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Quatrième nuit de Walpurgis

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jeudi 17 octobre 2019

Lettre ouverte de l'ex-présidente du parlement grec au cinéaste Costa-Gavras

«Adults in the Room», le nouveau film de Costa-Gavras inspiré du livre de l’ex-ministre des finances grec Yanis Varoufakis (traduit en français sous le titre "Conversations entre adultes"), sortira en salles le 6 novembre. Voici la lettre ouverte adressée au cinéaste par Zoe Konstantopoulou, ex-présidente du parlement grec, à propos de sa narration des événements qui ont ébranlé l’Europe en 2015.

Le 10 septembre 2019

Lettre ouverte à Costa-Gavras

Cher Monsieur Gavras,

Comme j’ai eu l’occasion de vous le dire de vive voix fin mai 2015 à Paris, j’apprécie et je respecte votre travail et votre contribution. C’est pourquoi, en juin 2015, en tant que Présidente du Parlement grec, je vous avais demandé de soutenir le rapport de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque. À l’époque, vous m’aviez demandé de vous envoyer le rapport et quelques jours plus tard vous aviez été un de ses premiers signataires. C’est-à-dire que vous aviez soutenu le travail scientifique officiel de juristes, économistes et experts de renommée internationale, qui ont travaillé bénévolement pendant des mois et qui ont analysé les raisons pour lesquelles la prétendue dette publique du pays est illégale et ne devrait pas être payée par le peuple grec.

Au travers de cette lettre ouverte, je voudrais que mes doutes soient rendus publics.

Vous avez choisi de réaliser un film en référence à une période extrêmement importante de l’histoire récente de notre peuple et de notre pays. Une période que certains d’entre nous ont vécue depuis nos positions à responsabilité et que tout notre peuple a vécue de la manière la plus intense qu’il soit. Et vous l’avez fait en adoptant intégralement la version et le récit (véritablement le scénario) d’un homme qui a joué un rôle déterminant à cette période. Cet homme qui se comportait au moins de manière irresponsable et inconsciente dans la gestion de la négociation, la traitant comme une affaire personnelle, suivant une stratégie et des tactiques personnelles, négociant sans conseillers juridiques et sapant de sérieuses opportunités pour notre pays (qui existent toujours), en créant des chaînes et en attachant la Grèce au char du Troisième mémorandum, avant même d'avoir finalisé son premier mois au ministère des Finances.

J’ai vécu ces événements critiques et cela m’a conduite à des conclusions qui, du moins selon moi, sont assez claires sur le rôle que chacun des protagonistes de l’histoire a eu. En effet, depuis la place que j’ai occupée, j’ai pu avoir une connaissance directe et sûre de ce qu’il s’est passé. Et sans demander que vous adoptiez ma propre position et lecture des événements, je m’interroge sur le fait que vous n’avez pas tenté de contre-interroger les événements de cette période. Votre film ne porte pas sur un pays fictif, mais sur des événements historiques qui ont marqué la Grèce et les Grecs et sur le rôle joué par ceux qui ont géré le sort de ce pays.

Une lecture de l’histoire montrant ce qui s’est passé en 2015 comme le résultat unique du comportement extrême des créanciers et qui montre que le gouvernement grec était incapable de se défendre et de réclamer ses droits est une fausse lecture. Les créanciers se sont comportés de manière criminelle, impitoyable, qui rappelle un coup d’État. C’est un fait. Malheureusement, le gouvernement grec et ceux qui avaient la responsabilité des négociations (avec les créanciers) leur ont facilité la tâche. Ils ne s’étaient pas préparés, leur travail était brouillon et superficiel. Et si certaines personnes pensent qu’elles ont capitulé parce qu’elles n’étaient pas préparées, ma conviction, basée sur les faits que j’ai vécus, est qu’elles ont choisi de ne pas se préparer car elles avaient accepté de capituler. Cela a été très clairement confirmé quand elles ont choisi de ne pas utiliser le travail qui était fait au Parlement à cette époque et les outils de négociation spécifiques produits par ce travail.

Dans le cadre des négociations de 2015, le gouvernement Tsipras, contrairement à ses engagements, n’a jamais soulevé la question de l’annulation de la dette, n’a pas non plus remis en question son remboursement, mais au contraire l’a accepté avec l’accord du 20 février signé par M. Varoufakis avant que ne commence les travaux du Parlement. Avec ce même accord, le gouvernement grec a cédé 11 milliards d’euros aux créanciers, ce qui était contraire à ses engagements et son programme. En réponse à mes réactions sur cet accord, Tsipras et Varoufakis ont fait semblant de ne pas comprendre. Ils n’ont pas suspendu le remboursement de la dette ni au commencement des travaux de la Commission d’audit du Parlement pour la vérité sur la dette grecque, bien qu’ils s’étaient engagés à le faire. Ils n’ont pas non plus utilisé le rapport de la Commission d’audit, ni au moment le plus crucial des soi-disant négociations au mois de juin.

Lorsque le Parlement a approuvé le référendum, M. Varoufakis a tenté de l’inverser en déclarant que « si la proposition des créanciers change, la question changera et le gouvernement fera campagne pour le Oui », en même temps que M. Dragasakis 1 disait que le referendum pouvait ne pas avoir lieu. J’ai dû faire une déclaration publique depuis le Parlement, selon laquelle le référendum n’était pas annulé et que la question n’était pas modifiée, pour faire cesser ces déclarations.

Il est maintenant clair que Tsipras et Varoufakis pensaient que le peuple grec voterait « Oui » lors du référendum, et envisageaient d’utiliser ce « Oui » comme alibi. C’est pour cette raison que Varoufakis a démissionné le 6 juillet 2015, peu de temps après le Non du référendum, et qu’il a ensuite facilité la trahison du Non : il n’a pas justifié sa démission, il a envoyé une lettre de soutien à son successeur Tsakalotos, et sa procuration pour l’accord à venir du 13 juillet – le 3e mémorandum, il a voté en faveur des conditions préalables à l’application du 3emémorandum, notamment la réforme du Code de procédure civile, qui permettait de faciliter la saisie des avoirs des citoyens par les banques en faillite. Tout cela a été fait par choix et non par manque de choix.

Je considère que c’était une erreur de choisir de baser votre film, qui traite d’événements historiques d’une telle importance, uniquement sur le récit d’un homme, alors qu’il est clair qu’il s’est préoccupé de manière très systématique à l’écriture d’un scénario centré sur son propre personnage héroïque, qu’il ne s’est pas préoccupé à ce point, autant qu’il aurait dû, de soutenir notre pays et notre peuple, et qu’il continue de ne pas vouloir donner d’explications sérieuses sur de nombreux événements et sur ses propres actions.

Bien sûr, en tant qu’artiste et même en tant que Costas Gavras, vous avez la liberté et le droit de créer comme vous le voulez ce que vous voulez. Mais je ne pense pas que vous ayez le droit de présenter unilatéralement, en adoptant le point de vue d’un des responsables et d’une des personnes impliquées, des événements historiques d’une telle importance.

D’après le scénario de M. Varoufakis et de M. Tsipras, il n’aurait pas pu en être autrement pour la Grèce.

Moi je sais qu’il aurait pu et qu’il peut en être autrement.

Et la responsabilité de ceux qui n’ont pas voulu faire ce qu’il fallait et ce qu’ils s’étaient engagés à faire, ne diminue pas par l’effacement de la douleur de ceux qui ont fait face.

Leur responsabilité n’est pas diminuée, même avec votre film.

Respectueusement,

Zoé Konstantopoulou Ancienne Présidente du Parlement

mardi 1 octobre 2019

Tsipras et Varoufakis vers la capitulation finale

Nous reproduisons la conclusion de la partie 9 de la série d'Eric Toussaint "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même" consacré à "Adults in a room" (dont une adaptation cinématographique réalisée par Cost-Gavras sortira en salle le 6 décembre) Le Concierge

Au cours des deux mois qui mènent à la trahison du verdict populaire du 5 juillet, Tsipras a pratiqué une orientation qui conduisait au désastre. À plusieurs reprises, il aurait pu prendre un tournant mais s’y est refusé. L’enthousiasme soulevé par le référendum du 5 juillet a fait long feu et a débouché sur une énorme déception.

Est-ce que Varoufakis a défendu de manière cohérente une alternative crédible, comme il le prétend ? La réponse est clairement négative. Il a accompagné Tsipras et le noyau qui l’entourait et il n’en a jamais pris publiquement ses distances quand il en était encore temps. Et lorsqu’il a démissionné, il l’a fait dans des termes qui ont prolongé la confusion. Dans l’explication publique de sa démission, il écrit le 6 juillet :

« Peu après la proclamation des résultats du référendum, on m’a fait savoir que certains membres de l’Eurogroupe ainsi que d’autres « partenaires » auraient vu d’un bon œil mon « absence » lors des réunions, idée que le Premier Ministre juge potentiellement utile pour parvenir à un accord. C’est pour cette raison que je quitte aujourd’hui le ministère des Finances. (…) Je considère qu’il est de mon devoir d’aider Alexis Tsipras à exploiter de la manière qu’il jugera utile, le capital que le peuple grec nous a confié lors du référendum de dimanche. (…) Je soutiendrai donc sans hésitation le Premier Ministre, le nouveau ministre des Finances et notre gouvernement. »

Quant à son plan B, il a fallu attendre la décision de fermeture des banques pour que Varoufakis découvre, selon ses propres déclarations, que la banque de Grèce disposait d’une réserve de billets en euros pour un montant de 16 milliards € qui, si le gouvernement l’avait décidé, auraient pu être remis dans le circuit, par exemple en les estampillant pour qu’ils fonctionnent comme une monnaie complémentaire non convertible et qu’ils puissent être mis en circulation via les distributeurs de billets. Et à ce moment-là il reconnaît lui-même qu’il s’est opposé à ce qu’on utilise cette manne alors que le leader de la plateforme de gauche essayait de convaincre Tsipras de s’en servir.

Heureusement, Varoufakis a ajouté sa voix au camp du refus du 3e mémorandum dans la nuit du 15 au 16 juillet, votant « Non » avec les députés de la Plateforme de gauche et avec Zoe Konstantopoulou.

En ce qui concerne la Plateforme de gauche, il faut aussi reconnaître qu’elle a commis l’erreur grave de ne pas exprimer publiquement ses désaccords à partir de la première capitulation du 20 février et par après. Elle n’a pas mis dans le débat public le plan B élaboré notamment par Costas Lapavitsas. Après la trahison du résultat du référendum, elle s’est largement cantonnée à la dénonciation de la politique de Tsipras sans être capable de mettre en avant de manière offensive et crédible une proposition alternative.

Il n’y a pas eu de grandes mobilisations spontanées car une majorité du peuple de gauche qui avait mené le combat principalement entre 2010 et 2012 faisait confiance à Tsipras et celui-ci n’appelait pas le peuple à se mobiliser. Les forces de gauche hors du parlement qui appelaient à la mobilisation étaient quant à elles trop faibles.

Les facteurs qui ont conduit au désastre sont bien identifiés : le refus de la confrontation avec les institutions européennes et avec la classe dominante grecque, le maintien de la diplomatie secrète, l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats, le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes…), le refus de faire payer les riches, le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale,… Pourtant comme nous le verrons dans la partie qui suit, le dénouement tragique n’était pas inéluctable, il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Eric Toussaint

A lire intégralement sur le site du CADTM

dimanche 22 septembre 2019

Privatisation du littoral

Parmi les sponsors du Forum, et à part les entreprises grecques, on y découvre le cabinet d’avocat d’affaires Milbank, pour qui, “la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, sous forme de titres de la dette, comme dans un certain nombre de secteurs attractifs, notamment les institutions financières, y compris pour les prêts non productifs, l’immobilier, l’énergie, le tourisme et l’hôtellerie, le transport maritime, la logistique et les transports, le pétrole et gaz, les industries du commerce en détail et autres. Pour ceux qui cherchent à investir en Grèce dans un large éventail de dossiers de premier plan, notamment les acquisitions de capital-investissement et de sociétés, les coentreprises et d’autres investissements, le financement à effet de levier et de la dette à haut rendement, offres publiques initiales et autres opérations sur les marchés des capitaux, titrisation de prêts non productifs et d’autres catégories d’actifs, restructuration financière, gestion des dettes en souffrance et des passifs, et toutes les questions liées aux domaines susmentionnés.”

On ne rase presque plus gratis, surtout lorsqu’il s’agit de rafler la totalité de la mise, c’est-à-dire du pays. Pendant ce temps, notre ami, le brocanteur et bouquiniste âgé du vieux centre-ville, vient d’être expulsé “gentiment” de son commerce. L’immeuble a été acheté, justement par des... investisseurs. Sa boutique déjà vidée, on lui permet d’exposer certains objets devant l’entrée, tandis qu’il ne peut attendre désormais ses clients que dans la petite rue. “Heureusement que les autres brocanteurs des lieux ont accepté d’arranger ma maigre marchandise chez eux afin de la vendre si possible avec la leur. Ce n’est pas évident... puis, ma retraite ne viendra pas tout de suite. Sans parler de l’âme perdue de ma boutique, Princesse ma chatte, qui est visiblement très perturbée.”

(...)

Et à Athènes, les fonctionnaires du “Ministère des Finances” font semblant de protester contre la privatisation progressive de leur service. “Non aux sociétés privées, chargées du contrôle fiscal”, peut-on lire sur leur banderole déployée devant “leurs” locaux. Mais c’est trop tard. L’administration fiscale en Grèce est désormais placée et ceci depuis quelques années, sous le contrôle total d’une société anonyme pilotée depuis Bruxelles et Berlin, la dite “Agence Indépendante des Finances en Grèce”. SYRIZA, tout comme les “gouvernements” d’avant, et d’après, auront... bravement travaillé pour les colonisateurs, avec l’aimable participation des rapaces locaux bien entendu. Après tout... la Grèce offre d’excellentes opportunités pour les investissements internationaux, aussi sous forme de la dette à haut rendement !

(...)

Les... “investisseurs” affluent ou presque, les plages se vident et d’ailleurs... elles se vendent. La nouvelle loi relative à l'aménagement, la protection et la mise en valeur du littoral, annoncée par le gouvernement mais pas encore adoptée, prévoit la privatisation du littoral, autrement-dit, elle met fin de fait à son caractère public. “L'ancien littoral est désormais qualifié de propriété privée de l'État. La voie est ainsi ouverte à son usage exclusif par découpage en zones d’activités, pour l’industrie, l'hôtellerie et les loisirs. Il est aussi établi une affectation directe des segments des bords de mer et de plage dans les cas dits ‘d’investissements au caractère stratégique’. Les loyers sont même réduits dans le cadre de l’utilisation du littoral au détriment des recettes publiques”, presse grecque en septembre.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "l'âme perdue" sur son blog Greek Crisis

jeudi 20 juin 2019

Grèce : Bercy répond aux questions d’une députée… ou pas

En février dernier, la députée France insoumise, Danièle Obono, interpellait avec l’expertise du CADTM, la secrétaire d’État aux affaires européennes au sujet de la dette grecque, de l’exposition de la France à cette dernière et des profits réalisés. C’est Bercy (le ministère de l’Économie et des Finances) qui a répondu fin avril[1]. Une réponse qui porte d’ailleurs mal son nom, dans la mesure où précisément, le ministre et ses services ne répondent pas à plusieurs des questions posées…

1- Concernant le prêt bilatéral (11,4 Mds d’euros) de la France à la Grèce

Quel est le montant des intérêts perçus à ce jour par la France sur ce prêt bilatéral, depuis son octroi en mai 2010 ? Est-ce que la France s’engage à rétrocéder à la Grèce, ces profits réalisés abusivement sur un pays en crise ?

Voilà, quelles étaient les questions. Malheureusement, elles resteront sans réponse. Le ministre nous dit que les conditions de ce prêt ont été revues en 2012 à l’avantage de la Grèce et qu’elles s’avèrent désormais plus favorables à celles auxquelles emprunte la France.

Si ces conditions sont actuellement si avantageuses, pourquoi ne pas communiquer le montant des intérêts perçus (ou non) jusqu’à ce jour ? Un des éléments d’explication à ce silence pourrait être, que même si à partir de 2014 (comme l’indique les rapports annuels de la Cour des Comptes) la France ne réalise plus de profit via ce prêt bilatéral, toujours est-il qu’elle a en engrangé avant. Entre 2010 et 2013, la France a perçu 695 millions d’euros d’intérêts, toujours selon la Cour des comptes [2].

Donc même si la France aujourd’hui ne fait plus de profits voire même perd de l’argent sur ce prêt, il ne fait aucun doute qu’elle en a réalisé jusqu’en 2013. Un profit difficile à assumer politiquement, car réalisé sur le dos d’un pays en crise, que la France (comme ses homologues européens) n’entend ni restituer, ni d’ailleurs communiquer.

2- Concernant les contributions de la France aux FESF et MES

Les questions concernant les contributions de la France aux FESF et aux MES, la part qui a déjà été versée par l’État et la part encore garantie, sont des questions considérées comme techniques, peu attrayantes. Et le moins que l’on puisse dire c’est que la réponse jargonneuse du ministre n’aide pas vraiment à s’y retrouver. Cela pourrait sembler anecdotique sauf que derrière des enjeux techniques, économiques se cachent des enjeux politiques. Il est ainsi vital que chacune et chacun puisse avoir accès aux informations et clés de compréhension de ces enjeux, censées être mises à disposition notamment pas les élu.es.

Savoir si ces contributions aux institutions financières sont déjà comptabilisées dans notre dette publique est notamment très utile dans le débat concernant l’annulation de la dette publique grecque. En effet, en 2015, lors du bras de fer entre Syriza et ses créanciers, élites politiques et éditorialistes des médias mainstream justifiaient leur TINA au régime d’austérité, par le fait que si on annulait la dette grecque, cela reviendrait à augmenter celle de la France et des autres pays européens. Or, les garanties sont bien souvent déjà comptabilisées dans les dettes publiques du moins en partie. D’où la nécessité de clarifier cette question pour éviter de se laisser endormir par leurs fables idéologiques présentées comme comptables, rationnelles et irrémédiables.

3- Concernant les profits issus des portefeuilles ANFA et SMP

En bon défenseur de la BCE et de ses politiques, le ministre prend le soin de rappeler que le rachat par la BCE de titres de la dette grecque se justifiait par une nécessité de diminuer la pression sur les taux d’intérêt demandés par les marchés financiers. Loin d’être animée par une réelle volonté d’aider la Grèce, la BCE souhaitait avant tout aider ses créanciers, qui à l’époque étaient majoritairement des grosses banques privées françaises et allemandes. La BCE a en effet permis à ces dernières de se débarrasser (à bon prix en plus) des titres grecs qui ne valaient plus grand-chose sur les marchés. D’autant que si la BCE avait vraiment voulu aider la Grèce pourquoi exige-t-elle 100 % du remboursement alors qu’elle les a obtenus à prix cassé sur le marché secondaire ? Pourquoi a-t-elle refusé d’inclure les titres qu’elle détenait dans la restructuration de la dette de 2012 ?

Des décisions qui l’ont conduit à réaliser des profits colossaux aux dépens de la Grèce, comme cela a été mentionné dans l’interpellation. Des profits qui eux vont se poursuivre, puisque dans les mois à venir la Grèce a deux importantes échéances de remboursement avec des taux élevés, vis-à-vis de la BCE : une première en juillet de 3,8 milliards d’euros, dont le taux d’intérêt est de 6 % et une seconde en octobre de 2 milliards d’euros, dont le taux est de 6,5 % [3]

Concernant la restitution de ces profits réalisés illégitimement, le ministre donne cette fois-ci des réponses. Il confirme que les profits réalisés en 2015 et 2016 ne seront jamais reversés à la Grèce soit la somme de 758,1 millions d’euros pour la France et de 2,4 milliards d’euros au niveau de l’eurosystème. Il confirme également que les restitutions qui seront faites à partir de 2017 le seront en échange de mesures d’austérité, qu’il évoque pudiquement en parlant de « conditions fixées sur la période post-programme ». En mars dernier, l’Eurogroupe bloquait en effet la restitution de ces profits SMP/ANFA tant que l’amendement de la loi Katseli qui gère la protection des résidences principales n’était pas approuvé par le Parlement grec. Le 29 mars, satisfait que la Vouli ait décidé de permettre que plus de Grec.ques puissent être jeté.es à la rue via des ventes aux enchères de logements massives, l’Eurogroupe a finalement réalisé le transfert.

Enfin, la réponse du ministre confirme que la tutelle par l’Union européenne de la Grèce se prolonge bien que cette dernière soit officiellement sortie des accords de prêt.

Tous ces éléments sont confirmés comme s’ils allaient de soi. Le gouvernement français et ses homologues européennes ne prennent en effet même plus la peine de justifier et expliquer leurs positions. Est-ce légitime de réaliser des profits colossaux sur un pays en crise, que l’on prétend pourtant aider ? Est-ce légitime et juste de ne pas lui restituer ces profits ou du moins qu’une partie et sous certaines conditions imposées ? Est-ce légitime que la Grèce se voit encore dicter sa politique depuis Bruxelles alors qu’elle est sortie des plans d’assistance financière ?

Des comportements illégitimes et scandaleux, que nous devons continuer de dénoncer et montrer que d’autres politiques existent ! Mais ces politiques ne tomberont pas du ciel.

Anouk Renaud , Danièle Obono

Source : CADTM

Notes

[1] Voir les questions et les réponses, ici : http://questions.assemblee-nationale.fr/q15/15-16944QE.htm

[2] Voir les rapports annuels sur les comptes de l’État et notamment ceux de 2010, 2011, 2012 et 2013, disponibles ici : https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/budget-comptes-etat/comptes-etat/essentiel/s-informer/compte-general-etat#.XOZigRYzbDd

[3] Voir le calendrier des échéances de remboursement de la Grèce ici : http://graphics.wsj.com/greece-debt-timeline/.

mardi 14 mai 2019

Prétendue reprise de l'économie grecque

Réalités donc, de la ville et alors les nôtres. Dans le désordre, immeubles à vendre, maisons déjà acquises, agences immobilières faisant la promotion du visa accordé aux acquéreurs étrangers comme aux autres, parfois blanchisseurs criminels financiers du dit vaste monde. Civilisation en fonds perdus. Et on n’aurait pas pour l’instant touché le fond, paraît-il.

Dans la foulée, les Grecs s’empressent devant les tribunaux compétents... pour notifier leur refus d’hériter les biens immobiliers de leurs aïeux. Paupérisés, ils ne peuvent plus faire face aux impôts, aux taxes et encore moins aux frais qui en découlent. Dans certaines régions, rien qu’en quatre mois, les déclarations sur l’année 2019 en cours, excèdent alors en nombre, celles enregistrées sur l’ensemble de l’année 2018, presse grecque du 13 mai 2019. Soleil... ainsi imparable de la Grèce.

Ensuite, il y a toute cette actualité en fausses nouvelles, fabriquée par les médias et par les politiciens quant à la prétendue reprise de l’économie grecque. Actualité qui relève de plus en plus d’un autre système solaire, voire, plutôt lunaire. La semaine dernière, le salopard (politique) Aléxis Tsípras a même annoncé tout une série de fausses mesures, qui plus est, présentées comme populaires, à savoir et essentiellement, une certaine baisse de la TVA de manière sélective, doublée d’un “cadeau” de 300€ à 500€ par an au bénéfice des retraités, ceci bien entendu, à quelques jours du pseudo-scrutin européiste du 26 mai. Civilisation en fonds perdus.

Lire l'article de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre "Mémoire d'Athènes" sur son blog Greek Crisis

Lire aussi : sociologie moustachue

vendredi 3 mai 2019

Une classe moyenne pulvérisée EN MOINS DE 10 ANS

Même Bloomberg... découvre cette semaine l’étendu du désastre grec, c’est-à-dire des Grecs, lorsque leurs biens sont saisis ou bradés par milliers, et lorsque 4 millions de Grecs, autrement-dit 37% de la population doivent à l’administration fiscale, passée il faut dire sous contrôle étranger depuis les accords SYRIZA, près de 104 milliards d’euros, le pays réel et ses bons chiffres...

Printemps grec, la fête de Saint Georges, nos touristes émerveillés, nos animaux adespotes, voire, nos tortues. Pays dit réel. “Beaucoup de Grecs sont épuisés et ne se battent plus pour préserver leurs biens. Les procédures devant les tribunaux grecs pouvant prendre des années, de nombreuses personnes qui étaient déterminées à protéger leurs propriétés ont vu les pressions incessantes se faire sentir, a déclaré Dimítris Anastasópoulos, avocat au Barreau d’Athènes”, rapporte l’article de Bloomberg daté du 3 mai.

Il en va de même avec le reste des biens, pour une classe moyenne pulvérisée en moins de dix ans, passant de 70% à 30% de la population. Dans cette même série, une nouvelle taxe frappe depuis mai 2019 les propriétaires des embarcations, alors toutes les embarcations à partir de 7 mètres de longueur, sans les exceptions du passé: bateaux de pêche, voiliers, bateaux et embarcations en bois traditionnels, sachant que la plupart des embarcations concernées ont une valeur marchande se situant entre 3.000€ et 18.000€. Et c’est encore un signe fort explicite, frappant à la fois la classe moyenne restante, et autant la flotte traditionnellement nombreuse en petites embarcations servant à la pêche déjà des amateurs, lorsque la Grèce et ses îles ont tout de même une longueur de côtes de 14.880 km, davantage que la Chine ou que le Royaume-Uni par exemple.

Et c’est justement cette maritimité et également insularité archipélagique, notamment celle de la mer Égée, qui se trouve à l’origine du “phénomène bateau” chez les Grecs, car au-delà de la plaisance (et en dehors des yachts bien entendu), cette réalité alors si présente à travers les mers grecques a toujours été liée à la pêche amateur. D’abord pour compléter les ressources en protéines des familles, et ensuite lors des guerres et des crises, se transformant en une activité de survie, familiale, voire économique, sans que les autorités puissent bien entendu vraiment contrôler ce... secteur d’activité. D’ailleurs, sous l’autre Occupation celles des années 1940, les autorités occupantes avaient pratiquement interdit la pêche aux populations côtières et des îles, aussi pour briser la Résistance du peuple grec.

En ce moment, dans les marinas et dans les petits ports de pêche on reste bien sceptique face à cette nouvelle taxe. Par exemple, les petits voiliers privés appartenant aux Grecs représentent déjà et désormais moins du 5% des voiliers amarrés. “Pour nous Grecs, c’est la mort”, nous dit-il Aris, rencontré dans un petit port du Péloponnèse. “Avant la Troïka, un quart des voiliers ici appartenaient aux Grecs, ils ne restent que deux actuellement.” Il faut aussi dire que ces dernières années, ceux de la classe moyenne des autres pays, Allemagne, France, Italie, pays Scandinaves entre autres, occupent les ports et les baies... disons jadis admises sous le règne de Poséidon, il est vrai aussi que dans leurs pays, les coûts ne le leur permettent plus déjà que d’utiliser leurs voiliers.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "au-delà du capitalisme" sur son blog Greek Crisis.

dimanche 7 avril 2019

Implosion de la classe moyenne

Rien que près de la date du 4 avril, et de la mémoire du suicide historique et politique de Dimítris Christoúlas, j’ai pu remarquer à travers la presse régionale, qu’un homme de 80 ans s’est pendu à Andritsaina dans le Péloponnèse, presse locale de Patras. Ou à Elatia en Grèce Centrale, un homme de 35 ans s’est également pendu, presse locale, puis le 31 mars un homme de 54 ans s’est suicidé faisant usage de son fusil de chasse sur l’île de Zante, presse locale, ou le 21 mars, un homme qui s’est suicidé de la même manière à Agrínio en Grèce de l’Ouest, presse locale, ensuite un adolescent de 16 ans qui s’est suicidé à Siteía en Crète, presse locale, enfin, cette femme de 52 ans qui s’est suicidée en se jetant de son balcon du 5ème étage à Patras, presse locale. Le... nombre y est, Charon est on dirait de la “fête”.

Au pays réel et non pas celui des politiciens, on peut certes boire son café sous le soleil à Athènes ou s’y balader devant les boutiques fermées, comme on peut autant disparaître, soleil d’ailleurs ou pas... par suppression volontaire et autant autodestructrice. En même temps et c’est aussi une forme de réaction, des monastères et notamment ceux du Mont Athos, inaugurent alors églises et locaux en ville, pour que leurs moines puissent rencontrer les fidèles en ville, de plus en nombreux. On dirait que le petit peuple s’accroche comme il le peut, là où il peut.

L’analyse de Christophe Guilluy est d’ailleurs pertinente. “Pour la première fois dans l’Histoire, les catégories modestes ne vivent plus là où se crée l’emploi. Du fait de la division internationale du travail et de la polarisation de l’emploi, il était logique que la classe moyenne, la classe majoritaire, implose. Les conséquences culturelles et politiques sont gigantesques.”

“Notre modèle ne fait plus société, n’intègre pas le plus grand nombre. Comment combiner un modèle mondialisé avec une volonté d’intégrer économiquement tous les territoires? Soyons clairs: même si ces territoires créaient de l’emploi, çà ne changerait pas grand-chose en ce qui concerne le PIB. En revanche, d’un point de vue culturel, ça change tout. Il y a un décalage flagrant avec l’élite, auquel s’ajoute un mépris de classe”, presse belge entre autres.

Ainsi, à travers Athènes... en large, c’est l’irruption de la métropolisation mais alors violente. La classe moyenne fut défaite en un temps record, autant que sa société grecque, le tout précédé d’une forme de viol qui n’est pas que symbolique. La relative gestion du futur lui a été retirée, autant que celle de la petite mais très large propriété foncière, la seule assurance réelle des Grecs devant les aléas finalement visibles de la globalisation. Les projets pharaoniques en Attique, dont celui du Grand Pirée, mené entre autres par le géant chinois COSCO en disent bien long sur les suites illogiques en cours.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Refaire société " sur son blog Greek Crisis

mardi 2 avril 2019

De la gentrification des villes à la gentrification de l'Europe

Le soleil brille, le crépuscule est de saison. Athènes se transforme: pouvoirs, territoires, propriétés, règles d’urbanisme, et ainsi usages. Tout change progressivement pour être assujetti à un destin à un plus haut degré d’hétéronomie quasi-coloniale. La capitale de l’ex-classe moyenne grecque... “s’ouvre” enfin à sa métropolisation, celle très exactement que le globalisme de la Troïka et des marionnettes grecques auront pu imposer, rien qu’en une petite décennie d’adaptation aux normes, sous la violence de la dite “crise”. Athènes, nouvelle citadelle de la mondialisation, une globalisation “heureuse” profitant d’abord à ceux qui arrivent, et il faut dire qu’ils sont nombreux. Siècle nouveau, vielles recettes.

lseathens.PNG London School of Economics, dans le cadre du programme LSEcities soutenu par la Deutsche Bank... (coll. du Musée de l'Europe)

Pour à peine paraphraser le géographe Christophe Guilluy lorsqu’il décrit les réalités françaises actuelles, la Grèce est forcée de devenir une société globalisée comme les autres, inégalitaire et si possible même multiculturelle. D’un modèle largement égalitaire, acquis depuis de l’avènement de l’étendue classe moyenne à la fin de la dictature des Colonels en 1974, nous basculerons progressivement en une société socialement inégalitaire et sous tensions identitaires. Ce basculement, désastreux pour les classes populaires, en somme les deux tiers de l’ancienne classe moyenne désormais paupérisée, provoque déjà un chaos culturel et social sans précédent, (voir Christophe Guilluy, “Le crépuscule de la France d’en haut”, Flammarion 2017).

“La mondialisation a en effet généré l'existence de nouvelles citadelles, les métropoles, ou se concentre une nouvelle bourgeoisie qui capte l'essentiel des bienfaits du modèle mondialisé. Au nom de la société ouverte, elle accompagne et soutient ainsi les choix économiques et sociétaux de la classe dominante, dont la conséquence est de rejeter inéluctablement ceux dont le système économique n'a plus besoin dans les périphéries territoriales et culturelles”, écrit Christophe Guilluy.

“Dans la réalité, l’entre-soi et le réseautage n’ont jamais été aussi pratiqués. Cette aimable bourgeoisie participe ainsi directement ou indirectement au plus important processus de relégation sociale et culturelle des classes populaires, en excluant par ses choix économiques et sociaux les catégories modestes des territoires qui comptent, ceux qui créent l’emploi et les richesses. La prédation qu’elles opèrent sur l’ensemble du parc de logements privés des grandes métropoles, hier destiné aux classes populaires, n’a pas d’équivalent dans l’histoire. Mieux, il se réalise à bas bruit, sans qu’à aucun moment l’emprise de dépossession ne soit questionnée, encore moins remise en question. Il faut dire que la concentration des catégories supérieures sur les territoires qui créent l’essentiel des richesses et de l’emploi s’accompagne aussi d’une emprise de ces catégories sur le débat public et son expression.”

En Grèce et d’abord à Athènes, la prédation qu’une partie de la bourgeoise grecque et en premier lieu, des rapaces internationaux, est ainsi opérée sur l’ensemble du parc de logements privés, en passant par celui des hôtels et des bureaux, hier encore propriété de l’immense classe moyenne grecque. Prédation qui n’a pas d’équivalent dans l’histoire du pays. Sauf, sous l’autre Occupation (Allemande), celle des années 1940, lorsque en trois ans seulement, près de 250.000 biens immobiliers avaient changé de propriétaires, spoliés en réalité au bénéfice de la caste des profiteurs et autant collaborateurs de l’autre... Ordre Nouveau.

Votre... pauvre blog avait d’ailleurs considéré dès ses débuts que la dite crise grecque n’était qu’une forme de guerre alors déclarée contre la société et contre le peuple grec, un génocide parfois lent et quelquefois accéléré, génocide entre autres économique et autant démographique. Et ce n’est que par le biais de cette situation exceptionnelle, devenue ainsi la... norme, qu’une telle prédation ait pu devenir faisable en si peu de temps. Tout en neutralisant il faut dire, les réactions populaires... essentiellement grâce à l’aimable collaboration de la gauche, SYRIZA en tête.

C’était un jour de ce lointain mai 2010, lorsque le FMI, l’Union européenne et la BCE, constitués en une sainte alliance ultralibérale, missionnèrent aussitôt leurs experts et mirent le pays sous leur tutelle: la Troïka était formée, et ses... Troïkans entrés dans la place. Leurs traitements de cheval - faits de coupes budgétaires et de privatisations à tout crin - allaient mettre à genoux tout un peuple, tout à fait dépossédé de tout pouvoir sur le cours de son devenir. Les existences, les comportements, individuels et collectifs, bref toute la société en seraient profondément modifiés. Ces transformations, induites par la thérapie de choc, ont engendré une nouvelle situation dans un contexte d’accélération des temps nouveaux, accélération à la fois redoutée et pourtant acquise - dans les faits et dans tous les esprits - ceci entre 2010 et 2019.

Maintenant on sait. L’accélération du programme depuis 2015, ainsi que sa terrible composante géopolitique (affaire Macédonienne, Turquie, Mer Égée, Chypre), essentiellement incarnées et avec quel... culot par la gauche SYRIZA, ont-elles fini par rendre les évidences bien plus terribles. La Grèce, pays de la petite propriété, surtout immobilière devait alors être brisé et ceci d’ailleurs hâtivement. La surmultiplication de la fiscalité, elle a augmenté d’environ 400% depuis 2010, ainsi que la paupérisation rapide infligée faisant passer la classe moyenne de 70% à moins de 25% de la population, de même que l’arrivée massive de capitaux prédateurs et globalistes, ont fini par s’attaquer à l’épine dorsale du système économique, culturel, voire familial des Grecs, une prédation pour laquelle les dites “élites politiques et économiques grecques” il faut dire s’en félicitent.

Il y a un avant et un après le règne des Memoranda, comme lors d’une entrée en guerre ou d’une occupation. Il souffle désormais un vent mauvais, le poison ambiant n'épargne personne, nous assistons à une mise à mort de nos petites et grandes habitudes: cette mutation collective rapide est suspendue à la perte de nos repères. Désormais les individus plongent, y compris dans les quartiers chics. Le programme avait été précipité, car faire d’Athènes une nouvelle citadelle des globalistes n’aurait pas pu se réaliser sans venir à bout de la résistance culturelle et économique de la vaillante classe moyenne grecque, pour laquelle l’État grec même était alors à ses yeux un ennemi disons structurel. Pourtant, même après une décennie... de guerre, cette petite propriété et autant économie à la grecque résistent alors toujours encore dans un sens.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Vivi semplicemente ! " paru sur son blog Greek Crisis

samedi 30 mars 2019

"Une des pires ignominies de l'histoire contemporaine"

bhlgrece.PNG "BHL à Athènes"... Ceci n'est pas un poisson d'avril. A vos tartes ! (collections du Musée de l'Europe)

En règle générale la Grèce du pays réel est en train de s’appauvrir, et en même temps, le fait de se maintenir pour de nombreux foyers, ne tient qu’aux quelques revenus de plus, notamment informels. On claque alors les dents jusqu’au bout, d’après une enquête récente, seulement 0,7% de la population grecque adulte ayant entre 35 et 44 ans, a les dents sont en bonne santé, presse grecque, mars 2019. Sauve qui peut... alors canines comprise ! Au même moment, et d’après une enquête de OCDE citée cette semaine par la presse grecque, les Grecs considèrent que leurs impôts ne leur reviennent pas sous forme d’un État aux services dignes de ce nom, et ceci pour plus de 82% d’entre eux. Ils s’illustrent même en tête du tableau des mécontents, devant les Israéliens, les Mexicains et les Chiliens (les Français sont en milieu du classement avec... seulement 57% de mécontents).

Merveilleuse époque brisée... et autant empreinte de l’instinct de la casse. Une boutique à Athènes propose-t-elle à ses clients que de se défouler en cassant tant d’objets divers et variés, vaisselle, téléviseurs, téléphones entre autres. Ailleurs, ce sont les affiches mêmes vieillies qui promettent la lune, vantant tout le mérite des... “Prophètes”, surtout lorsqu’ils sont venus depuis les Antipodes bien entendu.

fuckVerhof.PNG "No Brexit Day", 29 mars 2019, collections du Musée de l'Europe

Antiquité on dirait Tardive. Une bonne partie des pays de la dite Union européenne et de leur état actuel, vus de 2019, apparaissent comme la répétition générale des premières années de la crise grecque. Une des pires ignominies de l'histoire contemporaine de la Grèce aura été certainement l'abominable chantage à la prétendue lutte contre la Troïka, exercé par les Syrizístes et par ceux du parti ANEL, les acquis visiblement de toutes les caisses globalistes. Époque des illusions. On se souviendra des politiciens d’alors et de toujours, on se souviendra même de ces illuminés improvisés et inconnus Place Sýntagma à Athènes, prêcher autant dans le vide.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre "Chronique des humbles" à lire en intégralité sur son blog Greek Crisis

lundi 18 mars 2019

16 mars : les vandales à Paris

A 6 heures du matin, un groupuscule de Black Blocks en costards privatise ADP, ENGIE, La Française des Jeux, prive une partie des allocataires de leurs prestations, supprime les tarifs réglementés du gaz, et saccage l'Assemblée Nationale en plein Paris... Se promettant de revenir après une ultime navette au Sénat

melenchonPacte.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Tous les Députés en Marche sont "complices"...

macroncomplices.PNG

Voir aussi :

melenchonPacte2.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

jeudi 14 mars 2019

Le Conseil Constitutionnel jouera-t-il pleinement son rôle au regard de la constitution et des obligations et des engagements internationaux de la France ?

Un coup très dur au droit de manifester pacifiquement en France

La loi dite « anti-casseurs » vient d’être adoptée au Sénat. Un coup très dur au droit de manifester pacifiquement en France.

e droit français existant permettait déjà largement de prévenir, interpeller, poursuivre et sanctionner lourdement des personnes commettant des actes de violences lors de manifestations.

Contrairement à son intitulé, cette nouvelle loi n’apportera rien contre les « casseurs », et ne protégera surtout pas les manifestants pacifiques. Au contraire, elle ouvre en grand la porte à l’arbitraire des pouvoirs exécutifs d’aujourd’hui et de demain.

Moins de 18 mois après la fin de l’état d’urgence, les interdictions administratives rentrent dans le droit commun. Les préfets, et à travers eux le pouvoir exécutif, pourront interdire à une personne de manifester, sur des bases extrêmement floues, loin du regard de la justice.

De même, les manifestants pacifiques qui souhaiteraient protéger leur visage des effets des gaz lacrymogènes par exemple risquent désormais d’être exposés à des arrestations et condamnations arbitraires.

En France, les risques de dérives ont été dénoncés par 53 associations et syndicats. Au niveau international, trois experts indépendants des nations unies « ont exprimé leurs vives préoccupations sur certaines dispositions qui ne seraient, selon eux, pas conformes avec le Pacte international relatif aux droits civils et politiques auquel la France est partie (…) Ces dispositions pourraient être appliquées de manière arbitraire et conduire à des dérives extrêmement graves. ».

La commissaire aux droits de l’homme au conseil de l’Europe a elle aussi exprimé sensiblement les mêmes préoccupations.

Le Conseil Constitutionnel, qui sera saisi par le président de la République et des groupes parlementaires opposés à la loi, sera amené à examiner la loi au regard de la constitution française.

Le Conseil Constitutionnel jouera-t-il pleinement son rôle au regard de la constitution et des obligations et des engagements internationaux de la France ?

Communiqué d'Amnesty International

Lire par ailleurs l'analyse de l'ACAT APRES 100 JOURS DE MANIFESTATIONS , QUEL BILAN SELON L' ACAT?

L'ACAT, Action des chrétiens pour l'abolition de la torture, avait par ailleurs mis en garde et incité à l'action non-violente contre les violences policières dès leur origine, c'est à dire sous le gouvernement Hollande-Valls, face aux protestations contre la loi Macron II (subtilement appelée "Loi El-Khomri"), notamment à travers un rapport, et une campagne Violences policières, brisons le silence

mardi 12 mars 2019

Les origines économiques de l’autoritarisme d’Emmanuel Macron

pause21.gif illus. Le Mariage d'Art & Entreprise (collections du Musée de l'Europe)

(...) L’hybridation du système français correspondait à un équilibre social. Le détruire laisse nécessairement place au conflit. D’autant qu’Emmanuel Macron a, pour mener sa « révolution », ou plutôt sa destruction de ce système, surestimé l’ampleur de son soutien en se prévalant des élections présidentielle et législatives de 2017. Mais ces deux scrutins n’ont guère apporté de soutien clair à ses choix économiques. Le 5 mai, le scrutin a d’abord été un vote de rejet de l’extrême droite, tandis que les législatives sont souvent marquées par un « légitimisme » en faveur du chef d’Etat élu, qui ne s’est jamais démenti depuis 2002, et par une forte abstention.

La réalité est que le socle de soutien à cette politique économique présidentielle est réduit à ce que Bruno Amable et Stefano Palombarini appellent « le bloc bourgeois ». Un bloc qui n’est pas majoritaire, à la différence de ce que l’on observe dans les pays du nord de l’Europe, mais qui, système électoral oblige, peut l’emporter compte tenu de la division du bloc adverse. Sauf que ce bloc adverse peut faire front pour s’opposer à la politique de destruction du modèle français. C’est là que l’on en est désormais : un face-à-face violent et sans compromis possible, parce que l’essence même du système français est en jeu et que le régime électoral n’a pas pu clairement expliciter le choix de la majorité sur ce sujet.

Mais pour Emmanuel Macron, céder est impossible. Ce serait non seulement renoncer à son identité politique, mais aussi échouer à une épreuve essentielle, une forme de « baptême néolibéral ». « Les néolibéraux mettent en évidence la nécessité de passer outre les décisions populaires lorsqu’elles contreviennent à ce qui est vu comme un principe supérieur », écrit Quinn Slobodian. Assumer son impopularité, c’est se montrer capable de défendre la vérité envers et contre tout.

Il y a là une forme de fanatisme dans lequel on prouve sa capacité par son opposition à son propre peuple. On a vu des postures de ce genre dans toute l’Europe durant la crise de la dette : au Portugal, en Grèce, en Italie ou en Espagne. Pour Emmanuel Macron, c’est une façon de construire sa stature internationale, de montrer qu’il peut « réformer » ces Gaulois irréformables. C’était ce qui impressionnait tant les médias anglo-saxons au début du quinquennat.

Mais si céder est impossible, comment « passer outre » la résistance de la société française ? Quinn Slobodian décrit comment, à partir des années 1980, ont été construites des structures internationales capables de soumettre les États à l’ordre néolibéral : l’OMC, le FMI, l’UE, les marchés financiers… Lorsqu’un État décidait de changer de politique, cette pression « externe » le ramenait à la raison. Mais la France ne prête guère le flanc à ce genre de pression. La France n’a pas à craindre ses créanciers. Les marchés ont soutenu son modèle hybride et ne s’inquiètent guère du mouvement des gilets jaunes, ce qui rend, du reste, toute menace de l’UE peu crédible, à la différence du cas italien. Bref, cette option ne fonctionne pas.

Par ailleurs, Emmanuel Macron ne peut guère s’appuyer sur une prétendue « efficacité » de ses recettes économiques. Aucune de ses réformes, pas davantage que les précédentes, n’ont été en mesure de rendre la France plus solide économiquement, bien au contraire. En brisant le subtil équilibre entre État, consommateurs et entreprises et en faisant un mauvais diagnostic, centré sur l’attractivité et la compétitivité coût, il l’a plutôt affaiblie. Dès lors, la politique de « compensations » mise en place n’a guère porté ses fruits, d’autant qu’elle a été timide. Et les 10 milliards d’euros annoncés en décembre ne devraient pas tellement changer la donne, dans la mesure où les « réformes » atteignent le cœur du système français et donc de la confiance des ménages : l’emploi, la retraite, le chômage, le logement. On peut prétendre, comme le font les néolibéraux, qu’il en faut « encore plus », et c’est, du reste, ce que prétend le président de la République. Mais cette stratégie de la « fuite en avant » permanente est peu convaincante.

Incapable de prouver l’efficacité de sa politique, Emmanuel Macron n’a plus qu’une seule carte en main pour imposer sa « vérité » : celle de l’abus d’autorité. Une carte que le régime actuel, régime personnalisé dont le berceau est une guerre sanglante, lui permet de jouer aisément. Puisque le président de la République connaît la vérité, sait quelle est la bonne voie pour la France, il a le devoir, pour le bien de la France, de mener le pays dans cette voie, contre le désir du pays lui-même. Il lui faut faire le bonheur de « son » peuple malgré lui. Et cela vaut bien de le secouer, par une limitation du droit de manifester, par une tentation de contrôler la « neutralité » de la presse (donc son acceptation de la « vérité » néolibérale) et par une répression des mouvements d’opposition.

La certitude d’Emmanuel Macron d’agir pour le bien du pays et d’être guidé par une vérité transcendantale a de quoi fondamentalement inquiéter. Le néolibéralisme est actuellement sur la défensive. La crise de 2008 et ses suites, son inefficacité à relancer la croissance et à gérer la transition écologique tendent à le remettre en question.

Les grandes organisations internationales remettent en cause certains de ses dogmes comme la libéralisation du marché du travail, la « théorie du ruissellement », la liberté des capitaux… Ce qui se joue aujourd’hui, c’est une crise de régime économique, au sens de celle que l’on a connue dans les années 1930 et 1970. Dans ce contexte, la tentation autoritaire du néolibéralisme se renforce.

En février dernier, Dani Rodrik, l’économiste étasunien d’origine turque, professeur à Harvard, signalait que les démocraties libérales n’étaient pas menacées uniquement par un glissement vers la « démocratie illibérale », danger souvent agité. Un autre existe : « les libéralismes non démocratiques ». Cette idée a été développée par un autre chercheur de Harvard, Yascha Mounk, dans un chapitre de son ouvrage Le Peuple contre la démocratie, traduit aux éditions de l’Observatoire. Il s’agit d’un système où les vraies décisions sont soumises à des règles non choisies, issues de principes non démocratiques définis par l’ordre économique, et où le pouvoir se doit d’assurer l’obéissance des États à ces lois, s’il le faut au prix des libertés fondamentales. C’est vers un tel destin que la France semble désormais se diriger.

Extrait de l'article de Romaric Godin paru initialement sur Mediapart à lire en intégralité sur le site Europe Solidaire Sas Frontières

Lire aussi "Loi « anti-casseurs » : un point de non-retour dans la restriction des libertés pourrait être franchi" sur le site de BastaMag

dimanche 10 mars 2019

Les fusibles ne sont pas éternels...

Pourtant, la dimension sociale, voire celle de classe elle y est, et alors entière. La directrice locale d’un établissement appartenant à une enseigne grecque de supermarché, a récemment adressé un courrier à “ses” employés, courrier dont le contenu a pu être divulgué aussitôt dans la presse. “Vous devriez sourire aux clients car même ceux qui parmi vous gagnent 300€ par mois, ils doivent se rendre compte des réalités: 300€ c’est 300% de plus... que zéro”, presse grecque du 5 mars 2019. Bien entendu, devant le scandale et l’indignation provoqués depuis, cette directrice... présentée comme étant particulièrement locale, elle a été licenciée en pur marketing alors d’urgence, presse grecque du 8 mars. C’est bien connu, les fusibles ne sont pas eternels, contrairement aux inégalités, aux injustices et aux autres rapports de force.

Temps anciens et temps nouveaux... visiblement entremêlés. La presse s’en occupe à sa manière, lorsqu’elle ne s’attarde pas sur les belles prises des caïques de l’Égée, ou sur les repas de fête chez les moines du Mont-Athos, justement pour ne pas remâcher sur la politique. Temps dont il est question chez André-Jean Festugière, et notamment à travers les pages de son “Épicure et ses dieux”, datant certes de 1946. Il renvoi dans son œuvre à cette (autre) mutation, entre l’époque des cités démocratiques (surtout Athènes) de la période classique, et celle des Empires, Macédonien d’abord, Hellénistiques ensuite et enfin Romain. Un choc... ayant fini par être bien gobé chez le commun des mortels.

“L’homme, avec sa conscience propre et ses besoins spirituels, ne débordait pas le citoyen: il trouvait tout son épanouissement dans ses fonctions de citoyen. Comment ne pas s’apercevoir que, du jour où la cité grecque tombe du rang d’État autonome à celui de simple municipalité dans un État plus vaste (Empire), elle perd son âme? Elle reste un habitat, un cadre matériel: elle n’est plus un idéal. Il ne vaut plus la peine de vivre et de mourir pour elle. L’homme dès lors, n’a plus de support moral et spirituel. Beaucoup, à partir du IIIe siècle, s’expatrient, vont chercher travail et exploits dans les armées des Diadoques ou dans les colonies que ceux-ci ont fondées. Bientôt, à Alexandrie d’Égypte, à Antioche de Syrie, à Séleucie sur le Tigre, à Éphèse, se créent des villes relativement énormes pour l’Antiquité (2 à 300.000 habitants) ; l’homme n’est plus encadré, soutenu, comme il l’était dans sa petite patrie où tout le monde se connaissait de père en fils. Il devient un numéro, comme l'homme moderne, par exemple à Londres ou à Paris. Il est seul, et il fait l'apprentissage de sa solitude. Comme va-t-il réagir ?” (André-Jean Festugière, “Épicure et ses dieux”, 1946).

Lire l'intégralité de la chronique de Panagiotis Grigoriou, parue sous le titre Les limites de l’âme sur son blog Greek Crisis

mercredi 27 février 2019

COMMISSION EUROPÉENNE : PAS ASSEZ DE RÉFORMES EN GRECE !

delorme4emememorandum.PNG

Un rapport de conformité de la Commission européenne qui doit être publié mercredi devrait envoyer un message sévère au gouvernement grec pour intensifier ses efforts de réforme économique qui, comme d'habitude, ont été retardés.

Le rapport devrait indiquer des progrès dans certains domaines tout en demandant instamment que soient menées à bien les actions préalables en suspens dans la perspective du sommet des ministres des Finances de la zone euro prévu pour le 11 mars.

Athènes tient à obtenir une évaluation positive de l'Eurogroupe et à obtenir le déblocage d'un milliard d'euros, dont 750 millions d'euros de bénéfices sur les obligations grecques détenues par les banques centrales de la zone euro, le solde provenant de la renonciation à la hausse de la marge d'intérêt sur une partie des prêts de la zone euro.

Bien que la Grèce n'ait pas d'urgence besoin de cet argent, elle souhaite un résultat positif au sein de l'Eurogroupe pour rassurer les marchés et permettre aux autorités d'émettre une nouvelle obligation, probablement le mois prochain.

Il semble toutefois peu probable que les actions antérieures en suspens soient achevées dans les délais impartis, selon un responsable européen, les autorités grecques ne la géreraient probablement pas à temps pour l'Eurogroupe.

Le cadre juridique de la nouvelle législation sur la protection des résidences principales des débiteurs qui remplacerait la loi dite Katseli est un point de blocage essentiel.

Les créanciers grecs craignent que le cadre proposé ne protège les défaillants stratégiques et ne réduise probablement pas les prêts improductifs, qui pèsent davantage sur les banques grecques que tout autre pays européen.

Ils s'opposent également au fait que la protection s'étendrait aux prêts aux entreprises garantis à des résidences principales et il est proposé que la protection s'applique aux biens immobiliers d'une valeur maximale de 250 000 euros, ce qu'ils considèrent comme un chiffre élevé.

Les autres problèmes sont les retards dans le remboursement des dettes de l’État à des tiers et dans les privatisations, notamment l’appel d’offres pour la concession de l’exploitation de l’autoroute Egnatia.

De manière générale, le climat n'est pas particulièrement clément pour la Grèce, les récentes décisions du gouvernement semblant être axées sur les élections, notamment la hausse récente de 11% du salaire minimum et, avant cette décision, la décision de prolonger le taux de la taxe à la valeur ajoutée sur certaines îles .

Constant Kaimakis via Olivier Delorme

374 milliards d'euros rien qu'en 2017 !

BFMeuro.PNG Collections du Musée de l'Europe & de l'Afrique

Et donc, continuons le sacrifice de la société réelle, de la République solidaire et sociale, des habitants de ce pays pour satisfaire et apaiser le Dieu-Euro (Et l'Allemagne puisque ces bonnes recommandations viennent d'Outre-Rhin!)! Jusqu'à quand ?[1]

Nous sommes tous Grecs !

Source : BFM

PS (sic) :

Vous reprendrez bien un peu de Burkini pour parler d'autre chose ?

quatremervoile.PNG

Notes

[1] Le Musée de l'Europe remercie grandement le Centre d'études de politique européenne d'exposer ainsi l'éléphant au milieu de la pièce que la sphère politico-médiatique tentait avec succès de dissimuler depuis 20 ans ! Et cela en croyant apporter un argument de poids aux politiques de démolition néo-libérales de Macron ! A ce point d'aveuglement, alors que le pays est dans une agitation sans précéent et à vrai dire en sédition contre les politiques néo-libérales euro-centrées, tout semble enfin permis ! (Le Concierge)

samedi 23 février 2019

Les Gilets jaunes devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise

En février 1948, le général américain Van Fleet analysait l’intervention américaine dans la guerre civile grecque, qu’il supervisait, comme « une expérience de laboratoire ». Depuis 2010, les prétendues élites européistes mènent dans ce pays une autre expérience de laboratoire : jusqu’où une société européenne peut-elle, en temps de paix, être martyrisée, la démocratie réduite à une coquille vide, les forces de résistance collective paralysées par ce que Naomi Klein a décrit dans son livre de 2007, alors prophétique pour la Grèce, intitulé La Stratégie du choc ou la montée d’un capitalisme du désastre ? Et les Gilets jaunes en France, aujourd’hui, devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise, s’il se laisse circonvenir par les habiletés du pouvoir. S’ils ne prennent pas conscience que l’ensemble des questions économiques et sociales qui ont provoqué leur soulèvement tient au carcan de l’euro, à la libre circulation des capitaux, de la main-d’œuvre et des marchandises à l’intérieur du marché unique où règne la loi de la jungle du moins-disant salarial et fiscal, à la non-protection de ce marché par rapport aux pays à bas coût de main-d’œuvre. S’ils reprennent l’antienne d’une UE qu’il faudrait réformer, alors qu’elle est irréformable parce qu’elle a été conçue pour servir exactement à quoi elle sert : démanteler l’État social, faire du salaire la seule variable d’ajustement de la compétitivité, maximiser les profits d’une caste de plus en plus réduite et, au final, vider de toute substance la démocratie pour assurer, dans un cadre de plus en plus autoritaire au fur et à mesure que les peuples regimbent, le pouvoir technocratique de ceux qui sont persuadés de savoir mieux que les peuples ce qui est bon pour eux.

Les accusations portées contre les Grecs n’avaient qu’une utilité : faire croire qu’ils avaient mérité, par leurs « fautes », le traitement qu’on leur appliquait – de sorte que les autres ne puissent imaginer voir leur avenir dans le présent des Grecs. Mais dix ans plus tard, c’est bien ce même discours de culpabilisation que Macron transpose dans l’ordre intérieur en insultant ceux qui ne s’en sortent plus.

Le démantèlement de l’État social, de toutes les protections collectives, de tous les filets de sécurité, la paupérisation des classes moyennes et, au final, la spoliation des petits propriétaires, voilà le véritable agenda européen. Il s’applique à des rythmes et selon des modalités différents suivant les spécificités nationales, mais ce qui s’est passé et qui continue à se passer en Grèce marque la direction.

Ce que montre aussi la Grèce, c’est qu’une alternance de « gauche radicale » dans le cadre de l’euro et de l’UE ne peut se traduire par rien d’autre que par la poursuite et l’aggravation continue des mêmes politiques néolibérales. C’est que, comme la gauche réformiste avant elle, elle se discrédite et finit par restituer le pouvoir à la droite sans avoir rien modifié de l’ordre économique et social mais en ayant au passage achevé de discréditer le politique et la démocratie : le seul choix aujourd’hui est entre le cadre européen et l’alternance réelle.

Sortir de cette spirale mortifère pour la nation, la société et la démocratie suppose donc de sortir du cadre européen – ou de le faire exploser. Mais cela ne peut être ni de droite ni de gauche. La sortie du carcan européen ne peut rien régler « en soi ». La récupération de la souveraineté est un préalable indispensable à la reprise d’un vrai débat politique, projet contre projet, et à la restitution au peuple de sa capacité à trancher entre ces projets. Il ne faut donc pas demander à un Frexit d’être « de gauche », cela ne veut rien dire. La sortie ne peut prédéterminer l’avenir puisque son rôle est de rouvrir le champ des possibles, de mettre fin à l’alternance du pareil et du même. Car si l’on ne peut pas dire qu’il faut un « Frexit de gauche », on est en revanche assuré qu’en restant dans le cadre euro/UE, les politiques suivies seront toujours plus ordolibérales, austéritaires, liquidatrices des droits sociaux, du patrimoine et des services publics, et au final – comme on le voit se dessiner aussi bien en Grèce qu’avec le pouvoir macronien – des droits individuels et des libertés fondamentales.

La Résistance n’était ni de droite ni de gauche, elle visait à libérer le territoire de l’occupant afin de rendre à la nation sa liberté et au peuple sa capacité à maîtriser son destin.

En revanche, le Comité National de la Résistance qui regroupait des personnes et des mouvements de toute obédience – des communistes à une partie de l’extrême droite d’avant-guerre –, a réfléchi et élaboré un cadre économique et social assurant à chacun des sécurités élémentaires, le cadre dans lequel s’inscrirait le débat politique une fois la souveraineté nationale restaurée. C’est ce travail que nous avons à accomplir aujourd’hui.

Lire la 2eme partie de l'entretien avec Olivier Delorme paru sous le titre Olivier Delorme 2/2 : « Le principal acquis de l’ère Syriza restera sans doute l’immense discrédit qui frappe désormais le politique. »

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs détaille comment la Banque préconise des réformes, via un nouvel indicateur foncier dans le projet EBA, encourage les acquisitions de terres à grande échelle et l’expansion de l’agrobusiness dans les pays en développement. Ce nouvel indicateur est désormais un élément clé de l’initiative EBA, qui dicte les réformes favorables aux entreprises que les gouvernements devraient mener dans le secteur agricole. Initié comme projet pilote dans 38 pays en 2017, l’indicateur foncier devrait être étendu à 80 pays en 2019. Le projet est financé par les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni et par la Fondation Bill and Melinda Gates.

Les principales recommandations de l’EBA aux gouvernements sont de formaliser les droits de propriété privée, de faciliter la vente et de la location de terres à usage commercial, la systématisation de la vente de terrains publics aux enchères au plus offrant et l’amélioration des procédures d’expropriation. Les pays sont notés sur la manière dont ils mettent en œuvre ces recommandations. Leurs notes sont ensuite utilisées pour déterminer le volume d’aide internationale et d’investissements étrangers qu’ils reçoivent.

Parmi les nombreux problèmes détaillés dans le rapport, figure la prescription de la Banque aux gouvernements des pays en développement, en particulier en Afrique, de transférer les terres publiques ayant une « valeur économique potentielle » à un usage privé et commercial, afin que les terres puissent être utilisées « de manière optimale ». « Assurant que les pays à faible revenu ne gèrent pas efficacement les terres publiques, la Banque plaide en faveur de la privatisation de ces terres. Ce-faisant, elle ne tient pas compte du fait que des millions de ruraux pauvres vivent et travaillent sur ces terres, qui sont essentielles à leur subsistance, tout en constituant un capital ancestral d’une profonde signification sociale et culturelle.

Vendre les terres au plus offrant est publié dans le cadre de la campagne Nos terres, Notre business, composée de 280 organisations du monde entier, qui demande la fin du programme Enabling the Business of Agriculture.

Des versions courte et longue du rapport sont disponibles sur le site du CADTM

vendredi 22 février 2019

Forêts domaniales à vendre

La vente du pays par appartements continue

L'information est sortie dans le magazine Challenges le 8 octobre. Pour réduire son déficit, l'Office National des Forêts pourrait privatiser une partie de la forêt domaniale, patiemment constituée depuis huit siècles par les rois de France, puis par la République !

En octobre 2015, le magazine Challenges annonçait la volonté de l'ONF de privatiser une partie de la forêt domaniale.

L'objectif était de trouver de l'argent, indispensable au budget de l'office National des Forêts.

Deux ans et quelques mois plus tard, nouvel article, de nos confrères de Capital cette fois, qui explique que l'ONF est au bord de la faillite. Et cela malgré ces ventes de bois. Des ventes qui contribuent à 30% des ressources de l'Office mais qui ne décollent pas, selon le chiffre du magazine.

En réalité, le Code Forestier autorise déjà la cession par l'Etat de petits massifs (moins de 150 hectares), à condition que l'exploitation ne soit pas rentable et que l'intérêt écologique soit faible.

Mais le contrat d'objectif 2016/2020 de l'ONF préconise de systématiser ces ventes pour boucher le trou de l'Office, qui affiche un déficit supérieur à 20 millions d’euros sur un budget de 855 millions.

L'ensemble des syndicats de forestiers n'hésite pas à parler de "braderie" :

Cette nouvelle disposition heurte profondément les personnels de l’ONF car elle marquerait un virage sans précédent de la politique forestière de l’Etat qui initierait ainsi la privatisation au moins partielle du patrimoine forestier public.

En 2015, selon Christian Dubreuil, alors directeur de l'ONF, qui vient de quitter ses fonctions, c'est d'abord aux collectivités locales qu'il sera proposé d'acheter ces petites forêts. Ou de les échanger contre des bois communaux pour rationaliser l'exploitation de part et d'autre. Mais la cession au privé n'était pas exclue.

En Lorraine, où la plus grandes partie des forêts sont publiques (Etat et collectivités), le sujet est sensible.

Après l'annonce de la fermeture du campus ONF de Velaine-en-Haye, cette annonce posait la question du rôle de la puissance publique à l'heure du "tout économique". L'administration des Eaux et Forêts remonte à Philippe le Bel, mais ça ne fait pas si longtemps qu'on lui demande d'être rentable.

Benoît de Butler, France 3 Grand Est

mardi 19 février 2019

Entretien avec Olivier Delorme

Olivier Delorme est essayiste et historien. Enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris, il a reçu le prix « Mondes en guerre, mondes en paix » pour les trois volumes de La Grèce et les Balkans, a publié 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe aux éditions HO en 2017. Il nous livre une entrevue au sujet de la Grèce sous le prisme de la guerre économique au sein de l’Union Européenne dont voici la première partie

Dans votre essai 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe (HO éditions, 2017), vous soulignez l’origine historique des modalités – politiques comme juridiques – de mise en œuvre de la construction européenne, soit l’Allemagne nazie ou encore l’État français de Vichy. D’un point de vue historique et politique, 1945 a-t-elle signifié une rupture en ce qui concerne l’édification de l’Union ?

Le thème de « l’Europe », de l’ordre européen, de la croisade européenne contre le bolchevisme, volontiers assimilé à un asiatisme et/ou à un « complot juif », est en effet un thème majeur de la propagande du régime nazi comme de tous les gouvernements collaborationnistes en Europe, Vichy compris. Cette Europe-là est alors présentée comme une « troisième voie », et le combat pour la construire autour de l’Allemagne, modèle et moteur, vise à la fois le bolchevisme et la « ploutocratie anglo-saxonne » qui, dans cette vision délirante du monde, est elle aussi un instrument « aux mains des juifs ». Et la même propagande d’ajouter que cette Europe apportera le travail, les loisirs, le bien-être, la concorde et… la fin des guerres.

Il est d’ailleurs amusant de voir qu’on a choisi Aix-la-Chapelle pour lieu de signature du dernier traité franco-allemand : la référence à l’empire de Charlemagne est constante depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « la construction européenne », comme elle l’était chez les collaborationnistes français qui baptisèrent « Charlemagne » la division SS française qui se battit jusque dans les ruines de Berlin.

Si je crois utile d’insister sur ces points, c’est que depuis le traité créant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, on nous serine que l’Europe serait « par nature » un concept destiné à promouvoir la concorde et la fraternité des peuples. Or, entre 1941 et 1945, ce concept d’Europe a servi à justifier la guerre d’agression comme la hiérarchisation des peuples et le racisme d’État. Il faudrait donc qu’à un moment les européistes arrêtent de raconter n’importe quoi.

Notons qu’il y a également une continuité frappante entre les totalitarismes du XXe siècle et ladite « construction européenne » en ce qu’ils partagent la même croyance que les peuples sont incapables de se gouverner par eux-mêmes : la conviction la plus profonde de Jean Monnet, le principal inspirateur de l’édifice européen, fut sans doute que si on laisse les peuples se gouverner sans tuteur, ils font obligatoirement des « bêtises » : porter au gouvernement un parti se présentant comme de gauche radicale en Grèce, des « populistes » ailleurs, voter contre le traité dit constitutionnel ou en faveur du Brexit, pour les exemples les plus récents. Ils doivent donc s’en remettre à une technocratie : le gouvernement de sachants qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui, dans le cas de l’UE, s’exerce à travers le réseau de plus en plus étroit de traités privant des gouvernements en apparence démocratiques de la réalité du pouvoir et, au stade actuel, logiquement, de toute crédibilité. Au stade suivant, dont on commence à distinguer les prémisses dans certains discours, cette logique conduira, si on n’en interrompt pas le cours, à la remise en cause du suffrage universel au profit d’une nouvelle forme de suffrage censitaire restreint aux membres de ce que d’aucuns nomment « le cercle de la raison ».

Quant à la coupure chronologique que vous évoquez, elle se situe plutôt en 1948-1949. Dans l’immédiat après-guerre, bon an mal an, la Grande Alliance se maintient. Mais au fur et à mesure que se multiplient les heurts entre les deux systèmes qui se partagent l’espace européen (Trieste, guerre civile grecque, première crise de Berlin) et que la poigne stalinienne s’appesantit sur la partie orientale de l’Europe, les Européens de l’Ouest réclament que les États-Unis garantissent leur sécurité : c’est là que tout commence.

La première organisation européenne, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE transformée en Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE, en 1961), est fondée en 1948 pour répartir les crédits et matériels livrés au titre du Plan Marshall. Et celui-ci, en application de la « doctrine Truman » définie l’année précédente, a pour but de redresser les économies d’Europe de l’Ouest afin d’empêcher la contagion communiste. Mais l’OECE ne se bornera pas à cette tâche d’intendance. Elle jettera les bases d’une organisation, non de l’Europe, mais d’un espace transatlantique comprenant États-Unis, Canada et États d’Europe de l’Ouest, en abaissant les barrières douanières, en organisant une union de paiement, en favorisant l’introduction du fordisme, en harmonisant les normes. Jusqu’à aujourd’hui, cet organisme n’a cessé de produire de l’idéologie néolibérale et libre-échangiste en même temps que des statistiques et des injonctions destinées à étendre toujours davantage le champ d’application de cette idéologie. Quant à son premier secrétaire général, de 1948 à 1955, il se nomme Robert Marjolin, âme damnée de Monnet. Il sera successivement l’un des concepteurs des traités de Rome (1957), puis le vice-président (1958-1967) de la Commission européenne présidée par l’ancien juriste nazi Walter Hallstein, lequel, prisonnier en juin 1944, fut recruté par le programme américain de reformatage des élites allemandes. En outre, on sait aujourd’hui par les archives américaines que Marjolin se vit prescrire par le Département d’État américain, dès 1965, de préparer une union monétaire européenne « en rusant », jusqu’au moment où son adoption deviendrait « pratiquement inéluctable1 ».

Puis, alors que les États-Unis avaient, depuis leur indépendance, pour principe absolu le refus des alliances permanentes en temps de paix, ils acceptèrent la conclusion d’une telle alliance avec la signature du traité de l’Atlantique Nord en avril 1949. Et celle-ci précéda de peu la création par les Anglo-Saxons d’une République fédérale d’Allemagne à laquelle répondra celle de la République démocratique allemande.

C’est dans cette logique de guerre froide, et dans aucune autre, qu’il faut placer la conclusion du traité de CECA en 1951 : la défense de l’Europe occidentale par les États-Unis doit trouver comme contrepartie une réorganisation économique de l’ouest du continent européen permettant une meilleure pénétration des produits américains. Il ne faut pas oublier que le formidable essor économique qu’ont connu les États-Unis durant le deuxième conflit mondial génère après 1945, dans l’opinion comme chez les responsables américains, la très forte crainte que le rétablissement de la paix ne s’accompagne d’une crise de surproduction et d’un retour à la Grande Dépression des années 1930.

Dans ces conditions, c’est une des autres impostures européistes qu’il faut mettre au jour : on est plus forts à plusieurs. Or on n’est pas plus forts à plusieurs lorsqu’on a des intérêts divergents et que les décisions ne sont toujours que l’expression du plus petit commun dénominateur. En revanche, de la CECA au TAFTA, il est bien plus commode pour les Américains de s’entendre avec une autorité supranationale qui ne rend aucun compte démocratique à un peuple européen qui n’existe pas, ne se décrète pas et ne naîtra pas d’injonctions à respecter un taux d’inflation ou un niveau de déficit budgétaire, plutôt qu’avec plusieurs gouvernements qui, à chaque échéance électorale, doivent rendre des comptes à leur peuple respectif.

De surcroît et nonobstant son état-civil, Monnet est, tout au long de sa vie de négociant d’alcool et de banquier, bien plus américain qu’européen. Sitôt nommé à la tête de la CECA, il réclame à Washington qu’on lui envoie comme ambassadeur l’ancien chef de la branche européenne de l’OSS (l’ancêtre de la CIA). La CECA substitue alors au charbon polonais, d’excellente qualité mais venant d’une Europe avec laquelle les États-Unis veulent que cessent les échanges commerciaux, du très médiocre charbon américain subventionné par Washington pour cause de surproduction. Puis Monnet sollicite un prêt américain dont la contrepartie sera une augmentation de ces importations qui conduit, à terme, à la ruine et à la liquidation de l’industrie charbonnière des États membres de la CECA.

Monnet est également derrière le projet de Communauté européenne de défense (CED) : du fait de la guerre de Corée, Washington exige que les Européens participent davantage à leur défense et donc que l’Allemagne réarme. Mais en Europe et en France, les oppositions à la renaissance d’une armée allemande, cinq ans après la fin de l’Occupation et de ses innombrables crimes, sont considérables. Monnet imagine donc une armée prétendument européenne, en réalité de supplétifs américains, dans laquelle serait noyé un contingent allemand. Le projet se heurtant (avant d’échouer) à l’opposition, en France, des gaullistes et des communistes, Monnet fait encore partie des « sages » qui conçoivent l’organisation militaire intégrée du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) : la circulation du personnel politique entre organisations européennes, OTAN et multinationales américaines en dit long sur les racines américaines de cette prétendue « construction européenne ». Le Belge Paul-Henri Spaak, un des principaux concepteurs des traités de Rome dont la négociation commence moins d’un an après la mort de la CED, devient moins de deux mois après la signature de ces traités (25 mars 1957) le deuxième secrétaire général de l’OTAN, avant d’intégrer en 1966 le conseil d’administration de la compagnie américaine de téléphonie ITT – rien de nouveau avec Barroso-Goldman Sachs ! Le même Spaak, et le français Robert Schuman, autre « père de l’Europe », sont d’ailleurs qualifiés de hired hands (mains mercenaires) dans les archives d’une CIA qui n’a cessé d’arroser de généreux subsides les mouvements européistes. Quant au Néerlandais Joseph Luns, autre « père » des traités de Rome, il battra tous les records de longévité au secrétariat général de l’OTAN (1971-1984).

En réalité, la « construction européenne » n’a jamais été (sauf durant l’intermède gaulliste vite effacé par les dirigeants européens et français) que la construction américaine d’un glacis ouest-européen dans le cadre de la guerre froide, avant de devenir, à la fin de celle-ci, l’antichambre de l’admission dans l’OTAN des États d’Europe orientale affranchis du joug soviétique – des États pour lesquels, comme c’est chaque jour plus évident, les relations avec les États-Unis priment tout engagement contracté dans le cadre de l’UE.

Ce qui, désormais, dans le contexte de la « convergence des crises » qu’elle doit affronter et qui peut laisser espérer enfin sa disparition, pose un problème existentiel à cette UE. Car la quasi-totalité de ses membres (à commencer par l’Allemagne) ne peuvent pas même imaginer une Europe qui soit autre chose que l’arrière-cour des États-Unis… alors que le créateur témoigne de moins en moins d’aménité pour sa créature. C’est que, du fait de la reconfiguration en cours de la puissance américaine dans laquelle l’Europe est devenue secondaire, l’UE et l’OTAN apparaissent de plus en plus comme les reliquats d’un « vieux monde », perçus au mieux comme des poids morts et au pire comme des obstacles. Car si Trump n’est pas le premier à accuser les Européens de ne pas dépenser assez pour leur défense, il innove en tournant la page du multilatéralisme et du libre-échange généralisé parce que ceux-ci jouent désormais contre la puissance américaine – orientation probablement aussi durable et indépendante des alternances politiques à venir que fut le tournant Thatcher-Reagan des années 1980. De même pour la monnaie unique, naguère voulue par le Département d’État, mais qui s’est transformée – du fait de sa sous-évaluation pour l’Allemagne alors qu’elle asphyxie la plupart des États de l’eurozone pour lesquels elle est surévaluée – en puissant instrument de dumping des produits allemands, au détriment des emplois américains.

Lire l'intégralité de l'entretien paru sous le titre " Olivier Delorme 1/2 : « Si en Grèce, l’Europe c’est la paix, elle ressemble de très près à la paix des cimetières. »"

jeudi 14 février 2019

Modèle anthropologique présumé inédit

La situation est inédite, car tel est manifestement le modèle anthropologique y afférant. En relisant le carnet personnel d’un Athénien cultivé, issu de la vielle bourgeoisie grecque de Constantinople, texte alors rédigé comme on dit “à chaud” durant les années de l’Occupation Allemande de 1941-1944, une certaine comparaison est alors possible quant à l’état des mentalités, entre cette époque pas si lointaine et la nôtre.

Pour Yórgos Pappás (1903-1982), c’est le nom de l’auteur, il n’y a guère de doute. En dépit des difficultés, de la famine, de la dureté, voire, de la cruauté dont faisaient preuve les forces occupantes, après une guerre d’abord victorieuse pour l’Armée grecque contre celle de Mussolini sur les montages d’Albanie, la triple Occupation du pays, Allemande, Italienne et Bulgare, était considérée comme provisoire et surtout, “nous n’avions pas du tout une mentalité de vaincus”, précise-t-il alors Yórgos Pappás. Ensuite, il y a cet épisode, déjà remarquable aux yeux de Pappás.

Tsolákoglou , alors Premier ministre de type “Quisling”, installé au pouvoir par les Allemands durant la première période de l’Occupation (avril 1941-décembre 1942), avait reçu dans son bureau, c’était en 1941, Pános Kókkas (1919-1974), jeune avocat à l’époque et éditeur de presse par la suite après la guerre. “C’est Kókkas qui donc insista pour cette rencontre, dont le but était de notifier à Tsolákoglou un document argumenté et préparé par le jeune avocat, prouvant que le Premier ministre était coupable du crime de la haute trahison. Tsolákoglou a lu le texte en présence de Kókkas sans réagir, et il lui a aussitôt demandé à quitter les lieux. Tout le monde s’attendait à l’arrestation de Kókkas, mais il ne s’est rien passé.” Tsolákoglou faisait preuve en effet d’un certain sens des réalités ainsi que de ce minimum de morale comme de patriotisme, ce que les historiens spécialistes de la période n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner.

L’année suivante, le 5 mars 1943, une manifestation massive, patriotique et résistante a lieu au centre d’Athènes. Les Athéniens protestent contre l’annonce de la mise en place d’une forme de STO (Service du Travail Obligatoire) au profit bien entendu de l’Allemagne. La manifestation a été violement réprimée par les occupants, et il y a eu près d’une vingtaine de morts sur place et de nombreux blessés. Le gouvernement, toujours de type “Quisling” dirigé par Konstantínos Logothetópoulos (1878-1961) a pourtant reculé devant la volonté populaire. “Aucun Grec ne sera envoyé en Allemagne pour y travailler”, avait-on alors annoncé très officiellement et tel a été effectivement le cas.

Les arguments, toujours actuels, ne manquent pas lorsqu’il s’agit de considérer Tsípras ainsi que les Premiers ministres avant lui et depuis le moment du premier Mémorandum signé avec la Troïka en 2010, comme coupables de ce crime de la haute trahison en passant aussi par la violation permanente de la Constitution. Tsípras ne réagit certes pas pour avoir été qualifié de traître à la patrie, ceci ouvertement même à travers certains médias, mais c’est cependant l’ensemble d’un système institutionnel et autant institutionnalisé qui ne réagit alors pas. Régime supposé démocratique, sauf que sa coquille est vide.

Pis encore, le cynisme, ainsi que l’amoralisme de l’inculte Aléxis Tsípras (comme de nombreux autres politiciens) sont alors tels, que cette marionnette du temps présent, insulte alors ouvertement l’immense majorité du peuple grec lorsque ce dernier se montre très majoritairement opposé à sa politique. Comme encore, il ne reculera pas devant une masse non négligeable celle des manifestants. On dirait même que les Tsolákoglou et autres Logothetópoulos, posséderaient-ils davantage le sens des réalités, et notamment celui du rejet dont ils faisaient l’objet de la part de l’immense majorité du pays réel. Ils tenaient même parfois compte de cette opinion publique et certaines manifestations de 1943 ont eu d’écho, contrairement à celles des années 2010-2019. Plus maintenant.

Il faut ici préciser que sous le leurre de la dite mondialisation, les entités humaines et sociales se trouvent privées de leurs conditions anthropologiques originales, celles qui depuis la nuit des temps avaient alors assuré leur reproduction culturelle, voire biologique. Cette paranoïa réellement existante, déclarera accessoirement la guerre à la famille, elle atomisera les êtres humains jusqu'à l’os, comme elle paupérisera à outrance ce qui subsiste encore de l’ancienne classe décidément (trop) moyenne.

Les retraités athéniens devenus vendeurs à la sauvette, n’échangeront ainsi que du seul regard avec les retraités... encore maintenus et de passage. On parle peu, on observe à peine, et surtout, on fait du surplace. Ce nouveau monde devient fragmenté, incohérent et irrationnel. Il s’apparente même à une situation humaine généralisée ayant prévalu durant les longs siècles et les temps avant même l’apparition du fait politique. “Notre” ultime postmodernisme incarne en réalité le retour imposé à un temps humain que l’on qualifierait de largement pré-politique.

Modèle anthropologique que l’on présumerait inédit. Anthropologie postmoderne impliquant une mosaïque de formes aplaties, impersonnelles, dénuées de sens et politiquement largement inexprimées comme inexprimables. Le tout, dirigé par cette main invisible qui régit les relations entre les individus impliqués, profusément stimulée par des spéculateurs parfaits à la Soros, des athéistes consacrés à la Tsípras, des égoïstes profiteurs, et qui s'engageront d’abord dans la recherche du plaisir et de l'eudémonisme. Pour le reste, la caste des marionnettes est autant imbibée visiblement dans le vice de moins en moins caché, l’anomie, et c’est l’arbitraire, le leur, qui devient ainsi obligatoire.

Manifestement, Tsípras, à l’instar de tant d’autres, appartient à cette caste ainsi préfabriquée. Et au niveau pratique, il ne restait que l’officialisation de la liaison, entre la gauche, la droite dite “libérale”, et les globalistes à la Soros. C’est chose faite avec la fin de l’illusion socialiste, de même qu’avec la fin de l’illusion trompeuse des démocraties dites représentatives. Pourtant nous avons été quelque part prévenus. Panagiótis Kondylis (1943-1998), grand esprit du siècle dernier, avait déjà insisté sur le dénominateur commun essentiel du marxisme originel et du libéralisme capitaliste. Ce dénominateur commun alors réside dans la prétendue certitude de l'élimination des guerres, rien que par l'absorption de l'élément politique par l'élément économique.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou par sous le titre Monde fini sur son blog Greek Crisis

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