Musée de l'Europe et de l'Afrique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Recherche - lordon

mardi 20 novembre 2018

"Faire main basse sur la cause incontestable afin de mieux occuper la position de la supériorité morale incontestable"

Suite à un article publié sur son blog Appels sans suite (2), consacré à l'Appel « Manifeste pour l’accueil des migrants » publié simultanément par Mediapart, Regards et Politis, Frédéric Lordon a reçu une volée de bois vert... moustachue ou non (évaluée à 6%). Il répond dans une interview à Ballast (Le Concierge)

Des lecteurs ont pu être choqués par votre texte, estimant que, la cause étant juste, ce « Manifeste », fût-il imparfait, allait toutefois dans la bonne direction…

Oui. Je sais bien que « l’urgence » permet de faire passer ce qu’on veut en contrebande, mais tout de même. Normalement on devrait faire attention à ce qu’on signe et avec qui on signe. Mon texte rappelle que les trois médias initiateurs ont œuvré, sans doute à des degrés divers, à défaire la seule force politique de gauche qui, quoi qu’on en pense, était en position de faire obstacle à Macron en 2017. L’un d’eux, Mediapart, a été spécialement actif dans cette entreprise. Mais il faudrait instruire le cas avec une grande précision. En commençant par ces tribunes grandiloquentes, s’enveloppant dans l’Allemagne des années 1930, pour fustiger, par analogies aussi grossières historiographiquement qu’ineptes politiquement, toute stratégie s’opposant à un PS en ruine, stratégie coupable d’ouvrir la voie à l’extrême-droite — Mélenchon étant l’équivalent fonctionnel du KPD (Parti communiste d’Allemagne), dont le refus de s’allier au SPD (Parti social-démocrate d’Allemagne) aurait mis Hitler à la Chancellerie. Et tout ça pour tenter de sauver Benoît-6%-Hamon, en faveur de qui Mélenchon était sommé de se retirer séance tenante. On ne se souvient pas d’avoir entendu aucun appel symétrique lorsque l’infortuné socialiste était aux fraises et que, pour le coup, son apport de voix à lui aurait pu écarter Le Pen du second tour — mais la lutte contre le FN a de ces géométries variables que la géométrie ignore. En revanche, on se souvient de ces grands entretiens énamourés accordés au candidat Macron par Mediapart dès avant le premier tour, pour ne pas même parler de celui de l’entre-deux tours, conclu tout en œillades et en sourires complices. Il faut rappeler tout ça face à des gens dont le pli du déni est comme une seconde nature et qui, jusqu’au bout, rejetteront l’évidence qu’on leur met sous les yeux, l’évidence de leurs faits et de leurs gestes. Des esprits malicieux avaient à l’époque donné le nom de balladuro-trotskysme — car, oui, tout ça vient de loin — à cette posture qui consiste à feindre de monter sur la barricade pendant quatre ans et demi, pour retomber dans la tambouille social-libérale six mois avant l’élection, et prendre un air tantôt raisonnablement enthousiaste tantôt sincèrement désolé pour expliquer qu’il faut voter Royal, Hollande ou Macron. Et donc cette fois Macron.

Car voilà le nœud de l’affaire : cet appel si plein d’humanité en faveur des migrants a été initié par des gens dont certains, de fait ou d’intention, ont contribué dès avant le premier tour à porter Macron au pouvoir, c’est-à-dire à installer une politique anti-migrants à peu près aussi dégueulasse que celle de Salvini, et puis à pousser les feux du néolibéralisme comme jamais, c’est-à-dire la cause même qui approfondit le désespoir matériel des classes populaires et leurs errements imaginaires, splendide résultat. Il faut tout de même mesurer l’énormité de cette histoire : pas un mot dans l’appel pour nommer Macron, pour dire ce qu’est sa politique, pour dire la criminalisation de l’aide aux migrants — ce ne sont pas les chaisières qu’on traîne en justice —, pour rappeler que, sous sa responsabilité, la police lacère les toiles de tente, gaze les occupants, jette les chaussures, détruit les duvets, bref, se vautre dans une ignominie proprement inimaginable, et pour tout dire fascistoïde. Je ne sais pas si tous les signataires ont bien eu ces éléments présents à l’esprit, et si ça n’a pas été le cas, il faudrait leur demander ce que ça leur fait d’en prendre conscience, et si « l’urgence » commandait aussi impérieusement de mettre tout ça de côté. Cyran, d’ordinaire très attaché à tenir son rang dans les compétitions de radicalité, concède à la rigueur qu’il y a bien dans les signataires « quelques mous du genou ». Il dit « signataires » pour ne pas dire « initiateurs ». Je trouve surtout que c’est son critère du « mou du genou » qui est devenu étonnamment mou du genou.

Je dois ajouter pour finir que l’une des choses qui me révulse le plus au monde, ce sont ces entreprises d’auto-blanchiment symbolique, de retournement de veste en loucedé et d’effacement des traces pour se croire propre comme un sou neuf, et puis faire main basse sur la cause incontestable afin de mieux occuper la position de la supériorité morale incontestable. Eh bien non. On n’est pas obligé de passer tous ses faux en écriture à la duplicité. Or la duplicité, c’est la mauvaise foi caparaçonnée dans la bonne — par exemple prendre sincèrement fait et cause pour les migrants, mais depuis une position politique plus que douteuse, au regard même du « fait et cause » —, structure qui, du reste, rend impossible toute discussion, par la force des choses, puisque le mur du déni est infranchissable. Si l’on ajoute à ça le lourd soupçon que cette splendide initiative n’est peut-être pas sans rapport avec le lancement façon Ariane 5 de la candidature Glucksmann, cette opportune reconstitution de la gauche-PS sans le PS, oui, ça commençait à faire beaucoup.

mercredi 24 octobre 2018

Devinette : A qui ressemble le plus la marionnette décrite dans ce texte ?

Il y a 18 ans... Une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique

Notre devinette n'ayant obtenu aucune réponse l'année dernière, et alors que les réseaux sociaux jusqu'au Média abondent plus que jamais en chasseurs de nazis anachroniques (avec pour dernières cibles Jacques Cotta pour celui cité, Frédéric Lordon pour les autres, c'est dire !) nous republions ce texte enregistré par Pierre Bourdieu en soutien aux mouvements qui se mobilisèrent contre le succès électoral d'Haider en Autriche (on peut dire son nom désormais, cette "marionnette" qui prêchait publiquement l'homophobie étant décédée dans un accident de voiture en sortant du lit de... son amant !). Ayant participé à Wien à un colloque quelques mois plus tard, où Bourdieu essayait vainement de lancer un mouvement social européen (démontrant par le fait son impossibilité), le Concierge peut témoigner que la bourgeoisie progressiste invitante (qui l'était tellement que les autres mouvements militant sous le label "We are the Government" boycottèrent ces rencontres...) en tira la conclusion (verbatim) que "c'était quand même mieux BHL".... Certes, Varoufakis est plus jeune...

Le Concierge

(...)

Que peut être la position d´un intellectuel, d´un chercheur français devant ce qui arrive à l´Autriche, devant ce qui arrive au peuple progressiste de l´Autriche. Je pense que les analogies que l´on fait trop systématiquement dans beaucoup de pays occidentaux à Hitler et au nazisme, c'est une référence qui est à mon avis très suspecte parce qu´elle correspond à des associations non réfléchies, et interdit, me semble-t-il, de faire une analyse. Je risque de paraître naïf, n´étant pas Autrichien, n´étant pas en Autriche, mais je pense que ce que je dis est important, au moins pour permettre aux Autrichiens de se défendre contre certaines définitions, mais je pense cependant que la référence au nazisme est superficielle et interdit de saisir la spécificité de ce qui arrive. Si on voulait une métaphore, je ne nommerais pas du tout la personne, je pense qu´elle ne doit plus être nommée ( et si j´ai une recommendation à faire aux intellectuels et aux journalistes, c'est de ne plus jamais citer le nom de ce personnage). Si ce type de personnage peut arriver au pouvoir ou être proche du pouvoir, c'est parce qu'il y a des précédents qui ne sont pas à chercher dans les années trente, mais qui sont à chercher par exemple du côté des Etats Unis dans un passé beaucoup plus récent, dans la personne de Ronald Reagan qui est un bellâtre de cinéma, un personnage de second ordre, toujours bronzé, toujours bien coiffé, comme d´autres aujourd'hui, toujours sportif, porteur d'idéologie ultra nationaliste, ultra réactionnaire, et prêt à jouer le rôle d´un fantoche au service des pouvoirs les plus conservateurs et des volontés les plus conservatrices des forces économiques. C'est-à-dire que c'est une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique. On pourrait continuer, pour aller très vite, avec Margaret Thatcher, mais aussi Tony Blair qui aujourd'hui même à Lisbonne prend sur l´Europe des positions plus réactionnaires que le président français de droite.

Donc, il y a à chercher du côté de ce qui se passe dans le monde politique international de cette montée du néolibéralisme qui a été favorisé par l´effondrement des régimes soviétiques. Cette montée du néolibéralisme, qui est un simple masque modernisé du conservatisme le plus archaïque, est une forme de révolution conservatrice. Et là, il y a une analogie réelle avec les années trente; c'est une révolution conservatrice mais moderne; c'est une révolution conservatrice avec les médias, le nazisme avait ces mouvements de masse etc. Là, je pense que cette analyse qui est une esquisse très complexe doit conduire à un travail beaucoup plus approfondi pour essayer de comprendre les responsabilités. Si des phénomènes comme ceux-là sont possibles c'est qu'on est arrivé à des sociétés dans lesquelles 50% de la population sont des abstentionnistes des élections. C'est le cas aux Etats Unis où on a une situation de dépolitisation généralisée, les forces économiques sont abandonnées à elles-mêmes, et les médias se mettent au service de ce fantoche, de ce personnage kitsch qui tient les apparences d´un pouvoir politique et qui incarne en quelque sorte cette dépolitisation généralisée à laquelle elles contribuent. Les médias ont une très grande importance et je pense que les consignes de boycotte de tout soutien à l'égard des formes d´extrême droite serait important. Par exemple, Le Pen qui du jour où il a déplu aux médias a fait une crise et a disparu. Comme par hasard, il y a une corrélation très forte entre le taux de l´apparition à la télévision et le taux dans les élections. Ce qui ne veut pas dire qu'il n´y a pas un cœur incompressible de la vraie extrême droite, des fascistes. C'est le cas en Autriche, c'est le cas en France, des gens organisées, très dangereux qui sont un tout petit noyau et qu´il ne faut pas confondre avec ces gens qui peuvent être mobilisés plus largement en faveur de la mystification dans les médias. Il faudrait analyser sans faire du mea culpa collectif, c'est ridicule et ne sert à rien, il faudrait analyser les responsabilités pour essayer d´en tirer des conclusions. Les responsabilités sont les responsabilités des intellectuels. Je pense que les intellectuels se reveillent aujourd'hui. Ils se demandent en quoi ils ont collaboré. Il y a la partie des sociaux-démocrates qui ont imité jusqu'aux apparences physiques des personnages que je ne veux pas nommer; ces socio-démocrates qui ont emprunté le langage de l'extrême droite, qui ont parlé de tolérance-zéro. Nous avons un Président de la République français socialiste qui a parlé de tolérance-zéro. Nous avons un Président du Conseil socialiste qui a dit qu'il fallait renoncer aux misères du monde. Les socio-démocrates, outre qu'ils ont emprunté le vocabulaire du néolibéralisme, c'est-à-dire du néoconservatisme déguisé, ont emprunté, par pure démagogie et sur la base des sondages, un langage des plus dégouttants de l'extrémisme fascistoïde. Mais il faut continuer. Il y a le fait que toute pensée collective critique est ultra difficile. Mais il faudrait continuer. J'ai un peu honte de dire des choses aussi grossières, mais ce n'est pas facile de faire une analyse à distance.

(...)

Pierre Bourdieu

Lire l'intégralité du texte intitulé "Pour une Autriche pionnière d'une Europe sociale" dont nous ne reproduisons que la partie la plus actuelle, en invitant à une devinette, bien évidemment. A qui ressemble le plus la marionnette décrite dans ce texte ?

jeudi 10 mai 2018

Convergence des luttes

convergencedesluttes.png Cliquer sur l'image pour voir la vidéo...

Au-delà des idéologies, comment réunir le bloc social de 2005 face au bloc bourgeois pour un processus constitutionnel dont l'essentiel est la sortie des traités néolibéraux européens et de l'OTAN ? On doute bien franchement que la stratégie électoralo-médiatique de Ruffin et Lordon, avec, qui plus est, les trotskistes de télévision en embuscade, ne conduise à autre chose qu'à nous amener définitivement dans le mur. Car c'est ignorer la sociologie du "Bloc populaire" - dont ils ont la même peur de classe que ceux qu'ils croient combattre, espérant, pour citer Lordon, que les "cadres craquent"... Les élections continuent à être jouées au centre décidément ! Mais le centre, c'est Macron, idiot ! (Qu'allez-vous faire la prochaine fois que Mediapart agitera le speeeeeectre des années 30 à travers le croque-mitaine Le Pen ?) Et sortir des traités d'austérité, c'est populaire (Le Concierge)

PS (sic) : Pour la déco, "Fête des travailleurs" aurait été plus indiqué que "Fête du travail", certains sont prompts à penser à mal...

mercredi 18 avril 2018

Il y a 18 ans : Edwy et ses amis

Un contributeur au blog de Frédéric Lordon s'offusque :

Haro sur les journalistes !

Aujourd’hui 16 avril 2018, je me rends sur le site "Le Monde.fr" pour lire les commentaires des internautes suite à l’interview du président Macron par les journalistes Bourdin et Plenel. Et là, stupéfaction ! je m’attendais à ce que les commentaires ciblent prioritairement la prestation (bonne ou mauvaise selon les avis) de Jupiter. Pas du tout ! Avec une touchante unanimité tout de même très étonnante, les 127 réactions, à la quasi unanimité, se consacrent uniquement sur la prestation non pas du président mais de celle des deux journalistes ! Et l’appréciation n’est pas tendre ! Haro sur les deux intervieweurs accusés de tous les maux

(...)

Mais on peut aussi penser que Le Monde, autrefois journal de référence, joue aussi sa partition en sélectionnant soigneusement les commentaires allant tous dans le même sens (favorables à Macron), témoignant ainsi de jusqu’où peut aller le pouvoir pour étouffer dans l’oeuf toute velléité de contestation de sa politique. Dézinguer Plenel qui fut longtemps responsable de la rédaction du Monde avant de fonder Médiapart, n’est peut-être pas seulement un petit règlement de comptes.

Ce qu'il reste de Sardonie libre lui répond :

Le Monde que vous décrivez n’a aucun compte à régler avec Plenel...

C’est sa créature.

Et à bien des égards, le monde dans lequel nous vivons, aussi.

Et si vous vous laissez encore abuser par Plenel, sachez que, dans le même temps, il prêchait via les pages débats, comme Macron aux Bernardins, une morale de haut niveau, à travers des alibis d’extrême-gauche. Et rien de tout cela n’a changé... Comment voulez-vous qu’il mette Macron, le disciple en Tartufferie dépassant le maître, en difficulté ? Quand c’est Plenel qui a ré-inventé la formule ?

Et republie cet article de Pour Lire Pas Lu d'octobre 2000

Edwy et ses amis

Comme n’importe quel groupe capitaliste, le QVM vend : l’hebdomadaire l’Européen, à Vivendi ; le QVM achète : Le Midi libre, Les Cahiers du Cinémas, Politis ; le QVM s’internationalise: Raminagrobis veut « tisser sa toile en Europe à partir d’une logique de partenariats et d’alliances », (CB News, 10/07/00). Le tout en chantant les louanges de « La dure et juste loi des marchés financiers » (1). Pourquoi une telle entreprise est est-elle systématiquement épargnée par ceux qui critiquent ailleurs le libéralisme économique ?

Edwy, le Roi du téléachat veille. Comme Raminagrobis possède la moitié du capital du Monde diplomatique, ce mensuel ne critique presque jamais le QVM. Depuis que Le Monde diplomatique est son principal actionnaire, Politis – dont la nouvelle formule ressemble, sur la forme et sur le fond, à un supplément du QVM – pourrait bien devenir tout aussi respectueux.

Mais l’essentiel, c’est le réseau d’Edwy, de Politis à LCI, de Christophe Aguiton (Attac, AC !, etc.) à BHL. Particulièrement nombreux à la LCR (Ligue communiste révulotionnaire), les amis d’Edwy ont essaimé dans plusieurs « mouvements sociaux ». Daniel Bensaïd, penseur de la LCR qui n’écrirait peut-être pas un livre avec Pierre Bellemare, vient d’en rédiger un avec le Roi du téléachat. Pendant les vacances, Christophe Aguiton délaisse ses ouailles pour ne réserver qu’au seul monarque moustachu son sourire de curé. Ces liens-là pourraient être sans conséquences – et ne pas concerner PLPL. Tel n’est pas le cas : ils protègent Le Monde et sont manipulés par lui. L’an dernier, l’hebdo trotskyste Rouge a ainsi chanté les louanges d’un petit livre de Plenel favorable à la guerre de l’OTAN – ouvrage souffreteux déjà acclamé par les journaux du fabriquant de missiles Lagardère. Attac critique le libéralisme économique, mais semble toujours préférer la cible (facile) des commentaires grotesques de Jean-Marc Sylvestre à celle des éditos à peu près identiques du QVM (lire en page 6 « Les combats “citoyens” du Monde »).

En échange de leurs complaisances, les têtes de réseau médiatiques héritent de quelques lignes dans le quotidien vespéral des marchés – parfois d’une tribune. Et le QVM accorde un retentissement inouï aux « débats » qui ébranlent la cabine téléphonique où se déroulent les AG de la LCR. Les vedettes parisiennes du radical-chic peuvent glapir contre l’« ultra-libéralisme » si elles veillent à épargner les médias qui installent ce chancre dans nos crânes.

Edwy écoute et lit tout ce qu’on dit sur lui. Alors, Krivine l’adore. Et BHL aussi. Dans son Journal, BHL a admis : « Il jouit dans notre petit groupe d’un crédit très étrange Moi-même qui ne le connaît pas, qui ne l’ait jamais rencontré, je me surprends à m’enquérir parfois de ce que “Edwy” pense de ceci, de ce qu’il dit de cela » (Le Lys et la Cendre, Grasset, Paris, 1996, p. 336-337.) Depuis, BHL a beaucoup rencontré Edwy et il a été « promu » éditorialiste associé au Monde… Plenel est partout : il invite un jour Sollers, l’autre Bensaïd, tantôt dans son émission de téléachat de LCI, tantôt dans les pages du QVM. Edwy sait philosopher : « Est-ce que la situation dans laquelle nous sommes ne donne pas des gages de réussite à cette alliance d’un libéralisme économique et d’un libéralisme politique, à la fois du dynamisme des entrepreneurs et de la liberté des individus au nom de laquelle, d’une certaine manière, nous nous sommes battus au Kosovo ? » (LCI, 12/06/99). Ce jour-là, son ami Bensaïd relisait sans doute Karl Marx.

1. Titre d’un article du journaliste maison Pierre-Antoine Delhommais paru à la une du Monde le 17/09/98, alors que la crise financière jetait des dizaines de millions d’Asiatiques dans la « dure et juste » misère dont, selon le QVM, il n’auraient jamais du sortir. Sauf pour servir des nems au Roi du Téléachat, au nabot malfaisant et à Raminagrobis.


Lire aussi : les combats citoyens du Monde

Et par Frédéric Lordon "Corruptions passées, corruptions présentes (Réponses à Laurent Mauduit)"

samedi 24 mars 2018

Le Traité sur le Fonctionnement de l'Union européenne impose la privatisation de la SNCF

Eléphant dans la pièce, l'ouverture à la concurrence du rail imposée par les traités européens ne semble guère retenir l'attention en ces temps de "lutte finale" (du néolibéralisme qui désormais EST la "Révolution" et donc légitimé par tout l'onanisme révolutionnaire - Trade Mark - des idiots utiles de gôche de marché, médiatique, qui connaissent les refrains mais pas les paroles. Car oui, à l'évidence, il s'agit bien de CONSERVER !).

Et du côté des "intellectuels" et en fait de l'avant-garde politique en simili, pas un mot surtout...

Pas un mot de Lordon dans le papier publié sur son blog (mais on se souvient que depuis qu'il est monté sur une caisse à savon Place de la République - pour appeler à un hypothétique "embrasement de la plaine européenne" ! - il ne souffle plus mot de l'UE et s'est engagé dans la lutte contre le "mono-idéisme" avec pour conséquence la transformation en rouges-bruns de tous les partisans d'un Frexit[1]).

Pas un mot dans la Tribune signée dans Libération (sous le titre si ridicule de "Contre la destruction d'une civilisation sociale" - sic ! -, notamment par Gérard Mauger qui semble avoir zappé quelques cours de Bourdieu sur la question... Lequel se retournerait dans sa tombe en voyant ses concepts transformés en phraséologie et en ornements d'un discours qui cache mal une impuissance prétentieuse et pédante - et d'autres ambitions, pour les plus jeunes, toute absence de vision pour les vieux schnoks, les deux espèces powered par des traitements à vie dont ils tirent manifestement une insupportable morgue vis à vis des gens du commun dont ils détournent le sens des luttes en se lustrant le nombril.

Ce club est d'ailleurs très privé puisqu'il ne compte que 10 signataires[2], leur multiplication aurait sans doute fait perdre toute visibilité à ses promoteurs noyés dans une liste interminable, car comme chacun sait, une Tribune dans Libération est quand même avant tout un selfie sur une barricade (numérique) et une forme de "Distinction"...

Bourmeau.png C'est dingue même l'opportuniste mondain Sylvain Bourmeau avait été admis au club à l'époque. Aujourd'hui encore, il n'en revient pas !

Bourmeaulaissedor.png Mais il n'a pas tweeté sa Laisse d'or ! Cliquer sur l'image pour une lecture plus confortable...

On préfèrera et de loin, écouter une "youtubeuse" proche de l'UPR, si on souhaite y comprendre quelque chose, l'éléphant, l'UE, étant exposé au centre de la pièce... Et qu'on arrête la foire aux donneurs de leçons de "résistance" hypocrites dont la bien-pensance, et l'opportunisme électoraliste (mal compris !) ou sous contrainte structurale du champ politique, a tout des ''Précieuses ridicules'' déclamant ici du Bourdieu revu par Chantal Goya...

SNCFTFUE.png Cliquer sur l'image pour écouter la chronique Le TFUE ou la privatisation de la SNCF

Le Concierge

Bonus

Pour parler de choses sérieuses, voir le film de Gilles Balbastre "Vérités et mensonges sur la SNCF".

sncfBalbastre.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film

et "Transport de marchandises : changeons d'ère !"

balbastreMarchandises.png Cliquer sur l'image pour voir le film

SNCF, une erreur d'aiguillage

sncgbalbastre.png Cliquer sur l'image pour voir le film

Mais aussi le film de Gilles Balbastre "EDF, les Apprentis sorciers"

EDFbalbastre.png Cliquer sur l'image pour voir le film

Notes

[1] Et il faut bien remarquer que la disparition de la "question de l'UE" marque l'hypocrisie de ces "appels d'intellectuels" : prétendant défendre les grévistes, ils déligitiment le reste du temps le cadre national (en traitant tout le monde de fascistes) - sauf quand ça les arrange de faire accroire à des politiques purement endogènes comme ici - , cadre national qui est l'organisation de la solidarité et de la redistribution sur un territoire, qui est donc la sécurité sociale, et pour un certains nombre d'entre-eux affichent leur foi en la mondialisation et l'UE, qui sont la cause des grèves. Là où ça devient comique, c'est qu'eux-mêmes sont des fonctionnaires... nationaux, bénéficiant à ce titre d'un traitement à vie, qui n'est pas moins lié au cadre "national"...

[2] Ajout : en fait on peut dire que c'est juste une pub pour la fondation Copernic. Coquille vide végétant depuis au moins 10 ans, et tout récemment colonisée par une entriste trostkyste du nom de Laurence De Cock qui sévit un peu partout depuis quelques années. Sa capacité d'entrisme est sa seule qualité, lui permettant d'être adoubée par quelques vieillards dont seul le gâtisme, apparemment, les empêche de voir son effroyable vulgarité intellectuelle (voir ses vidéos sur Médiatarte). Objectivement, cela relève de la pornographie intellectuelle...LDCCopernic1.png LDCCopernic2.png

dimanche 18 mars 2018

« N'est pas Zola qui veut » : Tariq Ramadan et la critique des médias

« (...) C'est donc avec beaucoup de sérénité que je fais face aujourd'hui à ces accusations et à cette atmosphère qui est un peu irrationnelle et dont on a l'impression que tout y devient permis. J'aimerais dire aussi parce que je l'ai lu sur des réseaux sociaux ici et là que je ne pense pas en fait qu'il s'agisse d'un complot. C'est vrai qu'on avait entendu Jean-Claude Elfassi ou qu'on avait entendu Metmati ou même Gilles Kepel des mois auparavant, certains cherchaient des témoignages, d'autres proposaient de l'argent, Metmati proposait jusqu'à 3000 EUR pour des témoignages donc quelque chose était là, était dans l'air, on me visait, on m'avait dans le collimateur, mais ça je l'ai toujours su, ce n'était pas nouveau. Je pense en fait que c'est dans le climat de l'affaire Weinstein, une femme qui tout à coup livre un nom et puis ceux qui m'ont toujours eu dans leur viseur, ceux dont j'étais l'ennemi y ont vu une aubaine extraordinaire et s'y sont jetés tête baissée en pensant, voilà on va le finir. « On va le finir » ce sont des mots qu'on a lus sur twitter ce sont des mots qu'on a lus sur Facebook : « il faut le finir, Tariq Ramadan ». Et donc c'était une aubaine qui s'était présentée à eux. Ce qui est tout à fait étonnant, c'est que pas un journaliste en France, de Marianne à Mediapart, en passant par Le Monde ou par Le Nouvel Observateur, ne s'est arrêté en disant : « Mais qui est cette femme, il faut quand même qu'on vérifie qui elle est, d'où viennent ces accusations-là. Et ça c'est tout à fait sidérant, on l'aurait fait pour n'importe qui, on l'a fait pour d'autres affaires et d'autres personnes, là comme je suis le Diable, la parole qui m'accuse est forcément la parole de l'Ange. Une parole d’Évangile. C'est malheureux parce qu'on n'en arrive même pas à se rendre compte que sur trois dépositions, elle donne trois versions différentes, on ne sait rien de sa vie et si on avait le minimum d'investigations, on se rendrait compte que les témoignages, les récidives, la situation personnelle, sont tout à fait parlantes, je parle même de la première personne, quant à la deuxième le caractère totalement invraisemblable et illogique de ce qui est avancé de mes agissements n'est même pas mis en évidence. Parole d’Évangile encore. Et donc le minimum du travail de journaliste n'a pas été fait. Au contraire, on s'est dit, il faut qu'on charge d'avantage sur l'accusé qui est Tariq ramadan puisque c'est le Diable. Et on en a vus qui pensaient que j'étais à terre pour continuer à vouloir en rajouter. Dont Mediapart qui tout à coup ajoute une enquête vite fait pour pouvoir dire, ah non nous ne sommes pas les complices de l'homme. Vous savez en France, on a eu des personnes qui sont le symbole d'une certaine dignité intellectuelle. Zola avait pris la plume pour défendre l'honneur de la France et de la Justice. On ne s’improvise pas Zola, et n'est pas Zola qui veut. Certains vont prendre la plume pour sauver leur nom, leur personne, voire leur journal. C'est ainsi il faut prendre acte avec tristesse et en continuant sa route. Et ce que j'aimerais mettre en évidence de ce point de vue là c'est qu'on a voulu en même temps en chargeant, donner une image de ma personne qui était celle d'un fou, en fait. De quelqu'un de totalement déséquilibré. Et sur trente ans de ma vie, je ne l'aurais été que deux fois, et qu'en France, toute ma vie à l'extérieur, partout dans le monde anglophone, en Afrique, personne, pas de témoignage, donc je suis géographiquement fou, géographiquement déséquilibré, linguistiquement même puisque c'est en Français que les choses se passent. Tout à fait étonnant quand même que personne ne soit alerté par ça. Mais nous attendrons le temps de la Justice et le temps de la Vérité (...)

(Tariq Ramadan, vidéo enregistrée mi-novembre et mise en ligne le 14 mars 2018)

plenelramadan.PNG A l'exclusion de ce tweet pro-domo, CQFD , Mediapart n' a toujours pas rendu compte, à l'heure où nous écrivons, de ces propos circonstanciés de Tariq Ramadan, pas plus que des éléments apportés le 15/3 dans l'étrange lucarne par son avocat. En outre, doit-on rappeler à Marine-Rouletabille que Tariq Ramadan est embastillé et ne peut répondre ? (Le Concierge)

Dans une vidéo enregistrée en novembre et mise en ligne le 14 mars 2018, Tariq Ramadan se livre à une critique des médias circonstanciée, concernant la campagne de lynchage médiatique qu'il subissait depuis déjà un mois avec l'annonce puis le dépôt de deux plaintes pour viols à son encontre. Il s'en prend particulièrement à Médiapart et à Edwy Plenel, s'agissant d'une presse supposée « indépendante » et sérieuse, et non de celle de de marché détenue par les quelques milliardaires supporteurs de Macron.

La première remarque est qu'en effet, si on lit le témoignage publié dans les pages glacées de Vanity Fair, le 2 février dès l'annonce de la requête de détention provisoire de Paris (est-ce un hasard ?), entre deux publicités pour Gucci, avec un Tariq Ramadan se transformant en M. Hyde aux mâchoires grinçant « de gauche à droite », tel un barracuda croisé en Mer Rouge par Tintin, et à peu près aucun détail sur les faits rapportés en mode Nouveau Détective malgré six heures d'interview (et encore seulement pour la première séance) où l'héroïne fait défiler des preuves, dont on ne saura rien, sur son smartphone, on se demande comment un journal supposé sérieux comme Médiapart a pu accorder du crédit à un récit intégralement romancé dans le style BHL et impossible à recouper. De même nous nous sommes astreints, ne reculant devant aucun sacrifice, à la lecture du livre (si on peut dire) « autobiographique » (avec cahier photos central) de la première plaignante, paru quelque temps auparavant, qui n'est qu'une succession de clichés orientalistes et de stéréotypes racistes des plus kitschs (tant les « Arabes » que les « musulmans », Algériens ou Tunisiens, en prenant pour leur grade) dont le filage est particulièrement indigeste et abracadantesque. Les journalistes savent-ils encore faire la différence entre la réalité et la fiction et savent-ils lire, situer et contextualiser du texte a minima, faire la différence entre recherche de faits et critique de boulevard, ou bien ces emplois sont-ils définitivement pourvus par des « professionnels » ayant exclusivement tété « Nous Deux » et « SAS » ?

"Dignité" moustachue

Une bonne partie de la réponse est apportée par Edwy Plenel en personne, dans un passage aux Grandes Gueules le 13 mars 2018 sur RMC, qui confirme plus qu'implicitement les analyses de Tariq Ramadan. Ce télescopage est inattendu : puisqu'embastillé, Tariq Ramadan n'est pas supposé pouvoir répondre à Edwy Plenel, ce qui ne semble même pas traverser l'esprit du Tartuffe moustachu, qui se croit, plus que jamais autorisé à toutes les indécences.

« - Votre enquête sur Ramadan, elle était incomplète...

- Eh non ! Mais personne n'avait à cette date quand nous avons fait ces cinq volets de l'enquête sur Ramadan (avril 2016 NDE), personne, comme l'a très bien expliqué Matthieu Magnaudeix, enquête totalement impitoyable sur Tariq Ramadan, personne à cette date n'avait pu trouver et sortir les témoignages accablants qui aujourd'hui lui valent d'être poursuivi ».

« Enquête totalement impitoyable », sur laquelle Tariq Ramadan s'était exprimé longuement, considérant avec raison que Mediapart faisait « du Marianne ». Mediapart, pour des raisons mystérieuses, y brûlait celui qu'il avait réhabilité, au moins dans le champ de la presse écrite, quelques années plus tôt, démontant les arguments de ses détracteurs, pourtant repris ad nauseam dans cette « enquête » ("la plus longue jamais consacrée à Tariq Ramadan" proclamait Le Crieur de Mediapart !) n'ajoutant donc rien de plus aux attaques que Mediapart dénonçait encore la veille. Simple « retour à l'ordre » des « Chiens de garde ». On ne sait quel différend aura opposé Edwy Plenel à Tariq Ramadan pour qu'il lâche ainsi les « chiens », même si le soutien assidu à Hamon et Macron du premier un an plus tard s'opposait frontalement à l'appel à « l'abstention active » du second, caractérisant deux visions bien différentes, de deux pourtant « citoyennistes » notoires...

Plenel continue :

« j'ajoute que depuis nous nous sommes rattrapés, Marine Turchi, sur Mediapart, mène l'enquête comme sur d'autres délits sexuels dans le cadre de metoo et de balancetonporc »

Il s'agit de la nullissime « enquête » à charge de Marine Turchi, tout entière basée sur les témoignages des plaignantes rapportées par la presse, mais aussi sur ceux d'un cheptel de plaignantes putatives tenues sous le boisseau par un « pool d'une dizaine d'avocats » travaillant « bénévolement », depuis plus « d'un an », pour préparer une éventuelle action contre Tariq Ramadan, sans que cela semble un seul instant étrange à la journaliste (qui n'a pas eu l'idée de faire une « enquête » sur les impétrants qui lui balançaient des témoins à la demande, au détail ou en gros, tout étant bon dans le cochon...)

Mediapart shooté au "féminisme moustachu"

« ce midi sur Mediapart, vous savez cela fait 5 mois qu'est sorti le hashtag balancetonporc, nous sommes les premiers ce midi à faire le bilan combien ça a provoqué de plaintes, une trentaine en France entière, quelles ont été les suites de ces plaintes, quels sont les milieux concernés, sachant que tous les univers sont concernés, et qu'au niveau de ce point de vue, comment dire au niveau de l'intimité privée de certaines personnes qui abusent de leur pouvoir masculin, l'origine ne protège de rien. »

Cette profession de foi de « féminisme moustachu » est certes touchante, mais il est probable malheureusement pour Plenel, spécialiste du faux-scoop (basé sur des faxs moustachus comme s'en moquait PLPL) que les « informations » pêchées sur balancetonporc, Marianne et Vanity Fair, et non recoupées ni recoupables, puissent manquer de fiabilité par rapport, par exemple, aux infos que François Hollande lui avait balancées (comme Plenel l'a rapporté des années après) sur les Irlandais de Vincennes, quand il était tout jeune énarque au cabinet de François Mitterrand projeté là avec Ségolène par Jacques Attali... Mais c'est une partie de la clé, croquignolesque, de l'énigme : si l'ensemble de la rédaction de Mediapart a fumé la même moquette que le très neuneu Antoine Perrot tentant de se ménager une place au paradis qui sera issu de la « Révolution mondiale des femmes » (qui vient), en choisissant de « croire la parole des femmes », prenant fait et cause pour toute femme sans complément d' « enquête », c'est en fait tous les jours « parole d’Évangile » et l'apparition de la Sainte Vierge (qu'on espère pour eux moustachue) ! Mais quelle peut bien être cette secte étrange ? Et, il faut bien le dire, un brin misogyne, puisqu'on n'y saurait prêter à DES femmes les défauts, passions et soif de pouvoir de DES hommes, l'histoire n'étant qu'un gigantesque complot des hommes (qui viennent de Mars) contre les femmes (qui viennent de Saturne)... Sirius[1] se retourne dans sa tombe...

En un mot, Edwy Plenel, à l'instar d'une bonne partie de la petite-bourgeoisie intellectuelle (parisienne), est totalement shooté au numérique dont il proclame à qui veut l'entendre que c'est « une révolution démocratique », comme il l'a fait en recevant Macron l'avant-veille de son sacre, le célèbre auteur de... « Révolution ». Qui n'a pas totalement tort, car n'en déplaise aux Fidèles du culte de la « Révolution », la révolution est d'abord, et avant tout, l’avènement politique d'une classe portée par une économie. Ici les start-ups, les unes économiques, les autres idéologiques, au sujet desquellesTthomas Frank nous alerta, il y a déjà bien des temps... Elle peut s'accompagner de dimensions progressistes et/ou profondément régressives, ce qui est le cas lorsqu'il s'agit comme aujourd'hui d'une « révolution conservatrice » qui se pare des atours du « progrès » et non de la tradition comme la dernière (nazie), pas seulement technique mais aussi « sociétal », comme Bourdieu l'avait très tôt caractérisée. Le Président de la Table Ronde des Industriels Européens avait d'ailleurs vendu il y a un an la mèche lors d'une audition au Sénat : « Le numérique, c'est la mondialisation, mais il ne faut pas le dire, car si les gens comprennent, nous risquons d'avoir des révoltes comme nous avons eu contre la mondialisation » (cette archive audiovisuelle a été retirée du site du Sénat et cette phrase ne figure pas dans le compte-rendu écrit...).

Révisionnisme moustachu

Il poursuivit, non sur l'Affaire Ramadan (et la présomption d'innocence qu'il venait de fouler aux pieds tout en se revendiquant de « Déclaration des Droits de l'Homme » et de la « Constitution ») mais sur les accusations qu'il avait dû subir dans le cadre de cette affaire (car la victime, c'est lui!) : « Tout cela est une cabale qui n'avait pas de fondement, pour essayer de nous discréditer. » Raison qui l'aura poussé à « (se) rattraper » en jetant de l'essence sur le bûcher dressé par Vanity Fair et les ennemis de Tariq Ramadan « pour sauver (son) nom, (sa) personne, voire (son) journal ». Honte à jamais ! Honte à jamais !

On atteint ensuite le sommet de la duplicité (celle-là bien documentée) et du révisionnisme :

« Tout l'équipe était blessée, toute l'équipe était choquée dans sa diversité parce que tout cela était un faux procès. Alors pourquoi ce faux procès ? J'ai déjà vécu ça, quand j'étais au Monde, 25 ans au journal Le Monde, et qu'on a voulu provoquer la crise qui va faire perdre son indépendance au Monde, peu de gens s'en souviennent, mais à l'époque il fallait que devant les plateaux, la question n'était pas Ramadan, c'était la CIA, vous êtes membre de la CIA, Edwy Plenel (...) La cabale c'était un bouquin qui disait « Plenel est agent de la CIA », vous voyez ce monde de fous... »

Plenel fait ici allusion au livre de Pierre Péan « La face cachée du Monde » qui démontrait, confirmant et souvent reprenant le travail de PLPL, que loin d'avoir tenté de préserver l'indépendance du Monde de Beuve-Méry face aux puissances de l'argent, il leur avait au contraire livré le Quotidien né de la Libération sous l'influence de son gourou de l'époque, Alain Minc, quitte à finir par être débarqué par les actionnaires qu'il avait lui même fait rentrer (la même chose est arrivée à Serge July, et les deux se présentent sans aucune pudeur comme des martyres du capitalisme – Aude Lancelin a retenu la leçon à son échelle semble-t-il - alors qu'ils ont été les agents zélés du triomphe du pouvoir de l'argent dans la Presse qui, à partir de là a acquis les moyens de propagande reposant sur le capital symbolique générateur de croyance accumulé par des travailleurs de l'information intègres, lui permettant de détruire un à un tous les acquis du programme du CNR, et nous en vivons sans doute la victoire ultime sous la présidence Macron, à l’avènement duquel Edwy Plenel a prostitué son journal, il y a de cela presque un an.)

On voit d'ailleurs dans la suite de ce fascinant entretien aux « Grandes gueules », face à des animateurs, tout de même !, de RMC-BFM, jusqu'où peut aller la complaisance d'Edwy Plenel face au capital auquel il n'a que la vertu de Tartuffe à opposer :

« Nous on fait cela au service d'un idéal que vous partagez, vous qui travaillez ici dans cette radio dans cette chaîne de télévision . On a tous les mêmes valeurs quand on a tous la même carte de presse. On a même les mêmes chartes déontologiques (...) Nous disons aussi aux confrères et aux consœurs qu'il faut se battre pour l'indépendance. Que la détention du capital n'est pas toujours neutre. Qu'elle a des conséquences parfois. Non pas une conséquence qui vous interdirait d'être libres, mais qui parfois fait qu'on vous dit « ne touchez pas à mes intérêts, ne touchez pas à ce qui me concerne » (...) Moi je suis fidèle à de vieilles valeurs, qui sont celles du fondateur du Monde, qui parlait de la presse d'industrie, celles d'Hubert Beuve-Méry ».

Et de se mettre sous l'égide de François Ruffin... Mais, c'était trop pour le transcripteur, tenté de relire séance tenante la Sourate de la vache !

11. Et quand on leur dit: «Ne semez pas la corruption sur la terre», ils disent: «Au contraire nous ne sommes que des réformateurs!»

12. Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte.

13. Et quand on leur dit: «Croyez comme les gens ont cru», ils disent: «Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit?» Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas.

14. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent: «Nous croyons»; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent: «Nous sommes avec vous; en effet nous ne faisions que nous moquer (d’eux)».

Où sont les critiques des médias ?

Il y a de cela 20 ans, sous l'impulsion et avec la caution de Pierre Bourdieu, naissait une critique radicale des médias qui n'hésitait pas à proclamer « un journal qui meurt, c'est un peu de liberté retrouvée ». Critique de combat, face à la prise de contrôle de la presse encore indépendante par les puissances de l'argent, mais aussi face à « l'emprise du journalisme » colonisant tous les univers où une pensée critique pouvait encore s'élaborer (champs scientifique, artistique, littéraire... Et pourquoi pas religieux ?)

On ne peut que s'étonner qu'ACRIMED notamment, descendant en ligne directe et continue de cette époque, n'ait toujours pas écrit une ligne sur l'Affaire Tariq Ramadan, et sur le lynchage digne d'Outreau que l'intéressé subit, ne pouvant répliquer car victime d'une véritable lettre de cachet (dont il y a véritablement lieu de se demander de quel niveau institutionnel elle émane in fine.)

On notera qu'ACRIMED ne s'est non plus jamais trop intéressé, c'est le moins qu'on puisse dire, à Mediapart. Ce journal « 100% numérique » (sic, cette proposition n'a évidemment aucun sens logique) qui fête ses 10 ans, doit une partie de son succès d'avoir puisé dans un capital critique accumulé par d'autres, recyclant très précisément tout le travail effectué entre 1995 et 2008, capital d'auteurs et d'analyses qui ont la caractéristique d'être de ceux qui n'avaient exceptionnellement droit de mention dans Le Monde d'Edwy Plenel que pour être éreintés. Ce que l'encore vaillant à l'époque (c'est à dire non Nouvel Obstisé-Mariannisé) Frédéric Lordon avait magistralement rappelé dans un article intitulé « Corruptions passées, corruptions présentes ».

On peut dire que ce travail critique, qui n'a jamais rien rapporté ni à ses producteurs, ni à ses diffuseurs, tous plus ou moins héroïques, ainsi recyclé, a permis au « Roi du Télé-achat » de se refaire une virginité et un lectorat de gauche, qui n'a d'ailleurs pas hésité à financer cette œuvre de presse qu'il pensait de salut public. C'est à l'occasion de la dernière campagne présidentielle que l'on a entendu les hurlements de douleur de ce primo-lectorat, lorsque le véritable Edwy Plenel jeta le masque en engageant une campagne de désinformation digne de la Pravda visant à éliminer Mélenchon par la promotion d'Hamon et à faire voter Macron en agitant un kitchissime « speeeeeeeectre des annééééééeees treeeente » en affirmant, Une après Une, que Marine Le Pen était aux portes du pouvoir. Depuis la censure impitoyable des abonnés, et les désabonnements consécutifs, n'ont plus cessé. « Grand remplacement » d'un lectorat militant de gauche de base par un lectorat de CSP++, solvable, et surtout électoralement vendable ?

Car si « speeeeeeeectre des annééééééeees treeeente » il y a, c'est bien celui d'une presse totalement vendue aux puissances de l'argent, celle-là même qui a fait l'élection de Macron et, est-ce un hasard ?, la curée contre Tariq Ramadan. Deux opérations auxquelles le très « indépendant » Mediapart (il n'a en effet pas l'excuse d'être « possédé » par autre chose que l'irrationnel bigot moustachu) a « librement » (et la responsabilité est d'autant plus grande si les mots ont un sens) « participé ». Une curée contre Ramadan qui, ne nous y trompons pas, n'est rien d'autre que 'avènement final du « racisme acceptable », légitimé par la presse unanime, incluant Mediapart, et à laquelle il faut rajouter tous ceux dont le silence est assourdissant, de Là-Bas-Si-J'y-Suis à Le Media (dont l'une des figures influentes est quand même ancienne rédactrice en chef de Marianne, est-ce un hasard ? La question mérite d'être posée.)

Ce qui nous ramène à la critique des médias et à ACRIMED. L'auteur de ces lignes a personnellement attiré l'attention, et à suffisantes reprises, d'un membre de cette association sur l'Affaire Ramadan. Certes, sans doute peu décisionnaire, mais disposant au moins d'un pouvoir de rédacteur. Ces efforts ont été suffisamment renouvelés pour acquérir la conviction que ce cas, pourtant « carabiné » du point de vue de la critique des médias, ne susciterait pas le moindre intérêt.

Un autre membre d'ACRIMED, Julien Salingue, publie ces jours-ci sur son blog un billet on ne peut plus « Plenelo-compatible » puisqu'il s'agit de défendre les médias et le journalisme et de stigmatiser comme populiste (et donc crypto-fasciste) toute attaque contre ce que le journal PLPL avait ironiquement appelé le PPA (Parti de la Presse et de l'Argent) s'attirant le même type de sous-entendus de la part de toute la corporation, moustachue ou non, au même titre et avec la même violence d'ailleurs, à l'époque, que Bourdieu.

D'une certaine façon, la boucle est bouclée. Il y a 20 ans, si tout un travail critique bénéficiait certes du développement d'internet, ce moyen de diffusion restait confidentiel. Aujourd'hui où les médias « indépendants » bénéficient d'une diffusion numérique potentiellement mainstream, les frontières entre le in et le off s'estompent. Et on voit d'ailleurs depuis quelques années des proto-médiacrates passant de l'un à l'autre, et pour les plus opportunistes se faisant voir dans le off pour être ensuite recrutés dans le in, moyennant prébendes sonnantes et trébuchantes, des médias comme Mediapart jouant le rôle de sas entre les deux.

usulhocquenghem.PNG "Usul" (sic) jetant aux pieds d'Edwy Plenel la Lettre ouverte de Guy Hocquenghem, dans l'édition post-facée par l'Organe Suprême (OS) des éditions Agone, peu de temps après avoir liquidé tous ses collaborateurs, l'accumulation primitive du capital, sous forme de catalogue, étant terminée (Le Concierge, qui s'est chargé de la première réédition de ce livre aux éditions Agone...)

Pire : le capital accumulé de critique des médias est de plus en plus mis au service de la légitimation de ce qu'il critiquait. L'exemple d'Henri Maler est emblématique, faisant la promotion éhontée d'Aude Lancelin, salariée et de son propre aveu, heureuse, du Nouvel Obs pendant les 10 ans où ACRIMED dénonçait les turpitudes néolibérales de ce magazine, faisant ainsi accroire que l'involution de ce journal daterait de l'élection de François Hollande et transformant une ancienne cheville ouvrière de la légitimation culturelle des pires régressions sociales en... résistante !

On a aussi vu Pierre Carles passant « le relais » (le meurtre du "père" n'attendit même pas le lendemain !) au triste pitre satellisé par Mediapart, Usul.

Autrement-dit : les critiques des anciens pitres légitiment les nouveaux pitres.

On vieillit... Enfin pas les moines mendiants, un avantage qui a aussi ses inconvénients !

On a aussi entendu un fondateur de PLPL suggérer que la critique des médias était devenue en frande partie appropriée par l'extrême-droite ». A qui la faute, quand ses chevilles ouvrières l'ont abandonnée ? Constat ne vaut pas analyse...

On est ainsi sidéré que la seule défense de Tariq Ramadan, sur des arguments strictement juridiques ait dû se réfugier sur un blog de... Causeur dont l'auteur, peu suspect de sympathie pour Tariq Ramadan, et à la différence de Plenel ne se dégonfla pas sous le flot d'insultes que cette analyse suscita.... Et que la dénonciation rigoureuse de son lynchage médiatique soit parue sur... AgoraVox.

C'est l'indice qu'il y a vraiment quelque chose de pourri à gauche. Le refus de la Raison, le mépris des Libertés publiques. Et depuis, notamment, les anti-dreyfusards de gauche (qui loin d'être antisémites se foutaient juste du sort de Dreyfus qui n'était pas du bon côté de la lutte des classes), cela n'est guère nouveau.

Sans oublier le déluge de racisme dans cette affaire qui semble invisible aux anti-racistes, et pour cause, ayant transformé ce dernier en simple signe de distinction sociale, et incapable de le reconnaître, pour le plus grand bien des racistes intelligents qui savent qu'ils n'ont plus que des vendeurs de soupe et de Tee-Shirts en face...

De quoi l'Affaire Ramadan est-elle le nom ?

La nullité du Club Dorothée anti-Ramadan mené par Caroline Fourest, source d'espoir malgré l'épouvantable machine judiciaire activée par un Procureur anti-terroriste sans doute soutenu par les plus hautes autorités de l’État, finira on l'espère par aboutir à la chute de toute une série de dominos. Et nul doute qu'à ce moment, on verra la gauche identitaire de marché se réveiller prenant subitement confiance dans le côté bankable de « la cause », résistants de la dernière heure. Y compris Plenel, nous n'en serions nullement étonné.

Mais ce jour-là, malgré la satisfaction d'une issue heureuse qui est loin d'être acquise, il ne faudra pas laisser les résistants de la dernière heure faire des selfies sur la dernière barricade. Il faudra les « dégager ».

Que plus jamais on ne puisse entendre : « La démocratie ce n'est pas le droit de vote. Si je ne sais pas, si je suis pris par l'idéologie, si je suis pris par le mensonge d’État, si je suis pris par la propagande, je peux voter et être aveugle. Et du coup voter pour mon pire ennemi. Pour mon pire malheur. Quand un Régime commence à devenir autoritaire, à qui s'en prend-t-il ? D'abord à la liberté des intellectuels, à la liberté de pensée, aux universitaires et à la presse »

Venant de la part d'Edwy Plenel, l'homme qui a fait voter Macron en agitant des peurs irrationnelles, propos tenus dans la même émission où il a légitimé, au moins par défaut, l'embastillement d'un intellectuel, condamné par lui et ses pairs de la presse, ce « double-discours » donne tout simplement la nausée.

Et ses créatures et ses homologues, les « faux impertinents » moqués jadis par PLPL, sont déjà si nombreux...

C'est aussi de tout cela dont l'Affaire Tariq Ramadan est le nom...

Le Concierge

Notes

[1] Nom duquel le fondateur du Monde, Hubert beuve-Méry signait ses – rares – éditoriaux

dimanche 7 mai 2017

"Inédit" moustachu : Mediapart ou comment le combattre ?

presidentielle2ertourCSP.png

Les contemporains d'un désastre mesurent rarement la proximité du gouffre. Face à l'assurance d'une victoire de Macro III le Petit le 7 mai, Médiapart déchire la gauche. Dès 20h, Edwy Plenel et son équipe, Philippe Corcuff et Philippe Marlière essaieront de faire oublier aux abonnés gogos un mois de travail de propagande éhontée de ce média pour FAIRE CROIRE que le FN était aux portes du pouvoir et faire valoir ses choix, résolument de droite et anti-sociaux, de start-up Mitterrandienne.

Avec les compliments du Concierge

Bonus

Médiatarte, bien sûr !

Dans un article intitulé De la prise d'otages, Frédéric Lordon écrit " Le Monde se met en devoir de lire le Trotsky des années trente pour en faire un usage anachronique sans vergogne, doublé d’un dégoûtant brevet de moralité politique". Le concierge a répondu : Le Monde l’a trouvé chez Plenel. Un mois que ça dure. La presse macroniste est un janus moustachu. Le Monde est discrédité. Pas Mediapart. Car Mediapart, c’est le QVM[1] moustachu qui s’est refait une virginité. Avec ce à quoi le QVM refusait tout droit de cité comme mine de capital symbolique propre à créerr la croyance en Médiapart... Et à dissimuler que Mediapart n’est pas moins moustachu que le QVM de l’époque. Et c’est la même moustache. Et vous l’aviez dit, et tellement bien dit. En temps réel, comme au sujet de la Grèce. Il aura manqué 600 000 voix à Mélenchon. Qui avait fait le choix de draguer le centre du Koursk (le PS). Plutôt que de proposer de renverser la table en promettant un référendum d’activation de l’art. 50. Ce pari était celui qu’il pouvait tenir. 600 000 voix... Quel média a fait la différence ? Pas les médias que vous citez. Mais le QVM numérique moustachu. Déployant sa propagande en faveur d’Hamon. Et aujourd’hui en faveur de Macro. Affichant la mère Maquerelle en pleine Une depuis des semaines. Qui est donc responsable du Triomphe du NéolibéralismeTotal (TNT) ? Pas Vivagel. Médiatarte, bien sûr !

Notes

[1] "Quotidien Vespéral des Marchés", nom donné par PLPL au journal Le Monde sous la direction de Plenel, Colombani et Minc se ruant en acquistions neuneues drogués à la fusion acquisition et au rêve européiste de grand groupe de dimension internationale, ce qui aboutit à la destruction du journal fondé par Beuve-Méry

vendredi 21 avril 2017

Frexit : pour une droite de gauche ?

oxi-grecemauve.gif

Dans un article publié sur son blog du Monde Diplomatique intitulé « les fenêtres de l'histoire », Frédéric Lordon appelle à voter dimanche pour Jean-Luc Mélenchon sous couvert d'une analyse qui se veut savante, mais n'est rien d'autre que l'argument de sens commun du « vote utile ». Tentant de résoudre, par la double-pensée, la quadrature du cercle entre différentes attitudes contradictoires (le refus radical de la mascarade électorale et le vote utile, l'insurrection et l'élection) Frédéric Lordon écrit  : « Et c’est au total un curieux paradoxe qui fait se rejoindre la croyance la plus naïve en l’élection et son rejet le plus radical, l’un et l’autre ayant d’une certaine manière en partage d’avoir incorporé la dépossession passive qui accompagnerait nécessairement le mandat voté. Mais où est-il écrit que l’activité politique s’arrête après l’élection ? Si c’était effectivement le cas, on ne pourrait qu’accorder au sceptique son désintérêt de principe. Mais ça ne l’est pas, en tout cas pas nécessairement. Un second paradoxe, déduit du précédent, veut alors qu’il y ait quelque chose à faire d’une élection même par la critique radicale de l’élection. Non pas s’en contenter bien sûr : s’en servir. »

Air connu qui revient comme un marronnier à chaque élection à destination de tous les athées des élections qui, comme Libertad, considèrent que « le criminel c'est l'électeur », appelés à voter utile en tout agnosticisme !

Le plus sidérant venant d'un intellectuel est le caractère parfaitement incantatoire d'un tel « appel » qui, en outre, ne dit pas son nom, dans la mesure où il ne peut espérer toucher qu'une infime partie de l'électorat et à vrai dire un club réduit à si peu de membres qu'il s'agit d'une discussion qui pourrait aussi bien se tenir dans un café, ou un séminaire, et dont la publication n'est que le témoignage de l'importance que se prête ce cercle assez privé, inversement exponentielle à son poids (infinitésimal) en terme électoral, domaine qui est celui du grand nombre, il est ridicule de le rappeler, et encore plus de devoir le rappeler.

Candidat "anti-système" ?

Mais cet appel ira droit au cœur du principal intéressé, auquel on ne demande rien en échange, et surtout pas un référendum de sortie de l'UE, seul Plan A pratiquement concevable. Venant de l'intellectuel qui avait qualifié de « crime politique » un Plan B qui ne serait pas la sortie de l'euro, et énoncé très clairement l'alternative offerte à Syriza (« Renverser la table ou passer dessous »), à l'heure où le candidat de sa « raison » drague les classes moyennes flottantes, joue au centre, et ambitionne de reconstituer un PS, éventuellement en s'appuyant sur une « troisième droite » entrepreneuse de l'e-économie et de l'e-propagande, c'est passer par la fenêtre, surtout quand on a pris l'engagement de « ne plus jamais voter PS ».

Il y a encore un an, il était question d' « occupy » l'élection présidentielle. Qui s'en souvient ? Mieux vaut sans doute ne pas le rappeler quand on voit le résultat.

Le résultat c'est que le nouveau candidat du cercle de la raison a fait tous ses efforts pour cacher l'éléphant dans la pièce, c'est à dire l'UE, par calcul électoraliste. N'étant pas à la tête d'un parti de classe et visant un électorat socialement clivé, notamment sous le rapport de la sortie de l'UE, il choisit de… ne pas choisir. Imposant la double-pensée Plan A pour les uns, Plan B pour les autres, et mettant à tout le monde l'Ouest en Est, embrouillant par tous ls moyens possibles ce que notamment Lordon s'était efforcé de clarifier ces dernières années. Se refusant bien entendu à tout travail d'éducation populaire sur la question, à la différence de sa campagne de 2012 où ce travail fut fait de manière magistrale au moins sur la question des traités budgétaires. Et s'il y eût clarification, depuis des mois de la part de ses « experts » Varoufakisés tel Jacques Généreux affirmant que le Plan B n'aurait pas lieu, n'étant qu'une menace, puis de la part du candidat ces derniers jours, elle confirma nos craintes : sortir de l'UE, sortir de l'euro, vous n'y pensez pas. Ainsi, le débouché politique et le vote utile accomplissent-ils leur besogne : anéantir tout le travail d'éducation populaire réalisé à l'occasion du martyre grec. Et aujourd'hui avec la patricipation de Frédéric Lordon qui s’assoit sur les critères qu'il a lui-même posés, et jette son capital de critique radical de l'UE aux pieds du candidat de la double-pensée européenne. « Crime politique » ? Encore ne faudrait-il pas prendre le risque de fournir l'arme du crime…

L'un des arguments de Frédéric Lordon, bien peu scientifique, est le suranné « candidat anti-système ». La preuve ? Mélenchon ayant réussi à siphonner Hamon dans les sondages, les médias chiens de garde se seraient déchainés contre le candidat, prouvant par-là qu'il est bien ce « candidat anti-système » : « il suffit d’observer les réactions du système, surtout quand elles ont cette violence, pour faire le tri des prétentions, et savoir qui il tient réellement pour antisystème, qui il juge réellement dangereux au maintien de ses intérêts essentiels, sorte d’hommage que le vice rend à la vertu, faisant d’un coup litière des escroqueries les plus grossières. »

A la vérité, Mélenchon est plutôt bien servi par le « système », beaucoup mieux en tous cas qu'en 2012, à l'époque où il a victorieusement franchi le barrage opposé par le champ médiatique pour être installé depuis, comme un « grand » qu'il est, dans cet espace. Et l'essentiel est d'occuper cet espace, tous les publicitaires le savent. Quant à la comparaison avec Marine Le Pen, qui n'est pas nouvelle depuis le fameux dessin répugnant de Plantu, sous le critère qui nous occupe elle n'est pas illégitime, cette dernière ayant copié la dialectique Plan A/ Plan B et le flou artistique sur l'UE inventés par le candidat Mélenchon.

Si Frédéric Lordon était à la recherche de tests projectifs ou de précipités permettant de révéler le fonctionnement du champ politico-médiatique, un œil sociologique un peu plus aiguisé se porterait sur les « petits-candidats » et les difficultés d'accès réels à la candidature, à la visibilité médiatique et à un traitement non diffamatoire ni grossier de ces candidatures.

Un Mamlouk héritier de Coluche ?

On rappelle que Pierre Bourdieu avait soutenu la candidature de Coluche arguant que l'intrusion d'un profane dans le champ politique en révélait toutes les ficelles, et notamment le caractère séparé, au sens clérical, de cet univers social particulier, lieu du monopole de la manipulation légitime des biens de salut politique de la part de professionnels consacrés devant obtenir l'onction par l'élection, c'est à dire le plus grand nombre.

Structurellement, il existe dans cette campagne un candidat que le média Lordon n'a jamais cité, et le silence de Canal Lordon est parfaitement congruant avec le silence des médias du « système ». A la différence de Coluche, tout profane qu'il soit, celui-ci est un homme du sérail, au sens sociologique du terme, celui du Mamlouka, qui veut dire « esclave de l’État ». « L'homme dont il ne faut pas dire le nom » est en effet Inspecteur général des Finances et donc dans le secret des initiés du fonctionnement de l’État, en tant que laïc de l’Église qu'on appelle l’État. On se souvient peut-être des vœux de Noël du Pape François à la Curie il y a quelques années - un Pape qui n’émane pas de la Curie - qui était une sorte d’analyse sociologique Drewermanienne du fonctionnement de la Curie et qui se termine par quelque chose du genre : "maintenant je me casse, je vais passer Noël avec les laïcs car ce sont eux qui font tourner le Vatican". Donc il est bien placé pour avoir vu les cardinaux de la politique s’asseoir sur les valeurs et les principes qu’ils prêchent hypocritement aux fidèles, et dont ils se moquent entre-eux - Bourdieu parlait du rire des évêques et de leurs blagues anticléricales - tandis qu’ils sacrifient tout à leurs luttes d’influence pour le pouvoir dans la Curie - et devenir Pape - et à faire tourner la banque du Vatican... ). Donc le candidat François Asselineau (ça y est je l'ai dit!) est bien placé pour "vendre la mèche". D’autant plus qu’il a vu ses homologues du ministère des finances se barrer dans le privé avec la caisse et le carnet d'adresses publiques (ce qu’il n’a pas fait ou pas été en position de faire.) Il est d'ailleurs logique que le Mamlouk défende l’État contre l’UE qui entend le détruire, parce que c’est aussi détruire ses serviteurs qui refusent de se convertir à la nouvelle religion (et cela concerne la fonction publique à tous les niveaux, l'alternative étant : conversion au nouvel État néolibéral en formation ou défense de la religion primitive du service public condamnant aux catacombes, c'est à dire au placard.). IL a patiemment construit une machine politique, l'Union Populaire Républicaine, en partant de rien (à la différence de hauts-fonctionnaires passant en politique et dont le premier souci est d'utiliser leur carnet d'adresse pour trouver l'argent qui les tiendra), lui permettant aujourd'hui d'être présent dans l'arène présidentielle et donc de faire passer un message jusque-là confidentiel, comme sorti des catacombes, d'autant plus qu'il n'a, à ce stade, aucune prébende à distribuer, aucun grand intérêt à ménager (allant jusqu'à défendre la nationalisation de TF1… à TF1), aucun grand écart (Plan A/Plan B) à dissimuler pour maximiser ses gains sur le marché électoral en pratiquant le marketing ciblé. Il bénéficie de la révolution des réseaux sociaux (en attendant leur concentration, appelés à se substituer aux médias classiques dans la fabrique du consentement) qui, comme dans le cas de l'imprimerie et de la révolution protestante, permet aux nouveaux convertis de s'approprier directement le message prophétique par l'étude directe des textes, les médias de l’Église officielle ayant perdu leur monopole et apparaissant pour ce qu'ils sont, des instruments de propagande centralisés. L'accès de cet « hérétique consacré » (caractéristique de tous les locuteurs en position prophétique dont le message passe, selon Pierre Bourdieu, qui s'oppose ici directement au marketing politique) aux grands médias ou au « grand débat » met d'ailleurs cruellement en difficulté journalistes et hommes politiques face à un homme qui connaît les secrets du sérail et expose le fonctionnement du « système » provoquant un effet de « révélation » (non sans d'ailleurs rendre un peu gagas un certain nombre de nouveaux convertis. L'auteur de ces lignes ,formé à Sciences Po, ayant eu le même type de révélation en lisant Actes de la recherche en sciences sociales comprend assez bien ce phénomène!).

L'éléphant dans la pièce

Comment a-t-il pu échapper à Frédéric Lordon que sans l'accès de François Asselineau au prime time, il n'y aurait eu personne pour montrer l'éléphant dans la pièce, l'UE, et particulièrement parce que le candidat du « vote utile » qui déclarait il y a six mois « l'UE sera au centre de l'élection » a travaillé avec acharnement par calcul électoraliste à mettre la question sous le tapis, contribuant à en laisser le monopole intéressé au FN, pour la plus grande joie du « système » qui travaille à ce que le Frexit ne puisse être envisagé que comme une option d'extrême-droite, le rendant impossible ? Et comment ne voit-il pas que cette irruption d'Asselineau dans le champ politique permet d'envisager de tailler des croupières au croque-mitaine dont la fonction de neutralisation de la possibilité de la sortie est par ailleurs si bien analysée par Frédéric Lordon ?

Dans un texte intitulé « clarté », en réaction à la proposition de son maître de thèse Jacques Sapir de constituer un « front » de sortie de l'UE incluant le FN, Frédéric Lordon se posait légitimement en rempart contre une telle éventualité. Il semble cependant que sa dénonciation du mono-idéisme de la sortie qui poussait Sapir à faire fi du risque de la sortie nationaliste et raciste (dans le meilleur des cas car dans un texte hallucinant consacré au burkini, Sapir remontait à la République romaine pour justifier la nécessité de criminaliser l'intention…) débouchait sur « À gauche, et à gauche seulement » et même à gauche radicale et à gauche radicale seulement, ce qui est tout autant la meilleure façon de ne pas en sortir, cette gauche-là et Lordon lui-même jouant un rôle équivalent au FN pour empêcher toute sortie. Or même si François Asselineau n'appartient évidemment pas à la gauche radicale et est un homme marqué à droite, cela n'en fait pas, en aucun cas, un raciste ou carrément un fasciste (comme l'en accusent les « anti-fa » qui voient le fascisme partout où il n'est pas pour être bien sûr de ne pas voir l'euro-fascisme au milieu de la pièce, ce qui nous obligea à prendre pour la première fois la défense du personnage en 2015 sur le forum consacré à ce même article « Clarté » sur lequel nous nous confrontâmes pour la première fois à des militants UPR) : tout le monde a cherché et tout le monde a trouvé l'exact contraire, particulièrement au sujet de l'Islam et dans le contexte des attentats.

L'introuvable majorité de sortie

Or la « sortie » est une question sociologique. La majorité du NON de 2005, qui est une majorité de classe constituée d'ouvriers, d'employés et de beaucoup d'abstentionnistes chroniques, se porte sur le plan partisan sur différents partis ce qui empêche de les réunir hors référendum pour accomplir cette nécessité historique, qu'aucun parti s'appuyant sur une fraction d'électeurs des classes moyennes oui-ouistes, comme le fait Mélenchon, ne peut donc mettre à l'ordre du jour. Une des solutions s'offrant d'ailleurs à ce dernier aurait été la promesse d'un référendum selon le mot d'ordre que nous avions essayé de lancer « élisons un référendum, pas un Président ». Inutile de revenir une fois encore sur l'avant-goût de « crime politique » que l'impétrant nous a offert lors de cette campagne suscitant pourtant le soutien doxique de Lordon au « vote utile » en sa faveur. Dans une telle configuration, la tentative de François Asselineau est rationnelle, pour le moins louable et devrait forcer l'admiration par ses potentialités de subversion du carcan politique et la possibilité qu'elle offre de constituer l'embryon du « bloc hégémonique » qui fait défaut. Et non sans garantie de mesures « de gauche » garantissant qu'il ne s'agisse pas d'une sortie purement « de droite », comme le soulignaient Jean-Pierre Garnier et quelques autres.

Une gauche qui ne veut pas sortir n'en est pas une. A défaut donc de « gauche de gauche », Frédéric Lordon, au lieu de se transformer en média mainstream passant comme eux sous silence la position qui permettrait de résoudre la quadrature sociologique du cercle que tente de créer Asselineau dans le champ (car la souveraineté populaire ne saurait non plus être la dictature d'une gauche radicale « all exclusive » qu'il finit par ne plus reconnaître que dans le public de son séminaire) ferait bien de réfléchir à l'hypothèse d'une… « droite de gauche » !

Ce serait en tous cas plus proche du « point de vue de Sisyphe » et de la real politik de la raison, et digne d'un agnosticisme et d'un anti-cléricalisme politiques conséquents.

L'existence d'un mouvement de 25 000 personnes motivées par la sortie et se formant à travers des conférences d'éducation populaire à ces sujets n'est pas non plus une force à négliger. Elle est sans doute bien plus importante que le débouché électoral, et ils sont bien plus nombreux que le « club » de gauche radicale socialement homogène. Si la sortie doit se faire, elle nécessitera une forte pression populaire et cette avant-garde y jouera son rôle. Avec un monde du travail mobilisé, la convergence objective des luttes (totalement ratée par la petite-bourgeoisie intellectuelle de Nuit Debout rêvant de grands soirs mais incapable de soutenir les luttes locales au-delà d'une saison de défilé de mode militant) n'est pas à exclure….

Lors de ces échanges avec des militants UPR sur son blog, j'écrivais : « François Asselineau génère aussi des fidèles, donc des croyants et des courtisans. Aux croyants je dis : ne croyez pas. Aux militants je dis : Appliquez les schèmes critiques du champ politique qu’il propose à lui-même. Car si ce parti émerge, il est probable que l’hypocrisie structurale s’y développe, si ce n’est déjà le cas (il y a des adhérents qui rentrent, un peu de sous aussi, ça change beaucoup de choses, on professionnalise, on instaure une division du travail plus poussée, ça se remplit d’opportunistes venus de la profession politique et en mal de parti, ça va vite...).

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le message est d'abord à transmettre aux Insoumis…

Le Concierge

PS (sic) Sur le même blog, j'écrivais aussi : "Il y a quand même beaucoup de confusion... Confusion entre le plus grand nombre qui n’a pour le moment que les élections pour s’exprimer et les partis politiques qui transforment les gens en marché électoral. Les partis ne sont pas propriétaires des électeurs ! Donc confondre "membres du FN", soit ceux qui capitalisent sur les suffrages et "électeurs du FN" dont il faudrait demander les suffrages à leur propriétaire supposé, le FN, c’est n’importe quoi ! On sait parfaitement que le vote FN n’est pas un vote d’adhésion mais majoritairement un vote contre la classe politique qui se partage le pouvoir depuis des années et nie en pratique la souveraineté populaire. Dire que le FN représente ses électeurs c’est aussi faux que dire que le PS représente ses électeurs. Ou que Tsipras représente ses électeurs. Donc le problème de nos grands stratèges c’est qu’ils ont peur de la souveraineté populaire ce qui est une posture de classe typique : il leur faut des bergers pour canaliser ce peuple débile et à tendance fasciste ! Donc ne faisons pas surtout un mouvement populaire, mais une alliance entre différents rentiers du marché électoral (qui est le problème, pas la solution, la souveraineté populaire a été neutralisée par le marketing électoral transformant l’électeur en consommateur auquel il faut proposer une offre : Sapir est pas loin de proposer la titrisation du souverainisme, on met un peu de bon avec un peu de pourri etc. et on vend ça à l’électeur ?). C’est génial ces élites de substitution auto-proclamées qui s’y voient déjà et pensent qu’en affichant leur mépris de classe ça va marcher (on va quand même pas aller militer hein ! Ou soutenir les mouvements sociaux. C’est sale ça, c’est pas sérieux... Mieux vaut s’en remettre à des démagogues professionnels pour rassembler le paquet d’actions électorales nécessaires à la réalisation de notre projet d’avenir radieux !). On comprend mieux pourquoi rien ne marche. Les gens qui ont la capacité de comprendre ce qui se passe partagent avec leurs rivaux aux manettes un incroyable mépris pour la population. Ils ont peur du peuple tel qu’ils le fantasment irrationnel, passionnel etc. Mais ils n’ont pas peur des partis ! Ils n’ont pas peur des partis qui ont voté la guerre de 14, ils n’ont pas peur des socio-démocrates allemands de Weimar, ils n’ont pas peur de professionnels de la politique totalement aliénés par leurs enjeux propres qui mènent régulièrement ce peuple si dangereux à l’abattoir. "Souverainisme" (mot débile inventé par l’ennemi et que tout le monde reprend) de droite ne veut rien dire. La ligne de démarcation c’est la réaction d’où qu’elle vienne. Et tous ceux qui pensent que la participation du plus grand nombre doit se limiter à un mandat sont des réactionnaires.

vendredi 14 octobre 2016

Et Frédéric Lordon franchit le Rubicon. Entre la poire et le fromage...

oxi-grecemauve.gif

Mais l'exemple anglais, est-ce qu'il vous attire ?

Moi, en tout état de cause ce qui m'attire, ce serait l'idée qu'un débat européen se rouvre et qu'il soit consacré, comme cela avait été le cas avec le traité constitutionnel européen en 2005, par un référendum.

Et ça, cela vous paraît souhaitable ?

Absolument.

France Culture, 5 octobre 2016

Addendum du 14/11/2016

Manifestement intoxiqué par la tarte tatin aux oignons du Lieu-Dit et diverses soirées Cabaret, c'est bien entre la poire et le fromage que l'ex-chercheur si prometteur, n'ayant pas trop suivi le dossier de la Deutsche Bank apparemment, les affects étant ce qu'ils sont !, fit cette déclaration à laquelle il s'était toujours refusé (ah cette tribune que fut la place de la République où ces choses-là qui leur auraient "fait peur" ne furent pas lancées... Au profit de l'embrasement imaginaire de la plaine européenne !) Peut-être la lutte était-elle trop dure... Bonne continuation au peoplisé Frédéric Lordon. Que l'intellectuel repose en paix... Le Concierge.

mercredi 31 août 2016

Cotisations sociales post-modernes à la mode des escropathes des "Institutions" (ex-troïka)

Père Ubu a trouvé son maître. Mais au passage c'est toute forme de rationalité économique et étatique, et de calculabilité pour parler commeMax Weber, nécessaire à la vie sociale qui y passe. Leur programme est de détruire intégralement le tissu des PME grecques, une sorte de dékoulakisation industrielle... En attendant famines et épidémies. Qui arrêtera cette bande de névropathes ? (Le Concierge)

oxi-grecemauve.gif

En vertu d’une nouvelle loi destinée à lutter contre le travail au noir, désormais, les entreprises grecques ne devront plus payer leurs charges sociales en fonction de leurs effectifs déclarés, mais en fonction des effectifs qu’elles seront supposées avoir en vertu d’un certain nombre de critères.

Ces critères, au nombre de 8, permettront de déterminer l’effectif théorique elles devraient avoir pour réaliser le chiffre d’affaires qu’elles ont enregistré. Ce sont les suivants :

Type d’entreprise

Taille de l’entreprise

Nombre d’heures d’opérations

Nature éventuellement saisonnière de l’activité

Chiffre d’affaires de l’entreprise

Nombre de personnes qualifiées nécessaires pour les activités de l’entreprise

Situation géographique de l’entreprise

Travail personnel effectué par l’employeur ou ses partenaires en affaires.

Ainsi, si le ministère du Travail parvient à la conclusion, sur la base de ces critères, qu’une entreprise ayant déclaré un effectif de 3 personnes, devrait en employer 5, alors elle devra payer des contributions sociales calculées sur la base d’un effectif de 5 personnes.

De même, si elle a déclaré que ses 3 employés travaillent à temps partiel, ils seront réputés être à temps complet. Une mesure passée inaperçue

La mesure a été votée en juin dernier dans le cadre de la Réforme des Pensions, mais comme les baisses des pensions également prévues dans cette réforme ont monopolisé l’attention des médias et du public, elle est totalement passée inaperçue.

Elle vise à lutter contre le travail clandestin, que l’on évalue à 25 % du PIB grec. Le manque à gagner correspondant pour le Fonds de sécurité sociale du secteur privé (IKA) s’élèverait à entre 5 et 6 milliards d’euros. Des effets pervers ?

“Cela pourrait dans aboutir à une hausse de 70 % des contributions sociales pour les employeurs”, commente le site Capital.gr.

Le blog Talking Greece déplore vivement la mise en oeuvre de cette mesure :

“Le plan, tout satanique qu’il semble être, comporte aussi un autre aspect scandaleux : le Fonds IKA recevra de l’argent pour des employés fictifs et il n’aura jamais à retourner ce montant sous forme de pensions et/ou de services de soins de santé. L’IKA sera sauvé, mais les très petites entreprises, et les petites et moyennes entreprises seront détruites. (…)

Vous vous demandez toujours pourquoi entre 65.000 et 70.000 auraient prétendument postulé pour délocaliser leurs sièges sociaux à l’étranger ? Si les impôts et les contributions absorbent plus de 50 % de leurs revenus, et que c’est l’Etat qui détermine combien d’employés votre entreprise doit avoir, quel est l’intérêt d’avoir une entreprise en Grèce ?”

Source : l'Express via Véronique Azemat

Note du Concierge : Pour bien comprendre la "restructuration" massive à l'oeuvre en Grèce, lire aussi Réduire radicalement la petite paysannerie grecque pour ouvrir un boulevard à l’agrobusiness encore peu implanté en Grèce et Repêcher... l'Union Européenne . Il s'agit, comme dans l'URSS de Staline, de liquider l'économie existante et les formes de vie qui y sont liées (dékoulakisation) pour faire tout autre chose, une économie de monopoles industriels tout puissants. Alors une question se pose : pourquoi les écologistes, les alter-mondialistes, les Mélenchonistes (et même les Lordonistes, un petit livre et puis s'en va ?) ne parlent quasiment plus de la Grèce qui devrait pourtant leur fournir des exemples on vivo et particulièrement mortifères de la véritable nature de l'Union européenne, dans le même temps où les petits kapos de la Grèce que sont notamment Valls et Moscovici en font l'exemple de ce qu'il faut faire et donc de ce qui nous attend ? Pourquoi les écologistes n'alertent-ils pas sur la catastrophe écologique en Grèce qui se fait formellement en "notre nom" ? Pourquoi les anti-productivistes ne dénoncent-ils pas à flux tendu la destruction des PME grecques et de l'agriculture paysanne et/ou à petite échelle pour les remplacer par les Konzerns qui détruisent tout sur leur passage ? Pourquoi les anti- et dé- coloniaux s'avèrent-ils incapables d'identifier une colonisation conduite en notre nom à tous et sous no yeux ? Seulement parce qu'il ne faut surtout pas que les gens se demandent comment ils ont pu croire aux beaux discours de Tsipras avant de se rabattre sur son habile complice en trahison, le très Sorossien Varoufakis, car cela ne peut que rendre tout beau discours "de gauche" éminemment suspect (ce qui serait sain 60 ans après la mort d'Orwell) alors que la seule chose qui compte serait la conquête du pouvoir à la faveur de la désintégration du champ politique qui nécessite essentiellement de "faire croire" ? Dans ce cas c'est plutôt ce silence qui achèvera de discréditer les porte-paroles auto-proclamés d'un "autre monde possible" et assurera le triomphe final de la réaction... A moins qu'ils ne parviennent à être cooptés, sur fond de romantisme révolutionnaire kitchissime et de flûte d'Hamelin/Facebook/Twitter/Google/Amazon au service des intérêts servis par les ingénieurs en changement de régime et renouvellement du personnel politique d'encadrement ?

jeudi 7 juillet 2016

La gauche (politicienne) peut mourir ? Elle est morte.

motion-de-censure-ps.jpg

Repris du blog de Canaille le Rouge (pas mieux)

Spéciale dédicace aux Nuits Deboutistes, aux opportunistes Caroline De Haasiens (et leur "AG" médiapartée si créative), aux Fakiristes, aux Lordonistes, aux Halimistes confiant aux grévistes leurs "procurations", aux appelistes qui se foutent du sort commun comme de l'an 40 et à toute "l'avant-garde agissante" qui n'ont surtout pas appelés à coller aux fesses nos "représentants" 24h sur 24 déguisés en panthères roses.

A la fin c'est qui qui ?

Le Concierge

jeudi 2 juin 2016

Rien ne distingue les blancs des noirs

prisoner.PNG Cliquer sur l'image pour visualiser l'épisode.

A François Ruffin et Frédéric Lordon en des temps trop Tsipriotes.

Le Concierge

jeudi 26 mai 2016

"Les mouvementistes (pour ne pas dire les trotskystes) l'ont finalement emporté"

"Je ne sais pas si tu te souviens de ce qu'était Attac, dans sa belle période, entre 1996 et 2005, ce mouvement né pour la taxation des mouvements financiers et devenu le fer de lance de la critique du néolibéralisme ( du capitalisme actionnarial, du « nouveau cours du capitalisme, appelons-le comme nous voudrons ), puis devenu au fil des ans usine à gaz de toutes les contestations ( décroissance - déjà -, sans-papiers, lutte contre tel ou tel barrage, telle ou telle ligne de TGV ou tunnel, AMAP, etc...), perdant de vue l'analyse systémique de ce à quoi nous étions confrontés.

Un sursaut : la lutte contre le Traité constitutionnel européen, avec cette victoire du "non", qui devait tant au travail de fourmis des militants. Et puis la mort. L'inaudibilité de ce mouvement au moment-même où la crise de 2008 validait toutes ses thèses. Tu sais probablement comme moi qu'il ne faisait pas bon, même à la « belle époque d'Attac », critiquer l'Union européenne ( une autre Europe est possible, devait-on dire....), et encore moins oser le mot de « Nation » : ça sentait déjà un peu son facho... Peace and love, nous étions tous frères...Les mouvementistes ( pour ne pas dire les trotskystes) l'ont finalement emporté – réduisant à l'impuissance de fait ce mouvement qui avait déclenché le coup de tonnerre de 2005 ( qu'ont enterré conjointement et Hollande et Sarkozy)."

Lire "Nuit debout : lettre ouverte à Frédéric Lordon" par Pascale Fourier sur son blog Mediapart

Ce qui s'est passé à ATTAC s'est passé un peu partout (en ce qui nous concerne aux éditions Agone, mais il ne s'agit que d'un cas parmi d'autres), et s'accélère même par des stratégies d'entrisme de carriéristes typiquement trotskistes en effet, plus qu'encouragées par Mélenchon qui a besoin de relais et colonise ce qu'il reste de petites structures de résistance : Ensemble! = Cassez-vous on va s'en occuper.

Le Concierge

samedi 21 mai 2016

Je sens que ça vient

Le comité translucide a courageusement affronté la critique des masses populaires en sorte de faire cheminer ses idées du particulier au général. Un débat de haute tenue péripatéticienne a vu l'indécrottable réfractaire J-P.Garnier affronter : clercs universitaires, ex-maoïstes rationalistes, leninistes barbus, nuitdeboutistes, spontanéistes communards, libraires, voisins et amis pour une impeccable défense et illustration du marxisme-burlonisme. En prime quelques archives émouvantes et une présentation de l'ouvrage par son éditeur. (Présentation reprise du site de tropiques)

cavient.jpg Cliquer sur l'image pour visualiser le débat sur le site de la Librairie tropiques

Bonnes feuilles :

Changer les règles, changer les institutions ? Qu’est-ce que cela veut dire ? Moi je maintiens que l’on appartient à la petite-bourgeoisie intellectuelle cad aux agents dominés de la domination, je reprends toujours une définition bourdivine, cad qu’en fait pour l’instant on ne voit pas les membres de notre classe remettre en cause le fonctionnement de Universités, le fonctionnement des règles. Faut pas déconner. j’ai passé quand même plusieurs décennies dans l’Université, j’ai jamais vu des gens qui remettaient en cause la fonction n°1 des universités, c’est celle de la reproduction des rapports de production, la division du travail etc. jamais personne. Aucun prof. Aucun prof ! Il y avait quelques profs anars bon ils en ont eu marre, ils sont partis eux-aussi faire les agriculteurs dans les périphéries ; mais sinon je n’ai jamais vu un prof remettre en cause la division du travail entre ceux qui pensent et ceux qui exécutent. La division du travail capitaliste sociale, je dis bien, pas technique, c’est quelque chose qui est sans arrêt reproduit particulièrement par l’Université. Les règles ne sont pas remises en cause. On veut simplement que ces règles-là soient un peu plus favorables...

Alors je ne suis pas du tout d’accord (...)... le salariat. Le rapport salarial. Ça pour moi, c’est une fumisterie. Il y a des salariés qui sont haut de gamme, qui sont presque des capitalistes, qui commandent, qui dirigent... Moi, il y a un mot qui a disparu et que je persiste à utiliser, c’est le mot prolétariat, cad des ouvriers et des employés d’exécution. Les salariés... si c’est un prof de rang A dans une fac, on sait ce que c’est... Il n’y a pas plus conservateur. J’en ai fréquenté toute ma vie. Et j’ai vu ce qu’ils valaient. En terme d’offensive, contre les instituts, rien du tout. Ils essaient de se caser, ils ont des plans de carrières, les projets de société ils n’en ont rien à foutre. Fallait voir... En plus, quand je suis arrivé, en plus je suis arrivé à un moment où ça bougeait un peu dans les Facs. 1971. Toulouse Le Mirail. Fallait voir. Je les avais vus à Cuba, la Révolution, machin... Je les ai vus... Ils étaient tous en train de savoir bon, qui est-ce qui veut occuper ce poste etc. Ils n’ont pas du tout... On était les seuls... On était trois profs uniquement seulement sur la Fac, contre les lois Debré de réforme universitaire, à foutre la merde. La vraie merde, hein ! Empêcher les examens, par exemple. Pour prendre un exemple, bon à l’époque, on construisait le Mirail – il est détruit maintenant – l’Université du Mirail, y’avait deux chevaux en train de brouter... On a amené un cheval et on l’a amené dans une salle d’agreg où il y avait un prof qui ne faisait pas grève, qui était du PC. Et évidemment il y avait 300 à 400 étudiants... Mais les profs ce sont des lâches et des arrivistes... Ils sont modelés pour reproduire la société... Faut pas... C’est quand ils ont le dos au mur qu’ils deviennent... Et j’en viens à Lénine. L’intelligentsia russe...

Effectivement, Radek, Boukharine... on va pas faire la liste... c’étaient tous des intellectuels. Mais c’était des intellectuels sous un régime tsariste. Alors le régime tsariste, il fallait voir ce que c’était... Il fallait voir aussi que ça bougeait beaucoup les soviets et tout le bazar, 1905. Ce sont des gens qui ont su être traîtres à leur classe. Traîtres à leur classe. Qui se désolidarisent de leur classe. Moi, je ne me suis jamais solidarisé avec ma classe. Je suis un petit-bourgeois intellectuel. J’ai été payé et je suis toujours payé, avec la retraite, par l’État. Mais je n’ai jamais été solidaire au point de nier, de fonctionner dans le déni sur le fait que tant qu’on ne fout pas la merde dans les institutions... pas pour les améliorer au service de la n-ième réforme, on n’arrête pas d’avoir des réformes en France, n-ième règle du jeu... le jeu, faut le casser. C’est pas de faire des règles du jeu pour faire plaisir aux réformateurs ou plutôt... aux réformateurs, hein, ceux qui veulent donc... Qu’est ce qu’il a dit l’autre ? Todd... apprivoiser le capitalisme. Moi je pense que face au capitalisme redevenu sauvage, il ne faut pas l’apprivoiser... il faut lui faire peur. Mais lui faire peur pas au sens Lordonesque du terme, hein !

Note du Concierge:

Sur la "Divergence des luttes" avec les universitaires, on lira en complément une étude de terrain du laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein qui ambitionne de passer du particulier au général (s'agissant d'un "terrain de lutte", des noms sont cités, mais le lecteur n'aura qu'à les changer sur son propre terrain pour prendre conscience qu'il s'agit bien là d'un rapport de classes et de production, et non d'une critique moraliste de type "indignés".)

vendredi 20 mai 2016

Il y a 20 ans : Discours aux cheminots grévistes, Paris, Gare de Lyon, 12 décembre 1995

icareg.jpg

Cheminots, postiers, enseignants, employés des services publics, étudiants, et tant d'autres, activement ou passivement engagés dans le mouvement, ont posé, par leurs manifestations, par leurs déclarations, par les réflexions innombrables qu'ils ont déclenchées et que le couvercle médiatique s'efforce en vain d'étouffer, des problèmes tout à fait fondamentaux, trop importants pour être laissés à des technocrates aussi suffisants qu'insuffisants : comment restituer aux premiers intéressés, c'est-à-dire à chacun de nous, la définition éclairée et raisonnable de l'avenir des services publics, la santé, l'éducation, les transports, etc.

Lire la suite...

jeudi 19 mai 2016

49.3 et culture du narcissisme

Sous bénéfice d'inventaire, l'utilisation du 49.3 dans le cadre de l'adoption de la loi El-Khomri a généré trois textes dont une seule pétition. Aucun de ces textes ne demande aux Députés de voter la censure quelle qu'elle soit ; un seul s'adresse aux Députés sous forme de pétition mais pour demander à la droite et à la gauche de se mettre "ensemble" pour signer une motion commune dont la menace permettrait le rejet de la loi travail "sans crise politique majeure" (il s'agit apparemment d'une initiative individuelle).

Le premier texte émane de "Nuit Debout" et "censure" le gouvernement. Bref, il s'agit d'un selfie de plus ne faisant même pas semblant de rechercher la moindre effectivité, ne parlons pas des moyens d'empêcher l'adoption de la loi via la censure du gouvernement. Confusion classique de "la cause" et "la pause" par ceux et celles qui "ne revendiquent rien".

petitionNuitDebout3.PNG

petitionNuitDebout.PNG

petitionNuitDebout2.PNG

Le second texte émane notamment de Caroline De Haas, initiatrice de la pétition initiale "Loi El-Khomri, non merci" qui avait réuni 1 331 268 signatures (et les organisateurs possèdent donc le fichier des signataires).

Il s'agit en fait d'une motion, tout comme le texte de Nuit Debout, d'une affirmation dépourvue d'effectivité puisqu'il s'agit d'une "motion de censure citoyenne", ce qui n'a pas de réalité institutionnelle. Là aussi les signataires ne "revendiquent rien".

petitionDeHaas.PNG

Innovation par rapport à la pétition "Non, merci", elle met en avant "150 personnalités" que le "citoyen" infantilisé est invité à rejoindre.

petitionDeHaas2.PNG

A ce stade, il est donc bon d'exposer le profil politique de Caroline De Haas (également co-signataire d'un texte de soutien aussi neuneu que distant à Nuit Debout paru dans le Monde.)

Mouvement des Jeunes Socialistes puis PS, porte-parole de Benoît Hamon, cette "personnalité" co-fondatrice d'Osons le Féminisme, association spontex, entre au cabinet de Najat Vallaud Belkacem (ministre des droits de la femme) après l'élection de Hollande où elle est chargée des relations avec les associations (un passage très rapide d'une association féministe au Ministère des droits de la femme, donc. Tout comparaison avec SOS Racisme et Ni Putes Ni Soumises serait évidemment inconvenante mais néanmoins sociologiquement juste.). Elle quitte le PS en avril 2014 et sa liste « Féministes pour une Europe solidaire » obtient 0,29% aux élection européennes en Ile-de-France. En janvier 2016, elle lance avec Elliot Lepers et Arnauld Champremier-Trigano la campagne "Pour une primaire à gauche".

Ce pedigree suggère que les luttes ne sont jamais aussi bien structurellement trahies que par ceux et celles qui dégainent les premiers lorsqu'une vague de contestation se forme pour y associer leur nom et être propulsé par la vague d'Hosukaï vers des hauteurs institutionnelles (un rapport horizontalité/verticalité pas si mal décrit par Frédéric Lordon dans Imperium, mais que la sagesse populaire appelle "opportunisme", ce qui est quand même plus facile à comprendre.)

Les signataires sont représentés par la photo de leur profil facebook (biais par lequel on signe la pétition) et on accède à leur nom en passant la souris dessus.

petitionDeHaas3.PNG

Le troisième texte, et seule pétition, semble une initiative personnelle. Il a le mérite de revendiquer quelque chose, malheureusement totalement farfelu, que des députés de gauche et de droite s'entendent sur un texte de censure commun (en supposant que la droite est contre la loi !), et encore seulement pour obliger le gouvernement à retirer le texte pour éviter la censure et "une crise institutionnelle".

petitionRennes.PNG

petitionRennes2.PNG

petitionRennes3.PNG

Il y a là certainement de quoi désespérer Billancourt...

Une chose semble sûre : la fraction de classe moyenne qui s'agite médiatiquement autour de la loi El-Khomri n'a aucune détermination à empêcher qu'elle soit adoptée. Face à un gouvernement, si ce n'est un "Régime" comme on dit des Républiques bananières, véritablement à bout de souffle, c'est l'occasion de s'iconifier et de prendre position sur les barricades médiatiques. Et de constituer des bases de données sous forme de pétitions et de motions (ce qui est d'ailleurs l'objet de beaucoup de commentaires facebook sur la motion De Haas.)

Une chose est sûre : il faut faire tomber le gouvernement Vallas Macron notamment pour empêcher l'adoption de la loi El-Khomri.

N'en déplaise aux insurrectionnistes, c'est par la pression de la rue ET la voie institutionnelle que l'on peut y parvenir.

"En leur faisant peur". A qui ? Aux Députés qui ont signé la motion de censure de gauche mais refusé de voter la motion de censure de droite et dont la liste est ici.

Le Concierge

Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

vendredi 13 mai 2016

Les États-Unis nous montrent ce que sera le XXIe siècle

Les États-Unis, un modèle à suivre.

Les États-Unis, un modèle pour tous les pays de la planète.

Les États-Unis nous montrent ce que sera le XXIe siècle.

Le XXIe siècle verra le retour des esclaves, qui resteront debout dans leurs usines pendant des heures, qui pisseront et qui chieront dans leurs couche-culottes.

Vendredi 13 mai 2016 :

États-Unis : privés de pause-toilettes, des employés portent des couches.

Les employés du secteur volailler aux États-Unis travaillent dans un tel climat de peur qu’ils n’osent pas demander de pause pour aller aux toilettes et portent des couches au travail, affirme l’ONG britannique Oxfam dans une étude.

D’après ce rapport publié mardi 10 mai, « la grande majorité » des 250.000 ouvriers du secteur avicole américain « dit ne pas bénéficier de pauses-toilettes adéquates », en « claire violation des lois américaines de sécurité au travail ».

Ils « luttent pour s’adapter à ce déni d’un besoin humain de base. Ils urinent et défèquent debout face à la ligne d’assemblage, portent des couches au travail, réduisent leurs prises de liquides et fluides à des niveaux dangereux » et risquent « de graves problèmes de santé », martèle l’étude.

Les chefs de ligne refusent aux ouvriers ces pauses « parce qu’ils sont sous pression pour maintenir la vitesse de production », fait valoir Oxfam. « Le secteur volailler affiche aujourd’hui des bénéfices records » tandis que « les ouvriers gagnent de faibles salaires, souffrent de taux élevés de blessures et maladies, évoluent dans des conditions difficiles » et « un climat de peur », dénonce l’étude.

Source : Le Parisien

Via BA qui publie sur le blog de Frédéric Lordon

Le taux de syndicalisation en France

Taux de syndicalisation des fonctionnaires : 20 %.

Taux de syndicalisation dans le secteur marchand et associatif : 9 %.

Jeudi 12 mai 2016 :

France : 11% des salariés sont syndiqués.

Onze pour cent des salariés français adhéraient à un syndicat en 2013, une proportion stable depuis le milieu des années 1990 et qui masque d’importantes disparités entre fonction publique et secteur privé, France métropolitaine et Outre-mer, selon une étude publiée jeudi.

Compilée par la Dares (direction des études du ministère du Travail), l’étude montre ainsi que le taux de syndicalisation des fonctionnaires (20%) est deux fois plus élevé que dans le secteur marchand et associatif (9%).

La Dares note enfin que le taux de syndicalisation français est l’un des plus faibles en Europe, se classant 26e parmi les 28 pays de l’Union européenne, devant l’Estonie et la Lituanie, mais très loin derrière les pays du nord : 74% en Finlande, 70% en Suède, et 68% au Danemark.

Via BA qui publie sur le blog de Frédéric Lordon

mardi 10 mai 2016

Loi travail : la responsabilité historique des Députés, des syndicats, des Intellectuels, et des mouvements sociaux

Comme prévu, la responsabilité du gouvernement est engagée via le 49.3 sur la loi El Khomri. Donc la responsabilité des Député(e)s est engagée. Celle des mouvements sociaux aussi.

Est engagée la responsabilité des opportunistes de premier rang : Députés « frondeurs » ou soit-disant tels (sans compter les opportunistes de second rang comme Emmanuelle Cosse - membre du gouvernement DONC solidaire du texte - même si son « compagnon » se charge de mettre en musique à quel milieu prédateur, régi par un Code datant de Cro-Magnon et réactualisé par King Kong théorie, on a à faire. Et ses turpitudes sont bien faites pour cacher celles de sa compagne qui plaque tous les travailleurs, et bien plus encore les travailleuses, de ce pays, contre un mur des Fédérés pour essayer de leur donner un autre type de baiser qui est celui de l'exploitation et de la mort sociale). Il faut faire tomber Valls et Macron, c'est à dire voter la censure. Maintenant ou jamais. Que cette loi passe et la gauche sera définitivement morte. Ces Députés prétendument « frondeurs » auront du mal à s’en remettre, et le seul appel qu’on puisse leur faire est celui de leur survie politique à moyen terme (à court terme, cela se paiera de leur mandat.) L’occasion est trop belle pour des opportunistes de se refaire un semblant de virginité. Qu’ils la saisissent puisqu’on en est là en matière de « représentation ».

Celle des mouvements sociaux. « La gauche ne peut pas mourir » dixit Frédéric Lordon. Pour lui la lutte contre la loi El Khomri était un « prétexte ». Et les luttes locales (c’est à dire les luttes des gens là et dans les conditions où ils vivent) vouées à l’échec sectoriel. Qu’a-t-il proposé en lieu et place ? Un festival politique, Place de la République. Bravo ! Bravissimo ! On imagine que les accapareurs de la plus-value du travail utilisent aussi le « périscope » pour dénombrer le nombre de manifestants à proximité de l’Assemblée Nationale, le soir où El-Khomri, dépourvue de majorité, a prononcé la « réserve de vote ». C’est le résultat concret de votre « travail » de "montée d'un niveau", M. Frédéric Lordon ! Bravo, Bravissimo !

Ruffin avait proposé de donner son corps à la lutte « pour un an ». Merci du peu. À lire le dernier Fakir, ça n’aura pas duré deux mois. Pas grave, son corps n’ayant rien de thaumaturge, on s’en fout. Mais ces deux-là pourraient bien être les idiots utiles qui auront inventé le hashtag #NuitDebout qui comme #JesuisCharlie est l’oraison funèbre de l’idée même de « République sociale ». Frédéric Lordon se fout de la loi El Khomri. Normal, il sera le dernier touché. Oh, certes, les fonctionnaires sont aussi visés par la loi, à travers le Compte d’Activité Personnalisé. Mais on peut penser que les diplômés des grandes écoles directeurs de recherche au CNRS (« La Noblesse d’État ») auront, au pire, des problèmes de reproduction sociale pour leur progéniture éventuelle : et encore, devenu star mondiale de la contestation intellectuelle française (les Badiou, Rancière et autres pitres ayant fait leur temps), ça devrait bien se passer dans un monde « mondialisé ». Ça s’appelle l’aveuglement de classe, tout simplement, ou le « biais scolastique » de façon plus Bourdieuso-Austino tordue !

Essayer de suivre « Nuit Debout » depuis le fin fond du Département rural le plus excentré, et le plus pauvre, de France est un bon exercice. On y cherche en vain le moindre contenu inscrit dans les luttes depuis 1995 et les mobilisations victorieuses contre le « plan » Juppé. Aucune continuité visible. Rien n’a été transmis en 20 ans, alors qu’il y a 20 ans nous étions quelques-uns à essayer de transmettre l’expérience des luttes qui avaient précédé depuis la Libération, que nous ne connaissions que par bribes, et dont nous cherchions à empêcher l’effacement. Même le Monde Diplomatique, qui pleure chaque année (comme Acrimed sur Radio Debout : Malher de Malher, quelle indécence alors que vous ne faites plus rien depuis au moins 10 ans de faire tapiner des salariés précaires pour quémander 60000 EUR comme la dernière des paroisses de la gauche soumise à son évêque !) pour recueillir des dons sensés asseoir son indépendance alors qu’il est loin d’être pauvre, a succombé à la logique du marché : qu’il libère ses archives 1995-2005 payantes en ligne dans un moment pareil, cet Arpagon !

Du contenu ? Rien. Absolument rien. Et alors que tous les contenus sont disponibles et ont été produits et publiés au prix de tant de sacrifices... Je pense à Agone, dont j’étais. Je pense à Balbastre (Dis-moi François Ruffin, tu vas lui en filer un peu de tune à Gilles sur le fric qui va enfin rentrer à Fakir, là ? Lui faire un tout petit plus de pub que tu as fait semblant de faire ? Parce que les Mutins de Panurge, ils ont des tunes mais par pur opportunisme. Et ils partagent pas trop... Donc tu vas peut-être avoir les moyens de financer les « purs » qui n’ont besoin que de budgets de merde, assurent le retour sur investissement par leur talent et leur conscience politique, et sont même capables de dire merci en se faisant arnaquer sans s’en rendre compte?). « Nuit Debout n’est qu’un média », écrivions-nous. Mais le nerf de la guerre, ce qui relie, ce n’est plus la religion (« religere »), c’est le média ! Alors passer du webmanager de radios (d’autant plus de marché qu’elles sont réputées indépendantes - start-ups de la « Fabrique du consentement ») dépolitisantes, Rémi Buisine, à Xavier Renou (Sciences Po Paris viré de Greenpeace pour l’inefficacité de ses campagnes purement médiatiques contre le nucléaire et persuadé que le changement social viendra du marketing !) pour « Télé-Debout », ce n’est même pas passer de Pujadas à Élise Lucet ! La télévision « publique » fait mieux ! Quant à Radio Debout, initiée par ceux qui se sont écrasés face à Mermet, on ne peut guère en attendre qu’ils aillent jusqu’au bout de leur logique de légitimation : « il faut avoir les moyens de faire, OK, tout est dégueulasse, mais il faut avoir des moyens de production ». Si c’était un choix, ben maintenant que vous les avez, vous filez le bébé à Cyran ? (« Si tu veux faire la Révolution, je te file mon 06 »?).

Bref. Il faut mettre la pâtée à la loi El-Khomri. Tout en découle. C'est tellement évident que depuis le début, ça aurait dû être le seul objectif. Ah les intellectuels ! Il n’y a que ceux qui ont le cul dans le beurre et pratiquent la Distinction académique et politique de gauche qui ne l’ont pas compris. Sont juste pas concernés par le sort commun, vulgaire. Et nous envoient dans le mur capitaliste en prophétisant la fin du capitalisme (qui a depuis longtemps synthétisé les produits chimiques qui nettoient le sang social résultant des bavures intellectualistes sur les baskets, cher Frédéric Lordon.)

Lorsque j’ai eu vent de cette loi, j’ai écrit un petit texte en pensant « tract ». Il manque un peu d’ouverture, de « Pour » face au « Contre ». J’avais fait le déplacement à la Bourse du Travail... Mais cette réunion n’était là que pour entériner des décisions déjà prises (et Frédéric Lordon rapporte à longueur d’interviews - qu’il ne donne pas puisque qu’il les donne à des « médias alternatifs » qui ne le sont plus depuis 10 ans et courent la reprise par le mainstream qu’ils relégitiment ! - que ce sont les siennes, d’ « idées », donc de quelqu’un qui n’a aucune idée de la sociologie du pays ni aucune expérience des luttes sociales.)

C’est un peu comme les AG des gens qui passent Place de la République...

Pas de représentation, donc pas de mandataires, donc pas de mandants, donc pas de démocratie, tout simplement...

À ceux et celles qui ont le pouvoir au-moins de la parole parce que nous y avons cru, là maintenant, TOUS ENSEMBLE contre la loi « travaille !» .

S'il vous plait. S'il vous plait... Soit on gagne, soit c'est le fascisme.

S'il vous plait, s'il vous plait, s'il vous plait...

« On touche à l’os » dixit Gérard Filoche. Un socialiste. Qui vaut plus que tous les socialistes honteux qui « ne revendiquent rien ». Car ils ont déjà tout. Et pourront bien aller se réfugier où ils voudront si nécessaire et passer pour des héros.

S'il vous plait...

Et s'il ne vous plait pas, cette fois-ci, j'espère bien que nous vous passerons sur le corps

Vive la République sociale, démocratique et solidaire,

Vive la Sociale

Le Concierge

mardi 26 avril 2016

"Mais horizontalement, c'est toi que je préfère de loin..."

diplo.PNG coll. du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Quand Le Monde Diplomatique twitte ligne à ligne un entretien avec Frédéric Lordon publié sur son blog... La Révélation soulevant la vague d'Hokusaï de la démocratie numérique ? Ou ivresse du philosophe surfant sur la (petite) vague juste avant de boire la (grande) tasse ?

Tsunami_by_hokusai_19th_century.jpg

Y-a-t-il un bouton Lord-off au Diplo ?

- page 1 de 2