Musée de l'Europe et de l'Afrique

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Quatrième nuit de Walpurgis

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mardi 3 avril 2018

Grèce ainsi courbée...

Temps ainsi et partiellement nouveaux. Le nouvel ordre mondial, entre autres celui des financieristes, expérimente depuis 2010 en Grèce, une forme de génocide économique, le tout, par un agenda géopolitique précis et dès lors perceptible. Le but, étant d’abord d’expérimenter, comme de tester les résistances populaires, sociales et nationales, et autant d’instrumentaliser les réactions à travers ces clivages politiques qui ne sont plus en réalité, ceux très précisément savamment départagés entre “gauches” et “droites”.

D’un côté les “gauches”, structurellement plus incapables que jamais à trouver une démarche commune... depuis 2010, car autant il faut dire largement acquises à la mondialisation et aux thématiques dénommées sociétales si chères aux financiers tels Soros, lequel d’ailleurs finance comme on sait les siens sur le terrain, et de l’autre côté, les supposés “patriotes” de l’Aube dorée en guise d’épouvantail, d’ailleurs historiquement naziforme pour ne rien manquer de leur affaire.

C’est alors ainsi que huit années de la réaction grecque, elle ont été finalement perdues et sacrifiées, le tout, non sans la complicité -en réalité il s’agit de la haute trahison aux yeux de la majorité de la population grecque- des politiciens comme autant des oligarques du pays, le cas le plus emblématique n’est autre que celui de l’avarie morale et politique que représente alors SYRIZA et son allié de droite, le parti de Kamménos.

Drôle d’époque vraiment en Méditerranée orientale, Athènes grouille alors d’espions et d’agents à peine secrets au service des puissances étrangères et financières (ce qui parfois revient au même), cela se dit, se sent, se détecte ainsi à travers les medias et évidement sur Internet. Déjà, l’escroc politique Alexis Tsipras n’est qu’une marionnette des puissances anglo-saxonnes et de l’Allemagne, piètre personnage politique issu de la pire tératogenèse au sein des partis, en même temps, un homme visiblement, physiquement et psychiquement éreinté, et qui serait déjà en phase d’être remplacée d’ici peu temps, c’est aussi palpable à travers les faits et gestes de la théâtralisation politique des derniers mois.

Drôle d’époque, et finalement, moments passionnants et passionnels, rien que par le nombre ou par la teneur des débats auxquels le public athénien peut assister ici ou là, pratiquement chaque jour de la semaine aux cafés dits littéraires de la ville. Ainsi, lors d’un débat sur thème de la géopolitique actuelle dans les Balkans et du rôle de la Grèce, organisé par les éditions “Infognomon” dirigées par Sávvas Kalenteridis, toujours à Athènes cette semaine, certains échanges ont été vifs entre ceux qui parmi le public considèrent que la Grèce ne peut pas tenir en dehors du pôle occidental, en réalité anglo-saxon et de l’OTAN, et ceux qui, parmi les intervenants avaient émis certaines réserves quant à la participation justement du pays à l’OTAN et à l’UE.

Notons que Sávvas Kalenteridis, est très précisément cet ancien officier de l’Armée grecque et des services de renseignements grecs, ayant été directement impliqué dans l’affaire d’Abdullah Öcalan, lorsqu’en 1999 le chef du PKK (kurde) avait été capturé par les services turcs à Nairobi, et depuis, Öcalan reste incarcéré en Turquie

(...)

Dans la capitale grecque et surtout à travers ses banlieues étendues, l’économie réelle et formelle périt chaque jour davantage. Sauf dans les quartiers très touristiques et/ou aisés de la Riviera d’Athènes, ailleurs, même près des plages, cafés et tavernes ferment définitivement et en masse leurs portes en ce moment, comme à Artémida, commune de l’Attique située en face de l’île d’Eubée, et ceci seulement et à peine trois mois avant l’été.

“Nous ne pouvons plus tenir le coup. Augmentation des taxes locales, imposition, contrôles, charges... nous fermons maintenant bien avant l'été, vous êtes pratiquement les derniers clients, l'établissement ferme définitivement avant ce week-end”, nous explique-t-elle alors sa gérante. Grèce ainsi courbée... Mon ami Aristote qui est du coin est d’ailleurs formel: “Nous ne pouvons même plus trouver un souvlaki dans le coin, alors où va-t-on ?

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre "Pays rêvé" sur son blog Greek Crisis

samedi 24 mars 2018

Au bout d’une année et à ce rythme, on arrivera à plus de 250.000 saisies sur l’année

Une personne du voisinage, rencontrée après tant de semaines, s’avoue vaincue par la situation: “J'avais mon travail à la banque, j'ai été mis à la porte comme tant de milliers d'autres, je ne retrouverai plus rien à faire pour gagner ma vie à 53 ans, je ne sors plus de chez moi, je me suiciderai...”, et c’est la deuxième personne dans l’entourage qui s’exprime de la sorte. Il s’agit de toute cette Grèce invisible, celle qui ne sortira pas boire son petit café de la résistance quotidienne, au besoin offert par les amis, et c’est cette même Grèce qu’il va falloir d’abord soutenir.

Car entre autres, les Grecs ont désormais compris combien les rarissimes pseudo-aides que les marionnettes du “gouvernement” prétendent distribuer à la population des paupérisés (au mieux 200€ par mois), elles ne seront octroyées que lorsque les bénéficiaires potentiels auront été obligés à liquider tous leurs biens immobiliers ou autres (véhicules, motos, petites embarcations). Tel est en somme le cœur de la politique que le FMI et l’UE imposent en réalité: Détruire complètement la classe moyenne, et rendre les citoyens totalement dépendants, frileux et avant tout, hétéronomes.

La société grecque grince ses dents et à part les cafés et les petits restaurants assez remplis, nos curieux touristes n’y voient le plus souvent guère autre chose. Dents alors qui grincent, et ainsi cette... “découverte” relatée par la presse grecque de la semaine au sujet de la santé dentaire des Grecs, “car elle relève alors déjà de la catastrophe”: Désormais, les implants dentaires sont délaissés au profit des dentiers, “on retourne alors aux années 1960” peut-on lire ici ou là, et on y apprend également que seulement 650 médecins dentistes exercent encore dans le cadre de la Santé publique à travers toute la Grèce.

Les autres... les dents serrées, ils ont massivement quitté le pays pour exercer ailleurs, au Royaume Uni ou en Allemagne, quotidien “Proto Thema” du 19 mars 2018. Au même moment, et pour parfaire la dépossession généralisée et organisée, c’est alors derrière l’habituel verbiage Syriziste, très largement gauchotrope pour les apparences, que l’on apprend par la presse les dernières grandes nouvelles du fisc grec. Il procède actuellement à près de 700 saisies par jour de biens immobiliers ou autres.

Au bout d’une année et à ce rythme, on arrivera à plus de 250.000 saisies sur l’année, et supposons qu’à chaque saisie il y a trois à quatre personnes concernées, eh bien, on frôlera le million de personnes concernées, autrement-dit, près du 10% de la population, rien qu’en une et seule année. Il fut un temps, durant la Grande Guerre, on évoquait par exemple la saignée humaine, l’Armée française perdait ainsi en moyenne 1000 hommes par jour, tombés au champ d’honneur. Autres temps, autres morts !

Le pays sombre dans un certain irrationnel, d’abord “d'en haut”, puis plus largement d’en bas. Cependant, l’amoralisme et l’affairisme des politiciens dépassent largement les pratiques analogues populaires. “Nous n'avons jamais été aussi pourris qu'eux en ce moment”, entend-on dire dans les cafés d’Athènes comme d’ailleurs. Affaires humaines. Le Printemps étant officiellement entamé, nos animaux adespotes (sans maître) nous surveillent, mieux sans doute que les “cybernétismes” humains de toute sorte. Beau pays. Parkings vides d’Athènes, esprits autant vides ou mal garés, publications aux sujets forcément diplomatiques, la légende du roi Arthur, patchwork grec, tout un poème !

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Equinoxe" à lire sur son blog Greek Crisis

Le 27 février 2015 à Athènes, Varoufakis fait acte d’allégeance à la Commission européenne, au FMI et à la BCE

Un moment critique aux conséquences incalculables pour des millions de citoyens d'Europe indirectement soumis à la Troïka, ses agents Smith locaux se présentant désormais à la porte de tous les institutions et établissements publics ou subsidiés pour imposer leurs "normes de qualité"... Satan conduit le bal (Le Concierge)

Après avoir relaté le déroulement de l’Eurogroupe du 24 février lors duquel il a présenté ses mesures à mettre en place dans le cadre du mémorandum plutôt que d’enclencher des mesures unilatérales, Varoufakis ajoute dans son récit : « Les erreurs sont comme les crimes, elles en engendrent d’autres. La décision de ne pas débrancher la téléconférence du 24 février a été amplifiée par une erreur encore plus grave, commise quelques jours plus tard. »

Par l’intermédiaire du bureau du président de l’Eurogroupe, le 25 février, Varoufakis est sommé par la Commission européenne, le FMI et la BCE de faire acte d’allégeance. La Troïka veut que le gouvernement grec envoie une lettre officielle pour confirmer l’accord que Varoufakis a donné la veille lors de la conférence de l’Eurogroupe. Après de nombreuses hésitations, il accepte de signer la lettre pro-forma que la Troïka a préparée. « Accepter la lettre des créanciers sans corrections, pour une demande aussi essentielle, signifiait que la prolongation nous serait accordée non pas suivant nos termes, mais suivant ceux de la Troïka. » Varoufakis reconnaît l’extrême gravité de la décision à prendre. Signer la lettre pro-forma revient à prolonger le mémorandum en cours et à le faire selon les termes dictés et imposés par la Troïka.

Varoufakis admet que la lettre était tellement inacceptable que Tsipras considérait qu’il était impensable de la signer et de la communiquer au parlement.

Varoufakis lui dit : « – Tu es sûr que tu ne peux pas arriver au Parlement, dire ce qu’il en est, obtenir le vote qui m’autoriserait à signer et tourner la page ? »

Varoufakis précise : « Découragé, épuisé, Alexis s’est retourné vers Sagias qui avait l’air aussi exténué et lui a conseillé de ne pas y aller. »

Varoufakis se propose pour faire le sale boulot : « – Dans ce cas-là, Alexis, je prends sur moi la responsabilité. Je signe ce maudit courrier sans l’aval du Parlement, je l’envoie aux bailleurs de fonds et je passe à autre chose. »

Varoufakis précise que le 27 février au petit matin : « J’ai signé le courrier et je l’ai envoyé aux créanciers, passablement écœuré. C’était un fruit des ténèbres, et je reconnais qu’il m’appartient. »

Extrait de l'article d'Eric Toussaint, paru sous le titre "La première capitulation de Varoufakis-Tsipras fin février 2015", 7ème volet de la série "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même", à lire en intégralité sur le site du CADTM

vendredi 23 mars 2018

La sujétion de toute la vie sociale et de toute la sphère publique, y compris l’État, aux mécanismes du marché

Le système national de santé grec a été démantelé par l’application d’un ensemble de mesures imposées depuis 2010 par les créanciers de la Grèce dans les secteurs de santé primaire, secondaire et pharmaceutique. Ce texte présente une analyse critique des principales mesures de compression budgétaire mises en place dans ces secteurs et introduit un débat sur des initiatives communautaires censées renforcer certains déterminants sociaux de la santé (indemnités de chômage, assurance maladie, revenu minimum garanti). Il apparaît que les politiques mémorandaires ont manqué le but d’efficience et d’efficacité affiché, mais peut-être pas le projet implicite de construire un « nouveau modèle social européen » réduit à quelques prestations tout juste suffisantes à la survie des dépossédés. En s’appuyant sur de nombreux travaux scientifiques, des entretiens en Grèce auprès de militants et dans des établissements de soin et une enquête en cours dans des quartiers ouvriers du Pirée, l’article conclut à l’épuisement – passager ? – des forces luttant pour la survie des droits sociaux démocratiques.

L’hypothèse, défendue ailleurs plus en détail (Burgi, 2014a), est que nous assistons à la culmination d’un effort long de désinstitutionalisation des régimes de protection sociale, poursuivi graduellement depuis au moins trois décennies, qui s’accélère à la faveur des choix politiques arrêtés par les puissances hégémoniques d’Europe pour gérer les effets de la crise financière de 2007-2008. Cet effort est lié à un projet néolibéral de refondation complète des principes, des modalités et des finalités de l’intervention de l’État d’après 1945. Également appelé « fondamentalisme de marché », il préconise la sujétion de toute la vie sociale et de toute la sphère publique, y compris l’État, aux mécanismes du marché. Parmi les nouvelles attributions de l’État, l’une des règles essentielles commande que sa politique sociale soit entièrement remodelée pour accompagner « de façon active » et porter à leur paroxysme les mécanismes de concurrence.

Avant 2010, quasiment tous les gouvernements occidentaux, chacun à leur rythme et avec leurs modalités propres, ont cherché à progressivement reconfigurer leurs systèmes nationaux de protection sociale pour les conduire dans cette direction et les mener vers la constitution d’un nouveau « modèle social européen » dans lequel les prestations à vocation universelle des États sociaux construits après 1945 sont remplacées par un filet social minimal, par un « minimum vital » (Hayek, 1985 (1946):89-90).

Ce minimum n’est pas conçu comme un moyen de lutte contre la précarisation et la paupérisation des masses car il n’est pas question de s’attaquer à leurs causes ni de revenir sur la régulation néolibérale. Au contraire, dans le cadre du « fondamentalisme de marché », le minimum vital a pour fonction de faire en sorte que personne, en principe, ne tombe définitivement hors-jeu – hors du jeu de la concurrence généralisée. Pour le dire autrement, le problème théorique et pratique posé à la gouvernementalité néolibérale dans la redéfinition des politiques de protection sociale est de savoir, non pas comment combattre le chômage de masse ou contenir l’extension des zones de précarité et de vulnérabilité, mais jusqu’où il est possible et/ou souhaitable d’abaisser le « seuil de pauvreté “absolue” » en dessous duquel l’État devra imposer un filet social minimal, au sens d’un régime de soutien (et de contrôle étroit et punitif) des plus démunis, certes financé par la collectivité, mais juste suffisant pour le marché

La déconstruction méthodique, quoique parfois anarchique, des institutions grecques de santé publique s’inscrit dans cette évolution. Au rythme dicté par les institutions de la troïka, les gouvernements grecs ont taillé dans les dépenses de santé « avec des couteaux de boucher », selon l’expression d’un ancien ministre de la Santé (2010-2012), Andreas Loverdos, et cela, au moment même où les déterminants sociaux de la santé – les conditions de vie, fortement dégradées sous l’effet des politiques austéritaires dans leur ensemble – se répercutaient sur la santé de la population. Pour reconfigurer le secteur, des recettes « clé en main » de la Banque mondiale et du FMI (partage des coûts, principe de dissociation entre acheteurs et fournisseurs, tarification à l’activité, privatisation des services…) ont été plaquées sur le système public de santé grec dans l’intention prioritaire de réduire les coûts, d’extraire des ressources et de réorienter les comportements vers la consommation d’assurances et de services privés.

L’ampleur des coupes budgétaires et la logique qui leur est sous-jacente sont présentées dans un premier temps (I). Une deuxième partie étudie plus en détail les contradictions et les effets des politiques relatives aux médicaments et aux secteurs secondaire (hospitalier) et primaire (II). Abordant en dernier lieu la question des déterminants sociaux de la santé (III), la réflexion, centrée sur la mise en place d’un filet social équitable qui reste très largement insuffisant, débouche sur un questionnement portant sur le sens et les perspectives d’une société dite résiliente.

Extrait de "Grèce : Le démantèlement méthodique et tragique des institutions de santé publique" par Noëlle Burgi à lire en intégralité sur le site du CADTM

jeudi 15 mars 2018

Disposer de notre corps, mais pas de notre pays ni de notre régime politique ?

Original File Name: 2018031222.jpg illus. Greek Crisis

(...) ces derniers jours, nous avons vu apparaître dans Athènes certains tracts au message... clair: “Mort à la Grèce, pour que nous, nous puissions vivre, au Diable la famille et au Diable la Patrie”. Et dans un... nouvel ordre d’idées, en somme proches, on y découvre sur ce mêmes murs d’Athènes, cet autre message inévitablement méta-moderne... à propos de l’usage de notre “corps notre choix”.

Il y a même lieu de remarquer que le message en question se combine en six langues, sauf qu’il fait totalement et visiblement volontairement l’impasse sur la... langue du pays. Pourtant à Athènes on parle... encore le grec ! C’est bien connu, la mondialisation c’est l’amour des autres patries, tout comme l’adulation de toute altérité réelle ou supposée telle, et en même temps, la haine, ou sinon le rejet de l’identité.

Dans un tel monde... on disposerait peut-être de notre corps... ainsi notre seul et ultime choix, mais certainement pas de notre pays, ni de notre régime politique, et encore moins des droits et des devoirs. Et tous ces “libres corps” du lendemain des humains, découvriront peut-être un jour, qu’ils ne seront même plus jugés indispensables pour demeurer vivants, ni pour produire et encore moins pour consommer, le tout, et j’espère me tromper, face à un métanthropisme galopant comme autant face à son “humanité” augmentée... réservée aux “élus”.

Incidemment, toute cette dichotomie et comme par hasard, elle laisse la porte ouverte aux tenants du discours diamétralement opposé, lequel incite à n’accepter en l’adulant que tout ce qui relève de sa propre identité, haïssant toutes les autres. Le système tient et tiendra ainsi bon lorsqu’il suggère qu’entre le nihilisme apatride et celui des néonazis, aucune autre position n’est alors possible. Pauvres peuples, et ainsi futur unique des... fortunés.

Les frontières ne seraient donc plus, ni pour les marchandises, ni pour les flux financiers, ni entre les êtres, les cultures, les sexes, voire même entre les espèces. Une affiche publicitaire, pédophile et zoophile à la fois, ainsi aperçue car d’abord autorisée à figurer dans les couloirs du métro parisien, a tout de même heurté le bon sens, et autant cette... mesure qui pour certains philosophes, anciens comme contemporains, c’est la meilleure des choses.

L’hybris et la démesure visiblement dominent de Paris à Athènes, sauf que le sentiment identitaire par exemple celui des Grecs est toujours tangible, représentant en réalité plus du 80% de la population à travers les mentalités, en dépit des cercles des marionnettes qui gouvernent comme de leur magma athénocentrique en somme concis. Pauvres philosophes, entre autres d’Apamée. Car aussi par les temps qui courent, et à vol d’oiseau, rappelons qu’entre Apamée et Athènes il y a moins de 1.200 km, tandis qu’entre Athènes et Paris il y a le double de distance.

Sous le soleil alors, c’est à Athènes que l’œuvre d’Héraclite est en ce moment revisitée à travers un spectacle du même nom. Au même moment, la déferlante des plateformes dites communautaires payantes de location et de réservation de logements, conjuguée à huit années de Troïkanisme réellement existant, bouleversent de manière violente la situation de l’immobilier sur place. Car jamais autant de biens immobiliers n’avaient ainsi changé de mains à Athènes... depuis la précédente Occupation allemande, celle des années 1940.

Des... investisseurs petits, moyens et grands, surtout étrangers, achètent dans Athènes parfois par lots de cent appartements, et en même temps, la Troïka élargie a insisté pour que les saisies des biens des Grecs puissent se concrétiser de manière électronique et automatique. Dans le même ordre d’idées, le “gouvernement” des Tsiprosaures annonce ainsi plus d’un million de saisies de biens immobiliers et autres, rien que pour 2018.

Il faut dire qu’a propos des dernières liquidations et ventes aux enchères après saisie de biens immobiliers, encore effectuées de manière “physique”, c’est-à-dire en salle d’audience, le Syndicat des Officiers de la Police vient de lancer une attaque inhabituelle car très violente, vis-à-vis du gouvernement. Son communiqué avait été motivé par le fait que de nombreux policiers avaient été blessés lors des ventes aux enchères de ce type, surtout à Athènes devenant ainsi la cible visible et facile pour les citoyens concernés et paupérisés.

Les policiers y concluent même de la manière suivante: “Puisqu'ils ne nous respectent pas, le temps est arrivé où il va falloir nous craindre. Car au fait, ce sont bien les politiques mémorandaires qui se dissimulent derrière nos propres boucliers, et voilà que nous ne voulons plus défendre de tels procédures, lesquelles conduisent à la spoliation des biens des citoyens (...) Nous avertissons les politiques que ce mouvement au sein de la Police, au demeurant massif, annulera de fait cette attitude qui consiste à faire peser les effets de la responsabilité de telles politiques sur nos seules épaules, et enfin une fois de plus, nous rappelons que nous sommes non seulement considérés tels, mais nous faisons partie intégrante de la société réelle”, le reportage est du quotidien “Kathimeriní” du 12 mars 2018

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Résister" sur son blog Greek Crisis

lundi 5 mars 2018

"Toute leur pratique dans la gestion de l'économie comme de la société, n’est que la résultante quasi exacte de ce qui leur avait été enseigné au sein des collèges et universités anglo-américains"

Dans la vraie vie restante, les Grecs achètent encore parfois leur poisson directement auprès des caïques (embarcations traditionnelles en bois), et poisson abondant ou pas, les discussions entre eux, peuvent être alors bien animées par les temps qui courent. Il faut ainsi comprendre, que jamais la rupture entre les gouvernés et les gouvernants n’a été aussi abyssale que des nos jours.

Et depuis quelques mois, même les observateurs des faits et gestes actuels (et indéniables), tous chroniqueurs des medias systémiques (mais demeurés honnêtes), ne mâchent plus leurs mots (ou maux), à l’instar de Yórgos Kostoulas, ancien financier et analyste au média capital.gr (2 mars 2018) lorsqu’il écrit:

“Toute cette récente fièvre macédonienne (les deux grands rassemblements patriotiques du mois de février dernier ayant réuni à Thessalonique et à Athènes plus d’un million de personnes), a ainsi révélé combien et comment la conscience nationale demeure tous comptes faits active, et cela, pour une très large part de la société. D’autant plus, que cette désormais évidence, laisse entrevoir une rupture alors beaucoup plus profonde.”

“La réalité d’une telle fracture c’est que dans cette même portion, la société se montre désormais plutôt fatiguée, incontestablement fatiguée de tout. Autrement-dit, ces gens ont complètement épuisé leur dernière tolérance à l'égard du conformisme technocratique, ou encore, face à l’épuration volontaire du discours public (celui des politiciens) de tout ce qui peut réellement concerner la vie concrète pour de millions de citoyens.”

“En face, s’y positionne alors cette élite institutionnelle et intellectuelle dont dans la plupart de cas, elle reste agrégée à l'introduction des normes occidentales (en Grèce), entrant comme on peut le comprendre constamment en conflit avec les valeurs traditionnelles. Et il ne s'agit pas seulement de la solution à trouver au double nom de ce pays (au problème macédonien), mais plus généralement, de la façon dont ceux ‘d’en haut’ chez nous ainsi faits d’éducation et culture anglo-saxonnes, raisonnent et agissent pour ce qui tient des affaires en interne de notre pays.”

“Précisons que par le terme ‘culture anglo-saxonne’, nous entendons alors l'éducation, l'expérience, et en somme la culture en général, dont les dirigeants politiques (grecs) sont si imprégnés. Il va de soi ensuite, que toute leur pratique dans la gestion de l'économie comme de la société, n’est que la résultante quasi exacte de ce qui leur avait été enseigné au sein des collèges et universités anglo-américains.”

“Imbibés de la sorte, et entretenant une bien réelle distance vis-à-vis de tout ce qui peut encore être considéré comme grec, les membres de cette élite ont toujours été (et) à très juste titre, incapables de toute conception historique, géopolitique et pour tout dire dynamique car autonome, de la Grèce contemporaine. Il est donc à la fois certain, et objectivement intelligible: ces élites ne peuvent percevoir le pays, autrement que par l’unique regard de l’étranger. Leur raisonnement, tout comme leurs actions sur le terrain sont de ce point de vue hétéronomes, suscitées même depuis l’étranger, et pour tout dire, profondément homogénéisées.”

“Je dois dire que personnellement, au cours des années 70 et 80, j’avais été autant immergé dans ce milieu issu de l’Imperium Anglo-saxon, j’appartenais ainsi entièrement à ces cadres dirigeants dans la banque et dans la finance, formés à l’américaine. Je me souviens d’ailleurs combien, rien que l'expression ‘spécificités grecques’, s’agissant toujours du domaine de notre activité, fut pour nous une phrase totalement prohibée.”

“Tout ce qui ne correspondait guère à la politique, ou sinon aux outils d'analyse que nous utilisions habituellement faisant très exactement suite à notre culture managériale importée, tout ce qui ne cadrait pas avec nos recettes ou avec nos solutions toutes prêtes, était aussitôt banni. Le mot d’ordre, la seule réponse permanente d’après... notre ‘top management’ fut tout simplement: ‘Educate your customer’ (Éduquez votre client).”

Un certain parallèle... plutôt évident, pourrait être établi lorsqu’on considère nos gauches si diverses et variées et leur marxisme des zincs et des amphithéâtres depuis plus de quarante ans, pareillement divergeant il faut encore le préciser, des valeurs traditionnelles. Une gauche, laquelle a si... “miraculeusement” intégré au bout du processus, toute la culture managériale importée et la mondialisation métaculturelle avec, et notamment... les subsides y afférents au bénéfice prioritaire des principaux intéressés recyclés et députés, ministres et autres chefs et alors splendides marionnettes. Plus le cynisme et l’amoralisme, dont le cas SYRIZA en Grèce, n’est qu’outrageusement grossier... comparée à d’autres cas semblables.

(...)

Pauvre époque et son monde décidément si bas. Suivant les réglementations de l’UE, ceux du secteur des embarcations et autres bateaux traditionnels se mobilisent enfin pour sauver ce qui en reste, après ces milliers de caïques mis à la casse, et c’est toute une culture qui se brise ainsi. C’est connu, en face, s’y trouve encore cette élite réglementaire et intellectuelle, dont dans la plupart des cas, elle reste agrégée à l'introduction des normes financieristes, toujours et encore en conflit avec les valeurs traditionnelles.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre "Poisson laïque" sur son blog Greekcrisis

Toute ressemblance avec les élites africaines... et de plus en plus d'Europe occidentale, serait pure coïncidence... impériale ! (Le Concierge).

Sur la destruction de la pêche artisanale grecque, l'auteur écrivait en août 2015 : "Pour ce qui est de la CEE, évoluée par la suite en Union européenne, le futur leur a largement donné raison. La Grèce a perdu ses (déjà) marges étroites en autonomie politique ou économique, ses industries ont périclité, 40% des terres cultivables sont abandonnées, et plus, dix milles petits et grands caïques - ces embarcations traditionnelles construites en bois et utilisées par les pêcheurs - ont été détruites depuis 2010, faisant suite aux directives de l’UE. Autre exemple, plus de dix mille ingénieurs ont quitté le pays en cinq ans, d’après les statistiques de leur union professionnelle, (journaux grecs, 2015). Non, la Grèce ne vit pas que du tourisme, en dépit de certains clichés."

vendredi 2 mars 2018

Le grand carnaval grec des politiciens... ne finit pas d’en finir

Au même moment, c’est à travers l’Internet grec, d’abord local et par la suite plus ample, que les instantanées issus de l’entraînement annuel et hivernal des aspirants Sous-officiers à l'École militaire homonyme établie à Trikala (Thessalie), ont été largement et si positivement accueils par la presse ; l’entraînement a lieu chaque année dans les imposantes montagnes enneigées de la Thessalie occidentale, .

On y découvre ainsi (propagande ou pas), ces images plutôt parlantes, comme on y découvre également par la même occasion, la cérémonie de la bénédiction officielle des troupes de l'École des Sous-officiers de Trikala, faite par le Métropolite de la région . Une situation démontrant une fois de plus qu’aux yeux des Grecs (c’est-à-dire pour près du 80% des sondés à travers les enquêtes d’opinion , et cela en dépit de la propagande ambiante), les institutions auxquelles les Grecs accordent encore leur confiance, ne sont alors autres, que l’Armée (80%) et dans une moindre mesure (50%) l’Église Orthodoxe, contrairement par exemple aux partis politiques (18%).

La société grecque se lézardant, l’usurpation européiste des faits et des réalités, comme autant son l’idéologie-terminale de la postmodernité, ont d’abord et très concrètement chassé près de 700.000 Grecs de leurs foyers, les incitant et les obligeant à quitter le pays depuis 2010 (la Grèce compte près de dix millions d’habitants).

Ensuite, la guerre sociale (contre la société) sur terre brûlée de l’économie se poursuit-elle (mais alors jusqu’a quand ?), et aussitôt le carnaval (celui de la tradition) terminé, le fisc “grec” vient d’entamer une nouvelle procédure de saisie obligatoire (et en réalité confiscation, rien que par l’ampleur de la mesure), sur les biens meubles et immobiliers (coffres de banque compris), sur ce que les Grecs possèdent encore, sous prétexte de dette envers l’État. Notons que cette mesure concerne plus d’un million de personnes, autrement-dit plus du 10% de la population du pays (presse grecque de la semaine)

Au pays si beau et toutefois mourant, une partie de la population se voit désormais même rêver d’un (autre) régime... forcément fort. Car la situation “d'en bas” est alors telle, qu’au très hypothétique cas de figure, où une petite poignée de (prétendus ou pas) patriotes, qui plus est, militaires, irait confisquer le pouvoir, remplaçant par la force nos ultimes marionnettes du régime de la pseudo-démocratie (après huit années de dictature économique, institutionnalisée entre autres à travers le diktat d’un certain Eurogroupe d’ailleurs sans la moindre légitimité juridique), eh bien, dans une telle éventualité, les Grecs, dans un premier temps en tout cas, ne s’y opposeront peut-être guère. Postmodernité d’un entre-deux-guerres encore plus funeste alors réitéré ?

Et pendant qu’au Pirée, des Aubedoriens ont assailli dimanche dernier (25 février) un lieu de rencontre appartenant au milieu anarchiste causant cinq blessés , dont l’avocate de la famille de Pavlos Fyssas (musicien assassiné par les néonazis de l’Aube Dorée en septembre 2013), le grand carnaval grec des politiciens... ne finit pas d’en finir.

Lundi soir (26/02), Rania Antonopoulou, jusque là secrétaire d'État au Travail (?), a été limogée par Tsipras, quand il est apparu qu'elle avait perçu 1000 euros par mois d'indemnité logement depuis deux ans. Il faut préciser qu’elle forme avec son mari, Dimitris Papadimitríou (établi aux États-Unis depuis plus de quarante ans) et pour sa part ministre de l'Économie depuis novembre 2016, un de ces couples de nantis néogauchisants, manifestement recherchés pour compléter les (derniers ?) “gouvernements” si opératoires (et d’opérette) de l’ère métadémocratique.

Tous deux universitaires en congé du “Levy Economics Institute of Bard College” (dans l'État de New York aux États-Unis), ils ont déclaré un portefeuille de quelque 2,7 millions de dollars et un revenu annuel de plus de 450.000 dollars. Alexis Tsipras se montant agacé de cette affaire, il a congédié Rania Antonopoulou, puis, dans la nuit du 26 au 27 février, il a annoncé dans un communiqué qu'il avait également “accepté la démission” de Dimitris Papadimitríou .

Vraisemblablement dans la logique du couple parachuté en Grèce (et d’ailleurs par qui réellement ?) en plein territoire administré, cette... prime au logement servant à occuper un appartement loué à Kolonáki (le quartier chic historique d’Athènes, et pendant que les intéressés possèdent une villa dans les Cyclades), s’apparente à ces indemnités reliées aux postes et aux déplacements, habituellement proposées aux cadres dirigeants des entreprises et des autres méta-structures transnationales. D’où d’ailleurs l’embarras que Rania Antonopoulou a exprimé dès le debout de cette affaire il y a deux jours, d’où encore, la non-automaticité assumée de sa démission.

Elle a certes indiqué qu'elle n'avait fait que “bénéficier d'une loi accordant une subvention pour leur loyer aux députés et aux ministres - ‘Je n'ai jamais eu l'intention d'insulter le peuple grec’”, a-t-elle assuré dans un communiqué, cette loi avait été cependant été introduite par SYRIZA/ANEL en 2015 sans trop de publicité à son sujet, histoire d’en rajouter aux privilèges de sa caste, entre politiciens marionnettes et arrivistes. Dans sa précipitation de sauver les meubles, le “gouvernement” annonce qu’il fera rapidement abroger sa propre loi, peine comme on sait totalement perdue.

Les Grecs, à en juger déjà (et) rien que par les messages que les auditeurs adressent à chaud à leurs journaux et autres médias, et notamment les radions au matin du 27 février 2018, en sont plus que tout simplement outrés: “Nous payons pour eux, nous nous paupérisons, nous mourons pour engraisser ces salopards de SYRIZA, ces politicards en plus qui haïssent ouvertement notre patrie et autant son peuple et qui besognent uniquement au bénéfice de leur poche et à celui des puissances et institutions étrangères comme la Troïka” (Radio 90.1 FM, zone matinale, émission de Yórgos Choudalakis, 27/02, cité de mémoire). Image ainsi plutôt trouble de notre ultime monde, sauf que comme le hurlent encore certains et en plein carnaval: “Nous sommes encore vivants”.

Lorsqu’une journaliste (Radio 90.1 FM, zone matinale, émission de Yórgos Choudalakis, 27/02), a évoqué en direct le remaniement gouvernemental en gestation, ainsi que les noms probables des ministrables qui circulent, un auditeur a aussitôt réagi formulant toute sa colère à travers son message lu en direct: “Nous en avons assez de tout cela, ces noms et les ministres ne font plus parte de notre vie, de tout ce que nous endurons, de tout ce dont nos mentalités et représentations sont désormais fabriquées au quotidien. Leur monde n'est plus du tout le nôtre. Arrêtez d’en parler, basta !”.

Temps carnavalesques, temps lourds, temps supposés morts. Mon ami Th. va de mal en pis, sans travail depuis des années et sans espoir d’en trouver car le travail n’existera plus, ou sinon, à travers la généralisation fulgurante des salaires de 327€ par mois pour déjà les 636.000 employés (sur deux millions que compte le pays) en temps (théoriquement partiel), d’après les chiffres officiels , le tout, sous le ministère du Travail de Rania Antonopoulou entre autres.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Carnaval" sur son blog Greekcrisis

lundi 26 février 2018

Déluge de racisme "accepté" sur internet

Comme sur la plupart des forums faisant suite aux articles consacrés à Tariq Ramadan, déluge de racisme, de "complotisme" et de "confusionnisme" (qu'en pense Philippe Corcuff ?) que les éditeurs, ici RTL pris au hasard, laissent en ligne...

rapadanracisme.PNG

ramadanracisme2.PNG La fabrication d'un "racisme acceptable" ?

ramadancomplotisme.PNG Complotisme ?

ramadancomments1.PNG Confusionnisme ?

Le tout ici propulsé par RTL...

Si on rajoute les réseaux sociaux, les radios des 1000 collines ont de beaux jours devant elles.

Priez pour nous ?

Le monde nous regarde...

Le Concierge

Lire la suite...

dimanche 25 février 2018

L'Audit : Enquête sur la dette grecque

Alors que Yanis Varoufakis, dont le dernier livre même atteste sans ambiguïté qu'il est l'un des principaux immolateurs de la Grèce pour l'avoir sacrifiée aux créanciers en trahissant dès le premier jour le mandat anti-austérité confié à la majorité Syriza, lève des fonds pour "sauver la Grèce" en créant un nouveau parti membre du très burlonesque Front de Désobéissance Réaliste Européen (MéRA25) - après avoir tout planté, donc -, retour sur l'audit de la dette grecque (jamais mentionné par Varoufakis dans ses différents ouvrages !!!)

Le Concierge

DetteZinTV.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film (Starring : Gandalf Toussaint Le Blanc)

Bonus !

diem25-1.PNG "Je crois que c'est clair" comme disait Serge July aux Guignols[1]

Diem2.PNG

Varoufakis n'ira pas jusqu'à nous dire combien de personnes ont voté lors de ce "grand moment d'innovation démocratique" (qui ressemble à s'y méprendre aux "consultations" de "citoyenneté européenne active" de la Commission européenne !) Ni comment les votes se sont partagés (innovation démocratique, c'est le cas de le dire !!!)

Le résultat en est d'ailleurs :

1) typiquement technocratique (MéRA25, ça va parler aux foules !)

2) Typiquement troïkien : ce sont les "Européens" qui décident pour les Grecs !!!

Le Concierge

Notes

[1] Notons que toutes les vidéos des Guignols ont été retirées du web par Bolloré, on en trouve encore en suivant le lien plus haut

jeudi 22 février 2018

Une affaire d'Etat

Alors que la Cour d'Appel a confirmé le placement en détention provisoire de M. Tariq Ramadan, il est bon de revenir sur le précédent de Tarnac et un acteur commun aux deux affaires...

C'est le Procureur de Paris, François Molins, qui a requis la mise en détention provisoire de M. Tariq Ramadan (la non-indépendance du Parquet ayant par ailleurs été mille fois dénoncée par les observateurs du système juridique français soucieux de la séparation des pouvoirs).

Directeur de cabinet de la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie au moment du déclenchement de "l'Affaire de Tarnac", c'est en tant que Procureur de Paris que François Molins avait eu ensuite à en traiter, s'acharnant à imposer la qualification "terroriste", malgré les juges d'instruction eux-mêmes. Il fallut une décision de la Cour de Cassation pour que cette qualification soit définitivement abandonnée... le 10 janvier 2017 (soit 9 ans après les faits !).

Le journal l'Humanité rappelait à cette occasion l'acharnement du Procureur Molins sur les prévenus :

Sur le fond, la décision de la Cour de cassation s’inscrit dans le droit fil de celle prise par les juges d’instruction. En août 2015, Après sept années d’une enquête qui n’a cessé de se dégonfler, ils n’avaient pas retenu la qualification « terroriste ». Mais vu seulement une opération de dégradation du réseau ferroviaire, effectuée dans la nuit du 7 au 8 novembre 2008, à Dhuisy (Seine-et-Marne), au moyen d’un crochet de fer à béton déposé sur une caténaire. Les magistrats instructeurs admettaient que ces actions ont été commises « dans le dessein patent de désorganiser le fonctionnement d’un rouage considéré comme étatique, la SNCF ». Mais, au-delà du désagrément causé aux usagers, elles ne pouvaient être considérées « comme ayant intimidé ou terrorisé tout ou partie de la population ».

L’affaire aurait pu s’arrêter là. Mais le parquet de Paris, mené par François Molins, qui était directeur de cabinet de la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie en 2008, ne l’entend pas ainsi. Il fait appel de l’ordonnance des juges, en s’appuyant notamment sur le fameux pamphlet signé par le Comité invisible, l’Insurrection qui vient, attribué à Julien Coupat. Selon le parquet, ce texte – jamais interdit de vente – ne laisserait « aucun doute quant à la finalité de renverser par la violence l’État et détruire la société occidentale actuelle »... Examinés en juin 2016, ces arguments n’ont pas convaincu la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Jusqu’au-boutiste, le parquet général s’est tout de même pourvu en cassation. Avec la réussite que l’on sait. Lors de l’audience, en décembre, même l’avocat général de la Cour de cassation n’a pas défendu la position du parquet.

"Détruire la civilisation occidentale actuelle"... Rien que ça ! On peut imaginer ce que le Procureur de Paris peut fantasmer sur Tariq Ramadan[1]...

Depuis, le Procureur de Paris a eu à traiter de toutes les affaires de terrorisme (et particulièrement islamiste) à l'échelon national, pour lesquelles il est seul compétent.

Il y a donc de fortes raisons de penser que l'incarcération de M. Tariq Ramadan soit une incarcération anti-terroriste qui ne dit pas son nom, et qu'elle n'ait finalement que peu à voir avec le témoignage des plaignantes (quels que soient les faits), Tariq Ramadan ayant depuis des années été accusé d'être un inspirateur du terrorisme par une partie de la presse (comme l'atteste, de façon si subtile !, la Une de Charlie Hebdo du 7 février 2018, Nouveau Journal Officiel de la République Française[2]...) et de hauts responsables de l’État ...

Comme l'a montré l'affaire Coupat, Tariq Ramadan risque donc d'être emprisonné, sans jugement, pour de très longs mois (plus de six mois dans le cas du premier !) à la discrétion d'autorités publiques, agissant "au nom du Peuple Français" qui a donc des comptes à leur demander - surtout après le fiasco de l'affaire de Tarnac qui n'a pourtant entrainé aucune sanction (et quels que soient les prétendus "changement de majorités" - 2 quand même !)...

Il ne s'agit de rien d'autre que d'une lettre de cachet. On imagine mal que celle-ci n'ait pas reçu l'aval de la Ministre de la Justice et du Président de la République...

Mais considérée la notoriété internationale dont jouit le prévenu, cette "affaire d’État" se déroule désormais soust les yeux du monde entier qui s'écarquillent devant le charme discret de la séparation des pouvoirs au pays de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et de Montesquieu...

Depuis le 11 janvier, les plus hautes autorités de l’État n'auront décidément eu de cesse de concéder victoire sur victoire aux terroristes (qui détestent Tariq Ramadan au plus haut point) en dynamitant les libertés publiques qui, n'en déplaise aux Inquisiteurs de la politique de la peur, font partie intégrante, et ici pour le meilleur, de la-dite "civilisation occidentale".

Le Concierge

Notes

[1] Ajout du 24/02 : Grand lecteur, il n'avait pour se faire une idée qu'à lire "Frère Tariq", écrit par Caroline Fourest, principale "témoin" à charge, et semble-t-il livre de chevet de Manuel Valls et Alain Bauer, deux amateurs de romans de gare bien connus

[2] Un humour de lâches, face à un homme incarcéré ?

mardi 20 février 2018

D'une guerre à l'autre

La situation n’est donc pas à prendre à la légère, et aux frontières de la Grèce... il n’y a ni la Belgique, ni le Danemark. Comme le fait remarquer sur son blog l’analyste en géopolitique Dimitris Konstantakópoulos, “les États-Unis sont à présent représentées en Grèce par l'ambassadeur Geoffrey Pyatt, mondialement connu pour son mandat précédent à Kiev. Durant son mandat, les événements en Ukraine ont été les suivants: une révolte, un coup d'État, une guerre civile, un avion civil abattu, ainsi que la plus grande crise des trente dernières années dans les relations russo-occidentales.”

“En ce moment, M. Pyatt se rend à Ankara pour négocier l'avenir de la Grèce et de Chypre accompagnant Rex Tillerson secrétaire d'État des États-Unis de l'administration du président Donald Trump, dans ses pourparlers avec M. Erdogan. La présence d'Athènes et de Nicosie était évidemment jugée inutile dans ces discussions. Ces deux autres capitales seront informées rétrospectivement de ce qu'elles doivent tout juste savoir... et quant à nous, nous subirons les suites.”

“Erdogan, Tillerson et Pyatt mettront tout sur le tapis pour déterminer ce qu'ils donneront de la Grèce et de Chypre à la Turquie afin que le Sultan (Erdogan) puisse donner son accord, ce qui d’ailleurs n’est pas certain. Dans l’éventualité d’un accord entre la Turquie, l'Occident et Israël, nous ici, nous paierons une partie de la facture, et à défaut d’accord, il ne peut pas être exclu qu’une... belle guerre gréco-turque puisse par la suite être organisée.” (Dimitris Konstantakópoulos, “Grèce: tout droit vers le précipice”, 15 février 2018)

L’expérience grecque ainsi que l’analyse qui est celle de ce blog depuis ses débuts (2011), c’est que l’austérité (euphémisme en toute évidence qui cache une réalité beaucoup plus apocalyptique), la prise du contrôle total des finances du pays (et des pays), des institutions, des mentalités (mécanique sociale), l’annulation (dans les faits) de la Constitution, la marionnettisation surpassant le ridicule de la classe politique (en réalité apolitique), la fin des droits sociaux, ce n’est qu’une palier dans cette guerre asymétrique que les pays, nations et sociétés subissent... au risque de disparaître même entièrement... en succombant, à défaut de résister.

Et lorsque cette mainmise sur les ressources, sur les cultures, sur les populations, sur les mentalités atteint le niveau visé (par certains pays supposés grands et pas la dite élite mondialisatrice pour qui les petits gens ne sont que “de la vermine”, c’est bien connu), eh bien, il ne restera que le chaos provoqué comme provoquant. Plus évidemment la guerre tout court... faite par d’autres moyens. D’où à notre avis, le handicap (en réalité assumé) des analyses (supposées marxisantes) que la gauche à la SYRIZA adopte ici ou là, histoire tout naturellement de (mal) dissimuler son appartenance consubstantiel (mais bientôt cosmétique) au méta-monde de l’hybris, comme de la piraterie généralisée, qui est le “nôtre”.

Les Grecs l’ont si bien compris qu’ils ne manifesteront plus jamais nous semble-t-il, à l’appel des partis de gauche ou des syndicats. Désormais, ce sont les questions identitaires, celles liées à l’ultime existence ainsi acculée, qui véhiculent, véhiculeront et canaliseront l’immense douleur des années troïkannes, ce que les grands rassemblements à propos de la question Macédonienne ont déjà prouvé à Thessalonique et surtout à Athènes.

Inutile de dire combien et comment une déflagration gréco-turque en Égée (même de courte durée), en Thrace ou à Chypre, pourrait devenir ce catalyseur qui balaiera, non seulement le “gouvernement” SYRIZA/ANEL, mais peut-être bien, l’ensemble du régime politique grec. Un peu comme l’invasion turque à Chypre et la courte guerre gréco-turque en 1974, ont balayé le régime de l’autre junte, celle des Colonels.

Il n’y aura pas de retour ne arrière dans ce processus qui est le nôtre actuellement, et nous irons très probablement jusqu’au bout. Les Grecs n’ont même plus d’illusions quant à l’état du monde, quant au simulacre de la démocratie, ou quant aux enjeux géopolitiques dans cette région du monde. Tsipras et les siens sont désormais haïs (et non seulement politiquement rejetés) par plus du 70% de la population. La situation à Athènes... étant sans cesse observée, les Ambassades à Athènes devraient autant le savoir.

Enfin, ce que les Grecs savent (si ce n’est que par intuition), ce que Tsipras (visiblement davantage que Samaras), après avoir paraphé tant de mémoranda coloniaux, il aurait en même temps, donné son accord à un agenda géopolitique dissimulé, au détriment des intérêts, voire, de l’intégrité territoriale du pays. Pour une “majorité” réelle (et non pas forcément électorale) se basant sur près du 10% des Grecs (et encore), tout cela ne passe absolument pas, d’où ce qualificatif lequel revient ainsi sans cesse en ce moment en Grèce pour designer les Syrizistes: “Traîtres”.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous ce titre sur son blog Greek Crisis

lundi 12 février 2018

L’enjeu central pour eux est de baisser, partout en Europe, les salaires, les retraites et les allocations sociales, de précariser les contrats, limiter le droit de grève, réduire les dépenses sociales dans les dépenses de l’État, privatiser, etc.

Le contact avec Schäuble commence mal car celui-ci refuse de lui serrer la main. Varoufakis met en avant les deux points suivants : « Premier point, je ne demandais pas de radiation de la dette, et l’échange de dettes que je proposais bénéficierait à l’Allemagne et à la Grèce. Deuxième point, j’ai insisté sur ma détermination à traquer les fraudeurs et faire passer des réformes pour encourager l’entreprenariat, la créativité et la probité dans la société grecque »

Varoufakis explique que la relation s’est détendue, Schäuble lui proposant de se tutoyer et de lui envoyer cinq cents inspecteurs du fisc allemand. « Je l’ai remercié pour sa générosité, mais j’avais peur qu’ils se découragent en réalisant qu’ils ne pouvaient déchiffrer ni les déclarations de revenus ni les papiers nécessaires. En revanche j’avais une idée : et s’il nommait le secrétaire général de l’administration fiscale de mon ministère ? »

Varoufakis précise qu’il s’agissait de sa part d’une proposition tout à fait sérieuse. Il en a profité pour expliquer à Schäuble quelque chose que le ministre allemand savait certainement déjà : à savoir qu’au sein du ministère grec des Finances, le service de collecte des impôts avait été confié à une personne du privé. Varoufakis explique : « la personne qui en était responsable n’était ni nommée par moi ni redevable devant moi ou mon Parlement, même si c’était à moi de rendre compte de son action quotidienne. Voilà donc ce que je lui proposais : il choisirait un administrateur fiscal allemand aux références irréprochables et à la réputation intacte qui serait nommé sur-le-champ et responsable devant lui et moi ; si il ou elle avait besoin de renfort de son ministère, je n’y voyais aucun inconvénient. » Sur ce point, Varoufakis propose une solution qui constituerait, si elle était appliquée, un abandon encore plus important de souveraineté, et cela directement au profit du gouvernement allemand.

Mais Schäuble n’était pas intéressé et passe au sujet qui est au cœur de toute sa stratégie et de ses motivations profondes : « sa théorie suivant laquelle le modèle social européen « trop généreux » était intenable et bon à jeter aux orties. Comparant le coût du maintien des États-providences avec ce qu’il se passe en Inde ou en Chine, où il n’y a aucune protection sociale, il estimait que l’Europe perdait en compétitivité et était vouée à stagner si on ne sabrait pas massivement dans les prestations sociales. Sous-entendu, il fallait bien commencer quelque part, et ce quelque part pouvait être la Grèce. »

Si Varoufakis, Tsakalotos et le cercle dirigeant autour de Tsipras avaient pris au sérieux le message que voulait faire passer Schäuble et que son homologue italien avait déjà transmis à Varoufakis deux jours plus tôt, lors de son passage à Rome, ils auraient compris que la proposition d’échanges de dettes n’avait aucune chance de convaincre le gouvernement allemand et tous les gouvernements de la zone euro qui font de l’augmentation de la compétitivité (au profit des grandes entreprises privées exportatrices) leur objectif principal |6|. L’enjeu central pour eux est de baisser, partout en Europe, les salaires, les retraites et les allocations sociales, de précariser les contrats, limiter le droit de grève, réduire les dépenses sociales dans les dépenses de l’État, privatiser, etc. Si la proposition de Varoufakis avait été acceptée, elle aurait permis au gouvernement grec de desserrer l’étau de la dette. Or, le gouvernement allemand et la plupart des autres gouvernements de la zone euro (sinon tous) ont besoin de l’étau de la dette pour imposer la poursuite de l’application de leur modèle et se rapprocher des objectifs qu’ils se sont fixés. Ils souhaitaient aussi ardemment faire échouer le projet de Syriza afin de démontrer aux peuples des autres pays qu’il est vain de porter au gouvernement des forces qui prétendent rompre avec l’austérité et le modèle néolibéral

Extrait de la sériée d'Eric Toussait : "Le témoignage de Yanis Varoufakis : accablant pour lui-même".

Épisode6 : "Varoufakis-Tsipras vers l’accord funeste avec l’Eurogroupe du 20 février 2015".

A lire sur le site du CADTM

vendredi 19 janvier 2018

Tout y passe ou presque, du droit de grève... au “remodelage” de la moitié du code pénal

Original File Name: 2018011057.jpg La ministre grecque de la destruction du droit du travail (coll. Greekcrisis)

Le temps était encore doux jusqu’à vendredi à Athènes. Ce même jour, le pseudo-gouvernement présentait au pseudo-Parlement son énième mémorandum intermédiaire, et autant fourre-tout ravageur des acquis sociaux et démocratiques depuis plus d’un siècle. Il s’agit d’un texte de loi... de 1.531 pages, lequel comme d’habitude les “députés” ne liront (presque) pas. Sa lecture (partielle sur Internet) trahit même son origine: une traduction rapide et quasi automatique, ayant comme langue source la novlangue du patois globaliste, à savoir, l’anglais des Troïkans et non pas celui de Shakespeare.

Sous Alexis Tsipras, le pays déjà défait, devient alors un territoire sciemment décomposé. Et dès ce samedi, voilà la pluie et le froid qui marquent ainsi leur retour ! Telle est notre... désormais bien longue, tradition dans la “gouvernance” mémorandaire. Cette... écriture aux 1.531 pages de tant de mesures et de nouvelles réglementations, doit être adoptable et adaptable très officiellement “d'urgence”, c’est-à-dire avant l’Eurogroupe ainsi imminent, fixé pour lundi prochain.

Original File Name: 2016112156.jpg La même en 2016, livrant les conventions collectives à la troïka lors d'une petite réunion entre amis au Hilton (arch. Greekcrisis, lire Ultimes poubelles du marketing politicien)

Tout y passe ou presque, du droit de grève... au “remodelage” de la moitié du code pénal, comme autant de la privatisation de fait de la Justice, par la mise en place d’un système de conciliatoire privé rendu obligatoire. On a beau avoir fêté la Théophanie partout en Grèce avec la traditionnelle cérémonie de la bénédiction des eaux qui se déroule dans toutes les églises grecques (près des eaux) chaque année à la date du 6 janvier ; rien n’y fait.

Et comme nous le remarquions récemment sur ce même blog, les “réconciliateurs” ainsi prévues, pourront être recrutés également en dehors des formations et des professionnels du Droit, et ils seront d’ailleurs directement rétribués par les citoyens intéressés, quand en même temps, ces derniers n’auront plus vraiment la possibilité de saisir directement les Tribunaux. Tsipras, est alors et décidément... de la dernière pluie... toxique qui tombe sur le pays.

En attendant l’adoption de cette (bien énorme) loi, et en réaction de celle-ci, mardi dernier 9 janvier, certains membres du syndicat PAME (affilié au PC grec), avaient investi par surprise les locaux du Ministère du Travail (dont celui de la Ministre Achtsioglou). La motivation annoncée pour cette action fut trouvée en la réactualisation (et autant officialisation) de la mise entre parenthèse du droit de grève, mesure qui figure au présent mémorandum (dit également “intermédiaire”).

Au-delà du symbole recherché (et trouvé) au moyen d’une telle action, à l’efficacité il faut l’admettre plutôt contestable, les Grecs ont tout de même pu (une fois de plus) à cette occasion, relever grâce à l’irruption des syndicalistes de PAME, toute l’animosité qui caractérise alors pareils affrontements (pour l’instant verbaux).

Sauf qu’on y relève surtout cette expression et autant posture corporelle des protagonistes, dont l’arrogance et le mépris perceptibles à travers l’attitude de la Ministre Achtsioglou. Le tout d’ailleurs, devant les photographes de presse présents sur les lieux. Arrogance, mépris et ainsi cynisme, relevant de toute évidence des tendances obsédantes fondamentales de la psychologie individuelle et collective chez les pseudo-gouverneurs actuels, c’est bien connu. À leur propos, le voisin Kostas maintient alors mordicus que “ces gens... sont manifestement mandatés et désignés par un certain au-delà”.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre " Tutoyer le réel " sur son blog Greekcrisis

Lire aussi : Les accords précédents avec les créanciers ont aboli le régime parlementaire grec

samedi 6 janvier 2018

Jusqu'au bout de l'hybris...

Début 2018, et les mieux pourvus se sont rués sur les plages comme sur les tavernes de la Riviera d’Attique, tandis que l’escroc politique Alexis Tsipras et les siens (sous forme de commissions dites “d'experts”) décideront alors en comité restreint (clos) et sans la presse (la nouvelle vient de tomber), du sort architectural de l’ancien aéroport d’Ellinikón (ou Hellenikó, également sur la Rivier d’Athènes). Il s’agit bien de ce site dont le “gouvernement de la gauche radicale” a ainsi finalisé la vente aux “promoteurs”. Il fut un temps pas si lointain, où Tsipras se faisaient photographier avec ceux qui luttaient contre cette vente (en réalité, il a été bradé). Tsipras, dernier arriviste de l’ultime gauche dans ce pays, ira ainsi jusqu’au bout de l‘hybris.

Original File Name: 2018010463.jpg Photo : collections de GreekCrisis

On sait que la société privée grecque ‘Lamda Development’, soutenue par le groupe multinational ‘Global Investment’, le groupe chinois ‘Fosun’ et une société d’Abou Dhabi, a emporté le... morceau moyennant donc 915 millions d’euros. Elle devient le propriétaire de l’ancien aéroport sur une zone côtière de 3,5 kilomètres de longueur et une marina, pour lancer son... méga-projet immobilier sur le site de l’ancien aéroport, avec la construction de nombreuses résidences de toute taille et des parcs d’activités, voir d’ailleurs à ce propos les articles... dithyrambiques dans la presse plus autorisée que jamais . Pauvres journalistes, incroyables avatars !

Ce qui s’y joue, tient autant de l’autorisation accordée aux “promoteurs” pour y bâtir toute une série d’immeubles très élevés, et même l’autre dictature, celle des Colonels (1967-1974) avait pourtant renoncé à un projet analogue sous la pression collective comme culturelle (colères certes sourdes). En réalité, le POS régissant la construction à Athènes, interdit ce type d’immeubles bien grands, c’est-à-dire plus hauts que l’Acropole, et cette règle est autant et d’abord morale, d’où l’énormité dans la transgression ainsi commise par... la bande à Tsipras.

D’ailleurs à ce sujet, même au “Quotidien des Rédacteurs” (pourtant journal pro-SYRIZA), on ne peut qu’exprimer de l’indignation devant ce nouveau crime d’Alexis Tsipras (et du “gouvernement” SYRIZA/ANEL):

“Ces... esprits ‘instruits’ du gouvernement veulent ainsi autoriser la construction d’une barrière de bâtiments imposants, une miniature (peut-être une copie) de Dubaï, de tout ce toc, alors réalisé aux limites de l’hybris, (autant) au moyen d’arrangements avec et au sein du para-État gouvernemental. Et pourtant en face, elle se trouve la population locale et les citoyens démocrates qui se révoltent, de même que la plupart des scientifiques cohérents d’esprit: archéologues, architectes, voire les artistes.” (“Quotidien des Rédacteurs” du 3 janvier 2018) .

L'Aéroport international d'Ellinikón était comme on se souvient, cet aéroport historique qui desservait la ville d'Athènes, avant d'être remplacé en 2001 par Elefthérios-Venizélos (aéroport actuel) dont ses promoteurs de l'Allemand Hochtief qui détenait encore 40 % des parts en 2013, ont expressément exigé la fermeture. Pourtant, le bon sens exprimé même publiquement à l’époque avait argumenté en faveur du maintient du site comme deuxième aéroport (à l’instar de Roissy après Orly et après Le Bourget en France). Et comme en 2017, le nombre de visiteurs du pays avoisine les 30 millions par an, voilà que le nouvel aéroport de la capitale n’est guère loin d’être saturé.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre " La mesure humaine " sur son blog GreekCrisis

jeudi 28 décembre 2017

La truth policy de Trump

truthpolicy.PNG

Après avoir affirmé que Jérusalem est la Capitale d'Israël, ce qui est la vérité factuelle, certes non reconnue par de nombreux États, mais ce qui ne change rien à la réalité des faits[1], Donald Trump donne un cadre légal à la production d'Armes biologiques de Destruction Massive, dont la réalité a toujours été déniée à la manière d'un secret de polichinelle. Les grandes âmes s'émeuvent : il est très méchant. Traduction : les précédents étaient très gentils. Les suivants seront aussi très gentils. Plus belle la vie à Bikini ?

Le Concierge

Notes

[1] L'intellectuel, de réputation internationale Tariq Ramadan (et le musée de l'Europe en profite pour lui apporter tout son soutien dans l'épreuve qu'il traverse à l'initiative de sa harceleuse habituelle) le soulignait le 7 décembre 2017 : "Palestine et Jérusalem : Trump et Netanyahou ont raison! Le président Donald Trump a raison, la réalité sur le terrain est que Jérusalem est de facto la capitale d'Israël. Le côté occidental est déjà annexé tandis que l'est de la ville est lentement colonisé. Jour après jour. Donald Trump met simplement des mots audibles à une politique silencieuse convenue. L'idée d'un Etat palestinien doit disparaître sur le terrain alors qu'ils prétendent s'asseoir autour de tables de «négociation». Ils appellent cela "le processus de paix"! Le président Trump à au moins le mérite d'être franc: il veut parler de paix une fois qu'il est clair que la Palestine n'a plus d'existence géographique. N'était-ce pas la même politique que celle qui a été promue par les précédentes administrations américaines de Clinton à Bush, et Obama. . . avec les mots en moins?

lundi 25 décembre 2017

Chant de Noël pour temps obscurs

beartAutoroute.PNG Cliquer sur l'image pour écouter "L'autoroute en bois"

Les petit(e)s politicard(e)s, trotscard(e)s en rut, de Syriza, dépeçant le vieil État social des "privilégiés" la bouche en cœur et le Bon Dieu sans confession me font penser (en attendant la 4ème nuit de Walpurgis où s'accoupleront sataniquement les start-ups de droite et les start-ups de gauche qui squattent l'Assemblée Nationale en France et l'Organe de Presse Moustachu - OPM) à cette chanson de Guy Béart (dont le public de ce blog voudra bien ne pas faire une lecture "genrée" - quand on n'a qu'un marteau, tous les problèmes ressemblent à des clous, c'est bien connu - ce serait comme prendre l’Évangile au premier degré, c'est un texte sur la perversion - qui est venue et n'a pas fini de venir sous la marque "Révolution" - beaucoup plus profond et terrible. Sans oublier que Béart a été exécuté par le Pervers en chef élevé comme Charlie Hebdo, au rang de "ça" national.)

Joyeux Noël aux lecteurs de ce blog et aux Homme(e)s de bonne volonté.

Les jours heureux reviendront.

Car "cela s'appelle l'aurore".

Amen

Le Concierge

dimanche 24 décembre 2017

Un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque, au pouvoir depuis bientôt trois ans, votent en faveur de l’incarcération des militants du mouvement social qui se seront opposés à la saisie (pour dettes) d’une résidence principale...

Aujourd’hui, un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque, au pouvoir depuis bientôt trois ans, votent en faveur de l’incarcération des militants du mouvement social qui se seront opposés à la saisie (pour dettes) d’une résidence principale et à l’expulsion locative qu’elle entraîne.

(Se seront opposés de leurs corps ; se seront interposés entre ménages ou individus endettés et agents chargés d’appliquer la sentence, de les virer de chez eux, de les mettre à la rue ; auront donc dans le langage néo-libéral fait “violence” à des dépositaires de la force publique. Existe-t-il aujourd’hui, dans la solidarité avec les réfugiés, dans la défense des droits sociaux les plus élémentaires, d’autre forme d’opposition que celle qui engage le corps et se trouve ainsi automatiquement dénoncée comme “violence” par les gouvernements européens ?)

Aujourd’hui, un par un, les députés de l’ancienne “gauche radicale” grecque votent en faveur de l’incarcération des membres de cette société incivile qui, à partir des assemblées de 2011, les a portés au pouvoir. (Pour mémoire: en 2010, encore, Syriza était une coalition à bout de souffle, privée de dynamique, de forces vives, de stratégie et surtout d’appui populaire, au bord de la scission). Le fait que cette même formation ait pu moins de deux ans plus tard se retrouver à quelques voix du pouvoir (et ait fini par l’emporter en janvier 2015) doit tout à la dynamique impulsée en 2011 par les collectifs de base apparus dans les quartiers populaires d’Athènes (ou en province, en particulier dans des luttes liées à la défense du territoire), et qui étaient très largement indépendants (et pour cause) de tout appareil préexistant.

De l’instrumentalisation du mouvement social grec par la gauche de gouvernement à sa répression pure et simple, un pas semble donc être franchi.

Les Grecs étant pour une très grande partie d’entre eux “petits propriétaires” depuis des décennies, c’est-à-dire propriétaires de leur appartement, la propriété demeure ici l’un des facteurs-clefs qui expliquent que la société n’ait pas sombré plus profondément encore ou plus vite dans le dénuement.

Il s’agit d’une mesure que ni la droite extrême ni le parti socialiste grec qui se sont succédés à la tête de l’État ou ont gouverné en association jusqu’en 2015 n’avaient eu (pour parler de nouveau en langage néo-libéral) le “courage” de prendre.

Dimitris Alexakis, 22.12.2017 (paru sur le blog "ou la vie sauvage" sous le titre Athènes, 22 décembre 2017, pour mémoire)

Lire aussi sur ce site (avec d'autres liens vers des articles publiés par le Musée sur cette question et rappelant la très lourde responsabilité du "socialiste" Moscovici petit télégraphiste de ces exigences à Athènes depuis des années ) : Foutez-moi toutes ces classes moyennes sur le trottoir !

dimanche 17 décembre 2017

Le Smartphone seul suffira aux masses paupérisées

La grève supposée générale n’aura concerné que le secteur public (hôpitaux compris) et encore, les médias, et alors partiellement les transports en commun. Les “syndicats”, lesquels prétendent encore à la blague unitaire (étant évidemment et historiquement divisés), ils n’ont cette semaine que partiellement fait converger leurs “troupes” vers la Place de la (défunte) Constitution. Les apparences dominent... en se ridiculisant.

Lorsque toute une société est attaquée, disloquée de la sorte, et son pays avec, quand la prédation devient d’ailleurs la seule règle appliquée, d’en haut comme d’en bas, cette pratique de division sociale (et sociétale) de la part des “syndicats”, ne relève d’autre chose que de la programmation très exacte des tenants du pouvoir en matière d’ingénierie sociale et de contrôle de la société (en canalisant au besoin “ses” formes de “contestation”).

Les dirigeants des dites centrales syndicales (désormais autant haïs que les politiques par une large population grecque, il faut autant le préciser), participant comme on sait (à l’ultime ?) festin des maîtres néolibéraux ; cela, à l’instar de l’ensemble du méta-monde des politiques et des partis. Et en Grèce, ce phénomène est enfin très précisément palpable car SYRIZA nous a ouvert les yeux, comme il a définitivement fermé nos dernières lucarnes d’espoir quant à agir par le biais des institutions politiques prétendument disponibles, gauche(s) et droite(s) comprises et notamment confondues.

Ces dirigeants, car il faut également le répéter, en tirent accessoirement certaines conséquentes miettes existentielles, rien que pour eux comme pour leurs familles, et ils poursuivront ainsi dans leur parasitisme jusqu’au moment où l’énorme parasitisme, celui d’en haut, finira par imposer tous les automatismes totalitaires nécessaires pour en finir définitivement avec les sociétés, les pays, les démocraties, les nations et les cultures.

Il y a fort à parier qu’au sein du méta-monde contemporain en gestation forcée, les pantins syndicaux et politiques actuels (au demeurant souvent incultes, iniques, cyniques et alors grossiers à l’image des... “nôtres” ici), ne seront même plus indispensables en tant que façades... Le Smartphone (et ses épigones sous forme d’implants) seuls suffiront aux masses paupérisées (dans la mesure où elles ne seront pas exterminées physiquement car intellectuellement, elles le sont largement déjà), l’argent liquide n’existera plus, et seule la fluidité des données (qui ne sont surtout pas... données), “assureront” alors les derniers “liens” entre “existences”.

L’affiche de ce décembre par laquelle la prétendue Confédération des Travailleurs en Grèce (GSEE) appelait à manifester, comportait cette phrase-clef, implicitement adressée aux dirigeants politiques (SYRIZA): “Vous l'avez achevé - Pauvreté, Imposition, Chômage”, s’agissant évidemment autant du pays, des droits, des conventions collectives, des existences... entre autres. C’est vrai... sauf que les syndicats participent depuis d’ailleurs bien longtemps de cet achèvement, tout en prétendant le contraire. Et c’est alors émouvant et anthropologiquement marquant que de constater combien les visages plus humains que jamais des manifestants de base, surtout de base, incarnent nos stagnantes et alors sanglantes réalités sociales, entre désillusion, douleur et colère... si possible dans la dignité.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre " Exilés à Athènes " sur son blog GreekCrisis

samedi 16 décembre 2017

Protection sociale et de la santé en Grèce : Syriza discrédite tout discours de gauche

Les 23 et 24 octobre s'est tenue à Paris le Colloque « Une protection sociale pour tous les peuples » organisé par la Fondation Gabriel Péri (...)

Parmi les intervenants de ce Colloque le Secrétaire général à la Santé Publique du gouvernement grec actuel, Yannis Baskozos, médecin, ancien syndicaliste de la Santé et membre du parti SYRIZA. Le but de ce Colloque étant de présenter des points de vue différents sur la question, issus de réalités de pays et de formes institutionnelles divers, la présence du représentant du gouvernement grec était censée apporter l’expérience de la défense et promotion de la protection sociale et de la Santé publique par un gouvernement dit « de gauche ».

Or l’exercice à échoué et pour cause : le gouvernement grec en question va dans le sens strictement opposé, celui du démantèlement de la protection sociale et de la Santé publique dans le pays (...)

La situation s’est aggravée du fait que cette présentation avait lieu le lendemain du dépôt du projet de budget social au Parlement grec par la majorité Syriziste. Nous présenterons dans le contexte les principaux traits de ce budget antisocial afin de mettre en garde contre les contrefaçons de discours prétendument anti-néolibéraux.

La protection sociale a été dans le viseur de la Troïka (UE, FMI, BCE) dès le début de l'imposition des mémorandums à la Grèce.

Au principe de solidarité sociale, exprimé par l'adage « de chacun-e selon ses moyens à chacun-e selon ses besoins » les néolibéraux opposent celui d'un système inégalitaire de prestations, attribuées en fonction des cotisations versées par les assurés individuels, « de chacun-e selon sa capacité à cotiser à chacun-e selon sa contribution financière à la caisse d'assurance ».

Dans le système néolibéral les organismes de protection sociale fonctionnent comme des fonds de placement. Ils doivent enregistrer des excédents ou au moins présenter des bilans totalement équilibrés et placer leurs bénéfices. Ils adaptent par la suite le niveau des prestations (retraites, allocations, couverture santé) aux bilans annuels des caisses, aux montants des cotisations (et autres recettes) enregistrés dans l'année. Loin du principe de solidarité, ce système propose une couverture fluctuante, aléatoire, tributaire de la situation du marché et de l'économie capitalistes. Ainsi la « redistribution » se fait parmi les assuré-e-s alors que les revenus du capital sont exonérés de l'effort de solidarité nationale.

Les « mémorandums d'entente » (MoU) imposés à la Grèce depuis 2010 se sont particulièrement acharnés sur le système de protection sociale et de Santé publique, décriés comme gros contributeurs à l'inflation de la dette publique du pays. En réalité, le but des mesures imposées était l'harmonisation avec les pratiques néolibérales décrites.

Entre 2010 et 2015 les retraité-e-s grec-que-s ont perdu autour de 30% de leurs revenus, l’âge de départ à la retraite est passé de 60 à 67 ans, les allocations chômage ont baissé de près de 25% (avec 90% de chômeurs non indemnisés). Le restant à charge pour l’achat de médicaments a augmenté, de nombreux médicaments ont été déremboursés, près de 30% des citoyen-ne-s ont perdu leur couverture sanitaire.

En janvier 2015 le parti SYRIZA a gagné la majorité aux élections législatives sur la base d’un programme qui annonçait le renversement de l’austérité et le rétablissement des droits des salarié-e-s et de la protection sociale. Après 6 mois de négociations avec les représentants des créanciers et de l’UE, et malgré la condamnation des politiques d’austérité par 61,3% des élect-eur-rice-s grec-que-s lors du référendum de juillet 2015, les dirigeants du gouvernement grec ont signé un 3e mémorandum d’austérité ratifié en procédure accélérée par le Parlement pendant les vacances d’août. Ce retournement radical de politique des dirigeants de SYRIZA a produit la scission du parti et le départ ou la démobilisation de la majorité de ses militants.

Nouvelles vagues d’attaques contre les droits sociaux

Depuis août 2015 à ce jour de nouvelles mesures d’austérité sont imposées au peuple grec par le gouvernement de SYRIZA et de son allié de Droite ANEL.

Ainsi les retraites ont été davantage abaissés et l’âge de départ relevé. Les salaires minimaux et les allocations chômage gelées. L’imposition des foyers modestes a été intensifiée et le marché du travail dérégulé. Les saisies des résidences principales des foyers surendettés ont commencé à être mises en œuvre. Les lois de réforme de la protection sociale (4336/2015 et 4387/2016) surnommées lois-guillotines, ont appliqué la baisse des prestations et la hausse des cotisations. La clause de déficit zéro des caisses d’assurance complémentaire, tellement décriée par SYRIZA lors de la campagne électorale de janvier 2015, a été appliquée sous une forme renforcée, la clause de l’excédent. A tout cela il faut ajouter la privatisation des infrastructures du pays et la revente scandaleuse des banques grecques à un prix dérisoire.

Budget social 2018

Monsieur Yannis Baskozos, membre du gouvernement grec affirmait le 24/10 sous la coupole de Colonel Fabien que : « aucune nouvelle mesure de réduction de l’Etat social ne sera appliquée par le gouvernement SYRIZA jusqu’à la fin de la mandature, au contraire des allocations exceptionnelles seront attribuées aux citoyen-ne-s dans le besoin ».

Mais, dans la soirée du 21/10, la majorité SYRIZA déposait au Parlement grec le projet de budget social pour l’année 2018 qui va dans une tout autre direction. Peut-être Monsieur Baskozos, trop occupé à préparer son voyage à l’étranger, ne s’est pas rendu compte. D’ailleurs il nous a bien répété « qu’il fallait l’excuser de ne pas être au courant de tout ».

Pour saisir la mesure des chiffres exposés je vous propose la règle de multiplication par 6, ratio approximatif de la population de la France par rapport à celle de la Grèce.

Dans le sillage de toutes les précédentes contre-réformes antisociales, le projet de budget social 2018 diminue davantage les retraites et augmente l’âge de départ, réduit à néant (à 35 euros mensuels) l'Allocation de Solidarité Sociale des Retraités (EKAS), diminue les avantages sociaux et augmente les cotisations des salariés et retraités.

Le financement public alloué aux caisses d'assurance, à l’Organisme National d'Offre de Services de Santé (EOPYY) et aux hôpitaux est diminué de 616 millions pour l'année 2018. En particulier, les transferts budgétaires réguliers de l’Etat vers les caisses, EOPYY, les hôpitaux et l'Organisme pour l'Emploi (OAED) passent de 17,911 milliards d'euros à 17,273 milliards d'euros (-3,56%).

En même temps, le «budget social» affiche un excédent de 1,929 milliards d'euros, contre un excédent de 1,560 milliards d'euros pour l'année 2017, un décollage supplémentaire de 369 millions d'euros, qui correspond à des charges supplémentaires pour les classes travailleuses, notamment par l'augmentation des cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, des restants à charge pour les soins , etc.

Il est significatif que, même si il est annoncé par le gouvernement qu’enfin seront payées en 2018 les retraites en retard (principales, auxiliaires, allocations forfaitaires de départ), malgré cela, les dépenses totales pour les retraites seront réduites dans la nouvelle année de 174 millions d'euros par rapport à 2017.

Rappelons ici la précédente réduction des retraites et autres avantages de 1,076 milliards d'euros de plus de ce qui était prévu par le plan d’application du mémorandum, dans le budget 2017. Les retraites principales avaient été réduites de 446 millions d'euros, les retraites auxiliaires de 115 millions d'euros, et les autres prestations de 515 millions d'euros par rapport aux prévisions.

D’après le budget (anti)social 2018, l'Organisme grec pour l'emploi (OAED) doit afficher des excédents budgétaires. Ceci est choquant compte tenu que seulement 10% des chômeurs sont indemnisés et que les allocations chômage stagnent depuis 2012, année où elles avaient été diminuées.

Il s’agit d’un excédent budgétaire de 586 millions d'euros, sur un budget global de 2,993 milliards d'euros provenant essentiellement des cotisations des salarié-e-s. De ce budget seulement 986 millions d'euros (33%) seront alloués à l’indemnisation du chômage.

En même temps, le budget 2018 prévoit des subventions aux entreprises de 450 millions d'euros (contre 350 millions en 2017) « pour tout premier recrutement de salarié-e, pour financer les salaires, et les autres coûts occasionnés par une embauche, pendant 12 mois ». Elles seront aussi accordées aux entreprises pour « les aider à sortir des situations bloquées », les situations où des patrons ont cessé de payer les salarié-e-s alors qu'ils les obligent toujours à travailler.

De leur côté les retraité-e-s verront leur retraites, déjà fortement diminuées, amputées d'une somme globale de 623 millions d'euros !

L'Organisme des Assurances des agriculteurs et éleveurs (OGA), dont la compétence a été réduite à l'octroi d'allocations spécifiques, souffrira aussi d’une baisse de financement à hauteur de 60 millions, ce qui préfigure de nouvelles coupes aux allocations sociales dont il est prestataire.

Au total le budget grec 2018 alloue à la protection sociale et à la Santé 19,4 milliards d'euros contre 21 milliards du budget 2017, soit une baisse de 1,6 milliards d'euros.

L'allocation extraordinaire prévue pour foyers à faibles revenus, dite dividende sociale de SYRIZA, est à hauteur environ de 700 millions d'euros, moins de la moitié des coupes dans le budget social.

Nouvelles coupes dans le budget de la Santé

Voilà les déclarations que nous avons entendues : «Le gouvernement de SYRIZA a autorisé l’accès aux soins de toutes les personnes non assurées. Nous mettons en place un nouveau système de soins primaires de santé. Nous avons recruté de nouveaux personnels médicaux et paramédicaux et nous en recruterons davantage »

La vérité si je mens !

Voici alors le tableau réaliste de la situation de la Santé publique en Grèce et de son financement.

De nouvelles coupes drastiques dans le financement de la Santé Publique sont inscrites dans le budget de l'État.

Ainsi le financement d'EOPYY (Organisme National d'Offre de Services de Santé) par l'Etat sera réduit en 2018 de 214 millions d'euros, alors que déjà en 2017 il avait été réduit de 200 millions (-38%) par rapport à 2016. En raison de l'augmentation des cotisations santé imposées aux retraité-e-s, il est prévu qu’EOPYY présente un excédent de 333 millions d'euros en 2018. Le financement de l'Organisme par l'État (limité à 100 millions) sera utilisé « pour couvrir les coûts de soins de santé des citoyens non assurés ». C’est-à-dire que la couverture des personnes non assurées sera financée essentiellement par les cotisations des salarié-e-s et retraité-e-s, sans subvention sérieuse par l'Etat. En 2017 les cotisations représentaient 82,3% du budget d'EOPYY, contre 79,2% en 2016. Cela signifie la continuation sans relâche de la politique de sous-financement de la Santé et de la protection sociale par le gouvernement, alors que ne cessent d'augmenter les contributions des salarié-e-s et retraité-e-s. Selon « Rizospastis », quotidien du Parti Communiste grec (KKE), il s’agit là d’une politique « d’excédents ensanglantés » !

Par ailleurs, le budget des hôpitaux publics et du Réseau National Public de Soins primaires (PEDY) va diminuer de 363 millions d'euros par rapport à 2017. Cette coupe brutale vient se rajouter à la réduction du financement des hôpitaux publics de 22,8% en 2015, une réduction qui a ensuite été maintenue. De plus, en 2017, le financement des structures du PEDY avait été diminué de 7 millions par rapport à 2016.

Au total les coupes dans le budget de la Santé sont à hauteur de 616 millions d'euros.

La mise en application de l'accès aux soins des personnes non assurées est une avancée importante dans la direction d'une politique humaniste de Santé. Il faudrait cependant rappeler le retard avec lequel cette disposition à été adoptée, huit mois après l'accès de SYRIZA au gouvernement, alors que la ratification du 3e mémorandum s'est faite en quelques jours. Le retard de la mise en application du décret est le résultat des renvois successifs par le Ministère vers la commission Santé du Parlement et de la volonté politique de certains membres du premier gouvernement SYRIZA de rendre la loi plus restrictive. La bataille a été finalement gagnée grâce à l’insistance du mouvement des Dispensaires Sociaux Solidaires et des député-e-s de l’ancienne aile gauche de SYRIZA.

En application de ce décret les patient-e-s non assuré-e-s ont obtenu l’accès aux examens diagnostiques et aux traitements, la possibilité de consulter un médecin et de se faire prescrire des médicaments, mais la mesure n’a pas été financée. Comme il a été démontré, EOPYY ne dispose pas de crédits suffisants pour faire appliquer la mesure. Par conséquent, ni même les grandes structures telles les hôpitaux universitaires « Attiko » et « Laïko » ne disposent des médicaments nécessaires pour les chimiothérapies programmées. C’est donc toujours aux Dispensaires Solidaires Sociaux (supposés être des structures provisoires) tel le Dispensaire Social Métropolitain d’Elliniko (MKIE) de trouver les moyens pour faire face aux pénuries du système hospitalier officiel.

En ce qui concerne la réforme des Soins primaires de santé, force est de constater qu’elle a bien mal démarré. À peine la moitié des postes annoncés dans les Groupes locaux de santé (TOMY) a fait l’objet de candidatures. Et pour cause la précarité des contrats proposés (maximum 4 ans) et les faibles rémunérations, peu incitatives même pour des jeunes professionnels de Santé. Ici aussi ce sont les diktats des créanciers, auxquels SYRIZA reste toujours docile, qui empêchent la création de postes de professionnels titulaires. Cette réforme du système des Soins primaires de Santé repose d’ailleurs sur des financements non pérennes et cette situation est un frein essentiel à l’élaboration de projets de Santé Publique durables.

Le discours du gouvernement grec fait une utilisation sélective des chiffres.

Quelle est aujourd'hui la situation sanitaire en Grèce en termes de mortalité (notamment des nourrissons), de morbidité somatique et psychique, de suicides?

Quel est le rapport des effectifs patients/ soignants dans les hôpitaux ? Des questions simples et précises, en réponse auxquelles les apories socratiques des dirigeants sont pour le moins déplacées.

Car il existe des données indiquant que le taux de suicide continue à augmenter, tout comme la mortalité des nourrissons qui est passée de 2015 à 2016 de 4 à 4,2 sur mille naissances.

Selon les militant-e-s du Dispensaire Social d’Elliniko, le discours du gouvernement grec est éminemment dangereux car, en occultant la crise sociale et sanitaire qui sévit toujours dans le pays, il prive les patient-e-s et les soignant-e-s grec-que-s des soutiens internationaux dans leur lutte pour des soins accessible à tou-te-s. Cette lutte se poursuit encore aujourd'hui sous la nouvelle gouvernance néolibérale, celle de SYRIZA-ANEL. Nous avons entendu circuler en France dans les cercles militants la rumeur « de source non identifiée » qu’il n’y aurait plus besoin d’acheminer de médicaments vers la Grèce (…)

Le discours du gouvernement grec actuel est aussi politiquement nocif, car il dédouane les dirigeants de l’Union Européenne et des instances créancières de la responsabilité pour les souffrances, les infirmités, les décès, occasionnés dans les pays de la périphérie européenne par l’application des politiques néolibérales dont ils ont été les instigateurs.

Et il décrédibilise au passage tout discours politique de gauche…

Extraits de "Qu'en est-il aujourd'hui de la protection sociale et de la santé en Grèce?" par Emmanuel Kosadinos, paru sur son blog.

Lire aussi :

"La santé en Grèce", par Pascal Boissel, psychiatre et psychanalyste, d’exercice privé à Poitiers,militant de l’Union syndicale de la psychiatrie, paru sur le site du CADTM

mardi 12 décembre 2017

La... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

S’y ajoutent, les mensonges à répétition de la bande à Tsipras et des autres para-politiciens que la colonie jardine encore et hélas. Le dernier mensonge officiel, c’est la prétendue “sortie de la tutelisation mémorandaire en 2018”, lorsqu’on sait par exemple que le mémorandum Tsipras offre potentiellement le contrôle de l’ensemble des biens publics grecs aux prétendus “créanciers” pour 99 ans et que le dépeçage de l’économie grecque et des biens aussi privés, au profit bien entendu d’un nombre alors croissant de rapaces internationaux, ainsi que d’une clique bien locale, largement liée au système mafieux et népotiste des partis supposés politiques.

Toutes les dimensions de la temporalité de la crise grecque ont été ainsi balayées: non seulement les effets immédiats sur chacun, mais aussi les conséquences à long terme, sur les structures du pays, ses institutions, etc. Sous nos yeux, on voit le pays se transformer en un nouveau “cabinet des curiosités” de la vie et de la mort sous un régime en somme novateur, la métadémocratie achronique.

On conviendra que finalement... “innovation” et “embellie” ne sont pas forcément synonymes, notamment dans les affaires humaines. On y observe mieux que nul part ailleurs la mutation de nos régimes oligarchiques-libéraux du monde occidental, autrement-dit nos démocraties “complaisantes”, en des régimes oligarchiques-dictatoriaux et pour le cas grec (et chypriote), l’annulation violente de toute forme (même déjà incomplète) de souveraineté populaire, nationale et étatique. L'évolution aura pris moins d'une décennie, sinon bien moins de temps. Il fallait y penser.

(...)

Dans les quartiers (encore si possible paisibles) d’Athènes, le commun des mortels aura compris que cette visite officielle était au mieux inutile, et au pire, nuisible. Dans les cafés on murmure toute l’amertume devant (et sous) ce “gouvernement” alors cynique, “Quisling”, largement hostile aux intérêts du pays, des travailleurs, de la grande masse des petits et moyens entrepreneurs et parfois même grands, et même à la démocratie. Le 3/4 décembre 2017, le “gouvernement” a tenté à faire voter au “Parlement” la reforme no 69, sur les 113 nouvelles mesures exigées par la Kommandantur Troïkanne, s’agissant bien entendu de la restriction du droit de grève, ainsi que de la (non) indemnisation des travailleurs en cas d’accident sur le lieu de travail ou durant son exercice. L’amendement avait été rajouté au projet de loi relatif au... satellite grec de télécommunication... alors voyons (presse grecque du 4 décembre 2017) .

Une pratique alors généralisée depuis les mémoranda et qui en dit long sur l’aspect criminel (et en déjà inconstitutionnel et illégal) des “gouvernances” (d’abord) économiquement génocidaires sous les escrocs de SYRIZA/ANEL. Le “gouvernement”, craignant la défection de certains députés (majorité de 153 “parlementaires” sur 300) a retiré ces deux amendements pour évidemment revenir de manière impromptue, le jour de Noël par exemple ou pendant une autre période fériée. C’est (autant) pour cette raison que les Grecs ne veulent plus entendre parler de gauche... dans ce pays, la... grande illusion SYRIZA a été inscrite dans l’inconscient collectif et à travers les mentalités comme celle de toute la gauche. C’est ainsi...

Extraits de l'article de Panagiotis Grigoriou, par sous le titre "Fiascos" sur son blog, Greekcrisis

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