Musée de l'Europe et de l'Afrique

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Quatrième nuit de Walpurgis

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samedi 2 septembre 2017

Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur Yanis Varoufakis sans oser le demander...

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Yanis Varoufakis fait remonter à 2011 sa collaboration avec Alexis Tsipras et son alter ego, Nikos Pappas. Cette collaboration s’élargit progressivement, à partir de 2013, à Yanis Dragasakis (qui est devenu, en 2015, vice-premier ministre). Une constante dans les rapports entre Varoufakis et Tsipras : Yanis Varoufakis plaide en permanence pour modifier l’orientation adoptée par Syriza. Varoufakis affirme que Tsipras-Pappas-Dragasakis veulent eux-mêmes clairement adopter une orientation différente, nettement plus modérée, de celle décidée par leur parti.

La narration faite par Varoufakis ne manque pas de piment. À travers son témoignage, on voit comment, à des étapes très importantes, des choix sont faits dans le dos de Syriza au mépris des principes démocratiques élémentaires.

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Varoufakis s’attribue un rôle central et, en effet, il a exercé une influence sur la ligne adoptée par le trio Tsipras-Pappas-Dragasakis. Il est également certain que Tsipras et Pappas ont cherché à construire, en dehors de Syriza, des rapports plus ou moins étroits avec des personnes et des institutions afin de mettre en pratique une politique qui s’est éloignée de plus en plus de l’orientation que Syriza avait faite sienne. Varoufakis n’est pas la seule personne à avoir été contactée mais effectivement, à un moment donné, Tsipras et Pappas ont considéré qu’il était l’homme de la situation pour aller négocier avec les institutions européennes et le FMI.

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Lire le 3ème article de la série « Le récit de la crise grecque par Yanis Varoufakis : un témoignage accablant pour lui-même » par Eric Toussaint, paru sur le site du CADTM sous le titre Comment Tsipras, avec le concours de Varoufakis, a tourné le dos au programme de Syriza

mardi 22 août 2017

Le gouvernement lance un appel d'offre de 22 millions d'euros pour gazer les prochaines manifestations

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Alors que commence, ce 22 août 2017, la dernière session de concertation organisée par le gouvernement avec les syndicats pour préparer les ordonnances réformant le Code du Travail, on apprend que ce même gouvernement a décidé de faire le plein de grenades et de gaz lacrymogènes….

(...)

Alors que les grands médias français semblent s’être donné la consigne de focaliser l’attention et les conversations des Français sur la situation professionnelle pathétique de Brigitte Trogneux, épouse Macron, alors que celle-ci aurait pourtant « les plus belles jambes de Paris » (...), le ministère de l’Intérieur a profité de la torpeur estivale pour lancer en catimini un appel d’offre de marché public, le 5 août 2017, afin d’équiper massivement les forces de l’ordre en armes et munitions anti-émeutes pour une durée de quatre ans.

Rappelons au passage qu’un appel d’offre de marché public est une obligation légale pour une administration et que c’est cette obligation légale qu’avait bafouée Muriel Pénicaud – à l’époque directrice générale de Business France, avant de devenir ministre du Travail dans le gouvernement Édouard Philippe – pour organiser le voyage de Macron à Las Vegas pendant la pré-campagne présidentielle.

L’appel d’offres du ministère de l’Intérieur a été passé sous la référence n°17-112134 et publié le 8 août dans le Bulletin officiel des annonces des marchés publics. Il concerne « l’acquisition de grenades et de moyens de propulsion pour les besoins de la Gendarmerie et Police Nationales ».

La commande globale s’élève à la bagatelle de 22 millions d’euros, hors TVA.

Elle se répartit ainsi :

Grenades de maintien de l’ordre et moyens de propulsion à retard (grenades 56 et 40 mm fumigènes lacrymogènes et fumigènes simples, moyens de propulsion à retard de ces grenades, à portée de 50 mètres et de 100 mètres, bouchons allumeurs à main à retard de 1 à 3 secondes pour ces deux types de grenades 56 mm et 40 mm ) : 17 888 000 € hors TVA.

Moyens de propulsion à retard 56 mm à portée de 200 mètres : 112 000 € hors TVA

Moyens de propulsion d’exercice à retard : 660 000 € hors TVA

Cartouches pour grenades 40 x 46 mm : 1 500 000 € hors TVA

Grenades 56 mm assourdissantes lacrymogènes : 1 840 000 € hors TVA

Lire l'article de François Asselineau paru sur le site upr.fr paru sous le titre « EN MARCHE » VERS LA RÉPRESSION == Pas de restrictions budgétaires pour préparer le gazage des futurs manifestants !

samedi 19 août 2017

Quand la Commission européenne s'assoit sur les décisions de la justice grecque...

Ce n’est pas moins de 4 ans d’instruction judiciaire, deux procès initiaux et une réouverture du dossier que vient de clore la condamnation d’Andréas Georgiou. En effet, le 1er août 2017, le Tribunal correctionnel d’Athènes a condamné cet ancien Directeur de l’office des statistiques grecques (Elstat) à deux ans de prison avec sursis pour «  manquement au devoir  ». Voici ce qu’en dit le quotidien Le Monde dans son édition du 1 août 2017 : « Andréas Georgiou, ancien chef de l’office des statistiques grecques, Elstat, au cœur de la saga des faux chiffres du déficit public au début de la crise de la dette, a été condamné, mardi 1er août, à deux ans de prison avec sursis. Le tribunal correctionnel d’Athènes l’a jugé coupable de « manquement au devoir », selon une source judiciaire. Cet ancien membre du Fonds monétaire international était poursuivi pour s’être entendu avec Eurostat (l’office européen de statistiques, dépendant de la Commission européenne) afin de grossir les chiffres du déficit et de la dette publique grecs pour l’année 2009. Le but supposé : faciliter la mise sous tutelle financière du pays, avec le déclenchement, en 2010, du premier plan d’aide internationale à la Grèce – on en est au troisième, depuis août 2015

(...)

Marianne Thyssen, commissaire européenne aux affaires sociales, a affirmé que «  les données sur la dette grecque pour la période de 2010 à 2015 ont été fiables et communiquées avec exactitude  ». Dans cette situation, la justice grecque avait estimé en décembre 2016 qu’il n’y avait pas d’éléments suffisants pour envoyer Georgiou devant le tribunal… Mais un courageux procureur de la Cour suprême, Xeni Dimitriou a demandé le réexamen de l’affaire. A l’issue d’un nouveau procès, Georgiou a donc été condamné le 1er août 2017. Ses avocats et lui-même ont fait savoir qu’ils feraient appel.

La porte-parole de la Commission européenne, Mme Annika Breidthardt, a renouvelé son soutien total à Georgiou en déclarant que cette décision n’est pas conforme aux décisions précédentes de la justice et a réitéré que « la Commission est pleinement confiante dans l’exactitude et la fiabilité des données de l’Elstat au cours de la période 2010-2015 et au-delà ». Le vice-président de la Commission européenne, M. Valdis Dombrovskis, dans une interview au Financial Times a déclaré que « l’indépendance des offices nationaux des statistiques des pays-membres est un pilier important du fonctionnement de l’euro et un des éléments qui construisent la confiance entre les pays-membres de la zone euro ». Il en est de même de toute la nomenclature européenne qui clame son soutien à Georgiou via les Moscovici, Mario Draghi et autres… La pression des autorités européennes est constante soit de façon formelle soit via les médias européens. Et le prochain Eurogroupe de septembre 2017 envisage même d’en parler.

(...)

Les ingérences des créanciers de la Grèce dans les affaires de justice a amené l’Union des juges et des procureurs de Grèce à vivement réagir dans un communiqué : « Les autorités judiciaires grecques et les lois grecques doivent traiter sur un pied d’égalité tous les citoyens indépendamment des relations spéciales que ces derniers pourraient avoir avec des services relevant de la Commission européenne. L’interprétation correcte et l’application des lois sont confiées par la Constitution aux institutions judiciaires dont le jugement ne doit pas être influencé par des tendances politiques, des pressions ou des incitations ». Et de conclure : « L’indépendance des offices nationaux des statistiques des pays-membres peut certes constituer un pilier important de l’union économique et monétaire selon la Commission, mais l’indépendance et la liberté de jugement des juges et des procureurs d’un pays sont la pierre angulaire du régime démocratique ».

Lire "Grèce  : le procès Georgiou ou l’affaire de la falsification des statistiques grecques pour justifier l’intervention de la Troïka" sur le site du CADTM

jeudi 10 août 2017

Colonialisme : Sucer la Grèce jusqu’à la moelle

À la lumière de cette entreprise de dépossession des richesses grecques à une échelle quasi industrielle (il s’agit du plus grand transfert de propriété en Europe de l’Ouest) et menée par et pour des puissances étrangères ou les intérêts qui y sont liés, il est difficile de ne pas faire le parallèle avec les pays du Sud et l’installation d’un régime néo-colonial. Un régime qui s’installe et se fortifie non pas au rythme des bottes d’une armée coloniale, mais à celui des prêts et échéances de remboursement d’une dette publique illégitime.

(...)

Le 1er juillet 2016 Le Hellenic Corporation of Assets and Participations S.A (HCAP S.A.) est mis sur pied. Il remplace le TAIPED ou plus exactement l’englobe. En effet, ce nouveau fonds de privatisation est pensé comme une véritable multinationale avec quatre filiales :

- l’agence de privatisation (TAIPED ou HRADF) ;

- le fond hellénique de stabilité financière (HFSF), qui détient les parts que possède encore l’État grec dans certaines banques privées ;

- une société des biens publics (ETAD S.A. ou PPCo S.A.), qui possède les propriétés publiques (hôtels, bâtiments administratifs ou ministériels, site de camping, d’aéroports…) ;

- une société des participations publiques (EDHS S.A ou PHCo S.A.) qui détient et contrôle les entreprises publiques grecques mais aussi toutes les parts que l’État possède dans certaines entreprises. Les bénéfices réalisés par ces entreprises publiques ou semi-publiques y sont inclus.

L’État grec transfère donc à ce nouveau fonds l’ensemble de ses actifs (entreprises, patrimoine, propriétés, actions…), sans contreparties, c’est-à-dire sans recevoir de l’argent en échange. Ce fonds est ensuite chargé de vendre ou céder les droits des actifs en question. En septembre 2016, le ministre des finances, Euclide Tsakalotos avait d’ailleurs tenté de calmer la colère suscitée par la privatisation des réseaux municipaux de l’eau d’Athènes et Thessalonique, en jouant sur les mots et arguant « ce n’est pas une privatisation, mais juste un transfert au fonds ». Or, comme le prévoient les statuts du fonds, aucun retour en arrière n’est possible : « la chose ou le droit qui est transféré ou cédé au Fonds ne peut en aucun cas être réattribué à son ancien propriétaire ou ayant droit (donc l’État grec) ». À la différence de son prédécesseur, le TAIPED, qui détenait « seulement » 25 % des actifs grecs pour 6 ans, ce supers-fonds a vocation d’en gérer la quasi-totalité |4| et ce pour 99 ans. L’horizon des 50 milliards de privatisation est toujours d’actualité. 50 milliards dans un pays où, soit dit en passant, le PIB s’élevait à 185 milliards en 2015.

C’est donc le super-fonds qui se charge des privatisations en tant que telles et qui encaisse l’argent des contrats conclus. Que fait-il ensuite des recettes issues des privatisations ? Bonne question… Selon le texte du troisième mémorandum, sur 50 milliards, 50 % des profits réalisés seront destinés à couvrir les besoins de recapitalisation des banques grecques, 25 % pour le remboursement de la créance du MES et enfin 25 % pour des investissements décidés par le fonds lui-même. Quant à savoir qui, concrètement, touchera l’argent : l’État grec ? Les créanciers directement ? Le fonds garderait la partie destinée aux investissements ? Les textes sont soudain silencieux.

Qui est le pilote dans l’avion ?

Ce super-fonds est dirigé par un conseil de supervision (supervisory board) composé de cinq membres : trois sont nommés par la Grèce, après aval des institutions, et deux nommés, dont le président, par la Commission européenne et le MES, après l’accord du ministre des finances grec. Les derniers jouissent d’un droit de véto. Parmi ses prérogatives ce conseil de supervision se charge de nommer le conseil des directeurs (board of directors) qui, à son tour, désignera les membres des organes de directions des différentes filiales (excepté le FHSF).

En octobre 2016, le supervisory board est nommé. Les deux représentants choisis par les créanciers sont le français Jacques Le Pape pour la direction du fonds et l’économiste espagnol David Vergara. Le premier, un haut fonctionnaire pantouflard, est passé notamment par Air France et le cabinet de Christine Lagarde, aujourd’hui directrice du FMI, qui -s’il est encore nécessaire de le rappeler- est créancier de la Grèce. Le second est un ancien membre du MES, lui aussi créancier du pays. Sans surprise, les créanciers ont placé des « visages connus » aux manettes de ce super-fonds.

À peine désigné, ce conseil de supervision a lancé un processus de recrutement afin de former le conseil des directeurs. Processus de recrutement géré par les cabinets de conseil KPMG et Stanton Chase, contractés pour l’occasion

Parmi les candidatures retenues, on trouve George Diamantopolous (directeur du conseil d’administration), ancien PDG de Jacobs Suchard et Kraft Foods en Grèce et dont le super-fonds vante la « vaste expérience dans les multinationales ». Ourania Aikaterinari a plus d’une corde à son arc en tant qu’ancienne de BNP Paribas, Eurobank, Deutsche Bank, Ernst and Young, et surtout, avant de rejoindre le HCAP, elle était directrice adjointe de PPC S.A la compagnie publique grecque d’électricité, dont une partie devrait être bientôt vendue par le super-fonds.

Enfin, Stefanos Giourelis, globtrotteur pour le compte de la multinationale américaine Hewlett Packard. Bref, des cadors du monde de l’entreprise et des banques pour gérer au mieux la vente des biens publics grecs.

Les créanciers ne semblent pas tellement avoir tiré les leçons de l’expérience de l’ex-TAIPED dont plusieurs membres sont aujourd’hui devant les tribunaux suite à de nombreux scandales de corruption et de conflit d’intérêts. D’ailleurs, lors de la dernière réunion de l’Eurogroupe du 15 juin 2017, le ministre des finances espagnol, L. de Guindos, menaçait d’utiliser son véto au déboursement d’une tranche de crédit supplémentaire, si la Grèce ne cessait pas les poursuites judiciaires engagées contre trois experts (un Espagnol, un Italien et un Slovaque) du TAIPED pour irrégularités lors de la vente de propriétés immobilières. Finalement, les fonds ont bien été débloqués et les poursuites annulées par la Cour suprême grecque quelques jours après.

Les créanciers ont trouvé derechef la parade pour de futurs cas similaires avec le vote en 2016 d’une loi grecque instaurant l’immunité juridique aux agents du super-fonds et aux hauts fonctionnaires de la Troïka en général.

(...)

Extrait de l'article d'Anouk Renaud à lire en intégralité sur le site du CADTM. L'article date de juillet 2016. Depuis, l'abondance des biens de salut politique lancés quotidiennement sur le marché, comme les faits divers font diversion, a, à peu près, nettoyé de l'espace public nombre de sujets fondamentaux... (le Concierge)

mardi 8 août 2017

Demandez le programme ! (4)

Dans l'indifférence médiatartique et des dénonciateurs professionnels des crimes du passé, de l'écologie déterritorialisée et autres, la tiers-mondialisation de la Grêce (au nom du Nouveau Monde ?) continue... Mais il parait que l'Europe existe... Et que de la "dékoukalisation généralisée" un autre monde possible, radieux, surgira... (Le Concierge)

“Je vais mettre la clef sous la porte, je ne peux plus et je ne veux plus payer pour cet État-zombi, celui qui nous suce le sang pour alimenter sa clientèle politique, ses sbires, tous ces bons à rien. Je laisse plus de 75% de mon chiffre d’affaires en impôts, taxes et cotisations. Je travaillerai en informel désormais, que tout s’effondre... qu’ils crèvent”. Lámbros, petit imprimeur d’Athènes et ses états d’âme en ce mois d’août.

(...)

De l’autre côté du miroir helléno-centrique, l’ami Mários, fonctionnaire attitré comme attristé, il dépeint également la situation, sa situation: “Ils ne nous laissent pas travailler honnêtement”.

“Toutes ces cliques, ces partis, dont nouvellement la caste Syriziste, ces syndicats, puis enfin ces collègues... aux nombreuses ‘relations’. Comme nos salaires dans la fonction publique ont été réduits de 30% à 40%, les pratiques mafieuses se multiplient... aussi sous prétexte de crise. On m’a rapporté qu’un tel, vétérinaire d’État, ne délivre pas de certificat de conformité aux éleveurs, faisant logiquement suite à l’abatage de leurs bêtes sans... percevoir un bakchich, allant parfois de 20€ à 30€ par tête... animale abattue, et pourtant tout se déroule en respectant les normes les plus strictes.” “Je vais mettre la clef sous la porte, je ne peux plus et je ne veux plus payer pour cet État-zombi, celui qui nous suce le sang pour alimenter sa clientèle politique, ses sbires, tous ces bons à rien. Je laisse plus de 75% de mon chiffre d’affaires en impôts, taxes et cotisations. Je travaillerai en informel désormais, que tout s’effondre... qu’ils crèvent”. Lámbros, petit imprimeur d’Athènes et ses états d’âme en ce mois d’août.

(...)

“Les confrères, aussi fonctionnaires en sont décidément outrés, seulement, l’intéressé appartient à un large réseau politique local... réellement très existant, l’amoralisme et le cynisme en plus. Ceci explique aussi cela, et les honnêtes gens alors se tairont encore et toujours. Je fais mon travail comme je peux, je ferme les yeux ou plutôt je fais semblant, je ne me mêle pas aux ‘affaires’ et encore moins aux magouilles. Enfin, nous sommes pour l’instant normalement et régulièrement rémunérés, contrairement à ceux du secteur privé. C’est déjà une sécurité. Et c’est aussi la vie, sans espoir, sans renouveau, sans goût ! Le pays ne s’en sortira plus.”

(...)

Société du spectacle, plus certaines vérités évidentes. Pendant qu’à Athènes les commerçants se montrent sceptiques, chez ceux rencontrés dans les montages du Pinde, la colère qui en ressort est plus claire et plus limpide que jamais: “Les politiciens ont tous trahi, le pays est vendu, les jeunes sont partis, nos villages sont vides et nos écoles se ferment les unes après els autres. La Grèce n’est plus”, voilà pour les témoignages à chaud... sous les platanes.

D’autres montagnards se montrent au contraire plus modérés: “Nous en avons vu bien d'autres, nos parents et nos grands-parents surtout. Alors patience...”. Oui, patience. En Crète, certains agents de l’aéroport d’Héraklion ont récemment perçu une partie de leurs salaires en... bons d’achats, pratique illégale et néanmoins réellement existante (presse grecque du 7 août 2017) . Ainsi... et certes patience

Temps actuel. Les medias évoquent toujours pêle-mêle, la ruée vers les plages, les incendies du moment, ou sinon “l'effondrement” des droits des travailleurs: “Les plus anciens des employés sont actuellement licenciés à la pelle. Chaque employé ainsi renvoyé est remplacé par deux jeunes payés au mieux 350€ par mois chacun, pour un travail à temps plein et sous un contrat dit ‘révocable’. Il arrive parfois que même ces salaires de misère ne soient pas versés normalement.”

“Pourtant, les jeunes employés ne disent souvent rien, ils ne se plaignent pas, ils acceptent leur sort ; ils sont beaucoup plus dociles que les ainés. La Grèce connait déjà ce nouveau régime du Moyen-âge... des travailleurs. Le recul en quelques années (y compris sous SYRIZA) est sans précédent”, représentant de la Confédération Générale des Travailleurs Grecs - GSEE, interviewé en direct (Radio 90.1 FM, le 8 août 2017, zone matinale).

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Lavage complet" sur son blog, Greekcrisis

mardi 1 août 2017

Vérité sur la dette grecque : elle était aussi truquée!

On savait déjà que Goldman Sachs (et donc l'actuel président de la BCE, Mario Draghi qui représentait cette "banque" en Europe) avait facilité l'entrée de la Grèce dans l'euro (permettant au secteur bancaire de se jeter comme la vérole sur le bas Clergé auprès du consommateur grec). On a aujourd'hui la confirmation que la colonisation de la Grèce (et les dizaines de milliers de morts prématurées, et les centaines de milliers de vies perdues à la clé) a été justifiée par une manipulation concertée de la comptabilité grecque. Oh, bien sûr, ce qui devrait être un scandale immense ne fera pas la une des journaux, et ne permettra donc pas d'en finir avec le hold-up des Banksters qui dure depuis 2008 les enhardissant chaque jour, comme désormais en France sous la coupe de leur commis Emmanuel Macron, qui au nom d'une dette largement imaginaire rapportée aux années de PIB sur laquelle elle court, s'apprête à liquider tous nos biens publics et tous les droits sociaux des travailleurs qui "ne sont rien" pour aller les jouer au casino ou les livrer aux piranhas des start-ups...

JUSQU'A QUAND ?

Le Concierge

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Andréas Georgiou, ancien chef de l’office des statistiques grecques, Elstat, au cœur de la saga des faux chiffres du déficit public au début de la crise de la dette, a été condamné, mardi 1er août, à deux ans de prison avec sursis.

M. Georgiou a été condamné par le tribunal correctionnel d’Athènes pour « manquement au devoir », selon une source judiciaire. Cet ancien membre du Fonds monétaire international a été jugé pour s’être entendu avec Eurostat (l’office européen de statistiques, dépendant de la Commission) afin de grossir les chiffres du déficit et de la dette publique grecs pour l’année 2009. Le but supposé : faciliter la mise sous tutelle financière du pays, avec le déclenchement, en 2010, du premier plan d’aide internationale à la Grèce – on en est au troisième, depuis août 2015.

(...)

En 2016, Andréas Georgiou a été publiquement défendu par Marianne Thyssen, commissaire européenne aux affaires sociales, qui a assuré que « les données sur la dette grecque pour la période de 2010 à 2015 ont été fiables et communiquées avec exactitude ». Interviewé par le Financial Times en août 2016, M. Georgiou déplorait : « On marche sur la tête. Ceux qui ont produit des statistiques ayant maintes fois été validées par les instances internationales sont poursuivis, alors qu’on laisse tranquille ceux qui sont responsables des chiffres falsifiés dans le passé. »

En 2009, la révélation par le premier ministre socialiste Georges Papandréou que le déficit public grec était en réalité de 12,7 % du produit intérieur brut (PIB), et pas de 6 %, comme l’affirmait son prédécesseur conservateur, avait précipité le pays dans la tourmente financière.

Le Monde, paru sous le titre "Grèce : la justice condamne l’ancien chef des statistiques"

Lire Fondements juridiques de la suspension et de la répudiation de la dette souveraine grecque

vendredi 28 juillet 2017

Enterrement de la constitution grecque

Et quant aux politiciens, alors disposés car “desposés” (agissant très exactement sous le haut commandement de leurs maîtres), ils poursuivront “dans leur programme”, “révélations” faites ou pas d’ailleurs. La petitesse humaine n’a certainement pas de limites. “De nombreux citoyens ont dit de nous que nous avons été de menteurs, mais pas de voleurs” , déclare alors l’escroc politique Alexis Tsipras (médias grecs du 26 juillet). Été grec.

Son “gouvernement” peut se maintenir au pseudo-pouvoir, préparant, sous les ordres des maîtres illogiques comme allogènes, la dite “reforme de la Constitution” déjà annoncée, car programmée par la Troïka élargie. Cette dernière escroquerie Tsipriote, consistera alors à inscrire les termes des mémoranda (politiques imposées par la Troïka) dans la Constitution (déjà violée par SYRIZA comme par tous les autres partis, acceptant à siéger au pseudo-Parlement).

De la même manière, toute intervention potentielle de la part de la Justice (déjà bien “boiteuse”), face, et surtout contre l’illégalité des politiques de prédation sur les richesses nationales, tout comme sur les droits notamment ceux des travailleurs... deviendra à son tour “illégale” et de toute manière impossible à entreprendre (reportages et analyses, médias grecs du 26/07, par exemple radio 90.1 FM, zone du soir).

Le but de la Troïka, avec toute l’aimable et bien intéressée participation des Tsipras, Mitsotakis et consort, c’est d’en finir franchement avec le cadre constitutionnel hérité de...l’avant-guerre (avant 2010 !). La Constitution, lettre déjà morte, elle sera ainsi enterrée, sous les applaudissements et avec toute l’hilarité nécessaire d’une classe politique de Quisling. Les mensonges de l’été séchés au soleil, peuvent parfois s’avérer bien fondamentaux.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Pélerins des îles" sur son blog Greekcrisis

mercredi 19 juillet 2017

Demandez le programme ! (3)

L’actuel “répétitisme” grec du régime de la Troïka (élargie), a d’abord et d’emblée concerné les rescapés du salariat... devenu quasi-inexistant et cela sous de différents prismes. Ainsi, près d'un million de travailleurs du secteur privé en Grèce, ne perçoivent plus de salaire, ou sinon, ils sont payés de manière partielle et largement intermittente. Car les “retards” pratiqués de manière désormais généralisée par employeurs ne respectant plus les délais relatifs au versement des salaires peuvent être bien longs, allant de trois à dix-huit mois. Les patrons donc en rajoutent, “crise oblige”, et depuis un moment déjà, une certaine “Justice”... les accompagne à sa manière.

Alors que la majorité des travailleurs du pays sont pris en otage, subissant de fait ce régime particulier du non-paiement de leurs salaires par les employeurs, la Cour Suprême à Athènes, par sa décision (677/2017 du 4 juillet 2017) confirme que “le non-paiement des salaires des employés, même prolongé dans le temps, ne suffit pas à lui seul pour établir la notion du changement défavorable dans les termes de leurs contrats pour les employés, dans la mesure où ce non versement des salaires n’est pas liée à l'intention de l'employeur de forcer l'employé à démissionner, évitant donc de lui verser une indemnité de départ”, (presse grecque, juillet 2017).

L’évolution grecque sous le régime d’exception (devenue la nouvelle règle) de la Troïka (comme des patrons du coin) est depuis 2010 fort saisissante. Ce qui semble être encore réglementaire et admissible ailleurs en Europe, par exemple en France, les mesures notamment relatives à la protection du salarié, tout cela appartient déjà aux yeux des Grecs, à une... autre civilisation:

“En effet, le retard dans le paiement du salaire est considéré comme une faute grave de l’employeur et ce, ‘peu important que ce manquement soit justifié ou non par des raisons légitimes’ (Cour de cassation, chambre sociale, 27 mars 2008). Si le retard dans le paiement est trop important, le salarié pourra obtenir la rupture de son contrat de travail. Cette rupture sera alors qualifiée de licenciement sans cause réelle et sérieuse, donnant ainsi droit au versement d’indemnités. Enfin, le non-paiement des salaires constitue une infraction pénale, passible de l’amende prévue pour les contraventions de la troisième classe. (Article R. 3246-1 du Code du travail)”, Presse électronique spécialisée en France (“Saisir les Prud'hommes”).

Cela dit, comme par exemple à cette distillerie de la région de Trikala (Thessalie), nous pouvons encore rencontrer des employés... régulièrement payés et à l’heure, heureux moments historiques ! Ailleurs, ce n’est pourtant pas le cas et cela jusqu’au paroxysme.

Paroxysme donc, car Athéna âgée de 42 ans, employée aux enseignes Karipidis à Giannitsa (agglomération du nord de la Grèce), vient de se suicider (11 juillet 2017, et la presse grecque a pour une fois très largement évoqué son suicide) . Athéna a même laissé un ultime message, rédigé à l’attention de son frère, avant de s’ouvrir les veines, enfermée dans la salle de bain du domicile familial. Leur père, petit fabriquant, équipementier en métallurgie, s’était suicidé au début de la crise par pendaison, dans les locaux de son entreprise en faillite.

Athéna, ne supportait plus d’être prise en otage (ni payée, ni licenciée). Elle n’était pas rémunérée pour son travail depuis quinze mois. Plus de 170 plaintes ont été déposées par les salariés de l’enseigne, plaintes motivées par le non-paiement des salaires, sans résultat. Cadre... naturel de la dite “crise grecque”. Regard finalement dégagé... mais autrement.

Le cas d’Athéna, devenue définitivement et... pour tout dire (employée) pleinement invisible, demeurera manifestement ignoré des visiteurs du pays. Leur instantané vécu sur place est suffisamment divergent. Ainsi, les terrasses des cafés si fréquentées à Trikala comme ailleurs, feront même parfois douter de l’état létal d’une bonne part de l’économie comme de la société du si beau pays visité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Cadre naturel" sur son blog Greek Crisis

Lire aussi : « La Grèce doit devenir le miroir de l’Europe en matière de législation du travail »

jeudi 6 juillet 2017

Des nouvelles de la radio télévision grecque et des trahisons de Tsipras

Il y a quatre ans, nous écrivions : "Le 11 juin 2013, le valet de l’impérialisme troïkien et néanmoins Premier ministre grec annonçait la fermeture autoritaire de la radio-télévision publique. Quelques heures plus tard, l’antenne était coupée au niveau des émetteurs par la garde noire du régime, aussi appelée Police nationale. Quelques heures plus tard, l’un des seuls correspondant de la presse française en poste à Bruxelles, Jean Quatremer, titrait à bout portant sur le cadavre encore chaud du service public : « Grèce : l’ERT était « l’organisme le plus corrompu et le plus dysfonctionnel de la Grèce »". S'en était suivie une "Conversation avec Jean Quatremer", au-cous de laquelle nous affirmions : "sous la pression populaire et des travailleurs cela peut tout aussi bien changer. La preuve ? Les personnels se sont immédiatement saisis de leur outil de travail pour en faire une télé clandestine qui, si la décision de justice ordonnant la réouverture était appliquée, ce qui n’est évidemment pas le cas, se re-métamorphoserait en véritable radio-télé publique, donc anti-troïkienne, de grande qualité, pas de doute là-dessus !". C'est effectivement ce que firent les personnels, sur Internet. L'arrivée de Syriza au pouvoir était l'espoir que cette télévision née de la lutte, soit institutionnalisée au service des luttes. Panagiotis Grigoriou nous dit aujourd'hui ce qu'il en fut. Les faits rapportés marquent les trahisons de Tsipras dans des domaines où il aurait pu résister, au lieu d'utiliser son élection comme un pied de biche pour se glisser dans le cercle oligarchique qui refusait mordicus de partager le gâteau... politicien sur le dos de la population.. Honte à jamais à ceux, dont le très moustachu Benoît Hamon, qui se sont réunis avec lui à Bruxelles "en quête du «scénario manquant» pour l’Europe" ...

Le Concierge

TsiprasHamon.PNG Rassemlblement moustachu (coll. du Musée de l'Europe)

Sans contenu également et c’est bien dommage, ce monument récemment érigé à la mémoire des employés de la radiotélévision publique ERT, décédés durant les 18 mois de sa fermeture complète, infligée par le funeste gouvernement d’Antonis Samaras, monument érigé devant le bâtiment central de l’ERT dans le quartier athénien d’Agía Paraskeví.

Les trépassés de l’ERT entreront certes de plein droit dans la mémoire des disparus de la dite “crise grecque”, sauf qu’ils ne sont pas les seuls, et que tous les autres, demeurent à l’heure actuelle volontairement oubliés par le funeste gouvernement d’Alexis Tsipras. Pis encore, contrairement aux aspirations (réelles ou pas) du temps de la lutte pour la réouverture de l’ERT, la radiotélévision publique rétablie à la SYRIZA, elle est hélas redevenue ce qu’elle a toujours été. Un lieu d’abord hyper népotiste, servant en exclusivité les intérêts essentiellement privés, du, ou des partis au pouvoir comme de leurs castes. Ensuite, ERT poursuit dans une manière d’aborder les sujets d’actualité sous le seul prisme de la propagande gouvernementale, de surcroît européiste donc pas de changement démocratique non plus. Maigre, très maigre consolation, son Troisième Programme radiophonique, culturel et musical, notre ultime caverne pour certains d’entre nous il faut dire.

C’est ainsi que les autres médias comme tous ceux... qui sont punis et qui ne sont pas de l’ERT, ont forcement ironisé à propos de l’événement. Il a été rappelé à juste titre qu’il y a tant d’autres morts (suicides, maladies, manque de soins, surmortalité liée au stress générée par les dérèglements austéritaires, en réalité dérèglements sociaux, économiques et symboliques imposés), morts ainsi volontairement oubliés par les Syrizistes, car morts gênants, n’appartenant visiblement pas à sa clientèle politique.

Quand le moment du réveil arrivera pour nous, rien ne sera laissé en place. C’est déjà bien naturel car le lien social en Grèce est suffisamment disloqué. Pour la très petite histoire, j’ai été contacté en 2014 par une commission scientifique naissante, syrizocompatible et bénévole ; dont le but aurait été d’étudier le phénomène des suicides en Grèce “sous la crise”, et plus amplement la mortalité qui lui serait liée.

Cette commission, devait entre autres fournir des analyses et des éléments annexes mais fort essentiels, à la Commission pour la vérité sur la dette publique grecque, dont les travaux avaient été coordonnés comme on sait à l’époque (2015) par Éric Toussaint. L’idée, était aussi que les conclusions des deux Commissions, puissent être conjointement défendables devant l’Assemblée des nations, au sein de l’ONU par exemple, pour ainsi prouver et faire condamner la forme et la pratique criminelles des dites “institutions” (Troïka), finance comprise, cette force du mal a l'apparence d'une bête mécanique parfaite, tout à fait irresponsable.

Il a été aussi question d’ériger un monument bien sobre et digne, devant l’arbre où le retraité pharmacien Dimítris Christoúlas s’est suicidé le 4 avril 2012, acte à caractère ouvertement politique revendiqué de manière bien évidente à travers son ultime lettre:

“Le gouvernement d’occupation de Tsolákoglou a littéralement anéanti tous mes moyens de subsistance, qui consistaient en une retraite digne, pour laquelle j’ai cotisé pendant 35 ans, (sans aucune contribution de l’État). Mon âge, ne me permet plus d’entreprendre une action individuelle plus radicale (même si je n’exclus pas que si un grec prenait une kalachnikov je n’aurais pas été le deuxième à suivre), je ne trouve plus d’autre solution qu’une mort digne, ou sinon, faire les poubelles pour me nourrir. Je crois qu’un jour les jeunes sans avenir, prendront les armes et iront pendre les traîtres du peuple, sur la place Sýntagma, comme l’ont fait en 1945 les Italiens pour Mussolini, sur la Piazzale Loreto, à Milan”. Le général Geórgios Tsolákoglou, signataire de l’armistice avec les forces allemandes, fut le premier chef de gouvernement grec sous l’Occupation, nommé par les occupants d’alors (30/04/1941-02/12/1942). Son nom en Grèce est synonyme de “collaborateur”.

La suite est presque connue. La Région d’Attique (administrée par la Syriziste Rena Doúrou depuis 2014), et ensuite le “gouvernement” SYRIZA/ANEL, ont tout fait, d’abord pour saboter et saborder l’affaire du monument sous l’arbre de Dimitri (témoignage direct entre autres de Katerina Thanopoúlou, Vice-présidente à la Région Attique entre 2014 et 2016, et démissionnaire de SYRIZA depuis l’été 2015).

La commission pour la vérité sur la dette publique grecque a été dissoute sous l’ordre de la Troïka, et notamment de Bruxelles comme de Berlin, suite à la trahison Tsipras (référendum et victoire du ‘NON’ du 5 juillet 2015), tandis que la commission suicide, n’a en réalité jamais vu le jour officiellement ni d’ailleurs très concrètement.

Aux yeux des Grecs, depuis 2015, Tsipras c’est aussi un Tsolákoglou, aussi peut-être parce nous vivons à une époque de somnambulisme généralisé. Sous cet angle, on comprend mieux ce rejet alors très inaccoutumé de la part des Grecs, sur cette affaire du monument dédié à la mémoire des pauvre morts de l’ERT, sauf que ceux de l’ERT... éternelle et toujours actuelle, feront encore semblant de ne rien comprendre.

Extrait de l'article de Panagiotis Griogoriou paru sous le titre "Des épaves brisées de voyages inachevés" sur son blog GreekCrisis

Les "gens qui ne sont rien" dans le Laboratoire grec : "Cette force du mal détient l'apparence d'une bête mécanique parfaite"

Étranges temps humains, âpres, en même temps étirables à souhait. Yórgos Seféris écrivait il y a déjà un moment dans son journal, que “même les cris des animaux ressemblent à des créatures sorties tout droit du grand silence. Les îles grecques sont comme des idées agréables qui se succèdent” (15 novembre 1939). Sauf que ce silence fondamental nous manque alors cruellement et que les îles grecques, ne sont plus que des idées agréables qui se succèdent.

Petits faits classés divers sous la domination des grands faits pervers, et de nouveau, notre petit monde des temporels s’enfonce dans la tourmente. L’histoire ne se répète pas, la sottise si.

“Moments tragiques. Depuis un an, les moments tragiques se succèdent et se répètent à un point tel, qu'il ne vaut plus la peine de les mentionner. C’est comme perdre son temps avec les choses inutiles. Cette guerre (guerre initiée sous couvert d’une situation de soi-disant temps de paix), est alors caractérisée par ceci: Une force du mal a trouvé moyen d’humilier, de broyer, et d'annihiler, tout un monde. Elle ainsi fait remonter à la surface toute cette piètre matière, intérieure chez les hommes, à savoir, l'égoïsme, la lâcheté, la bassesse, la malveillance, pour nous faire croire qu’il s’agit là... des aptitudes fondamentales des gens qui gouvernent ce monde.”

“Cette force du mal détient l'apparence d'une bête mécanique parfaite, tout à fait irresponsable, parce que l'homme et l'humanité n'interviennent pas dans son système.”

“Et c'est alors la punition. Ceux qui sont punis: une tourbe de faiblesses. Embourbés là-dedans sans même une ramure pour s’y tenir. Bourreaux et punis méritant ainsi leur sort. Ne parlons pas d'eux. Celui qui s’enfonce est alors la victime d'un accident, ou d’une maladie, d'une tuile qui lui tombe sur la tête, ne parlons pas de lui. Et celui qui veut demeurer digne, il se doit... si possible mourir, à la seule manière digne qui restera pour un homme juste. Rien d'autre. ‘The wrong man’. L'homme s’est trouvé par hasard dans un naufrage tragique. Cependant, l'horreur c’est de ne pas pouvoir mourir en compagnie d’un ami. Un malheur de plus. Voilà tout. (...)”

“Nous vivons à une époque de somnambulisme généralisé. La vie, c’est un rêve, disait jadis le doux-rêveur, celui qui se voulait en dehors au monde. La même chose peut se dire aujourd'hui de la part de tous ceux qu’y vivent très concrètement. La vie se compose de personnes qui rêvent. Et les coups acquiescés sont des coups survenus de la substance des rêves inconsistants. Gagnants comme perdants, ils ont de ces gestes stéréotypés, on dirait sans contenu.”

“Quand le moment du réveil arrivera pour nous, rien ne sera laissé en place. C’est si naturel. Sauf que le seul espoir c’est de voir venir ce moment. L'humanité trace de grands cercles composés de toutes les générations passées. Notre destin bien à nous a voulu que nous soyons très précisément sur cet arc, à travers sa trajectoire, en ce moment immergée dans les profondeurs de la nuit.” (Journal de Yórgos Seféris, 10 avril 1939)

Extrait de l'article de Panagiotis Griogoriou paru sous le titre "Des épaves brisées de voyages inachevés" sur son blog GreekCrisis

Gênes 2001 : La Cour européenne des Droits de l'Homme condamne l'Italie pour "torture"

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Seize ans après les faits un arrêt rendu le 22 juin 2017, la Cour européenne des Droits de l'Homme a condamné l'Italie à verser des dommages et intérêts aux victimes des écoles Diaz et Pascoli pour violation de l'article 3 de la Convention européenne des Droits de l'Homme, c'est à dire "torture", lors des opérations punitives menées à l'issue des mobilisations contre le G8 à Gênes en 2001. Le code civil italien ne disposant en effet pas d'implication pénale pour le crime de "torture", les faits avaient été largement déclarés prescrits.

L'arrêt revient largement sur le contexte et les faits.

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Lire l'arrêt (également en pièce jointe)

C'est à l'issue de Gênes, où il fut écrasé, que le mouvement anti-globalisation est devenu altermondialiste, "self-policed" et finalement faux-nez de la mondialisation, coquille vide tendant aujourd'hui à être investi par l'openSociety depuis que la jonction entre les militants professionnels et Occupy Wall Street! s'est opérée.

Pourtant, l'incapacité des "internationalistes" à suivre les procès de Gênes et à manifester la moindre solidarité avec les victimes italiennes expiatoires de Gênes, purgeant de lourdes peines de prison, de même que leur incapacité à soutenir le peuple grec autrement qu'en invoquant "une autre Europe" (dont Varoufakis est désormais le nouveau porte-drapeau) prouvent que l'abandon du cadre national des luttes fait le jeu de ce qu'on prétend (de moins en moins) combattre.

Le constater suffit de nos jours à se faire traiter de "rouge-brun" par la petite-bourgeoisie avide d'accumuler du capital international afin de s'insérer dans la division du travail (parfois au nom du climat) de production de l'idéologie de la globalisation.

Le Concierge

Lire : Il ne s'est (presque) rien passé à Gênes en 2001

mardi 4 juillet 2017

Interdiction d'embauche à des postes normaux

Mauvaise surprise pour les touristes qui se promènent en ce moment à Athènes ou sur les îles grecques  : les poubelles s’entassent, résultat d’une grève des travailleurs dans les mairies...

En effet, plus de 10 000 travailleurs, pour la moitié dans le nettoyage, ont soudainement appris, par décision du tribunal, que leur contrat précaire de huit mois, renouvelé fin 2016 exceptionnellement pour un an, n’est pas conforme à la législation instaurée par la troïka en 2011, et que, par conséquent, non seulement ils vont se retrouver automatiquement au chômage mais aussi qu’ils vont être obligés de rembourser les salaires perçus  !

La réponse des travailleurs a été immédiate  : la lutte commence, mais elle est minée notamment par le cadre européen imposé, qui interdit les embauches à des postes de travail normaux et qui prévoit la privatisation de toute la chaîne, hautement lucrative, de la gestion des déchets. En interdisant aux mairies – formellement responsables – de payer ces salaires, on pousse celles-ci en urgence à conclure des contrats avec des sociétés privées. Le gouvernement tente de stopper le mouvement en appelant les salariés à travailler gratuitement, avec des promesses de ne pas réclamer les salaires payés, inventant aussi des contrats renouvelables de deux mois dans une perspective d’embauche très incertaine pour un quart d’entre eux l’année prochaine…

Privatiser, la troïka sait très bien faire  : la dernière réunion de l’Eurogroupe a failli éclater, car la justice grecque s’est mise à examiner le scandaleux bradage de 28 immeubles publics par la troïka en 2011-2013. Ainsi, on a appelé pour examen les «  experts  » de l’époque (les cadres nommés par la troïka pour le bradage avaient, eux, été par précaution «  immunisés  » de toute responsabilité  !). Mais comme ces dits «  experts  » n’étaient pas tous grecs, des ministres, notamment l’espagnol Luis de Guindos, ont menacé de mettre leur veto si leurs compatriotes n’étaient pas exemptés de tout examen judiciaire...

Du coup, la décision de l’Eurogroupe tombe bien  : débloquer les 8,5 milliards d’euros qui arrivent à échéance ce mois-ci, et «  en échange  », obtenir de la part des Grecs la promesse de 113 nouvelles mesures (libéralisation plus poussée des licenciements, ventes aux enchères des appartements de gens pauvres endettés, nouvelles coupes des retraites, limitations du droit de grève, baisse des allocations sociales, etc.), ainsi qu’un projet de contrôle du budget très contraignant... jusqu’à 2060 (projet que même le FMI juge «  irréaliste  » et ridicule).

Quant aux promesses de restructuration de la dette ou d’extension en Grèce du programme «  quantitative easing  » de la Banque centrale européenne – les deux batailles symboliques du marchandage de Syriza – elles ont été superbement ignorées par l’élite européenne. La contribution spécifique de Macron aura été une «  clause de croissance  » pour s’assurer qu’un surplus éventuel additionnel irait bien aux créditeurs, et non à la populace…

(...)

Source : L’Hebdo Anticapitaliste (NPA), via CADTM, paru sous le titre " Grèce : Seule la lutte peut stopper cette descente aux enfers"

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur”

Yanis Varoufakis raconte que Schaüble (ministre des Finances allemand) lui aurait dit : “le véritable objectif c’est Paris, la Troïka veut imposer ses politqiues en France”. Si on accepte cette idée, c’est qu’effectivement l’étape suivante de l’Union Européenne consiste à se porter vers le lien où on trouve la pointe la plus avancée de l’Etat social sur le continent, c’est-à-dire vers nous.

Imposer à la cinquième puissance du monde une mise sous tutelle comme la Grèce, c’est irrecevable. La Grèce est la première colonie de la dette ; la société a été brutalisée comme jamais depuis la fin de la guerre civile en Grèce. En France, je pense que cette thérapie de choc peut être apportée non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur. Comme le disait Galbraith, Macron représente en France la “Troïka de l’intérieur”. On se retrouverait avec une troika de l’intérieur : c’est Macron et son gouvernement technique. On ne peut pas apporter en France, comme en Grèce, des experts du FMI en cravate dans les hôtels parisiens pour importer leur politique. En revanche, on peut l’imposer de l’intérieur.

Je relisais le contenu du mémorandum de 2010 sur les modification du droit grec du travail ; ce qui est souhaitable dans ce mémorandum, c’est que les accords d’entreprise priment sur les accords de branche, que les procédures de licenciement soient allégées; on retrouve les mêmes attendus dans le programme de Macron.

Macron, c’est la “Troïka de l’intérieur” ; son but est de réduire l’Etat social, c’est de mettre en place ce que Noëlle Burgi nomme “l’Etat social minimal”, avec la transition de notre régime social de l’assurentiel vers l’existentiel. Cette purge-là, c’est le gouvernement technique de M. Macron qui va essayer de la mettre en oeuvre, par des mesures dures à l’égard de la population, du droit du travail, par de l’austérité. Il va le faire prudemment, car il est conscient du rapport de force. Mais la volonté de M. Macron d’obtenir l’assentiment de l’Allemagne peut nous amener, non pas à une “stratégie du choc” à la grecque, mais à un remaniement profond de la protection sociale et du droit du travail; à moins qu’entre-temps n’arrive l’inattendu, une secousse qui emporterait la zone euro et qui viendrait d’Italie.

Extrait d'Interview de Frédéric Farah parue dans Le vent se lève

Lire aussi : Ce qui arrive dans des endroits comme la Grèce n'a rien à voir avec la Grèce , qui constitue la dernière intervention progressiste de Varoufakis avant sa conversion publique à "l'autre Europe" (qu'il avait mise en pratique en refusant toute sortie de l'euro et par son hostilité à l'audit de la dette grecque)

vendredi 30 juin 2017

La colonie se porte bien

Tout ne passe pourtant pas inaperçu, en dépit de la lassitude des âmes grecques. Ces derniers jours, une partie de la presse s’est tout de même sentie obligée de réagir face à l’annonce du montant du salaire annuel (270.000€) dont bénéfice Ourania Aikateriniari, PDG de la “Treuhand-II” “à la grecque”. Agence comme on sait fiduciaire ayant comme mission de brader les biens publics du pays, au profit des néo-colonisateurs appelés parfois “créanciers” (ou assimilés) dans la novlangue dominante (hebdomadaire “To Pontíki” du 29 juin) .

Pour la petite histoire, la PDG... exécutante, a déjà besogné (et certainement appris) auprès de la BNP Paribas, de l’Eurobank, de Deutsche Bank, de DEI (vice-PDG Régie d’Électricité en Grèce, entre 2010 et 2015, qu’elle privatisera d’ailleurs, d’après les prérogatives liées à son nouveau poste), elle a enfin aussi œuvré chez Ernst & Young

(...)

La colonie se porte alors si bien, la dite “Haute Cour de Justice”, dans sa délibération du 29 juin, elle vient d’annuler la procédure pénale visant neuf membres du TAIPED (“Treuhand” - I, structure imposée par les colonisateurs Troïkans en 2011), voilà pour la dernière des nouvelles (quotidien “Kathimeriní” du 30 juin) .

Parmi ces neufs... technocrates, explicitement accusés pour détournements de fonds et pour avoir fait perdre à l’État grec près de 580 millions d’euros suite à la vente de 28 biens immobiliers (publics appartenant à divers ministères), trois, sont les ressortissants des pays de l’Eurocontrol (un Espagnol, un Italien et un Slovène). Ainsi, suite au récent Eurogroupe ; ces pays, dont d’bord l’Espagne, ont menacé de bloquer l’attribution de la tranche (nommée “dose” pour la presse grecque) de près de huit milliards d’euros, destinés à la Grèce... et servant quasi-exclusivement, à réintégrer les caisses des dits créanciers (le remboursement eternel !).

La procédure visant donc ces neuf technocrates à la tête du TAIPED date de juillet 2015, et elle a été initiée et instruite par deux Procureurs luttant contre la corruption, Ioánna Sévi et Angelikí Triantafillou, ayant donné également suite à la plainte déposée par un bon nombre d’avocats inscrits au barreau du Pirée (médias grecs du 20 juillet 2015)

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Grèce... cadre naturel !" sur son blog Greekcrisis

jeudi 29 juin 2017

L'ennemi, ce n'est pas la finance, c'est le code du travail...

Ptus.jpg Illus. Martin Sheen dans la serie US "The West Wing", 1999

Aux dirigeants américains, « je vais leur dire "voilà, la France a changé, elle vous accueille, n’ayez plus d’inquiétudes sur le droit du travail français, n’ayez plus d’inquiétudes sur l’instabilité fiscale française" », annonce Bruno Le Maire, déroulant le programme de son voyage à New York.

Le ministre français de l’Economie, qui a entamé mercredi une visite au cours de laquelle il rencontrera le gotha de Wall Street, a expliqué vouloir « arracher des décisions aux institutions financières américaines et leur dire "vous êtes les bienvenues en France" ». « La finance, c’est près de 800.000 emplois en France et il y a des possibilités de développement qui se chiffrent en milliers d’emplois pour notre pays. Il faut foncer », a justifié Bruno Le Maire.

« L’ennemi, ce n’est pas la finance »

« Je vais leur dire très simplement qu’à nos yeux, l’ennemi ce n’est pas la finance, l’ennemi c’est le chômage, et nous allons tout faire pour faire revenir de la richesse, des investissements, des emplois en France », a ajouté le ministre en marge de l’inauguration d’une nouvelle boutique de la chaîne de boulangeries française Maison Kayser sur la très chic 5e Avenue, à deux rues de l’Empire State Building.

Vont s’enchaîner des entretiens avec les voix parmi les plus influentes des milieux d’affaires américains, notamment dès mercredi soir un entretien avec Larry Fink, le PDG de BlackRock, fonds présent au capital de nombreux grands groupes américains (McDonald’s, Apple…) et étrangers (BNP Paribas…)

Dîner « attractivité de la France »

Le ministre français prendra également part à un dîner organisé sous le thème « attractivité de la France », avec Kenneth Jacobs, le patron de la banque Lazard, et le financier américain John Paulson, dont le fonds éponyme est au capital de différentes entreprises.

John Paulson fait partie d’une catégorie d’investisseurs baptisés « activistes », dont l’émergence et la montée en puissance ces dernières années ont bousculé les traditions dans les conseils d’administration et fait de la rémunération des actionnaires la priorité des entreprises. Dan Loeb, un de ces « activistes », vient d’entrer au capital de Nestlé à qui il a demandé dimanche de céder sa participation dans le géant des cosmétiques français L’Oréal.

Paris veut accueillir les grandes banques qui fuient le Brexit

Jeudi, Bruno Le Maire doit rencontrer tour à tour des dirigeants de trois des six grandes banques américaines (JPMorgan, Morgan Stanley et Citigroup), dont Jamie Dimon. Un rendez-vous est également prévu avec Henry Kravis, le co-patron du puissant fonds d’investissement KKR.

Le Brexit devrait être au centre de ces quatre rendez-vous, car Paris voudrait devenir un grand centre financier en récupérant les activités que les grandes banques doivent déménager de Londres vers le continent dans le cadre du divorce entre l’Union européenne et le Royaume-Uni.

La France espère que l’élection d’Emmanuel Macron, ancien banquier d’affaires ayant promis des réformes structurelles dont celle du travail, est un argument de poids pour l’emporter face à Francfort, Luxembourg et Dublin. Paris accuse du retard, certaines banques ayant déjà opté pour d’autres villes. JPMorgan Chase, qui emploie 16.000 personnes au Royaume-Uni et prévoit d’en transférer 4.000 vers l’UE, a choisi Dublin, Francfort et Luxembourg.

Paru dans 20mn, le 29/06/2017 sous le titre Bruno Le Maire à Wall Street: «N'ayez plus d'inquiétudes sur le droit du travail français»

mercredi 21 juin 2017

"La destruction de l’UE s’impose ainsi comme l’une des tâches les plus urgentes, les plus radicales, mais aussi les plus compliquées du combat pour l’émancipation de notre temps"

Ce que montre le cas de la Grèce, c’est que le régime d’exception mis en place à l’occasion de la crise de surendettement a instauré une nouvelle ligne de fracture, à l’intérieur même de cette aire qui, juste avant la crise, faisait partie de l’ensemble relativement homogène des pays de l’Europe de l’ouest. La violence avec laquelle cette frontière interne, latente lors de la phase intérieure, pendant laquelle la croissance économique a servi à masquer les disparités croissantes, surgit lors de la crise renvoie toutefois à un phénomène qui excède la simple dimension économique.

Frontière interne et frontière externe ont de fait convergé dans un régime néocolonial chargé de gérer aussi bien la thérapie néolibérale de choc infligée à un pays à la dérive qu’un flux de population migrante mettant à l’épreuve le régime de frontière de la « forteresse Europe ». Le « point de vue de la Grèce » permet ainsi de capter dans toute son acuité la vérité de l’« Etat sécuritaire » qui émerge de l’intérieur de l’UE en tant que celle-ci réalise la constitutionnalisation des politiques néolibérales à travers un dispositif soustrait à toute forme de contrôle démocratique. La prolifération à tous les niveaux d’instances échappant aux règles des institutions représentatives, auxquelles sont confiées un nombre grandissant de fonctions étatiques, l’interpénétration de plus en plus étroite entre les sommets bureaucratiques des Etats nationaux, mais, davantage encore, ceux de l’UE et les intérêts des grands groupes capitalistes et financiers[, ainsi que le recours croissant à des méthodes répressives constituent deux aspects majeurs de cette forme politique, version radicalisée de l’« étatisme autoritaire » dont Nicos Poulantzas avait diagnostiqué la montée dès la fin des années 1970.

Les méridionaux de la périphérie interne, européens de seconde zone et Blancs déjà imprégnés d’Orient, sont ainsi appelés non seulement à consentir de vivre sous un régime de dépossession indéfinie de leur souveraineté politique et économique mais, de surcroît, de bien vouloir continuer à jouer les garde-chiourmes de la forteresse pour épargner aux pays du centre le désagréable spectacle de hordes de nécessiteux et de persécutés venant s’échouer sur des rivages de Lampedusa ou de Lesbos.

Si l’on resserre la focale au cas de la Grèce, le constat de son succès s’impose, même si, à moyen terme, son maintien est loin d’être assuré. Ce régime a néanmoins réussi à s’institutionnaliser et à se stabiliser, donc à engendrer une forme de « normalité », ce qui est un succès d’autant plus remarquable que la faillite des politiques économiques mises en œuvre est patente. La clé de ce succès réside dans la capacité dont il a su faire preuve à passer le test de l’arrivée au pouvoir d’une force politique qui se présentait à l’origine comme un adversaire, et qui, par un processus alliant coercition (économique) et persuasion en est devenue un serviteur efficace. Cette expérience, unique dans sa radicalité, de transformisme politique exerce un effet dévastateur et durable sur les capacités de résistance des classes subalternes et obère, pour une période au moins, la possibilité de formation d’une contre-hégémonie des subalternes.

Le deuxième succès de ce régime réside dans le fait qu’il a pu faire remplir son rôle de laboratoire des politiques néolibérales radicalisées dont l’aire d’application, sous des formes certes différenciées, n’est nullement restreinte à la Grèce ou même aux pays de la périphérie de l’UE. En ce sens, il est clair que, pour prendre cet exemple, la politique de « réformes structurelles » exigées par les instances bruxelloises à la France, au premier rang desquelles figure la liquidation du code du travail, est dans le droit fil de ce que les mémorandums ont mis en place dans le sud Européen. A entendre le programme du candidat Fillon par exemple, dont Macron a présenté une version édulcorée en matière économique et sociale, une oreille grecque distingue sans peine la familière musique des Mémorandums, et même une bonne partie des paroles. A une différence près toutefois, qui est de taille : il manque la Troïka au sens strict. Bien sûr, les pactes européens, celui dit « de stabilité et de gouvernance », celui pour l’euro (dit « Euro plus »), ainsi qu’un ensemble de règlementations (Six Pack et Two Pack) ont resserré davantage encore le corset néolibéral et ce pour l’ensemble des pays. Les marges de manœuvre ne sont toutefois, à l’évidence, pas du même ordre selon qu’on se trouve à Athènes, à Paris ou à Amsterdam.

Pour le dire autrement, le régime néocolonial ne peut se généraliser, ni, a fortiori, être transposé en tant que tel dans un pays du « centre » européen. Il reste le signe distinctif du statut de « périphérie interne », dont le « centre » a toutefois besoin s’il veut maintenir ce qui reste de crédibilité à un projet d’« intégration européenne » déjà considérablement malmené par le rejet venant d’en bas, dont le Brexit est l’un des symptômes les plus éloquents. Par ailleurs, ce régime remplit une fonction idéologique de disciplinarisation fort utile pour les classes dominantes. La façon dont la Grèce turbulente a été matée, et dont ses dirigeants supposés rebelles sont devenus de dociles – bien que très peu fiables – serviteurs de l’ordre néocolonial en fait un cas d’école. Si l’on ne veut pas connaître les déboires des Grecs, mieux vaut se tenir à carreau et obéir aux injonctions bruxelloises, qui finiront de toute façon par s’imposer comme l’illustre de façon éclatante la gloire fanée d’Alexis Tsipras.

Là réside sans doute le cœur de la question. Car c’est bien entendu par ce qu’elle a révélé de l’impuissance et des illusions de la gauche dite « radicale » que l’expérience grecque nous intéresse au premier chef. C’est par son incapacité à comprendre les mécanismes extrêmement puissants qui ont façonné ce nouvel espace hiérarchisé, polarisé, radicalement soustrait à toute possibilité de contrôle populaire, que les forces de la gauche qui ont essayé d’impulser des ruptures, même partielles, avec ce régime ont lamentablement échoué. Cette absence de compréhension ne relève toutefois pas d’une simple bévue intellectuelle. Son fondement est politique, il renvoie au refus d’un véritable affrontement avec les forces dominantes, lui-même dérivé de l’intériorisation par la gauche de sa défaite historique. L’aveuglement européiste a joué à cet égard un rôle capital : le ralliement au discours dominant, qui présente l’adhésion au projet de l’UE comme preuve d’« internationalisme » et de défense de « valeurs d’ouverture », a interdit de penser la nécessité de ce que l’on appelle un « plan B », qui comportait la sortie de la zone euro, comme outil indispensable pour résister au chantage de la Troïka.

Telle est donc la leçon amère de la Grèce pour les forces de la transformation sociale et de la lutte anticapitaliste. Si l’on n’est pas disposé à aller jusqu’au bout dans une logique de confrontation et de rupture avec la cage de fer qui s’appelle Union Européenne, on est fatalement conduit vers la capitulation. La vaine recherche d’une troisième possibilité n’a fait que préparer la voie à cette débâcle aux conséquences écrasantes, pour le peuple grec bien sûr mais aussi pour les peuples européens. Aucune réflexion stratégique ne peut sérieusement débuter si d’emblée n’est pas posée la nécessité d’une confrontation avec la structure institutionnelle de l’UE, expression concentrée de la violence des politiques néolibérales et impériales qui condamnent à une vie précaire déshumanisée, quand ce n’est pas à la mort pure et simple, des populations entières.

La destruction de l’UE s’impose ainsi comme l’une des tâches les plus urgentes, les plus radicales, mais aussi les plus compliquées du combat pour l’émancipation de notre temps.

Lire l'article de Stathis Kouvélakis paru sous le titre "La Grèce, la frontière, l’Europe" dans Contre-Temps

dimanche 11 juin 2017

Réforme fiscale : Autorité Administrative Indépendante sans forme juridique !

En ce vendredi 9 juin, la “majorité” Tsipras, a même introduit certains amendements et modifications grammaticales aux lois... adoptées pourtant il y a à peine dix jours. Modifications bien entendu qui ont été imposées par la Troïka élargie. Il faut surtout y faire croire.

À travers les ondes des radios on évoque donc avec amertume cette ultime (?) ridiculisation du régime parlementaire (90,1 FM zone matinale du 9 juin): “Lorsque la moindre virgule ou tournure de phrase doit désormais être directement dictée par les émissaires de la Troïka, le gouvernement grec atteint désormais les sommets de la bouffonnerie. Et cette ridiculisation, elle tient aussi au fait que les textes ainsi modifiés (autant dictés par la Troïka) avaient été votés seulement dix jours auparavant.”

Alexis Tsipras et les siens, (tout comme les Mitsotakis ou les funestes Pasokiens), incarnent alors jusqu’à la moelle ces petites élites locales fort conciliantes, fabriquées et/ou recrutées pour seconder à l’asservissement de “leur” pays, participant de leur manière à la dernière en date... technologie disciplinaire, imposée notamment par le financierisme globalisant.

(...)

La dite “crise” c’est un changement de régime alors durable. Pratiquement toutes les administrations de l’État grec sont tutélisées par les contrôleurs troïkans, et d’ailleurs, les contribuables grecs remplissent et déposent déjà très officiellement leurs déclarations de revenus auprès cette Autorité (dite) Indépendante des Recettes Publiques (conçue directement et contrôlée par la Troïka et par Bruxelles), et non pas, auprès de l’administration fiscale de leur pays dont le caractère régalien et (supposons démocratiquement contrôlée) vient d’être tout simplement supprimé (loi 4389 - 94/Α/27-5-2016 “gouvernement” SYRIZA).

D’après cette loi, (...) “est instituée l’Autorité Administrative Indépendante sans forme juridique sous le nom l’Autorité Administrative Indépendante (A.A.D.E.) dont la mission consiste à l'évaluation et à la perception des impôts, des douanes et autres organismes publics, des recettes relatives à la portée de ses prérogatives. L'Autorité jouit de son entière indépendance opérationnelle, de son autonomie administrative et financière et elle n’est pas soumise au contrôle, ni à la surveillance des organismes gouvernementaux, des agents ministériels ou d'autres autorités administratives.”

“L'Autorité est soumise à un contrôle parlementaire, tel que défini par les Règles de la Chambre et l'article 4 de la présente loi. (...) Par cette institution de l'Autorité, le Secrétariat Général du ministère des Finances (imposition des revenus, taxes est supprimé” (loi 4389 - 94/Α/27-5-2016) . Notons ici que le prétendu contrôle parlementaire de l’Autorité n’est que fumisterie. D’après l’article 4 de cette même loi, “les membres et le président de l'Autorité peuvent être amenés à s'exprimer devant l'Assemblée pour des éclaircissements, voire de collaborer le cas échéant”. Syntaxe suffisamment vague, tout simplement, pour (presque) dire que l’Autorité n’est pas soumise au contrôle du “Parlement”.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Mémoires du large" sur son blog GreekCrisis

samedi 10 juin 2017

La mort du salaire brut

Macron prépare la plus terrible attaque contre nos salaires de toute l’histoire de notre pays. Du jamais vu.

Il va supprimer le salaire brut.

Les grands médias des 9 milliardaires font mine de nier ou déforment la réalité : comme si seul comptait le salaire net en bas de la feuille de paie.

Mais non, c’est le salaire brut qui compte !

Réexpliquons le à nos concitoyens car le pouvoir cherche à supprimer les feuilles de paie papier et à les « simplifier » pour pas qu’on voit la manœuvre.

Le salaire net c’est pour payer la force de travail.

Le salaire brut c’est pour payer la reproduction de la force de travail.

Le salaire net on vit avec au mois le mois

Le salaire brut on vit avec tout au long de la vie.

Le salaire net vous permet de consommer et de vivre quotidiennement.

Le salaire brut vous permet de faire face à tous les aléas de la vie, quand vous avez besoin de logement, quand vous êtes en charge de famille, quand vous êtes malades, quand vous avez un accident du travail ou une maladie professionnelle, quand vous êtes au chômage, et quand vous êtes en retraite.

Les cotisations ne sont pas des impôts, elles sont obligatoirement pré affectées à ce pourquoi elles sont collectées, elles ne vont pas aux caisses publiques, car les différentes caisses de Sécurité sociale sont de droit privé (et devraient être gérées par les cotisants, les représentants des salariés normalement élus comme cela l’était à l’origine de la « Sécu ». Allez revoir le film « La sociale » de Gilles Perret).

Le salaire brut ce n’est pas une « charge » comme ils le disent, c’est un bonheur.

C’est une partie du salaire mutualisée et redistribuée à chacun selon ses besoins, c’est ce qu’il y a de plus beau dans notre pays.

Le salaire brut vous est redonné en « temps différé » quand vous êtes malades, en « temps indirect » pour le logement, mais aussi en « temps réel » quand vous êtes en retraite (car dans ce cas il va en direct, de ceux qui travaillent à ceux qui sont en retraite, la retraite par répartition n’est pas une épargne !).

C’est le capital, l’actionnaire, l’employeur qui paient votre protection sociale, le salaire brut, chaque mois, en même temps que votre salaire.

Macron a déjà supprimé les cotisations familiales, il a baissé les cotisations parfois jusqu’à 1,6 ou 1,9 fois le smic. Là, il supprime et remplace tout par l’impôt.

C’est nous, par nos impôts, qui paieront dorénavant à la place de notre patron. Un hold up de 470 milliards contre nous ! Un cadeau géant de 470 milliards pour le Medef.

Pour tenter de masquer ça, ils vont augmenter de quelques euros votre salaire net mais baisser de centaines d’euros votre salaire brut.

Ils baissent le haut de la feuille de paie en faisant croire qu’ils augmentent le bas de celle-ci. C’est un coup de bonneteau.

Et c’est pourquoi Macron diffère le prélèvement de l’impôt à la source prévu fin janvier 2018, purement pour manipuler, cacher cette énorme arnaque.

Gérard Filoche

jeudi 8 juin 2017

"Alors voici enfin la pauvre vérité : tout cela est normal"

La dernière fois que je suis revenu d’Athènes, c’était avec une mise en garde. Cette fois, c’est avec une révolte pure, drue, angoissante, dégagée de tout sentimentalisme et de toute illusion sur le cynisme des coupables. S’ils avaient été prêts à reconnaître leur échec, ils auraient déjà d’eux-mêmes abandonné l’exercice du pouvoir. Tout a été dit sur eux, y compris leurs noms. Et voici qu’ils s’apprêtent à se faire remettre toutes les commandes de mon pays, la France, et cela au nom du renouveau — mieux, de la « révolution ».

(...)

La mort des hommes n’a l’air de rien, puisqu’elle fait partie du plan.

Mais ce n’est pas parce qu’ils sont incompétents, corrompus, malveillants ou stupides que nos gouvernants ne nous aident pas à nous sauver de cette chute lente, prudente, dans la bassesse. C’est parce qu’ils ont sincèrement, honnêtement, ignoblement accepté l’idée qu’une grande partie des humains doit par nécessité supporter sans protester les mille morts d’une vie indigne. Les grands riches sont d’ailleurs toujours de profonds pessimistes. Leur cupidité ou leur imbécillité ne sont que des conséquences de ce chagrin philosophique. C’est lui le problème. On consume le monde par préférence, comme de petits bardes regardant brûler Rome en jouant de la lyre.

Les zombies de Grèce ne sont pas des oubliés : ils sont le carburant du monde. Ou plutôt : sa fumée. La terreur de ce destin inimaginable sert de lien social aux Européens modernes. Cette damnation attend chacun de ceux qui ne veulent pas, ou ne savent pas, jouer à la grande belote infantile du salut par l’argent. Hors d’elle, c’est la chute aléatoire dans une trappe, la chasse ouverte, le tir aux pigeons. Qui tombera le premier ? Soi-même ou l’un des fantômes qui peuplent, seuls eux aussi, les coursives de nos immeubles ?

L’idéal des modernes, c’est donc de maintenir l’équilibre entre la misère et son produit, parce que, comprenez-vous, l’homme ne vaut pas mieux et que, voyez-vous ça, leurs adversaires sont tous des irresponsables. Et dire que c’est au nom de ce nihilisme qu’une petite majorité dispersée, divisée et même contradictoire s’occupe de gérer les affaires publiques…

Face à cet univers bien pensé, nul besoin de mise en garde, je m’étais trompé. C’était une diversion et je suis tombé dans le piège. On voulait me faire croire que le projet politique dominant ne militait pas pour cette habitude face à la mort spectaculaire et aléatoire, ou alors si peu. Et je l’ai cru pendant de longues années, au point d’avoir choisi mon métier, mes plaisirs, mes paix intimes en la considérant comme la dernière poche de l’ennemi à réduire. Mais non. Le tri a commencé entre nous.

C’est de refus que je vais faire preuve aujourd’hui, et dorénavant.

Lire Je reviens d’Athènes, par Léonard Vincent.

mardi 6 juin 2017

Mémorandum IV : l'UE assassine

Alors que médias traditionnels et réseaux sociaux se font concurrence pour relayer massivement moult faits divers faisant diversion, commentés, analysés, "détricotés" par de nouveaux intellectuels médiatiques faisant leurs premiers pas dans la société du spectacle, des crimes d'une ampleur inouïe continuent d'être commis en notre nom. La fonction des polémiques sur tout et rien complaisamment relayées par les guignols de l'info, les "historiens" en peau de lapin et autres candidats de "rassemblement autour de bibi" est ainsi établie : couvrir les crimes du présent (parfois même sous les trompettes de la commémoration de ceux du passé.) Le Concierge

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Le Parlement grec a adopté jeudi 18 mai 2017 soir de nouvelles mesures d'austérité, réclamées par les créanciers, UE et FMI. Elles sont censées permettre le versement d'une nouvelle tranche des prêts internationaux au pays, qui espère aussi un allégement de sa dette.

Les principaux articles de la loi comprennent de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts. Ils ont été approuvés par la faible majorité de la coalition gouvernementale, soit 153 députés de la gauche Syriza d'Alexis Tsipras et du petit parti souverainiste Anel, tandis que 128 députés ont voté contre, selon un vice-président du Parlement.

Le gouvernement grec dominé par Syriza espère que l'adoption de ces mesures, quatre jours avant une réunion des ministres des finances de la zone euro à Bruxelles, convaincra les créanciers qu'Athènes peut obtenir une tranche de 7,5 milliards d'euros d'aide et un nouvel allégement de sa dette.

En début de soirée, des milliers de manifestants s'étaient rassemblés aux abords du Parlement avec des banderoles frappées des mots "Non aux plans d'aide! Non à l'austérité!". Selon la police, plus de 10 000 personnes ont manifesté pour protester contre un projet de loi comprenant de nouvelles coupes dans les retraites et des hausses des impôts.

Des échauffourées se sont produites entre les policiers et de petits groupes d'individus cagoulés qui lançaient des cocktails Molotov. La police a tiré des gaz lacrymogènes pour les disperser. ATS

Pas tous égaux devant l'austérité

Tous les Grecs doivent faire des efforts pour réparer les erreurs du passé. L’antienne est connue: elle ne correspond pourtant aucunement à la réalité. Une étude de l’institut Hans Böckler a démontré que les hausses d’impôts subies par les Grecs entre 2008 et 2013 touchaient très diversement les citoyens. Ainsi, les catégories les plus modestes ont vu leurs prélèvements augmenter de 337% tandis que les riches ne paient que 9% de plus qu’auparavant.

Du côté des revenus, le constat est similaire. Selon les chercheurs, les 10% des Grecs les plus pauvres auraient perdu durant ce laps de temps 86% de leur revenu! Les 30% les plus riches, eux, n’auraient subi qu’une chute de 17% à 20% de leurs entrées. Des chiffres que les derniers plans d’austérité n’ont certainement fait qu’aggraver

Lire l'article du Courrier du 18 mai 2017 "A Athènes, mourir dans le dénuement"

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