs votent en majorité pour le Non à l’expulsion de la zone euro est probable tandis que si les Grecs votent pour le Oui, la Troïka viendra en aide à la Grèce.

30 juin : la Grèce n’arrive pas à rembourser le FMI par manque de ressources disponibles. Les caisses sont vides.

3 juillet : dans le cadre de la mobilisation populaire croissante en faveur du non, plusieurs dizaines de milliers de manifestants se rassemblent place Syntagma. Les partisans du Oui qui eux aussi ont appeler à se mobiliser ont été beaucoup moins nombreux.

5 juillet : victoire du non au référendum, avec 61,31 % des suffrages.

6 juillet : démission du ministre des Finances grecs, Yanis Varoufakis, remplacé par Euclide Tsakalotos qui depuis fin avril menait à sa place les négociation, assisté par Georges Chouliarakis. Varoufakis dans l’explication publique de sa démission déclare notamment : « Je soutiendrai donc sans hésitation le premier ministre, le nouveau ministre des finances et le gouvernement »

Jacques Lew, le secrétaire d’État au Trésor des États-Unis appelle Tsipras par téléphone pour mettre la pression afin qu’il accepte un nouveau mémorandum aux conditions voulues par la Troïka et rejetées par les Grecs. François Hollande fait de même.

Tsipras se réunit avec les partis qui ont appelé à voter pour le Oui et élabore avec eux une position conforme aux demandes de la Troïka alors que celles-ci ont été rejetées lors du référendum de la veille.

7 juillet : Juncker est carrément insultant lors du sommet tenu à Bruxelles ce jour-là. En présence d’Alexis Tsipras, il déclare : « Une question a été posée au peuple grec à propos de quelque chose qui n’existe pas. Peut-être voudrez-vous bien m’expliquer en détails quelle était la question posée aux Grecs – à moins que cela trop vous demander ». Tsipras répond que le gouvernement est prêt à négocier.

8 juillet : Tsipras avance une proposition qui ressemble à celle que le référendum a rejeté : nouvelle réduction des retraites, accélération des privatisations, augmentation de la TVA, surplus primaire du budget de 3,5%…

8 juillet : L’opposition dans le groupe parlementaire de Syriza est très forte.

10 juillet : le parlement grec vote en faveur de la proposition que Tsipras a élaborée avec l’accord du FMI et de la BCE ainsi qu’avec celui des partis qui ont perdu le référendum. Les partis de droite votent en faveur (sauf Aube dorée) ainsi qu’une majorité de députés de Syriza (à l’exception de Zoe Konstatopoulou, des 6 ministres membres de la Plateforme de gauche de Syriza et de plusieurs députés). Varoufakis n’est pas allé au parlement afin d’éviter de participer au vote.

11 juillet : alors que le FMI et la BCE sont d’accord avec la proposition grecque à l’élaboration de laquelle ils ont participé, plusieurs ministres et chefs d’État veulent imposer de plus lourds sacrifices.

13 juillet : suite à une réunion d’un sommet des chefs d’États et de gouvernement de la zone euro, le gouvernement grec accepte de rentrer dans un processus conduisant à un troisième mémorandum, avec des conditions plus dures que celles rejetées lors du référendum du 5 juillet. A propos de la dette, le texte dit clairement qu’il n’y aura pas de réduction du montant de la dette grecque : « Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale de la dette. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu ».

13 juillet : #THISISACOUP, ce hashtag est tweeté 377 000 fois et fait le tour de la Terre en quelques heures pour protester contre le diktat de la Troïka à l’égard de la Grèce

15 juillet : manifestation place Syntagma des partisans du Non opposés à l’accord du 13 juillet, donnant lieu à une répression policière. Une lettre signée par 109 membres (sur 201) du comité central de Syriza rejette l’accord du 13 juillet en le qualifiant de coup d’État et demande une réunion d’urgence du comité central. 15-16 juillet : vote au Parlement, avec les voix de Nouvelle Démocratie, Pasok et To Potami, mais sans les voix de 39 députés de Syriza (32 contre dont Varoufakis, 6 abstentions, 1 absence), d’un premier paquet de mesures d’austérité, concernant la TVA et les retraites, exigées par l’accord du 13 juillet. 17 juillet : suite à l’accord du 13 juillet, la Commission européenne annonce le déblocage d’un nouveau prêt de 7 milliards d’euros. Alexis Tsipras remanie son gouvernement, en congédiant notamment deux ministres de la Plateforme de gauche, Panagiotis Lafazanis et Dimitris Stratoulis.

20 juillet : remboursement de 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne et de 2 milliards d’euros au Fonds monétaire international.

22-23 juillet : vote au Parlement du second volet des mesures immédiates exigées par les institutions européennes, contenant des mesures institutionnelles nécessaires à la mise en œuvre du troisième mémorandum. Parmi les députés de Syriza, 31 votent contre et 5 s’abstiennent. Varoufakis vote pour.

30 juillet : réunion du comité central de Syriza. Les demandes, soutenues notamment par la Plate-forme de gauche, d’une réunion du congrès de Syriza avant la signature de l’accord et d’un référendum au sein du parti sur la poursuite des négociations sont rejetées, conduisant plusieurs membres du comité central à démissionner.

13 août : à l’initiative de la Plate-forme de gauche, appel de dix dirigeants de formations politiques de gauche à des mobilisations populaires et à la formation d’une nouvelle force politique, hors de Syriza, en opposition à la politique du gouvernement Tsipras et au troisième mémorandum.

14 août : vote au Parlement grec du troisième mémorandum. Oui : 222 voix. Non : 64 voix (dont 32 Syriza). Abstention : 11 voix (dont 10 Syriza). Absent du vote : 2 (Syriza).

20 août : remboursement de 3,2 milliards € à la BCE pour des titres qu’elle a achetés en 2010-2012 à 70 % de leur valeur nominale et sur lesquelles elle a touché un intérêt de 6,1% chaque année sur le total de la valeur nominale, càd près de 10 % de rendement réel.

20 septembre : élections anticipées. Syriza reste la première force électoral et Tsipras forme un nouveau gouvernement.

D’août 2015 à août 2018 : application du 3e mémorandum avec une longue liste de nouvelles mesures d’austérités et de reculs sociaux.

Élections européennes du 26 mai 2019 : victoire de Nouvelle démocratie.

Élections municipales et régionales en deux tours (26 mai et 2 juin 2019) : victoire de Nouvelle démocratie qui prend le contrôle de 12 des 13 régions (la Crète reste dirigée par Syriza alliée au Pasok) et de la plupart des grandes villes du pays, dont Athènes, Thessalonique... Patras, en revanche, est conservée par le KKE, le PC grec, qui a obtenu les voix de Syriza, alors que le KKE n’a jamais appelé à voter pour Syriza.

Élections anticipées du 7 juillet 2019 : victoire de Nouvelle démocratie. Le parti dirigé par Kyriakos Mitsotakis avec 40 % des voix dispose d’une majorité absolue au parlement. Syriza obtient 31,5 % des voix. Aube dorée n’a plus de représentation parlementaire. Un nouveau parti d’extrême-droite, Solution grecque, fait son entrée au parlement. Le parti créé par Varoufakis entre au parlement avec 9 députés (3,4 % des voix), le Parti communiste obtient 15 députés avec un peu plus de 5 % des voix.

En juillet 2019, Syriza a perdu 470 000 voix par rapport au scrutin de janvier 2015. Syriza, avec Tsipras à sa tête, obtient 82 députés, soit un peu plus d’un quart du Parlement grec. En pourcentage, la somme des résultats de Syriza (31,5 %), du mouvement de Varoufakis (3,4 %) et de celui de l’ex-présidente du Parlement grec Zoé Kostantopoulou (1,4 %, ce qui ne lui permet pas d’avoir des députés car il fallait atteindre le seuil de 3 %) correspond à la portion de l’électorat qui a porté Syriza au gouvernement en janvier 2015.

Signal de la désillusion des Grecs, le taux d’abstention a fortement augmenté. À 42 %, il est le deuxième plus élevé dans l’histoire du pays. La capitulation de Tsipras a conduit à un rejet global de la politique, en particulier dans les couches populaires et la jeunesse.

Néanmoins Syriza est le parti qui a le moins payé le fait d’être au gouvernement pour appliquer les mémorandums. En effet, la droite (Nouvelle Démocratie) qui est revenue au gouvernement en juillet 2019 avec des promesses d’amélioration des conditions de vie du peuple était passée de 2 300 000 voix en 2009 à 1 100 000 en mai 2012 puis était remontée à 1 800 000 en juin 2012 pour revenir au gouvernement. Le Pasok, qui avait été plébiscité en octobre 2009 avec 3 millions de voix et avait ensuite fait passer le premier mémorandum, avait subi un vote de rejet sans appel en juin 2012 : 753 000 voix. Et sa chute avait continué par la suite : 289 000 voix en janvier 2015 ! De son côté, Syriza, en assumant en février 2015 la prolongation du 2e mémorandum et en juillet-août 2015, l’adoption du 3e mémorandum jusqu’à sa finalisation en août 2018, est passée de 2 246 000 voix en janvier 2015 à 1 926 000 voix en septembre 2015 et à 1 781 000 voix en juillet 2019.

Ce moins mauvais résultat de Syriza indique surtout que le peuple grec ne vire pas massivement à droite ou à l’extrême-droite. Mais aussi que s’est installée une forme de résignation et d’adaptation à la « normalité » créée par la mise en œuvre de la purge néolibérale. L’extrême-droite a perdu des voix par rapport à 2015 même si un nouveau parti de la même veine (la Solution grecque) rentre au Parlement tandis qu’Aube dorée, engluée dans des procès, perd ses 17 députés car elle n’a pas atteint le seuil des 3 %. La Nouvelle Démocratie de Mitsotakis a pris des voix à Aube dorée en mettant en avant sur ses listes des dirigeants d’extrême-droite.

Accablée par une dette qui dépasse toujours 170 % du Produit intérieur brut, la Grèce reste sous une sorte de mandat de protectorat dissimulé derrière des apparences de souveraineté. Néanmoins le peuple n’a pas dit son dernier mot.

Reprise de l'article d'Eric Toussaint paru sous ce titre sur le site du CADTM

mercredi 27 février 2019

COMMISSION EUROPÉENNE : PAS ASSEZ DE RÉFORMES EN GRECE !

delorme4emememorandum.PNG

Un rapport de conformité de la Commission européenne qui doit être publié mercredi devrait envoyer un message sévère au gouvernement grec pour intensifier ses efforts de réforme économique qui, comme d'habitude, ont été retardés.

Le rapport devrait indiquer des progrès dans certains domaines tout en demandant instamment que soient menées à bien les actions préalables en suspens dans la perspective du sommet des ministres des Finances de la zone euro prévu pour le 11 mars.

Athènes tient à obtenir une évaluation positive de l'Eurogroupe et à obtenir le déblocage d'un milliard d'euros, dont 750 millions d'euros de bénéfices sur les obligations grecques détenues par les banques centrales de la zone euro, le solde provenant de la renonciation à la hausse de la marge d'intérêt sur une partie des prêts de la zone euro.

Bien que la Grèce n'ait pas d'urgence besoin de cet argent, elle souhaite un résultat positif au sein de l'Eurogroupe pour rassurer les marchés et permettre aux autorités d'émettre une nouvelle obligation, probablement le mois prochain.

Il semble toutefois peu probable que les actions antérieures en suspens soient achevées dans les délais impartis, selon un responsable européen, les autorités grecques ne la géreraient probablement pas à temps pour l'Eurogroupe.

Le cadre juridique de la nouvelle législation sur la protection des résidences principales des débiteurs qui remplacerait la loi dite Katseli est un point de blocage essentiel.

Les créanciers grecs craignent que le cadre proposé ne protège les défaillants stratégiques et ne réduise probablement pas les prêts improductifs, qui pèsent davantage sur les banques grecques que tout autre pays européen.

Ils s'opposent également au fait que la protection s'étendrait aux prêts aux entreprises garantis à des résidences principales et il est proposé que la protection s'applique aux biens immobiliers d'une valeur maximale de 250 000 euros, ce qu'ils considèrent comme un chiffre élevé.

Les autres problèmes sont les retards dans le remboursement des dettes de l’État à des tiers et dans les privatisations, notamment l’appel d’offres pour la concession de l’exploitation de l’autoroute Egnatia.

De manière générale, le climat n'est pas particulièrement clément pour la Grèce, les récentes décisions du gouvernement semblant être axées sur les élections, notamment la hausse récente de 11% du salaire minimum et, avant cette décision, la décision de prolonger le taux de la taxe à la valeur ajoutée sur certaines îles .

Constant Kaimakis via Olivier Delorme

lundi 9 avril 2018

Grèce : Conséquences de la politique européenne de libéralisation du transport ferroviaire

Il y a un an le feuilleton de la vente de TRAINOSE, a pris fin.

La société est passée à Ferrovie Dello Stato Italiano pour un prix de 45 millions d’euros. Inutile bien sûr de rappeler les déclarations de messieurs Stathakis et Tsipras quand le gouvernement Samaras-Vénizélos programmait la vente des chemins de fer grecs… L’accord a été signé après règlement de quelques problèmes particuliers : l’effacement de la dette de TRAINOSE envers OSE (750 millions d’euros) à la suite d’engagements imposés par le mémorandum en échange du patrimoine immobilier de l’OSE. (La dette de l’OSE à laquelle il est fait référence concerne les participations aux travaux d’infrastructure que l’État grec n’a pas payés obligeant ainsi l’établissement à emprunter pour en couvrir les dépenses.)

Quelles ont été les évolutions du réseau ferré en Grece depuis qu’a été instaurée la politique européenne de libéralisation du transport ferroviaire?

-démantèlement de l’établissement ferroviaire

-fermeture de 40 % du réseau

-fermeture de 60 % des gares

-réduction des effectifs de 14 500 personnes (1989) à 2900 personnes (2014)

-hausse spectaculaire des tarifs

-abandon du fret

-obsolescence du matériel roulant

-dévalorisation de l’infrastructure, vols, abandon du patrimoine

-diminution du niveau de sécurité et de qualité des services

-diminution du salaire des cheminots de l’ordre de 40 %

Quelles conséquences pour les utilisateurs

-Rétrécissement du réseau et des gares, augmentation des tarifs, diminution du niveau de sécurité et de qualité des services

Quelles ont été les actions des luttes sociales et politiques menées ces dernières années

Les travailleurs des chemins de fer ces dernières années ont lancé une série de mobilisations et d’actions contre les politiques du mémorandum et les privatisations. Il y a eu plus de 100 jours de grève, avec comme principales revendications l’arrêt des privatisations et le retour à un OSE sous sa forme publique et unique. Ont également eu lieu des dizaines de manifestations, des occupations de bâtiments, des annulations d’itinéraires, etc

À la question « pourquoi un OSE public et unique » la réponse est que l’expérience a prouvé que le morcellement organisationnel n’a, à ce jour, mené nulle part. Ce modèle organisationnel a été testé, a conduit à des gaspillages et des dysfonctionnements et a échoué.

À la question « pourquoi un OSE public » la réponse est que son importance en tant qu’entreprise de transport est stratégique:

– pour la sécurité nationale

-pour le soutien du développement économique du pays et pour la mise en œuvre d’un plan de développement national et le développement régional

Une structure organisationnelle unique, chapeautée par les Directions Générales des activités et une séparation logistique de ces activités permettant de les suivre avec la plus grande transparence possible, servira les intérêts du peuple grec de la meilleure façon possible.

Dates-clés pour les directives européennes en matière de transport .


***2001 directive européenne 2001/12

– Séparation de la gestion de l’infrastructure. directive européenne 2001/13

– Procédure d’octroi de licences pour les transporteurs ferroviaires.

directive européenne 2001/14

– Répartition des compétences en matière d’ infrastructure.

directive européenne 2001/16

– Interopérabilité du réseau ferroviaire conventionnel .


***2012 directive européenne 2012/34

– Unification du cadre législatif.


***2004 2004 : directive 2004/49, directive 2004/50, directive 2004/51, règlement 881/2004

– Une plus grande ouverture du marché du fret, adoption de procédures techniques communes en matière de sécurité, institution d’une Agence ferroviaire européenne.


***2007 directive 2007/58, directive 2007/59, règlement 1370/2007, règlement 1371/2007, règlement 3172/200

– Une plus grande ouverture du marché des transports de passagers, création d’un « brevet de conduite » européen pour les transports intra-européens, des droits pour les passagers et des critères de qualité minimum pour le travail de transport. 1991

Nombre d’organismes ferroviaires intervenant dans le transport de fret et de voyageurs.

OSE(ΟΣΕ) – gestionnaire de l’infrastructure TREN OSE(ΤΡΑΙΝΟΣΕ)-exploitant du réseau ferré EESTTY (ΕΕΣΤΤΥ) – société de maintenance du matériel roulant Y sont aussi liées indirectement les entreprises suivantes: GAIA OSE(ΓΑΙΑΟΣΕ) – valorisation du patrimoine immobilier ERG OSE(ΕΡΓΟΣΕ) – gestion des travaux cofinancés par l’UE

Bref historique sur la dette

L’OSE en tant qu’entreprise de transport – contrairement aux autres entreprises de transport privées ou publiques – a la responsabilité de la maintenance et de la surveillance des infrastructures (de ligne). Il a l’obligation de fournir des services à des fins nationales(défense) et bien sûr de faire œuvre sociale à travers sa politique tarifaire. L’état, déjà depuis la création de l’OSE en 1972, a défini ses obligations financières envers l’OSE, en signant une convention de financement correspondante.

a) Depuis 1972 et jusqu’à 1979, la convention de financement a été entièrement respectée. Depuis 1980 et jusqu’à 2002, elle a été respectée seulement pour un tiers avec pour résultat de porter la dette de l’État envers l’OSE à 2,7 milliards €(rapportés au taux actuel). Depuis 2003 et jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement n’a pas versé un seul euro à l’OSE pour couvrir ne serait-ce qu’une partie de ses obligations envers l’OSE.

b ) Le coût de la participation nationale aux travaux de modernisation cofinancés et le coût des travaux financés par des fonds nationauxn’est pas entièrement couvert par le Programme d’investissement public. Ainsi depuis 1993 et jusqu’en 2004 l’OSE a emprunté 1,5 milliards € afin de respecter ses engagements en matière d’investissement. Le programme d‘investissement en 2006 et 2007 a été financé pour 640 millions € par la région de Grèce Occidentale(Π.Δ.Ε) et pour 540 millions par un emprunt de l’OSE. La prise en charge par l’OSE des obligations financières de l’État l’ont conduit à emprunter une somme totale d’environ 7 milliards € et le service de ces prêts a contribué pour 37 % à la création du déficit.

Sources : Syndicats des cheminots grecs

via Unité Populaire et La Grèce est à vendre, tout va partir

samedi 21 mai 2016

« Le personnel hospitalier est précipité dans une situation de pays du tiers-monde »

oxi-grecemauve.gif

Des chiffres apocalyptiques

La crise sanitaire qui se propage en Grèce est endémique :

Augmentation de la mortalité infantile de 51%, des petits poids à la naissance de 16%, de la mortalité néonatale de 32% (2008-2011) – soit un doublement en chiffre absolu ;

Diminution de plusieurs couvertures vaccinales (d’où éviction scolaire) ;

Augmentation des hospitalisations dans les hôpitaux publics de 37% (2009-2011) ;

Diminution de 50% des dépenses totales du Ministère de la santé depuis 2008 ;

Instauration d’un ticket modérateur pour soins ambulatoires en hôpital précédemment gratuits (2011) ;

25% des Grecs n’ont plus de couverture santé ;

La crise sociale augure d’une crise sanitaire sans précédent :

Taux pauvreté infantile: de 23% à 41% (entre 2008 et 2011) ;

En quatre ans, augmentation du taux de suicide de 45 % ;

2,5 millions de Grecs vivent sous le seuil de pauvreté ;

Taux chômage (mars 2015): 25% (stop des indemnités et de la couverture maladie après maximum 12 mois) ;

28% des Grecs vivent dans des logements surpeuplés ;

30% disent ne plus pouvoir se chauffer en hiver ;

Chiffres repris de UrgencesGrece.eu

Alors que les coupes budgétaires imposées ces dernières années ont fait voler en éclats le système de santé grec, l'Université libre de Bruxelles lance une campagne pour exiger une sanctuarisation du budget de la santé auprès des autorités européennes.

« Ce que j’ai vu à Thessalonique était effrayant, je ne m’attendais pas à trouver un système de santé dans un tel état de déliquescence. »

La voix du Pr Yvon Englert, chef du service de gynéco-obs à l’hôpital Érasme de Bruxelles, est calme et posée, mais son indignation est palpable. Parti récemment en mission d’observation dans trois hôpitaux publics de Thessalonique, la grande ville universitaire grecque, il en est revenu, selon ses propres termes, « atterré » par la situation.

« Toutes les semaines, les directeurs des hôpitaux réunissent les chefs de service et, en fonction du budget disponible, décident des soins qu’ils ne délivreront plus », rapporte Yvon Englert. Les caisses d’assurance maladie, en déficit structurel, ne remboursent plus les actes qu’au lance-pierre. Privés de recette, les hôpitaux publics ont accumulé des dettes pouvant atteindre plusieurs millions d’euros.

Des soignants exténués

« Quand j’étais à Thessalonique, toutes les interventions programmées nécessitant une banque du sang ont été suspendues pendant trois jours », relate le médecin belge. « Il n’y avait plus de réactifs pour tester les lots pour l’hépatite et le sida ». Devant la pénurie de médicaments et de consommables chirurgicaux, les patients se trouvent souvent contraints d’acheter eux-mêmes le matériel. Pour ceux qui en ont les moyens.

Quant aux médecins et paramédicaux, ils sont, comme de juste, aux premières loges. « Le personnel hospitalier est précipité dans une situation de pays du tiers-monde sans y être préparé, ils sont dans un état de stress et de dépression très fort », confie Yvon Englert. « Ils vous expliquent les larmes aux yeux leur situation et leur sentiment d’être abandonné par tout le monde. »

Une austérité jamais vue

Depuis 2009, la crise de la dette grecque s’auto-entretient au fil d’une imposante série de plans d’austérité adoptés sous la pression des marchés financiers et de la Troïka (Commission européenne, BCE, FMI). En quelques années, la Grèce a vu tous ses indicateurs de santé publique tourner au rouge vif : la mortalité infantile a augmenté de 50 %, tandis qu’un quart des Grecs sont désormais sans couverture santé. Quant au budget de la Santé, il a été ponctionné de moitié depuis la crise.

Ancien doyen de médecine et futur recteur de l’Université libre de Bruxelles (ULB), le Pr Englert a donc initié la campagne de communication Urgences Grèce, en collaboration avec Médecins du monde et la Fondation CHU Saint-Pierre. Au-delà de trois projets d’aide et de coopération, concrets mais presque dérisoires devant l’ampleur de la crise, la campagne vise surtout à faire pression sur les autorités européennes.

Sauver ce qui peut l’être

« Ce que nous exigeons des autorités européennes et des pays membres, c’est qu’ils immunisent le budget de la santé à un niveau pré-crise », explique Yvon Englert, reprenant les termes de la pétition, baptisée « Stop au Grexit médical ». « L’accès aux soins de santé est une valeur européenne fondamentale, et il n’est pas acceptable que les pays de l’Union soient acteurs de sa destruction. »

Encore peu médiatisée en France, la campagne Urgences Grèce a vocation à prendre de l’ampleur à la rentrée, en entraînant dans son sillage les autres grandes facs européennes. Prise dans une spirale déflationniste, la Grèce est, de l’aveu général, incapable de rembourser sa dette, dont la prochaine échéance est prévue en juillet. Les négociations sont en cours à Bruxelles. À défaut des cris d’alarme des médecins grecs, la capitale européenne saura-t-elle écouter ceux de ses propres universitaires ?

Source : Crise sanitaire en Grèce : l’Europe face à ses responsabilités, What's up Doc ?, Le magazine des jeunes médecins