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Quatrième nuit de Walpurgis

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vendredi 14 septembre 2018

La troika toujours !

Sous les apparences de cette normalité, au pays réel métamorphosé à jamais, les représentants de la Troïka, rendront alors visite aux valais locaux quatre fois par an au lieu de trois sous la Troïka officielle, et les dits marchés, décideront du financement de la colonie de la dette, en lieu et place des structures du dit mécanisme européen.

Car en dépit des mensonges de Tsípras, comme d’ailleurs du germanochrome Mitsotákis à la tête du parti de la Nouvelle Démocratie, la période supposée révolue de la Troïka laisse derrière elle, plus de 700 lois mémorandaires, près de 60 000 décisions gouvernementales allant dans le même sens unique et inique, plus de 300.000 décrets-lois et autres décisions ministérielles toujours en vigueur. Le tout, sous les signatures des gouvernements du mémorandum depuis 2010, SYRIZA compris.

La Grèce subira comme prévu l’entier suivi du programme amélioré de surveillance accrue... post-mémorandum, et cette réalité va durer durant de nombreuses décennies, sous les... auspices des visiteurs réguliers depuis les conclaves des Institutions. Sous le mémorandum... eternel, la surveillance durera ainsi au moins jusqu'au remboursement des 153 milliards.sur les 203 milliards d'euros que le pays de Zeus a comme on dit empruntés auprès du supposé mécanisme de sauvetage européen. D’après les calculs les plus optimistes, ce nouvel exploit hellénique arrivera à son terme seulement vers 2060. Retour vers le futur !

(...)

Après huit ans de lois austéritaires, et d’une fiscalité multipliée, après tant de dispositions antisyndicales sans oublier le coup de grâce porté sur le régime de la Sécurité Sociale, le bilan grec est... fort prometteur. Le pays a perdu près du 25% de son PIB, la population de la Grèce a diminué de plus de 700 000 personnes entre 2011et 2017. Pour 48% de la population, soit 5,1 millions de personnes, c’est subsister dans la survie sous le seuil de pauvreté, et il y a 1,5 million de personnes vivant dans la pauvreté alors extrême, c’est-à-dire au-dessous des 182 euros par mois.

Ainsi, trois Grecs sur dix vivent dans une pauvreté extrême, et ils sont incapables de subvenir à leurs besoins de base tels que la nourriture ou le chauffage. Selon ELSTAT, l’Office des Statistiques du pays, 26,7% des enfants de moins de dix-sept ans sont même privés de biens matériels de base. Pour 40,5% des pensionnaires et après dix diminutions successives des montants des retraites, leur pension, n’excède pas les 500 euros en brut par mois. Pour 30,15% des travailleurs du pays, ou alors 613 119 personnes qui travaillent encore, leur “salaire” se situe entre 328€ en net par mois et 580€, le capitalisme réel... plus les Smartphones.

(...)

Pendant ce temps, les acquéreurs des plages et des presqu’îles bradées par la Treuhand à la grecque, instituée pour sa version finale il faut dire sous Tsípras et qui contrôle et brade désormais l’ensemble des biens publics du pays pour une durée de 99 ans, financent des fouilles d’urgence pendant leurs travaux en cours. Maigre consolation il faut dire.

On vient même d’apprendre qu’outre les ports, les aéroports et les autres infrastructures, 10.119 parcs et autres biens immobiliers du domaine ex-public viennent d’être attribués à cette agence fiduciaire, pilotée comme on sait par les créanciers et autres rapaces internationaux, sous l’aimable patronage de la gestion métropolitaine du totalitarisme de l’UE, presse grecque de la semaine

(...)

Le virus du Nil occidental progresse car les services de l’État mafieux et partitocrate grec a cessé sous Tsípras toute campagne de prévention depuis 2016. L’Ordre des Médecins d’Athènes dans un communiqué récent, fustige cette gestion criminelle de la santé publique. Lorsque les Unités de soins intensifs déjà devenues si rares sont manifestement occupées par les patients souffrant du virus du Nil occidental c’est alors grave, sans oublier les dizaines de morts déjà, les régions touchées sont l’Attique, Athènes et aussi le Péloponnèse, quotidien Kathimeriní du 13 septembre . D’après Tsípras, les vieux peuvent doivent mourir, et apparemment tous les autres avec.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Exposition colonisée" sur son blog Greekcrisis

vendredi 7 septembre 2018

Remaniement

greekcrisis.PNG Illust. "Katerína Notopoúlou, ministre... bimboïde. Athènes, août 2018" GreekCrisis

Mais il y a aussi, le... pire de cette culture néohellénique, redoutablement vacillante. Le pseudo-gouvernement de la marionnette Tsípras vient d’être partiellement remanié, il faut dire dans l’indifférence, ou sinon, sous le sarcasme du peuple privé de son destin. Nominations hétéroclites, entre jeunes femmes “bimboïdes” et qui s’affichent de la sorte très volontairement pour en rajouter (Notopoúlou), ou encore, entre hommes et femmes très largement compatibles Sóros. Du personnel politique voué... à la destruction de la culture, de la société, comme de la nation grecque. Telle est singulièrement, la nomination de la PASÓKienne Myrsíni Zorbá au ministère de la Culture.

Il s’agit de la compagne de l’historien Antónis Liákos, connu pour incarner le patriarche actuel du révisionnisme “décoloriste” de l’histoire grecque, poulain en son temps du Premier ministre du PASOK et de Berlin Kóstas Simítis, et enfin depuis 2012, mentor alors très familier d’Aléxis Tsípras, un habitué des ateliers très rentables des modalisateurs.

Comme le remarque Státhis Stavrópoulos, caricaturiste et journaliste de la trop vieille gauche, c’est un gouvernement où les anciens PASÓKiens du cercle de Simítis détiennent alors une place de premier choix, à l’instar de Liákos et de sa femme, Zorbá. C’est le ministère de la Culture, c’est-à-dire, “la culture grecque aux mains de Sóros”, précise Státhis Stavrópoulos, “To Pontíki”, le 30 août.

Sans parler du cas l’indescriptible Katerína Papakósta redevenue ministre, une arriviste, ancienne député et même ministre de la supposée droite Nouvelle Démocratie, qui en rajoute à l’arrivisme et au ridicule ambiants des criminels Syrizístes. Papakósta, dont la dextérité politique se résume au remplissage régulier et généreux de sa seule poche, elle s’est même présentée à la cérémonie d’investiture accompagnée par sa fille, autre jeune femme dans le vent actuel volontairement “bimboïde”, (presse grecque de la semaine)

En quelque sorte, “nos politiciens, hommes ou femmes, incarneraient très exactement ces prostitués à la solde des violeurs et autres occupants escrocs venus de la mondialisation, Mitsotákis de la relève supposée prochaine compris.” Tel est le discours d’une bonne partie du peuple d’en bas, forcément d’en bas, y compris sur les terrasses des café du Pirée donnant face à la mer.

Ainsi va la vie et la mort au pays maritime, entre vents et surtout marées. Dans la série imaginaire si chère au bouffon politique Tsípras, “la Grèce sort du régime de la Troïka”, le gouvernement vient d’annoncer la mise en place prochaine d’un mécanisme de recensement des tous mes biens meubles comme de l’immobilier des Grecs (voitures, embarcations, motos, meubles, œuvres d’art, bijoux etc.), presse grecque, septembre 2018.

Ceci, histoire d’instituer très officiellement un futur nouvel impôt sur l’ensemble des biens que détiendrait encore le bien bas peuple, en somme, c’est une disposition impériale et totalitaire exigée depuis un moment par le FMI, dans le but de tout contrôler... et sans doute un jour de dépouiller les peuples indigènes... alors jusqu’au bout.

Extrait de "Pays maritime" publié par Panagiotis Grigoriou sur son blog Greek Crisis

Lire aussi, au chapitre "Sollersiennes", la Ministre bimbo de la destruction des droits des travailleurs...

Female power ??

jeudi 23 août 2018

Les principales affirmations sont totalement fausses car la Grèce reste bien sous tutelle des créanciers

Le 20 août 2018, le gouvernement grec d’Alexis Tsipras, le FMI et les dirigeants européens célèbrent la fin du 3e mémorandum. À cette occasion, le message qui est distillé par les grands médias et les gouvernants : la Grèce retrouve sa liberté, l’économie reprend, le chômage baisse, l’Europe a prêté 300 milliards à la Grèce et les Grecs vont devoir commencer à rembourser cette dette en 2022 ou en 2032…

Les principales affirmations sont totalement fausses car la Grèce reste bien sous tutelle des créanciers en général, elle doit, selon les accords que le gouvernement d’Alexis Tsipras a signés, impérativement dégager un surplus budgétaire primaire de 3,5% qui va la contraindre à poursuivre des politiques brutales de réduction de dépenses publiques dans le domaine social et dans l’investissement. Contrairement au message dominant qui laisse entendre ou affirme carrément que la Grèce ne commencera à rembourser la dette que dans le futur, il faut dire clairement que la Grèce rembourse en permanence des montants considérables à la BCE, au FMI, aux créanciers privés, ce qui l’empêche de répondre aux besoins de sa population.

Le silence complice qui pèse sur la situation de la majorité du peuple grec est scandaleux : des études très sérieuses indiquent que le taux de mortalité infantile a fortement augmenté depuis 2010, de même le taux de mortalité chez les personnes âgées (voir cet article. Voir aussi « Grèce : Le démantèlement méthodique et tragique des institutions de santé publique »). Le taux de suicides a été multiplié par trois.

En réalité, le bilan est littéralement dramatique pour le peuple grec en terme de dégradation de ses conditions de vie et d’atteinte à ses droits civils et politiques.

Si on se situe du point de vue de la Grèce en tant qu’État, il faut bien constater que les gouvernements qui se sont succédés depuis 2010 ont abandonné aux créanciers la conduite de la politique du pays. La Grèce est devenue un protectorat des puissances dominantes de la zone euro qui s’y conduisent comme en pays conquis.

C’est aussi un fiasco économique flagrant, du moins si on prend en compte les objectifs officiels des trois mémorandums qui ont été imposés au peuple grec depuis 2010.

Enfin, c’est également un échec pour une grande partie de la gauche internationale qui avait mis beaucoup d’espoir dans la possibilité de voir réussir un gouvernement de gauche qui s’était engagé à sortir son pays de l’austérité et de la soumission à la loi du capital.

Dans cet article, sont passés en revue quelques moments clés de la période mémorandaire et de celle qui l’a précédée

Lire l'article d'Eric Toussaint paru sous le titre "La politique de la Troïka en Grèce : Voler le peuple grec et donner l’argent aux banques privées, à la BCE, au FMI et aux États dominant la zone euro" sur le site du CADTM

dimanche 5 août 2018

Aléxis Tsípras, dans une allocution télévisée, déclare que “rien ni personne ne sera oublié”

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Notons qu’il y à peine trois semaines, plus exactement le 11 juillet dernier, et comme par hasard à la veille du sommet de l’OTAN, le “gouvernement” Tsípras avait expulsé deux diplomates russes au motif avancé de leur prétendue intervention aux affaires internes grecques au profit des opposants à l’accord Macédonien. C’est tout de même, une première historique pour la Grèce, car jamais Athènes n’avait exécuté de telles mesures visant la diplomatie russe, étant donné les liens historiques, religieux et culturels entre les deux peuples remontant à Byzance. Du jamais vu donc, même du temps des Colonels (1967-1974), voire, de la Guerre Civile (1944-1949) entre les communistes et la droite. Même parmi les analystes proches des cercles de l’OTAN à Athènes, cette mesure a été critiquée pour son aventurisme... de l’échine courbée, à l’instar par exemple d’Athanássios Droúgos le 13 juillet dernier.

Les Grecs savent que derrière... l’avènement Tsípras et de sa clique au pouvoir, il y a un agenda géopolitique imposé que d’ailleurs nous découvrons plutôt soudainement coup après coup. La marionnette Tsípras irait très probablement jusqu’au bout alors proche dans cet agenda à peine dissimulé d’ailleurs depuis l’arrivée de la Troïka en Grèce et de sa politique dite d’austérité. Agenda qui conduirait en cas de réussite, ni plus ni moins, à la disparation culturelle, nationale, sociale, sociétale, démographique et même partiellement territoriale de la Grèce contemporaine, telle est toute... la préparation des Tsípras et d’ailleurs des Mitsotákis qui arrivent derrière.

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Sauf qu’il y a urgence, car les Grecs se réveillent même... tétanisés, d’où cette urgence semblable quant à la mécanique sociale, cette dernière rajoutant du choc au deuil et du deuil au choc depuis près de huit ans maintenant. Et voilà que ces incendies en Attique Ouest et Est, visiblement volontairement provoqués supposons par de simples pyromanes (?) avec près de quatorze foyers initiaux simultanés lorsque la météo avait prévu la grande violence des vents soufflant jusqu’à 90 km/h, sont ainsi “arrivés” on dirait... à point nommé en Grèce.

Comme l’écrit mon ami Olivier Delorme sur son blog, le pays est: “seule face aux spéculateurs qui ont mis la Grèce à genou en 2010, seule face aux provocations et violations de sa souveraineté par une Turquie, dont on sait aujourd'hui, par le témoignage de l'ancien Premier ministre Yilmaz, que ses services spéciaux furent à l'origine de vagues d'incendies dans les îles durant les années 1990...”

Le jour des incendies et au-delà des causes structurelles du drame humain, car il ne s’agit pas d’une catastrophe naturelle, -concernant un habitat au départ illégal sans P.O.S. (Plan d'occupation des sols) et légalisé ensuite, sur une zone agricole, boisée seulement à partir des années 1950 pour ce qui est des communes les plus touchées-, les services de l’État mémorandaire grec ont complètement failli dans leur gestion de la crise, et c’est le moins que l’on puisse dire. À très juste titre cette impréparation grecque liée aux politiques imposées par la Troïka, a été dénoncé par le Sénateur de la majorité Alberto Bagnai en Italie, et son intervention fustigeant la supposée “solidarité européenne d’une meute de loups” a bien été signalée en Grèce par les analystes grecs à l’instar de Dimítris Konstantakópoulos sur son blog.

Sur le terrain et d’abord, aucun signal d’alarme n’a été déclenché et aucun plan d’évacuation de la population n’a été mis en exécution, quotidien “Kathimeriní” du 1er août. Parallèlement, la circulation sur l’avenue de Marathon avait été déviée de manière criminelle vers les zones d’habitant près de la côte, au lieu d’être interrompue. Les automobilistes de passage envoyés ainsi tout droit jusqu’au cœur de l’incendie par les autorités, autant que les habitants sous l’effet de la panique, ils ont été ainsi piégés et parfois brûlés vifs. “Les policiers, qui se trouvaient sur l’avenue Marathon, exécutaient bien des ordres. S’ils avaient reçu l’ordre d'arrêter la circulation et de renvoyer les voitures, plutôt que de les dévier tout droit vers le cœur du désastre, ils le feraient. L’erreur fatale est clairement due à un manque total de coordination. Les Pompiers, la Police, les municipalités et la Région d’Attique participent ainsi de cette catastrophe. La responsabilité de la coordination (...) incombe pourtant à la Protection Civile, laquelle n'a pas fait son travail”, quotidien “Kathimeriní” du 1er août.

Au même moment, aucun des systèmes d’alerte supposés établir le contact entre les différents postes de la Police, des Pompiers ainsi que le fameux numéro 112 n’ont fonctionné, ceci, entre coupes sobres dans les budgets depuis 2010 et aussi, entre le népotisme et l’irresponsabilité criminelle des gouvernants SÝRIZA compris. On sait que de nombreux officiers des Pompiers ont été remerciés et sortis du service, pour qu’un de leurs collègues, certes beaucoup moins bien noté mais cependant Syrizíste patenté, puisse être nommé à leur tête, sans la moindre expérience sur le terrain des incendies en Attique, région pourtant capitale, où d’ailleurs près du 40% de la population du pays y réside. Pauvre pays historique... et inflammable. Nos touristes n’auront finalement remarqué que cette inhabituelle grisaille météorologique dans le ciel de l’Acropole, et également du site bien théâtral d’Épidaure. Grèce éternelle des clichés accomplis partis en fumée !

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Nous sommes déjà à une plus d’une semaine de ce jour sombre du lundi 23 juillet dernier. Au soir de ce même lundi, et pendant que les informations sur les première victimes étaient déjà connues, Aléxis Tsípras devant les cameras de la télévision publique, n’en faisaient pas la moindre mention. Au gouvernement, on faisait déjà semblant que de minimiser l’ampleur du drame. Un show télévisé à but de communication et de gestion du temps politique. Mardi, le jour d’après, Aléxis Tsípras dans une allocution télévisée, déclare que “rien et personne ne sera oublié”. Mercredi, le porte-parole du gouvernement annonce des mesures à l’aide des victimes, à savoir, le... report des obligations fiscales de six mois et 5.000€ d’aide par foyer... complètement dévasté.

Le boomerang de la propagande se retourne alors contre le gouvernement. Ainsi, vendredi dernier, Tsípras se voit contraint de convoquer un conseil ministériel d'urgence... pour déclarer qu’il assume toute la “responsabilité politique” dans ce drame, sans formuler des excuses, car essentiellement niant toute responsabilité gouvernementale, évoquant plutôt la force du vent, les irrégularités quant au POS, puis ces “sombres centres voulant déstabiliser le gouvernement”.

Les révélations durant le week-end furent pourtant choquantes. Certains officiers de la Police et des Pompiers qui se trouvaient dans l’œil du cyclone au moment de la catastrophe, ont démontré qu’un certain nombre de morts était déjà connu dès lundi soir, au moment justement, où Tsípras organisait son... show télévisé.

Ils se sont passés déjà plusieurs jours. Aléxis Tsípras avait certes le temps pour visiter les lieux du martyre. Sauf qu’il ne voulait pas être exposé à la colère populaire. D’après ses calculs, rien que par les stratagèmes de communication, il surmonterait alors la crise. Finalement, Tsípras a visité les lieux de la tragédie à Mati, une semaine après l'incendie, à savoir le 30 juillet. Une visite très vespérale après 6h du matin, une visite autant non annoncée et tenue secrète, finalement suivie d’une seule camera...“prédestinée”. Cette visite a autant provoqué para suite les vives réactions de la presse pour son caractère savamment improvisé, à savoir, sans journalistes ni caméras.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Terre brûlée" sur son blog Greek Crisis

mardi 31 juillet 2018

Un gouvernement à la solde des colonisateurs

Si certains se demandent ce qu'on entend par "souveraineté", l'exemple d'un pays qui l'a perdue pourrait les faire réfléchir. Car faire des selfies de dénonciation des colonisations du passé sert surtout à cacher celles du présent, commises en notre nom. Nous ne savions pas? (le Concierge)

J’étais députée de Syriza et présidente du Parlement grec pendant les sept mois qu’a duré le premier gouvernement de ce parti. Lorsque Tsipras a signé le troisième mémorandum en dépit de sa toxicité, en 2015, j’ai lutté de toutes mes forces pour préserver nos procédures parlementaires que le Premier ministre et la troïka foulaient aux pieds. En dépit des pressions permanentes, j’ai refusé de déroger à nos règles démocratiques et d’endetter encore plus notre peuple. Avec des dizaines d’autres parlementaires de Syriza, j’ai voté contre cet accord monstrueux.

Tsipras a alors dissous prématurément le Parlement pour nous écarter, les parlementaires dissidents et moi.

Trois ans plus tard, sa capitulation devant la troïka s’est révélée aussi désastreuse que nombre d’entre nous l’avions prédit. La vie de nos concitoyens est devenue intolérable. Le chômage des jeunes est devenu la norme et on estime à 8 % la part de la population qui a quitté le pays à la recherche d’un emploi. Le salaire minimum ne permet pas de couvrir les factures et des centaines de milliers de familles doivent se passer d’électricité pendant de longues périodes.

Cette tragédie a commencé dès 2010, mais Tsipras et son gouvernement soi-disant de gauche ont tout fait pour prouver qu’ils pouvaient mener les politiques austéritaires mieux que leurs prédécesseurs. Ils se vantent même de dépasser les cruels objectifs de la troïka en matière de coupures budgétaires et d’impôts.

Pendant les élections anticipées de 2015, Tsipras a prétendu avoir signé le troisième mémorandum parce que la troïka lui avait promis des discussions sur un allègement de la dette. Le 21 juin dernier, l’Eurogroupe a convenu d’une extension de dix ans de l’échéancier de remboursement de la Grèce, ce qui en définitive, signifie que davantage d’enfants et de jeunes deviendront endettés contre leur volonté. Chaque nouveau-né en Grèce voit le jour avec une dette de 40 000 euros, et de moins en moins de bébés naissent depuis l’imposition de mesures d’austérité.

Tsipras a salué la prolongation de l’échéancier dans un discours où il qualifie ce 21 juin de « jour historique ». Je doute que quelqu’un s’en souvienne l’année prochaine. La dette de la Grèce, source de nos ennuis, a été déclarée « illégitime, illégale, odieuse et insoutenable » par la commission parlementaire d’audit de la dette que j’avais convoquée lorsque j’étais présidente du Parlement en 2015. Tsipras n’a jamais utilisé les rapports officiels de cette commission. Sous son mandat, la dette de la Grèce s’est encore accrue et selon les prévisions, elle devrait exploser.

L’Eurogroupe a imposé à la Grèce un objectif d’excédent budgétaire d’au moins 2,2 % du PIB d’ici 2060. Tsipras prétend que la Grèce « sortira proprement » du mémorandum en août prochain : il a déjà légiféré pour introduire de nouvelles mesures austéritaires prescrites par la troïka jusqu’à 2022, accepté la surveillance de l’économie jusqu’à 2060 et a renoncé à tout contrôle sur les biens publics jusqu’à 2114.

Tsipras prétendait vouloir mettre à bas les oligarques des médias. Aujourd’hui pourtant, ces anciens oligarques n’ont rien perdu de leur pouvoir et une nouvelle génération s’est même installée, les « oligarques de l’ère Tsipras ».

Sa politique étrangère a connu le même sort : en octobre dernier, alors qu’il représentait un État en faillite, il a dépensé pas moins de 2,4 milliards de dollars pour l’achat d’avions de chasse F-16 aux États-Unis. Il a ensuite fait l’éloge de Donald Trump qui, selon lui, perpétue « la tradition de démocratie et de liberté » née en Grèce. En bon caniche de Washington, Tsipras a également noué d’étroites relations avec le gouvernement israélien de Benjamin Netanyahou, a accepté de vendre des armes à l’Arabie Saoudite, dont le régime est actuellement accusé de bombarder des enfants au Yémen et a levé le véto de la Grèce à l’expansion de l’OTAN dans les Balkans. Il a également signé des accords sur les réfugiés qui constituent une violation criante du droit international humanitaire.

Depuis 2015, il a mis en œuvre un programme de privatisation cynique, vendant à vil prix nos ports, nos aéroports, nos côtes, nos voies ferrées, nos compagnies d’électricité, d’eau et de gaz, nos sites archéologiques et culturels, nos théâtres, nos tribunaux, nos mines d’or et d’autres entreprises prospères. Aucun de ses prédécesseurs néolibéraux n’avait osé aller aussi loin.

En 2017, son gouvernement a lancé la vente aux enchères en ligne des logements de familles qui n’étaient plus en mesure de s’acquitter de leur dette envers leur banque, en ayant recours à des méthodes anticonstitutionnelles et à la violence policière. Comme avocate, j’ai même vu la police user de gaz lacrymogène dans un tribunal. Pour complaire à la troïka, il a même criminalisé les manifestations contre la vente aux enchères des domiciles

Extrait de la tribune de Zoé Konstantopoulou parue sous le titre "Si vous aimez la Grèce, aidez-nous à nous débarrasser d’Alexis Tsipras et de son parti zombie" sur le site du CADTM.

dimanche 24 juin 2018

Grèce : quatre impostures et un trompe-l'oeil

tsipras-tie2.jpg "la cigarette sans cravate, qu'on fume à l'aube démocrate", cliquer sur l'image pour lire l'article de Keep Talking Greece sur la cravate de Tsipras...

Comme je l’ai écrit maintes fois, ici et ailleurs, la prétendue sortie du prétendu plan d’aide européen à la Grèce (qui n’a jamais été qu’un plan d’aide aux banques allemandes et françaises gavées de dette grecque, dont les créances sur la Grèce ont été transformées, par la grâce dudit plan d’aide, en titres sur les contribuables de l’UE) ne pouvait être qu’un chaos ou un trompe-l’œil.

On est désormais certain qu’il s’agira d’un trompe-l’œil ; reste à savoir si on aura aussi le chaos.

Hier soir, la télévision grecque diffusait une cérémonie où Tsipras officiait – cravaté ! la dernière étape de la mue ? – en grand prêtre de la célébration de la fin de la « crise grecque » – dans un entre-soi d’où le peuple était soigneusement tenu à l’écart, et pour cause ! –, une fin qu’aurait prétendument sonnée le récent accord sur la dette avec les ministres de la zone euro.

Et tous les médias français dominants, dont je lis les titres sur mon téléphone mobile, sur mon balcon nisyriote, exultent de joie : la crise grecque est finie, grâce à la purge, au courage de Tsipras, à la croissance qui revient, au tourisme qui explose…

J’ai déjà expliqué – et le FMI ne dit pas autre chose – que la croissance n’est pas de retour. Parler de croissance quand le PIB a repris 1,2 % en 2017 alors qu’il a perdu entre 25 et 30 % durant les années précédentes est une pure imposture. La croissance n’est pas repartie, la situation a simplement, comme ailleurs en Europe, cessé de se dégrader du fait de l’effet retard de la baisse du taux de change de l’euro par rapport au dollar. Une baisse qui est derrière nous. La croissance va donc – nonobstant les prévisions régulièrement démenties par les faits depuis le début de la « crise grecque » – ralentir puis s’évanouir.

Prétendre que ladite croissance peut reposer sur l’explosion du tourisme est une deuxième imposture. J’ai déjà expliqué, ici et ailleurs, qu’un des effets de la « crise grecque » était une spoliation, à une échelle à ma connaissance jamais atteinte en temps de paix, des biens publics et privés des Grecs, qu’il s’agisse des terrains et biens immobiliers que les Grecs sont obligés de brader pour survivre, se faire soigner ou payer des impôts qui, eux, ont atteint, sous la férule de la Germano-Europe, des niveaux aussi absurdes qu’insoutenables, ou qu’il s’agisse des infrastructures, portuaires, aéroportuaires, routières, ferroviaires, bradées à des intérêts étrangers par l’intermédiaire du TAIPED, structure de type colonial de liquidation des biens publics imposée par la Germano-Europe et copiée sur celle créée en Allemagne de l'Est après son Anschluss par l’Allemagne de l'Ouest.

De surcroît, ce qui « explose » en Grèce aujourd’hui ce sont les entrées et non les recettes du tourisme. Car le tourisme qui « explose » est un tourisme all inclusive dont les recettes sont encaissées dans les pays de départ et par des sociétés de tourisme allemandes, suisses, françaises, belges, britanniques… Seule une partie de ces recettes revient en Grèce pour payer les salaires de misère pratiqués dans l’hôtellerie depuis que les mémorandums germano-européens ont liquidé le droit social, et donc le salaire minimum (devenu purement théorique, sans parler des salaires qui ne sont plus versés qu'un mois sur deux, trois ou cinq), ou des prestataires de service pressurés, dans un pays où le chômage est massif et il faut travailler à n’importe quel prix, et souvent à un prix qui ne permet plus de vivre décemment. En revanche, les commerces de proximité profitent fort peu de ce tourisme-là (les estivants à bracelet consomment essentiellement à l’intérieur de leurs hôtels) alors qu’ils sont écrasés par une TVA qui se monte désormais à 24 % et par des impôts qui, au total, atteignent communément 70 % du… chiffre d’affaires !

Prétendre que la situation s’améliore alors que l’exil des jeunes et des diplômés, contraints au chômage ici, s’accélère (c’est la seule cause de la baisse infinitésimale du chômage dont se gargarisent les médias dominants) et vide le pays de ses compétences pour aller enrichir les États-Unis, le Canada, l’Australie, la Suède ou… l’Allemagne, alors que de plus en plus de Grecs sont exclus de l’accès aux soins, que les retraités (qui ont souvent le seul revenu régulier d’une famille) voient leurs pensions coupées encore et encore (une nouvelle vient d'être opérée, une autre est programmée par les dernières mesures, plus de 80, votées récemment par le Parlement grec en échange du versement de la dernière tranche « d’aide »), qu'au moins la moitié de la population vit désormais autour ou sous le seuil de pauvreté, est une troisième et tragique imposture.

Mais à ces trois impostures vient de s’ajouter une quatrième, celle de la conclusion de l’accord sur la dette.

Lire la suite de l'article d'Olivier Delorme paru sur son blog

vendredi 15 juin 2018

Il ya 6 ans : les Bruxellois parlent aux Européens...

Chronique parue sur Radio Panik dans l'èmission Seuls Contre tous...

Austérité, Néolibéralisme, Italie...

à écouter en suivant ce lien...

Garanti non produit par Mediatarte !!!

jeudi 31 mai 2018

Le noeud gordien de la question italienne

En réalité, nous sommes aujourd'hui en Italie face à un crise comparable à celle qu'a connue la IIIe République française naissante, le 16 mai 1877 : un conflit de légitimité entre un président élu par un parlement dont la majorité à été écrasée dans les urnes et la nouvelle majorité.

La seule différence, de taille, c'est que le président italien est la marionnette d'une puissance étrangère.

Car Mattarella n'a pas refusé de nommer Matteo Salvini au motif que sa politique migratoire serait incompatible avec les traités européens ou des droits de l'Homme ; non, il a refusé de nommer Paolo Savona, ministre des Finances, parce que celui-ci, après avoir été partisan de l'euro, défend aujourd'hui que l'euro est une cage de fer allemande dans laquelle expire l'économie italienne - la pure et simple vérité.

Les masques sont donc une fois encore tombés : c'est l'ordre européen, c'est-à-dire l'ordolibéralisme allemand, qui conditionne désormais, partout en Europe, l'exercice du suffrage universel, qui contraint les choix des électeurs - en application du théorème Juncker énoncé au moment de la "crise grecque" : pas de démocratie contre les traités européens. C'est-à-dire pas de démocratie du tout. Explicitement désormais, le rite électoral est désormais limité à un concours de mode destiné à désigner le plus jeune, le plus avenant ou le mieux habillé parmi ceux qui ont accepté de conduire la seule politique acceptable - déterminée ailleurs, par la Caste qui sait mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, hors de tout contrôle démocratique, et pour l'éternité des temps. Et c'est encore mieux si c'est un banquier et le plus soumis aux volontés de l'Allemagne : Macron, par exemple.

Une fois de plus, la preuve est faite que ce qu'il est convenu d'appeler l'Europe est incompatible avec la démocratie. Et comme on ne la changera plus, comme on ne la réorientera plus, parce qu'elle a été précisément conçue, dès l'origine, pour servir exactement à quoi elle sert, soit on choisit la démocratie et on sort de l'euro et de l'UE, soit on choisit de rester dans l'UE et l'euro et on enterre la démocratie.

C'est bien là qu'est le noeud gordien de la question italienne qu'il faut trancher, si l'on ne veut pas voir mourir la démocratie en Italie comme ailleurs en Europe. Hier soir, en meeting à Naples, Luigi di Maio, le leader du M5S n'a pas dit autre chose : "Pour revenir aux urnes, nous n'avons pas besoin du drapeau du mouvement, mais du drapeau italien, car dans ces couleurs il y a le peuple italien et la souveraineté appartient au peuple italien, pas au peuple allemand."

Alors ? Gouvernement technique sous la houlette de "Monsieur Ciseaux" pour gagner quelques mois et surtout mettre l'Italie à genoux devant les marchés, afin que la majorité trouve une situation dans laquelle elle aura pieds et poings liés. Forcer la Ligue et M5S à prendre l'engagement de rester dans l'euro où ils seront ligotés, et pilonner que la sortie de l'euro conduirait les Italiens à la ruine, à la pauvreté, à la faillite. Alors que c'est juste le contraire : la sortie de l'euro est la condition du redressement italien.

Extrait du billet d'Olivier Delorme paru sous le titre "Coup d'Etat à l'italienne" sur son blog

Ajout du 27/08/2018

François Asselineau a proposé une analyse constitutionnelle différente de celle d'Olivier Delorme à laquelle le Concierge adhère en fait. Sur le fond, les deux points de vue ne sont guère différents. Mais la forme reste importante pour une sortie de l'UE en bon ordre.

Lire:

Le refus du président de la République italienne de nommer un ministre des finances anti-euro démontre l’impasse totale de « l’alter-européisme » et de ses ambiguïtés programmatiques.

mercredi 30 mai 2018

L'Europe, c'est la paix !!!

On aurait pu croire que l’Union européenne et l’Allemagne s’offusqueraient de la position de la coalition M5S-Lega sur l’immigration. Le week end dernier nous a permis de comprendre que cette question était somme toute périphérique à côté de l’austérité budgétaire et des principes de la zone euro. Il y a 13 ans, les Français disaient non à cette Europe des grandes puissances financières et de l’ordolibéralisme allemand. Les Italiens se font désormais domestiquer par leurs maîtres outre-Rhin et leur commis Mattarella pour avoir été un peu trop critiques à l’égard de l’austérité et du fonctionnement de la zone euro.

Doit-on comparer la situation italienne avec le déroulement de la crise grecque ? Angela Merkel juge que oui. Celle-ci a en effet déclaré que la situation italienne allait bien entendu être problématique, mais que « comme à l’époque de la crise grecque et de Tsipras, il y a eu des problèmes, mais nous avons fini par nous accorder ». « Nous accorder » est donc le synonyme de faire capituler un leader démocratiquement élu, et de lui faire appliquer une austérité contraire au programme sur la base duquel il avait été propulsé au pouvoir. Voilà le sens de la démocratie selon Berlin. Si ce n’est pas assez clair, Angela Merkel a aussi déclaré : « Nous voulons collaborer avec tout le monde, mais il y a aussi des principes à l’intérieur de la zone euro ». A chaque crise, la rengaine qui consiste à déclarer, à l’instar de Jean-Claude Juncker, « qu’il n’y a pas de choix démocratique contre les traités européens » se réactive. Comme pour nous rappeler que nous vivons en régime de souveraineté limitée, et que l’on peut certainement débattre de la taille des haies et des abribus, mais en aucun cas de politique monétaire et budgétaire.

Au-delà des personnalités politiques allemandes, la presse s’en est aussi donnée à cœur joie. Comme l’a rapporté Libération, l’hebdomadaire des élites allemandes Der Spiegel a publié un éditorial dans lequel on explique que la Ligue et le M5S sont « des piques-assiettes » : « Comment pourrions-nous définir autrement le comportement d’un pays qui demande de financer le farniente et qui menace ensuite ceux qui sont sommés de régler leurs dettes ? Au moins, les clochards disent merci quand on leur donne quelque chose. » En Allemagne, on soumet les peuples d’Europe du Sud et on exige un sourire en retour. On compte sur les marchés aussi, puisque le commissaire européen Günther Oettinger a déclaré qu’il espérait que la panique financière pèserait dans le résultat des prochaines élections italiennes, déclenchant ainsi un tollé en Italie.

La France n’est pas bien plus courageuse. Emmanuel Macron a salué la décision de Sergio Mattarella de refuser de nommer Paolo Savona ministre de l’économie, considéré comme trop eurosceptique. Il y a vu un « grand sens de la responsabilité » et une décision courageuse, tout en lui renouvelant son soutien. Le courage consisterait donc désormais à bafouer les résultats d’une élection démocratique.

C’est toute l’Europe de la finance et de la soumission à l’austérité qui s’est activée ces derniers jours contre la coalition du Mouvement Cinq Étoiles et de la Lega, parce que ces forces voulaient proposer comme ministre de l’économie un économiste pourtant loin d’être subversif. Paolo Savona est en effet l’ex-président de la Confindustria, le MEDEF italien. Il est cependant l’un des auteurs d’un document publié en 2015 dans lequel il détaillait les dégâts de l’euro sur l’économie italienne, et les modalités pour en sortir. Il préconisait alors un plan secret de sortie de l’euro, dont la préparation serait dévolue à des experts en dehors de l’administration. De quoi suspecter la coalition gialloverde d’intentions cachées à l’égard de la zone euro, bien que Luigi Di Maio et Matteo Salvini aient déclaré à plusieurs reprises ne pas vouloir en sortir.

Lire la suite de l'article de Lenny Benbara paru sous le titre "3 ans après la Grèce, Berlin écrase les Italiens" sur le journal en ligne Le vent se lève

mardi 29 mai 2018

Du Parthénon au Colysée

Joli monde. Aux législatives du 4 mars dernier, les Italiens ont massivement voté en faveur de deux formations lesquelles sont porteuses d’un difficile message, espérons-le constructif en dépit des hésitations : Briser le carcan européiste, si cher à Jean-Claude Juncker lequel déclarait en 2015 : “il ne peut y avoir de choix démocratique contre les traités européens déjà ratifiés”. Ce n’est pour l’instant certes qu’un message, cependant, ce qui frappe déjà les esprits tient du refus du président Mattarella de nommer Paolo Savona, 81 ans, eurosceptique déclaré, à la tête du ministère des Finances. Une fois de plus (et de trop ?) les masques tombent.

Nous ignorons très naturellement les suites de l’histoire, celles notamment des prochaines très probables élections en Italie ainsi provoquées par le Putsch permanent européiste pour dire les choses de leur vrai nom. Cependant, depuis Athènes, nous saisissons alors mieux qu’ailleurs, tout le sens inique de ce Putsch, initié par cette politique supposée et présentée comme étant soi-disant unique entre Berlin, Bruxelles et Paris entre autres. Lorsque par exemple Matteo Salvini, (chef du parti de la Ligue), en pleine ascension politique après les législatives du 4 mars, déclare que “les journaux et les politiciens allemands nous insultent: Italiens mendiants, fainéants, adeptes de l'évasion fiscale, pique-assiettes et ingrats. Et nous, on devrait choisir un ministre de l'Economie qui les satisfait ? Non merci ! Les Italiens d'abord”, il a raison, (propos enfin reproduits par les médias français).

Ces propos de Matteo Salvini rappellent ainsi ces déclarations, et autant situations très analogues au sujet de la Grèce, c’était en Janvier 2015. En cette lointaine époque… un certain Alexis Tsipras avait prétendu incarner réellement la Constitution du pays, autrement-dit, celle du peuple supposé souverain, ceci faisant face au diktat des institutions non-représentatives, voire, dépourvues de toute légalité en matière de Droit international, à l’instar de l’Eurogroupe, pour ne nommer que cette salle de torture du seul européisme réellement existant.

Depuis, et faisant comme on sait suite au référendum de juillet 2015, trahit par Tsipras et par sa bande d’escrocs de la coalition SYRIZA/ANEL, le petit pays a été piétiné jusqu’aux entrailles de sa dignité et ainsi vassalisé pour 99 ans, d’après la signature d’Alexis Tsipras, par les forces néo-colonisatrices européistes. Ce qui s’y applique en lieu et place de programme politique autonome, tient du génocide économique, culturel et en fin de compte démographique est toujours en cours en pleine hétéronomie.

Une fin… de l’histoire absolument planifiée, avec l’aimable participation de Tsipras, lequel à mon humble avis, tout comme à l’avis du plus grand nombre en Grèce, avait été de toute évidence… franchement “préparé” pour cette tâche, sans oublier non plus, cette “étrange” neutralisation plutôt volontaire, de l’essentiel des autres forces pseudo-politiques du pays. Joli monde !

Nos amis d’Italie doivent retenir la triste leçon du cas grec pour ne pas tomber dans le même piège, quelle que soit d’ailleurs leur sensibilité politique première. N’oublions pas que le carcan européiste a placé un peu partout ses hommes et femmes marionnettes, dont ceux, occupant ces postes généralement sans pouvoir réel et encore moins légitime pour en plus outrepasser le cadre constitutionnel, à l’instar des présidents Mattarella en Italie et Pavlopoulos en Grèce. Au cas où le bon peuple “ d’en bas” fait “fausse route”, ces présidents seront toujours là, pour entraver au cas par cas, le fonctionnement encore subsistant et éventuel des institutions représentatives et démocratiques.

Les colporteurs du situationnisme européiste démâté, iront alors raconter au moyen de leurs medias que leurs contradicteurs, “tantôt de l’extrême-gauche, tantôt de l’extrême-droite incarnent alors les dangereux populismes du moment, dont la montée devrait être jugulée”. Tantôt les Tsiprosaures en 2015, tantôt ceux de la France Insoumise, en passant par la Ligue en Italie entre autres, la liste est bien longue.

Pourtant, le pire des extrémismes en Europe depuis les totalitarismes du Vingtième siècle, n’est autre que celui des institutions européistes méta-démocratiques et pratiquement soviétisées, pour ceux qui ne l’auraient pas encore compris. Ce n’est plus une question de gauche et de droite, en tout cas dans un premier temps, mais d’abord, de résistance comme de survie organisatrice d’un autre projet collectif, voire européen concerté à partir de zéro.

Comme le souligne Philippe Grasset, à travers son analyse sous le titre : “Du Parthénon au Colisée”, “l’Europe a le sens du symbole, ou bien est-ce l’Histoire qui choisit d’imposer aux piètres artisans de la déstructuration qu’ils sont tous les instruments et toutes les circonstances qu’il faut pour donner au symbole qui en émerge toute la force qui importe et ainsi les placer devant le spectacle des ruines qu’ils accumulent... Je l’avoue et je suis sûr que je n’étonnerai personne, je suis partisan du deuxième terme de cette alternative du symbole. Eux, les déconstructeurs qui entropisent comme s’ils étaient anthropophages, ils ne savent pas grand’chose, ni de l’art ni de la puissance du symbole ; quand on fait dans l’entropie, on reste sur sa faim et l’on finit par se manger soi-même... (…)”

“Ce qu’on veut faire avec l’Italie aujourd’hui, à peine selon une autre méthode, c’est ce qu’on fit avec la Grèce il y a trois ans. L’Histoire nous impose, avec sa Grâce sans retenue, un symbole qui court du Parthénon au Colisée, de Platon à Julien l’Apostat (…) Il résulte de ce préambule quasi-antique que l’Europe-UE parvient ainsi à mettre les deux berceaux de la civilisation dont elle se réclame dans la même crèche de son imposture.”, article daté du 28/05/2018.

Ceci-dit, tout le monde admettra que l’Italie n’a pas la petite taille démographique ou géopolitique de la Grèce, ce qui n’arrangera sans doute pas les affaires de l’élite allemande et germano compatible qui fait de l’institutionnalisme européiste une sorte de Conférence de Wannsee… alors permanente et sans cesse réactualisée. Jusqu’où ?

Ce qui reste à prouver, tient de la volonté et la persévérance des politiques en Italie, ainsi que du fait que cette même volonté de résistance et de changement constructifs, puisse être partagée par une partie du moins des élites économiques et industrielles de l’Italie, au-delà des prochaines élections législatives, probablement en Septembre. Car au contraire et en Grèce, l’ensemble de la dite élite politique, comme de celle supposée élite intellectuelle et autant économique, tout ce beau monde “ d’en haut”, a très délibérément préféré la mise à mort du pays réel, plutôt que de s’opposer au carcan infligé.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "L'Italie d'abord" sur son blog Greek Crisis

mercredi 23 mai 2018

L’odeur si nauséabonde de l’hybris

Puis, aux dernières nouvelles… si peu contrastées finalement, le “gouvernement Tsipras” se prépare à dorer la pilule de cette énième diminution des montants des retraites décidée il faut préciser en toute… technicité avec l’aimable participation de la Troïka. D’où toute... cette utopie instable quant à la date probable des futures élections legislatives, entre l’automne prochain et l’année 2019, au moment le supposé mandat démocratique des Tsiprosaures irait à son terme et le pays avec.

Ces décisions de toute sorte sont ainsi adoptées actuellement et d’ailleurs en accéléré depuis que Tsipras et son cirque de SYRIZA/ANEL règnent alors en rois bouffons au pouvoir des marionnettes. Sans la moindre consultation démocratique, au détriment du pays, des droits, des règles en matière d’environnement, les gouvernants alors salissent et détruisent tout, laissant derrière eux l’odeur si nauséabonde de l’hybris.

Leur dernière decision en date, si peu présente à travers la presse, tient de ce terrible décret du ministrion de l’Energie, ayant provoqué déjà l’indignation chez habitants et aux collectivités locales à Agrafa, région montagneuse dont l’autonomie et l’autogestion furent même respectées sous les Ottomans, c’est pour dire.

Le décret, impose sans la moindre consultation la construction de deux immenses parcs d’éoliennes, et un scandale d’après le Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa. Faisant suite à plusieurs ajournements et rejets, le ministère de l'Environnement et de l'énergie, a finalement accordé la licence d'installation pour deux projets éoliens géants dans cette région d'Agrafa, ces décisions ont été signées par le ministre par simple ordonnance adréssée au... Gestionnaire des Energies, un certain Alexopoulos.

Ceux du Mouvement des citoyens pour la protection de l’environnement de la région Evritania/Agrafa rappellent d’abord, que pour ce qui est du grand ensemble montagneux du Pinde, son cœur se situe très exactement à Agrafa. Ainsi, une économie viable et surtout intelligente dans la région, n’est alors possible qu’en mettant l'accent entre autres, sur le tourisme alternatif, sur l'agriculture et sur certaines autres activités traditionnelles.

“Seule une telle option viable peut redonner vie et ainsi espoir aux réalités humaines de la région, pour la maintenir même dans la mesure du possible au sein d’une économie nationale ayant enfin du sens.” Pauvre pays, dévasté durant la décennie 1940 entre l’Occupation et la Guerre Civile, Grèce des montagnes alors vidée de plus de 700.000 habitants et dont le coup de grâce se concrétise sous les escrocs politiques actuels.

Ces derniers, largement téléguidés (et très probablement… concrètement et correctement remerciés) par les constructeurs des éoliennes, éventuellement Allemands ; marionnettes politiques grecques faisant alors de leur… mieux. Deux grandes installations éoliennes doivent être construites aux sommets vierges de la région d’Agrafa et cela à une altitude d’ailleurs inhabituelle en Grèce comme dans le reste monde, se situant entre 1600 et 2000 mètres. L’Hybris et la démesure… qui atteignent des sommets jusque-là inimaginables.

Le tout, dans une zone très protégée et classée Natura... aux conséquences désastreuses alors incalculables, (“Quotidien des Rédacteurs” du 16 mai 2018).

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Problème technique" sur son blog Greek Crisis

La Cour de Justice de l'UE abolit le Parlementarisme et la souveraineté qui "appartient au peuple"

seguinmaastricht.PNG Philippe Seguin soulève une exception d'inconstitutionnalité lors du débat parlementaire sur l'adoption d'une modification de la Constitution visant à permettre l'adoption du Traité de Maastricht (cliquer sur l'image pour écouter le discours)

"Le principe de toute Souveraineté réside essentiellement dans la nation. Nul corps, nul individu ne peut exercer d’autorité qui n’en émane expressément" (Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789)

Les ministres du Commerce de l'Union européenne ont validé mardi une nouvelle approche dans la conclusion des futurs accords commerciaux de l'Union qui permettra de se passer, selon les cas, de leur ratification par les Parlements nationaux afin d'accélérer les discussions.

Cette approche permettra à l'Union européenne d'éviter que les traités qu'elle négocie puissent être stoppés par un seul Parlement national ou régional, comme ce fut le cas dans le passé pour l'accord avec le Canada, le CETA.

Opposé à certains dispositions du CETA, le seul Parlement de la région belge francophone de Wallonie avait bloqué, fin 2016, sa signature pendant plusieurs jours, engendrant une mini-crise diplomatique avec Ottawa.

Décision de la Cour de justice de l'UE

La nouvelle approche européenne fait également suite à une décision rendue en mai 2017 par la Cour de justice de l'UE (CJUE) qui clarifie les compétences de l'Union et des Etats membres en matière commerciale.

La CJUE avait estimé que la quasi-totalité des thématiques négociées dans le cadre d'un accord de libre-échange était de la compétence exclusive de l'UE, à l'exception de certaines dispositions relatives à l'investissement.

A l'avenir, la Commission proposera donc de scinder les accords commerciaux en deux: d'un côté les dispositions purement commerciales qui ne nécessiteront que l'approbation du Parlement européen pour entrer en vigueur; de l'autre, un accord d'investissement qui devra être ratifié par tous les Parlements.

Cas par cas

Il appartiendra cependant aux États membres de décider, "au cas par cas, de la scission des accords commerciaux" en fonction de leur contenu, souligne le Conseil de l'UE dans son communiqué.

Les traités de libre-échange les plus récents conclus par l'UE étaient jusqu'alors ratifiés par les Parlements nationaux après un vote du Parlement européen.

Mais la procédure est longue: il a par exemple fallu quatre ans et demi pour que l'accord avec la Corée du Sud soit ratifié.

En outre, ces accords font face à une opposition publique grandissante dans toute l'Europe, ce qui rend incertaine leur ratification par l'ensemble des Parlements nationaux et régionaux européens.

Source : RTBF

mercredi 16 mai 2018

Ceci n'est pas un Coup d'Etat !

thisisnotacoup2.png Cliquer pour voir le film (sous-titres disponibles en plusieurs langues)

"Le 25 Janvier 2015, Syriza remporte les élections législatives sur un programme de rupture. Le 5 juillet, un incroyable «OXI», à 61%, confirmera la volonté grecque de ne pas se soumettre aux nouvelles ordonnances européennes. Pourtant une semaine après ce véritable plébiscite populaire pour le «NON», la messe est dite : dix-huit heures de négociations «au finish» ont eu raison des espoirs mis dans le gouvernement d’Aléxis Tsípras. Une capitulation en rase campagne. «J’assume la responsabilité d’un texte auquel je ne crois pas», affirmera le Premier ministre. Deux jours plus tard, le Comité central de Syriza rejette pourtant l’accord, dénonçant une atteinte sans pareille à «toute notion de démocratie et de souveraineté populaire». Le troisième Mémorandum (encore plus dur que les précédents) ? Il sera finalement entériné au Parlement grâce à l’appui de la droite et du PASOK.

Ce documentaire décrit les interventions financières de la BCE en Italie, Portugal, Chypre et Grèce. Ex chefs d'état (D. Christofias), ministres (O. Lafontaine), cadres de l'UE (E. Davignon), économistes et commentateurs éminents (A. Friedman, A. Petifor, O. Jones, etc.) analysent la relation des institutions avec les banques et les grandes entreprises. Il est démontré que la pression des créanciers s’est imposée pour faire plier les gouvernements, voire les renverser...

Un film de Aris Chatzistefanou et Aris Triandafyllou (2016)

Voir et revoir les précédents pour que l'histoire immédiate ne soit pas effacée pour préparer la suite des catastrophes - "émancipées" ! -...

FascismINC.jpg Cliquer sur l'image pour voir le film (activer les sous-titres en français)

Brèves histoires inconnues du passé, du présent et du futur du fascisme et de sa relation avec les intérêts économiques de chaque époque. Nous voyagerons de l’Italie de Mussolini à la Grèce pendant l’occupation nazie, la guerre civile et la dictature; et de l’Allemagne de Hitler au fascisme moderne en Grèce et en Europe.

Un film de Aris Chatzistefanou, Infowar Productions, 2014.

Le film est également téléchargeable gratuitement pour des projections, ici

Auteur également de : Catastroïka (2013) (à télécharger au format projection ici et à voir sur youtube)

catastroika.jpg

CATASTROIKA analyse les conséquences de la liquidation totale de la Grèce.Révisant des exemples de privatisations dans des pays développées, CATASTROIKA essaie de prévoir ce qui va se passer si le même modèle s΄applique à un pays sous surveillance économique

et

Debtocracy (2011) (à télécharger au format projection ici et à voir sur youtube)

Debtocracy.jpg

Debtocracy est un documentaire produit pour la première fois en Grèce par le public. Le film analyse les causes de la crise de la dette et propose des solutions jusqu’ici ignorées par le gouvernement et les médias. Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi interviewent des économistes, des journalistes et des intellectuels du monde entier, qui expliquent les étapes d’un processus qui a entrainé la Grèce dans la gouvernance par la dette. Le documentaire propose de suivre les expériences de pays comme l’Équateur qui a créé une commission d’audit de la dette.

Ces films constituent un travail militant mené quasiment en temps réel grâce à des souscriptions. Il est tout à fait inconséquent que les différentes "Nuits debout" ne les mettent pas au programme de leurs projections. L'histoire et le travail des militants, des chercheurs, et la résistance n'ont pas commencé un 31 mars, du passé, donc des causes, faisant table rase... (Note du Concierge)

dimanche 13 mai 2018

La Grèce sous tutelle jusqu’au remboursement des prêts

La fin annoncée du 3e mémorandum signé par Tsipras en août 2015 ne doit pas faire illusion : les conversations entre l’Eurogroupe et le Ministre des Finances grec Tsakalotos portent sur l’aménagement de la nécessaire « tutelle » législative et budgétaire qui va être imposée pendant des années à la Grèce par ses créanciers, dans le but d’effectuer les « réformes » non encore accomplies après le 28 août 2018, date prévue officiellement pour la fin du troisième programme « d’aide ».

L’Eurogroupe de janvier 2018 a précisé à nouveau la liste des 88 prérequis encore en suspens, à régler pour le bouclage de la 4e évaluation, qui doit avoir lieu au plus tard en juin 2018, pour la délivrance de la dernière tranche de 11,7 milliards d’euros, quatrième et dernier versement du programme. Selon le Ministre Tsakalotos « il n’y aura pas de nouvelles mesures », seules les « promesses » non réalisées sont concernées : le cadastre, les privatisations - en particulier dans le domaine de l’énergie - la « réforme » de la fonction publique et l’attribution des permis des maisons de jeu électronique et de casinos sont en première ligne, la baisse du seuil minimum d’imposition. À noter que le programme électoral de Syriza énoncé à Thessalonique en septembre 2014 prévoyait la restauration du seuil de non-imposition à 12 000 €/an. Le seuil de non-imposition a été fixé après de multiples négociations à 8.600 pour une personne seule, à 9000 euros annuels pour un couple avec deux enfants à charge. La situation va se dégrader car, sous la pression de la Troïka, le gouvernement s’est engagé en juin 2017 à rabaisser ce seuil à 5.700 euros et 6130 euros respectivement à partir du 01/01/2019 3. Et encore, la réalisation des mises aux enchères par internet, l’application de la TVA à 24% dans toutes les îles dès juillet 2018 (dont celles où sont confinés un grand nombre de réfugiés), la modification des critères de calcul de l’impôt ENFIA sur les bâtiments...

Sur les 86 milliards prévus du 3e accord de prêt d’aout 2015, la Grèce n’a reçu que 58,6 milliards € ; il est prévu que les 27,4 milliards restants seront attribués après mai 2018, une fois leur utilisation précisée. Précisons que la majeure partie de la somme est repartie immédiatement vers les créanciers sous la forme de remboursement de la dette, tandis que 45,4 milliards d’Euros, résultant de ces différents accords de prêt ont été injectés depuis 2010 dans la recapitalisation des banques privées. Pour recevoir le reste, le pays doit donc matérialiser une série de réformes avant le mois d’août 2018. D’après le Mécanisme Européen de Stabilité s’exprimant au nom des institutions, cette dernière tranche du prêt devra permettre principalement de régler les dettes du pays en suspens.

Comme Dijsselbloem le déclarait en janvier 2018 au Financial Time, « le Premier Ministre Tsipras et le ministre Tsakalotos ont entièrement changé le ton des rapports avec les partenaires communautaires. Tout est désormais beaucoup plus facile, c’est une situation tout à fait différente ». CQFD.

(...)

La dictature fiscale instaurée par le troisième mémorandum

Les mesures d’austérité du troisième mémorandum ont fait augmenter les dettes d’impôts de 20 milliards d’euros en créant 500.000 endettés fiscaux supplémentaires entre 2015 et 2017. Des dettes qui s’élevaient à 40 % du PNB fin 2014. Pourtant Tsipras avançant les chiffres officiels annonçait en janvier 2017 que les objectifs fiscaux avaient été atteints pour les deux années précédentes. C’est la démonstration que les objectifs fiscaux fixés par l’État grec sont bien supérieurs à ses besoins budgétaires mais surtout, qu’ils dépassent largement la capacité de paiement des contribuables grecs.

Résultat, pendant le seul mois de février 2018, 2,5 milliards d’euros supplémentaires se sont ajoutés aux dettes d’impôts non honorées. L’Agence Autonome des Recettes Publiques se prépare à procéder à des saisies, tandis que les mises aux enchères par internet pour dettes envers l’État seront mises en route, à partir du 27 avril 2018, en particulier pour contenter les créanciers qui en ont fait un prérequis sine qua non.

Avec la même multi-loi de janvier 2018, le numéro fiscal (AFiMi) personnel qui conditionne toutes les opérations commerciales et nombre de procédures administratives pourra être supprimé par l’Agence Autonome des Recettes publiques. Par ailleurs elle pourra attribuer un numéro fiscal à quiconque, personne physique ou morale, pourvu qu’elle dispose de quelques éléments clé, ce qui lui permettra de verbaliser ou d’agir en représaille de supposées infractions, y compris en réclamant à une nouvelle personne morale les arriérés dus par un des membres de son Conseil d’administration si celui-ci est un contribuable qui s’est endetté dans les cinq dernières années, pour une hauteur minimale de 15 000 euros, dans le cadre de la lutte contre l’évasion et l’échappement fiscal.

La Grèce s’était engagée à appliquer une baisse du seuil minimum d’imposition prévue après 2020. En effet le FMI et le reste des Institutions invoquent la nécessité de produire un excédent budgétaire de 3,5% du PIB dès 2019. Le gouverneur de l’Autorité Autonome des Recettes Publiques, contrôlée par les Institutions européennes et qui remplace le Trésor en Grèce a annoncé en mars 2018 que la baisse du minimum d’imposition interviendrait plus tôt que prévu, sous peine de voir activer le « sécateur » (koftis), voté par la multi-loi de mai 2016. Ce sécateur permet d’imposer de nouvelles mesures d’austérité sans passer par une décision ministérielle ou un vote préalable du parlement grec, en cas de non-respect de l’objectif d’un excédent primaire (hors service de la dette) de 3,5% en 2018 et après – et donc indépendamment de la composition du gouvernement

Lire l'intégralité de l'article de Marie-Laure Coulmin Koutsaftis sur le site du CADTM

mardi 1 mai 2018

La notion de faits matériels à l'époque de la post-vérité (institutionnelle)

Selon le Muslim Post, Tariq Ramadan, supposé innocent à ce stade de la procédure, devrait rester en détention provisoire à la demande du Procureur anti-terroriste de l'affaire Coupat et des juges d'instruction.

moulis.PNG "Le groupe de Tarnac était une fiction" : Le Procureur Moulis, responsable du fiasco de Tarnac... Et non sanctionné à ce jour pour s'être acharné sur des désormais officiellement innocents pendant... 10 ans ! Gare au Gorille ?

Pour ces derniers : « le délai prévisible d’achèvement de la procédure peut être fixé à seize mois »

Rappelons qu'en trois mois de détention, Tariq Ramadan n'a été interrogé par les juges... aucune fois !

Pour le Procureur :

Tariq Ramadan est « domicilié à l’étranger, à Londres, où il vit avec sa famille et se trouve titulaire d’un passeport suisse[1]. Il est amené à se déplacer régulièrement dans divers pays, dans le monde entier. » Le parquet craint que le professeur quitte l’Hexagone et, même s’il s’est présenté à la convocation des enquêteurs il y a deux mois, cela « ne constitue pas une garantie de représentation suffisante, eu égard à ses dénégations répétées en confrontation avec Paule-Emma A. » Autrement dit : c’est parce qu’il nie les faits que le risque de fuite serait accru. (Muslim Post)

Rappelons que les avocats de Tariq Ramadan ont proposé :

1) la remise de son passeport

2) une assignation à résidence en France

3) une caution

4) si cela n'était pas suffisant, un bracelet électronique

Par ailleurs selon le Procureur :

« le risque de pressions sur les témoins étant manifeste au regard du contexte de cette affaire et des manœuvres d’intimidation et de menaces dont font part les trois plaignantes. » (souligné par nous)

Dont font part...[2] : pas plus que les viols, il n'y a donc aucune preuve matérielle... Si ce n'est des captures d'écran d'insultes envoyées via Twitter et FB (et qui sont donc portées à charge d'un homme emprisonné ne pouvant communiquer avec l'extérieur et qui a dans une vidéo explicitement condamné ce genre d'attaques contres les plaignantes...). Sans compter que les plaignantes sont des plus fréquentables si on en juge par leurs soutiens

La Presse, juge des Libertés

Mais le meilleur est pour la fin :

Dans ses réquisitions, le parquet estime que, à cause du « retentissement médiatique indéniable et qui perdure, (…) la remise en liberté de l’intéressé (…) serait de nature à créer un trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public. »

La raison de la violation de l'Habeas Corpus, c'est donc la Presse...

Lourde responsabilité mise sur elle par le Parquet et les Juges...

Qu'en pensent Marine Turchi, Edwy Plenel et Raphaëlle Bacqué ?

Car d'une certaine façon, ils sont cités à l'instruction tous les trois...

On attend leurs protestations en Chaire...

On relira cette prédiction de Pierre Bourdieu sur "l'emprise du journalisme"

Conclusion

A ce jour une seule chose affirmée par les parties a été confirmée.

Tariq Ramadan souffre d'une sclérose en plaques.

C'est le seul élément matériel, dénié par l'appareil judiciaire dans un premier temps, qui a été prouvé.

Comme nous l'avions affirmé avant même son incarcération :

Tariq Ramadan est un prisonnier politique.

Quels que soient les faits, Tariq Ramadan N'EST PAS en détention provisoire pour des crimes qu'il reste à prouver.

Mais pour toute autre chose.

Le Musée de l'Europe exige sa libération immédiate.

Au nom de nos libertés à TOUTES ET TOUS.

PS (sic) : Le Tribunal du Musée de l'Europe a ouvert une enquête préliminaire contre Marine Turchi, Raphaëlle Bacquet et Edwy Plenel pour "mise en danger des libertés constitutionnelles".

Le Concierge

Bonus :

Autres faits matériels portés à la connaissance de la Presse ce jour...

Notes

[1] Jésus, Marie, Joseph !

[2] Se lit évidemment en rapport avec "manifeste" du point de vue de la Vérité...

lundi 30 avril 2018

"On est là dans quelque chose qui est d'une perversion extraordinaire"

vidalmanifeste.PNG cliquer sur l'image pour voir l'interview de Dominique Vidal

« Je le dis comme je le pense, un certain nombre de signataires de ce texte, avec ce texte, sont des fourriers de l’antisémitisme en France. » Le journaliste et historien Dominique Vidal réagit au « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » publié le 22 avril par le journal Le Parisien et signé par 300 personnalités politiques, dont un ancien président de la République, trois ex-premiers ministres, des élu.e.s, des intellectuel.les,des artistes...

Y a-t-il une montée de l’antisémitisme en France ? Faut-il réécrire le Coran ? Critiquer Israël, est-ce antisémite ?

Les résidences principales tombent entre les griffes de l’Agence Autonome des Recettes Publiques

Trois ans après l’élection de janvier 2015 qui a porté Tsipras et Syriza au pouvoir sur un programme de sortie de l’austérité et des memoranda, seule possibilité pour la Grèce de retrouver sa souveraineté, la loi mammouth votée début janvier 2018 prévoit la saisie et la mise aux enchères des biens privés envers l’administration pour dettes supérieures à 501 €. À noter que tant le FMI que le gouverneur de la BCE, Mario Draghi lui-même, font des saisies en ligne une condition sine qua non pour la 4e évaluation qui conditionne le 4e et dernier versement. La même loi prévoit que les protestations contre les mises aux enchères qui en ont empêché jusque-là la « bonne tenue » seront pénalisées par des peines d’emprisonnement ferme de 3 à 6 mois.

"Le nombre des contribuables qui ne peuvent plus faire face à la pression fiscale augmente de manière proportionnelle à la progression du taux de pauvreté"Si les résidences principales des gens les plus modestes étaient jusque-là protégées de l’appétit des banques par un arsenal législatif (loi Katseli revue, durcie mais étendue jusque fin 2018 par la loi Stathakis), les nouvelles mises aux enchères prévues au bénéfice de l’Autorité Autonome des Ressources publiques, qui a remplacé le service des impôts et des douanes, ne sont soumises à aucune restriction. Ainsi dès février 2018, des résidences principales ont été mises aux enchères sur une plate-forme digitale, concernant indistinctement riches fraudeurs ou petits entrepreneurs ruinés qui ne peuvent plus payer les cotisations, petits propriétaires retraités pauvres ou chômeurs qui ne peuvent plus faire face à leurs taxes.

En effet, le nombre des contribuables qui ne peuvent plus faire face à la pression fiscale augmente de manière proportionnelle à la progression du taux de pauvreté, résultant des réformes imposées par les créanciers depuis 2010.

Petit à petit, même le paiement de factures domestiques est devenu difficile. En effet la hausse des impôts et le démantèlement des services publics comme l’électricité, l’eau courante et le gaz, et la surtaxation cumulée (TVA sur la somme finale qui contient déjà 15% de taxe...) ont abouti à des hausses exponentielles des factures. Résultat, il n’est pas rare que des factures d’électricité ou d’eau s’élève à 700 ou 1000 euros, causant un déséquilibre durable sur un budget familial serré. 30% des clients de DEI l’entreprise encore publique d’électricité sont en rupture de paiement et les coupures d’accès à l’électricité se multiplient.

Extrait de l'article de Marie-Laure Coulmin Koutsaftis paru sous le titre "Appauvris par les memoranda, les Grecs vont perdre tous leurs biens" sur le site du CADTM

Possibilité d’obtenir un visa Schengen pour tous les étrangers hors UE achetant un bien immobilier en Grèce pour plus de 250 000 euros

De fait, après une dizaine d’années de baisse continue des prix de l’immobilier dans le centre d’Athènes à cause de la crise, Airbnb commence à changer la donne. « Ces deux ou trois dernières années, il y a eu un véritable boom, tous les propriétaires athéniens ont publié une annonce sur Airbnb », explique Panagiotis Agapitis, agent immobilier. « Les loyers ont augmenté dans certains districts d’Athènes pour cette raison – même s’ils restent encore relativement bas. Dans les quartiers proches de l’Acropole, il n’existe tout simplement pas d’appartement libre à louer… »

Une des raisons de cette hausse : la possibilité d’obtenir un visa Schengen pour tous les étrangers hors UE achetant un bien immobilier en Grèce pour plus de 250 000 euros. Ensuite, ces appartements, pas toujours occupés, sont mis en location sur Airbnb. D’après la Banque de Grèce, les capitaux étrangers pour l’achat de biens immobiliers en Grèce ont augmenté de 61,7% au premier trimestre 2017, contre 45% en 2016. En 2015, avant l’adoption de cette mesure incitative, ils affichaient une baisse de 36%.

« La plupart des investisseurs chinois achètent à Exarchia, Koukaki et Kolonaki, des quartiers d’Athènes proches des sites touristiques. Malgré la bureaucratie qui reste importante, ils misent sur le tourisme qui se porte de mieux en mieux en Grèce », explique le président de l’association des agents immobiliers de l’Attique, Lefteris Patamianos. Selon Enterprise Greece, 4962 permis de séjour ont été accordés en 2017 à des acheteurs de biens immobiliers, dont 2091 à des Chinois, les premiers acheteurs étrangers en Grèce."

Le Courrier des Balkans, via La Grèce est à vendre tout va partir

samedi 28 avril 2018

Affaire Tariq Ramadan : la battue se poursuit

Il n’est pas besoin d’être partisan de Tariq Ramadan ni même d’être musulman pour se sentir très à l’aise à rappeler que, dans cette affaire, c’est le traitement médiatique et l’instrumentalisation politique qui posent problème et qui posent même un problème majeur pour notre démocratie.

L’acharnement contre Tariq Ramadan, le mépris de sa présomption d’innocence et de son droit à pouvoir répondre aux attaques médiatiques et politiques qu’il subit – alors que, placé en détention provisoire, il ne le peut manifestement pas -, n’interpellent pas seulement les musulmans ou ses partisans. Cette campagne objective de dénigrement, alors même qu’une procédure judiciaire est en cours, interpelle l’ensemble des Français à un moment de basculement périlleux de notre société où les frontières intellectuelles entre l’extrême-droite et une partie de la gauche et de la droite s’effondrent et promettent d’accentuer les clivages et d’exacerber les tensions.

(...)

Chacun peut et doit légitimement s’interroger sur l’attitude et les choix de communication des partisans de Tariq Ramadan, mais ne pas le faire au sujet des plaignantes, de leurs propres soutiens ou des détracteurs notoires de l’accusé, alors même que leur comportement est tout aussi discutable et litigieux, sinon même davantage, c’est faire preuve de déni et refuser de voir ce qui se produit pourtant sous nos yeux.

Peut-être Tariq Ramadan aura-t-il à répondre à son auditoire musulman au sujet d’éventuelles relations extra-conjugales qui le mettraient en porte-à-faux avec ses enseignements, c’est là un débat interne aux milieux musulmans et nul ne peut préjuger de ses conclusions. Ce qui est certain, c’est que la presse aura à répondre de ses propres agissements à l’ensemble des Français, dans un contexte social et intellectuel de plus en plus sensible et difficile.

Car comment la presse expliquera-t-elle, alors même que l’accusation pour crime de viol commence à s’effondrer, qu’elle a pu se complaire dans la mise en spectacle de la vie privée d’un homme aux seules fins de nuire à ce dernier ? Comment expliquera-t-elle qu’elle a accepté de trahir sa propre mission d’impartialité et de se laisser instrumentaliser politiquement, sinon de politiser elle-même le débat ? Comment expliquera-t-elle la sélection sinon la rétention d’informations – aujourd’hui encore – capables d’expliquer et de remettre en cause la position des plaignantes, alors même qu’elle fait feu de tout bois pour accabler l’accusé, lequel, placé aux arrêts et contraint au silence, ne pourra pas, elle le sait, lui répondre ?

Quelle est cette presse qui se comporte ainsi et prétend, ici comme sur d’autres sujets, nous éclairer sur l’avenir et jouer un rôle démocratique dans notre société ? Son entêtement relève-t-il simplement du déni et de l’orgueil, ou encore d’une prise de conscience qu’elle se serait fourvoyée et ne sait plus comment faire machine arrière ? Ou bien est-il possible que son rôle soit encore plus calamiteux et qu’elle se soit définitivement égarée ?

Extrait de l'article de Mathieu Vernerey paru sur son blog

GRÈCE 2018 : LA BATAILLE DE LA DETTE PRIVÉE ET DES HABITATIONS PRINCIPALES

(...) Après la capitulation de juillet 2015, suivant les termes du 3e mémorandum et les recommandations des créanciers internationaux de la Grèce (BCE, FMI, Commission Européenne), la loi a donné priorité au remboursement des banques en cas de faillite d'une entreprise. Cette priorité s'exerce au détriment de l'État, des caisses d'assurance et des particuliers, dont les salariés aux salaires impayés. Pour homologuer cette mesure il a fallu réformer en un clin d'œil le Code Civil grec. Quand la Troïka ordonne et que Tsipras s'exécute, la régularité juridique passe au second plan.

En faisant fi de toute cohérence, le gouvernement SYRIZA-ANEL n'a cessé de clamer sous tous les tons que, malgré sa capitulation (« compromis honorable » en novlangue syrizéenne) et son ralliement au camp des banquiers, les habitations principales des ménages modestes resteraient protégées des saisies. La désinformation a été relayée par des alliés au sein des directions des partis du Parti de la Gauche Européenne (PGE), acculés par le besoin de sauver les apparences suite à la terrible défaite.

La supposée protection des habitations principales des foyers modestes est celle de la « loi Katselis » mais bien rabotée suivant les recommandations des créanciers (BCE, FMI, Commission Européenne), par l'ajout de conditions à remplir par les débiteurs pour pouvoir en bénéficier. Il s'agit de clauses de revenus du foyer et de valeur du bien hypothéqué. Il faut qu'une partie des dettes de la personne soit due aux banques et que le débiteur n'ait pas exercé d'activité à caractère commercial l'année précédant sa demande de bénéficier des avantages de la loi. Il est important de citer que la dérogation à la saisie de l'habitation principale qui pourrait être accordée a seulement caractère de sursis, les effets de la loi prenant fin le 31 décembre 2018. Le nouveau format de la loi, dont SYRIZA fait mine de s'enorgueillir, figurant en tant qu'article de la loi d'application du 3e mémorandum (août 2015) et portant le nom « loi Katselis-Stathakis » (du nom du ministre actuel de SYRIZA) est restrictif pour une grande partie des débiteurs modestes menacés de saisie de leurs logements.

Concrètement, la loi protège les habitations principales de valeur inférieure à 180.000 euros, bonifiée par le nombre des membres du foyer. À noter que la valeur ainsi déterminée est la «valeur fiscale» fixée par le gouvernement, bien supérieure en temps de crise à la valeur du bien sur le marché.

Les revenus du débiteur éligible à la protection de la loi ne doivent dépasser de 70% le montant des «frais raisonnables de vie». Ce montant aujourd'hui fixé par le gouvernement grec à 680 euros mensuels pour une personne seule, indique que le niveau des revenus du débiteur ne doit dépasser les 1150 euros mensuels, dont 470 euros obligatoirement alloués au remboursement de sa dette. Ces sommes sont indexées sur le nombre des membres du foyer. Selon des sources proches du gouvernement, la loi actuelle protégerait les habitations principales de 60% des ménages surendettés. Mais, même en admettant que cette estimation soit réaliste, ce qui reste à démontrer, cette loi laisse à découvert 168.000 foyers, la précarisation desquels est susceptible de déclencher une nouvelle crise sociale.

Pour dorer la pilule, le gouvernement SYRIZA-ANEL précise que des allègements plus larges pourraient être obtenus par négociations directes «de bonne foi», entre les débiteurs et les banques. Voilà donc un gouvernement « de gauche » qui délègue la politique sociale aux banquiers !

Un autre retournement du gouvernement SYRIZA concerne l'interdiction aux banques de revendre des emprunts problématiques aux « sociétés de gestion de dettes» ou fonds-vautours. L'activité de ces sociétés (grecques, européennes ou en provenance de pays tiers) fut cependant légalisée par la loi du 16 décembre 2015. Ces sociétés ont le plein droit de racheter aux banques des prêts à prix jusqu'à 3% de la valeur nominale, de les revendre sous forme de paquets de titres ou d'exiger leur remboursement par des méthodes d’intimidation et de harcèlement dont elles ont le savoir-faire. Les banques obtiennent également le droit de revendre des prêts en règle dans des paquets mixtes. Les critiques de cette loi réclament la possibilité de rachat des prêts à une valeur raisonnablement inférieure à la nominale (pas moins de 50%) par les débiteurs eux-mêmes, mais le ministre Stathakis de SYRIZA rétorque qu'une telle disposition serait «un encouragement indirect à la fraude et à la mauvaise foi». Au sujet des saisies de logements à venir, le gouvernement SYRIZA soutient que leur mise en œuvre massivement « favorisera la reprise de l’économie grecque et la consommation car, si les banques se débarrassent des prêts problématiques elles pourront recommencer à prêter de l’argent » pour démarrer un nouveau cycle infernal identique au précédent, en ayant entre temps ponctionné des richesses aux classes populaires et moyennes.

Luttes pour la défense du logement des familles modestes

Les saisies et les ventes aux enchères s’intensifient aujourd’hui par le gouvernement Tsipras, guidé par la Troïka, dans l’effort de prévenir un nouveau naufrage des banques en Grèce, une fois de plus en équilibre instable. L’implémentation des mesures est « sous haute supervision » par le biais d’évaluations régulières de l’économie et de la politique grecques, dont la passation réussie est la condition pour le déblocage des tranches du financement à l’Etat grec. Pour les néolibéraux, la stabilisation en Grèce du système bancaire passe par l’expropriation et la précarisation des classes populaires et moyennes. Notons que, même lorsque les débiteurs saisis sont des personnes fortunées, les conséquences se reportent directement sur les classes travailleuses, dans le cas locaux alloués à la production, la saisie marquant l’arrêt de celle-ci. Ainsi, on ne s’étonne pas de voir le Parti Communiste de Grèce (KKE), qui ne s’est jamais positionné comme représentant des classes moyennes, ni partisan des mouvements citoyens horizontaux, rejoindre le mouvement populaire de lutte contre les saisies et les mises aux enchères.

Dans le contexte catastrophique de la Grèce actuelle, la défense du logement des familles modestes passe par des luttes massives et polymorphes d’obstruction au travail de l’administration, des notaires et de la justice lors des procédures de saisie, d’expropriation et de mise aux enchères. Le mouvement populaire grec, dans ses diverses tendances, s’y est déployé depuis le début de la crise, car le fléau des expropriations y était déjà à l’œuvre. Le grippage de la machine des saisies est une éventualité réaliste, compte tenu du nombre énorme de cas à traiter.

Les mobilisations massives devant et dans les tribunaux organisées par des collectifs citoyens ont été soutenues très activement par Unité Populaire, ANTARSYA, KKE et d’autres formations de la Gauche Radicale. Je profite pour faire un clin d’œil aux camarades français présents lors de certaines de ces mobilisations. Ces actions ont réussi d’empêcher les tribunaux de tenir audience et de rendre des décisions, faisant trainer les saisies de report en report. La répression policière violente déployée par le gouvernement SYRIZA, a davantage attisé la combativité les militants plutôt que de décourager le mouvement. Des dizaines d’audiences ont été empêchées.

Le gouvernement de SYRIZA, cavalier sur le jeu d’échec néolibéral, avance par petits sauts obliques pour préserver les restes de sa cote de popularité, mission impossible ! Ainsi, la mécanique infernale des saisies, que la Droite avait échoué de mettre en place, est pleinement déployée aujourd’hui, deux ans et demi après la capitulation de juillet 2015. La cerise sur le gâteau sera le démarrage des saisies électroniques par l’administration publique le 1er mai 2018, une manière ironique pour SYRIZA de célébrer la fête des travailleurs !

Afin de contourner cette résistance populaire le gouvernement SYRIZA implémente la mise aux enchères des biens saisis par voie électronique, notamment des logements des familles populaires. Ce dispositif avait initialement rencontré l’opposition des notaires grecs, surtout des petites villes de province, refusant de se connecter à la plateforme. Par la « loi-valise » d’application du mémorandum de janvier 2018, SYRIZA rend obligatoire et exclusif, à partir du 21/02/18, le recours à la voie électronique avec la possibilité de délocaliser la procédure en cas de situation locale compliquée. L’objectif est d’effectuer des mises aux enchères par centaines, et par milliers si possible. Il n’empêche que les études notariales, certes moins repérables que la salle d’audience du Tribunal d’Instance, sont des lieux physiques, lieu de rendez-vous possibles du mouvement populaire, qui y a déjà répondu présent plusieurs fois depuis l’application du nouveau dispositif.

Les poursuites à l'égard des militant-e-s et l'intensification de la répression restent donc des recours nécessaires pour le gouvernement SYRIZA qui veut mener le projet néolibéral jusqu’au bout. Un amendement de loi a donc été déposé, arguant dans le rapport préalable que les actions d’obstruction aux mises aux enchères « nuisent à l'intérêt budgétaire suprême de l'État, à la stabilité du système financier et à l'approvisionnement des banques en liquidités » (!) L'amendement ouvre la possibilité de poursuites d’office de ces militant-e-s et de jugements en comparution immédiate. L’entrave aux mises aux enchères est considérée comme un délit spécifique, sui generis. Auprès de l'opinion publique grecque, les dispositifs légaux d'exception ont très mauvaise presse, faisant écho au droit de la dictature des colonels et des suites de la guerre civile. La partition du néolibéralisme austéritaire version SYRIZA s'achève par l’usage immodéré de la force scélérate et brute : mensonges médiatiques, faux témoignages devant les tribunaux, matraquages, gazages, violences infligées aux militant-e-s-qui manifestent. Malgré le risque de «de faire des héros des opposants» de la vraie Gauche Radicale selon l'aveu d'un député de SYRIZA, exprimé lors de la réunion du groupe parlementaire.

Extrait de l'article d'Emmanuel Kosadinos, paru sur son blog

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