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Centre d'Economie du Bonheur

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mercredi 13 mars 2019

Brexit : Au terme d'une négociation-Party de 2 ans, les Britanniques gagnent un séjour de 10 000 ans dans l'Enfer du Royaume-Uni

xiquexique.PNG Maurice Tillieux, L'Enfer de Xique-Xique

Il ne pleuvra pas de grenouilles le 29 mars... Les avions voleront toujours, les diabétiques recevront de l'insuline (les diabétiques britanniques parce que les Grecs...), les pêcheurs pêcheront, les étudiants Erasmeront (le Programme Erasmus n'étant d'ailleurs pas limité à l'UE...) et... les mêmes doxosophes qui se seront encore trompés sur tout continueront à raconter n'importe quoi à la télévision (snif...). Le Concierge

Les parlementaires européens ont désormais donné leur feu vert à des mesures d’urgence relatives au voyage, au transport, au programme Erasmus, à la sécurité sociale ou encore à la pêche. Celles-ci sont toutes limitées dans le temps et adoptées unilatéralement par l’UE, à condition que le Royaume-Uni en approuve des similaires.

En vertu des textes validés, les étudiants et les professeurs engagés dans un échange Erasmus des deux côtés de la Manche obtiennent notamment la garantie de pouvoir l’achever, tandis que les citoyens européens au Royaume-Uni et les Britanniques dans l’UE ont la certitude de conserver leurs prestations de sécurité sociale acquises avant le retrait.

Des dispositions de base permettant de maintenir des services aériens, de transport de marchandises et de bus entre l’Union et la Grande-Bretagne ont également été approuvées, tout comme des autorisations temporaires de pêche pour les navires européens dans les eaux territoriales britanniques et inversement.

Ce dernier point revêt un intérêt particulier pour la Belgique, où environ 2.500 emplois dans le secteur halieutique seraient menacés en cas de fermeture des eaux du Royaume-Uni, d’après une estimation récente de la fédération sectorielle.

Source : Le Soir

Lire aussi : Brexit: En cas de sortie sans accord, le Royaume-Uni va drastiquement baisser ses droits de douane

ouaf, ouaf !

mercredi 27 février 2019

Aéroport de Toulouse, Solidaires, CGT et FSU demandent la mise sous séquestre

Communiqué de presse des trois organisations syndicales

Aéroport de Toulouse Blagnac

La CGT, Solidaires et la FSU croisent le fer contre la privatisation !

Les Unions Départementales des syndicats CGT, Solidaires et FSU de Haute-Garonne ont déposé auprès du tribunal de commerce de Paris, avec leur avocat Maître Lèguevaques, une demande de mise sous séquestre des actions de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse-Blagnac que Casil Europe détient.

Cette demande sera étudiée lors de l’audience du 13 mars 2019 à 11 heures, en présence de l’Etat et des collectivités locales au tribunal de commerce de Paris.

Cette procédure permettra aux salarié-es d’ATB, de l’ensemble des entrepriseset services présents sur l’aéroport, ainsi qu’à la population, de connaître concrètement les positions des différents protagonistes dans cette affaire, loin des rumeurs et des « accords de couloirs » mais à la lumière de la justice !

En effet, CASIL EUROPE a annoncé son intention de céder ses actions à un nouvel acquéreur privé, faisant au passage des profits éhontés après avoir pillé les fonds de réserve de l'aéroport. Les profits annoncés soit plus de 200 millions d'euros au moment de la revente, sont à mettre en perspective avec le fait avéré que ce fond spéculatif n'a pas rempli ses promesses d’investir 850 millions. Des révélations qui posent une question majeure : - le prix de vente fixé au moment de la privatisation était-il largement sous-évalué ?

Dans l’attente des résultats dans les différentes procédures déjà engagées cette dernière est destinée à protéger le bien public de la rapacité d'une société privée et de la collaboration de l'Etat dans la privatisation de notre aéroport, menée sous le gouvernement de Manuel Valls par son ministre des finances Emmanuel Macron.

Cette procédure conservatoire fait suite à la démarche juridique menée par le collectif contre la privatisation de l'aéroport demandant l'annulation de la vente à CASIL EUROPE par l'Etat et qui devrait être jugé par la cour administrative d'appel prochainement (audience le lundi 11 mars 2019).

Par ailleurs, plusieurs contribuables riverains de l’aéroport mené-e-s par le collectif unitaire contre la privatisation de l’aéroport ont initié une nouvelle procédure en demandant aux collectivités d’agir en nullité de la vente à CASIL EUROPE pour dol.

Pour les organisations syndicales, l’action judiciaire ne se substitue en aucune manière à l’action et à la mobilisation collective et massive des salarié-e-s et des citoyen-ne-s qui demeure essentielle. Elle en constitue un levier supplémentaire.

Remarquons que la pétition lancée par le collectif unitaire contre la privatisation de l’aéroport a réuni plus de 2300 signatures en moins d’une semaine (lien vers la pétition). Enfin, par cette action judiciaire, les syndicats agissants adressent une mise en garde solennelle : toute tentative de privatisation d’un aéroport qui participe de l’indépendance nationale, est contraire à l’alinéa 7 du Préambule de la Constitution de 1946 qui dispose que « Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »

Toulouse le 22 Févier 2019

samedi 9 février 2019

Étienne Chouard – François Asselineau : L’entretien – UPR TV

chouardasselineau.PNG Cliquer sur l'image pour se faire une idée sur... ce que peut être un entretien entre deux fascistes ?

jeudi 7 février 2019

Il y a 9 jours : François Asselineau explique l'UE

asselineaulyon.PNG Cliquer sur l'image pour voir la conférence "hors du champ de la République" qu'un cercle d'étudiants a organisé grâce au nécessaire chaperonnage d'un professeur, car il en fallait un, à défaut de tous les autres (rappelons que Philippe Corcuff est professeur à Sciences Po Lyon avec un record de longévité inégalé dans un IEP pour un auto-proclamé représentant de "la gauche radicale" ou de "la gauche d'émancipation"... Le Concierge (diplômé de l'Institut d’Études Politiques de Lyon)

dimanche 3 février 2019

Gilets Jaunes et SYNDICATS

Par Jean-Pierre Page (1)

Voici plus de 11 semaines que les gilets jaunes rythment par leurs initiatives la vie politique et sociale française. Le 26 janvier a été une grande journée de mobilisation à travers toute la France. Elle a aussi été marquée par une répression sans précédent violente, délibérée et orchestrée.

Emmanuel Macron, son gouvernement, le Parlement, les partis politiques, les médias, les analystes commentent et se déterminent quotidiennement en fonction de ce mouvement inédit dans sa forme, ses objectifs et sa durée. La plupart d’entre eux ont été totalement pris au dépourvu et ont toujours autant de mal à le caractériser et plus encore à y faire face, fut-ce par la contrainte et les représailles ! Dans les couloirs du pouvoir, on est chaque fin de semaine, proche du mode « panique ».

Les syndicats n’échappent pas à ce constat. Pire, bien que par leur rôle, ils se doivent d’être en phase avec les préoccupations et l’état d’esprit réel des travailleurs, ils n’ont pas vu venir cette vague populaire qui a pris l’ampleur d’un tsunami social et politique. Celui-ci est sans précédent dans l’histoire française. Plutôt, que d’en tirer les conséquences, le choix des dirigeants syndicaux a été de se réfugier dans un rôle d’observateur, non sans espérer fut-ce au prix d’un lâche soulagement de voir les choses en finir au plus vite.

Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT, considère toujours « que le mouvement des gilets jaunes n’est en rien capable, de réunir les gens, de les faire débattre entre eux, de hiérarchiser les revendications, de s’engager dans la recherche de solutions. Il n’a rien inventé affirme-t-il, ni est capable de mobiliser en masse. Nous devons éteindre collectivement l’incendie ». (2)

On ne saurait pas être plus clair, chasser le naturel, il revient au galop ! En fait, et c’est bien là le problème, quand « tout remonte à la surface » (3), les syndicats ne rêvent-ils pas de continuer à faire comme si de rien n’était ! « Il faut que tout change pour que rien ne change » (4).

Pourtant et dorénavant tout le monde est au pied du mur et dans l’obligation de se déterminer par rapport à l’existence, aux débats et aux initiatives des gilets jaunes. Leur action est à ce point incontournable que non-content d’ébranler les bases d’un pouvoir politique qui se voulait conquérant, arrogant et sûr de lui, elle révèle l’étendue d’une crise sans précédent autant sociale, politique, économique que démocratique. Elle renvoie également à la crise du syndicalisme et pas seulement à la représentation de celui-ci.

Macron, quant à lui, cherche à gagner du temps et à reprendre la main, mais de l’avis général les deux mois de débats, et d’enfumage dont il a pris l’initiative ne régleront rien. En guise d’exorcisme et d’incantations, il ne suffit pas d’affirmer qu’on ne changera pas de politique pour s’en persuader. C’est sans doute pourquoi les Français ne se font aucune sorte d’illusions sur les vertus de son

« One-man-show », ce long monologue ou il bavarde sans écouter. Les gilets jaunes avec détermination ont décidé de poursuivre leur action contre vents et marées tout en déjouant les multiples pièges qu’on leur tend. Faisant preuve là, d’une rare intelligence politique !

Ils apprennent vite, tout en faisant face à une répression de masse, déchaînée et meurtrière (5). Celle-ci est sans précédent depuis presque 60 ans. On se souvient du massacre de Charonne ou celui du 17 octobre 1961(6) qui couta la vie a des centaines de travailleurs algériens ! Pourtant, le 6 décembre à la stupéfaction et la colère de nombreux militants, les confédérations syndicales y compris la CGT ont été jusqu’à condamner comme coupables les victimes des représailles policières et « toutes formes de violences dans l’expression des revendications » (7) ! Fallait-il donner de cette manière choquante une nouvelle justification au concept de « syndicalisme rassemblé » ? 50 ans plus tard Macron n’en demandait pas tant ! Faut-il rappeler qu’en 1968 la CGT s’est honoré en appelant à la grève générale contre la répression à l’égard du mouvement étudiant. Depuis, l’initiative de la CGT Paris de saisir la justice contre l’utilisation criminelle de « flashball » par les forces de l’ordre, à montrer un rejet net de cette manière de renvoyer tout le monde dos à dos (8).

Dans de telles circonstances, il y a urgence pour le Capital et la bourgeoisie, à trouver une issue à cette crise majeure, il leur faut anticiper, car les problèmes s’enchaînent les uns après les autres ! Alain Minc et Jacques Attali parmi d’autres s’inquiètent du creusement des inégalités.

Comme au sein d’une « Cupola mafieuse sicilienne », les « parrains » de Macron comprennent, que cette situation ne peut perdurer indéfiniment. Déjà, dans un temps très bref, moins de deux ans, elle a fragilisé à l’extrême le pouvoir du jeune banquier de chez Rothschild, dont ils avaient fait le choix.

Faut-il ajouter au tableau, que le mouvement peut faire tache d’huile et devenir contagieux ! Déjà en Belgique, au Portugal, en Pologne, en Grand Bretagne, en Hongrie, aux Pays-Bas, en Irlande, et même au Liban, en Afrique du Sud, en Irak, on revêt le gilet jaune de la colère populaire (9).

Dans ce contexte, les instances supranationales comme celle de l’Union européenne déjà à l’avenir incertain, voit celui-ci s’assombrir un peu plus à fortiori avec la perspective des prochaines élections européennes. Le moteur franco-allemand se met à tousser au point que l’on se demande s’il ne va pas caler. Le traité d’Aix la Chapelle entre la France et l’Allemagne que viennent de signer dans l’urgence et le secret Macron et Merkel consacre une capitulation française sur sa souveraineté au bénéfice d’une Europe des « Landers » et d’une armée allemande baptisée « européenne ». Comment ne pas remarquer que deux mois auparavant, par anticipation et sans consultations de leurs affiliés les syndicats français et le DGB allemand avaient décidé de soutenir ce grand projet d’intégration européenne (10) sous le pavillon d’Outre-Rhin.

Pour la France qui est encore admise comme 5e puissance mondiale, l’onde de choc internationale créée par le mouvement des gilets jaunes fait vaciller la crédibilité d’un système en question, plus encore que celle d’un président dont la suffisance et la morgue font dorénavant sourire, tant elle apparaît dérisoire. A Paris, Macron, à la remorque de Trump soutient les putschistes de l’extrême droite vénézuélienne, il ne tarit pas d’admiration et d’éloges pour leurs manifestants et ordonne à Maduro de respecter la démocratie et des élections sous 8 jours. « Faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais ! » Imaginons Nicolas Maduro, exigeant de Macron l’organisation d’élections en France sous 8 jours au risque de voir le Venezuela reconnaître Éric Drouet des Gilets jaunes comme le président en charge.

Par conséquent, il est difficile de contester que les enjeux se soient singulièrement aiguisés ! On ne choisit pas la période dans laquelle on vit, il faut être à la hauteur de ce qu’elle exige. Pour le mouvement syndical et particulièrement pour la CGT ce nouvel épisode des « luttes de classes en France » n’est pas sans risques. Le paradoxe, c’est qu’il n’est pas non plus sans opportunités ! A condition, bien sûr d’en avoir la volonté politique et de s’en donner les moyens si toutefois l’on veut créer le rapport de force nécessaire pour gagner. Dans de telles circonstances la seule stratégie qui vaille est donc de contribuer à fédérer et faire converger les luttes dans les entreprises avec celle des gilets jaunes. L’objectif, (encore, faut-il avoir un objectif), doit être de bloquer les entreprises, les centres de productions stratégiques, tout autant que les voies de circulation, faire pression sur le patronat, le gouvernement et Bruxelles « là où ça fait mal ! ».

Nous n’en sommes pas tout à fait là, pourquoi ?

Il devrait aller de soi que le mouvement populaire agisse et parle d’une seule voix tant les objectifs légitimes de justice sociale, de démocratie et de respect sont massivement partagés dans et hors les entreprises, c’est d’ailleurs ce que souligne la CGT. Les gilets jaunes quand ils ne sont pas retraités ou chômeurs sont aussi des salariés. Toutefois, il ne suffit pas de répéter que les revendications sont voisines sinon identiques, quand toute la question est de savoir quelles conséquences pratiques l’on en tire en termes d’actions. Or, il aura fallu deux mois pour que la direction de la CGT finisse par accepter sous la pression d’un grand nombre de ses organisations : syndicats, fédérations, régions et départements d’appeler nationalement à la grève et aux manifestations le 5 février. Il faut se féliciter que l’Assemblée des Assemblées de Commercy (Meuse) des gilets jaunes réunissant une centaine de délégations est adoptée un Appel qui soutient une grève reconductible à partir du 5 février (11).

Prenons acte positivement de cette importante décision de la CGT soutenu par des gilets jaunes, tout en ajoutant que la question qui se pose dorénavant est celle de la suite qui sera donnée et de quelle volonté l’on va faire preuve pour que cette journée se poursuive en grève générale reconductible. Doit-on se satisfaire de grèves par procuration, s’accommoder de l’éparpillement des luttes, de leur pourrissement comme d’une fatalité ? Va-t-on reprendre le controversé chemin des « grèves saute-mouton » dont la faillite est consommée ? « Ne faut-il pas reconsidérer les vertus des grèves reconductibles » ? Philippe Martinez, a déclaré que « la mobilisation aux ronds-points, c’est bien, la mobilisation dans les entreprises, c’est mieux » (12). Prenons-le au mot : Chiche ! Passons des paroles aux actes ! « La preuve du pudding, c’est qu’on le mange » (13)

En fait tout cela ne renvoie-t-il pas à la capacité des syndicats à anticiper, à apprécier de qui change, bouge à la qualité de leurs liens avec les travailleurs dans leur ensemble et leur diversité, à l’activité depuis le lieu de travail c’est à dire là où se noue la contradiction capital/travail, là où se concrétise l’affrontement de classes. Ne faut-il pas par exemple, s’interroger sur la capacité des syndicats à prendre en compte le fait que nous sommes passés en quelques années d’une société de pauvres sans emplois à une société avec en plus des pauvres avec emplois, une société capitaliste dont les jeunes sont les premières victimes. A leurs côtés l’on trouve les retraités actifs et présents depuis longtemps dans les manifestations, ils se battent pour le droit de vivre dignement d’autant qu’ils sont de plus sont fréquemment les seuls soutiens matériels et financiers de leurs enfants et petits-enfants frappés par la précarité et le chômage de masse. La France compte plus de 11 millions de demandeurs d’emplois et de travailleurs pauvres occasionnels. Dans le même temps, 40 milliardaires pèsent 265 milliards d’euros soit la richesse globale des 40% les plus pauvres. Les 15 ultras riches détiennent 22% de la richesse nationale et bénéficient avec Macron au pouvoir de 300 milliards de cadeaux fiscaux, dont 100 milliards s’évadent chaque année vers les paradis fiscaux.

C’est ce que disent les cahiers de doléances, ils mettent en avant les inégalités criantes sociales et territoriales, le besoin impératif de rétablir et revaloriser avec des moyens les services publics, en particulier ceux de proximité. La contradiction capital/travail est posée fortement et l’on revendique l’exigence de justice sociale d’augmentation du salaire minimum à 1800 euros, la revalorisation des retraites et pensions, une fiscalité qui fait payer les riches et les entreprises, l’annulation de la CSG, le rétablissement de l’impôt sur la fortune ou encore l’abrogation du CICE ce crédit d’impôt aux entreprises remplacé par un allègement des charges sociales voulu dès le début de son mandat par Macron. En fait tout cela traduit l’aspiration à une société française de notre temps, une société de progrès et non de régression sociale

Dans ces conditions, le pouvoir d’achat est une priorité vitale pour des millions de gens et leurs familles. Cette exigence légitime doit s’articuler avec une démocratie qui implique l’implication de chacun et chacune à tous les niveaux, la reconnaissance, le recours et l’usage de droits sans privilèges d’aucune sorte. Le peuple veut être entendu et respecté. Cette évidence s’est imposée devant l’unilatéralisme qui caractérise autant la vie dans les entreprises qu’hors les entreprises. Le moment est venu d’y répondre, par de nouvelles formes de consultations et de prises de décisions comme le revendiquent les gilets jaunes ! C’est ainsi pensent-ils que l’on fera reculer dans tous les domaines les injustices croissantes de la société française.

Car c’est le système capitaliste qui cadenasse les libertés, c’est le néo libéralisme mondialisé, qui impose la pensée unique et la voix de son Maitre, qui pille les richesses du travail, saccage la nature et l’environnement. Tout cela se fait au bénéfice d’une oligarchie corrompue de riches toujours plus riches, ou encore de ceux qui s’en sortent le mieux ! Faut-il continuer à parler de partage des richesses et des ressources, quand dans la réalité il s’agit de la recette du pâté d’alouettes où le travail enrichit le centile le plus riche de la population et que les inégalités explosent ?

La France est passée championne dans la distribution des dividendes aux actionnaires. 46,8 milliards d’euros ont ainsi été distribués en 2018, de loin supérieur à 2017 de plus de 12%. Les groupes automobiles et les entreprises de luxe, dit-on se sont particulièrement montrés généreux (14).

N’est-il pas remarquable que le mouvement des gilets jaunes coïncide avec l’inculpation et l’emprisonnement au Japon pour fraude fiscale de Carlos Ghosn le patron de Renault-Nissan au salaire de 15,6 millions d’euros par an. Cette rémunération « surréaliste », n’est-elle pas précédée par celle de Bernard Charles, de Dassault qui gagne 24,6 millions d’euros annuel devant Gilles Gobin de Rubis du groupe Rubis qui lui empoche 21,1 millions d’euros ? Ce sont ceux-là et près de 150 patrons de multinationales, avec qui voici quelques jours, Macron de manière provocatrice a festoyé au Château de Versailles. Comble de l’ironie jour pour jour avec la décapitation de Louis XVI. Ainsi, l’on semble être passer « d’une royauté à une autre. » !

Dans un tel contexte, apparaissent bien dérisoires les arguties de certains dirigeants syndicaux sur les prétendues tentatives de récupération et l’influence de l’extrême droite raciste sur le mouvement des gilets jaunes, comme le répète à satiété les dirigeants de la CFDT et de la CGT. A ce sujet, les propos affligeants, les rapports, les interviews ne manquent pas et témoignent d’un décalage saisissant comme d’une profonde ignorance de ce que représente un mouvement social ! (15) Il est inquiétant de noter que certains dirigeants de la CGT ont cru bon, se saisir de ce contexte pour traquer les idées de ceux qui refusent la mise en conformité, comme par exemple un regard critique sur l’Europe et l’Euro, le prêt-à-porter de la pensée dominante et de l’air du temps (16). La pratique de l’amalgame à l’égard de l’historienne Annie Lacroix-Riz (17) accusée de complotisme, et de voisinage avec l’extrême droite a suscité une telle indignation que Philippe Martinez a dû lui présenter des excuses et s’engager à retirer de la circulation une note infamante portant le sigle de la CGT (18). Va-t-on dorénavant faire le tri chez les travailleurs, ou les militants exiger de leur part pour participer aux grèves et manifestations (comme on l’a vu) qu’ils présentent une identification politique ou un laissez-passer conforme aux désidératas du dialogue et du partenariat social voulu par un syndicalisme d’accompagnement et de propositions en quête d’ « union sacrée ».

N’y a-t-il pas pour le mouvement syndical à réfléchir autrement et avec modestie sur lui-même sur ses insuffisances, son fonctionnement, ses retards, sur son approche des problèmes dans leur globalité, leur dimension européenne et internationale par ces temps de mondialisation néo-libérale à marches forcée. Se débarrasser enfin de cet esprit de suffisance, de condescendance, de donneurs de leçons qui minent la relation qui devrait être celle entre les syndicats, les travailleurs en général, les gilets jaunes en particulier, ceux dont les sacrifices de toutes sortes méritent le respect. Plutôt que porter sur eux des jugements de valeurs ne devrait-on pas faire preuve de plus de retenue ?

Car au départ, il aura fallu une taxe sur les carburants suscitant la colère pour que cette fois ci, la goutte fasse déborder le vase des mécontentements accumulés, des colères légitimes, des rêves refoulés, des frustrations que l’on taisait depuis si longtemps. « Une étincelle peut mettre le feu à toute la plaine ».

Si ne pas l’avoir compris ne peut être sans conséquence pour la classe politique, comment ne le serait-elle pas pour les syndicats. Comment s’étonner alors de l’ampleur de cette crise de confiance, car il faut bien reconnaître que ce mouvement des gilets jaunes s’est construit hors de l’intervention et de l’implication syndicale. Par conséquent, on ne saurait pas être surpris à entendre les critiques qui montent d’en bas, qui placent les syndicats et les politiques dans le même sac, et à qui l’on fait payer le prix fort des compromissions. Doit-on faire comme si cela n’existait pas. Déjà en son temps, Benoit Frachon parlait des « porteurs de serviettes, l’air affairé, le plus souvent trônant dans un bureau, parfois hypocritement installé par le patron » (19). Qu’en est-il aujourd’hui ?

C’est vrai en France et ailleurs comme à une tout autre échelle. Ainsi la CES (Confédération Européenne des Syndicats) déjà totalement dévaluée démontre dans ces circonstances et une fois encore sa parfaite incapacité à saisir ce qui est essentiel ! Son silence est assourdissant ! C’est dire, son décalage avec le monde réel, sans doute parce que sa fonction n’est rien d’autre que celle d’être un rouage des institutions bruxelloises. Son fonctionnement et sa dépendance financière à cet égard semblent sans limites.

On parle beaucoup de l’ignorance dans laquelle Macron tient ce que l’on appelle les corps intermédiaires comme les syndicats. Ce qui est un fait, mais l’institutionnalisation du syndicalisme, sa bureaucratisation, sa professionnalisation, ne l’a-t-elle pas rendu invisible et inaudible ? Comment alors être surpris de voir aujourd’hui beaucoup de salariés s’en détourner, questionner sa crédibilité, son utilité, son existence même et finir par voir ailleurs ? Pour se rassurer faudrait-il en l’appliquant au syndicalisme reprendre la formule de Brecht « puisque le peuple vote contre le gouvernement, ne serait-il pas plus simple de dissoudre le peuple et d’en élire un autre » (20).

Comment en est-on arrivé là ? Peut-être faudrait-il se poser la question du pourquoi ? On ne peut évidemment pas se satisfaire de cette situation, elle appelle des réponses autres que la culpabilisation des militants sur lesquels repose l’existence de l’organisation syndicale à fortiori dans les entreprises. Cela ne saurait se réduire à la seule prise en charge des problèmes « de carreaux cassés » dont il faudrait s’inquiéter pour répondre à la crise du syndicalisme ! On a besoin sur ce sujet comme sur d’autres, d’une autre hauteur de vue. A la lumière d’évènements qui sont un formidable révélateur, il y a urgence pour le mouvement syndical de classe à tirer les leçons et à faire les bilans qui s’imposent. Il faut espérer que le prochain congrès national de la CGT (21) apportera des réponses convaincantes, une stratégie et une direction à la hauteur de cette situation. Faire preuve de lucidité ce n’est pas s’accabler, c’est voir les faits, la réalité telle qu’elle est pour la transformer.

Evidemment ce mouvement des gilets jaunes est pétri de contradictions, il est à l’image de notre société avec ses préjugés, ses faiblesses, ses erreurs, et même ses idées réactionnaires. Faut-il faire comme si cela n’existait pas ? Evidemment non ! Mais dans le même temps, comment concevoir autrement une lutte de masse qui soit conséquente ?

Un grand nombre de gilets jaunes font l’expérience de l’action pour la première fois, la plupart d’entre eux n’a jamais participé à une grève, à une manifestation. On s’étonne de leur spontanéisme, de leur absence d’organisation ce qui semble être de moins en moins le cas, mais comment ne pas voir qu’entre son début et le point où il est arrivé aujourd’hui, ce mouvement a fait un véritable bond qualitatif en avant. C’est vrai, dans la définition de ses objectifs, dans ses méthodes comme dans son organisation. Non sans erreurs ? Certes et alors ? Le mouvement syndical a aussi la responsabilité de partager et faire partager son expérience de la lutte de classes avec tous ceux et toutes celles qui font le choix d’agir collectivement.

Pour un grand nombre de gilets jaunes, et même si c’est parfois confusément, ce qui est en question au fond c’est la nature de cette société inégale, brutale, prédatrice et criminelle. Cette société-là, c’est le capitalisme lui-même. Qui va le dire ? Faut-il le considérer comme un horizon indépassable ou faut-il au contraire l’abolir ? Pour le syndicaliste faudrait-il se plaindre d’une telle prise de conscience ? On peut comprendre qu’un tel changement des esprits n’est pas sans déranger les tenant d’une adaptation du syndicalisme-partenaire d’un capitalisme à visage humain. Certains, comme la CFDT, préférant négocier le poids des chaines plutôt que d’exiger l’abolition de l’esclavage. Mais, ne doit-on pas voir dans ce mouvement des gilets jaunes une prise de conscience qui s’affirme, celle qui conduit à la conscience d’appartenir à une classe et par conséquent des opportunités à saisir ! N’y-t-il pas là pour le syndicalisme une responsabilité à assumer pour qu’il en soit ainsi.

Aussi et comme cela est souvent le cas dans les grands mouvements sociaux, il y a urgence pour le mouvement syndical à prendre en compte combien les consciences ont progressé quant aux causes, aux responsabilités et à la nature du système capitaliste lui-même

Ce constat renvoie à la « double besogne », cette double fonction qui doit être celle du syndicat : luttant tout à la fois pour les revendications immédiates comme pour le changement de société. Contrairement à ce qu’affirme Philippe Martinez (22), la CGT n’est pas trop « idéologique ». Cette singularité qui est la sienne, cette identité, elle se doit de la prendre en charge en toutes circonstances. Ne voit-on pas que la CGT paye aujourd’hui 25 années de recentrage, de désengagement du terrain de la bataille des idées, en fait de dépolitisation ? (23) . Ceci, la pénalise grandement aujourd’hui face à un mouvement qui va marquer durablement la période que nous vivons.

Ce débat nécessaire donne raison à ceux des militants de la CGT qui depuis longtemps alertent, se mobilisent et interpellent leur Confédération sur la perspective « d’une explosion sociale », hors de toute intervention syndicale, tant la désespérance est à son comble (24). Il est heureux de constater que parfois à contre-courant des positionnements officiels et de l’impuissance de nombreux dirigeants, ils sont ceux qui ont fait le choix dès le début de se tourner vers le peuple en lutte, mêlant leurs gilets rouges à ceux des gilets jaunes comme on l’a vu dans bien des villes à Bourges, Créteil, Toulouse, Marseille, Lille, Paris, Montbéliard, Nantes, etc.

En fait, cette insurrection sociale, à laquelle nous assistons, tire sa force dans sa capacité à fédérer le peuple : les ouvriers, les employés, les paysans, les classes moyennes, les petits artisans, les chômeurs, les retraités, les ruraux et les citadins, ceux des banlieues. Fait significatif les femmes sont au premier rang des manifestations, des blocages routiers, des parkings des centres commerciaux. Tout un peuple d’en bas est entré en révolte, la CGT devrait se comporter comme un poisson dans l’eau et considérer qu’en dernière analyse, « il est juste de se rebeller » !

Voici plusieurs années, on parlait de fracture sociale, mais sans en tirer les conséquences. Celle-ci n’a cessé de s’élargir, au point que ce à quoi nous assistons couvait depuis longtemps, en particulier dans la jeunesse. Cette génération sans perspective, tous ces laissés-pour-compte réduits à monter à l’échafaud de l’exclusion sociale et parmi eux les précaires, ou encore les enfants d’immigrés de plusieurs générations. Ils sont aux avant-postes de cette bataille. Comment ne pas se trouver à leurs côtés ?

L’on sait maintenant qu’à la fracture sociale, il faut associer la fracture politique et démocratique. Elle révèle l’étendue d’une rupture entre le peuple et ses représentants, les institutions nationales et supranationales, les partis politiques, les syndicats, les parlementaires de droite comme de gauche, le gouvernement et singulièrement le chef de l’état sur qui se focalise l’ensemble du rejet exprimé à travers le mot d’ordre « Macron démission ». En une année la confiance dans le président de la République s’est effondrée de 23%. Jamais en France, un homme politique aura fait l’objet d’une telle détestation pour ne pas dire d’une haine. Un récent sondage (25) fait ainsi apparaître que 88% des Français ne font pas confiance aux partis politiques, 73% ne font pas confiance aux médias et 70% aux banques, 55% se déclarent prêt à participer à des manifestations pour défendre leurs idées, Deux mois après le début de l’action des « Gilets jaunes » 57% continuent à leur apporter leur soutien. Plus de 70% des Français n’attendent rien du grand débat voulu par Macron.

.

Le mouvement des gilets jaunes est fondamentalement une révolte contre la situation intolérable qui est faite aux classes les plus défavorisée, à l’appauvrissement qui touche dorénavant les classes moyennes ceux qui arrivaient encore à s’en sortir, mais dont les fins de mois se terminent dès le 15 et qui n’ont d’autres alternatives que les privations pour presque tout. « Dans les fins de mois, le plus dur ce sont les 30 derniers jours ! » disait Coluche. Le combat des gilets jaunes est aussi une résistance contre ce recul de civilisation voulu par le Capital en crise.

Les politiques néo libérales des gouvernements successifs de droite comme de gauche, les injonctions de l’Union européenne ont détricoté de manière systématique le tissu social. Macron dans un volontarisme aveugle a accéléré ce processus y associant l’insulte, la condescendance, l’humiliation et le mépris du peuple souverain. La nature monarchique et de classe du régime est ainsi apparue dans toute sa brutalité. Il ne faut pas chercher plus loin le rejet de cette société inhumaine.

Il ne fait aucun doute que les « Gilets Jaunes » feront leur entrée au Panthéon des grands mouvements sociaux, annonciateur de ruptures avec le système dominant. Leur empreinte est indiscutable et marque déjà notre époque par la radicalité progressiste de leurs objectifs, par leur détermination, leur esprit d’initiative, les formes d’organisation dont ils ont fait le choix, la continuité qu’ils donnent à leur action. Ils ont réussi à gagner la sympathie et la solidarité d’une très large majorité de Français, mais aussi des peuples d’Europe et d’ailleurs.

Ils font la démonstration de cette exception française, celle d’un pays où comme disait Marx, « les luttes de classes se mènent jusqu’au bout ». La filiation des « Gilets Jaunes » est bien celle qui trouve ses racines dans les « Jacqueries » (26), dans la grande Révolution de 1789 à 1793, de la Commune de Paris, des combats de la Libération et plus près de nous de 1968, 1995, et de ces milliers de luttes sociales et politiques souvent anonymes, de grèves, de manifestations innombrables. Macron n’a pas tort de reconnaître l’esprit « réfractaire » (27) frondeur et indocile des Français ! Non sans raison les « Gilets Jaunes » le revendiquent ! Après tout, « quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs » (28). 225 ans plus tard, les gilets jaunes légitiment et rappellent publiquement souvent d’ailleurs cette vision ambitieuse des révolutionnaires de 1793. L’honneur du mouvement ouvrier français et de la CGT en particulier est d’avoir toujours été fidèle à ces principes. C’est aussi à elle de les défendre !

Jean-Pierre Page

Via Canaille le Rouge

et Commun COMMUNE (le blog d'El Diablo)

(1) Jean-Pierre Page est l’ancien responsable international de la CGT Membre de la Commission Exécutive Confédérale de la CGT, auteur de plusieurs livres dont « CGT : pour que les choses soient dites » (Delga-2018).

(2) « Certains syndicats fragilisent la démocratie » Laurent Berger, Le Figaro, 22 janvier 2019 et JDD du 26 janvier 2019.

(3) « Quand tout remonte à la surface », Serge Halimi, Le Monde diplomatique janvier 2019.

(4) Giuseppe Tomasi de Lampedusa (1896-1957), Le Guépard.

(5) Depuis le 17 novembre, on compte 11 morts, plus de 2000 blessés dont plusieurs manifestants seront amputés, plus de 8000 arrestations, des centaines de condamnation y compris à la prison ferme, des emprisonnements. Il faut remarquer toutefois l’initiative de la CGT Paris de saisir la justice contre l’utilisation incontrôlée de « flashball » par les forces de l’ordre.

(6) Le 17 octobre 1961 la police réprima à Paris une manifestation de travailleurs algériens qui avaient répondu à l’Appel du FLN.

(7) Déclaration commune « les syndicats condamnent la violence » CGT-CFDT-CGC-CFTC-FO-UNSA-FSU. 6 décembre 2018.

(8) Déclaration UD CGT de Paris sur la répression. 22 janvier 2019.

(9) « Ces pays en Europe ou les gilets jaunes ont défilé » JDD 18 décembre 2018

(10) Déclaration commune « L’Europe que nous voulons ! » Forum syndical franco- allemand (DGB+CFDT+CGT+CFTC+FO+UNSA) 8 et 9 novembre 2018.

(11) « L’appel pour le 5 février de l’Assemblée des Assemblées de Commercy » (Meuse), Syndicollectif ,28 janvier 2019.

(12) « La CGT est parfois trop idéologique ! » Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, Ouest France, 4 janvier 2019.

(13) Friedrich Engels (1820-1895)

(14) « CAC40 : 46,8 milliards d’euros de dividendes versés en 2018 », Le Revenu, 9 mars 2018

(15) Intéressant de ce point de vue l’interview croisée et l’approche divergente de deux dirigeants de la CGT, Sonia Porot des Yvelines et Cedric Quintin du Val de Marne. NVO de janvier 2019 « Gilet jaune, du social au syndical »

(16) Rapport de Pascal Bouvier, commission exécutive confédérale de la CGT du 8 janvier 2019

(17) Au sujet d’Annie Lacroix Riz, voir le dossier complet que l’on peut consulter sur le site du Front Syndical de classe en date du 28 janvier 2019,

www.frontsyndical-classe.org/

(18) CGT-Activité confédérale 009 du 14 janvier 2019, lettre de Philippe Martinez à Annie Lacroix Riz.

(19) « Parlons des porteurs de serviettes » Benoit Frachon (1883-1975), ancien Président de la CGT, l’Humanité, 1 er janvier 1949.

(20) Berthold Brecht (1898-1956)

(21) Le 52e congrès national de la CGT aura lieu du 13 au 17 mai 2019 à Dijon.

(22) Philippe Martinez : déjà cité.

(23) Stéphane Sirot, Regards, 21 septembre 2017

(24) « Le spectre des jacqueries sociales » Michel Noblecourt, Le Monde, mars 2013

(25) « CEVIPOF » (Centre d’étude de la vie politique française) pour qui le rejet de la classe politique a atteint un niveau historique. 11/01/2019

(26) « Les Jacqueries » révoltes paysannes dans l’Occident médiéval et l’Ancien régime. La « grande Jacquerie » de 1358 conduite par Jacques Bonhomme, fût violemment réprimée.

(27) En voyage officiel au Danemark en aout 2018, Macron avait affirmé que « les Français sont des Gaulois réfractaires au changement ».

(28) Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1793

Michel Legrand (1932-2019)

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samedi 5 janvier 2019

Il y a 10 ans . "Partage de la valeur ajoutée : le hold-up tranquille"

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« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années. »

D’où sont tirées ces lignes ?

On croirait une communication de la CGT ?

Ou un discours d’Olivier Besancenot ?

Au contraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ». Dans leur Working Papers N°231, daté de juillet 2007 et titré Global upward trend in the profit share (« Hausse tendancielle mondiale de la part des profits »), eux insistent pourtant sur les « hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui », sur cette « marge d’une importance sans précédent », sur cette « preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires » et ainsi de suite sur vingt-trois pages.

Ce sont donc les financiers eux-mêmes qui dressent ce constat, avec étonnement : jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés. Et cette analyse ne souffre d’aucune contestation : d’après le Fonds Monétaire International, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006. D’après la Commission européenne, au sein de l’Europe cette fois, la part des salaires a chuté de 8,6 %. Et en France, de 9,3 %. Dans le même temps, la part des dividendes dans la valeur ajoutée passait de 3,2 % à 8,5 %. Un quasi-triplement.

Combien ça coûte ?

Enoncés ainsi, ces 9,3 % paraissent abstraits. Ils représentent en fait des montants colossaux – qui ont des conséquences très concrètes dans notre vie quotidienne.

Qu’on les évalue, d’abord :

Le PIB de la France s’élève, aujourd’hui, à près de 2 000 milliards d’euros.

– Donc il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital, calcule Jacky Fayolle, ancien directeur de l’IRES – Institut de Recherche Economique et Social.

– 120 à 170 milliards par an, alors ?

– Pour aller très vite, c’est ça.

Même avec des estimations basses, le seuil des cent milliards d’euros est largement dépassé. Soit plus de dix fois le « trou » de la Sécurité sociale en 2007 (dix milliards, l’année d’avant la crise), cinq fois celui de 2009 (22 milliards d’euros, crise oblige). Une vingtaine de fois celui des retraites (7,7 milliards d’euros). Des « trous » amplement médiatisés, tandis qu’on évoque moins souvent celui, combien plus profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés…

– C’est un hold-up géant dont on ne parle pas, c’est ça ?

– Oui, tempère Jacky Fayolle, sauf que le mot hold-up est trop brutal pour parler d’un changement qui cumule tout un ensemble de facteurs : le poids du chômage, les politiques économique, les changements de la gouvernance des entreprises depuis une vingtaine d’années. »

Ces 9,3 % devraient, par le gigantisme des sommes en jeu, des centaines de milliards d’euros, ces 9,3 % devraient s’installer au cœur du débat. Quand Nicolas Sarkozy intervient, à la télévision, et déclare « si nous voulons sauver notre système de retraite, nous ne pouvons plus différer les décisions. Tous les chiffres sont sur la table », un chœur devrait s’élever dans le pays citant un chiffre qui n’est pas « sur la table » : 9,3 %.

Quand le même revient à la télé, et déclare « Il faut plus d’argent contre Alzheimer, plus d’argent contre le cancer, plus d’argent pour les soins palliatifs, mais où est-ce qu’on les trouve ? où est-ce qu’on les trouve ? », on pourrait lui apporter la solution : qu’il retrouve ces 9,3 % dans les portefeuilles de ses amis du Fouquet’s.

Toute la contestation des « nécessaires réformes en cours » pourrait, inlassablement, s’appuyer sur ces 9,3 %. Or, c’est à l’inverse qu’on assiste : cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques. Un point central de l’économie en devient le point aveugle.

Extrait de Tchio'Fakir, supplément 2012 du journal Fakir à télécharger ici

Ecouter "9,3% : Un hold-up géant", une émission de l'équipe de Là-bas si j'y suis" du 24 septembre 2008 publié dans la rubrique "mondialisation libérale" (dont on parlait encore sans complexe à cette époque... c'est à dire avant la gentrification des media alternatifs dominants ! Note du Concierge).

mardi 1 janvier 2019

Les voeux de bonne année d'Emmanuel Macron

Chômeurs, n'oubliez pas de mettre un gilet jaune pour "traverser la rue", un accident est si vite arrivé (le Concierge)

macrongiletjaune.jpg "A partir du moment où (...) vous ne respectez pas quelque part le contrat que vous passez avec la société, avec les Français, c'est logique qu'il puisse y avoir des sanctions" ([Aurore Bergé, députée LREM|https://actu.orange.fr/politique/controle-des-chomeurs-berge-lrem-assume-des-sanctions-plus-dures-dans-une-logique-de-justice-CNT000001bAAeh.html])

Un décret du Journal officiel acte des sanctions plus contraignantes pour les demandeurs d'emploi qui ne respectent pas leurs obligations vis-à-vis de Pôle Emploi.

Cela concerne tout particulièrement les 8% de bénéficiaires de l'assurance chômage qui, selon une étude de Pôle Emploi, ne recherchent pas activement un emploi. Certaines sanctions prévues à l'encontre des chômeurs en cas de manquement à leurs obligations sont plus dures que ce qu'avait initialement annoncé le gouvernement, selon un décret publié dimanche 30 décembre au Journal officiel.

En mars dernier, le ministère du Travail avait annoncé de nouvelles sanctions, certaines allégées, d'autres alourdies, pour les chômeurs.

Le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avec un conseiller, par exemple, devait être sanctionné de 15 jours de radiation des listes au lieu des deux mois actuellement en vigueur. Finalement, ce sera un mois de radiation selon le texte du décret, deux mois au bout de deux manquements et quatre mois au "troisième manquement" constaté.

Un journal de bord

S'agissant des sanctions concernant l'insuffisance de recherche d'emploi (refus à deux reprises de deux offres raisonnables d'emploi par exemple), le gouvernement avait évoqué des sanctions graduelles : suspension de l'allocation d'un mois la première fois, de deux mois la deuxième fois et quatre mois la troisième fois. Il avait alors précisé que l'allocation serait amputée à partir de la deuxième fois. D'après le décret, l'allocation est "supprimée" dès le premier manquement et non "suspendue", ce qui permettait de conserver ses droits.

Ce contrôle doit se faire via un "journal de bord" numérique, où les demandeurs d'emploi renseigneront tous les mois leurs actes de recherche d'emploi. À partir de mi-2019, ce dispositif sera expérimenté pendant un an dans deux ou trois régions.

Le volet "contrôle des chômeurs" de la réforme "avenir professionnel" avait été adopté dans son principe cet été par le Parlement. Il est présenté comme étant la contrepartie d'une ouverture plus grande du régime d'assurance-chômage à des démissionnaires ayant un projet professionnel. Néanmoins, cette ouverture ne concernera potentiellement que 20.000 à 30.000 démissionnaires supplémentaires, selon les calculs gouvernementaux, au regard des 70.000 déjà indemnisés chaque année.

source : AFP

Emmanuel Macron ne faisant qu'appliquer une feuille de route rédigée ailleurs, lire aussi : La réforme du chômage en perspective européenne

vendredi 14 décembre 2018

Budget, pensions... Le FMI met en garde la Belgique et pousse le gouvernement à poursuivre ses réformes

Les autorités belges doivent profiter des "conditions économiques favorables" pour poursuivre les réformes visant à accroître la résilience de l'économie et à renforcer le potentiel de croissance de la Belgique, selon le message délivré par le Fonds monétaire international (FMI) après avoir rédigé son bilan annuel pour notre pays. Cela signifie: atteindre l'équilibre budgétaire, réformer davantage les pensions et examiner les dépenses.

Chaque année, une délégation du Fonds monétaire international passe par notre pays pour prendre la température de l'économie de la Belgique et faire plusieurs recommandations à l'exécutif.

Ces recommandations, qui sont formulées à titre provisoire, doivent apparaître dans un rapport définitif au printemps prochain.

Le FMI met en tout cas la Belgique en garde. En dépit des échéances électorales qui se profilent (législatives, régionales et européennes), l'organisation internationale demande au gouvernement de ne pas se laisser distraire par ces dernières et de continuer le train de réformes, en vue de renouer avec l'équilibre budgétaire (un effort de 0,5% du PIB doit être consenti pour y parvenir). Le FMI craint que notre pays ne voit sa croissance économique s'effriter.

"La Belgique ne peut pas se permettre de reporter les réformes maintenant. Nous encourageons les gouvernements à continuer en ce sens", a dit Delia Velculescu, la cheffe de mission. Cette dernière a rencontré à deux reprises cette semaine le nouveau ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) et a souligné que les réformes menées par le gouvernement avaient certes permis de soutenir l'emploi et la croissance, mais a directement insisté sur le fait que "de plus en plus de nuages étaient suspendus à l'horizon."

Une croissance qui ralentit

Le Fonds monétaire international constate que l'économie belge a connu la croissance pendant 9 années consécutives, mais que celle-ci avait aujourd'hui tendance à ralentir. En cause, des facteurs d'incertitudes externes comme le Brexit, le prix de l'énergie ou encore le protectionnisme croissant, et internes, comme on l'a déjà évoqué, à savoir les échéances électorales.

Quelles sont les suggestions concrètes du FMI ?

L'institution internationale invite notre pays à réduire son déficit structurel de 0,5% du PIB pour atteindre l'équilibre budgétaire. "Cela nécessitera des mesures allant au-delà de ce qui est prévu dans le projet de budget de 2019", prévient Delia Velculescu. Elle précise de plus que "mouiller le maillot" ne sera pas uniquement la tâche du fédéral, mais que les entités devront également suivre l'effort.

Si les syndicats s'opposent à la réforme des pensions, le FMI, lui, estime que le Royaume doit aller encore plus loin. "Même avec les réformes, le coût du vieillissement est encore élevé. Il faut donc faire davantage pour améliorer la durabilité du système des pensions", semble-t-il.

Un nouveau relèvement de l'âge de la retraite est une des possibilités, selon la cheffe de mission. "Un débat doit avoir lieu en Belgique. Mais dans tous les cas, un large soutien est nécessaire pour de telles réformes."

Si le FMI salue les créations d'emploi, il pointe pourtant le faible taux d'emploi des personnes plus "vulnérables", comme les jeunes, les migrants ou les travailleurs peu qualifiés. L'institution préconise d'insister sur la formation et l'apprentissage tout au long de la vie, et demande aussi une "meilleure liaison des salaires à la productivité", "une réforme du régime des indemnités de chômage" et "l'application concrète des jobdeals".

M. De Croo accueille favorablement le rapport du FMI. "Il est extrêmement important que les plans socio-économiques auxquels nous avons souscrit soient mis en oeuvre. Si nous ne le faisons pas, cela aura un impact sur les emplois et affaiblira la compétitivité de nos entreprises", a-t-il ajouté.

Maxime Defays, Le Vif/L'Express

mercredi 12 décembre 2018

Le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial

Les gilets jaunes ont enclenché un mouvement social de grande ampleur sur la dégradation des conditions de vie des classes populaires et des petites classes moyennes. La question sociale est au centre du conflit, particulièrement le pouvoir d’achat et l’angoisse des fins de mois qui peuvent se conclure par les huissiers et la mise à la rue. De toute évidence, l’abandon des taxes gazoil ou une prime de fin d’année ne suffiront pas à calmer la douleur sociale, ni même une augmentation du SMIC, car pour beaucoup, le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial.

En 1973, les locataires consacraient en moyenne nationale 10% de leurs revenus au loyer net, une fois déduites les APL, et en 1963 il n’en coûtait que … 6,3% ![1]

40 ans plus tard et selon l’INSEE, en 2013 le loyer ponctionne en moyenne environ 26 % des revenus : 24,1 pour les locataires HLM, 28,4% pour les locataires du privé et 26,6% pour les accédants à la propriété.$$[https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377 |https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377]$$ Le logement écrase encore plus lourdement la moitié la moins riche de la population, celle qui manifeste aujourd’hui : le quart le moins riche des ménage (1er quartile) consacre en moyenne 40,7% de ses revenus au paiement du loyer dans le secteur privé et 48% au paiement des traites en accession à la propriété, souvent pour des logements de piètre qualité. Le 2e quartile le moins riche dépense en moyenne un peu plus de 30% pour se loger dans le privé ou accéder à la propriété, et n’est pas à l’abri d’un taux d’effort plus élevé et d’un incident. Ces chiffres sont des moyennes et indiquent qu’ils sont très souvent dépassés, notamment en milieu urbain où les loyers et l’immobilier sont plus élevés.

A l’inverse, le quart le plus riche des ménages ne consacre que 21,3% du budget en locatif privé et 22,8% en accession à la propriété, pour des logements de meilleure qualité. Le taux d’effort des 10% les plus riches est encore plus faible, alors qu’ils sont infiniment mieux logés …

Les gouvernements depuis 1918, face la structuration politique et syndicale des classes populaires et jusqu’à la dérégulation progressive des loyers dans les années 80 ont pris soin de limiter le prix des loyers et de l’immobilier, afin de ménager ou d’améliorer le pouvoir d’achat des classes populaires. Ainsi les profits locatifs et immobiliers ont été sacrifiés sur l’autel de la paix sociale.

Ce n’est plus le cas depuis le milieu des années 80, lorsque Chirac a achevé les dispositifs d’encadrement des loyers (loi de 48) et encouragé la spéculation immobilière (Reconquête de l’est parisien). C’est encore moins le cas depuis l’arrivée de Macron qui avec la loi ELAN promulguée fin novembre ouvre un boulevard à une nouvelle vague spéculative grâce notamment au bail mobilité de 1 à 10 mois non reconductible dans le secteur locatif privé qui devrait supplanter progressivement le bail de 1 ou 3 ans reconductible en vigueur aujourd’hui.

Quant à la baisse des APL, non seulement elle se renforce en 2018 mais elle s’accroît en 2019, sanctionnant durement les locataires du privé, les locataires HLM, les accédants modestes ainsi que les bailleurs sociaux puisqu’elle est en partie financée par la ponction de la trésorerie des organismes HLM, soit un total d’environs 3,5 milliards d’euros d’économie par an.

Bien que la France soit au top de la cherté des prix du logement dans les pays riches au regard des revenus des ménages, une nouvelle hausse générale de l’immobilier et des loyers est possible, au prix de la précarisation accrue des habitants, de la vente des HLM, et grâce également aux grands projets d’urbanisme tel le grand Paris, aux investisseurs internationaux, au tourisme, aux JO 2024, au brexit et autres aléas de la mondialisation néolibérale …

Cette pression du logement cher sur le budget familial ne permet plus d’encaisser de nouvelles hausses sur les produits de première nécessité, obligeant à sacrifier par exemple des soins, ou des loisirs pour les enfants et ce, dans le meilleur des cas. Pour beaucoup, rode le spectre de l’expulsion manu militari et d’une mise à la rue. Le refus d’en arriver là est un des ferments de la révolte des gilets jaunes.

Certains sont plus âgés et ont donc achevé de payer leur logement, mais ils doivent encore aider leurs enfants, voire leurs petits enfants, à se loger (caution solidaire, aides ponctuelles…).

Pourtant le sujet du logement cher n’est pas entré dans le débat public, bien au contraire, il est occulté. Il y a bien sur des solutions, comme celles revendiquées par les gilets jaunes : zéros SDF, encadrement vigoureux des loyers, réquisition des logements vacants, production massive de logements sociaux, programme puissant d’isolation thermique.

Il faudrait aussi ajouter à ces points l’apurement massif de la dette des accédants à la propriété, l’arrêt des expulsions, le relèvement de l’APL, la taxation des profits spéculatifs fonciers et immobiliers, l’abrogation de la loi ELAN, la mise au pas des locations touristiques type Airbnb, le respect de la loi DALO, l’entretien des quartiers populaires …

En somme, la dépense logement ne devrait pas dépasser 20% des ressources de chaque ménage … comme pour les riches.

En attendant, il faut agir, et si nécessaire envisager des formes d’action concrètes et efficaces pour obtenir la baisse des loyers ou la réquisition des logements vacants….

Jean Baptiste Eyraud

Porte parole du DAL

dimanche 9 décembre 2018

Colère populaire contre grands actionnaires

On sait que les riches et autres grands bourgeois, les 1 %, produisent 100 fois plus de CO2 que les plus pauvres. Le rapport entre un gilet jaune au SMIC et celui qui gagne 5 à 10 fois plus, s’il n’est pas de 100, pourrait bien être de 30 ou plus. Il est insupportable de faire porter le chapeau de la bataille écologique à ceux qui n’ont pas d’autres moyens pour gagner leur vie que d’utiliser leur voiture ou d’émettre du CO2 pour chauffer des habitats passoires thermiques. Ils ne sont pourtant pas responsables de l’éloignement du travail, des services publics, des écoles, des supermarchés, de l’habitat inadapté, etc. Ils ne sont pas plus responsables d’être si mal payés qu’ils doivent rouler avec de vieux diesels faute de transports collectifs et d’horaires adaptés. Moins d’une centaine de multinationales produisent plus de la moitié des GES émis sur la planète. À travers le lobbying, les portes tournantes des énarques, le travail des super cadres et autres patrons, les grands actionnaires dirigent le monde. Macron n’est que le serviteur de leurs basses œuvres, peut-être un athlète du QI, mais un total handicapé de l’humain. Ils croyaient avoir trouvé leur champion, ils ont fait élire un jeune imbécile prétentieux, Jupiter XVI. Le peuple contre les actionnaires, voilà ce que sont les gilets jaunes.

(...)

Enfin la grenouille-peuple, tente un saut hors de la bouilloire. La douce chaleur et le confort se sont transformés en bain bouillant. Aller se rafraîchir sur les ronds-points, sortir dans les rues était devenu indispensable pour faire comprendre au chef que la cuisson à petit feu était terminée. Le chef, un trio d’arrogants, imbus de leur personne, rigides, aveuglés par le torrent des billets de banque qui leurs a permis de prendre le pouvoir en France, totalement en décalage avec les besoins et les espoirs de la population. Après les Ttrente Glorieuses, les Trente Vicieuses de l’ultralibéralisme et le couronnement de Macron XVI, peut-être ce mouvement est-il le premier grand craquement de l’ultralibéralisme imposé depuis les années 80, au début par le duo Reagan-Thatcher.

Lire l'article de Nicolas Sersiron paru sur le site du CADTM

samedi 8 décembre 2018

Ruffin avant Ruffin (TM) : Qu'on leur coupe la dette (Didactique de l'Histoire)

fakir1.PNG (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)

jeudi 6 décembre 2018

Il y a 9 ans ; Un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums »

Il est difficile de négliger le fait suivant : à mesure que les institutions financières ont, depuis les années 1970, pris en main l’économie, elles ont également acquis du pouvoir politique, suffisamment pour démanteler l’appareil régulateur qui avait été établi pendant la Grande Dépression et qui avait réussi depuis à empêcher les crises financières. Plus généralement, la libéralisation financière que ces institutions ont contribué à mettre en place crée ce que certains économistes internationaux appellent un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums » sur les politiques gouvernementales. Si le parlement virtuel décide que les politiques de certains gouvernements sont irrationnelles – c’est-à-dire qu’elles sont conçues pour profiter aux gens, et non pour accroître les profits –, il peut exercer son droit de veto par des fuites de capitaux, des attaques sur les monnaies et d’autres moyens. La France a connu cette expérience sous Mitterrand. Pour prendre un exemple plus récent, après l’investiture d’Hugo Chávez, la fuite de capitaux a été telle que les fonds détenus par les riches Vénézuéliens vivant à l’étranger représentaient un cinquième du PIB du Venezuela, selon l’économiste de l’OCDE Javier Santiso. Celui-ci ajoute que, après le coup d’État militaire de 2002 soutenu par les États-Unis et qui renversa le gouvernement élu, « la réponse des marchés était proche de l’euphorie », et que la Bourse de Caracas enregistra d’énormes profits, pour ensuite s’effondrer lorsque le gouvernement fut restauré grâce à la protestation populaire. En général, une fois les flux de capitaux libéralisés, les gouvernements sont confrontés à ce qu’on appelle souvent un ­« double électorat » : leurs citoyens et le parlement virtuel. Même dans les pays riches, c’est l’électorat privé qui a tendance à l’emporter.

La libéralisation financière sert donc de frein efficace à la démocratie. Peut-être est-ce une coïncidence, peut-être pas, mais il est intéressant de remarquer que la libéralisation financière fut introduite alors même que les élites commençaient à s’inquiéter de ce qu’elles appelèrent dans les années 1960 « la crise de la démocratie » : certaines fractions de la société habituellement passives et obéissantes, souvent désignées sous l’étiquette « intérêts spécifiques », commençaient à occuper l’espace public pour y faire entendre leurs revendications. Cet « excès de démocratie » était une surcharge trop lourde pour l’État, qui ne pouvait plus, dès lors, s’occuper correctement de « l’intérêt national ». Les intérêts spécifiques, ce sont les femmes, les travailleurs, les agriculteurs, les jeunes, les personnes âgées, les minorités, les majorités – en réalité, l’essentiel de la population. « L’intérêt national », lui, est défini par ceux qui possèdent et dirigent la société. Je paraphrase ici l’opinion des élites libérales et internationalistes, qui peuplaient l’administration Carter aux États-Unis, et de leurs homologues européennes et japonaises. Plus à droite, et dans le monde des affaires, la nécessité de surmonter la « crise de la démocratie » était une préoc­cupation encore plus pressante. De nombreuses mesures ont été prises depuis cette époque pour purger la société des maux de la démocratie, et cela continue. La libéralisation financière y a apporté une contribution puissante, volontairement ou non.

Noam Chomsky, La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement, 2009.

mercredi 5 décembre 2018

ÉNERGIES RENOUVELABLES, LE CASSE DU SIÈCLE - GILLES BALBASTRE (1/2)

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Interview de Gilles Balbastre par Julien Brygo sur LeMedia autour de son film "Main Basse sur l'énergie" (cliquer sur l'image pour voir l'interview)

jeudi 29 novembre 2018

La justice requalifie un travailleur de plate-forme en salarié

PARIS (Reuters) - La chambre sociale de la Cour de Cassation a jugé mercredi qu’un livreur à vélo travaillant pour la plate-forme “Take Eat Easy”, maintenant liquidée, n’était pas un auto-entrepreneur mais bien un salarié, posant ainsi la question du statut des travailleurs “uberisés”.

La chambre devait se prononcer pour la première fois sur la question de l’existence d’un lien de subordination unissant un livreur à une plate-forme numérique, une question chère aux syndicats qui souhaitent que ces travailleurs puissent requalifier la relation contractuelle en contrat de travail.

Les juges ont constaté, selon la note explicative accompagnant l’arrêt, “que l’application était dotée d’un système de géolocalisation permettant le suivi en temps réel par la société de la position du coursier et la comptabilisation du nombre total de kilomètres parcourus”.

Cela signifie, selon eux, que “le rôle de la plate-forme ne se limitait pas à la mise en relation du restaurateur, du client et du coursier”. Par ailleurs “la société disposait d’un pouvoir de sanction à l’égard du coursier”, ce qui traduit un “pouvoir de direction et de contrôle de l’exécution de la prestation du livreur caractérisant un lien de subordination”.

“Les juges du fond ne pouvaient écarter la qualification de contrat de travail”, précise la note explicative.

Pour la CGT, les juges confirment que “les travailleurs ‘ubérisés’ sont des salariés relevant du Code du travail”.

“Cette décision est une immense victoire pour tous les travailleurs ‘uberisés’, qu’ils soient livreurs à vélo, chauffeurs VTC ou tant d’autres puisqu’ils peuvent, désormais, faire reconnaître leur statut et leurs droits fondamentaux de salariés”, déclare le syndicat dans un communiqué en citant, entre autres, le “smic, congés payés, indemnisations des arrêts maladie”.

Pour la Fédération nationale des auto-entrepreneurs, cette décision “est susceptible de porter atteinte à une économie émergente”.

“Si ces sanctions étaient appliquées à la microentreprise, tout le modèle de sous-traitance géolocalisée dans le secteur de la livraison serait requalifiablee”, peut-on lire dans un communiqué.

Elle estime “que le lien de subordination ne peut être caractérisé dans la mesure où ce livreur avait toute liberté dans les jours, horaires et organisations du travail”, et ajoute que “ces évolutions culturelles, économiques et sociales devraient être prises en compte par les juges”.

Caroline Pailliez, édité par Sophie Louet

lundi 22 octobre 2018

Le casse du siècle : l'énorme fraude fiscale à 55 milliards d'euros des "CumEx"

L'énorme fraude fiscale baptisée "cum ex", révélée en Allemagne, a coûté 55 milliards d'euros à une dizaine de pays européens, soit bien plus que les évaluations initiales, affirment 19 médias, dont Le Monde, jeudi dans une enquête conjointe.

Jusqu'à présent, circulaient uniquement les estimations des sommes extorquées au fisc allemand, allant d'environ 5,3 milliards selon le ministère allemand des Finances à 30 milliards d'euros selon la presse.

Mais les investigations de 19 médias européens, dont Le Monde, concluent que le "cum ex" a coûté la somme pharamineuse de 55,2 milliards d'euros à 11 États (l'Allemagne, la France, l'Espagne, l'Italie, les Pays-Nas, le Danemark, la Belgique, l'Autriche, la Finlande, la Norvège et la Suisse).

L'invention de ce montage litigieux est attribuée à un avocat allemand de renom, Hanno Berger.

Un avocat de renom qui mise sur les lacunes des lois fiscales

Dans son édition du 16 mars 2016, déjà, le quotidien allemand Handelsblatt, faisait le portrait de l'avocat, sous le titre "L'initiateur" brossant d'un trait le parcours trouble du personnage :

"Hanno Berger a commencé sa carrière au service des impôts de la Hesse. Il s'est ensuite rendu compte que les lacunes des lois fiscales rapportaient plus que la défense (la plaidoirie). Aujourd'hui, il se sent persécuté par l'État."

La manipulation qu'il a élaborée consiste à acheter et revendre des actions autour du jour de versement du dividende, si vite que l'administration fiscale n'identifie plus le véritable propriétaire. La manipulation, qui nécessite l'entente de plusieurs investisseurs, permet de revendiquer plusieurs fois le remboursement du même impôt sur le dividende, lésant ainsi le fisc.

Une affaire d'évasion fiscale massive qui a éclaté en 2012

L'affaire a éclaté en 2012 en Allemagne, entraînant l'ouverture de six enquêtes pénales et la tenue prochaine d'un premier procès à Wiesbaden, dans l'ouest, visant Hanno Berger et plusieurs négociants en Bourse, notamment, expliquait Reuters en septembre dernier, cinq anciens traders de la HypoVereinsbank (HVB) accusés de fraude fiscale grave.

Des banques françaises seraient impliquées, notamment BNP Paribas et Société Générale, qui avaient fait l'objet de perquisitions de la justice allemande en 2014, selon Le Monde.

Les experts en fiscalité dénoncent depuis longtemps ces transactions "cum-ex" sur les dividendes comme une faille du système fiscal, mais les enquêteurs comme les procureurs (dont celui de Francfort), eux, se sont quasi tous accordés pour qualifier cette affaire comme étant de l'évasion fiscale massive.

Sur la foi "d'informations des autorités fiscales et d'analyses des données de marchés", l'enquête conjointe des 19 médias détaille désormais le préjudice supposé par pays.

17 milliards d'euros volés à la France

Pour l'Allemagne, l'enquête reprend la fourchette haute des estimations, soit 31,8 milliards d'euros extorqués au fil du temps, d'après les calculs déjà connus de Christoph Spengel, spécialiste de fiscalité à l'Université de Mannheim (jusqu'alors, le ministère des Finances allemand tablait sur un vol de 5,3 milliards d'euros).

L'escroquerie aurait aussi coûté "au moins:

- 17 milliards d'euros" à la France,

- 4,5 milliards à l'Italie,

- 1,7 milliard au Danemark

- 201 millions d'euros à la Belgique.

Source : La Tribune

mardi 31 juillet 2018

2007-2018 : Les causes d’une crise financière qui a déjà 11 ans

À partir de février-mars 2007, aux États-Unis, commencent les premières faillites de sociétés financières spécialisées dans le crédit hypothécaire.

Les racines de la crise internationale qui a débuté aux États-Unis en 2007-2008 remontent aux années 1990. Parmi les facteurs décisifs : l’augmentation massive des dettes privées ainsi que la politique des autorités de Washington qui ont favorisé, pour des raisons économiques et politiques, le développement d’une bulle spéculative dans l’immobilier.

Au cours des deux dernières décennies, les administrations de Bill Clinton et de George W. Bush ont appuyé systématiquement les grandes banques dans leur volonté de se débarrasser définitivement des contraintes qui pesaient encore sur elles comme héritage des mesures de la discipline bancaire imposée par F. Roosevelt dans les années 1930. À noter qu’au cours de ses deux mandats, Barack Obama n’a pas pris des mesures fortes pour remettre de l’ordre dans les activités des sociétés financières. Au pouvoir depuis début 2017, Donald Trump a commencé à démanteler les quelques contraintes imposées aux banques depuis le début de la crise, notamment la loi Dodd-Franck, et compte aller plus loin afin de favoriser encore plus le secteur financier.

L’éclatement de la bulle spéculative immobilière a été le détonateur de la crise. Les politiques d’austérité ont ensuite fini de plonger l’économie des pays les plus industrialisés dans une période récessive-dépressive prolongée, suivie d’une période de croissance très faible dans laquelle est toujours plongée l’économie des pays les plus industrialisés. Par ailleurs, les politiques appliquées, depuis 2007-2008, par les banques centrales pour favoriser une fois de plus le grand capital ont généré de nouvelles bulles (bulle boursière et bulle du marché obligataire) qui finiront tôt ou tard par éclater.

Dans plusieurs pays, avant l’éclatement de la crise en 2007, la dette publique représentait moins d’un sixième des dettes totales, et moins d’un cinquième des dettes privées. Après 2007, l’augmentation de la dette publique est forte et brutale, conséquence de la crise et du sauvetage des banques par les pouvoirs publics.

Selon une étude publiée en mars 2017, par le service d’étude de l’Union des Banques Suisses, la dette globale mondiale a augmenté de 55% entre 2002 et 2008. Deux tiers de cette augmentation étaient dus à la croissance de l’endettement des banques. Entre 2008 et 2017, la dette globale a encore augmenté de 51%. Mais depuis 2008, les banques (surtout aux États-Unis) ont un peu réduit leurs dettes tandis que les États qui leur sont venus en aide ont vu exploser leur endettement.

Lire la suite de l'article republié par Eric Toussaint sur le site du CADTM

dimanche 13 mai 2018

"Les institutions du marché du travail et les systèmes de protection sociale existants tributaires de relations employeur-employés sont arrivés à leur terme"

L’année dernière, la Banque mondiale a résolu de consacrer l’édition 2019 de sa publication phare, le Rapport sur le développement dans le monde (RDM), qui consiste en un examen annuel des politiques de développement à l’échelle mondiale, au thème de l’avenir du travail. La préparation du RDM 2019 s’est vue quelque peu retardée suite au renvoi, fin janvier, du premier directeur du rapport, l’économiste principal de la Banque mondiale, Paul Romer. Celui-ci a, cependant, été promptement remplacé par Simeon Djankov, qui avait été le directeur fondateur de la publication Doing Business (Pratique des affaires) de la Banque mondiale de 1995 à 2009, avant d’occuper les fonctions de ministre des Finances de la Bulgarie de 2009 à 2013.

La Banque mondiale s’est promptement attelée, avec son nouveau directeur du RDM, à l’élaboration d’une version provisoire qui, sous sa mouture la plus récente (le texte est sujet à des modifications hebdomadaires), fait presque totalement abstraction des droits des travailleurs, de l’asymétrie des pouvoirs dans le marché du travail et de phénomènes tels que le déclin de la part des travailleurs dans le revenu national.

Elle met en avant un programme politique axé sur une déréglementation tous azimuts du marché du travail, y compris un rabaissement des salaires minima, des procédures de licenciement plus flexibles et des contrats zéro heure inspirés du modèle britannique. La baisse résultante des revenus des travailleurs serait compensée, en partie, par une « assurance sociale de base » financée, en grande partie, par des impôts régressifs sur la consommation. Ce que le Rapport sur le développement dans le monde 2019 : The Changing Nature of Work (La nature changeante du travail) nomme un contrat social mis à niveau.

Peut-être était-ce pour éviter d’exposer cette vision déconcertante de l’avenir du travail à une discussion ouverte avec les représentants des travailleurs que l’équipe du RDM 2019 a décliné une rencontre avec une délégation de 38 économistes et responsables politiques du mouvement syndical international qui s’est rendue à Washington dans le cadre de deux jours de réunions avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international.

Cette rencontre avait été sollicitée plusieurs semaines à l’avance par la Confédération syndicale internationale, qui souhaitait être incluse dans les « consultations avec… les organisations internationales, les organisations de la société civile et les principaux chercheurs » que l’équipe du RDM 2019 affirme avoir menées depuis novembre 2017.

Partant d’un examen de la nature changeante des entreprises et de l’impact de la numérisation et autres innovations technologiques, la version provisoire du RDM 2019 conclut, pour l’essentiel, que les institutions du marché du travail et les systèmes de protection sociale existants, tributaires de relations employeur-employés, sont arrivés à leur terme. Les législations du travail « protègent une minorité dotée d’emplois formels alors qu’elles excluent la majorité des travailleurs » et les programmes de sécurité sociale bismarckiens (subventionnés par les contributions des travailleurs et des employeurs) sont caduques dès lors qu’ils ne couvrent qu’environ un tiers seulement des populations des pays en développement.

Le rapport provisoire s’abstient d’examiner les options en vue d’une incitation de la formalisation du travail, et ce en dépit des efforts considérables consentis en ce sens par l’Organisation internationale du travail (OIT) et le progrès tangible accompli dans certains pays en développement pour concrétiser les bienfaits de la formalisation : Protection légale des droits des travailleurs, y compris le droit à des lieux de travail sûrs, et l’accès à la sécurité sociale. Au lieu de cela, le RDM présente l’informalité comme une fatalité et, pour comble, laisse suggérer qu’il faille même la promouvoir.

Le rapport se garde aussi d’examiner comment l’affaiblissement des institutions du marché du travail par le biais de stratégies d’entreprises délibérées, telles que la sous-traitance ou l’externalisation et les relations de travail déguisées (par exemple, quand les conducteurs d’Uber sont classés en tant que fournisseurs indépendants) pourrait être contrecarré en prévoyant des protections légales pour ces catégories de travailleurs. Les travailleurs de la Gig Economy ou économie à la prestation qui ont pris part à des campagnes pour la reconnaissance de leurs droits se sont affrontés à une résistance farouche de la part des entreprises qu’ils servent. Le RDM 2019 laisse entendre qu’il soutient ces dernières en convenant du fait que ces travailleurs ne sont pas des employés mais « sont en train d’émerger comme une catégorie de main-d’œuvre séparée ».

(...)

À quelques heureuses exceptions près, décrites ci-dessous, toute disposition qui impliquerait pour les employeurs qu’ils doivent assumer des obligations comme la contribution à la sécurité sociale des travailleurs est présentée comme inacceptable, car elle entraînerait « un enchérissement de la main-d’œuvre ». De même, « les réglementations du travail présentes » doivent être rejetées dès lors qu’elles représentent « un coût élevé pour les entreprises ». Le texte provisoire du RDM indique qu’« un des outils qui mérite d’être repensé sont les salaires minima… (qui ont pour objectif) de garantir aux travailleurs une rémunération juste qui les protège contre les ‘abus’ des employeurs ».

Selon le rapport, les salaires minima devraient être revus à la baisse et les employeurs devraient pouvoir opter pour ne plus les payer si, par exemple, ils disposent de programmes de participation aux bénéfices. Les protections contre le licenciement devraient également être assouplies ou supprimées dès lors qu’elles créent des « rigidités structurelles » pour les entreprises et les travailleurs.

Lire l'intégralité de l'article de Peter Bakvis paru sous le titre "La vision troublante de l’avenir du travail selon la Banque mondiale" sur le site du CADTM

mercredi 9 mai 2018

Dans le Nord global et dans le Sud global, le défi des mouvements ouvriers est de prendre en compte la question de la dette privée des ménages

Dans une interview donnée à The Hindu, Mr Toussaint, qui était récemment au Sri Lanka pour un séminaire régional sur la dette, a parlé des risques des banques qui s’engagent dans des activités spéculatives.

Accusant les autorités de contrôle d’être « très indulgentes » envers les banques, il a déclaré que les gouvernements et les autorités de contrôle sont censés moraliser le système bancaire, séparer les banques commerciales des banques d’affaires, mettre fin aux salaires et bonus exorbitants et finalement financer l’économie réelle. « Au lieu de quoi … tout ce que l’on a eu est une longue liste de détournements qui ont été mis en lumière par une série de faillites bancaires et de grosses arnaques. »

Meera Srinivasan : Dans votre livre Bancocracie, publié en 2015, vous parlez de la façon dont les banques et les gouvernements à travers le monde s’entendent pour augmenter la dette publique de façon dramatique. Comment considérez-vous la crise maintenant ?

D’abord, il est très clair que les grandes banques aux États-Unis, en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest n’ont pas purgé leurs actifs. Elles étaient censées nettoyer leurs bilans comptables en réduisant les produits toxiques qu’ils contenaient, réduire leurs créances douteuses et augmenter le rapport entre leurs fonds propres et leurs actifs totaux. En réalité, elles n’ont pas pris les décisions nécessaires pour ce faire et pour arrêter une activité spéculative très dangereuse. Les autorités de contrôle étaient censées renforcer leur contrôle sur les banques, mais nous avons vu ces deux dernières années qu’elles ont été très laxistes envers les banques. Les gouvernements et les autorités de contrôle étaient censées moraliser le système bancaire, séparer les banques commerciales des banques d’investissement, mettre fin aux salaires et bonus exorbitants et finalement les amener à financer l’économie réelle. Au lieu d’une moralisation du système bancaire, tout ce que nous avons eu est une longue liste de détournements et de spéculations qui ont été mis en lumière par une série de faillites et de grosses arnaques.

Sous la présidence d’Obama, le Congrès américain a adopté une loi, la loi Dodd-Franck, afin de renforcer la régulation et le contrôle des banques états-uniennes. Et maintenant Trump la démantèle et fait disparaître les quelques règles et mesures régulatrices prises dans le cadre de la loi Dodd-Franck.

Ensuite, les banques centrales – la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon – ont mis en place une politique d’Assouplissement Quantitatif (QE) : cela consiste à injecter beaucoup de liquidités dans les banques, à acheter des produits très toxiques, telles que des créances hypothécaires titrisées (MBS en anglais) et des titres adossés à des actifs (ABS en anglais). Les banques centrales ont acheté ces produits aux banques et leur ont donné beaucoup d’argent en retour. Mais ces banques ne l’ont pas utilisé pour le prêter aux producteurs, aux petits ou moyens producteurs ou aux ménages. Elles utilisent cet argent pour augmenter leurs activités spéculatives, par exemple pour racheter leurs propres actions en bourse. Cela a conduit au développement d’une nouvelle bulle sur les marchés boursiers depuis environ quatre ans. Il y a un risque réel d’un nouvel effondrement boursier. Il est difficile de prédire quand cela va arriver, mais il est absolument évident que la capitalisation boursière est totalement exagérée, qu’elle ne correspond pas à la valeur réelle des actifs des grosses entreprises. Tôt ou tard, il y aura une nouvelle crise financière. Il y a également une grande inquiétude au sujet de la dette privée des grandes entreprises financières (principalement les banques et les assurances) et non-financières. La dette de ces entreprises a énormément augmenté ces dernières années, et donc il y a une autre bulle dans le segment des marchés obligataires. Ces obligations (corporate bonds en anglais) sont émises par les grandes entreprises afin d’emprunter de l’argent à long terme. L’éclatement de cette bulle dans le financier obligataire constitue une autre possibilité de crise. Le dernier grand effondrement du marché obligataire a eu lieu en 1987. Dans l’avenir, nous allons probablement connaître une crise dans ce secteur, qui sera peut-être plus puissante et plus dangereuse que ce qui s’est passé alors.

(...)

Meera Srinivasan : Quand nous avons parlé de l’ultra-droite, vous avez dit qu’il était possible pour les forces progressistes de présenter une alternative. Vous avez aussi dit plus tôt que les mouvements ouvriers et les syndicats doivent élargir leur lutte afin d’incorporer les questions de l’endettement.

Oui ! Nous, à gauche, sommes en déclin depuis que Thatcher et Reagan sont arrivés au pouvoir au début des années 1980. Il y a eu une offensive générale du grand capital contre les droits sociaux. La classe ouvrière traditionnelle a été affectée. De plus en plus d’ouvriers et d’employés ont un emploi très précaire. La partie des salariés, qui est employée dans le secteur formel, est une minorité dans la plupart des pays du Sud, vous le savez en Inde car le secteur informel de l’économie est largement dominant. Cette tendance est aussi vraie dans des pays comme les États-Unis et la majorité des pays d’Europe : les emplois précaires, les temps partiels augmentent. De plus en plus de gens sont endettés parce que les salaires diminuent. Pour maintenir leur pouvoir d’achat, de plus en plus de gens s’endettent.

C’était très clair, par exemple aux États-Unis, avec la crise des subprimes. Après l’explosion de la crise des subprimes en 2006-2007, 14 millions de familles endettées ont été expulsées de leur logement aux États-Unis.

Ma visite au Sri Lanka m’a montré à quelle vitesse l’industrie du microcrédit a développé ses activités dans le pays après la fin de la guerre en 2009 et quelle brutalité elle pouvait exercer ; il est impossible aux gens de rembourser une dette s’ils doivent payer des taux d’intérêts de 40 à 60%. Accorder des micro-prêts à ce taux, c’est créer la condition d’un surendettement. Les gens doivent contracter plus de micro-prêts pour rembourser les précédents. C’est un cercle vicieux qui cause d’énormes problèmes aux victimes de cette situation, dont la majorité sont des femmes. Il est incroyable d’écouter les témoignages ; des femmes nous disent que des agences de microfinance accordent des prêts à des gens sans revenu. Il est impossible de rembourser une dette sans revenu, et donc ils vont perdre le peu de biens qu’ils peuvent avoir, s’ils ont une maison, un lopin de terre où ils cultivent des légumes, ils vont les perdre pour rembourser la dette.

Et dans le Nord global et dans le Sud global, le défi des mouvements ouvriers est de prendre en compte la question de la dette privée des ménages parce qu’il est très difficile de s’engager dans des mouvements sociaux et des grèves pour des gens qui se trouvent sous une énorme pression parce qu’ils doivent rembourser leur dette

Lire l'interview complète sur le site du CADTM

lundi 30 avril 2018

Dette : Un choix politique

On nous fait croire que dette et fiscalité sont des problèmes bien trop complexes pour les citoyens. Que seuls des « spécialistes » peuvent comprendre ces phénomènes… pourtant bien plus simples qu’il n’y paraît.

Plus les ficelles sont grosses, mieux l’arnaque fonctionne…

Chaque année, la supposée « dette » française se creuserait d’environ 100 milliards. On nous rabâche que la France serait donc devenue un pays pauvre qui n’aurait plus les moyens de financer des conquêtes sociales pourtant instaurées dès 1946, quand le pays était vraiment pauvre, ruiné par la guerre…

Or, en 2018, la France est le 6ème pays le plus riche du monde. De l’argent, il y en a. Beaucoup. Mais il s’évapore, avec la complicité du pouvoir politique, au service du capital.

Car chaque année, de riches Français escamotent au moins 100 milliards. Soit au minimum l’équivalent de la « dette », – si ce n’est plus -, qui ne rentre pas dans les caisse de l’Etat.

100 milliards fraudés et manquants, dont environ 80 milliards en évasion fiscale, auxquels s’ajoutent 20 milliards en optimisation fiscale.. sans parler des niches fiscales et autres cadeaux faits aux riches…

Si on laisse les riches frauder, la dette est donc un choix politique.

Pour effacer « la dette », il suffirait d’en avoir volonté politique : Voter des lois et donner aux Inspecteurs des Finances les moyens de traquer la fraude…

Explications avec Thierry Durin, Inspecteur des Finances, et syndicaliste CGT-Finances Publiques…

A écouter sur Polemix & la voix off

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