Musée de l'Europe et de l'Afrique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Quatrième nuit de Walpurgis

Fil des billets - Fil des commentaires

jeudi 22 février 2018

Une affaire d'Etat

Alors que la Cour d'Appel a confirmé le placement en détention provisoire de M. Tariq Ramadan, il est bon de revenir sur le précédent de Tarnac et un acteur commun aux deux affaires...

C'est le Procureur de Paris, François Molins, qui a requis la mise en détention provisoire de M. Tariq Ramadan (la non-indépendance du Parquet ayant par ailleurs été mille fois dénoncée par les observateurs du système juridique français soucieux de la séparation des pouvoirs).

Directeur de cabinet de la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie au moment du déclenchement de "l'Affaire de Tarnac", c'est en tant que Procureur de Paris que François Molins avait eu ensuite à en traiter, s'acharnant à imposer la qualification "terroriste", malgré les juges d'instruction eux-mêmes. Il fallut une décision de la Cour de Cassation pour que cette qualification soit définitivement abandonnée... le 10 janvier 2017 (soit 9 ans après les faits !).

Le journal l'Humanité rappelait à cette occasion l'acharnement du Procureur Molins sur les prévenus :

Sur le fond, la décision de la Cour de cassation s’inscrit dans le droit fil de celle prise par les juges d’instruction. En août 2015, Après sept années d’une enquête qui n’a cessé de se dégonfler, ils n’avaient pas retenu la qualification « terroriste ». Mais vu seulement une opération de dégradation du réseau ferroviaire, effectuée dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à Dhuisy (Seine-et-Marne), au moyen d’un crochet de fer à béton déposé sur une caténaire. Les magistrats instructeurs admettaient que ces actions ont été commises « dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF ». Mais, au-delà du désagrément causé aux usagers, elles ne pouvaient être considérées « comme ayant intimidé ou terrorisé tout ou partie de la population ».

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais le parquet de Paris, mené par François Molins, qui était directeur de cabinet de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie en 2008, ne l’entend pas ainsi. Il fait appel de l’ordonnance des juges, en s’appuyant notamment sur le fameux pamphlet signé par le Comité invisible, l’Insurrection qui vient, attribué à Julien Coupat. Selon le parquet, ce texte – jamais interdit de vente – ne laisserait « aucun doute quant à la finalité de renverser par la violence l’État et détruire la société occidentale actuelle »... Examinés en juin 2016, ces arguments n’ont pas convaincu la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Jusqu’au-boutiste, le parquet général s’est tout de même pourvu en cassation. Avec la réussite que l’on sait. Lors de l’audience, en décembre, même l’avocat général de la Cour de cassation n’a pas défendu la position du parquet.

"Détruire la civilisation occidentale actuelle"... Rien que ça ! On peut imaginer ce que le Procureur de Paris peut fantasmer sur Tariq Ramadan...

Depuis, le Procureur de Paris a eu à traiter de toutes les affaires de terrorisme (et particulièrement islamiste) à l'échelon national, pour lesquelles il est seul compétent.

Il y a donc de fortes raisons de penser que l'incarcération de M. Tariq Ramadan soit une incarcération anti-terroriste qui ne dit pas son nom, et qu'elle n'ait finalement que peu à voir avec le témoignage des plaignantes (quels que soient les faits), Tariq Ramadan ayant depuis des années été accusé d'être un inspirateur du terrorisme par une partie de la presse (comme l'atteste, de façon si subtile !, la Une de Charlie Hebdo du 7 février 2018, Nouveau Journal Officiel de la République Française[1]...) et de hauts responsables de l’État...

Comme l'a montré l'affaire Coupat, Tariq Ramadan risque donc d'être emprisonné, sans jugement, pour de très longs mois (plus de six mois dans le cas du premier !) à la discrétion d'autorités publiques, agissant "au nom du Peuple Français" qui a donc des comptes à leur demander - surtout après le fiasco de l'affaire de Tarnac qui n'a pourtant entrainé aucune sanction (et quels que soient les prétendus "changement de majorités" - 2 quand même !)...

Il ne s'agit de rien d'autre que d'une lettre de cachet. On imagine mal que celle-ci n'ait pas reçu l'aval de la Ministre de la Justice et du Président de la République...

Mais considérée la notoriété internationale dont jouit le prévenu, cette "affaire d’État" se déroule désormais soust les yeux du monde entier qui s'écarquillent devant le charme discret de la séparation des pouvoirs au pays de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et de Montesquieu...

Depuis le 11 janvier, les plus hautes autorités de l’État n'auront décidément eu de cesse de concéder victoire sur victoire aux terroristes (qui détestent Tariq Ramadan au plus haut point) en dynamitant les libertés publiques qui, n'en déplaise aux Inquisiteurs de la politique de la peur, font partie intégrante, et ici pour le meilleur, de la-dite "civilisation occidentale".

Le Concierge

Notes

[1] Un humour de lâches, face à un homme incarcéré ?

mardi 20 février 2018

D'une guerre à l'autre

La situation n’est donc pas à prendre à la légère, et aux frontières de la Grèce... il n’y a ni la Belgique, ni le Danemark. Comme le fait remarquer sur son blog l’analyste en géopolitique Dimitris Konstantakópoulos, “les États-Unis sont à présent représentées en Grèce par l'ambassadeur Geoffrey Pyatt, mondialement connu pour son mandat précédent à Kiev. Durant son mandat, les événements en Ukraine ont été les suivants: une révolte, un coup d'État, une guerre civile, un avion civil abattu, ainsi que la plus grande crise des trente dernières années dans les relations russo-occidentales.”

“En ce moment, M. Pyatt se rend à Ankara pour négocier l'avenir de la Grèce et de Chypre accompagnant Rex Tillerson secrétaire d'État des États-Unis de l'administration du président Donald Trump, dans ses pourparlers avec M. Erdogan. La présence d'Athènes et de Nicosie était évidemment jugée inutile dans ces discussions. Ces deux autres capitales seront informées rétrospectivement de ce qu'elles doivent tout juste savoir... et quant à nous, nous subirons les suites.”

“Erdogan, Tillerson et Pyatt mettront tout sur le tapis pour déterminer ce qu'ils donneront de la Grèce et de Chypre à la Turquie afin que le Sultan (Erdogan) puisse donner son accord, ce qui d’ailleurs n’est pas certain. Dans l’éventualité d’un accord entre la Turquie, l'Occident et Israël, nous ici, nous paierons une partie de la facture, et à défaut d’accord, il ne peut pas être exclu qu’une... belle guerre gréco-turque puisse par la suite être organisée.” (Dimitris Konstantakópoulos, “Grèce: tout droit vers le précipice”, 15 février 2018)

L’expérience grecque ainsi que l’analyse qui est celle de ce blog depuis ses débuts (2011), c’est que l’austérité (euphémisme en toute évidence qui cache une réalité beaucoup plus apocalyptique), la prise du contrôle total des finances du pays (et des pays), des institutions, des mentalités (mécanique sociale), l’annulation (dans les faits) de la Constitution, la marionnettisation surpassant le ridicule de la classe politique (en réalité apolitique), la fin des droits sociaux, ce n’est qu’une palier dans cette guerre asymétrique que les pays, nations et sociétés subissent... au risque de disparaître même entièrement... en succombant, à défaut de résister.

Et lorsque cette mainmise sur les ressources, sur les cultures, sur les populations, sur les mentalités atteint le niveau visé (par certains pays supposés grands et pas la dite élite mondialisatrice pour qui les petits gens ne sont que “de la vermine”, c’est bien connu), eh bien, il ne restera que le chaos provoqué comme provoquant. Plus évidemment la guerre tout court... faite par d’autres moyens. D’où à notre avis, le handicap (en réalité assumé) des analyses (supposées marxisantes) que la gauche à la SYRIZA adopte ici ou là, histoire tout naturellement de (mal) dissimuler son appartenance consubstantiel (mais bientôt cosmétique) au méta-monde de l’hybris, comme de la piraterie généralisée, qui est le “nôtre”.

Les Grecs l’ont si bien compris qu’ils ne manifesteront plus jamais nous semble-t-il, à l’appel des partis de gauche ou des syndicats. Désormais, ce sont les questions identitaires, celles liées à l’ultime existence ainsi acculée, qui véhiculent, véhiculeront et canaliseront l’immense douleur des années troïkannes, ce que les grands rassemblements à propos de la question Macédonienne ont déjà prouvé à Thessalonique et surtout à Athènes.

Inutile de dire combien et comment une déflagration gréco-turque en Égée (même de courte durée), en Thrace ou à Chypre, pourrait devenir ce catalyseur qui balaiera, non seulement le “gouvernement” SYRIZA/ANEL, mais peut-être bien, l’ensemble du régime politique grec. Un peu comme l’invasion turque à Chypre et la courte guerre gréco-turque en 1974, ont balayé le régime de l’autre junte, celle des Colonels.

Il n’y aura pas de retour ne arrière dans ce processus qui est le nôtre actuellement, et nous irons très probablement jusqu’au bout. Les Grecs n’ont même plus d’illusions quant à l’état du monde, quant au simulacre de la démocratie, ou quant aux enjeux géopolitiques dans cette région du monde. Tsipras et les siens sont désormais haïs (et non seulement politiquement rejetés) par plus du 70% de la population. La situation à Athènes... étant sans cesse observée, les Ambassades à Athènes devraient autant le savoir.

Enfin, ce que les Grecs savent (si ce n’est que par intuition), ce que Tsipras (visiblement davantage que Samaras), après avoir paraphé tant de mémoranda coloniaux, il aurait en même temps, donné son accord à un agenda géopolitique dissimulé, au détriment des intérêts, voire, de l’intégrité territoriale du pays. Pour une “majorité” réelle (et non pas forcément électorale) se basant sur près du 10% des Grecs (et encore), tout cela ne passe absolument pas, d’où ce qualificatif lequel revient ainsi sans cesse en ce moment en Grèce pour designer les Syrizistes: “Traîtres”.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous ce titre sur son blog Greek Crisis

lundi 12 février 2018

L’enjeu central pour eux est de baisser, partout en Europe, les salaires, les retraites et les allocations sociales, de précariser les contrats, limiter le droit de grève, réduire les dépenses sociales dans les dépenses de l’État, privatiser, etc.

Le contact avec Schäuble commence mal car celui-ci refuse de lui serrer la main. Varoufakis met en avant les deux points suivants : « Premier point, je ne demandais pas de radiation de la dette, et l’échange de dettes que je proposais bénéficierait à l’Allemagne et à la Grèce. Deuxième point, j’ai insisté sur ma détermination à traquer les fraudeurs et faire passer des réformes pour encourager l’entreprenariat, la créativité et la probité dans la société grecque »

Varoufakis explique que la relation s’est détendue, Schäuble lui proposant de se tutoyer et de lui envoyer cinq cents inspecteurs du fisc allemand. « Je l’ai remercié pour sa générosité, mais j’avais peur qu’ils se découragent en réalisant qu’ils ne pouvaient déchiffrer ni les déclarations de revenus ni les papiers nécessaires. En revanche j’avais une idée : et s’il nommait le secrétaire général de l’administration fiscale de mon ministère ? »

Varoufakis précise qu’il s’agissait de sa part d’une proposition tout à fait sérieuse. Il en a profité pour expliquer à Schäuble quelque chose que le ministre allemand savait certainement déjà : à savoir qu’au sein du ministère grec des Finances, le service de collecte des impôts avait été confié à une personne du privé. Varoufakis explique : « la personne qui en était responsable n’était ni nommée par moi ni redevable devant moi ou mon Parlement, même si c’était à moi de rendre compte de son action quotidienne. Voilà donc ce que je lui proposais : il choisirait un administrateur fiscal allemand aux références irréprochables et à la réputation intacte qui serait nommé sur-le-champ et responsable devant lui et moi ; si il ou elle avait besoin de renfort de son ministère, je n’y voyais aucun inconvénient. » Sur ce point, Varoufakis propose une solution qui constituerait, si elle était appliquée, un abandon encore plus important de souveraineté, et cela directement au profit du gouvernement allemand.

Mais Schäuble n’était pas intéressé et passe au sujet qui est au cœur de toute sa stratégie et de ses motivations profondes : « sa théorie suivant laquelle le modèle social européen « trop généreux » était intenable et bon à jeter aux orties. Comparant le coût du maintien des États-providences avec ce qu’il se passe en Inde ou en Chine, où il n’y a aucune protection sociale, il estimait que l’Europe perdait en compétitivité et était vouée à stagner si on ne sabrait pas massivement dans les prestations sociales. Sous-entendu, il fallait bien commencer quelque part, et ce quelque part pouvait être la Grèce. »

Si Varoufakis, Tsakalotos et le cercle dirigeant autour de Tsipras avaient pris au sérieux le message que voulait faire passer Schäuble et que son homologue italien avait déjà transmis à Varoufakis deux jours plus tôt, lors de son passage à Rome, ils auraient compris que la proposition d’échanges de dettes n’avait aucune chance de convaincre le gouvernement allemand et tous les gouvernements de la zone euro qui font de l’augmentation de la compétitivité (au profit des grandes entreprises privées exportatrices) leur objectif principal |6|. L’enjeu central pour eux est de baisser, partout en Europe, les salaires, les retraites et les allocations sociales, de précariser les contrats, limiter le droit de grève, réduire les dépenses sociales dans les dépenses de l’État, privatiser, etc. Si la proposition de Varoufakis avait été acceptée, elle aurait permis au gouvernement grec de desserrer l’étau de la dette. Or, le gouvernement allemand et la plupart des autres gouvernements de la zone euro (sinon tous) ont besoin de l’étau de la dette pour imposer la poursuite de l’application de leur modèle et se rapprocher des objectifs qu’ils se sont fixés. Ils souhaitaient aussi ardemment faire échouer le projet de Syriza afin de démontrer aux peuples des autres pays qu’il est vain de porter au gouvernement des forces qui prétendent rompre avec l’austérité et le modèle néolibéral

Extrait de la sériée d'Eric Toussait : "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même".

Épisode6 : "Varoufakis-Tsipras vers l’accord funeste avec l’Eurogroupe du 20 février 2015".

A lire sur le site du CADTM

vendredi 19 janvier 2018

Tout y passe ou presque, du droit de grève... au “remodelage” de la moitié du code pénal

Original File Name: 2018011057.jpg La ministre grecque de la destruction du droit du travail (coll. Greekcrisis)

Le temps était encore doux jusqu’à vendredi à Athènes. Ce même jour, le pseudo-gouvernement présentait au pseudo-Parlement son énième mémorandum intermédiaire, et autant fourre-tout ravageur des acquis sociaux et démocratiques depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’un texte de loi... de 1.531 pages, lequel comme d’habitude les “députés” ne liront (presque) pas. Sa lecture (partielle sur Internet) trahit même son origine: une traduction rapide et quasi automatique, ayant comme langue source la novlangue du patois globaliste, à savoir, l’anglais des Troïkans et non pas celui de Shakespeare.

Sous Alexis Tsipras, le pays déjà défait, devient alors un territoire sciemment décomposé. Et dès ce samedi, voilà la pluie et le froid qui marquent ainsi leur retour ! Telle est notre... désormais bien longue, tradition dans la “gouvernance” mémorandaire. Cette... écriture aux 1.531 pages de tant de mesures et de nouvelles réglementations, doit être adoptable et adaptable très officiellement “d'urgence”, c’est-à-dire avant l’Eurogroupe ainsi imminent, fixé pour lundi prochain.

Original File Name: 2016112156.jpg La même en 2016, livrant les conventions collectives à la troïka lors d'une petite réunion entre amis au Hilton (arch. Greekcrisis, lire Ultimes poubelles du marketing politicien)

Tout y passe ou presque, du droit de grève... au “remodelage” de la moitié du code pénal, comme autant de la privatisation de fait de la Justice, par la mise en place d’un système de conciliatoire privé rendu obligatoire. On a beau avoir fêté la Théophanie partout en Grèce avec la traditionnelle cérémonie de la bénédiction des eaux qui se déroule dans toutes les églises grecques (près des eaux) chaque année à la date du 6 janvier ; rien n’y fait.

Et comme nous le remarquions récemment sur ce même blog, les “réconciliateurs” ainsi prévues, pourront être recrutés également en dehors des formations et des professionnels du Droit, et ils seront d’ailleurs directement rétribués par les citoyens intéressés, quand en même temps, ces derniers n’auront plus vraiment la possibilité de saisir directement les Tribunaux. Tsipras, est alors et décidément... de la dernière pluie... toxique qui tombe sur le pays.

En attendant l’adoption de cette (bien énorme) loi, et en réaction de celle-ci, mardi dernier 9 janvier, certains membres du syndicat PAME (affilié au PC grec), avaient investi par surprise les locaux du Ministère du Travail (dont celui de la Ministre Achtsioglou). La motivation annoncée pour cette action fut trouvée en la réactualisation (et autant officialisation) de la mise entre parenthèse du droit de grève, mesure qui figure au présent mémorandum (dit également “intermédiaire”).

Au-delà du symbole recherché (et trouvé) au moyen d’une telle action, à l’efficacité il faut l’admettre plutôt contestable, les Grecs ont tout de même pu (une fois de plus) à cette occasion, relever grâce à l’irruption des syndicalistes de PAME, toute l’animosité qui caractérise alors pareils affrontements (pour l’instant verbaux).

Sauf qu’on y relève surtout cette expression et autant posture corporelle des protagonistes, dont l’arrogance et le mépris perceptibles à travers l’attitude de la Ministre Achtsioglou. Le tout d’ailleurs, devant les photographes de presse présents sur les lieux. Arrogance, mépris et ainsi cynisme, relevant de toute évidence des tendances obsédantes fondamentales de la psychologie individuelle et collective chez les pseudo-gouverneurs actuels, c’est bien connu. À leur propos, le voisin Kostas maintient alors mordicus que “ces gens... sont manifestement mandatés et désignés par un certain au-delà”.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Tutoyer le réel " sur son blog Greekcrisis

Lire aussi : Les accords précédents avec les créanciers ont aboli le régime parlementaire grec

samedi 6 janvier 2018

Jusqu'au bout de l'hybris...

Début 2018, et les mieux pourvus se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique, tandis que l’escroc politique Alexis Tsipras et les siens (sous forme de commissions dites “d'experts”) décideront alors en comité restreint (clos) et sans la presse (la nouvelle vient de tomber), du sort architectural de l’ancien aéroport d’Ellinikón (ou Hellenikó, également sur la Rivier d’Athènes). Il s’agit bien de ce site dont le “gouvernement de la gauche radicale” a ainsi finalisé la vente aux “promoteurs”. Il fut un temps pas si lointain, où Tsipras se faisaient photographier avec ceux qui luttaient contre cette vente (en réalité, il a été bradé). Tsipras, dernier arriviste de l’ultime gauche dans ce pays, ira ainsi jusqu’au bout de l‘hybris.

Original File Name: 2018010463.jpg Photo : collections de GreekCrisis

On sait que la société privée grecque ‘Lamda Development’, soutenue par le groupe multinational ‘Global Investment’, le groupe chinois ‘Fosun’ et une société d’Abou Dhabi, a emporté le... morceau moyennant donc 915 millions d’euros. Elle devient le propriétaire de l’ancien aéroport sur une zone côtière de 3,5 kilomètres de longueur et une marina, pour lancer son... méga-projet immobilier sur le site de l’ancien aéroport, avec la construction de nombreuses résidences de toute taille et des parcs d’activités, voir d’ailleurs à ce propos les articles... dithyrambiques dans la presse plus autorisée que jamais . Pauvres journalistes, incroyables avatars !

Ce qui s’y joue, tient autant de l’autorisation accordée aux “promoteurs” pour y bâtir toute une série d’immeubles très élevés, et même l’autre dictature, celle des Colonels (1967-1974) avait pourtant renoncé à un projet analogue sous la pression collective comme culturelle (colères certes sourdes). En réalité, le POS régissant la construction à Athènes, interdit ce type d’immeubles bien grands, c’est-à-dire plus hauts que l’Acropole, et cette règle est autant et d’abord morale, d’où l’énormité dans la transgression ainsi commise par... la bande à Tsipras.

D’ailleurs à ce sujet, même au “Quotidien des Rédacteurs” (pourtant journal pro-SYRIZA), on ne peut qu’exprimer de l’indignation devant ce nouveau crime d’Alexis Tsipras (et du “gouvernement” SYRIZA/ANEL):

“Ces... esprits ‘instruits’ du gouvernement veulent ainsi autoriser la construction d’une barrière de bâtiments imposants, une miniature (peut-être une copie) de Dubaï, de tout ce toc, alors réalisé aux limites de l’hybris, (autant) au moyen d’arrangements avec et au sein du para-État gouvernemental. Et pourtant en face, elle se trouve la population locale et les citoyens démocrates qui se révoltent, de même que la plupart des scientifiques cohérents d’esprit: archéologues, architectes, voire les artistes.” (“Quotidien des Rédacteurs” du 3 janvier 2018) .

L'Aéroport international d'Ellinikón était comme on se souvient, cet aéroport historique qui desservait la ville d'Athènes, avant d'être remplacé en 2001 par Elefthérios-Venizélos (aéroport actuel) dont ses promoteurs de l'Allemand Hochtief qui détenait encore 40 % des parts en 2013, ont expressément exigé la fermeture. Pourtant, le bon sens exprimé même publiquement à l’époque avait argumenté en faveur du maintient du site comme deuxième aéroport (à l’instar de Roissy après Orly et après Le Bourget en France). Et comme en 2017, le nombre de visiteurs du pays avoisine les 30 millions par an, voilà que le nouvel aéroport de la capitale n’est guère loin d’être saturé.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre " La mesure humaine " sur son blog GreekCrisis

jeudi 28 décembre 2017

La truth policy de Trump

truthpolicy.PNG

Après avoir affirmé que Jérusalem est la Capitale d'Israël, ce qui est la vérité factuelle, certes non reconnue par de nombreux États, mais ce qui ne change rien à la réalité des faits[1], Donald Trump donne un cadre légal à la production d'Armes biologiques de Destruction Massive, dont la réalité a toujours été déniée à la manière d'un secret de polichinelle. Les grandes âmes s'émeuvent : il est très méchant. Traduction : les précédents étaient très gentils. Les suivants seront aussi très gentils. Plus belle la vie à Bikini ?

Le Concierge

Notes

[1] L'intellectuel, de réputation internationale Tariq Ramadan (et le musée de l'Europe en profite pour lui apporter tout son soutien dans l'épreuve qu'il traverse à l'initiative de sa harceleuse habituelle) le soulignait le 7 décembre 2017 : "Palestine et Jérusalem : Trump et Netanyahou ont raison! Le président Donald Trump a raison, la réalité sur le terrain est que Jérusalem est de facto la capitale d'Israël. Le côté occidental est déjà annexé tandis que l'est de la ville est lentement colonisé. Jour après jour. Donald Trump met simplement des mots audibles à une politique silencieuse convenue. L'idée d'un Etat palestinien doit disparaître sur le terrain alors qu'ils prétendent s'asseoir autour de tables de «négociation». Ils appellent cela "le processus de paix"! Le président Trump à au moins le mérite d'être franc: il veut parler de paix une fois qu'il est clair que la Palestine n'a plus d'existence géographique. N'était-ce pas la même politique que celle qui a été promue par les précédentes administrations américaines de Clinton à Bush, et Obama. . . avec les mots en moins?

lundi 25 décembre 2017

Chant de Noël pour temps obscurs

beartAutoroute.PNG Cliquer sur l'image pour écouter "L'autoroute en bois"

Les petit(e)s politicard(e)s, trotscard(e)s en rut, de Syriza, dépeçant le vieil État social des "privilégiés" la bouche en cœur et le Bon Dieu sans confession me font penser (en attendant la 4ème nuit de Walpurgis où s'accoupleront sataniquement les start-ups de droite et les start-ups de gauche qui squattent l'Assemblée Nationale en France et l'Organe de Presse Moustachu - OPM) à cette chanson de Guy Béart (dont le public de ce blog voudra bien ne pas faire une lecture "genrée" - quand on n'a qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous, c'est bien connu - ce serait comme prendre l’Évangile au premier degré, c'est un texte sur la perversion - qui est venue et n'a pas fini de venir sous la marque "Révolution" - beaucoup plus profond et terrible. Sans oublier que Béart a été exécuté par le Pervers en chef élevé comme Charlie Hebdo, au rang de "ça" national.)

Joyeux Noël aux lecteurs de ce blog et aux Homme(e)s de bonne volonté.

Les jours heureux reviendront.

Car "cela s'appelle l'aurore".

Amen

Le Concierge

dimanche 24 décembre 2017

Un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque, au pouvoir depuis bientôt trois ans, votent en faveur de l’incarcération des militants du mouvement social qui se seront opposés à la saisie (pour dettes) d’une résidence principale...

Aujourd’hui, un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque, au pouvoir depuis bientôt trois ans, votent en faveur de l’incarcération des militants du mouvement social qui se seront opposés à la saisie (pour dettes) d’une résidence principale et à l’expulsion locative qu’elle entraîne.

(Se seront opposés de leurs corps ; se seront interposés entre ménages ou individus endettés et agents chargés d’appliquer la sentence, de les virer de chez eux, de les mettre à la rue ; auront donc dans le langage néo-libéral fait “violence” à des dépositaires de la force publique. Existe-t-il aujourd’hui, dans la solidarité avec les réfugiés, dans la défense des droits sociaux les plus élémentaires, d’autre forme d’opposition que celle qui engage le corps et se trouve ainsi automatiquement dénoncée comme “violence” par les gouvernements européens ?)

Aujourd’hui, un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque votent en faveur de l’incarcération des membres de cette société incivile qui, à partir des assemblées de 2011, les a portés au pouvoir. (Pour mémoire: en 2010, encore, Syriza était une coalition à bout de souffle, privée de dynamique, de forces vives, de stratégie et surtout d’appui populaire, au bord de la scission). Le fait que cette même formation ait pu moins de deux ans plus tard se retrouver à quelques voix du pouvoir (et ait fini par l’emporter en janvier 2015) doit tout à la dynamique impulsée en 2011 par les collectifs de base apparus dans les quartiers populaires d’Athènes (ou en province, en particulier dans des luttes liées à la défense du territoire), et qui étaient très largement indépendants (et pour cause) de tout appareil préexistant.

De l’instrumentalisation du mouvement social grec par la gauche de gouvernement à sa répression pure et simple, un pas semble donc être franchi.

Les Grecs étant pour une très grande partie d’entre eux “petits propriétaires” depuis des décennies, c’est-à-dire propriétaires de leur appartement, la propriété demeure ici l’un des facteurs-clefs qui expliquent que la société n’ait pas sombré plus profondément encore ou plus vite dans le dénuement.

Il s’agit d’une mesure que ni la droite extrême ni le parti socialiste grec qui se sont succédés à la tête de l’État ou ont gouverné en association jusqu’en 2015 n’avaient eu (pour parler de nouveau en langage néo-libéral) le “courage” de prendre.

Dimitris Alexakis, 22.12.2017 (paru sur le blog "ou la vie sauvage" sous le titre Athènes, 22 décembre 2017, pour mémoire)

Lire aussi sur ce site (avec d'autres liens vers des articles publiés par le Musée sur cette question et rappelant la très lourde responsabilité du "socialiste" Moscovici petit télégraphiste de ces exigences à Athènes depuis des années ) : Foutez-moi toutes ces classes moyennes sur le trottoir !

dimanche 17 décembre 2017

Le Smartphone seul suffira aux masses paupérisées

La grève supposée générale n’aura concerné que le secteur public (hôpitaux compris) et encore, les médias, et alors partiellement les transports en commun. Les “syndicats”, lesquels prétendent encore à la blague unitaire (étant évidemment et historiquement divisés), ils n’ont cette semaine que partiellement fait converger leurs “troupes” vers la Place de la (défunte) Constitution. Les apparences dominent... en se ridiculisant.

Lorsque toute une société est attaquée, disloquée de la sorte, et son pays avec, quand la prédation devient d’ailleurs la seule règle appliquée, d’en haut comme d’en bas, cette pratique de division sociale (et sociétale) de la part des “syndicats”, ne relève d’autre chose que de la programmation très exacte des tenants du pouvoir en matière d’ingénierie sociale et de contrôle de la société (en canalisant au besoin “ses” formes de “contestation”).

Les dirigeants des dites centrales syndicales (désormais autant haïs que les politiques par une large population grecque, il faut autant le préciser), participant comme on sait (à l’ultime ?) festin des maîtres néolibéraux ; cela, à l’instar de l’ensemble du méta-monde des politiques et des partis. Et en Grèce, ce phénomène est enfin très précisément palpable car SYRIZA nous a ouvert les yeux, comme il a définitivement fermé nos dernières lucarnes d’espoir quant à agir par le biais des institutions politiques prétendument disponibles, gauche(s) et droite(s) comprises et notamment confondues.

Ces dirigeants, car il faut également le répéter, en tirent accessoirement certaines conséquentes miettes existentielles, rien que pour eux comme pour leurs familles, et ils poursuivront ainsi dans leur parasitisme jusqu’au moment où l’énorme parasitisme, celui d’en haut, finira par imposer tous les automatismes totalitaires nécessaires pour en finir définitivement avec les sociétés, les pays, les démocraties, les nations et les cultures.

Il y a fort à parier qu’au sein du méta-monde contemporain en gestation forcée, les pantins syndicaux et politiques actuels (au demeurant souvent incultes, iniques, cyniques et alors grossiers à l’image des... “nôtres” ici), ne seront même plus indispensables en tant que façades... Le Smartphone (et ses épigones sous forme d’implants) seuls suffiront aux masses paupérisées (dans la mesure où elles ne seront pas exterminées physiquement car intellectuellement, elles le sont largement déjà), l’argent liquide n’existera plus, et seule la fluidité des données (qui ne sont surtout pas... données), “assureront” alors les derniers “liens” entre “existences”.

L’affiche de ce décembre par laquelle la prétendue Confédération des Travailleurs en Grèce (GSEE) appelait à manifester, comportait cette phrase-clef, implicitement adressée aux dirigeants politiques (SYRIZA): “Vous l'avez achevé - Pauvreté, Imposition, Chômage”, s’agissant évidemment autant du pays, des droits, des conventions collectives, des existences... entre autres. C’est vrai... sauf que les syndicats participent depuis d’ailleurs bien longtemps de cet achèvement, tout en prétendant le contraire. Et c’est alors émouvant et anthropologiquement marquant que de constater combien les visages plus humains que jamais des manifestants de base, surtout de base, incarnent nos stagnantes et alors sanglantes réalités sociales, entre désillusion, douleur et colère... si possible dans la dignité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre " Exilés à Athènes " sur son blog GreekCrisis

samedi 16 décembre 2017

Protection sociale et de la santé en Grèce : Syriza discrédite tout discours de gauche

Les 23 et 24 octobre s'est tenue à Paris le Colloque « Une protection sociale pour tous les peuples » organisé par la Fondation Gabriel Péri (...)

Parmi les intervenants de ce Colloque le Secrétaire général à la Santé Publique du gouvernement grec actuel, Yannis Baskozos, médecin, ancien syndicaliste de la Santé et membre du parti SYRIZA. Le but de ce Colloque étant de présenter des points de vue différents sur la question, issus de réalités de pays et de formes institutionnelles divers, la présence du représentant du gouvernement grec était censée apporter l’expérience de la défense et promotion de la protection sociale et de la Santé publique par un gouvernement dit « de gauche ».

Or l’exercice à échoué et pour cause : le gouvernement grec en question va dans le sens strictement opposé, celui du démantèlement de la protection sociale et de la Santé publique dans le pays (...)

La situation s’est aggravée du fait que cette présentation avait lieu le lendemain du dépôt du projet de budget social au Parlement grec par la majorité Syriziste. Nous présenterons dans le contexte les principaux traits de ce budget antisocial afin de mettre en garde contre les contrefaçons de discours prétendument anti-néolibéraux.

La protection sociale a été dans le viseur de la Troïka (UE, FMI, BCE) dès le début de l'imposition des mémorandums à la Grèce.

Au principe de solidarité sociale, exprimé par l'adage « de chacun-e selon ses moyens à chacun-e selon ses besoins » les néolibéraux opposent celui d'un système inégalitaire de prestations, attribuées en fonction des cotisations versées par les assurés individuels, « de chacun-e selon sa capacité à cotiser à chacun-e selon sa contribution financière à la caisse d'assurance ».

Dans le système néolibéral les organismes de protection sociale fonctionnent comme des fonds de placement. Ils doivent enregistrer des excédents ou au moins présenter des bilans totalement équilibrés et placer leurs bénéfices. Ils adaptent par la suite le niveau des prestations (retraites, allocations, couverture santé) aux bilans annuels des caisses, aux montants des cotisations (et autres recettes) enregistrés dans l'année. Loin du principe de solidarité, ce système propose une couverture fluctuante, aléatoire, tributaire de la situation du marché et de l'économie capitalistes. Ainsi la « redistribution » se fait parmi les assuré-e-s alors que les revenus du capital sont exonérés de l'effort de solidarité nationale.

Les « mémorandums d'entente » (MoU) imposés à la Grèce depuis 2010 se sont particulièrement acharnés sur le système de protection sociale et de Santé publique, décriés comme gros contributeurs à l'inflation de la dette publique du pays. En réalité, le but des mesures imposées était l'harmonisation avec les pratiques néolibérales décrites.

Entre 2010 et 2015 les retraité-e-s grec-que-s ont perdu autour de 30% de leurs revenus, l’âge de départ à la retraite est passé de 60 à 67 ans, les allocations chômage ont baissé de près de 25% (avec 90% de chômeurs non indemnisés). Le restant à charge pour l’achat de médicaments a augmenté, de nombreux médicaments ont été déremboursés, près de 30% des citoyen-ne-s ont perdu leur couverture sanitaire.

En janvier 2015 le parti SYRIZA a gagné la majorité aux élections législatives sur la base d’un programme qui annonçait le renversement de l’austérité et le rétablissement des droits des salarié-e-s et de la protection sociale. Après 6 mois de négociations avec les représentants des créanciers et de l’UE, et malgré la condamnation des politiques d’austérité par 61,3% des élect-eur-rice-s grec-que-s lors du référendum de juillet 2015, les dirigeants du gouvernement grec ont signé un 3e mémorandum d’austérité ratifié en procédure accélérée par le Parlement pendant les vacances d’août. Ce retournement radical de politique des dirigeants de SYRIZA a produit la scission du parti et le départ ou la démobilisation de la majorité de ses militants.

Nouvelles vagues d’attaques contre les droits sociaux

Depuis août 2015 à ce jour de nouvelles mesures d’austérité sont imposées au peuple grec par le gouvernement de SYRIZA et de son allié de Droite ANEL.

Ainsi les retraites ont été davantage abaissés et l’âge de départ relevé. Les salaires minimaux et les allocations chômage gelées. L’imposition des foyers modestes a été intensifiée et le marché du travail dérégulé. Les saisies des résidences principales des foyers surendettés ont commencé à être mises en œuvre. Les lois de réforme de la protection sociale (4336/2015 et 4387/2016) surnommées lois-guillotines, ont appliqué la baisse des prestations et la hausse des cotisations. La clause de déficit zéro des caisses d’assurance complémentaire, tellement décriée par SYRIZA lors de la campagne électorale de janvier 2015, a été appliquée sous une forme renforcée, la clause de l’excédent. A tout cela il faut ajouter la privatisation des infrastructures du pays et la revente scandaleuse des banques grecques à un prix dérisoire.

Budget social 2018

Monsieur Yannis Baskozos, membre du gouvernement grec affirmait le 24/10 sous la coupole de Colonel Fabien que : « aucune nouvelle mesure de réduction de l’Etat social ne sera appliquée par le gouvernement SYRIZA jusqu’à la fin de la mandature, au contraire des allocations exceptionnelles seront attribuées aux citoyen-ne-s dans le besoin ».

Mais, dans la soirée du 21/10, la majorité SYRIZA déposait au Parlement grec le projet de budget social pour l’année 2018 qui va dans une tout autre direction. Peut-être Monsieur Baskozos, trop occupé à préparer son voyage à l’étranger, ne s’est pas rendu compte. D’ailleurs il nous a bien répété « qu’il fallait l’excuser de ne pas être au courant de tout ».

Pour saisir la mesure des chiffres exposés je vous propose la règle de multiplication par 6, ratio approximatif de la population de la France par rapport à celle de la Grèce.

Dans le sillage de toutes les précédentes contre-réformes antisociales, le projet de budget social 2018 diminue davantage les retraites et augmente l’âge de départ, réduit à néant (à 35 euros mensuels) l'Allocation de Solidarité Sociale des Retraités (EKAS), diminue les avantages sociaux et augmente les cotisations des salariés et retraités.

Le financement public alloué aux caisses d'assurance, à l’Organisme National d'Offre de Services de Santé (EOPYY) et aux hôpitaux est diminué de 616 millions pour l'année 2018. En particulier, les transferts budgétaires réguliers de l’Etat vers les caisses, EOPYY, les hôpitaux et l'Organisme pour l'Emploi (OAED) passent de 17,911 milliards d'euros à 17,273 milliards d'euros (-3,56%).

En même temps, le «budget social» affiche un excédent de 1,929 milliards d'euros, contre un excédent de 1,560 milliards d'euros pour l'année 2017, un décollage supplémentaire de 369 millions d'euros, qui correspond à des charges supplémentaires pour les classes travailleuses, notamment par l'augmentation des cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, des restants à charge pour les soins , etc.

Il est significatif que, même si il est annoncé par le gouvernement qu’enfin seront payées en 2018 les retraites en retard (principales, auxiliaires, allocations forfaitaires de départ), malgré cela, les dépenses totales pour les retraites seront réduites dans la nouvelle année de 174 millions d'euros par rapport à 2017.

Rappelons ici la précédente réduction des retraites et autres avantages de 1,076 milliards d'euros de plus de ce qui était prévu par le plan d’application du mémorandum, dans le budget 2017. Les retraites principales avaient été réduites de 446 millions d'euros, les retraites auxiliaires de 115 millions d'euros, et les autres prestations de 515 millions d'euros par rapport aux prévisions.

D’après le budget (anti)social 2018, l'Organisme grec pour l'emploi (OAED) doit afficher des excédents budgétaires. Ceci est choquant compte tenu que seulement 10% des chômeurs sont indemnisés et que les allocations chômage stagnent depuis 2012, année où elles avaient été diminuées.

Il s’agit d’un excédent budgétaire de 586 millions d'euros, sur un budget global de 2,993 milliards d'euros provenant essentiellement des cotisations des salarié-e-s. De ce budget seulement 986 millions d'euros (33%) seront alloués à l’indemnisation du chômage.

En même temps, le budget 2018 prévoit des subventions aux entreprises de 450 millions d'euros (contre 350 millions en 2017) « pour tout premier recrutement de salarié-e, pour financer les salaires, et les autres coûts occasionnés par une embauche, pendant 12 mois ». Elles seront aussi accordées aux entreprises pour « les aider à sortir des situations bloquées », les situations où des patrons ont cessé de payer les salarié-e-s alors qu'ils les obligent toujours à travailler.

De leur côté les retraité-e-s verront leur retraites, déjà fortement diminuées, amputées d'une somme globale de 623 millions d'euros !

L'Organisme des Assurances des agriculteurs et éleveurs (OGA), dont la compétence a été réduite à l'octroi d'allocations spécifiques, souffrira aussi d’une baisse de financement à hauteur de 60 millions, ce qui préfigure de nouvelles coupes aux allocations sociales dont il est prestataire.

Au total le budget grec 2018 alloue à la protection sociale et à la Santé 19,4 milliards d'euros contre 21 milliards du budget 2017, soit une baisse de 1,6 milliards d'euros.

L'allocation extraordinaire prévue pour foyers à faibles revenus, dite dividende sociale de SYRIZA, est à hauteur environ de 700 millions d'euros, moins de la moitié des coupes dans le budget social.

Nouvelles coupes dans le budget de la Santé

Voilà les déclarations que nous avons entendues : «Le gouvernement de SYRIZA a autorisé l’accès aux soins de toutes les personnes non assurées. Nous mettons en place un nouveau système de soins primaires de santé. Nous avons recruté de nouveaux personnels médicaux et paramédicaux et nous en recruterons davantage »

La vérité si je mens !

Voici alors le tableau réaliste de la situation de la Santé publique en Grèce et de son financement.

De nouvelles coupes drastiques dans le financement de la Santé Publique sont inscrites dans le budget de l'État.

Ainsi le financement d'EOPYY (Organisme National d'Offre de Services de Santé) par l'Etat sera réduit en 2018 de 214 millions d'euros, alors que déjà en 2017 il avait été réduit de 200 millions (-38%) par rapport à 2016. En raison de l'augmentation des cotisations santé imposées aux retraité-e-s, il est prévu qu’EOPYY présente un excédent de 333 millions d'euros en 2018. Le financement de l'Organisme par l'État (limité à 100 millions) sera utilisé « pour couvrir les coûts de soins de santé des citoyens non assurés ». C’est-à-dire que la couverture des personnes non assurées sera financée essentiellement par les cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, sans subvention sérieuse par l'Etat. En 2017 les cotisations représentaient 82,3% du budget d'EOPYY, contre 79,2% en 2016. Cela signifie la continuation sans relâche de la politique de sous-financement de la Santé et de la protection sociale par le gouvernement, alors que ne cessent d'augmenter les contributions des salarié-e-s et retraité-e-s. Selon « Rizospastis », quotidien du Parti Communiste grec (KKE), il s’agit là d’une politique « d’excédents ensanglantés » !

Par ailleurs, le budget des hôpitaux publics et du Réseau National Public de Soins primaires (PEDY) va diminuer de 363 millions d'euros par rapport à 2017. Cette coupe brutale vient se rajouter à la réduction du financement des hôpitaux publics de 22,8% en 2015, une réduction qui a ensuite été maintenue. De plus, en 2017, le financement des structures du PEDY avait été diminué de 7 millions par rapport à 2016.

Au total les coupes dans le budget de la Santé sont à hauteur de 616 millions d'euros.

La mise en application de l'accès aux soins des personnes non assurées est une avancée importante dans la direction d'une politique humaniste de Santé. Il faudrait cependant rappeler le retard avec lequel cette disposition à été adoptée, huit mois après l'accès de SYRIZA au gouvernement, alors que la ratification du 3e mémorandum s'est faite en quelques jours. Le retard de la mise en application du décret est le résultat des renvois successifs par le Ministère vers la commission Santé du Parlement et de la volonté politique de certains membres du premier gouvernement SYRIZA de rendre la loi plus restrictive. La bataille a été finalement gagnée grâce à l’insistance du mouvement des Dispensaires Sociaux Solidaires et des député-e-s de l’ancienne aile gauche de SYRIZA.

En application de ce décret les patient-e-s non assuré-e-s ont obtenu l’accès aux examens diagnostiques et aux traitements, la possibilité de consulter un médecin et de se faire prescrire des médicaments, mais la mesure n’a pas été financée. Comme il a été démontré, EOPYY ne dispose pas de crédits suffisants pour faire appliquer la mesure. Par conséquent, ni même les grandes structures telles les hôpitaux universitaires « Attiko » et « Laïko » ne disposent des médicaments nécessaires pour les chimiothérapies programmées. C’est donc toujours aux Dispensaires Solidaires Sociaux (supposés être des structures provisoires) tel le Dispensaire Social Métropolitain d’Elliniko (MKIE) de trouver les moyens pour faire face aux pénuries du système hospitalier officiel.

En ce qui concerne la réforme des Soins primaires de santé, force est de constater qu’elle a bien mal démarré. À peine la moitié des postes annoncés dans les Groupes locaux de santé (TOMY) a fait l’objet de candidatures. Et pour cause la précarité des contrats proposés (maximum 4 ans) et les faibles rémunérations, peu incitatives même pour des jeunes professionnels de Santé. Ici aussi ce sont les diktats des créanciers, auxquels SYRIZA reste toujours docile, qui empêchent la création de postes de professionnels titulaires. Cette réforme du système des Soins primaires de Santé repose d’ailleurs sur des financements non pérennes et cette situation est un frein essentiel à l’élaboration de projets de Santé Publique durables.

Le discours du gouvernement grec fait une utilisation sélective des chiffres.

Quelle est aujourd'hui la situation sanitaire en Grèce en termes de mortalité (notamment des nourrissons), de morbidité somatique et psychique, de suicides?

Quel est le rapport des effectifs patients/ soignants dans les hôpitaux ? Des questions simples et précises, en réponse auxquelles les apories socratiques des dirigeants sont pour le moins déplacées.

Car il existe des données indiquant que le taux de suicide continue à augmenter, tout comme la mortalité des nourrissons qui est passée de 2015 à 2016 de 4 à 4,2 sur mille naissances.

Selon les militant-e-s du Dispensaire Social d’Elliniko, le discours du gouvernement grec est éminemment dangereux car, en occultant la crise sociale et sanitaire qui sévit toujours dans le pays, il prive les patient-e-s et les soignant-e-s grec-que-s des soutiens internationaux dans leur lutte pour des soins accessible à tou-te-s. Cette lutte se poursuit encore aujourd'hui sous la nouvelle gouvernance néolibérale, celle de SYRIZA-ANEL. Nous avons entendu circuler en France dans les cercles militants la rumeur « de source non identifiée » qu’il n’y aurait plus besoin d’acheminer de médicaments vers la Grèce (…)

Le discours du gouvernement grec actuel est aussi politiquement nocif, car il dédouane les dirigeants de l’Union Européenne et des instances créancières de la responsabilité pour les souffrances, les infirmités, les décès, occasionnés dans les pays de la périphérie européenne par l’application des politiques néolibérales dont ils ont été les instigateurs.

Et il décrédibilise au passage tout discours politique de gauche…

Extraits de "Qu'en est-il aujourd'hui de la protection sociale et de la santé en Grèce?" par Emmanuel Kosadinos, paru sur son blog.

Lire aussi :

"La santé en Grèce", par Pascal Boissel, psychiatre et psychanalyste, d’exercice privé à Poitiers,militant de l’Union syndicale de la psychiatrie, paru sur le site du CADTM

mardi 12 décembre 2017

La... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

S’y ajoutent, les mensonges à répétition de la bande à Tsipras et des autres para-politiciens que la colonie jardine encore et hélas. Le dernier mensonge officiel, c’est la prétendue “sortie de la tutelisation mémorandaire en 2018”, lorsqu’on sait par exemple que le mémorandum Tsipras offre potentiellement le contrôle de l’ensemble des biens publics grecs aux prétendus “créanciers” pour 99 ans et que le dépeçage de l’économie grecque et des biens aussi privés, au profit bien entendu d’un nombre alors croissant de rapaces internationaux, ainsi que d’une clique bien locale, largement liée au système mafieux et népotiste des partis supposés politiques.

Toutes les dimensions de la temporalité de la crise grecque ont été ainsi balayées: non seulement les effets immédiats sur chacun, mais aussi les conséquences à long terme, sur les structures du pays, ses institutions, etc. Sous nos yeux, on voit le pays se transformer en un nouveau “cabinet des curiosités” de la vie et de la mort sous un régime en somme novateur, la métadémocratie achronique.

On conviendra que finalement... “innovation” et “embellie” ne sont pas forcément synonymes, notamment dans les affaires humaines. On y observe mieux que nul part ailleurs la mutation de nos régimes oligarchiques-libéraux du monde occidental, autrement-dit nos démocraties “complaisantes”, en des régimes oligarchiques-dictatoriaux et pour le cas grec (et chypriote), l’annulation violente de toute forme (même déjà incomplète) de souveraineté populaire, nationale et étatique. L'évolution aura pris moins d'une décennie, sinon bien moins de temps. Il fallait y penser.

(...)

Dans les quartiers (encore si possible paisibles) d’Athènes, le commun des mortels aura compris que cette visite officielle était au mieux inutile, et au pire, nuisible. Dans les cafés on murmure toute l’amertume devant (et sous) ce “gouvernement” alors cynique, “Quisling”, largement hostile aux intérêts du pays, des travailleurs, de la grande masse des petits et moyens entrepreneurs et parfois même grands, et même à la démocratie. Le 3/4 décembre 2017, le “gouvernement” a tenté à faire voter au “Parlement” la reforme no 69, sur les 113 nouvelles mesures exigées par la Kommandantur Troïkanne, s’agissant bien entendu de la restriction du droit de grève, ainsi que de la (non) indemnisation des travailleurs en cas d’accident sur le lieu de travail ou durant son exercice. L’amendement avait été rajouté au projet de loi relatif au... satellite grec de télécommunication... alors voyons (presse grecque du 4 décembre 2017) .

Une pratique alors généralisée depuis les mémoranda et qui en dit long sur l’aspect criminel (et en déjà inconstitutionnel et illégal) des “gouvernances” (d’abord) économiquement génocidaires sous les escrocs de SYRIZA/ANEL. Le “gouvernement”, craignant la défection de certains députés (majorité de 153 “parlementaires” sur 300) a retiré ces deux amendements pour évidemment revenir de manière impromptue, le jour de Noël par exemple ou pendant une autre période fériée. C’est (autant) pour cette raison que les Grecs ne veulent plus entendre parler de gauche... dans ce pays, la... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

Extraits de l'article de Panagiotis Grigoriou, par sous le titre "Fiascos" sur son blog, Greekcrisis

jeudi 7 décembre 2017

“Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables”

Au bout du processus dont l’euro constitue d’ailleurs une pièce maitresse, c’est la mort de la démocratie, c’est la mort de l’économie maitrisée sur un territoire donné par les citoyens, et c’est autant la fin de toute maîtrise du temps (du futur) et ainsi la défaite de tout espoir, à moins de briser et alors la totalité de la... coquille (entre autres européiste). C’est pour cette raison que je ne crois guère à “une autre Europe possible”, et encore moins au “Plan-B” à son propos, c’est triste à dire peut-être, ou à faire admettre, mais c’est alors ainsi.

Pluies et vents. Dans l’ancien temps nous croyions préparer Noël. La semaine dernière, les administrateurs coloniaux de la Troïka étaient de leur déplacement habituel à Athènes, afin de recevoir les ministrions locaux à l’hôtel Hilton. Histoire surtout de surveiller l’exacte poursuite du programme d’anéantissement de leur proie. 2018, sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie, (et) qui passe autant par la saisie des biens privés et publics des Grecs, s’accélérera. Les para-ministres à Tsipras sourient sans cesse devant les cameras, et les Grecs les haïssent. Oui, la haine, c’est-à-dire, la disparition absolue du geste politique.

La vente aux enchères, désormais électroniques des biens immobiliers saisis par les banques et par le “fisc grec” ont ainsi pu reprendre, une exigence... historique et insistante de la Troïka. Les médias rapportent que plus de 18.000 biens seront liquidés, rien que dans un premier temps. Il faut préciser que ceux qui perdent leurs biens (le plus souvent, appartements et maisons sous forme de résidences principales), ils n’auront pas le droit à les “racheter” au 5% de leur valeur (en passant par un arrangement avec “leurs” banques par exemple), ni en règle générale, les autres citoyens du pays. Car les acquéreurs (ceux seulement autorisés à “acheter” ces biens au 5% de leur valeur), sont exclusivement issus de ces fameux funds étrangers, ou dans certains cas leurs associés grecs, triés sur le volet.

En effet, tout nous laisse penser que 2018 sera l’année où le processus de déshellénisation de l’économie (saisie des biens privés et publics des Grecs comprise), s’accélérera. Les biens publics et privés passeront ainsi progressivement aux mains des nouveaux propriétaires du pays. On touche alors à l’épine dorsale économique et symbolique de la société grecque, car perdre son bien immobilier dans un pays où ce n’est guère (et à juste titre) l’État qui est historiquement considéré comme l’ultime protecteur, mais son propre toit, comme autant sa propre structure familiale. En même temps, c’est ce même processus qui fera des travailleurs grecs, les esclaves des patrons restants au pays, voire, de ceux de la probable prochaine et future industrie allemande ou autre, à moins que la robotisation en décide autrement (et cela) plus tôt que prévu.

Les résidences secondaires des Grecs près des côtes et sur les îles, deviendront avec le temps les résidences quasi-principales des retraités Européens, tandis que les résidences principales des Grecs déjà saisies seront perdues à jamais. Ainsi, et c’est dès lors et autant perceptible, certaines activités liées à la mer, le tourisme, le secteur agricole entre autres, sont déjà en phase de passer également sous contrôle étranger. On nous dira peut-être que “tel est alors le résultat d'une faillite globale, d’une dette publique et privée alors énormes qui plus est sous le... soleil brûlant de la globalisation”, raisonnement intentionnellement simplifié et réducteur, car il constitue autant un élément essentiel dans la guerre psychologique et en somme asymétrique que la Grèce, ou bien d’autres pays, peuples et sociétés, subissent et subiront.

On sait donc, qu’à travers ce processus certains Grecs en profiteront du butin, d’ailleurs, sans la moindre vergogne d’après nos observations. Ces mêmes gens en profitent déjà en tant que conseillers, liquidateurs (à l’instar de la société Qualco appartenant au cousin Orestis, du ministre des Finances Tsakalotos par exemple) et collaborateurs aux multiples cabinets d’avocats spécialisés, engagés sur place par les funds acquéreurs, pour ainsi... liquider le travail final avec l’aimable participation des institutions grecques, censées protéger les citoyens (forces de l’ordre, Justice, notaires). Il faut préciser que la loi dite “loi Katséli”, du nom de la ministre d’alors, au début des mémoranda, qui protégeait la résidence principale des saisies est largement amendée pour devenir pratiquement inopérante.

Nous avons ainsi l’impression que si ce “gouvernement” n’est pas renversé, si les citoyens ne réagissent pas... ou si une guerre civile n’éclate pas (pour ainsi imaginer un scenario terrible et extrême), finalement, une certaine croissance économique, celle tant évoquée par nos ministrions, pourrait enfin se concrétiser. Naturellement... la classe moyenne grecque sera entièrement détruite bien avant, et les Grecs n’en profiteront guère de ce retour à la croissance, hormis cette nouvelle “élite” en gestation, d’ailleurs en partie liée aux anciennes castes du népotisme politico-financier et pour tout dire mafieux... au pays des Éphialtès sans cesse renouvelés.

Les Grecs n’en profiteront guère de ce retour à la croissance, ni des investissements qui finiront alors par arriver, puisque les biens publics et privés ne seront plus grecs. Ainsi, certains capitaux arrivent déjà, par exemple pour acquérir des appartements et d’immeubles proposés par lots. Et cette nouvelle “élite”, elle habitera dans de quartiers de plus en plus protégés, éloignée des... plébéiens et des migrants, à l’image d’autres pays aux Amériques et en Asie, et ainsi, nous pouvons même parier que l’économie de la colonie finira par dégager des “excédents” à répétition. Comme le dirait sans doute Racine en son temps: “Et pour nous rendre heureux, perdons les misérables”, c’est toute une... méthode

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sur son blog sous le titre Asymétries

samedi 25 novembre 2017

Comment le cimentier Lafarge a demandé et obtenu le démantèlement du droit du travail en Grèce

Dans l’opinion publique grecque, c’est un fait acquis : le droit du travail a été démantelé sous la pression des lobbies. Mais jusqu’ici, les preuves manquaient pour étayer cette affirmation. Un mail confidentiel de novembre 2011 montre comment le cimentier français Lafarge, déjà mêlé à plusieurs scandales, a participé avec un certain succès à l’entreprise visant à influencer la réforme historique du code du travail, alors menée par le gouvernement d’Athènes.

Le plus souvent, le monde des affaires se montre impénétrable. Mais avec le temps certains secrets finissent par s’éventer. Le cimentier français Lafarge – désormais allié au Suisse Holcim – peut en témoigner. La fuite d’un e-mail confidentiel obtenu par le quotidien grec Efimerida ton Syntakton – partenaire du collectif de journalistes Investigate Europe – montre comment il y a six ans le leader mondial du ciment, profitant de la crise grecque, a fait pression pour obtenir d’Athènes une dérégulation du droit du travail, au-delà de ce que les réformes engagées prévoyaient déjà.

Dans cette correspondance privée remontant au début du mois de novembre 2011, Pierre Deleplanque, alors directeur général du cimentier grec Héraclès General Cement Company, filiale détenue à 100 % par Lafarge-Holcim, interfère auprès de l’homme fort du FMI en Grèce, le Néerlandais Bob Traa. Deux économistes grecs du Fonds monétaire international sont en copie du mail : Georgios Gatopoulos et Marialena Athanasopoulou.

Lire la suite de l'article de Benoit Drevet et Nikolas Leontopoulos, avec Leïla Miñano, pour Investigate Europe, paru sous ce titre sur Bastamag

dimanche 19 novembre 2017

La politique des dirigeants européens n’est pas un échec du point de vue des patrons

Depuis 2010, les politiques appliquées par la commission européenne et les gouvernements nationaux n’ont fait qu’aggraver la crise et ce plus particulièrement dans les pays les plus faibles de la zone euro. En comprimant la demande publique et la demande privée, les ressorts de la croissance économiques sont réduits à néant ou presque.

La politique des dirigeants européens n’est pas un échec du point de vue des patrons

Les dirigeants européens des pays les plus forts et les patrons des grandes entreprises se félicitent de l’existence d’une zone économique, commerciale et politique commune où les transnationales européennes et les économies du Centre de la zone euro tirent profit de la débâcle de la Périphérie pour renforcer la profitabilité des entreprises et marquer des points en termes de compétitivité par rapport à leurs concurrents nord-américains et chinois. Leur objectif, au stade actuel de la crise, n’est pas de relancer la croissance et de réduire les asymétries entre les économies fortes et les faibles de l’UE. Ils considèrent en outre que la débâcle de l’Europe du Sud va se traduire par des opportunités de privatisations massives d’entreprises et de biens publics à des prix bradés. L’intervention de la Troïka et la complicité active des gouvernements de la Périphérie les y aident. Le grand Capital des pays de la Périphérie est favorable à ces politiques car il compte bien lui-même obtenir une part d’un gâteau qu’il convoitait depuis des années. Les privatisations en Grèce et au Portugal préfigurent ce qui va arriver en Espagne et en Italie où les biens publics à acquérir sont beaucoup plus importants vu la taille de ces deux économies.

Considérer que la politique des dirigeants européens est un échec parce que la croissance économique n’est pas de retour, c’est largement se tromper de critère d’analyse. En effet, les objectifs poursuivis par la direction de la BCE, par la Commission européenne, par les gouvernements des économies les plus fortes de l’UE, par les directions des banques et des autres grandes entreprises privées, ce n’est ni le retour rapide à la croissance, ni la réduction des asymétries au sein de la zone euro et de l’UE afin d’en faire un ensemble plus cohérent où serait de retour la prospérité.

Il ne faut surtout pas oublier un point fondamental : la capacité des gouvernants, qui se sont mis docilement au service des intérêts des grandes entreprises privées, à gérer une situation de crise, voire de chaos, pour agir dans le sens demandé par ces grandes entreprises. Le lien étroit entre les gouvernants et le grand Capital n’est même plus dissimulé. A la tête de plusieurs gouvernements, placés à des postes ministériels importants et à la présidence de la BCE, se trouvent des hommes directement issus du monde de la haute finance, à commencer par la banque d’affaires Goldman Sachs. Certains hommes politiques de premier plan sont récompensés par un poste dans une grande banque ou une autre grande entreprise une fois qu’ils ont accompli leurs bons offices pour le grand Capital. Ce n’est pas nouveau mais c’est plus évident et régulier qu’au cours des 50 dernières années. On peut parler de véritables vases communicants et transparents.

Les effets sociaux de la crise

Ce que vivent les salariés et les allocataires sociaux de Grèce, du Portugal, d’Irlande et d’Espagne aujourd’hui a été imposé aux travailleurs des pays en développement à la faveur de la crise de la dette des années 1980-1990. Au cours des années 1980, l’offensive a également visé les travailleurs en Amérique du Nord à partir de la présidence de Ronald Reagan, en Grande-Bretagne sous la férule de Margaret Thatcher, la Dame de fer, et chez ses émules sur le vieux continent. Les travailleurs de l’ex-bloc de l’Est ont également été soumis au cours des années 1990 aux politiques brutales imposées par leurs gouvernements et le FMI. Ensuite, d’une manière certes nettement moins brutale que celle qui a affecté les peuples du tiers-monde (des pays les plus pauvres jusqu’aux économies dites émergentes), l’offensive a pris pour cible les travailleurs d’Allemagne à partir de 2003-2005. Les effets néfastes pour une partie significative de la population allemande se font sentir encore aujourd’hui même si les succès des exportations allemandes limitent le nombre de chômeurs et qu’une partie de la classe ouvrière n’en ressent pas directement les conséquences.

Au cours de 2012-2013, la crise s’est aggravée en Grèce, en Irlande, au Portugal, en Espagne, en conséquence des politiques d’austérité brutale appliquées par des gouvernants complices des exigences de la Troïka. Dans presque tous les pays de l’UE, on assiste à l’approfondissement de l’offensive contre les conquêtes sociales.

Extrait de l'article d'Eric Toussaint paru sur le site du CADTM sous le titre Contradictions Centre/Périphérie dans l’Union européenne et crise de l’euro

samedi 18 novembre 2017

Le journalisme est mort

Ainsi, et surtout, le licenciement de la journaliste Panagióta Bitsika peut passer presque inaperçu... actualité oblige. Elle travaillait pour le journal “To Víma” depuis plus de 20 ans, et ce journal (avec l’ensemble du groupe de presse DOL) vient de passer sous le contrôle de Marinákis, armateur, magnat de la presse et cogérant de l’équipe d’Olympiakós du Pirée. La nouvelle direction impose de bien... nouveaux et novateurs contrats de travail. “Vous les signez, ou sinon, c'est la porte”, voilà ce qu’a été expressément imposé aux salariés (essentiellement journalistes).

En somme, ces nouveaux contrats de “travail”, imposent aux journalistes le statut de... l’équiper polyvalent, leur spécialisation, ainsi que la description précise de leur tâche ne sont plus mentionnées. Les journalistes devront aussi accepter de travailler pour l’ensemble des journaux du nouveau groupe (DOL et Marinákis réunis), d’après les besoins de l’entreprise. Et à part la baisse de leurs rémunérations, ces “journalistes” du troisième millénaire... bien suranné après Hérodote, devront signer un document déchargeant leur patron de toute responsabilité pénale, en cas de poursuites, en rapport aux textes que les journalistes auront publié aux quotidiens du groupe.

“Au nom de la morale et de la dignité je ne peux pas signer ce texte”, déclare Panagióta dans sa lettre ouverte, adressée à la profession . Hier, devant les nuages et le soleil couchant du Golfe Saronique comme autant du journalisme et de la Grèce, mon ami Th., journaliste au chômage, me disait qu’il avait échangé avec Panagióta au téléphone, et qu’à travers toute leur profession subsistante, les patrons viennent d’imposer simultanément la baisse des salaires de 30% à 50%. “Vous acceptez, ou sinon c'est la porte”.

Mon ami est désormais certain: “Le journalisme est mort. D’ailleurs, jamais dans ce pays les medias n’avaient été autant contrôlés et pour tout dire, laminés par le pouvoir (le vrai, pas celui de la marionnette Tsipras), qu’aujourd’hui. Ce n’est même plus le rédacteur en chef, ni même le patron du journal qui annonce ce chantage aux employés du journal - me disait Panagióta - mais un administrateur financier, dépêché par Marinákis et que nous n’avions jamais vu jusque là. Contemplons alors le soleil, la mer et les nuages... ailleurs il pleut, et aucune réaction pour l’instant de la part de l’Union syndicale des journalistes. Silence... orage.”

Extrait de l'article de Panagiotis Grogoriou, paru sous le titre " Catastrophes... mutationnelles " sur son blog Greekcrisis

mercredi 15 novembre 2017

Tout va très bien madame la marquise

« Tout va très bien, madame la marquise » est une chanson de 1935 qui a connu en France un grand succès en pleine crise. Elle a également été traduite en de nombreuses langues. Cette phrase est devenue une expression proverbiale pour désigner une attitude d’aveuglement face à une situation désespérée.

marquise2.PNG Cliquer sur l'image pour écouter la chanson

Les déclarations de Mario Draghi, de Jean-Claude Junker, de Donald Trump… font penser à cette chanson. On peut les imaginer en train de participer au dialogue entre le domestique James et Madame la Marquise.

La situation du capitalisme n’est pas désespérée. Dommage, car on aimerait enterrer ce système mortifère. Par contre, différents ingrédients d’une nouvelle crise financière internationale sont en train d’être rassemblés.

Souvent, à la veille d’une crise financière, tout semble aller très bien. Certains signaux sont par exemple tout à fait trompeurs. La croissance économique semble encourageante alors qu’elle est fondée largement sur une fièvre spéculative dans certains secteurs. Les faillites sont limitées, les bilans des entreprises semblent solides. Rappelons-nous les notes triple A accordées par les agences de notation à la firme nord-américaine Enron en 2000 avant que l’entreprise ne fasse faillite, donnant le signal de départ de la crise des dotcom de 2001-2002. Rappelons les notes triple A attribuées aux produits structurés liés au marché des subprimes en 2006-2007. Souvenons-nous des déclarations rassurantes d’Alan Greenspan, directeur de la réserve fédérale des États-Unis entre 1987 et 2006, à la veille de la crise des subprimes. Il affirmait que les risques étaient tellement bien disséminés dans le système et tellement bien couverts par les CDS (Credit default swap, sortes d’assurances contre les risques de défaut de paiement) qu’aucune crise n’était en vue. Le FMI, dans son rapport annuel 2007, prétendait que tout était tranquille et que la croissance économique était solide.

La situation en 2017 fait penser à ces situations de pré-crise où tout semble être sous contrôle et pendant lesquelles les dirigeants politiques tiennent des propos rassurants et lénifiants. La situation actuelle ressemble d’une certaine manière à ce qui s’est passé en 1987. On avait connu une hausse forte des marchés boursiers et une hausse importante des obligations d’entreprises privées (les obligations d’entreprises, corporate bonds en anglais, sont des titres financiers émis par les entreprises privées pour se financer, ce sont des promesses futures de remboursement en échange de fonds).

Lire la suite de l'article d'Eric Toussaint sur le site du CADTM

Ma survie, c’est la mort des autres

Notre ami M. remarque encore, que d’une certaine manière, les embouteillages font leur retour en ce moment dans le quotidien de la ville d’Athènes. “Les gens, ceux ayant encore certains revenus, si possible fixes, les fonctionnaires par exemple, réadaptent leurs manières en la matière. Ils économiseront ailleurs et en réalité, ils se priveront, pour pouvoir éviter les rames bondées du métro et de Proastiakós (RER monoligne de la Région Attique). Ils veulent surtout éviter le contact, avec d’abord toute cette énergie négative des autres, puis, les agressions, les mendiants, les drogués, les vols, voire le bruit. Et aussi les grèves.”

“Puis, ils se rendent compte que même en voiture, leurs... périples deviennent de plus en plus tendus, comme jadis du temps où nos circulions en moto. Toujours en état d’alerte. Les gens conduisent comme si tous les autres n’existaient absolument pas. La société n’est plus, et elle devient de part ce fait de moins en moins fréquentable, sauf lorsque pour nos choix orientés, que et que j’appellerai ‘de niche’. Depuis plus d’un an, je rencontre ceux qui visitent les Monastères, puis les moines, leur spiritualité. J’y retrouve le calme, une posture sincère, une sorte même de catharsis psychique. Je peux mieux tenir le coup, mieux comprendre peut-être les autres, et... autant je dirais moi-même. Et ce n’est pas qu’une affaire de croyance.”

“Dans mon service, comme partout ailleurs dans la fonction publique depuis la crise, les gens sont devenus mesquins, rancuniers, rapporteurs, jaloux, filous et surtout mouchards. Tous nos salaires ont été diminués, sauf qu’ils ne sont pas identiques pour chaque les cas, alors, le grand jeu consiste à contester (symboliquement et parfois même par la voie officielle) les petits plus, ou avantages de tel ou tel collègue. Ils n’ont pas autre chose à faire, ils disposent du temps... libre, et surtout pour certains d’entre eux, le fait d’avoir intégré la fonction publique, est lié aux clientélismes des partis politiques. Ces gens ne savent pas faire autre chose... ainsi, ils chipotent autour d’eux, pour mieux accroître leur propre espace, telle est leur conviction la mieux profonde. ‘Ma survie, c’est la mort des autres’, sauf que nous n’irons guère très loin de la sorte.”

Pour P., l’épouse de M., tout est autrement plus simple. Elle travaille dans le privé à temps plein et alors miracle, son salaire est versé, “c'est alors un authentique privilège” comme elle dit, à ses yeux. “Je touche 650€ en net par mois, et pour une fois, nos rapports et interactions au travail ne versent pas forcement dans le négatif. Mon problème c'est qu’après le 20 de chaque mois, il ne reste plus rien de mon salaire, nous avons avec M., deux enfants, un foyer... une petite vie.”

Ce n’est pas de la complainte augmentée... devant la réalité sans doute, c’est plutôt que notre univers immédiat a pris ces rides, auxquelles très précisément nous n’avions pas pensé durant les premières années de la dite “crise”. Univers lequel n’est pas que de dimension politique, nous le savons aussi.

Notre ami D., insiste sur la décomposition alors totale du monde du travail. Et autant sur sa... recomposition inédite, où plus rien n’est comme avant. Salaires, conditions, enjeux, comme autant s’agissant de l’ambiance. Il a rigolé comme nous et comme les autres Grecs, des 720 millions d’euros que le pantin Tsipras se dit prêt à “distribuer aux plus nécessiteux, au bénéfice d’à peu près 3,4 millions de citoyens sous forme d'aide exceptionnelle”, d’après son annonce “solennellisée” au soir du 13 novembre (medias grecs du 13 et 14 novembre) . Cela fait en moyenne 211€ par personne concernée. Dimitri donc en rigole. En plus, cette aide est conditionnée suivant ce que les intéressés peuvent posséder en biens, notamment immobiliers. Ce qui peut ainsi en exclure pas mal de Grecs en réalité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Place aux jeunes" sur son blog Greekcrisis

dimanche 12 novembre 2017

"Le premier acte de résistance consiste à ne plus participer aux pseudo-scrutins, nationaux (du moins jusqu’à reconsidérer la situation) et encore moins aux dites élections européennes"

Il fut un temps, Yorgos Séféris avait repéré (en 1946) un naufrage près de l’ilot de Daskalio, toujours à Póros, un navire auxiliaire de la Marine nationale grecque, sabordé pour ne pas être saisi par la Marine allemande durant l’Occupation (celle des années 1940). Séféris, en congés (après 9 ans de service ininterrompu, il était diplomate) et hébergé à la villa ‘Galini’ (‘Sérénité’), il y écrira un de ses plus célèbres poèmes ‘La Grive’, publié l’année suivante inspiré par ce naufrage.

“Entre l’îlot et la côte, la Grive coulée ; seule la cheminée émerge de quelques pouces. ‘On l’a coulée pour que les Allemands ne puissent mettre la main dessus’ me dit-on. (...) Le batelier disait: ‘Une fois coulé, il a été pillé par ceux qui faisaient du marché noir.” (Carnet de Yorgos Séféris, 14 août 1946).

Poésie du délabrement: “Il me faut du temps, ainsi qu'une grande peine pour écrire ce peu que j'arrive à écrire”, (Carnet de Yorgos Séféris, 24 octobre 1946). Póros, Daskalio, ‘Sérénité’, la villa de Séféris, et le calme (même relatif) du mois de novembre, autorise enfin un peu de cette consistance perdue dont nos imaginations avait été dotées il n’y a guère si longtemps. Du moins, nous avons pu cueillir nos propres olives.

“Le temps change, les hommes lorsqu'ils deviennent déments, ils ne changent alors jamais”, avait dit le poète Séféris lors d’une interview accordée au quotidien “Phileléftheros” de Chypre, quelques mois seulement avant sa disparition physique (interview du 15 avril 1970) .

beart1.PNG "Contre tous les pouvoirs !" (Guy Béart, illustration du Concierge, cliquer sur l'image)

Touti, la chatte des Séféris accompagnait alors parfois le poète à Póros. Nos olives, nos îles, nos chats. “Un sentiment fort quant à la dissolution mentale chez les gens. Ils te parlent et tu te sens tendre les mains dans une brume de lambeaux. Terrible manque de consistance, de rythme, de droiture: tu ne peux pas faire confiance à personne: Horreur”. (Carnet de Yorgos Séféris, 31 décembre 1946 - 1er janvier 1947). Ce qui restait valable aux yeux du poète et du diplomate en 1947, l’est également en cette Grèce de 2017.

“Ils sont divisés, fiers de leurs petites boutiques politiques, incapables de préparer et encore moins d’incarner le moindre contre-projet tangible et heureux, face au totalitarisme actuel. Ceux, issus des gauches (ceux des droites c’était déjà connu), tout comme ceux ayant quitté SYRIZA, ils sont tout simplement en quête de future réélection à défaut de programme. Ils adorent les verbiages, ils adoptent parfois nos analyses et phrases dans leurs discours, mais c’est tout. J’avais rencontré une fois Tsipras, il y a longtemps. Je lui ai dit certaines choses, il a pris mes mots... sans leur sens, et encore moins le sérieux de l’engagement qui devait en résulter. Et comme pour tout le reste, il a tout salopé”, me disait récemment un ami, fin connaisseur du... dernier situationnisme grec.

C’est alors dans ce sens que le voyage en Grèce de Jean-Luc Mélenchon n’a pas vraiment été remarqué. Lafazánis (Unité Populaire), visiblement gêné en dit un mot hésitant, après l’avoir brièvement rencontré, Alavános via le site de son ‘Plan-B’ ayant ouvertement critiqué les positions insuffisantes de la France Insoumise, surtout face à l’hybris européiste, il reste, le mouvement de Zoé Konstantopoúlou, lequel avait officiellement invité le président de la France insoumise, une opération de survie politique, sans plus à mon avis.

Zoé Konstantopoúlou dont les historiens retiendront son mérite d’avoir défendu la Constitution ainsi que d’avoir constitué le Comité sur la dette grecque, n’a plus d’avenir politique ici, elle n’a pas de projet d’ensemble. Et comme elle ne franchira probablement pas la barre requise pour être élue (au sein un pseudo-parlement il faut le dire), elle pourrait d’après ce que Jean-Luc Mélenchon laisse entrevoir, elle pourrait donc éventuellement être élue au pseudo-parlement par excellent de la dite Union européenne, via une liste de la France Insoumise qui dépasserait alors les frontières. C’est une hypothèse.

Zoé Konstantopoúlou pourrait-elle alors être élue de la sorte... pérennisant ainsi les illusions européistes, et l’amertume des peuples avec. Après avoir bu toute la cigüe Syriziste (et ce n’est pas terminé), nous savons à présent que le premier acte de résistance consiste à ne plus participer aux pseudo-scrutins, nationaux (du moins jusqu’à reconsidérer la situation) et encore moins aux dites élections européennes. Sans concession, ni enfumages. Le cynisme, n’est alors pas que la dernière arme des chiens.

(...)

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Sérénité" sur son blog Greekcrisis

dimanche 15 octobre 2017

La fin de la politique

La société grecque se disloque. Il y a ceux qui... s’amarrent à une destinée encore réellement existante, et tous les autres, ceux pour qui le futur n’est visible qu’à travers une... gueule cassée. “Que pouvons-nous faire enfin pour résister? Nos manifestations ont été brisées sous les matraques de la Police, nos bulletins de vote ont été trahis, ils ne servent et ils ne serviront plus à rien pour changer la situation”.

Question posée en direct par un auditeur au journaliste Lámbros Kalarrytis et à la radio 90.1 de la bande FM, au soir du 11 octobre 2017. Le journaliste sans trop y croire et visiblement gêné, a voulu minimiser ces propos sur l’insignifiance patente et prouvée des élections. L’auditeur a finalement conclu... tout seul: “Il faut que le sang coule ; en Grèce, mais aussi partout en Europe pour que la situation change. Sinon, ceux qui nous contrôlent ne lâcheront pas, c'est tout”. “Bonne soirée Monsieur, je vous remercie...”

(...)

L’histoire comme on dit, elle s’accélère, les destins se figent, peut-être pour un temps seulement, et les mentalités quant à elles, alors elles décampent. Jusqu’en 2015, et jusqu’au referendum du ‘Non’ en juillet, les Grecs croyaient que par une certaine solution du type “miracle politique”, ils allaient retrouver le chemin de leur pseudo-paradis perdu de l’avant-crise. Deux partis, SYRIZA et ANEL, issus du front comme des luttes contre le Mémorandum et contre la Troïka ont été portés au (supposé) pouvoir.

Ces partis, leurs hommes et leurs femmes, n’ont proposé que de paroles, paroles et slogans alors sans véritable programme alternatif, prononcés sans y croire, et de ce fait sans lendemain. Et ces gens ont poussé le bouchon de la trahison et du cynisme jusqu’à... enclore les Grecs dans le flacon de l’immobilisme. Le choc, mais aussi une certaine sagesse vers la quelle il les conduira... ce flacon, sont toujours immenses. La nouvelle situation (le mémorandum Tsipras entre autres), semble être accepté faute d’autre perspective. Et alors, ceux qui ne peuvent plus supporter cette nouvelle réalité depuis 2015, ils s’évadent du pays, soit par un exil à l’étranger, soit par un exil dit “en interne”.

Paupérisés (ou pas), ces anachorètes nouveaux, iront ainsi retrouver leur village natal loin des villes, ils vont se refugier au sein de leurs amis à la manière des groupes primaires combattants, qui les structurent autant à travers un mécanisme d'identification, de compétition et de miroir. Ils iront enfin s’accrocher à l’Orthodoxie, à la tradition populaire, entre autres formes de “départ”, à la musique de Rebétiko .

C’est la fin de la politique, ou plutôt de son illusion, entretenue encore coûte que coûte par les marionnettes parlementaires (et locales), et autant, par la... matrixicité médiatique.

Mon ami K., enseignant, se comptait très volontiers présent à tous les mouvements et événements (espérés) politiques, depuis 2010. Et à présent, il se dirige vers l’Église. “L’Église, c’est le radeau de sauvetage le mieux accessible qu’il soit. Il faut alors y voir plus près, faute de mieux pour l’instant. Je visite un monastère par semaine et parfois, j’y reste un peu plus longtemps, durant les périodes des vacances scolaires par exemple. Depuis l’affaire SYRIZA de l’été 2015, l’attrait pour les monastères s’est considérablement renforcé.”

“Il y a presque toujours la queue... à l’entrée. Quelquefois j’y suis hébergé, accompagné de mon épouse et des enfants. Nous discutons avec les moines, nous nous apaisons ainsi de l’hybris de l’actualité, et nous en sortons... purifiés. Notre ami M. qui est souvent de la partie, l’autre jour il a voulu revenir sur la question de l’homme de la situation, de l’homme juste, de l’homme déterminé à prendre le pouvoir en Grèce pour mettre fin à cette décadence et autant trahison du régime démocratique, en attendant espérons-le, son renouveau. Tu sais, cette question que de très nombreux Grecs posent et se posent depuis 2015.”

“L’higoumène (abbé de monastères orthodoxes) alors lui répond: ‘C’est encore une illusion. L’homme providentiel, juste, bon et fort, ne pourra pas apparaître sous les conditions actuelles. Puis, un seul homme, aussi intelligent et habile qu’il soit, il sera rapidement éliminé ou avalé par le système. Pour l’instant, nous devons tous, d’en bas, nous organiser et agir à peu près comme durant la période de l’occupation ottomane. Autrement-dit, organiser des cours de langue gratuits et accessibles à tous, de nôtre langue évidemment qu’il va falloir désormais préserver, puis, de notre histoire, si malmenée désormais à l’école officielle. Les paroisses devraient aussi agir dans ce sens.’”

“Tu vois peut-être. Je me suis désabonné entre temps des nouvelles via Internet, celles des mouvements du type Plan-B, Unité Populaire et consorts, ils ont fait leur temps... et nous avons suffisamment perdu notre temps et notre énergie avec eux... et il faut dire en vain. Nous avions en réalité accordé trop d’importance à ces gens, tout comme les autres Grecs à ceux de droite, nous devons ainsi désormais avancer dans la compréhension profonde de notre monde et aussi peut-être de leur monde, avant de pouvoir nous organiser et agir enfin efficacement. Sauf que nous avons besoin du moins... d’une petite gamelle remplie par jour, je le reconnais, ce n’est plus à la portée de tous dans ce pays.”

Extrait du billet de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre " Je vous écris d'un pays lointain " sur son blog Greekcrisis

vendredi 22 septembre 2017

Macron veut remplacer le code du travail par le code du capital

medef.jpg

Les ordonnances Pénicaud s’inscrivent dans la continuité d’un vaste projet patronal de précarité de masse, sous couvert de lutte contre le chômage de masse. Le Code du Travail s’en trouve menacé. Le gouvernement tente de maquiller, derrière une communication axée autour de la modernité et de la liberté, une politique déjà datée qui ne servira en bout de course que les grands intérêts industriels et financiers. Et au détriment des conditions de travail et de la rémunération des travailleurs.

Lire l'article publié sur Le Vent se lève

- page 1 de 17