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Quatrième nuit de Walpurgis

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samedi 1 février 2020

Le parc immobilier grec est cédé, autrement-dit offert à moins de 10% de sa valeur aux fonds rapaces étrangers

En 2020, la ville d’Athènes est considérée d’abord comme étant une forme de capital, ses visiteurs Chinois portent de masque anti-projections et par ailleurs, plus personne ne prête attention aux milliers de sans-abris. C’est autant vrai que les rénovations d’immeubles souvent entiers battent alors des records historiques; derrière leurs belles façades se déroule la plus grande spoliation de biens en Grèce depuis l’autre Occupation, celle des années 1940.

Le gouvernement Mitsotákis fait sauter les derniers et autant faibles verrous aux saisies des résidences principales par les banques et par l’État, plusieurs milliers de saisies étant de ce fait programmées dès cette année 2020, disons... prometteuse. Les banques, ainsi que la Germanocratie européiste interdisent le rachat par les citoyens de leurs dettes; c’est ainsi que le parc immobilier grec est cédé, autrement-dit offert à moins de 10% de sa valeur aux fonds rapaces étrangers

Ce qui scandalise encore plus les pauvres indigènes du pays de Zeus, c’est que le pirate financier Sóros annonce son attention d’y investir... à la hauteur de ses possibilités pour que les migrants que la Turquie déverse en Grèce en colons bien manipulables puissent être convenablement logés, supposons-le dans la... continuité, presse grecque en novembre 2019. C’est bien connu, la guerre n'est rien d'autre que la continuation de la politique par d'autres moyens, flux migratoires générés ou manipulés compris.

La presse fait état de la menace turque qui pèse sur nos îles, comme elle évoque en cette fin janvier 2020, le suicide d’un retraité âgé de 85 ans. Ces nouvelles des suicides à répétition, plutôt gênantes il faut préciser, deviennent de plus en plus rares, d’après les règles non-écrites de la déontologie mainstream. Ça s'est passé en Argolide dans le Péloponnèse et plus précisément à Melendríni, bourgade située non loin de Mycènes. Le vieil homme s’est d’abord attaché sur un arbre avant de s’immoler; les pompiers dépêchés sur place, alertés par les voisins, n’ont pas eu le temps de le sauver, presse grecque du 31 janvier.

Histoire en cours de devenir de gestes en... gestions des uns contre tous les autres. Athènes tout comme la Grèce se sont tant transformées en ces dix sombres années. Les grandes manifestations ont cessé mais on se suicide toujours autant qu’aux premières années de la dite crise, et... les terrasses des cafés sont souvent remplies. Dans cet ordre nouveau, les Grecs sont progressivement dépossédés de leurs biens, surtout immobiliers, tandis que le... capital d’Athènes s’offre comme jamais aux “investisseurs”.

Son vieux centre-ville se transforme en lieu récréatif visitable et en dortoir Airbnbien, et cette transformation est perceptible dans son avancement semaine après semaine. Les boutiques et autres échoppes déjà fermées lorsque 40% du petit commerce avait été anéanti entre 2010 et 2015, se transforment désormais et exclusivement en lieux de restauration ou en cafés. Telle est peut-être la cuisine bien orientée du futur...

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre "Cloaque bourbeux" sur son blog Greek Crisis

jeudi 30 janvier 2020

Une élue menace des citoyens de mutilations

20eme.PNG cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Une élue de la République (Ex-PS passée à la République en marche -sic) annonce qu'elle demande l'évacuation de la salle où elle présentait ses vœux, et aux habitants du XXeme arrondissement de se mettre à l'abri, précisant, "pensez à vos enfants", risquant donc d'être mutilés par la police républicaine... Car, élue de la République, passée du PS à LREM sans en avoir mandat de ses électeurs, elle est légitime face à la plèbe (apparemment des profs et des CSP+). Crachant au passage sa haine de Merluchon et de la CGT....

Le fascisme est en marche ! Et seuls les anti-fa, prompts à le voir surtout partout où il n'est pas, le dissimulent, et donc y participent.

No Pasaran.

Le Concierge

lundi 27 janvier 2020

Grèce : Chronologie à partir du 25 janvier 2015 jusqu’en 2019

Il y a 5 ans, le 25 janvier 2015, le peuple grec lançait un grand signe d’espoir au reste du monde.

Le but de cette chronologie est de passer en revue les grands moments de l’année 2015. La chronologie se termine par les résultats des élections de mai-juin-juillet 2019.

25 janvier 2015 : aux élections législatives, victoire de Syriza (Syriza en grec signifie coalition de la gauche radicale).

27 janvier : début du gouvernement Syriza-Anel avec Alexis Tsipras comme premier ministre.

30 janvier : la conférence de presse de Yanis Varoufakis (ministre des Finances) et Jeroen Dijsselbloem (président de l’Eurogroupe) est l’occasion de l’expression publique des désaccords entre le gouvernement Syriza et les institutions européennes, et lance le coup d’envoi d’une première séquence de « négociations » jusqu’à l’accord du 20 février.

4 février : la Banque centrale européenne fait un coup de force contre le gouvernement Tsipras en refusant que les banques grecques continuent de déposer des titres grecs comme garantie pour l’accès aux liquidités. En conséquence, les banques grecques ont vu augmenter leurs coûts, l’État grec a vu diminuer sa source principale de financement interne au pays et les déposants grecs ont accéléré le retrait de leurs dépôts. C’était une véritable déclaration de guerre de la BCE au gouvernement Tsipras. Le gouvernement Tsipras a appris également que la BCE ne reversera pas le 1,9 milliard € de profits qu’elle a fait sur les titres grecs et qu’elle avait promis de reverser en 2015.

5 février : mobilisation populaire à Athènes, et à petite échelle à Paris et dans d’autres capitales européennes, en réponse au coup de force de la Banque centrale européenne

8 février : premier discours de politique générale d’Alexis Tsipras au parlement grec (la Vouli). Le premier ministre grec confirme qu’il commencera immédiatement la mise en oeuvre du programme de Thessalonique qui impliquait notamment de mettre fin au mémorandum et de le remplacer par un plan de reconstruction nationale. __ 11 février :__ première rencontre officielle du gouvernement grec avec l’Eurogroupe, en vue d’un accord exigé par les institutions européennes avant le 20 février date de la fin du mémorandum en cours d’exécution. Varoufakis s’engage à assumer la continuité des obligations contractées par les gouvernements précédents. Le « mouvement des places » appelle à des rassemblements à Athènes et dans plusieurs villes grecques. Une manifestation de soutien à la Grèce a lieu à Francfort.

12 février : le gouvernement de Tsipras commence à vider les caisses publiques pour rembourser 747,7 millions € au FMI.

18 février : élection par le parlement du conservateur Prokopis Pavlopoulos comme président de la République. C’est Alexis Tsipras qui a convaincu le groupe parlementaire de Syriza de proposer et d’élire ce personnage de l’establishment en signe de continuité avec le régime antérieur et d’apaisement.

20 février 2015 : le président de l’Eurogroupe, le travailliste néerlandais Jeroen Dijsselbloem, annonce à Varoufakis que le solde de 11 milliards € du Fonds de recapitalisation des banques (FHSF) sur lequel le gouvernement Tsipras comptait pour réaliser une partie de ses promesses électorales part vers le Luxembourg au lieu d’être mis à disposition de la Grèce. Varoufakis apprend également que le versement de la dernière tranche (7,2 milliards €) du crédit attribué par la Troïka à la Grèce dans le cadre du mémorandum n’aura probablement pas lieu. Varoufakis signe le communiqué de l’Eurogroupe fixant le cadre des négociations dans les mois suivants : il s’agit de la première capitulation et du renoncement à l’application des principaux points du programme de Syriza.

23 février : le ministre des Finances grec, Yanis Varoufakis, envoie au président de l’Eurogroupe une lettre contenant les grandes lignes de la liste des réformes proposées dans le cadre de l’accord du 20 février. Cette lettre, comme l’a révélé la presse grecque le jour-même, a largement été rédigée par Declan Costello de la Commission européenne.

24 : réunion houleuse du gouvernement grec

25 : débat prolongé du groupe parlementaire Syriza, un tiers des députés s’oppose à l’accord du 20 février

27 : Varoufakis signe un courrier rédigé par la Troïka, c’est un acte de soumission.

28 février-1er mars : première réunion du comité central de Syriza après les élections. L’amendement présenté par la Plateforme de gauche rejetant l’accord du 20 février et la liste de réformes du 23 février obtient 41 % des suffrages.

Début mars : Varoufakis propose aux autorités chinoises d’acheter les chemins de fer grecs et de compléter l’achat du port du Pirée.

4 mars : conférence de presse au parlement grec pour annoncer la création de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque. Cette commission est créée par la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou. La coordination scientifique de la commission est confiée à Éric Toussaint (Comité pour l’Abolition des dettes illégitimes, CADTM). Voir : http://www.cadtm.org/Grece-Une-commission-d-audit-de-la

6 mars : la Grèce rembourse 299 millions € au FMI.

13 mars : la Grèce rembourse 336 millions € au FMI.

16 mars : la Grèce rembourse 560,8 millions € au FMI.

18 mars : vote au Parlement grec de la première loi du gouvernement Tsipras, consacrée à un paquet de mesures sociales en faveur des personnes les plus pauvres ainsi qu’à la création d’un secrétariat à la lutte contre la corruption.

20 mars : la Grèce rembourse 336,5 millions € au FMI.

1er avril : création par la présidente du parlement grec, Zoe Konstantopoulou, avec le soutien d’Alexis Tsipras, d’une Commission sur les réparations des dettes de guerre de l’Allemagne envers la Grèce.

3 avril : le cabinet des ministres décide d’annoncer au FMI que la Grèce suspendra le paiement de la dette et décide d’envoyer à Washington Varoufakis pour expliquer cette décision à Lagarde et rendre cela public

4 avril : séance inaugurale de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque, créée par la présidente du parlement grec Zoé Konstantopoulou. https://www.cadtm.org/4-avril-2015-Journee-historique-pour-la-recherche-de-la-verite-sur-la-dette Assistent à cette séance inaugurale, le premier ministre, le président de la république, la présidente du parlement et la majorité des membres du gouvernement dont le ministre des finances. La séance est introduite par la présidente du parlement, par Éric Toussaint et par le président de la République. https://www.cadtm.org/Chronique-des-interventions-de-l Voir aussi sur le site officiel du parlement grec : https://www.hellenicparliament.gr/Enimerosi/Grafeio-Typou/Deltia-Typou/?press=eb4f5c35-72d3-4aba-884a-a473018a6e4f

5 avril : Varoufakis arrive à Washington et accepte l’ordre de Tsipras de renoncer à la suspension du paiement de la dette.

9 avril : la Grèce rembourse 448,6 millions € au FMI.

24 avril : lors de la réunion de l’Eurogroupe à Riga, le constat est celui d’un échec des négociations, et le versement d’une dernière tranche d’aide (7,2 milliards d’euros) prévu suite à l’accord du 20 février est remis à plus tard.

27 avril : remplacement de Yanis Varoufakis par Euclide Tsakalotos au titre de coordinateur de l’équipe de négociation grecque.

11 mai : réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles. La partie grecque accepte notamment l’ouverture du marché de l’énergie à la concurrence, une large abrogation des taux réduits de TVA et la poursuite des négociations. Les discussions achoppent notamment sur la question de la réforme des retraites et du marché du travail.

12 mai : la Grèce, à court de ressources, rembourse quand même au FMI 747,7 millions €. Une astuce a été trouvée par le FMI afin d’être remboursé : il a utilisé un compte ouvert par la Grèce au FMI, y a versé 650 millions considérés comme prêts à la Grèce. La Grèce les a utilisés pour ensuite rembourser le FMI en y ajoutant la différence.

15 mai : un communiqué du secrétariat politique de Syriza appelle à défendre les « lignes rouges » du gouvernement au moyen de mobilisations populaires en Grèce et en Europe. Communiqué d’Eric Toussaint suite à la rencontre avec le ministre Dimitris Stratoulis qui a en charge les retraites https://www.cadtm.org/Communique-d-Eric-Toussaint-suite .

24 mai : réunion du comité central de Syriza. L’amendement déposé par la Plateforme de gauche qui critique le cours des négociations et la stratégie du gouvernement, appelant à des mesures unilatérales en vue de la mise en œuvre effective du programme de Thessalonique, obtient 44 % des suffrages.

3 juin : convoqué par Juncker, Tsipras accepte de se rendre à Bruxelles le 3 juin et confirme qu’il est d’accord de s’engager à dégager un surplus du budget primaire de 3,5 % pendant dix ans, ce qui est totalement en contradiction avec le programme de Thessalonique et intenable pour un pays qui veut rompre avec l’austérité. Mais la Troïka veut plus : elle exige une nouvelle réduction des retraites (notamment la suppression de l’aide –appelée EKAS- apportée aux retraités touchant une pension très basse) et une augmentation de la TVA qui doit être portée à 24 % pour certains produits et services. Dans la restauration, la Troïka veut que la TVA passe de 13 à 23 %.

4 juin : alors que la Grèce doit effectuer un nouveau remboursement au FMI de 305 millions €, celui-ci propose que tous les paiements dus en juin, pour un montant total de 1532,9 millions €, soient payés en un seul coup le 30 juin 2015. Cela permet de mettre la pression maximum sur la Grèce pour qu’elle accepte de signer une nouvelle capitulation avant la fin du 2e mémorandum dont l’échéance est le 30 juin 2015.

5 juin : face à ces nouvelles exigences exprimées le 3 juin par la Troïka, Tsipras décide de ne pas aller à une réunion convoquée à Bruxelles le 5 juin et prend la parole au parlement grec devant lequel il dénonce les exigences de la Troïka

13 juin : réouverture de la chaîne de radio - télévision publique, ERT qui avait été fermée en juin 2013. Tsipras et Pappas, son ministre en charge des médias, mettent à sa tête un personnage de l’establishment ce qui provoque du mécontentement chez ceux et celles qui attendaient une radio TV menant une politique d’indépendance, d’enquête et d’aiguillon critique.

17-18 juin : rapport de la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque présente son rapport et les conclusions de celui-ci. Toute la dette réclamée par la Troïka est identifiée comme odieuse, illégitime, illégale et insoutenable. La commission recommande au gouvernement de répudier la dette par un acte unilatéral souverain. Le premier ministre est présent ainsi que de nombreux ministres. Varoufakis pourtant présent à Athènes le 17 juin n’y assiste pas. https://www.cadtm.org/Compte-rendu-de-la-premiere,11771

18 juin : nouvelle réunion de l’Eurogroupe à Bruxelles sur la Grèce : la Troïka poursuit la pression sur le gouvernement grec.

22 juin : Tsipras fait une nouvelle concession : le gouvernement est prêt à réduire une nouvelle fois les retraites de manière importante mais la Troïka veut plus.

20-26 juin : semaine d’action des mouvements sociaux européens en soutien au peuple grec. Des manifestations, réunissant plusieurs milliers de personnes, ont lieu dans de nombreuses villes européennes, dont une trentaine en France.

24-26 juin : Tsipras est à Bruxelles et négocie. Malgré les concessions du gouvernement, la Troïka refuse de signer un nouvel accord. Or Tsipras tout comme Varoufakis veulent un nouveau mémorandum même s’ils ne le disent pas au public grec.

27 juin : suite à l’échec des négociations à Bruxelles, Alexis Tsipras convoque un référendum pour le 5 juillet au sujet de la dernière proposition des créanciers.

Immédiatement la BCE fait en sorte que le gouvernement doive décider de fermer les banques à partir du lundi 29 juin.

29 juin : Juncker, président de la commission européenne, dénonce la convocation du référendum et appelle les Grecs dans des termes à peine voilés à voter Oui afin de ne « pas commettre un suicide ». Cette intervention a peut-être eu l’effet contraire à celui recherché.

30 juin : Benoît Coeuré, vice-président de la BCE, annonce que si les Grecs votent en majorité pour le Non à l’expulsion de la zone euro est probable tandis que si les Grecs votent pour le Oui, la Troïka viendra en aide à la Grèce.

30 juin : la Grèce n’arrive pas à rembourser le FMI par manque de ressources disponibles. Les caisses sont vides.

3 juillet : dans le cadre de la mobilisation populaire croissante en faveur du non, plusieurs dizaines de milliers de manifestants se rassemblent place Syntagma. Les partisans du Oui qui eux aussi ont appeler à se mobiliser ont été beaucoup moins nombreux.

5 juillet : victoire du non au référendum, avec 61,31 % des suffrages.

6 juillet : démission du ministre des Finances grecs, Yanis Varoufakis, remplacé par Euclide Tsakalotos qui depuis fin avril menait à sa place les négociation, assisté par Georges Chouliarakis. Varoufakis dans l’explication publique de sa démission déclare notamment : « Je soutiendrai donc sans hésitation le premier ministre, le nouveau ministre des finances et le gouvernement »

Jacques Lew, le secrétaire d’État au Trésor des États-Unis appelle Tsipras par téléphone pour mettre la pression afin qu’il accepte un nouveau mémorandum aux conditions voulues par la Troïka et rejetées par les Grecs. François Hollande fait de même.

Tsipras se réunit avec les partis qui ont appelé à voter pour le Oui et élabore avec eux une position conforme aux demandes de la Troïka alors que celles-ci ont été rejetées lors du référendum de la veille.

7 juillet : Juncker est carrément insultant lors du sommet tenu à Bruxelles ce jour-là. En présence d’Alexis Tsipras, il déclare : « Une question a été posée au peuple grec à propos de quelque chose qui n’existe pas. Peut-être voudrez-vous bien m’expliquer en détails quelle était la question posée aux Grecs – à moins que cela trop vous demander ». Tsipras répond que le gouvernement est prêt à négocier.

8 juillet : Tsipras avance une proposition qui ressemble à celle que le référendum a rejeté : nouvelle réduction des retraites, accélération des privatisations, augmentation de la TVA, surplus primaire du budget de 3,5%…

8 juillet : L’opposition dans le groupe parlementaire de Syriza est très forte.

10 juillet : le parlement grec vote en faveur de la proposition que Tsipras a élaborée avec l’accord du FMI et de la BCE ainsi qu’avec celui des partis qui ont perdu le référendum. Les partis de droite votent en faveur (sauf Aube dorée) ainsi qu’une majorité de députés de Syriza (à l’exception de Zoe Konstatopoulou, des 6 ministres membres de la Plateforme de gauche de Syriza et de plusieurs députés). Varoufakis n’est pas allé au parlement afin d’éviter de participer au vote.

11 juillet : alors que le FMI et la BCE sont d’accord avec la proposition grecque à l’élaboration de laquelle ils ont participé, plusieurs ministres et chefs d’État veulent imposer de plus lourds sacrifices.

13 juillet : suite à une réunion d’un sommet des chefs d’États et de gouvernement de la zone euro, le gouvernement grec accepte de rentrer dans un processus conduisant à un troisième mémorandum, avec des conditions plus dures que celles rejetées lors du référendum du 5 juillet. A propos de la dette, le texte dit clairement qu’il n’y aura pas de réduction du montant de la dette grecque : « Le sommet de la zone euro souligne que l’on ne peut pas opérer de décote nominale de la dette. Les autorités grecques réaffirment leur attachement sans équivoque au respect de leurs obligations financières vis-à-vis de l’ensemble de leurs créanciers, intégralement et en temps voulu ».

13 juillet : #THISISACOUP, ce hashtag est tweeté 377 000 fois et fait le tour de la Terre en quelques heures pour protester contre le diktat de la Troïka à l’égard de la Grèce

15 juillet : manifestation place Syntagma des partisans du Non opposés à l’accord du 13 juillet, donnant lieu à une répression policière. Une lettre signée par 109 membres (sur 201) du comité central de Syriza rejette l’accord du 13 juillet en le qualifiant de coup d’État et demande une réunion d’urgence du comité central. 15-16 juillet : vote au Parlement, avec les voix de Nouvelle Démocratie, Pasok et To Potami, mais sans les voix de 39 députés de Syriza (32 contre dont Varoufakis, 6 abstentions, 1 absence), d’un premier paquet de mesures d’austérité, concernant la TVA et les retraites, exigées par l’accord du 13 juillet. 17 juillet : suite à l’accord du 13 juillet, la Commission européenne annonce le déblocage d’un nouveau prêt de 7 milliards d’euros. Alexis Tsipras remanie son gouvernement, en congédiant notamment deux ministres de la Plateforme de gauche, Panagiotis Lafazanis et Dimitris Stratoulis.

20 juillet : remboursement de 3,5 milliards d’euros à la Banque centrale européenne et de 2 milliards d’euros au Fonds monétaire international.

22-23 juillet : vote au Parlement du second volet des mesures immédiates exigées par les institutions européennes, contenant des mesures institutionnelles nécessaires à la mise en œuvre du troisième mémorandum. Parmi les députés de Syriza, 31 votent contre et 5 s’abstiennent. Varoufakis vote pour.

30 juillet : réunion du comité central de Syriza. Les demandes, soutenues notamment par la Plate-forme de gauche, d’une réunion du congrès de Syriza avant la signature de l’accord et d’un référendum au sein du parti sur la poursuite des négociations sont rejetées, conduisant plusieurs membres du comité central à démissionner.

13 août : à l’initiative de la Plate-forme de gauche, appel de dix dirigeants de formations politiques de gauche à des mobilisations populaires et à la formation d’une nouvelle force politique, hors de Syriza, en opposition à la politique du gouvernement Tsipras et au troisième mémorandum.

14 août : vote au Parlement grec du troisième mémorandum. Oui : 222 voix. Non : 64 voix (dont 32 Syriza). Abstention : 11 voix (dont 10 Syriza). Absent du vote : 2 (Syriza).

20 août : remboursement de 3,2 milliards € à la BCE pour des titres qu’elle a achetés en 2010-2012 à 70 % de leur valeur nominale et sur lesquelles elle a touché un intérêt de 6,1% chaque année sur le total de la valeur nominale, càd près de 10 % de rendement réel.

20 septembre : élections anticipées. Syriza reste la première force électoral et Tsipras forme un nouveau gouvernement.

D’août 2015 à août 2018 : application du 3e mémorandum avec une longue liste de nouvelles mesures d’austérités et de reculs sociaux.

Élections européennes du 26 mai 2019 : victoire de Nouvelle démocratie.

Élections municipales et régionales en deux tours (26 mai et 2 juin 2019) : victoire de Nouvelle démocratie qui prend le contrôle de 12 des 13 régions (la Crète reste dirigée par Syriza alliée au Pasok) et de la plupart des grandes villes du pays, dont Athènes, Thessalonique... Patras, en revanche, est conservée par le KKE, le PC grec, qui a obtenu les voix de Syriza, alors que le KKE n’a jamais appelé à voter pour Syriza.

Élections anticipées du 7 juillet 2019 : victoire de Nouvelle démocratie. Le parti dirigé par Kyriakos Mitsotakis avec 40 % des voix dispose d’une majorité absolue au parlement. Syriza obtient 31,5 % des voix. Aube dorée n’a plus de représentation parlementaire. Un nouveau parti d’extrême-droite, Solution grecque, fait son entrée au parlement. Le parti créé par Varoufakis entre au parlement avec 9 députés (3,4 % des voix), le Parti communiste obtient 15 députés avec un peu plus de 5 % des voix.

En juillet 2019, Syriza a perdu 470 000 voix par rapport au scrutin de janvier 2015. Syriza, avec Tsipras à sa tête, obtient 82 députés, soit un peu plus d’un quart du Parlement grec. En pourcentage, la somme des résultats de Syriza (31,5 %), du mouvement de Varoufakis (3,4 %) et de celui de l’ex-présidente du Parlement grec Zoé Kostantopoulou (1,4 %, ce qui ne lui permet pas d’avoir des députés car il fallait atteindre le seuil de 3 %) correspond à la portion de l’électorat qui a porté Syriza au gouvernement en janvier 2015.

Signal de la désillusion des Grecs, le taux d’abstention a fortement augmenté. À 42 %, il est le deuxième plus élevé dans l’histoire du pays. La capitulation de Tsipras a conduit à un rejet global de la politique, en particulier dans les couches populaires et la jeunesse.

Néanmoins Syriza est le parti qui a le moins payé le fait d’être au gouvernement pour appliquer les mémorandums. En effet, la droite (Nouvelle Démocratie) qui est revenue au gouvernement en juillet 2019 avec des promesses d’amélioration des conditions de vie du peuple était passée de 2 300 000 voix en 2009 à 1 100 000 en mai 2012 puis était remontée à 1 800 000 en juin 2012 pour revenir au gouvernement. Le Pasok, qui avait été plébiscité en octobre 2009 avec 3 millions de voix et avait ensuite fait passer le premier mémorandum, avait subi un vote de rejet sans appel en juin 2012 : 753 000 voix. Et sa chute avait continué par la suite : 289 000 voix en janvier 2015 ! De son côté, Syriza, en assumant en février 2015 la prolongation du 2e mémorandum et en juillet-août 2015, l’adoption du 3e mémorandum jusqu’à sa finalisation en août 2018, est passée de 2 246 000 voix en janvier 2015 à 1 926 000 voix en septembre 2015 et à 1 781 000 voix en juillet 2019.

Ce moins mauvais résultat de Syriza indique surtout que le peuple grec ne vire pas massivement à droite ou à l’extrême-droite. Mais aussi que s’est installée une forme de résignation et d’adaptation à la « normalité » créée par la mise en œuvre de la purge néolibérale. L’extrême-droite a perdu des voix par rapport à 2015 même si un nouveau parti de la même veine (la Solution grecque) rentre au Parlement tandis qu’Aube dorée, engluée dans des procès, perd ses 17 députés car elle n’a pas atteint le seuil des 3 %. La Nouvelle Démocratie de Mitsotakis a pris des voix à Aube dorée en mettant en avant sur ses listes des dirigeants d’extrême-droite.

Accablée par une dette qui dépasse toujours 170 % du Produit intérieur brut, la Grèce reste sous une sorte de mandat de protectorat dissimulé derrière des apparences de souveraineté. Néanmoins le peuple n’a pas dit son dernier mot.

Reprise de l'article d'Eric Toussaint paru sous ce titre sur le site du CADTM

mercredi 15 janvier 2020

"La haine, la violence et l’irrespect, on a le droit de le faire dans une dictature"

Pendant ce temps, Macron continue son soliloque halluciné. « La haine, la violence et l’irrespect, on a le droit de le faire dans une dictature », phrase tout à fait étonnante en soi, qu’il faudrait soumettre simultanément à des linguistes et des politologues, dont il ne voit pas en tout cas que, projectivement, elle ne parle que de lui, de son gouvernement, de sa police et du régime dans lequel il est en train de nous faire entrer. Avec la démolition pure et simple du langage, le renversement projectif est l’une des propriétés les plus inconscientes et les plus systématiques de la langue macronienne. Dont la vérité d’à peu près tous les énoncés peut être restaurée par la simple opération de la mise sens dessus dessous. Ainsi l’obsession pour les « radicalisés » et la « radicalisation » est-elle le reflet inversé d’un bloc de pouvoir qui, depuis ses sommets gouvernementaux jusqu’à ses trolls, a franchi tous les caps de la radicalisation — dont la rage à imposer au corps social qui n’en veut pas une réforme entièrement taillée d’après les intérêts de la finance n’est jamais que la dernière illustration.

De même la fixation sur le terrorisme externe est-elle devenue l’opportunité d’un terrorisme interne — d’État. Un ancien de la préfectorale, ayant eu à connaître des opérations de maintien de l’ordre, était dans la rue le 9 janvier ; interrogé par Arrêt sur images, c’est lui qui, entre autres sauvageries, a filmé le tir de LBD à bout portant. On n’a pas exactement affaire à un ennemi des institutions. Qui n’en raconte pas moins que, traumatisé par ce qu’il a vu, il doit s’asseoir en pleurs sur le trottoir. Puis livre le fin mot de l’affaire : « Le but était de terroriser ». Terrorisme extérieur, terrorisme intérieur…

C’est qu’à un moment, il faut bien prendre les mots au sérieux, et les décoller de leurs usages habituels où les pouvoirs aiment les enfermer. « Sont interdits les actes ou les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi les populations civiles », indiquent à propos du terrorisme les protocoles additionnels de la Convention de Genève. On cherche ce qui dans l’entreprise systématique menée à grande échelle par la police et le gouvernement, entreprise d’intimidation, d’effroi et de découragement par la menace physique de l’exercice normal des droits politiques fondamentaux ne tombe pas sous cette définition. Et pour tout dire, on ne trouve pas. Qui sont les radicalisés ? Qui sont les criminels ? Qui sont ceux qui terrorisent ?

Et qui est légitime ?

Lire l'intégralité du texte de Frédéric Lordon, paru sur son blog, sous le titre Quelle « violence légitime » ?

PS (sic)

L'intégralité de ce texte, aux habituelles belles envolées, continue de souffrir d'un optimisme de puceau. Car, dame, ce qui arrive en France, n'est jamais que ce qui est arrivé en Grèce, en Espagne, et avant, nous en étions, à Gênes... Et de la délégitimation de gouvernements matraquant leur néo-libéralisme aux ordres des "maîtres du monde", rien n'est sorti que la défaite des peuples... Sauf peut-être au Royaume-uni, ou, au moins un débouché, certes ambigu, est advenu. Il s'appelle le Brexit. Pendant plusieurs années, le gouvernement a été paralysé, au point de subir camouflet sur camouflet d'un Parlement, certes opportuniste et bien peu représentatif, mais qui, avec toute l'irrationalité que cela suppose, est redevenu, temporairement, un Parlement (du pays qui l'a inventé, on n'en attendait pas moins.) En refusant désormais mordicus, obéissant aux consignes de son parti (qui n'en est pas un, c'est si pratique !), aux pieds duquel il jeta son capital symbolique lors de la dernière élection présidentielle, sans contre-partie[1], et alors qu'il n'en pensait pas moins et avait courageusement mené la lutte, son Mordicus refus disions-nous donc, d'appeler un chat un chat, c'est à dire un nécessaire Frexit, un nécessaire Frexit[2] (qui ne peut être que : et de gauche et de droite - sur un plan 'sociétal", comme on dit maintenant, car sur le plan des rapports de production, il y a une gauche qui s'ignore...- comme la victoire au référendum de 2005, comme la victoire du Brexit...), Frédéric Lordon continue à porter un discours "Corbynesque" (et on peut en dire autant de François Ruffin), voué à l'échec, l'Histoire vient de le démontrer, et ce n'était point une surprise, pensant, semble-t-il que, voler de défaite en défaite mène irrésistiblement à la victoire téléologique... Il faut vraiment être fonctionnaire à l'EHESS pour avoir le temps... Car oui, à chaque défaite des gens meurent, et plus efficacement par charrettes de déciles de classe que sous les Flash-Balls...

A bons entendeurs,

Le Concierge (pour un temps, toujours vivant... Et c'est pas du Renaud !)

Notes

[1] Nous persistons et signons, ne serait-ce que promettre un référendum sur le Frexit à la présidentielle aurait mené Mélenchon au 2eme tour. Au lieu de ça, on dragua les Hamonistes d'un jour, Macronistes le lendemain, Jadotistes le surlendemain, sous prétexte que "l'élection présidentielle se joue au centre"!!! Ouaf et Snif...

[2] Qui foutrait le "joyeux bordel", institutionnel, dont nous avons grand besoin

lundi 13 janvier 2020

Macron vendu à la finance vend le peuple de France à la finance

Economiste, directrice générale du BlackRock Investment Institute, le centre de recherche de la plus grosse société de gestion d'actifs mondiale, Isabelle Mateos y Lago est énarque, inspectrice des Finances. Elle a débuté sa carrière au ministère de l'Economie avant de rejoindre le Fonds monétaire international, puis BlackRock en janvier 2015. Elle est basée à Londres. Chez BlackRock, elle conseille le vice-président Philip Hildebrand et les équipes sur les grandes orientations macro-économiques et leurs implications en matière d'investissements. Interview.

Depuis Londres, où vous êtes économiste pour l’institut de recherche de BlackRock, l’une des plus grosses sociétés de gestion de fonds au monde, quelles sont vos premières impressions sur les 100 premiers jours d’Emmanuel Macron ?

Il faut souligner un élément de contexte important. Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, l’économie française comme l’économie européenne ont continué à surprendre de manière positive. Le contexte est porteur. Cela permet une certaine indulgence vis-à-vis des détails et des hoquets du processus de décision du président.

Quels sont les points positifs à souligner dans ces 100 premiers jours ?

Le président et le gouvernement sont en contrôle de la situation. Dans ce début de quinquennat, il y a eu de mauvaises surprises : celle qui a conduit au départ du gouvernement de François Bayrou, par exemple, ou les accrocs autour du budget de l’armée. Le président a su réagir et montrer qu’il contrôlait la situation, qu’il savait gérer les crises. C’est positif.

Car une question importante se pose : sera-t-il capable de mener la réforme du marché du travail sans mettre tout le monde dans la rue ? Pour l’instant les signes sont encourageants. Les débats parlementaires sur la loi d’habilitation à réformer par ordonnance se sont passés de façon constructive. Il a accepté des amendements et le texte a obtenu une vraie majorité, pas ric-rac. Certes, en matière sociale, le diable est dans le détail de la rédaction des textes mais pour l’instant tout se passe paisiblement et sans à-coups.

Si le président Macron et Edouard Philippe sont capables de faire sauter le blocage sur le marché du travail, ce sera un signal fort. Cela montrera que le jeu a changé et que la France est prête à accepter des réformes positives pour son économie.

Le deuxième test pour les économistes, les finances publiques, donne aussi une impression plutôt positive.

Il a décidé de tenir les 3% de déficits dès cette année. Il aurait pu repousser d’un an, les marchés financiers n’étaient pas inquiets compte tenu du niveau actuel des taux d’intérêt et de la politique de la Banque centrale européenne. L’autre option pouvait donc être défendue. En revanche, il fallait qu’il donne un signe fort que la réduction des déficits se ferait à travers la baisse des dépenses publiques. C’est ce qu’il a fait en ouvrant le débat sur les APL. Il montre qu’il peut faire ce que la France n’a jamais réussi à faire. Ça aussi, c’est très positif. La France reste hors norme par le poids de sa dépense publique dans le PIB. Le chemin à parcourir est long dans ce domaine. Nous allons regarder de très près la programmation pluriannuelle qu’il propose.

Sur un plan plus politique, il était important de s’engager à tenir les 3% pour pouvoir espérer ouvrir les discussions avec l’Allemagne sur l’avenir de l’Europe et la réforme de la zone euro. C’était important que la France démontre avant les élections de septembre en Allemagne, qu’elle est un partenaire sérieux. Son choix de tenir les 3% est donc une bonne nouvelle de ce point de vue.

Et les points négatifs ?

La décision de bloquer la prise de contrôle des chantiers navals de Saint-Nazaire par une société italienne peut en être un. Cela a été très bien reçu en France, mais à l’étranger, c’est perçu comme un geste étatiste, anti-européen, anti-marché. Je note toutefois que ça n’a guère suscité qu’un froncement de sourcil chez les économistes et les investisseurs, grâce aux bonnes surprises sur l’état de l’économie française.

Les marchés financiers regardent aussi de près l’opinion française et peuvent s’inquiéter de la baisse de popularité du président : est-ce que cela pourrait affecter sa capacité ou sa volonté de réformer ? Mais pour l’instant, ce point est compensé par le fait que les indicateurs de confiance des consommateurs et des chefs d’entreprises sont, eux, en amélioration, ce qui monte que l’économie est sur le bon chemin.

Qu’attendez-vous d’Emmanuel Macron à la rentrée ?

Outre la mise en place effective d’une vraie réforme du marché du travail, J’attends qu’il montre sa capacité à faire des coupes intelligentes et durables dans les dépenses publiques. Je me demande aussi si les entreprises vont bénéficier de baisses d’impôts à terme. C’est important pour les investisseurs en actions. D’autant que la Belgique vient d’annoncer une baisse de son taux d’impôt sur les sociétés, ce qui montre que la concurrence fiscale n’est pas terminée en Europe. La France ne peut pas l’ignorer. La mise en œuvre de tout ce qui a été promis aux entreprises sera très observée.

Votre note ?

8/10. Continuez comme ça.

Propos recueillis par Sophie Fay

Paru dans l'Obs, le 9 août 2017.

Sur BlackRock lire :

Retraites : bacchanale à l'Elysée

Fonds vautours et institutions européennes s’attaquent à nos logements

Comment Macron offre les retraites aux financiers les plus rapaces

Pour les vautours, il est moins 5 avant la fin de la retraite par répartition

mercredi 1 janvier 2020

Retraites : bacchanale à l'Elysée

atserixhelvetes.jpg Extrait de "Asterix chez les Helvètes"

Retraites. Le patron du fonds BlackRock France élevé au grade d’officier de la Légion d’honneur

Parmi les 487 personnes figurant dans la promotion civile de la Légion d’honneur du 1er janvier 2020, un nom fait tiquer. En plein conflit sur la réforme des retraites, Jean-François Cirelli, président du fonds BlackRock France, est élevé au grade d’officier.

Chaque année, au 1er janvier, la promotion civile de la Légion d’honneur distingue des personnes "illustres ou inconnues" en les nommant chevalier ou en élevant leur grade. La présence sur la liste d’un dirigeant de l’un des principaux fonds de pension, en plein conflit sur la réforme des retraites, fait tiquer.

La promotion du Nouvel an 2020 distingue des personnalités comme Jeanne Balibar, Gilbert Montagné ou encore le prix Nobel Gérard Mourou.

Parmi les 487 personnes de la liste, un nom provoque des remous. Il s’agit de Jean-François Cirelli, chevalier depuis 2006 et élevé officier de la Légion d’honneur, par le Premier ministre Édouard Philippe. Présenté comme "président d’une société de gestion d’actifs", anciennement président de Gaz de France, il est actuellement le dirigeant du fonds BlackRock France.

Soupçons de collusion

BlackRock est le premier gestionnaire d’actifs au monde, il gère l’équivalent de 6 300 milliards d’euros et finance la plupart des fonds de pension.

Dans le conflit sur la réforme des retraites, les contacts réguliers entre le fonds BlackRock et l’exécutif français ont alimenté des soupçons de collusion. Jean-François Cirelli avait rencontré Emmanuel Macron le 10 juillet 2019, avec d’autres gestionnaires d’actifs, lors d’une réunion destinée à inciter les fonds d’investissements à financer la lutte contre le réchauffement climatique.

Olivier Marleix, député LR d’Eure-et-Loir, aurait souhaité que BlackRock déclare ses « actions de lobbying » à la Haute autorité pour la transparence de la vie publique. Il avait ainsi interpellé Jean-Paul Delevoye à l’Assemblée avant sa démission du gouvernement : "Si votre réforme va à son terme, les affaires de BlackRock prendront donc un formidable essor en France".

La promotion de Jean-François Cirelli au grade d’officier de la Légion d’honneur ne va pas contribuer à rassurer les opposants à la réforme des retraites.

Source: Ouest-France

Lire aussi : Comment Macron offre les retraites aux financiers les plus rapaces

mercredi 25 décembre 2019

"Alors nous regardons Julien Assange..."

Alors nous regardons Julian Assange. Et c'est toujours aussi horrible, intolérable. Il apparaît très maigri, plus que le 18 novembre et le 21 octobre. Il porte le même pull bleu pâle délavé et le pantalon gris du 11 octobre. Il paraît aussi émacié que sur la vidéo fuitée de mai, mais il a la barbe plus courte et ses cheveux tirés en arrière comme en novembre. Ce qui frappe, ce sont ses yeux qui paraissent très sombres, enfoncés dans les orbites, cernés de noir. Il reste prostré, recroquevillé sur lui-même, les mains jointes. On ne voit pas où son regard se pose car sa tête est baissée. Il est absent, comme déjà dans un autre monde, les épaules affaissées sur lesquelles flotte le pull. Il a froid visiblement, croise ses mains sous les aisselles comme le 11 octobre, puis les cache dans ses manches. On voudrait l’aider mais on ne peut pas. C’est horrible et ça dure. Juste à un moment il s’anime, se frotte les yeux, prend son visage entre ses mains. Je distingue bien ses mains, pas de bandages apparents, mais un fin bracelet sur son poignet gauche, comme une montre, ou comme le bracelet d’identification en plastique qu’on vous met à l’hôpital. On attend en vain qu’il nous fasse signe. On n’arrive pas à croire que personne ne lui a expliqué que nous sommes là, que la salle du public est pleine, qu’il y a réellement des personnes au monde qui souhaitent sa liberté et son bonheur, citoyens et citoyennes lambda, militants pour la justice… Il ne nous voit pas, d’accord, mais il sait qu’il va comparaître, ses avocats ne lui ont-ils pas raconté comment cela se passe, de ce côté de la caméra, 181 Marylebone Road ? Visiblement non. Alors il pense qu’il est tout seul, qu’il n’y a plus d’espoir et c’est cela le but de la manœuvre perverse. Lui faire croire qu’il n’est rien pour personne et nous convaincre que nous n’arriverons jamais à le convaincre du contraire, puisque la prison ne lui livre pas nos lettres et nos colis et nous refuse de lui rendre visite. On se croirait de retour à l’ancien Régime, en train d’assister au supplice futur du déjà condamné après la question. Justement. L’inquiétant est que Julian Assange a l’attitude d’un homme au cours d’un interrogatoire, celle que montrait une des vidéos fuitées enregistrées par le « spanish office » travaillant pour Raphael Correa mais en réalité pour la CIA. Et pendant toute l’audience Gareth Peirce ne le regardera pas, ne le saluera pas, ne lui parlera pas et lui ne lui parlera pas non plus.

Lire l'article de Monika Karbowska, paru sur le site de la Librairie Tropiques

vendredi 20 décembre 2019

L'Exécutif viole la Constitution Française

Le journal Le Monde vient de jeter un pavé dans la mare, ce mardi 17 décembre, en révélant que les services du Premier ministre étaient parfaitement au courant des multiples casquettes que détenait Jean-Paul Delevoye, y compris celles rémunérées, lorsqu’il occupait la fonction gouvernementale de haut-commissaire aux Retraites.

Cette révélation n’est d’ailleurs qu’une confirmation de ce que savent tous les hauts fonctionnaires qui connaissent bien les procédures très précises de contrôle qui régissent le fonctionnement du Secrétariat général du gouvernement (bien connu sous le sigle « SGG » dans toutes les administrations). ' 'Or, cette situation contrevient frontalement à l’article 23 de la Constitution qui pose que : « Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle. »''

D’après Le Monde, « cette situation de cumul de mandats était connue du Secrétariat général du gouvernement – un poste occupé par l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel Marc Guillaume – rattaché au Premier ministre, dès 2017, et avait fait l’objet d’une décision validée par Matignon, sans qu’il y en ait toutefois de trace écrite ».

Cette information est d’une exceptionnelle gravité et importance.

Elle signifie précisément qu’Édouard Philippe ou, à tout le moins, son entourage le plus immédiat :

a) connaissait la situation de Jean-Paul Delevoye,

b) savait que sa déclaration d’intérêts était grossièrement falsifiée,

c) n’a rien fait pour que ce dernier démissionne de ses fonctions rémunérées après avoir été nommé au gouvernement,

d) a au contraire couvert sciemment la situation illégale de l’ex-haut-commissaire aux Retraites, procédant ainsi à une violation délibérée et caractérisée de la Constitution,

e) était conscient des risques qu’il prenait en entérinant la situation de Delevoye puisqu’il n’a laissé aucune trace écrite de sa décision.

Jean-Paul Delevoye n’a donc jamais été « de bonne foi » contrairement à ce qu’ont affirmé en boucle les membres de l’exécutif ces derniers jours.

La vérité est exactement inverse : Delevoye mais aussi Philippe, et la Macronie en général, sont d’une complète mauvaise foi.

Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que l’Élysée n’ait pas été mis au courant de la situation problématique de Jean-Paul Delevoye. Du reste, que Macron en ait eu connaissance ou pas, ce dernier a gravement manqué à son devoir qui est de veiller « au respect de la Constitution » en vertu de l’article 5 de cette dernière.

Au demeurant, l’UPR s’interroge : au nom de quel lien de sujétion, invisible et inconnu des Français, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont-ils permis à Jean-Paul Delevoye de cumuler ses rémunérations en violation de la Constitution ?

Un scandale d’État qui ne serait toléré dans aucune grande démocratie du monde.

L’affaire Delevoye est un scandale d’État.

Elle révèle au grand jour la gangrène, l’amateurisme, le mépris des institutions et de l’État de droit, et le sentiment de totale impunité qui se sont répandus au sommet du pouvoir et d’une partie de la haute administration française.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Dans aucune démocratie digne de ce nom, un tel forfait contre la Constitution ne serait possible sans que l’ensemble des médias, des partis politiques et de l’opinion publique ne s’en indignent et sans que les sanctions les plus dures ne soient immédiatement prononcées contre les protagonistes.

L’UPR estime que – sauf à laisser la France sombrer dans le discrédit complet des institutions et bientôt dans l’anarchie et le chaos – les conséquences de cette affaire d’État doivent être les suivantes :

1) Édouard Philippe doit immédiatement démissionner,

2) Marc Guillaume être révoqué de son poste de secrétaire général du gouvernement et des poursuites judiciaires doivent être engagées à son encontre en application de l’article 40 du Code de procédure pénale qui pose :

« Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

3) Si Édouard Philippe ne démissionne pas, Macron doit exiger de lui sa démission.

4) Si Macron ne le démet pas, l’Assemblée nationale, y compris la majorité « En Marche », doit engager une motion de censure et censurer le gouvernement pour provoquer le départ d’Édouard Philippe.

5) Face à la dislocation de plus en plus rapide de tout l’édifice constitutionnel que Macron laisse faire (quand il ne le provoque pas lui-même !), LFI, le RN, LR, le PS, EELV et le PCF doivent lancer la procédure de destitution de Macron sur la base de l’article 68 de la Constitution.

—–

L’UPR note que, si ces parlementaires avaient lancé cette procédure comme nous le leur avons demandé depuis un an sur la base de notre dossier listant 13 violations de la Constitution par le président de la République, un formidable coup d’arrêt aurait été mis aux agissements anticonstitutionnels de l’exécutif même si la procédure n’avait pas été jusqu’à son terme du fait du blocage prévisible des parlementaires de LREM.

Si les partis dits d’opposition continuaient à refuser de lancer la procédure de destitution, ils accorderaient un nouveau blanc-seing à Macron et à sa clique pour disposer de la France à leur discrétion et selon leur bon plaisir.

Source : Communiqué de presse de l'UPR

vendredi 13 décembre 2019

"Baise ton prochain : Une histoire souterraine du capitalisme"

baisetonprochain.PNG Cliquer sur l'image pour voir la conférence de Dany-Robert Dufour, auteur du livre qui donne le titre à ce billet, publié aux Éditions Actes Sud

« Là où la propriété est suffisamment protégée, il serait plus facile de vivre sans argent que sans pauvres, car qui ferait le travail ?... s'il ne faut donc pas affamer les travailleurs, il ne faut pas non plus leur donner tant qu'il vaille la peine de thésauriser. Si çà et là, en se serrant le ventre et à force d'une application extraordinaire, quelque individu de la classe infime s'élève au-dessus de sa condition, personne ne doit l'en empêcher. Au contraire, on ne saurait nier que mener une vie frugale soit la conduite la plus sage pour chaque particulier, pour chaque famille prise à part, mais ce n'en est pas moins l'intérêt de toutes les nations riches que la plus grande partie des pauvres ne reste jamais inactive et dépense néanmoins toujours sa recette... Ceux qui gagnent leur vie par un labeur quotidien n'ont d'autre aiguillon à se rendre serviables que leurs besoins qu'il est prudent de soulager, mais que ce serait folie de vouloir guérir. La seule chose qui puisse rendre l'homme de peine laborieux, c'est un salaire modéré. Suivant son tempérament un salaire trop bas le décourage ou le désespère, un salaire trop élevé le rend insolent ou paresseux... Il résulte de ce qui précède que, dans une nation libre où l'esclavage est interdit, la richesse la plus sûre consiste dans la multitude des pauvres laborieux. Outre qu'ils sont une source intarissable de recrutement pour la flotte et l'armée, sans eux il n'y aurait pas de jouissance possible et aucun pays ne saurait tirer profit de ses produits naturels. Pour que la société -(qui évidemment se compose des non-travailleurs) soit heureuse -et le peuple content même de son sort pénible, il faut que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre, Les connaissances développent et multiplient nos désirs, et moins un homme désire plus ses besoins sont faciles à satisfaire [1]. »

Bertrand de Mandeville (1770)

via Librairie Tropiques

Notes

[1] B. de Mandeville : « The fable of the Bees », 5° édition, Lond., 1728.

samedi 23 novembre 2019

Force et limite du film « Adults in the Room » de Costa-Gavras

Dans son dernier film, le réalisateur s’emploie à dénoncer le comportement brutal des dirigeants politiques européens durant la crise grecque de 2015. Une démarche fort louable. Mais il est regrettable qu’il passe sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période.

Costa-Gavras est un grand cinéaste dont l’œuvre cinématographique indique un engagement permanent dans la lutte contre les injustices. Les films politiques qu’il a réalisés contribuent à lever le voile sur des périodes noires, dramatiques du XXe siècle : Z (qui porte sur les luttes politiques en Grèce au cours des années 1960), Missing (la dénonciation des méthodes répressives des dictatures du Sud de l’Amérique latine dans les années 1970 et le soutien que leur apportait le gouvernement des États-Unis), L’Aveu (dénonçant les procès staliniens dans le bloc soviétique), Amen (mettant en évidence la passivité, voire la complicité, du Vatican face aux crimes des Nazis et à l’holocauste), Le Capital (une dénonciation du capitalisme contemporain). Ces films font partie du patrimoine culturel commun de ceux et celles qui luttent pour mettre fin aux injustices.

Le film Adults in the Room enrichit cette œuvre et il est très positif qu’après Z, Costa-Gavras consacre à nouveau un film à des événements qui concernent la Grèce et qui ont secoué l’Europe en 2015.

Varoufakis, le témoin clé

La cible principale du film est le comportement brutal des dirigeants politiques européens à l’égard du gouvernement grec, leur acharnement à empêcher le gouvernement d’Alexis Tsipras de rompre avec l’austérité imposée par ces mêmes dirigeants européens à travers les mémorandums (Memorandum of Understanding ou MoU) qui, comme l’affirme Yanis Varoufakis dans le film, ont bénéficié aux grandes banques allemandes et françaises sur le dos du peuple grec.

Pour construire sa narration, Costa-Gavras a repris celle contenue dans le livre écrit par l’ancien ministre des Finances au point qu’il a donné à son film le même titre, Adults in the Room.

En s’appuyant sur le témoignage de première main de Varoufakis, Costa-Gavras a réussi à révéler au grand jour le comportement totalement antidémocratique des dirigeants européens. C’est un élément important.

Des éléments oubliés

Bien sûr, il est impossible de présenter en deux heures dans toute sa complexité ce qui s’est passé en Grèce et en Europe au cours d’une période de six mois. Néanmoins, il est regrettable que Costa-Gavras ait passé sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période. Ainsi, il ne fait pas état des marques de solidarité qui se sont exprimées en Europe à l’égard du peuple grec à des moments clés des négociations. Varoufakis les mentionne pourtant dans son livre et il aurait été possible de montrer que pendant que se déroulaient d’interminables négociations à Bruxelles ou dans d’autres lieux (Francfort ou Athènes), avaient lieu des manifestations de soutien au peuple grec qui ont réuni des milliers de personnes. Varoufakis reconnaît lui-même que ces manifestations ont été fortes les rares fois où Tsipras et lui-même ont montré publiquement des signes de résistance à la Troïka. De même, il aurait été également fondamental d’insister davantage sur des citoyennes et des citoyens en Grèce alors que Costa-Gavras ne les montre qu’à travers les vitres de l’automobile dans laquelle se déplacent Varoufakis et Tsipras un peu après la formation du gouvernement à la fin janvier 2015.

Un peuple absent

À l’exception d’une scène où Varoufakis se trouve au restaurant avec des amis, le peuple est littéralement absent du film. Celui-ci a l’apparence d’un huis clos fait de discussions sans fin et Costa- Gavras a du mal à faire ressortir les étapes de la négociation. Même si le cinéaste affirme s’en tenir à la narration présentée par Varoufakis, deux éléments tout à fait fondamentaux sont présentés de manière profondément déformée. Le premier élément : Costa-Gavras fait comme si Tsipras et Varoufakis s’étaient opposés jusqu’au référendum de juillet 2015 à la poursuite du mémorandum alors que Varoufakis reconnaît que le 20 février et les jours qui ont suivi il a accepté au nom du gouvernement grec le prolongement pour une durée de quatre mois du mémorandum qui était en cours d’exécution et qui devait expirer à la fin février 2015.

Non seulement Tsipras et Varoufakis ont été d’accord de prolonger le mémorandum mais ils ont en outre poursuivi les privatisations auxquelles ils avaient promis de mettre fin et ils ont vidé les coffres de toutes les institutions publiques afin de rembourser les créanciers de la Troïka. Alors que Varoufakis explique dans son livre qu’il a proposé aux autorités chinoises de finaliser l’acquisition de l’ensemble du Port du Pirée et d’y ajouter la vente des chemins de fer grecs, il n’y est pas fait référence dans le film.

Une version trompeuse

Le second élément qui est déformé concerne la façon dont le noyau autour de Tsipras a réagi à la victoire du Non au référendum. Il faut rappeler que Tsipras en convoquant le référendum pour le 5 juillet avait appelé le peuple grec à voter pour le Non afin de refuser les exigences des créanciers. Dans une des scènes finales du film on voit Tsipras et ceux qui l’entourent se féliciter avec enthousiasme de la victoire du Non alors que Varoufakis explique lui-même qu’il est convaincu que Tsipras misait sur la victoire du Oui afin d’avoir la légitimité pour capituler. Donc ici Costa-Gavras a pris la liberté de ne pas suivre la narration de Varoufakis et de donner une version trompeuse de ce qui s’est passé réellement. La vérité est que Tsipras a été surpris par la volonté du peuple grec de résister encore une fois aux créanciers en votant pour le Non à plus de 61 %. Plusieurs témoins clés sont formels : quand Tsipras et son entourage ont appris la victoire du Oui ils n’ont manifesté aucun enthousiasme. Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec et, à ce moment-là, amie de Tsipras, le dit très clairement. Varoufakis d’ailleurs ne prétend pas le contraire.

Une liberté oubliée

Par contre, sur un autre point, Costa-Gavras a décidé de respecter la narration de Varoufakis qui dans son livre de 500 pages ne fait aucune mention de l’audit de la dette grecque qui était en cours en Grèce pendant le premier semestre 2015. Pourquoi Costa-Gavras qui a pris la liberté d’inventer de toutes pièces une scène de célébration de la victoire du Non n’a-t-il pas exercé sa liberté de créateur pour ajouter dans son film les travaux de la commission pour la vérité sur la dette grecque, commission créée par la présidente du parlement avec le soutien officiel de Tsipras et de Varoufakis ? Alors que le thème de la dette est présent de manière permanente dans le film, pourquoi omettre l’existence des travaux de cette commission alors que celle-ci retenait toute l’attention d’une partie importante du peuple grec ? C’est d’autant plus surprenant et décevant que dans le générique Costa-Gavras fait référence au film L’audit de la dette grecque réalisé par le cinéaste Maxime Kouvaras en collaboration avec le CADTM. Ce documentaire, cité par Costa-Gavras, est entièrement consacré aux travaux de la commission ainsi qu’à la solidarité qui s’est exprimée en Europe en soutien au peuple grec. Il revient aussi sur le non-respect par Tsipras de la volonté populaire exprimée lors du référendum du 5 juillet 2015.

Une image lissée

D’autres critiques peuvent également être adressées au film : le comportement de la directrice du FMI, Christine Lagarde, et l’attitude d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie de l’Industrie et du Numérique du gouvernement Valls sont présentés de manière erronée. Costa-Gavras dresse d’eux un portrait de personnes respectueuses de la volonté du gouvernement grec et faisant preuve d’empathie à l’égard du peuple grec alors qu’en réalité les deux faisaient front avec les autres dirigeants européens pour mettre le gouvernement grec au supplice et détruire les espoirs de son peuple.

Les critiques que je viens d’exprimer ne m’empêchent pas de remercier Costa-Gavras d’avoir consacré un film au traitement totalement inique auquel a été soumis le gouvernement et le peuple grecs en 2015. Cela offre l’occasion une fois de plus de débattre des leçons à en tirer et de la stratégie à adopter pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. J’aurais évidemment préféré que le film montre qu’un autre scénario était envisageable et qu’il était possible de vaincre le comportement antidémocratique et les politiques austéritaires dictés par les créanciers.

Article d'Eric Toussaint publié dans le journal Le Soir, le 20/11/2019 et repris du site du CADTM

Comment il était possible d’obtenir une victoire contre les créanciers de la Grèce et quelle stratégie en Europe

Le but de cet article est d’expliquer qu’il y avait une alternative à la politique brutale menée par la Troïka contre le peuple grec et contre le gouvernement Tsipras. L’alternative aurait dû venir du gouvernement Tsipras car celui-ci avait reçu un mandat clair de rupture avec l’austérité et avec la Troïka.

Il ne fallait pas s’attendre à une attitude conciliante de la part des autorités européennes. Il ne fallait pas multiplier les concessions. Il était possible de résister et de remporter une victoire en faveur du peuple grec et des autres peuples.

Les facteurs qui ont conduit au désastre peuvent être énumérés de la manière suivante : le refus du gouvernement Tsipras de prendre des mesures d’autodéfense face à la politique agressive de la BCE, des gouvernements européens, de l’Eurogroupe et du FMI ; le refus de Tsipras et de Varoufakis de faire payer les riches ; le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale en soutien au peuple grec ; le maintien de la diplomatie secrète et l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats ; le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes, etc.).

Pourtant le dénouement tragique n’était pas inéluctable. Il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Cet article montre qu’à plusieurs moments décisifs au cours des six premiers mois du gouvernement Tsipras, il était possible et nécessaire d’appliquer une autre politique que celle qui a été suivie. Dans la conclusion, l’article porte sur la scène européenne et avance une orientation internationale.

Lire l'intégralité de l'article d'Eric Toussaint paru sous ce titre sur le site du CADTM

jeudi 17 octobre 2019

Lettre ouverte de l'ex-présidente du parlement grec au cinéaste Costa-Gavras

«Adults in the Room», le nouveau film de Costa-Gavras inspiré du livre de l’ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis (traduit en français sous le titre "Conversations entre adultes"), sortira en salles le 6 novembre. Voici la lettre ouverte adressée au cinéaste par Zoe Konstantopoulou, ex-présidente du parlement grec, à propos de sa narration des événements qui ont ébranlé l’Europe en 2015.

Le 10 septembre 2019

Lettre ouverte à Costa-Gavras

Cher Monsieur Gavras,

Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire de vive voix fin mai 2015 à Paris, j’apprécie et je respecte votre travail et votre contribution. C’est pourquoi, en juin 2015, en tant que Présidente du Parlement grec, je vous avais demandé de soutenir le rapport de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque. À l’époque, vous m’aviez demandé de vous envoyer le rapport et quelques jours plus tard vous aviez été un de ses premiers signataires. C’est-à-dire que vous aviez soutenu le travail scientifique officiel de juristes, économistes et experts de renommée internationale, qui ont travaillé bénévolement pendant des mois et qui ont analysé les raisons pour lesquelles la prétendue dette publique du pays est illégale et ne devrait pas être payée par le peuple grec.

Au travers de cette lettre ouverte, je voudrais que mes doutes soient rendus publics.

Vous avez choisi de réaliser un film en référence à une période extrêmement importante de l’histoire récente de notre peuple et de notre pays. Une période que certains d’entre nous ont vécue depuis nos positions à responsabilité et que tout notre peuple a vécue de la manière la plus intense qu’il soit. Et vous l’avez fait en adoptant intégralement la version et le récit (véritablement le scénario) d’un homme qui a joué un rôle déterminant à cette période. Cet homme qui se comportait au moins de manière irresponsable et inconsciente dans la gestion de la négociation, la traitant comme une affaire personnelle, suivant une stratégie et des tactiques personnelles, négociant sans conseillers juridiques et sapant de sérieuses opportunités pour notre pays (qui existent toujours), en créant des chaînes et en attachant la Grèce au char du Troisième mémorandum, avant même d'avoir finalisé son premier mois au ministère des Finances.

J’ai vécu ces événements critiques et cela m’a conduite à des conclusions qui, du moins selon moi, sont assez claires sur le rôle que chacun des protagonistes de l’histoire a eu. En effet, depuis la place que j’ai occupée, j’ai pu avoir une connaissance directe et sûre de ce qu’il s’est passé. Et sans demander que vous adoptiez ma propre position et lecture des événements, je m’interroge sur le fait que vous n’avez pas tenté de contre-interroger les événements de cette période. Votre film ne porte pas sur un pays fictif, mais sur des événements historiques qui ont marqué la Grèce et les Grecs et sur le rôle joué par ceux qui ont géré le sort de ce pays.

Une lecture de l’histoire montrant ce qui s’est passé en 2015 comme le résultat unique du comportement extrême des créanciers et qui montre que le gouvernement grec était incapable de se défendre et de réclamer ses droits est une fausse lecture. Les créanciers se sont comportés de manière criminelle, impitoyable, qui rappelle un coup d’État. C’est un fait. Malheureusement, le gouvernement grec et ceux qui avaient la responsabilité des négociations (avec les créanciers) leur ont facilité la tâche. Ils ne s’étaient pas préparés, leur travail était brouillon et superficiel. Et si certaines personnes pensent qu’elles ont capitulé parce qu’elles n’étaient pas préparées, ma conviction, basée sur les faits que j’ai vécus, est qu’elles ont choisi de ne pas se préparer car elles avaient accepté de capituler. Cela a été très clairement confirmé quand elles ont choisi de ne pas utiliser le travail qui était fait au Parlement à cette époque et les outils de négociation spécifiques produits par ce travail.

Dans le cadre des négociations de 2015, le gouvernement Tsipras, contrairement à ses engagements, n’a jamais soulevé la question de l’annulation de la dette, n’a pas non plus remis en question son remboursement, mais au contraire l’a accepté avec l’accord du 20 février signé par M. Varoufakis avant que ne commence les travaux du Parlement. Avec ce même accord, le gouvernement grec a cédé 11 milliards d’euros aux créanciers, ce qui était contraire à ses engagements et son programme. En réponse à mes réactions sur cet accord, Tsipras et Varoufakis ont fait semblant de ne pas comprendre. Ils n’ont pas suspendu le remboursement de la dette ni au commencement des travaux de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque, bien qu’ils s’étaient engagés à le faire. Ils n’ont pas non plus utilisé le rapport de la Commission d’audit, ni au moment le plus crucial des soi-disant négociations au mois de juin.

Lorsque le Parlement a approuvé le référendum, M. Varoufakis a tenté de l’inverser en déclarant que « si la proposition des créanciers change, la question changera et le gouvernement fera campagne pour le Oui », en même temps que M. Dragasakis 1 disait que le referendum pouvait ne pas avoir lieu. J’ai dû faire une déclaration publique depuis le Parlement, selon laquelle le référendum n’était pas annulé et que la question n’était pas modifiée, pour faire cesser ces déclarations.

Il est maintenant clair que Tsipras et Varoufakis pensaient que le peuple grec voterait « Oui » lors du référendum, et envisageaient d’utiliser ce « Oui » comme alibi. C’est pour cette raison que Varoufakis a démissionné le 6 juillet 2015, peu de temps après le Non du référendum, et qu’il a ensuite facilité la trahison du Non : il n’a pas justifié sa démission, il a envoyé une lettre de soutien à son successeur Tsakalotos, et sa procuration pour l’accord à venir du 13 juillet – le 3e mémorandum, il a voté en faveur des conditions préalables à l’application du 3emémorandum, notamment la réforme du Code de procédure civile, qui permettait de faciliter la saisie des avoirs des citoyens par les banques en faillite. Tout cela a été fait par choix et non par manque de choix.

Je considère que c’était une erreur de choisir de baser votre film, qui traite d’événements historiques d’une telle importance, uniquement sur le récit d’un homme, alors qu’il est clair qu’il s’est préoccupé de manière très systématique à l’écriture d’un scénario centré sur son propre personnage héroïque, qu’il ne s’est pas préoccupé à ce point, autant qu’il aurait dû, de soutenir notre pays et notre peuple, et qu’il continue de ne pas vouloir donner d’explications sérieuses sur de nombreux événements et sur ses propres actions.

Bien sûr, en tant qu’artiste et même en tant que Costas Gavras, vous avez la liberté et le droit de créer comme vous le voulez ce que vous voulez. Mais je ne pense pas que vous ayez le droit de présenter unilatéralement, en adoptant le point de vue d’un des responsables et d’une des personnes impliquées, des événements historiques d’une telle importance.

D’après le scénario de M. Varoufakis et de M. Tsipras, il n’aurait pas pu en être autrement pour la Grèce.

Moi je sais qu’il aurait pu et qu’il peut en être autrement.

Et la responsabilité de ceux qui n’ont pas voulu faire ce qu’il fallait et ce qu’ils s’étaient engagés à faire, ne diminue pas par l’effacement de la douleur de ceux qui ont fait face.

Leur responsabilité n’est pas diminuée, même avec votre film.

Respectueusement,

Zoé Konstantopoulou Ancienne Présidente du Parlement

mardi 1 octobre 2019

Tsipras et Varoufakis vers la capitulation finale

Nous reproduisons la conclusion de la partie 9 de la série d'Eric Toussaint "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même" consacré à "Adults in a room" (dont une adaptation cinématographique réalisée par Cost-Gavras sortira en salle le 6 décembre) Le Concierge

Au cours des deux mois qui mènent à la trahison du verdict populaire du 5 juillet, Tsipras a pratiqué une orientation qui conduisait au désastre. À plusieurs reprises, il aurait pu prendre un tournant mais s’y est refusé. L’enthousiasme soulevé par le référendum du 5 juillet a fait long feu et a débouché sur une énorme déception.

Est-ce que Varoufakis a défendu de manière cohérente une alternative crédible, comme il le prétend ? La réponse est clairement négative. Il a accompagné Tsipras et le noyau qui l’entourait et il n’en a jamais pris publiquement ses distances quand il en était encore temps. Et lorsqu’il a démissionné, il l’a fait dans des termes qui ont prolongé la confusion. Dans l’explication publique de sa démission, il écrit le 6 juillet :

« Peu après la proclamation des résultats du référendum, on m’a fait savoir que certains membres de l’Eurogroupe ainsi que d’autres « partenaires » auraient vu d’un bon œil mon « absence » lors des réunions, idée que le Premier Ministre juge potentiellement utile pour parvenir à un accord. C’est pour cette raison que je quitte aujourd’hui le ministère des Finances. (…) Je considère qu’il est de mon devoir d’aider Alexis Tsipras à exploiter de la manière qu’il jugera utile, le capital que le peuple grec nous a confié lors du référendum de dimanche. (…) Je soutiendrai donc sans hésitation le Premier Ministre, le nouveau ministre des Finances et notre gouvernement. »

Quant à son plan B, il a fallu attendre la décision de fermeture des banques pour que Varoufakis découvre, selon ses propres déclarations, que la banque de Grèce disposait d’une réserve de billets en euros pour un montant de 16 milliards € qui, si le gouvernement l’avait décidé, auraient pu être remis dans le circuit, par exemple en les estampillant pour qu’ils fonctionnent comme une monnaie complémentaire non convertible et qu’ils puissent être mis en circulation via les distributeurs de billets. Et à ce moment-là il reconnaît lui-même qu’il s’est opposé à ce qu’on utilise cette manne alors que le leader de la plateforme de gauche essayait de convaincre Tsipras de s’en servir.

Heureusement, Varoufakis a ajouté sa voix au camp du refus du 3e mémorandum dans la nuit du 15 au 16 juillet, votant « Non » avec les députés de la Plateforme de gauche et avec Zoe Konstantopoulou.

En ce qui concerne la Plateforme de gauche, il faut aussi reconnaître qu’elle a commis l’erreur grave de ne pas exprimer publiquement ses désaccords à partir de la première capitulation du 20 février et par après. Elle n’a pas mis dans le débat public le plan B élaboré notamment par Costas Lapavitsas. Après la trahison du résultat du référendum, elle s’est largement cantonnée à la dénonciation de la politique de Tsipras sans être capable de mettre en avant de manière offensive et crédible une proposition alternative.

Il n’y a pas eu de grandes mobilisations spontanées car une majorité du peuple de gauche qui avait mené le combat principalement entre 2010 et 2012 faisait confiance à Tsipras et celui-ci n’appelait pas le peuple à se mobiliser. Les forces de gauche hors du parlement qui appelaient à la mobilisation étaient quant à elles trop faibles.

Les facteurs qui ont conduit au désastre sont bien identifiés : le refus de la confrontation avec les institutions européennes et avec la classe dominante grecque, le maintien de la diplomatie secrète, l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats, le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes…), le refus de faire payer les riches, le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale,… Pourtant comme nous le verrons dans la partie qui suit, le dénouement tragique n’était pas inéluctable, il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Eric Toussaint

A lire intégralement sur le site du CADTM

dimanche 22 septembre 2019

Privatisation du littoral

Parmi les sponsors du Forum, et à part les entreprises grecques, on y découvre le cabinet d’avocat d’affaires Milbank, pour qui, “la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, sous forme de titres de la dette, comme dans un certain nombre de secteurs attractifs, notamment les institutions financières, y compris pour les prêts non productifs, l’immobilier, l’énergie, le tourisme et l’hôtellerie, le transport maritime, la logistique et les transports, le pétrole et gaz, les industries du commerce en détail et autres. Pour ceux qui cherchent à investir en Grèce dans un large éventail de dossiers de premier plan, notamment les acquisitions de capital-investissement et de sociétés, les coentreprises et d’autres investissements, le financement à effet de levier et de la dette à haut rendement, offres publiques initiales et autres opérations sur les marchés des capitaux, titrisation de prêts non productifs et d’autres catégories d’actifs, restructuration financière, gestion des dettes en souffrance et des passifs, et toutes les questions liées aux domaines susmentionnés.”

On ne rase presque plus gratis, surtout lorsqu’il s’agit de rafler la totalité de la mise, c’est-à-dire du pays. Pendant ce temps, notre ami, le brocanteur et bouquiniste âgé du vieux centre-ville, vient d’être expulsé “gentiment” de son commerce. L’immeuble a été acheté, justement par des... investisseurs. Sa boutique déjà vidée, on lui permet d’exposer certains objets devant l’entrée, tandis qu’il ne peut attendre désormais ses clients que dans la petite rue. “Heureusement que les autres brocanteurs des lieux ont accepté d’arranger ma maigre marchandise chez eux afin de la vendre si possible avec la leur. Ce n’est pas évident... puis, ma retraite ne viendra pas tout de suite. Sans parler de l’âme perdue de ma boutique, Princesse ma chatte, qui est visiblement très perturbée.”

(...)

Et à Athènes, les fonctionnaires du “Ministère des Finances” font semblant de protester contre la privatisation progressive de leur service. “Non aux sociétés privées, chargées du contrôle fiscal”, peut-on lire sur leur banderole déployée devant “leurs” locaux. Mais c’est trop tard. L’administration fiscale en Grèce est désormais placée et ceci depuis quelques années, sous le contrôle total d’une société anonyme pilotée depuis Bruxelles et Berlin, la dite “Agence Indépendante des Finances en Grèce”. SYRIZA, tout comme les “gouvernements” d’avant, et d’après, auront... bravement travaillé pour les colonisateurs, avec l’aimable participation des rapaces locaux bien entendu. Après tout... la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, aussi sous forme de la dette à haut rendement !

(...)

Les... “investisseurs” affluent ou presque, les plages se vident et d’ailleurs... elles se vendent. La nouvelle loi relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, annoncée par le gouvernement mais pas encore adoptée, prévoit la privatisation du littoral, autrement-dit, elle met fin de fait à son caractère public. “L'ancien littoral est désormais qualifié de propriété privée de l'État. La voie est ainsi ouverte à son usage exclusif par découpage en zones d’activités, pour l’industrie, l'hôtellerie et les loisirs. Il est aussi établi une affectation directe des segments des bords de mer et de plage dans les cas dits ‘d’investissements au caractère stratégique’. Les loyers sont même réduits dans le cadre de l’utilisation du littoral au détriment des recettes publiques”, presse grecque en septembre.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "l'âme perdue" sur son blog Greek Crisis

jeudi 20 juin 2019

Grèce : Bercy répond aux questions d’une députée… ou pas

En février dernier, la députée France insoumise, Danièle Obono, interpellait avec l’expertise du CADTM, la secrétaire d’État aux affaires européennes au sujet de la dette grecque, de l’exposition de la France à cette dernière et des profits réalisés. C’est Bercy (le ministère de l’Économie et des Finances) qui a répondu fin avril[1]. Une réponse qui porte d’ailleurs mal son nom, dans la mesure où précisément, le ministre et ses services ne répondent pas à plusieurs des questions posées…

1- Concernant le prêt bilatéral (11,4 Mds d’euros) de la France à la Grèce

Quel est le montant des intérêts perçus à ce jour par la France sur ce prêt bilatéral, depuis son octroi en mai 2010 ? Est-ce que la France s’engage à rétrocéder à la Grèce, ces profits réalisés abusivement sur un pays en crise ?

Voilà, quelles étaient les questions. Malheureusement, elles resteront sans réponse. Le ministre nous dit que les conditions de ce prêt ont été revues en 2012 à l’avantage de la Grèce et qu’elles s’avèrent désormais plus favorables à celles auxquelles emprunte la France.

Si ces conditions sont actuellement si avantageuses, pourquoi ne pas communiquer le montant des intérêts perçus (ou non) jusqu’à ce jour ? Un des éléments d’explication à ce silence pourrait être, que même si à partir de 2014 (comme l’indique les rapports annuels de la Cour des Comptes) la France ne réalise plus de profit via ce prêt bilatéral, toujours est-il qu’elle a en engrangé avant. Entre 2010 et 2013, la France a perçu 695 millions d’euros d’intérêts, toujours selon la Cour des comptes [2].

Donc même si la France aujourd’hui ne fait plus de profits voire même perd de l’argent sur ce prêt, il ne fait aucun doute qu’elle en a réalisé jusqu’en 2013. Un profit difficile à assumer politiquement, car réalisé sur le dos d’un pays en crise, que la France (comme ses homologues européens) n’entend ni restituer, ni d’ailleurs communiquer.

2- Concernant les contributions de la France aux FESF et MES

Les questions concernant les contributions de la France aux FESF et aux MES, la part qui a déjà été versée par l’État et la part encore garantie, sont des questions considérées comme techniques, peu attrayantes. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la réponse jargonneuse du ministre n’aide pas vraiment à s’y retrouver. Cela pourrait sembler anecdotique sauf que derrière des enjeux techniques, économiques se cachent des enjeux politiques. Il est ainsi vital que chacune et chacun puisse avoir accès aux informations et clés de compréhension de ces enjeux, censées être mises à disposition notamment pas les élu.es.

Savoir si ces contributions aux institutions financières sont déjà comptabilisées dans notre dette publique est notamment très utile dans le débat concernant l’annulation de la dette publique grecque. En effet, en 2015, lors du bras de fer entre Syriza et ses créanciers, élites politiques et éditorialistes des médias mainstream justifiaient leur TINA au régime d’austérité, par le fait que si on annulait la dette grecque, cela reviendrait à augmenter celle de la France et des autres pays européens. Or, les garanties sont bien souvent déjà comptabilisées dans les dettes publiques du moins en partie. D’où la nécessité de clarifier cette question pour éviter de se laisser endormir par leurs fables idéologiques présentées comme comptables, rationnelles et irrémédiables.

3- Concernant les profits issus des portefeuilles ANFA et SMP

En bon défenseur de la BCE et de ses politiques, le ministre prend le soin de rappeler que le rachat par la BCE de titres de la dette grecque se justifiait par une nécessité de diminuer la pression sur les taux d’intérêt demandés par les marchés financiers. Loin d’être animée par une réelle volonté d’aider la Grèce, la BCE souhaitait avant tout aider ses créanciers, qui à l’époque étaient majoritairement des grosses banques privées françaises et allemandes. La BCE a en effet permis à ces dernières de se débarrasser (à bon prix en plus) des titres grecs qui ne valaient plus grand-chose sur les marchés. D’autant que si la BCE avait vraiment voulu aider la Grèce pourquoi exige-t-elle 100 % du remboursement alors qu’elle les a obtenus à prix cassé sur le marché secondaire ? Pourquoi a-t-elle refusé d’inclure les titres qu’elle détenait dans la restructuration de la dette de 2012 ?

Des décisions qui l’ont conduit à réaliser des profits colossaux aux dépens de la Grèce, comme cela a été mentionné dans l’interpellation. Des profits qui eux vont se poursuivre, puisque dans les mois à venir la Grèce a deux importantes échéances de remboursement avec des taux élevés, vis-à-vis de la BCE : une première en juillet de 3,8 milliards d’euros, dont le taux d’intérêt est de 6 % et une seconde en octobre de 2 milliards d’euros, dont le taux est de 6,5 % [3]

Concernant la restitution de ces profits réalisés illégitimement, le ministre donne cette fois-ci des réponses. Il confirme que les profits réalisés en 2015 et 2016 ne seront jamais reversés à la Grèce soit la somme de 758,1 millions d’euros pour la France et de 2,4 milliards d’euros au niveau de l’eurosystème. Il confirme également que les restitutions qui seront faites à partir de 2017 le seront en échange de mesures d’austérité, qu’il évoque pudiquement en parlant de « conditions fixées sur la période post-programme ». En mars dernier, l’Eurogroupe bloquait en effet la restitution de ces profits SMP/ANFA tant que l’amendement de la loi Katseli qui gère la protection des résidences principales n’était pas approuvé par le Parlement grec. Le 29 mars, satisfait que la Vouli ait décidé de permettre que plus de Grec.ques puissent être jeté.es à la rue via des ventes aux enchères de logements massives, l’Eurogroupe a finalement réalisé le transfert.

Enfin, la réponse du ministre confirme que la tutelle par l’Union européenne de la Grèce se prolonge bien que cette dernière soit officiellement sortie des accords de prêt.

Tous ces éléments sont confirmés comme s’ils allaient de soi. Le gouvernement français et ses homologues européennes ne prennent en effet même plus la peine de justifier et expliquer leurs positions. Est-ce légitime de réaliser des profits colossaux sur un pays en crise, que l’on prétend pourtant aider ? Est-ce légitime et juste de ne pas lui restituer ces profits ou du moins qu’une partie et sous certaines conditions imposées ? Est-ce légitime que la Grèce se voit encore dicter sa politique depuis Bruxelles alors qu’elle est sortie des plans d’assistance financière ?

Des comportements illégitimes et scandaleux, que nous devons continuer de dénoncer et montrer que d’autres politiques existent ! Mais ces politiques ne tomberont pas du ciel.

Anouk Renaud , Danièle Obono

Source : CADTM

Notes

[1] Voir les questions et les réponses, ici : http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-16944QE.htm

[2] Voir les rapports annuels sur les comptes de l’État et notamment ceux de 2010, 2011, 2012 et 2013, disponibles ici : https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/budget-comptes-etat/comptes-etat/essentiel/s-informer/compte-general-etat#.XOZigRYzbDd

[3] Voir le calendrier des échéances de remboursement de la Grèce ici : http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline/.

mardi 14 mai 2019

Prétendue reprise de l'économie grecque

Réalités donc, de la ville et alors les nôtres. Dans le désordre, immeubles à vendre, maisons déjà acquises, agences immobilières faisant la promotion du visa accordé aux acquéreurs étrangers comme aux autres, parfois blanchisseurs criminels financiers du dit vaste monde. Civilisation en fonds perdus. Et on n’aurait pas pour l’instant touché le fond, paraît-il.

Dans la foulée, les Grecs s’empressent devant les tribunaux compétents... pour notifier leur refus d’hériter les biens immobiliers de leurs aïeux. Paupérisés, ils ne peuvent plus faire face aux impôts, aux taxes et encore moins aux frais qui en découlent. Dans certaines régions, rien qu’en quatre mois, les déclarations sur l’année 2019 en cours, excèdent alors en nombre, celles enregistrées sur l’ensemble de l’année 2018, presse grecque du 13 mai 2019. Soleil... ainsi imparable de la Grèce.

Ensuite, il y a toute cette actualité en fausses nouvelles, fabriquée par les médias et par les politiciens quant à la prétendue reprise de l’économie grecque. Actualité qui relève de plus en plus d’un autre système solaire, voire, plutôt lunaire. La semaine dernière, le salopard (politique) Aléxis Tsípras a même annoncé tout une série de fausses mesures, qui plus est, présentées comme populaires, à savoir et essentiellement, une certaine baisse de la TVA de manière sélective, doublée d’un “cadeau” de 300€ à 500€ par an au bénéfice des retraités, ceci bien entendu, à quelques jours du pseudo-scrutin européiste du 26 mai. Civilisation en fonds perdus.

Lire l'article de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre "Mémoire d'Athènes" sur son blog Greek Crisis

Lire aussi : sociologie moustachue

vendredi 3 mai 2019

Une classe moyenne pulvérisée EN MOINS DE 10 ANS

Même Bloomberg... découvre cette semaine l’étendu du désastre grec, c’est-à-dire des Grecs, lorsque leurs biens sont saisis ou bradés par milliers, et lorsque 4 millions de Grecs, autrement-dit 37% de la population doivent à l’administration fiscale, passée il faut dire sous contrôle étranger depuis les accords SYRIZA, près de 104 milliards d’euros, le pays réel et ses bons chiffres...

Printemps grec, la fête de Saint Georges, nos touristes émerveillés, nos animaux adespotes, voire, nos tortues. Pays dit réel. “Beaucoup de Grecs sont épuisés et ne se battent plus pour préserver leurs biens. Les procédures devant les tribunaux grecs pouvant prendre des années, de nombreuses personnes qui étaient déterminées à protéger leurs propriétés ont vu les pressions incessantes se faire sentir, a déclaré Dimítris Anastasópoulos, avocat au Barreau d’Athènes”, rapporte l’article de Bloomberg daté du 3 mai.

Il en va de même avec le reste des biens, pour une classe moyenne pulvérisée en moins de dix ans, passant de 70% à 30% de la population. Dans cette même série, une nouvelle taxe frappe depuis mai 2019 les propriétaires des embarcations, alors toutes les embarcations à partir de 7 mètres de longueur, sans les exceptions du passé: bateaux de pêche, voiliers, bateaux et embarcations en bois traditionnels, sachant que la plupart des embarcations concernées ont une valeur marchande se situant entre 3.000€ et 18.000€. Et c’est encore un signe fort explicite, frappant à la fois la classe moyenne restante, et autant la flotte traditionnellement nombreuse en petites embarcations servant à la pêche déjà des amateurs, lorsque la Grèce et ses îles ont tout de même une longueur de côtes de 14.880 km, davantage que la Chine ou que le Royaume-Uni par exemple.

Et c’est justement cette maritimité et également insularité archipélagique, notamment celle de la mer Égée, qui se trouve à l’origine du “phénomène bateau” chez les Grecs, car au-delà de la plaisance (et en dehors des yachts bien entendu), cette réalité alors si présente à travers les mers grecques a toujours été liée à la pêche amateur. D’abord pour compléter les ressources en protéines des familles, et ensuite lors des guerres et des crises, se transformant en une activité de survie, familiale, voire économique, sans que les autorités puissent bien entendu vraiment contrôler ce... secteur d’activité. D’ailleurs, sous l’autre Occupation celles des années 1940, les autorités occupantes avaient pratiquement interdit la pêche aux populations côtières et des îles, aussi pour briser la Résistance du peuple grec.

En ce moment, dans les marinas et dans les petits ports de pêche on reste bien sceptique face à cette nouvelle taxe. Par exemple, les petits voiliers privés appartenant aux Grecs représentent déjà et désormais moins du 5% des voiliers amarrés. “Pour nous Grecs, c’est la mort”, nous dit-il Aris, rencontré dans un petit port du Péloponnèse. “Avant la Troïka, un quart des voiliers ici appartenaient aux Grecs, ils ne restent que deux actuellement.” Il faut aussi dire que ces dernières années, ceux de la classe moyenne des autres pays, Allemagne, France, Italie, pays Scandinaves entre autres, occupent les ports et les baies... disons jadis admises sous le règne de Poséidon, il est vrai aussi que dans leurs pays, les coûts ne le leur permettent plus déjà que d’utiliser leurs voiliers.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "au-delà du capitalisme" sur son blog Greek Crisis.

dimanche 7 avril 2019

Implosion de la classe moyenne

Rien que près de la date du 4 avril, et de la mémoire du suicide historique et politique de Dimítris Christoúlas, j’ai pu remarquer à travers la presse régionale, qu’un homme de 80 ans s’est pendu à Andritsaina dans le Péloponnèse, presse locale de Patras. Ou à Elatia en Grèce Centrale, un homme de 35 ans s’est également pendu, presse locale, puis le 31 mars un homme de 54 ans s’est suicidé faisant usage de son fusil de chasse sur l’île de Zante, presse locale, ou le 21 mars, un homme qui s’est suicidé de la même manière à Agrínio en Grèce de l’Ouest, presse locale, ensuite un adolescent de 16 ans qui s’est suicidé à Siteía en Crète, presse locale, enfin, cette femme de 52 ans qui s’est suicidée en se jetant de son balcon du 5ème étage à Patras, presse locale. Le... nombre y est, Charon est on dirait de la “fête”.

Au pays réel et non pas celui des politiciens, on peut certes boire son café sous le soleil à Athènes ou s’y balader devant les boutiques fermées, comme on peut autant disparaître, soleil d’ailleurs ou pas... par suppression volontaire et autant autodestructrice. En même temps et c’est aussi une forme de réaction, des monastères et notamment ceux du Mont Athos, inaugurent alors églises et locaux en ville, pour que leurs moines puissent rencontrer les fidèles en ville, de plus en nombreux. On dirait que le petit peuple s’accroche comme il le peut, là où il peut.

L’analyse de Christophe Guilluy est d’ailleurs pertinente. “Pour la première fois dans l’Histoire, les catégories modestes ne vivent plus là où se crée l’emploi. Du fait de la division internationale du travail et de la polarisation de l’emploi, il était logique que la classe moyenne, la classe majoritaire, implose. Les conséquences culturelles et politiques sont gigantesques.”

“Notre modèle ne fait plus société, n’intègre pas le plus grand nombre. Comment combiner un modèle mondialisé avec une volonté d’intégrer économiquement tous les territoires? Soyons clairs: même si ces territoires créaient de l’emploi, çà ne changerait pas grand-chose en ce qui concerne le PIB. En revanche, d’un point de vue culturel, ça change tout. Il y a un décalage flagrant avec l’élite, auquel s’ajoute un mépris de classe”, presse belge entre autres.

Ainsi, à travers Athènes... en large, c’est l’irruption de la métropolisation mais alors violente. La classe moyenne fut défaite en un temps record, autant que sa société grecque, le tout précédé d’une forme de viol qui n’est pas que symbolique. La relative gestion du futur lui a été retirée, autant que celle de la petite mais très large propriété foncière, la seule assurance réelle des Grecs devant les aléas finalement visibles de la globalisation. Les projets pharaoniques en Attique, dont celui du Grand Pirée, mené entre autres par le géant chinois COSCO en disent bien long sur les suites illogiques en cours.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Refaire société " sur son blog Greek Crisis

mardi 2 avril 2019

De la gentrification des villes à la gentrification de l'Europe

Le soleil brille, le crépuscule est de saison. Athènes se transforme: pouvoirs, territoires, propriétés, règles d’urbanisme, et ainsi usages. Tout change progressivement pour être assujetti à un destin à un plus haut degré d’hétéronomie quasi-coloniale. La capitale de l’ex-classe moyenne grecque... “s’ouvre” enfin à sa métropolisation, celle très exactement que le globalisme de la Troïka et des marionnettes grecques auront pu imposer, rien qu’en une petite décennie d’adaptation aux normes, sous la violence de la dite “crise”. Athènes, nouvelle citadelle de la mondialisation, une globalisation “heureuse” profitant d’abord à ceux qui arrivent, et il faut dire qu’ils sont nombreux. Siècle nouveau, vielles recettes.

lseathens.PNG London School of Economics, dans le cadre du programme LSEcities soutenu par la Deutsche Bank... (coll. du Musée de l'Europe)

Pour à peine paraphraser le géographe Christophe Guilluy lorsqu’il décrit les réalités françaises actuelles, la Grèce est forcée de devenir une société globalisée comme les autres, inégalitaire et si possible même multiculturelle. D’un modèle largement égalitaire, acquis depuis de l’avènement de l’étendue classe moyenne à la fin de la dictature des Colonels en 1974, nous basculerons progressivement en une société socialement inégalitaire et sous tensions identitaires. Ce basculement, désastreux pour les classes populaires, en somme les deux tiers de l’ancienne classe moyenne désormais paupérisée, provoque déjà un chaos culturel et social sans précédent, (voir Christophe Guilluy, “Le crépuscule de la France d’en haut”, Flammarion 2017).

“La mondialisation a en effet généré l'existence de nouvelles citadelles, les métropoles, ou se concentre une nouvelle bourgeoisie qui capte l'essentiel des bienfaits du modèle mondialisé. Au nom de la société ouverte, elle accompagne et soutient ainsi les choix économiques et sociétaux de la classe dominante, dont la conséquence est de rejeter inéluctablement ceux dont le système économique n'a plus besoin dans les périphéries territoriales et culturelles”, écrit Christophe Guilluy.

“Dans la réalité, l’entre-soi et le réseautage n’ont jamais été aussi pratiqués. Cette aimable bourgeoisie participe ainsi directement ou indirectement au plus important processus de relégation sociale et culturelle des classes populaires, en excluant par ses choix économiques et sociaux les catégories modestes des territoires qui comptent, ceux qui créent l’emploi et les richesses. La prédation qu’elles opèrent sur l’ensemble du parc de logements privés des grandes métropoles, hier destiné aux classes populaires, n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Mieux, il se réalise à bas bruit, sans qu’à aucun moment l’emprise de dépossession ne soit questionnée, encore moins remise en question. Il faut dire que la concentration des catégories supérieures sur les territoires qui créent l’essentiel des richesses et de l’emploi s’accompagne aussi d’une emprise de ces catégories sur le débat public et son expression.”

En Grèce et d’abord à Athènes, la prédation qu’une partie de la bourgeoise grecque et en premier lieu, des rapaces internationaux, est ainsi opérée sur l’ensemble du parc de logements privés, en passant par celui des hôtels et des bureaux, hier encore propriété de l’immense classe moyenne grecque. Prédation qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire du pays. Sauf, sous l’autre Occupation (Allemande), celle des années 1940, lorsque en trois ans seulement, près de 250.000 biens immobiliers avaient changé de propriétaires, spoliés en réalité au bénéfice de la caste des profiteurs et autant collaborateurs de l’autre... Ordre Nouveau.

Votre... pauvre blog avait d’ailleurs considéré dès ses débuts que la dite crise grecque n’était qu’une forme de guerre alors déclarée contre la société et contre le peuple grec, un génocide parfois lent et quelquefois accéléré, génocide entre autres économique et autant démographique. Et ce n’est que par le biais de cette situation exceptionnelle, devenue ainsi la... norme, qu’une telle prédation ait pu devenir faisable en si peu de temps. Tout en neutralisant il faut dire, les réactions populaires... essentiellement grâce à l’aimable collaboration de la gauche, SYRIZA en tête.

C’était un jour de ce lointain mai 2010, lorsque le FMI, l’Union européenne et la BCE, constitués en une sainte alliance ultralibérale, missionnèrent aussitôt leurs experts et mirent le pays sous leur tutelle: la Troïka était formée, et ses... Troïkans entrés dans la place. Leurs traitements de cheval - faits de coupes budgétaires et de privatisations à tout crin - allaient mettre à genoux tout un peuple, tout à fait dépossédé de tout pouvoir sur le cours de son devenir. Les existences, les comportements, individuels et collectifs, bref toute la société en seraient profondément modifiés. Ces transformations, induites par la thérapie de choc, ont engendré une nouvelle situation dans un contexte d’accélération des temps nouveaux, accélération à la fois redoutée et pourtant acquise - dans les faits et dans tous les esprits - ceci entre 2010 et 2019.

Maintenant on sait. L’accélération du programme depuis 2015, ainsi que sa terrible composante géopolitique (affaire Macédonienne, Turquie, Mer Égée, Chypre), essentiellement incarnées et avec quel... culot par la gauche SYRIZA, ont-elles fini par rendre les évidences bien plus terribles. La Grèce, pays de la petite propriété, surtout immobilière devait alors être brisé et ceci d’ailleurs hâtivement. La surmultiplication de la fiscalité, elle a augmenté d’environ 400% depuis 2010, ainsi que la paupérisation rapide infligée faisant passer la classe moyenne de 70% à moins de 25% de la population, de même que l’arrivée massive de capitaux prédateurs et globalistes, ont fini par s’attaquer à l’épine dorsale du système économique, culturel, voire familial des Grecs, une prédation pour laquelle les dites “élites politiques et économiques grecques” il faut dire s’en félicitent.

Il y a un avant et un après le règne des Memoranda, comme lors d’une entrée en guerre ou d’une occupation. Il souffle désormais un vent mauvais, le poison ambiant n'épargne personne, nous assistons à une mise à mort de nos petites et grandes habitudes: cette mutation collective rapide est suspendue à la perte de nos repères. Désormais les individus plongent, y compris dans les quartiers chics. Le programme avait été précipité, car faire d’Athènes une nouvelle citadelle des globalistes n’aurait pas pu se réaliser sans venir à bout de la résistance culturelle et économique de la vaillante classe moyenne grecque, pour laquelle l’État grec même était alors à ses yeux un ennemi disons structurel. Pourtant, même après une décennie... de guerre, cette petite propriété et autant économie à la grecque résistent alors toujours encore dans un sens.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Vivi semplicemente ! " paru sur son blog Greek Crisis

samedi 30 mars 2019

"Une des pires ignominies de l'histoire contemporaine"

bhlgrece.PNG "BHL à Athènes"... Ceci n'est pas un poisson d'avril. A vos tartes ! (collections du Musée de l'Europe)

En règle générale la Grèce du pays réel est en train de s’appauvrir, et en même temps, le fait de se maintenir pour de nombreux foyers, ne tient qu’aux quelques revenus de plus, notamment informels. On claque alors les dents jusqu’au bout, d’après une enquête récente, seulement 0,7% de la population grecque adulte ayant entre 35 et 44 ans, a les dents sont en bonne santé, presse grecque, mars 2019. Sauve qui peut... alors canines comprise ! Au même moment, et d’après une enquête de OCDE citée cette semaine par la presse grecque, les Grecs considèrent que leurs impôts ne leur reviennent pas sous forme d’un État aux services dignes de ce nom, et ceci pour plus de 82% d’entre eux. Ils s’illustrent même en tête du tableau des mécontents, devant les Israéliens, les Mexicains et les Chiliens (les Français sont en milieu du classement avec... seulement 57% de mécontents).

Merveilleuse époque brisée... et autant empreinte de l’instinct de la casse. Une boutique à Athènes propose-t-elle à ses clients que de se défouler en cassant tant d’objets divers et variés, vaisselle, téléviseurs, téléphones entre autres. Ailleurs, ce sont les affiches mêmes vieillies qui promettent la lune, vantant tout le mérite des... “Prophètes”, surtout lorsqu’ils sont venus depuis les Antipodes bien entendu.

fuckVerhof.PNG "No Brexit Day", 29 mars 2019, collections du Musée de l'Europe

Antiquité on dirait Tardive. Une bonne partie des pays de la dite Union européenne et de leur état actuel, vus de 2019, apparaissent comme la répétition générale des premières années de la crise grecque. Une des pires ignominies de l'histoire contemporaine de la Grèce aura été certainement l'abominable chantage à la prétendue lutte contre la Troïka, exercé par les Syrizístes et par ceux du parti ANEL, les acquis visiblement de toutes les caisses globalistes. Époque des illusions. On se souviendra des politiciens d’alors et de toujours, on se souviendra même de ces illuminés improvisés et inconnus Place Sýntagma à Athènes, prêcher autant dans le vide.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre "Chronique des humbles" à lire en intégralité sur son blog Greek Crisis

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