Musée de l'Europe et de l'Afrique

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Missions archéologiques

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dimanche 9 février 2020

Nécrologie : la (première) guerre du Pacifique (sic)

conrad.PNG Cliquer sur l'image

vendredi 31 janvier 2020

Il y a 50 ans : God save the Queen !

godsavethequeen1.PNG cliquer sur l'image

Le concert des Beatles sur le toit de l'immeuble d'Apple Corps au 3, Savile Row à Londres a lieu le 30 janvier 1969. Il s'agit de la dernière prestation en public des Beatles, qui se séparent l'année suivante. Filmé dans le cadre du documentaire musical Let It Be, le concert est interrompu au bout de 42 minutes par l'intervention de la police.

Janvier 1969 est une période difficile pour les Beatles, George Harrison quittant même temporairement le groupe quelques jours avant le concert. Le concert fait partie du projet Get Back, documentaire musical de Michael Lindsay-Hogg qui donnera finalement lieu au film Let It Be. Le documentaire devait inclure comme point culminant un concert dans un endroit inhabituel, et plusieurs possibilités ont été envisagées par le groupe, comme un amphithéâtre en Tunisie, le désert ou un bateau de croisière, avant que le choix ne se porte sur le toit de l'immeuble d'Apple Corps.

Le froid régnant, Ringo Starr porte le manteau rouge de sa femme Maureen, George Harrison, le manteau noir de Pattie et John Lennon, celui en fourrure de Yoko.

Les Beatles, accompagnés de Billy Preston au piano électrique, jouent cinq morceaux différents pendant 42 minutes

Le spectacle provoque un regroupement de curieux dans les rues et des embouteillages, ainsi que des plaintes des voisins pour le bruit. Au bout de 42 minutes, après avoir averti de leur venue dix minutes à l'avance, la police finit par interrompre le concert. Pendant l'intervention de la police, Paul McCartney improvise sur les paroles de Get Back : « You've been playing on the roofs again, and that's no good, and you know your Mummy doesn't like that... she gets angry... she's gonna have you arrested! Get back! » (« tu es encore allée jouer sur les toits, c'est mal, tu sais que ta maman n'aime pas ça... elle est en colère... elle va te faire arrêter ! Get back! (Reviens !) »)

À la fin du concert, John Lennon prononce la phrase « I'd like to say thank you on behalf of the group and ourselves, and I hope we passed the audition » (« Je voudrais vous remercier au nom du groupe et de nous tous, et j'espère que nous avons réussi l'audition »), qui sera intégrée à la fin de la chanson Get Back, dernière piste de l'album Let It Be.

Outre son inclusion dans le film Let It Be, on peut voir des extraits de ce concert dans les documentaires Anthology et The Beatles: Eight Days a Week. Les clips promotionnels des chansons Get Back et Don't Let Me Down utilisent aussi ces images.

Source: Wikipedia

Bonus 1

bryanmay.PNG Brian May "God save the Queen" on the roof of Buckingham Palace (cliquer sur l'image)

Bonus 2 : Nombrilisme de classe 2.0 !

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marlierebrexit5.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Commentaire politologique : le problème chouchou est que Londres, c'est pas seulement le paradis des expats comme Singapour, c'est la capitale d'un pays qui a... plus qu'un arrière-pays.. Parce que bon après Florence t'as été retraité à l'UCL, on ne sait pas sur quels travaux, mais faut sortir des pubs de la City, ya plein de villes, c'est pas seulement la brousse, le Royaume-uni... En un mois de reportage dans le pays profond Thomas Frank a fait plus de travail que toi dans toute ta vie, espèce de fainéant stipendié ! Le Concierge.

jeudi 23 janvier 2020

Il y a 16 ans : Un autre monde est possible ! Construisons-le !

Toutes ressemblances avec des événements récents... qui, peut-être, ou peut-être pas, reviennent comme une farce... Le Musée d'Archéologie préventive livre en tous cas aux nouvelles générations des éléments d'histoire récente, mais qui pourraient bien être confondus avec des événements beaucoup plus anciens... Le Concierge.

Ceux qui estiment que la mondialisation est incontournable devraient réaliser qu’ils peuvent être contournés ou renversés.

La pensée néo-libérale développe la notion d’inéluctabilité : le système qui est, doit être parce qu’il est ; la mondialisation/globalisation telle qu’elle se déroule est incontournable, tous et toutes doivent s’y plier. On plonge ainsi dans le mysticisme et le fatalisme. Pourtant, un regard attentif sur l’histoire démontre l’incongruité de l’idée « d’irréversibilité ». Prenons l’exemple du domaine financier. Au début du XXe siècle, la liberté des mouvements de capitaux assurée par l’étalon-or, la liberté des changes garantie par les traités sur le commerce et l’investissement, semblaient irréversibles. La première guerre mondiale est venue bouleverser tout cela. Dans les années 1920, la toute-puissance des marchés financiers paraissait tout aussi irréversible qu’elle prétend l’être actuellement. Le krach de 1929 et la longue crise qui a suivi ont obligé les gouvernements à surveiller étroitement les activités bancaires et financières. A la fin de la seconde guerre mondiale, les gouvernements des principaux pays capitalistes vainqueurs se sont mis d’accord pour se doter d’instruments de contrôle financier sur le plan international. Le FMI avait notamment pour objectif de veiller à ce contrôle (son article VI le stipule explicitement). Plusieurs gouvernements d’Europe occidentale ont entrepris à partir de 1945 de vastes programmes de nationalisations, incluant des banques, sous la pression du monde du travail.

Les certitudes théoriques néo-libérales affichées aujourd’hui ne valent guère plus que celles des libéraux ou des conservateurs au pouvoir dans les années 1920 à la veille du krach financier. L’échec économique et le désastre social provoqués par les néo-libéraux d’aujourd’hui pourraient déboucher sur de nouveaux grands changements politiques et sociaux. La mondialisation n’est pas un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage : les forces de résistance sont bel et bien présentes. Elle est loin d’avoir mené à un système économique cohérent : les contradictions au sein de la Triade sont multiples (contradictions entre puissances impérialistes, contradictions entre entreprises, mécontentement social, crise de légitimité des régimes en place, comportement criminel des grands acteurs économiques privés - Enron, Andersen, Merril Lynch, Citigroup…-, crise de légitimité de la Banque mondiale, du FMI et de l’OMC…).

De plus, les contradictions entre le Centre et la Périphérie se renforcent car la dynamique actuelle de la mondialisation est excluante. Les peuples de la Périphérie constituent plus de 85% de la population mondiale : croire qu’ils vont se laisser marginaliser sans réagir, c’est se tromper lourdement, tout comme les gouvernants qui, dans les années 1940 et 1950, croyaient encore à la stabilité de leur domination coloniale sur l’Afrique et une grande partie de l’Asie.

Enfin, à l’intérieur de la Périphérie, les autorités qui acceptent la voie néo-libérale perdent progressivement des éléments de légitimité. En général, la classe dominante dans ces pays n’a plus de perspective de progrès à offrir à la grande masse de la population.

Pourquoi dès lors exclure que le mécontentement social s’exprime à nouveau autour de projets émancipateurs ? Il n’est pas dit que le mécontentement doive prendre la voie du repli identitaire, « ethnique » ou religieux. Il n’y a ni fatalité économique ni situation politique qui ne puisse se modifier sous l’action des forces sociales.

Aujourd’hui encore, une alternative doit comprendre différentes dimensions :

Une dimension politique. Si le pouvoir politique a délibérément abandonné une partie de son pouvoir de contrôle, permettant ainsi une totale liberté de mouvement pour les capitaux, il peut, sous la pression populaire, tout aussi délibérément reprendre ce contrôle (« volonté politique »). S’il ne prend pas ce tournant, il peut également être renversé.

Une dimension citoyenne et une dimension de classe. Ceux et celles d’en bas, dans toutes leurs organisations, qu’elles soient issues du mouvement ouvrier du XIXe siècle (partis, syndicats), qu’elles soient issues d’autres mouvements populaires, de nouveaux mouvements sociaux de la seconde moitié du XXe siècle, doivent se réapproprier le droit d’intervention, le droit de contrôle, le droit de pression sur les autres intervenants et se poser en pratique la question de l’exercice direct du pouvoir.

Une dimension économique. La conjonction des autres dimensions doit aboutir à des décisions économiques dont l’axe essentiel sera constitué de mesures contraignantes à l’égard des mouvements de capitaux et de ceux qui en décident : leurs détenteurs. Le caractère inviolable de leur propriété privée est également au centre du débat à venir. En effet, si l’on veut défendre le bien commun et l’accès universel à des services de base, on est amené à poser la nécessité de transférer au domaine public des entreprises privées qui s’accaparent le patrimoine de l’humanité et empêchent la satisfaction des droits humains fondamentaux. On est simultanément amené à exclure les biens communs des compétences d’organismes comme l’OMC et des activités des entreprises privées. L’évolution du capitalisme aujourd’hui remet donc à l’ordre du jour le débat sur une nouvelle radicalité. En effet, les formes antérieures de compromis ont été balayées par la crise économique et la vague néo-libérale. Le compromis social fordiste (voir lexique) au Nord, le compromis développementiste au Sud, le contrôle bureaucratique à l’Est, là où ils ont existé, n’avaient pas fait disparaître l’usage de la force de la part des détenteurs du pouvoir, loin de là, mais la voie suivie allait de pair avec certains éléments de progrès social. C’est ce dernier élément qui permettait dans certains cas les compromis. Ces compromis sont rompus par la logique actuelle du Capital et par les choix des gouvernants. Il faut y opposer une nouvelle démarche de rupture, antisystémique. Ceci implique que celles et ceux d’en bas deviennent les acteurs authentiques du changement et de la gestion de ce changement. Ceci implique, de manière aussi nécessaire, que les mouvements sociaux soient fidèles aux intérêts de celles et ceux qu’ils représentent ; qu’ils soient d’une indépendance rigoureuse par rapport aux pouvoirs politiques. Ils ne pourront assurer cette fidélité qu’en développant une véritable démocratie interne, de manière à privilégier l’expression des gens en train de faire de la politique au jour le jour, à favoriser l’élaboration des choix, à stimuler la concrétisation des stratégies pour les atteindre.

Une action concertée des travailleurs et des mouvements sociaux

L’offensive néo-libérale est telle qu’elle nécessite une action concertée des salarié(e)s, des petits producteurs, des opprimé(e)s du monde entier. Celle-ci est nécessaire pour abolir le chômage. Faire disparaître celui-ci nécessite une réduction généralisée du temps de travail (RTT), sans perte de salaire et avec embauche compensatoire ; la RTT est nécessaire pour faire face aux délocalisations et aux licenciements. L’appui des travailleurs du Nord aux travailleurs du Sud est indispensable pour que ceux-ci obtiennent des augmentations de salaire et, d’une manière générale, les droits syndicaux qui leur permettent de se hausser au niveau des conditions d’existence des travailleurs du Nord. A l’heure actuelle, si le monde du travail est toujours le levier le plus puissant pour intervenir dans la lutte politique, il est vital d’y associer le plus étroitement possible tous ceux et celles qui ont été mis en marge de la production. Il faut aussi y associer tous les mouvements sociaux qui luttent contre l’oppression, quelle que soit la forme que prend celle-ci.

Pessimisme de la raison et optimisme de la volonté

S’il est nécessaire d’avoir le « pessimisme de la raison » pour se rendre compte de l’ampleur de l’attaque néo-libérale, de la forte organisation de ses promoteurs, il faut également prendre en compte « l’optimisme de la volonté » qui anime des pans entiers de la population mondiale.

Sans la résistance que l’on voit se lever, opiniâtre, déterminée, courageuse, aux quatre coins de la planète, les forces motrices et les prosélytes de la mondialisation capitaliste auraient marqué des points beaucoup plus significatifs qu’ils n’ont pu le faire. C’est un résultat en soi, même si ce n’est pas suffisant.

Briser l’isolement des luttes

On l’a dit, la classe capitaliste garde le haut contrôle sur les médias, surtout télévisuels. Il n’est pas de son intérêt de propager dans le monde les images des luttes en montrant en donnant à voir la créativité des opprimé(e)s. Il arrive fréquemment qu’on nous montre des affrontements avec la police ou l’armée mais il est bien plus rare qu’on nous livre le détail de la lutte, l’ingéniosité des travailleurs, les trouvailles des manifestants, les activités qui ont porté leurs fruits. Cela risquerait en effet de donner des idées à d’autres mouvements et cette part-là de l’événement représente un danger pour la classe capitaliste. A contrario, on peut mesurer l’énorme impact de mobilisation que provoquent les médias quand ils rendent compte de l’ampleur et de l’intelligence d’un mouvement. Un exemple : le mouvement de grève de novembre - décembre 1995 en France a suscité une telle sympathie que les médias n’ont pu la minimiser, et l’expression de cette sympathie relayée à une échelle si importante servait elle-même de catalyseur à l’élargissement du mouvement.

Les luttes ne faiblissent pas, elles ont même tendance à se multiplier proportionnellement aux attaques. Un des problèmes les plus pesants que la résistance rencontre, c’est ce sentiment d’isolement qui étreint celui qui entre en lutte : « Qui est avec lui ? Qui peut le comprendre et l’aider ? Qui parle de son combat ? Qui mène ce combat ailleurs dans le monde ? » Un des enjeux les plus importants pour les progressistes est certainement de briser cet isolement et de travailler à la convergence des luttes.

Par la concentration des décideurs politiques au niveau mondial, par la similarité de l’appauvrissement qu’ils imposent à toute la planète, la lutte des paysans sans terre du Brésil rejoint la lutte des ouvriers de Volkswagen contre leur transnationale ; la lutte des communautés amérindiennes zapatistes pour une vie digne dans les campagnes mexicaines rejoint celle des grévistes de Mc Donald’s en France ; la lutte des centaines de milliers de paysans indiens opposés aux décisions de l’OMC rejoint celle des sans papiers de France et d’Espagne ; la lutte des syndicats sud-coréens pour défendre leurs conquêtes rejoint celle des mouvements sociaux africains pour l’annulation de la dette ; la lutte de la population hondurienne contre la privatisation de la santé rejoint la lutte des salariés de France, d’Autriche, du Brésil… contre la remise en cause des droits acquis en matière de retraite et la promotion des fonds de retraite privés ; la lutte des femmes algériennes rejoint celle des tribunaux populaires qui dénoncent la dette illégitime en Argentine ; la lutte des étudiants du Nicaragua, du Burkina Faso, du Niger, des Etats-Unis contre l’augmentation des droits d’inscription à l’université rejoint celle des enseignants en France et au Pérou... La lutte des citoyens boliviens (Cochabamba), celle en Afrique du Sud (Soweto) et en Inde contre la privatisation de l’eau, rejoint celle des citoyens péruviens (Aréquipa) et des syndicalistes sénégalais (Sénélec) contre la privatisation de l’électricité.

Partout le monde frémit, tiraillé par le sentiment d’une indignité forcée, poussé par un désir de mieux vivre, révolté par l’injustice et la violence d’un système qu’on veut lui présenter comme le nec plus ultra, comme la fin de l’histoire. En différents endroits de la planète, les mesures des « saigneurs de la terre » ne sont pas passées dans l’apathie. Il est important de le savoir.

Mise en perspective de la phase actuelle des luttes contre la mondialisation capitaliste

La phase actuelle de la mondialisation néolibérale a débuté grosso modo à la charnière des années 70 et 80 quand les victoires électorales de Thatcher en Grande-Bretagne et de Reagan aux Etats-Unis ont donné le signal d’une offensive tous azimuts du capital contre le travail et des principales puissances capitalistes développées contre les pays capitalistes dépendants (leurs peuples étant les premiers visés).

Tentatives de destruction des organisations syndicales (destruction du syndicat des contrôleurs aériens aux Etats-Unis sous Reagan et de celui des mineurs en Grande-Bretagne sous Thatcher), privatisations massives, hausse des taux d’intérêt, blocage des salaires, augmentation des impôts sur le travail et diminution des impôts sur le capital, crise de la dette du Tiers Monde et de certains pays de l’ex-bloc soviétique, application des politiques d’ajustement structurel dans les pays de la Périphérie, guerres sous prétexte humanitaire livrées par les alliances militaires des pays les plus industrialisés contre des pays de la Périphérie, fermeture des frontières des pays les plus industrialisés, renforcement du pouvoir d’intervention des institutions multilatérales contrôlées par les pays les plus industrialisés, à commencer par les Etats-Unis (FMI, Banque mondiale, OMC), mise au pas de l’ONU par ces mêmes puissances, renforcement du pouvoir des transnationales, flexibilisation du temps de travail et précarisation des statuts, féminisation de la pauvreté, attaques contre les protections sociales, extension des surfaces cultivées en OGM, marchandisation d’une série d’activités humaines jusque là relativement à l’abri des activités des transnationales…

Tels sont les principaux signes d’une offensive qui est toujours en cours.

La dimension mondiale de cette offensive et l’imposition du même type de politiques néo-libérales aux quatre coins de la planète, produisent un effet de synchronisation comparable à d’autres tournants historiques des deux derniers siècles (ère des révolutions en Europe en 1848, première guerre mondiale et ses suites, victoire du fascisme et deuxième guerre mondiale, les indépendances des années 1950 - 1960, mai 68...). Certes, les différences sont très importantes. Il s’agit d’une synchronisation des attaques et d’un début prometteur de synchronisation des résistances ou des contre-attaques. La croissance et l’extension du mouvement altermondialiste sont tangibles à l’échelle planétaire, à quelques exceptions près (Chine en particulier - pour combien de temps encore ?-). Les différents éléments de l’offensive énoncés plus haut sont peut-être pour la première fois de l’histoire vécus simultanément par l’écrasante majorité des populations de la planète. Et plus qu’à d’autres moments de l’histoire du capitalisme, certaines institutions internationales symbolisent les maux vécus par une grande partie de l’humanité : FMI, Banque mondiale, OMC, les grandes transnationales, les principales places financières, le G8... Les résistances à cette vaste offensive sont innombrables et se prolongent depuis plus de vingt ans. Certaines se sont soldées par des défaites (en commençant par la défaite des contrôleurs aériens aux Etats-Unis en 1982 et celle des mineurs britanniques en 1984-1985…) ; d’autres ont abouti à des victoires (en Amérique latine, à partir de 2000, on compte de nombreuses luttes populaires victorieuses contre les privatisations. Comme lutte emblématique, notons le succès de la lutte de la population d’Aréquipa au Pérou contre la privatisation du secteur de l’électricité. Depuis la bataille de Seattle (Etats-Unis) en novembre 1999, on s’accorde généralement à souligner une internationalisation du mouvement de résistance à la mondialisation.

S’il fallait déterminer une année symbolique pour situer le tournant qui a débouché sur cette internationalisation, on pourrait choisir l’année 1994, marquée notamment par la rébellion zapatiste du Chiapas, en janvier, qui a su parler de problèmes d’oppression jusque là perçus comme spécifiques dans un langage universel, en interpellant plusieurs générations. Deuxièmement, par la commémoration du cinquantième anniversaire du FMI et de la Banque mondiale en septembre à Madrid, qui a donné lieu à une importante manifestation à caractère international, avec une présence significative de la jeunesse. Troisièmement, par l’éclatement de la crise du Mexique en décembre qui a, pour la première fois, fait voler en éclats le mythe du modèle de développement néolibéral pour les pays de la Périphérie.

D’importantes mobilisations avaient eu lieu antérieurement sur le plan international (en 1988, l’énorme manifestation contre le FMI à Berlin ; en 1989, la mobilisation à Paris à l’occasion du G7...) mais elles n’avaient pas la même portée internationale car elles se situaient encore en plein mythe de la « victoire définitive » du capitalisme et de la « fin de l’histoire ».

A partir de 1994, on assiste à un processus d’accumulation d’expériences et de forces cherchant à passer à la contre-offensive. Il s’agit d’un processus inégal, non linéaire, relativement marginal, qui, jusqu’ici, va cependant croissant. Quelques dates d’expériences qui jalonnent la période 1994 - 2000 : le puissant mouvement social de l’automne 95 en France (qui n’avait pas de rapport avec la lutte contre la mondialisation mais qui a eu des retombées importantes en France sur le mouvement contre la mondialisation néolibérale), le contre sommet « Les Autres Voix de la Planète » à l’occasion du sommet du G7 en juin 96 à Lyon (qui a donné lieu à une manifestation de 30.000 personnes convoquée de manière unitaire par les syndicats), la rencontre intercontinentale convoquée par les Zapatistes au Chiapas en été 96, la victoire de la grève des travailleurs de United Parcels Service (UPS) aux Etats-Unis, le mouvement de grève des travailleurs coréens en hiver 96 - 97, les mouvements des paysans d’Inde en 96 - 97 contre l’OMC, les mobilisations citoyennes contre le projet d’Accord Multilatéral sur l’Investissement (AMI) aboutissant à une victoire en octobre 98, la mobilisation de Jubilé 2000 en mai 98 à Birmingham et en juin 99 à Cologne, les marches européennes en mai 97 à Amsterdam et en mai 99 à Cologne, la bataille de Seattle de novembre 99 et, depuis, les innombrables mobilisations à l’occasion des réunions des institutions internationales en 2000 (février 2000 à Bangkok, avril 2000 à Washington, juin 2000 à Genève, juillet 2000 à Okinawa, septembre 2000 à Melbourne et à Prague, octobre 2000 à Séoul, la Marche mondiale des femmes en octobre 2000 à Bruxelles, New York et Washington, décembre 2000 à Nice), les conférences internationales pour définir des alternatives « Afrique : des résistances aux alternatives » à Dakar en décembre 2000 et le Forum Social Mondial à Porto Alegre en janvier 2001 ; les mobilisations contre le sommet des Amériques à Buenos Aires et Québec en avril 2001 ; Barcelone en juin 2001 (100.000 manifestants contre la Banque mondiale), Gênes en juillet 2001 (près de 300.000 manifestants pour protester contre le G8)…

Chacune de ces mobilisations a mis en mouvement de plusieurs milliers à plusieurs centaines de milliers de manifestants ou de grévistes. La plupart de ces mobilisations portaient directement sur des thèmes liés à la mondialisation.

Les attentats perpétrés à New York et Washington le 11 septembre 2001 et la guerre lancée ensuite par les Etats-Unis et leurs alliés ont modifié profondément la situation internationale. La crise économique qui a débuté en début d’année 2001 va de pair avec une vague de licenciements massifs à l’échelle planétaire. Une nouvelle crise de la dette a explosé dans les pays de la Périphérie. Les tenants de la mondialisation néolibérale ont lancé une offensive visant à mettre sur la défensive, voire à paralyser le mouvement contre la mondialisation néolibérale. Ils ont échoué. A partir de septembre 2001, le mouvement a intégré dans sa plate forme la lutte contre la guerre et la nouvelle course aux armements. Sa capacité de mobilisation a encore grandi. De plus, l’année 2001 s’est terminée par une imposante révolte populaire sur tout le territoire argentin. Le gouvernement de centre-gauche qui appliquait les recettes du FMI a été balayé par le mécontentement de la rue.

L’année 2002 a été ponctuée de très grandes manifestations d’opposition à la guerre : 250.000 personnes à Barcelone le 16 mars, 60.000 à Washington le 16 avril, 250.000 à Londres le 26 septembre, près d’un million à Florence le 9 novembre 2002. Les résistances aux privatisations se sont amplifiées en différents points de la planète : Pérou (victoire contre la privatisation de l’électricité à Aréquipa), Mexique, France… En 2002, on a connu également une puissante mobilisation populaire qui a réussi à mettre en échec une tentative de renversement du président Hugo Chavez au Venezuela. A quoi s’ajoutent les victoires électorales de Inacio Lula da Silva au Brésil et de Lucio Guttiérez en Equateur.

Le troisième Forum Social Mondial tenu à Porto Alegre en janvier 2003 a réuni près de 100.000 participants venus des quatre coins de la planète pour élaborer des alternatives. A souligner également : les mobilisations internationales contre la guerre en Irak du 15 février 2003 (plusieurs millions de manifestants) et du 22 mars (plus de douze millions), et contre le G8 à Genève-Evian (100.000). En mai-juin 2003, il y eut aussi d’imposantes mobilisations sociales contre les plans néolibéraux de réforme du système des retraites (France, Autriche, Brésil). Succès impressionnant du rassemblement du Larzac en France à la mi août 2003 : plus de 200.000 participants pendant trois jours alors qu’on en attendait entre 50 et 80.000. Thèmes rassembleurs au Larzac : l’opposition à l’agenda de Doha soumis à l’agenda de la rencontre interministérielle de Cancun (Mexique) de la mi-septembre 2003, soutien au recours à la désobéissance civile pour lutter contre l’expérimentation des OGM ; solidarité avec la Palestine ; convergence entre différentes luttes sociales (défense du système des retraites par répartition, luttes des enseignants, des travailleurs intermittents du spectacle…). Au moment où ces lignes sont écrites, en octobre 2003, le peuple bolivien mène une lutte admirable pour le maintien du contrôle public et national sur les richesses naturelles (guerre du gaz).

De l’échec de l’AMI (1998) à celui de Cancun (2003) en passant par Seattle, Gênes, Doha, Buenos Aires et Bagdad

Eléments de crise dans le dispositif de domination :

1. Instruments clé de l’offensive du capital contre le travail et des pays du Centre contre la Périphérie, le FMI, la Banque mondiale et l’OMC traversent depuis 98, comme nous l’avons vu, une profonde crise de légitimité. Le désastre économique, social et écologique produit par l’application des politiques imposées par le FMI et la Banque mondiale aux pays de la Périphérie a débouché sur une perte évidente de légitimité de ces institutions, à une échelle de masse dans les pays concernés. Les politiques de réglementation du commerce sous la conduite des transnationales et les atteintes à la souveraineté des Etats ont produit également une méfiance certaine de l’opinion publique tant des pays du Centre que de la Périphérie à l’égard de l’OMC. Les politiques d’ajustement dictées par le FMI et la Banque mondiale sont l’objet d’un profond rejet dans l’écrasante majorité des pays qui doivent les subir.

2. Cette crise de légitimité est accentuée par les débats et les batailles internes au sein de l’appareil d’Etat aux Etats-Unis. Le fait qu’il n’y ait pas de position consensuelle à l’intérieur de l’establishment de la puissance qui domine incontestablement le FMI et la Banque mondiale exacerbe profondément leur crise : refus du congrès américain à majorité républicaine de verser la quote-part des Etats-Unis à certaines initiatives du FMI (en 1997-1998), commission bipartite Meltzer du congrès américain proposant une réduction drastique du rôle du FMI et de la Banque mondiale (février 2000), sabordage en mars-avril 2003 par le Trésor des Etats-Unis de la mise en place d’un mécanisme de restructuration de la dette souveraine des Etats alors que celui-ci avait été élaboré par Anne Krueger (Etats-Unis), la directrice-générale adjointe du FMI.

3. Troisième niveau de la crise : la crise interne du FMI et de la Banque mondiale (en particulier de cette dernière), qui se traduit notamment par le départ tonitruant, en novembre 99 de Joseph Stiglitz, économiste en chef et vice président de la Bm, par le départ du responsable des questions environnementales et la démission fracassante de Ravi Kanbur, directeur du rapport annuel de la Bm sur le développement dans le monde (juin 2000). On pourrait y ajouter la sourde lutte en 98 et en 99 entre Michel Camdessus et Stanley Fischer (numéros un et deux du FMI) aboutissant à la démission de Camdessus avant la fin de son mandat et le départ anticipé de l’économiste en chef du FMI en 2003, le très néolibéral Kenneth Rogoff.

4. Autre élément de crise : les contradictions entre les grandes puissances, la guerre commerciale au sein de la Triade (bananes, bœuf aux hormones, subventions aux produits agricoles et industriels, OGM...), les luttes d’influence (guerre de succession entre puissances pour le remplacement de Michel Camdessus en février-mars 2000) et les divergences qui ont surgi au moment de la guerre contre l’Irak, qui affaiblissent la capacité des pays les plus industrialisés à imposer leur ligne stratégique dans chaque circonstance.

Le retrait de la France de la négociation de l’AMI, mettant un terme provisoire à cette offensive, en est une illustration. En effet, si le Premier ministre Lionel Jospin a annoncé le retrait de la France, ce n’est pas simplement en raison des mobilisations citoyennes ; c’est aussi le résultat des batailles commerciales que se livrent la France, les Etats-Unis et d’autres larrons. Les contradictions inter-impérialistes sont montées d’un cran en 2002-2003, tant au niveau de la compétition commerciale et industrielle (regain de protectionnisme) qu’au niveau de la politique internationale (guerre contre l’Irak et, dans une moindre mesure, la situation au Proche Orient et la lutte de libération du peuple palestinien). Les tentatives de « rabibochage » butent sur des obstacles majeurs.

5. Il faut y ajouter les contradictions entre la Triade d’une part et les pays de la Périphérie d’autre part. L’échec du Round du Millénaire à Seattle en 1999 est le résultat de la conjonction des différents éléments de crise cités plus haut : crise de légitimité se traduisant par une puissante mobilisation de masse, contradictions au sein de la Triade et mécontentement des pays de la Périphérie à l’égard des prétentions des principales puissances industrielles.

A partir de la guerre contre l’Afghanistan (2001), suivie de la guerre contre l’Irak (2003), les contradictions ont été particulièrement fortes entre les Etats-Unis et leurs alliés, d’une part, et de nombreux pays de la Périphérie, d’autre part. C’est particulièrement sensible du côté du monde arabe et, au-delà, à l’échelle de l’ensemble du monde musulman. Mais cela ne se limite pas à ces pays. Le Brésil, la Chine, le Mexique, l’Inde, l’Afrique du Sud, la Russie… ont exprimé plus ou moins fortement leur opposition à la guerre contre l’Irak.

L’échec de la réunion interministérielle de l’OMC à Cancun (Mexique) en septembre 2003 est le produit de la fronde de plusieurs pays de la Périphérie, avec en tête le Brésil, l’Inde et la Chine. L’administration Bush, empêtrée dans le guêpier iraquien, confrontée à la poursuite de la crise économique sur le plan intérieur, en perte de vitesse dans les sondages concernant les élections présidentielles de 2004, n’a pas eu la volonté de faire les concessions qu’exigeaient certains grands pays de la Périphérie comme le Brésil. Elle a maintenu une position très protectionniste de manière à (re)gagner des électeurs.

6. La guerre contre l’Iraq et la crise palestinienne sapent la crédibilité des Etats-Unis. L’incapacité des puissances occupant l’Iraq à garantir la sécurité de leurs troupes et à relancer pleinement l’industrie pétrolière, les révélations concernant les mensonges de l’Administration Bush, de Tony Blair et du gouvernement australien sur la présence d’armes de destruction massive en Iraq, l’incapacité(ou l’absence de volonté) d’imposer au gouvernement d’Israël des concessions à l’égard de la lutte du peuple palestinien… Autant d’éléments d’une vaste prise de conscience. Autant d’éléments favorisant une crise de légitimité du leadership mondial exercé par les Etats-Unis.

7. L’absence de légitimité du leadership mondial assuré par les Etats-Unis. Le comportement du gouvernement des Etats-Unis au cours de la décennie 1990 et du début des années 2000 soulève un rejet grandissant. Agressions militaires, sabotage de la Cour pénale internationale, mépris à l’égard de l’ONU et d’autres institutions des Nations unies (UNESCO ), rejet des accords de Kyoto au nom du droit des Nord-américains de continuer à mener leur train de vie, protectionnisme de nantis, recours évident au mensonge pour justifier des opérations militaires, restriction des droits humains (enfermement à Guantanamo de 650 prisonniers sans droits), comportement amoral de la présidence, que ce soit sous W. Clinton ou sous les deux G. Bush, utilisation du chantage en tant que grande puissance à l’égard des petites, achat de votes de pays au sein de l’OMC, de l’ONU et des institutions de Bretton Woods, maintien de la peine de mort… Le prétexte de la lutte contre le terrorisme, la campagne de l’axe du bien contre le mal convainquent de moins en moins de citoyens et de citoyennes dans le monde (y compris aux Etats-Unis). Les sondages montrent la chute radicale de la popularité des Etats-Unis dans un grand nombre de pays, à commencer bien sûr par le monde arabe, et plus largement le monde musulman.

8. La Banque mondiale et le FMI, qui disposent d’un pouvoir considérable quand il s’agit d’imposer des politiques d’ajustement structurel et le remboursement de la dette aux pays de la Périphérie, sont démunis lorsqu’il s’agit de prévenir des crises du type de celles de 97 dans le Sud Est asiatique, de 98 en Russie, de 99 au Brésil, de 2000-2002 en Argentine et en Turquie, de 2002-2003 au Brésil. Que dire de leur incapacité à prévenir un krach boursier au niveau international ?... ou à relancer une économie mondiale touchée par l’anémie en 2001-2003 ? Les signes de résistance aux oukases des institutions de Bretton Woods sont perceptibles dans le comportement de certains gouvernements jusqu’ici disciplinés : en 2003, refus du président argentin Kirchner d’accepter toutes les exigences du FMI, décision de la Thaïlande et de l’Indonésie de ne pas prolonger les accords avec le FMI…

9. La multiplication des scandales à partir de la faillite d’Enron jusqu’aux oligarques russes, l’échec patent du néolibéralisme révélé par la crise argentine, l’absence de mesures un tant soit peu sérieuses pour juguler la pandémie du sida en Afrique principalement, les restrictions aux libertés démocratiques accentuées depuis le 11 septembre 2001, la mise hors jeu de l’ONU alternant avec son instrumentalisation par les grandes puissances, la double morale et le « deux poids deux mesures » ajoutent une dimension éthique et démocratique à la crise du modèle néolibéral dans les consciences d’une partie croissante de la population mondiale, en commençant par la jeunesse.

10. Crise de confiance également à l’égard des transnationales. La recherche frénétique du profit au mépris des droits humains et de l’environnement ; le recours à la corruption, l’enrichissement inouï des chefs d’entreprises ; le recours systématique à l’évasion et à la fraude fiscale ; les licenciements boursiers… ont généré une défiance croissante à l’égard des transnationales. Cela suscite une mise en cause profonde de la mondialisation conduite par les transnationales.

Une caractéristique de la situation ouverte par l’échec de l’AMI est l’irruption du mouvement citoyen dans l’agenda des négociations des grandes institutions et des grandes puissances internationales. Ces dernières années, il n’y a plus eu une seule réunion des « grands » de ce monde qui n’ait été l’occasion de manifestations de masse, les dernières réunions ayant été largement désorganisées, voire paralysées par les manifestants. Si l’offensive néolibérale s’est poursuivie, elle s’est faite par à-coups, avec retard dans l’exécution des nouveaux plans, ce qui ne manque pas d’inquiéter les tenants du système.

La crise de légitimité du G8, du FMI, de la Banque mondiale et de l’OMC est telle qu’ils renoncent à se réunir en fanfare comme auparavant. Ils convoquent des réunions beaucoup plus restreintes dans les endroits les moins accessibles à la contestation : l’OMC à Doha, au Qatar, en novembre 2001 ; le G8 de 2002 dans un village perdu des Montagnes rocheuses au Canada, celui de 2003 à Evian, bourgade de 15.000 habitants cernée par le lac et les montagnes, celle de 2004 prévue dans une cité balnéaire du Texas. La réunion interministérielle de l’OMC tenue mi-septembre 2003 à Cancun, autre ville balnéaire coupée du reste du Mexique par le Yucatan. La Banque mondiale a dû annuler la réunion qu’elle devait tenir en juin 2001 à Barcelone, ce qui n’a pas empêché 100.000 jeunes Catalans de manifester contre sa politique. Elle est bien loin la période bénie pour la Banque mondiale et le FMI, où ces deux institutions se réunissaient tous les trois ans en grande pompe dans une capitale en déplaçant jusqu’à 15.000 invités : Berlin 1988, Bangkok 1991, Madrid 1994, Hongkong 1997, Prague 2000. Le fait qu’en septembre 2003, elles aient dû se réunir à Dubaï (Emirats arabes unis), à l’abri de toute manifestation de protestation, montre à quel point elles sont sur la défensive. Le mouvement altermondialiste aurait tort de ne pas savourer cette victoire. Partielle il est vrai. Mais victoire quand même.

Ceux qui prétendent conduire le monde n’ont aucune intention de faire des concessions aux protestataires de plus en plus nombreux. Dès lors, ils combinent deux tactiques pour tenter d’endiguer le mouvement : le recours à une répression dont la vigueur va crescendo et une campagne de dénigrement systématique visant à ternir l’image des protestataires (mise en cause de leur représentativité et de leur capacité à proposer des alternatives ; criminalisation du mouvement par l’amalgame entre sa grande majorité et de petits groupes violents…) d’une part, et la tentative de récupération d’une partie du mouvement, en particulier les ONG, en faisant appel à une sorte d’union sacrée, d’autre part.

Comme le disait le dictateur Napoléon Bonaparte : « On peut tout faire avec des baïonnettes sauf s’asseoir dessus » (Gramsci a traduit cela de manière moins triviale en parlant d’hégémonie, de nécessité de consensus pour assurer la stabilité du système). La crise de légitimité et l’absence de consensus alimentent la recherche de solutions alternatives et amplifient les mobilisations. L’usage répété de la violence policière avec son cortège de victimes (y compris par balles) amenuisera encore plus la légitimité des institutions qui prétendent conduire la mondialisation néolibérale.

Au niveau du mouvement protestataire, plusieurs facteurs positifs se dessinent en ce moment. Primo, le lancement en 2001 du Forum Social Mondial, dont la première édition eut lieu à Porto Alegre (Brésil), et la poursuite de l’expérience avec un succès croisant (12.000 participants en 2001, 30.000 en 2002, 100.000 en 2003…). L’extension du processus sur le plan continental : Forum Social Asiatique, Forum Social Européen, Forum Social Africain, qui seront suivis bientôt par l’Amérique du Nord. Enracinement du processus du Forum Social au niveau local dans un grand nombre de pays. Le lancement du FSM a été le résultat de la convergence entre différentes initiatives dont l’origine se trouve tant au Sud qu’au Nord de la planète. Il s’est doté d’un Conseil international. Le FSM a réussi à apparaître comme une alternative légitime au Forum Economique Mondial de Davos, qui réunit dans un club informel des patrons de transnationales, des gouvernants, des dirigeants de l’OMC, du FMI et de la Banque mondiale.

Secundo, convergence entre des mouvements sociaux et des organisations de nature différente : Via Campesina, Attac, Marche mondiale des Femmes, certains syndicats, des groupes de réflexion tel le Forum Mondial des Alternatives, International Focus on Globalization, Focus on the Global South, des mouvements contre la dette tels Jubilé Sud, le CADTM, des mouvements d’éducation, des ONG…). Convergence qui débouche sur un calendrier et des objectifs communs dont on peut avoir un aperçu en lisant la déclaration de l’assemblée des mouvements sociaux au Forum Social Mondial de Porto Alegre en janvier 2001 (encadré 20.1.), suivie d’autres déclarations à l’occasion des éditions ultérieures du Forum Social Mondial, des Forums asiatique et européen. Mise en place d’un secrétariat international provisoire assurée par le Mouvement des Sans Terre au Brésil. Tertio, implantation de réseaux parties prenantes du mouvement à l’échelle de la planète même si c’est de manière inégale (fort développement en Europe occidentale, aux Amériques et en Asie, faiblesse en Afrique et en Europe orientale, absence en Chine).

Quarto, entrée dans un cycle de radicalisation d’une couche significative de la jeunesse, également de manière inégale à l’échelle de la planète (les régions où ce phénomène est le plus avancé sont l’Amérique du Nord et le Sud de l’Europe ainsi que la Grande-Bretagne et la Scandinavie. Manifestement, le phénomène s’étend : la jeunesse bouge et lutte en Algérie - Kabylie -, en Corée du Sud, au Pérou, au Mexique, dans de nombreux pays d’Afrique subsaharienne…).

Quinto, naissance d’un puissant mouvement anti-guerre sur le plan international à partir de 2001 lors de la guerre contre l’Afghanistan. Renforcement de ce mouvement au cours de l’année 2003. A l’avenir, il faudra veiller au maintien de la pluralité du mouvement, à son indépendance par rapport aux pouvoirs en place, à la capacité de renforcer la convergence entre différentes campagnes, telle celle contre l’OMC et celle pour l’annulation de la dette. Il faudra assurer la pérennité du mouvement anti-guerre et redonner vigueur à la solidarité internationale avec les peuples en lutte pour leur libération (particulièrement le peuple palestinien).

Encadré 20. 1. : Résumé des points d’accords entre mouvements sociaux au FSM de Porto Alegre (janvier 2001)

Nécessité d’une alternative démocratique et internationaliste à la mondialisation capitaliste néo-libérale ; suprématie des droits de l’homme, des droits sociaux et des droits de l’écologiesur les exigences du capital ; nécessité de réaliser l’égalité entre femmes et hommes ; nécessité d’approfondir la crise de légitimité de la Banque mondiale, du FMI, de l’OMC, du Forum de Davos, du G7 et des grandes multinationales ; exiger l’annulation dans conditions de la dette du tiers monde et l’abandon des politiques d’ajustement structurel ; exiger l’arrêt de la dérégulation du commerce et rejeter la définition actuelle des droits de propriété intellectuelles en relation avec le commerce ; exiger la protection des ressources naturelles et des biens publics en empêchant leur privatisation ; exiger l’abolition de l’utilisation des plantes transgéniques et des brevets sur la vie ; faire obstacle au commerce des armes et à la politique militariste (exemple : le Plan Colombie des Etats-Unis) ; affirmer le droit des peuples à un développement endogène  ; trouver des sources de financement sur la base de la taxation du capital (en commençant par une taxe de type Tobin), ce qui implique la suppression des paradis fiscaux ; affirmer les droits des peuples indigènes  ; nécessité d’une réforme agraire et d’une réduction généralisée du temps de travail ; nécessité d’un combat commun Nord/Sud et Est/Ouest ; promotion des expériences démocratiques comme le budget participatif pratiqué à Porto Alegre.

Une trame de subversion tissée au quotidien

Ce vaste mouvement, créé à l’occasion d’événements porteurs, tisse également sa trame dans le quotidien. Les témoins se sont rencontrés, les expériences se sont racontées, les adresses se sont échangées. Tout cela nourrit une subversion formidablement humaine. Subversion : bouleversement des idées et des valeurs reçues, dit le Petit Robert. Reçues, imposées ? Notre conception des valeurs est plurielle car les opprimé(e)s ne parlent heureusement pas d’une seule voix. C’est pourquoi il est fondamental de mettre en valeur « les autres voix de la planète ». Mais nos idées ne sont pas celles des oppresseurs, la pluralité n’inclut pas la soumission à la parole de ceux qui poursuivent une logique de profit immédiat. Au nom de quoi devrait-on continuer à la subir ?

Les résistances se fortifient également au travers des luttes nationales : il faut porter le coup à sa propre classe capitaliste pour affaiblir l’ensemble. Les grèves françaises de l’automne 1995 ont amorcé un virage politique dont une première (mais non suffisante) manifestation s’est concrétisée lors des élections suivantes. Le mouvement ouvrier organisé lutte pour la réduction généralisée du temps de travail, pour préserver les acquis de la sécurité sociale dans les pays industrialisés et dans les pays de la Périphérie où elle a été conquise (à l’Est comme au Sud).

Des sans papiers de France, d’Espagne et de Belgique, au lieu de subir la clandestinité, interpellent ouvertement le pouvoir pour la régularisation de leur situation.

La mondialisation oblige - dans un sens positif - chaque organisation réellement liée à la défense des intérêts des opprimés à se connecter à l’activité de l’organisation voisine. Comment en effet être efficace sur la défense du droit d’asile si l’on n’a pas une vision d’ensemble de la situation du Tiers Monde ? Comment conserver une conscience de classe et ne pas s’allier à « son » patron pour sauvegarder l’emploi dans « son » usine au détriment des ouvriers du pays voisin si ce n’est en s’ouvrant aux débats planétaires ? Comment une Organisation Non Gouvernementale peut-elle sauvegarder son indépendance si ce n’est en défendant avec d’autres associations, dans son propre pays, les revendications de justice sociale qu’elle prône pour les pays lointains ? Comment marquer des points contre la marginalisation, le chômage si on ne dialogue pas avec le mouvement syndical ?

Beaucoup se plaignent d’avoir affaire à des interlocuteurs de plus en plus évanescents : ce n’est plus le patron local qu’il faut contrer, c’est le conseil d’administration d’une transnationale, c’est le fonds de pension actionnaire principal ; ce n’est plus l’autorité publique nationale dont il faut déjouer les plans, c’est celle d’un conseil de ministres européens ou du G8. La période, c’est sûr, exige une adaptation. Mais la force qui peut être utilisée pour contourner ces soi-disant incontournables est, elle-même, potentiellement décuplée, centuplée. Le tout est d’en avoir conscience, et, surtout, d’avoir la volonté politique de tout mettre en œuvre pour organiser cette force. Il est important de souligner qu’une volonté politique n’implique pas une dictature interne : au contraire, la richesse des mouvements sociaux réside dans leur diversité, leur pluralité. Cette richesse doit être garantie totalement par le respect de la plus grande démocratie entre les composantes du mouvement.

Des obstacles et des nouvelles formes d’organisation

Sur le plan mondial, une crise de représentation du mouvement ouvrier se manifeste par une crise de représentativité des partis de gauche et du mouvement syndical. Ce dernier est de moins en moins à même d’assurer la défense des intérêts des travailleurs et de leurs familles. Sa ligne ne convainc pas non plus les autres mouvements sociaux de se rassembler autour de lui.

Les organisations non gouvernementales, dont certaines, issues de la solidarité avec les luttes d’indépendance et de libération nationale, avaient connu dans les années 1970 une radicalisation à gauche, sont traversées également par des signes manifestes de crise. Un grand nombre d’entre elles sont rentrées dans l’orbite de leur gouvernement et des organismes internationaux (BM, ONU, PNUD).

La crise de représentation se combine à un doute profond sur le projet émancipateur. Le projet socialiste a été fortement discrédité par les expériences bureaucratiques du dit camp socialiste à l’Est et par les compromissions des socialistes occidentaux avec les capitalistes de leur pays.

Dans le même temps, les mobilisations sociales se poursuivent, voire se radicalisent. De nouvelles formes d’organisation et de conscience apparaissent temporairement, sans réussir jusqu’ici à produire un nouveau programme cohérent. Mais on aurait tort de sous-estimer leur potentiel de radicalité. Certes, s’il fallait faire la liste des échecs des mouvements sociaux dans les dernières années, l’addition serait lourde. Mais l’histoire des luttes émancipatrices ne passe pas par une simple comptabilité des échecs et des victoires. La crise que traversent les mouvements sociaux sous leurs différentes formes peut-elle déboucher sur un nouveau cycle d’accumulation positive d’expériences et de conscience ? Les événements des dernières années poussent vers un optimisme prudent et convainquent que l’attentisme, l’attitude de spectateur n’est plus de mise.

Une minorité de décideurs s’acharne à exproprier la personne humaine de ses droits fondamentaux pour la réduire à une « ressource », la société pour la remplacer par le marché, le travail pour restreindre son sens de création de valeur à une marchandise, le social pour prôner l’individualisme, le politique pour confier au capital et à sa course au profit immédiat la tâche de fixer les priorités, la culture pour la transformer en mode de vie « standard », la cité pour en faire le lieu de la non-appartenance. Face à cette expropriation, il est temps pour les millions de personnes et dizaines de milliers d’organisations qui luttent d’apprendre à vivre ensemble en reconnaissant la réelle complémentarité de leurs projets, d’organiser et d’affirmer la mondialisation des forces de (re)construction de notre devenir ensemble, de diffuser la narration solidaire de ce monde. Il est temps de mettre hors des lois du marché le bien commun patrimoine de l’humanité.

Il est temps.

Eric Toussaint

Novembre 2003

Article publié sur le site du CADTM

samedi 18 janvier 2020

Il y a 16 ans : "La « realpolitik » du président Lula et les altermondialistes"

Lors du sommet du G8 à Evian (France) début juin 2003, le président brésilien Luiz Inacio Lula Da Silva a rencontré une délégation de représentants des mouvements sociaux et ONG qui composent et animent le dit mouvement altermondialiste. Nous avons recueilli le témoignage d’Eric Toussaint, président du Comité pour l’annulation de la dette du Tiers Monde (CADTM).

Eric Toussaint commence d’abord par exprimer différentes critiques sur la politique économique menée par le gouvernement brésilien. Il poursuit l’entretien en expliquant le déroulement de la rencontre et ce qui s’y est dit. Pour terminer, il tire quelques conclusions sur l’évolution ’libérale’ de Lula et plus globalement sur l’Amérique latine.

Contexte : A l’occasion du sommet annuel tenu par le G8 (Etats-Unis, Japon, Allemagne, Grande-Bretagne, France, Italie, Canada, Russie) à Evian les 1er et 2 juin 2003, plusieurs chefs d’Etat non membres du G8 étaient les invités du président français Jacques Chirac. Celui-ci souhaitait donner l’impression à l’opinion publique internationale que le G8, la France en particulier, souhaitaient dialoguer avec le reste du monde en invitant des chefs d’Etat non membres du G8. Avaient répondu à l’appel le président Lula du Brésil et les chefs d’Etats ou de gouvernement de Chine, d’Inde, du Nigeria, du Sénégal, d’Afrique du Sud, d’Egypte, du Mexique... Fondamentalement, il s’agissait de contribuer à légitimer le G8, club informel des principales puissances mondiales, à un moment où sa crédibilité est au plus bas. Les hôtes du président Chirac se sont réunis à Evian avant le début de la véritable réunion du G8 au moment où plus de 100.000 manifestants défilaient dans les rues de Genève (Suisse) et d’Annemasse sur le thème G8 illégal. Parmi les thèmes principaux : l’annulation de la dette du tiers Monde, l’opposition au militarisme, la lutte contre l’OMC, la solidarité avec le peuple palestinien, l’accès aux médicaments génériques... et l’opposition à la réforme néolibérale du système des pensions et de l’éducation qui mobilise en France des millions de travailleurs.

Hier, tu as eu l’occasion de rencontrer, avec d’autres, un des chefs d’Etat, invité spécial du G8 : le président Lula du Brésil. Peux-tu expliquer le sens de cette rencontre et à travers cela, la politique menée par le président Lula ?

Eric Toussaint : Luis Inacio Lula Da Silva, élu président avec une écrasante majorité des voix en octobre 2002, plus de 65 %, souhaitait voir des représentants des mouvements altermondialistes d’Europe. Nous nous sommes rendus à quatre délégués de ces mouvements, Jacques Nikonoff, Président d’Attac France, Rafaella Bolini, représentant le Forum Social Italien, Helena Tagesson (Suède), de la campagne contre l’OMC et moi-même pour le CADTM. La rencontre a eu lieu à Genève dans la résidence de l’ambassadeur du Brésil.

Avant de nous rendre à cette rencontre, nous avions décidé de dire clairement que nous n’engagions pas le mouvement, nous n’avions aucun mandat donné par d’autres mouvements pour les représenter. Nous ne représentions que nous-mêmes et nous n’avions pas l’intention de nous prêter, par exemple, à un jeu de conférence de presse au cours de laquelle le président du Brésil aurait pu nous utiliser pour avaliser la politique qu’il mène. Nous aurions agi de cette façon avec n’importe quel président mais, ici, en plus, nous nous trouvons dans une situation où, quelques mois à peine après avoir occupé son poste de président, la politique de Lula est manifestement contradictoire avec les attentes de toute une série de mouvements sociaux avec lesquels nous travaillons directement.

Alors c’est quoi, les mesures tout à fait contestables ?

Primo, le président Lula a désigné comme président de la Banque centrale un des gros patrons, Henrique Meirelles, l’ancien président d’une des grosses banques américaines présentes au Brésil, la Fleet Boston. C’est donc clairement un représentant de la classe capitaliste qui est mis à la tête de la Banque centrale et le message est clair : chercher à donner confiance aux marchés financiers. C’est le premier problème.

Deuxième problème, le président Lula est favorable à octroyer l’autonomie à la Banque centrale, c’est-à-dire qu’il prend les mesures souhaitées par les néo-libéraux : c’est ce qu’ils ont fait avec la Banque centrale européenne par rapport à la Commission européenne. Ce qui veut dire que le pouvoir politique abandonne encore un peu plus le contrôle sur un instrument central pour orienter l’économie d’un pays. Quand on ne contrôle pas directement la banque centrale, on ne contrôle pas la monnaie nationale, les taux d’intérêt, etc. C’est quelque chose de très important.

Troisième point contestable dans la politique de Lula : c’est la réforme du système de pension qu’il a entreprise et qui fait très fortement penser à la réforme de Raffarin, combattue par un très large mouvement social avec les grèves que l’on connaît en France. En fait, le président Lula s’en prend au système de pension des travailleurs du secteur public et veut favoriser les fonds de pension privés. Il y a d’autres éléments de sa politique contestables : des hauts taux d’intérêt, le maintien des accords avec le FMI, le remboursement de la dette publique extérieure...

Comment a eu lieu cette visite ?

Eric Toussaint : Etant donné la politique que je viens de décrire, on y allait quasiment avec des semelles de plomb parce qu’on ne voulait pas être utilisés ou piégés. Nous avions donc décidé, dans le cadre d’un accord sur la procédure du déroulement de la séance, que chacun d’entre nous (les quatre délégués), prendrait cinq minutes pour présenter les revendications principales que nos mouvements avancent, comme alternatives à la mondialisation actuelle, et qui concernent directement le Brésil. Voici comment s’est déroulée la rencontre : on a été reçus par le président Lula, accompagné du ministre du Travail et du ministre des Relations extérieures, de plusieurs députés et de deux conseillers proches du président. Le président Lula a présenté pendant une demi-heure la politique de son gouvernement, en défendant les mesures d’austérité qu’il a prises (augmentation des taux d’intérêt, coupes claires dans le budget pour un montant de plus de trois milliards de dollars - 14 milliards de réales) et en disant qu’elles étaient nécessaires pour stabiliser une situation économique très difficile. Il a annoncé que dorénavant, il allait commencer à concrétiser - ça prendra quelques années a-t-il dit - les engagements qu’il a pris auprès du peuple au cours de sa campagne électorale.

Nous avons avancé les choses suivantes. Jacques Nikonoff, président d’Attac France, a dit que son mouvement était tout à fait opposé aux fonds de pension privés et qu’il était très inquiet de voir qu’au Brésil, le gouvernement actuel faisait la promotion de ces fonds de pension.

Deuxièmement, il a redit l’intérêt manifeste du mouvement à ce que le Brésil se prononce clairement pour la taxe Tobin. Il faut savoir que Lula est venu avec une proposition au G8 d’une taxe sur les ventes d’armes pour financer un projet mondial de lutte contre la faim. Chirac, dans une conférence de presse, a dit que la proposition de Lula lui semblait plus opportune que la taxe Tobin et en a profité donc pour attaquer la taxe Tobin. C’étaient les deux éléments centraux avancés par Jacques Nikonoff.

Moi, j’ai avancé pour le CADTM que l’Amérique latine était confrontée, un peu comme dans les années 80, à une hémorragie énorme de richesses qui la quittaient et qui se rendaient vers les créanciers du Nord (plus de 200 milliards de transfert net négatif sur la dette entre 1996 et 2002, l’équivalent de deux plans Marshall. Le Brésil à lui seul a perdu, entre 1997 et 2001, plus de 70 milliards de dollars de transfert net négatif sur la dette, dont 27 milliards aux dépens des finances publiques), essentiellement des banques privées, des marchés financiers, le FMI et la Banque mondiale. J’ai insisté sur le fait qu’il ne fallait pas attendre une crise de paiement, une crise d’insolvabilité, pour prendre des initiatives - d’ailleurs prévues en l’occurrence par la Constitution brésilienne - c’est-à-dire réaliser un audit sur les origines et le contenu exact de la dette extérieure du Brésil, pour déterminer ce qui est légitime et illégitime. C’est prévu par la Constitution de 1988 du Brésil. En 2000, lors d’un plébiscite organisé par le MST, la CUT, la Campagne Jubilé Sud du Brésil, la Conférence Nationale des Evêques (avec le soutien du PT), plus de 90 % des 6 millions de Brésiliens qui ont voté, se sont prononcés pour la suspension du paiement de la dette le temps de réaliser l’audit. Les parlementaires du PT ont déposé un projet de loi dans ce sens. Aucun président jusqu’à aujourd’hui ne l’a réalisé. J’ai dit à Lula : « C’est vraiment l’occasion, puisque vous avez le pouvoir, de lancer l’initiative et ainsi d’avoir les conditions pour suspendre les paiements et épargner l’argent du remboursement de la dette pour de l’investissement social, des transformations, etc. ». Puis j’ai suggéré que le Brésil lance un appel aux autres pays latino-américains pour constituer un front des pays endettés pour le non-paiement.

La troisième intervenante, Helena Tagesson, suédoise, avançait la nécessité d’empêcher qu’à Cancun, en septembre 2003, se concrétisent les accords de l’OMC pris à Doha en novembre 2001 et essayer de paralyser la réunion comme on avait réussi à le faire à Seattle fin novembre 99 - début décembre quand, par la mobilisation et profitant des contradictions entre Europe et Etats-Unis, on a réussi à faire obstacle à une offensive plus forte en matière de libéralisation du commerce. En 2001, l’OMC a pris sa revanche. Elle a réussi à avoir un agenda très néo-libéral avec l’Accord général sur le commerce des services, qui doit être définitivement concrétisé et décidé à Cancun. Donc, elle insistait sur le fait que nous avons quatre mois pour essayer de paralyser Cancun. Elle proposait que le Brésil aille, avec les autres pays du Tiers Monde, dans ce sens-là. Et notamment d’être très attentif à la question de la privatisation de l’eau voulue par l’OMC alors qu’il y a des expériences modèles au Brésil comme à Porto Alegre en ce qui concerne l’exploitation et la distribution d’eau. Expériences modèles qui mourront si jamais on applique l’agenda de Doha à Cancun.

La quatrième intervenante était Rafaella Bolini du Forum Social Italien, elle est une des animatrices du mouvement anti-guerre ; les Italiens ont été extrêmement actifs dans la campagne contre la guerre en Irak. Elle a demandé au Brésil qu’il prenne l’initiative de demander la convocation d’une Assemblée générale de l’ONU, pour provoquer un vote de l’Assemblée générale de condamnation de l’occupation de l’Irak par les Etats-Unis et leurs alliés. Le Conseil de sécurité de l’ONU vient de voter une résolution le 22 mai qui, en fait, légitime l’occupation militaire de l’Irak par les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie. Et on n’a évidemment pas confiance dans le Conseil de Sécurité. Par contre, même si on ne doit pas se faire trop d’illusions, si réellement il y avait un débat à l’Assemblée générale de l’ONU, si les pays pouvaient réellement voter, il pourrait y avoir une majorité contre l’occupation de l’Irak. Cela a eu lieu à plusieurs reprises dans les années 70 et 80. Israël a été condamné plusieurs fois, malgré l’opposition des Etats-Unis, parce que les Etats-Unis étaient en minorité.

Ce que Lula a répondu, c’est qu’il y avait une grande différence entre ce qu’on souhaitait faire et ce qu’on pouvait faire. Tout ça pour dire que nos propositions étaient bien sympathiques mais qu’il ne voyait pas comment les réaliser. Il a justifié clairement sa politique favorable aux fonds de pension privés. Il n’a pas pris d’engagement sur la question de la dette. Il a dit sur la question du commerce, qu’il voulait effectivement limiter la déréglementation et limiter la portée de l’Accord général sur le commerce des services. En ce qui concerne l’Irak, il a dit que, en tant que pays, il s’était clairement opposé à la guerre contre l’Irak. Mais il n’est pas allé plus loin, il n’a pas dit qu’il allait prendre une initiative concernant l’Assemblée de l’ONU.

Voilà un résumé synthétique de ce contact. J’en tire comme conclusion que l’espoir énorme non seulement d’une grande partie des Brésiliens, mais bien au-delà, dans le reste de l’Amérique latine et dans le monde, de voir un gouvernement progressiste appliquer une orientation qui tourne le dos au néo-libéralisme, et bien, cet espoir est manifestement en train d’être fortement déçu. Et autant le dire depuis le début. Sinon, plus dure sera la chute si on se berce d’illusions sur les orientations réelles du gouvernement Lula. Quelque part, ce qui ressort de la situation des derniers mois en Amérique latine, c’est que, alors que de manière très claire, dans plusieurs pays, les gens ont voté sur des programmes de gauche - je pense à Evo Morales en Bolivie, qui a eu un grand succès électoral mais qui n’a pas été élu président. Je pense à Lucio Gutierrez, soutenu par le mouvement indigène, PachaKutik et la CONAIE en Equateur, qui a été élu sur un programme progressiste. Je pense à Lula. Dans les deux derniers cas, ceux de Lula et Gutierrez, ils ont été élus présidents mais ils se sont empressés de faire des concessions aux marchés financiers et de réaliser la continuité du programme néo-libéral des prédécesseurs qu’ils condamnaient dans leur campagne électorale. Et dans le cas de Gutierrez, c’est plus grave parce que lui, en plus, s’est présenté clairement comme le meilleur ami de Bush dans la région et a dit que le président Colombien était son grand ami, tandis qu’il a affiché clairement des distances très nettes à l’égard du président Chavez du Venezuela. , Cela montre que là, il y a un enjeu important pour les mouvements sociaux : la nécessité de maintenir leur indépendance par rapport aux gouvernements. Ce n’est pas parce que des partis qui, en principe, devraient représenter le programme des mouvements sociaux, arrivent au pouvoir, que les mouvements sociaux doivent mettre de l’eau dans leur vin, abandonner leur radicalité et passer à l’attentisme en se disant « on ne va pas mettre des bâtons dans les roues de nos amis politiques au gouvernement ». Au contraire, il faut augmenter la pression sur de tels gouvernements pour qu’ils adoptent un comportement conforme à ce qu’ils ont annoncé et qui leur a permis de recevoir les suffrages populaires

Article paru sur le site du CADTM sous le titre La « realpolitik » du président Lula et les altermondialistes, la version audio est disponible sur le site

Bonus

Lire aussi une interview de Lula par Eric Toussaint datant de... juillet 1991.

vendredi 6 septembre 2019

A démocrates, démocrates et demi

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Pas mieux !

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PS : deux juges ont successivement validé la décision de Boris Johnson d'ajourner le Parlement jusqu'au discours du trône.

vendredi 5 juillet 2019

Il ya 46 ans...

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mardi 12 février 2019

Il y a 16 ans : les écoles du PPA

Le sardon François Rufin a enquêté dans la promotion 2002 de l’école du PPA. Jour après jour, il a noté au mot près les propos des formateurs, des intervenants extérieurs, de la direction de l’établissement, les réactions des étudiants. Il en a tiré un livre, Les Petits Soldats du journalisme, Éd. Les Arènes, février 2003.

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Dès le début de l’année, le responsable des « première année » du Centre de formation des journalistes a prévenu : « Dans la profession, il y a un certain nombre de journaux ou de journalistes qui ne sont pas dans la ligne, on dira. Mais ici, on va vous demander de suivre la ligne, si on peut dire, de rester dans la norme ». Puis il a hurlé : « Eh bien, oui, oui, il y a un moule CFJ et il faudra bien vous y couler ! » Ce moule, les intervenants du CFJ taillés sur mesure vont lui donner forme : les rédacteurs en chef de Paris-Match, de La Croix, de LCI, de France 2, du Parisien, le président du CSA, l’ex-PDG de Canal+, les patrons de RTL, de Ouest-France, les anciens rédacteurs en chef de Libération, du Figaro, de France-Soir, du Monde, les directeurs du Monde, de Télérama, de L’Express, de TF1, de Courrier international, de l’Equipe.fr. Ces serviteurs du PPA enseigneront à leurs futurs employés l’absence d’esprit critique et l’amour de l’argent. À un élève intrigué par un dossier du Nouvel Observateur presque intégralement consacré à la splendeur des villas marocaines achetées par des millionnaires, Mouchard, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire, répond : « C’est l’une de nos meilleures ventes cette année. Et puis, moi, j’aime bien. C’est drôle, c’est marrant, c’est parisien… Oh, le pauvre immigré, le pauvre chômeur, ça on l’a déjà fait dix fois. (…) C’est vrai, on fait une sorte de Gala pour riches… »

Produire vite et mal

À la sortie de l’école, il faut, résume un pédagogue, « que vous sachiez écrire sur n’importe quel sujet, même si vous n’y connaissez rien ». La vertu cardinale consiste à savoir composer sur le champ un potage de mots pour un « papier » 2. « J’allais dire “tant pis si c’est de la merde”, précise le responsable des premières années. C’est peut-être un peu excessif, mais l’idée est là. » Pas encore déniaisées, certaines recrues imaginent que le journalisme consiste à informer. Mal leur en prend. Benoît chroniquait un ouvrage sur la guerre d’Algérie. Une intervenante : « Poursuis ton papier sur le livre de Jacques Duquesne. » L’élève : « Mais je ne l’ai pas ouvert. » L’intervenante : « Non, pas la peine, faut faire vite. Lis juste une critique du Monde. » Notre enquêteur avait eu l’outrecuidance de rédiger un article sur les travailleurs pauvres. Pressé, il compulse sa seule source, un article du Parisien. Une enseignante interrompt sa lecture : « Survole, survole, on n’a pas le temps. » L’exigence de la vitesse prend parfois des allures de gag : « Ton interview plateau, il faut trois questions trois réponses. Tac tac tac. En trois minutes maxi, on doit tout savoir sur la mort » (responsable télé). Encouragés par l’encadrement, les élèves apprennent à ne plus se soucier de ce qu’ils écrivent : « Votre reportage était très bien. On n’apprend rien, on aura tout oublié dans dix minutes, mais c’est bon pour Pernaud. On l’achète pour le 13 heures. ».

La faculté d’écrire n’importe quoi ne suffit pas. Il faut savoir flairer les sujets qui aguichent les concurrents. Et pour cela, « suivre l’actualité » comme un chien renifle l’odeur de son maître. « Votre tâche, c’est de reprendre ce qui vous est dicté par l’actualité », explique le responsable des premières années. On se « situe par rapport à elle », tantôt en « avance », tantôt en « retard ». « Le salon du chocolat, on n’y coupera pas. » « Loft-Story, c’est incontournable. » « Mais pourquoi tu t’obsèdes avec les infirmières ? On a fait une brève, c’est bon. Regarde Le Parisien, regarde Libé, y a pas un article dessus. Même pas dans l’Humanité ! » Ce fonctionnement, le directeur du CFJ l’a théorisé dès la rentrée : « Le premier réflexe dans le métier, c’est de regarder ce que font les confrères. » Pour attirer l’attention des journalistes, tout sujet doit être préalablement construit comme une « actualité ». La plupart des associations acceptent ces règles du jeu. Ainsi, une fois par an, ATD-Quart Monde organise la « Journée de la misère ». L’« actu » du jour, c’est les pauvres, et les enseignants du CFJ se muent en dangereux révolutionnaires : « Tu ramènes au moins deux sons, un bénévole ou un responsable. Et tu me trouves un pauvre. » Les 364 autres jours, vive les villas marocaines chères à Mouchard !

Le journalisme ne consiste pas à mettre en question les idées reçues mais à les mettre en pratique

Pour traiter les sujets qui font vendre, rien ne vaut les sentiers battus par les « concurrents ». L’identité des pédagogues du Centre prévient toute incartade : un rédacteur en chef de LCI (la chaîne info de Bouygues, qui emploie Edwy Plenel, Roi du téléachat) encadre les semaines de télévision. En radio, tous les formateurs sont des présentateurs de journaux et non pas des reporters de magazines. Ils ne jurent que par les formats courts et « la fraîcheur de l’information » (égale à celle du poisson). « Donc, on ne vous le répétera jamais assez : faites simple. Très simple. Et super court aussi. » Parfois, un étudiant s’interroge : « C’est pas d’actualité, mais ça ne veut pas dire que ça mérite pas d’être traité. » Le chef des secrétaires de rédaction s’étrangle : « Mais tu te rends compte ? Tu racontes n’importe quoi ! C’est chaud, c’est chaud, ou alors ça ne se justifie pas. On se demande ce que tu fais ici, en deuxième année, pour raconter des trucs comme ça ! » Ainsi malaxée, la jeune garde du PPA apprend que le journalisme ne consiste pas à mettre en question les idées reçues mais à les mettre en pratique. Comme le résume le responsable pédagogique du CFJ, « l’actualité, c’est l’actualité. Un événement, c’est un événement. Le journalisme, c’est le journalisme. Voilà pour la théorie. Maintenant, on passe à l’action. »

Si l’école du PPA vrille la médiocrité (et le téléachat) dans les crânes, c’est parce qu’« on s’intéresse d’abord aux lecteurs, de quoi veulent-ils qu’on parle ? de quoi parlent-ils avec leurs amis ? C’est ça qui doit faire la “une” du lendemain ». Jean-Marc Lech, patron de l’institut de sondage IPSOS, décrira le plus « scientifiquement » l’univers des médias : « On explique les désirs des lecteurs comme à la direction d’Évian et de Danone les désirs des consommateurs. » Tout l’enseignement du CFJ se fonde sur une logique d’audimat. « Les logements des immigrés, tu vois, c’est un peu éloigné des préoccupations des lecteurs. » ; « Ton papier sur les centres d’appels, je ne crois pas que ça passionnerait les lecteurs. » ; « Les taudis du XXe, c’est intéressant, je ne dis pas. Pour autant, est-ce que ça plaira aux lecteurs ? » Au terme de deux ans d’internement, l’étudiant du CFJ pourra satisfaire Robert Namias, directeur de l’information sur TF1, qui lui a enseigné que « la première qualité de ce métier, c’est de réfléchir à ce qui sera le sujet de conversation à table ».

Sauf par provocation, proposer une couverture sur « la condition ouvrière » ne viendrait pas à l’esprit des étudiants, désormais ajustés aux attentes de leurs premiers lecteurs : les enseignants. Excités par « l’actualité » d’un « quartier de l’horreur pédophile 3», ces derniers expédient leurs ouailles à Outreau, une ville populaire du Pas-de-Calais. Des rues comme les autres. Des tours comme ailleurs. Des HLM ni mieux ni pires que partout. Avant le départ, pourtant, une intervenante du Nouvel Observateur (ancienne du CFJ) raconte la ville : « Ça puait la soupe aux choux, le pipi de chat, vraiment le quart-monde. » Un salarié du Monde (lui aussi ancien du CFJ) renchérissait : « Y’avait des obèses, des à qui il manquait des dents, on ne comprenait rien à ce qu’ils disaient. » Ce racisme social se retrouvera dans les colonnes des deux grands journaux « de gauche » du groupe QVM : « Sur le palier décrépi du troisième étage, Yann, trente ans, se tient à côté d’une porte qu’il vient de défoncer à coups de pieds. Son haleine empeste l’alcool. (…) Sa jeune compagne, en pleurs, a le visage rougi, enlaidi par une incisive manquante. » (Le Monde, 12.01.02) « Monter les marches qui mènent vers les appartements , c’est pénétrer dans un autre univers. (…) Ici, on cuisine un chou au son criard d’une télévision. Là, un couple se dispute violemment. » (Le Nouvel Observateur, 24.01.02) Pour ces journalistes comme pour la totalité des étudiants de la promotion, les classes populaires appartiennent en effet à « un autre univers » (lire encadré)

Encadré

LA SÉLECTION SOCIALE DES LARVES DU PPA

Parmi les 54 élèves de la promotion 2002 du CFJ, aucun enfant d’ouvrier, de cheminot, de caissière : 54 élèves qui se ressemblent, dont les parents sont professeurs, médecins, magistrats, ingénieurs, commerciaux, etc. 14 Lorsqu’ils intègrent l’école du PPA, les apprentis journalistes sont déjà titulaires de maîtrises d’histoire, de DEA de lettres. Des bac+3 au minimum, des bac+5 à la pelle. Et surtout, des diplômés « Sciences Po ». Un tiers de l’effectif du CJF est enrôlé à la sortie de cet autre incubateur de vers à soie du PPA. Les épreuves d’entrée (cartographies, questionnaire d’actualité, dissertation sur l’état de la France) sont similaires. Les références culturelles, identiques. Les ratés de Sciences-Po finissent au CFJ, les autres à l’ENA. C’est l’historien catholique racorni René Rémond qui préside à la fois le jury du CFJ et la fédération des Instituts d’études politiques. L’objectif de l’enseignement est à peu près le même dans les deux institutions, comme le suggère Alain Lancelot, ancien directeur de Sciences-Po : « Nos étudiants apprennent à problématiser n’importe quel sujet, ils savent construire une argumentation et ils savent la mobiliser dans un temps court sans endormir leur auditoire. Croyez-moi, par la suite, on entend la différence. » Et La sélection sociale y est tout aussi drastique. Sciences Po « s’est encore embourgeoisé depuis dix ans », note le sociologue sardon Alain Garrigou. De 1987-1988 à 1997-1998, la part des enfants d’ouvriers est passée de 1,5% à 1% (contre 27% dans la population active française), celle des employés de 2,5% à 2% (30%), tandis que le sous-total des enfants de classes supérieures passait de 77 à 81,5% 15.

Fin encadré

Petits soldats du journalisme

« Sans documentation, pas de journalisme », plastronnait en 1996 une brochure du l’école 4. Le CFJ se targuait alors d’une bibliothèque « exceptionnelle, souvent enviée et consultée régulièrement par les chercheurs et les historiens de la presse ». Le CFJ n’a plus ni bibliothèque ni documentation. Officiellement « en cours de transfert »… depuis quatre ans. En réalité, on a décidé de « réduire les coûts ». À la place des « 11 500 volumes, 209 périodiques, 2 000 dossiers thématiques » d’antan, on a installé « la direction générale, les ressources humaines, la gestion-comptabilité et la toute nouvelle rédaction en chef du site web du CFPJ » 5. Mais l’enquêteur de PLPL est formel : « Jamais cette bibliothèque n’a manqué à notre enseignement. Jamais un permanent ne nous a conseillé la lecture d’un ouvrage. Hormis la directrice du CFPJ, qui, lors d’une conférence de Roger Pol-Droit, philosophe au Monde, brandissait son dernier opus à bout de bras et nous haranguait comme une bonimenteuse : “Il vient de publier Les religions expliquées à ma fille, achetez-le, courez l’acheter en sortant de ces rencontres." 6» L’absence de bibliothèque favorise la « pédagogie CFJ ». Pour livrer aux entreprises du PPA ses légions de techniciens efficaces et rapides, nul besoin de lire. Cela ferait chuter la productivité. Comment réaliser un reportage de 1 minute 30 secondes relatif à la situation en Côte d’Ivoire si on a consulté plusieurs ouvrages sur le sujet ? Une connaissance du dossier encouragerait à des raffinements qui encombreraient le format. Une seule issue : s’en tenir aux idées reçues.

La mythologie professionnelle ressasse la figure du grand reporter ou du journaliste « d’investigation » tenace, curieux et impertinent. Mais le CFJ préfère façonner des sténographes vissés devant leur écran et sachant dire « Oui chef ! » Le bon élève passe le plus clair de son temps dans les locaux et ingurgite un maximum de dépêches. CFJ-Notre Journal, le bulletin interne de l’école, chante ainsi l’apprentissage du journalisme moderne : « Tapotement constant sur les I-Mac bleus disposés en arc de cercle, course poursuite à travers les étages, discussions animées autour d’un café serré, ponctuées de bruyants fous rires, projets d’articles, rêves futiles de vacances, un Libé solidement accroché à la main… Scènes de la vie ordinaire d’un étudiant du CFJ. » Pas une de ces « scènes de la vie ordinaire » ne se déroule hors de l’école. Une élève : « Soit on se met dans un coin, pour qu’ils nous oublient, soit on simule l’activité… mais si tu sors, ils te repèrent. Moi, le soir, j’allais aux congrès, aux réunions politiques, et eux me reprochaient mon absentéisme. Du coup, je suis restée ici, à surfer sur Internet. »

Made in CFJ

La pédagogie de la soumission complète la formation du petit soldat du journalisme. Sous prétexte d’habituer les étudiants à l’autoritarisme de leurs futurs chefs moustachus et amateurs de cigares, la direction du Centre multiplie les mesures vexatoires. Tout retard, toute absence de zèle est dénoncée au directeur et sanctionnée par un « avertissement » ou par une menace d’exclusion. Une déviance millimétrique se traduit par un passage devant le conseil pédagogique pour « indolence ». Il faut assouplir les échines pour les préparer aux trépignements de Mouchard et aux contraintes de la précarité. Les UV (unités de valeur) sont accordées selon des appréciations subjectives et floues (« disponibilité », « écoute ») : un élève « opiniâtre et léger, un peu entêté, taciturne et rêveur » fut traduit en conseil de pédagogie. Verdict du directeur : « La deuxième année sera pour vous une période probatoire où on attend de vous que vous normalisiez votre comportement. » Pour la plupart, ce genre de réprimande est inutile.

« Est-ce que vous croyez qu’on peut interroger Monsieur d’Arvor sur son interview de Fidel Castro ? » Avant de s’autoriser pareille impertinence, Anne avait consulté le directeur. Il préconisa l’abstinence, tout en la laissant bien sûr libre de… Le lendemain, un encadrant, ex-rédac’chef du Monde (journal associé à TF1 lors de la dernière élection présidentielle), clarifia : « Évitez de le questionner sur son bidonnage à Cuba. C’est un peu convenu et ça risque de le blesser gratuitement. Chacun commet des erreurs dans sa vie. Inutile de remuer le couteau dans la plaie. » Chacun se le tint pour dit : après tout, TF1 est un employeur potentiel…. Un autre soir, après la venue du président du CSA d’alors, Laisse d’or de PLPL (n° 2-3, presque épuisé), le directeur félicita son troupeau : « Hervé Bourges vous a trouvé très bien, très sages. Il m’a même raconté, je vous fais une confidence, qu’il avait donné la leçon inaugurale, en début d’année, à l’ESJ de Lille. Vous savez qu’il est président de cette école… Et les étudiants lui avaient posé des questions, mais agressives, déplacées. Il a dû sermonner le directeur des études. Eh bien hier, il a pu comparer avec vous, et il vous a trouvé très très bien. »

Les journalistes-enseignants ne font eux-mêmes qu’obéir aux ordres. « La doctrine du CFJ, se défend le responsable, elle est établie là-haut. Elle dépend du CA et de la direction. Nous ne sommes pas le pouvoir décisionnaire. » Un Conseil d’administration où ne siègent ni étudiants, ni enseignants, ni syndicalistes. Seulement les mécènes bienfaiteurs du Centre, dirigeants de TF1, de France 2, de Canal+… Le responsable des « première année » a expliqué : « Ça fonctionne comme dans n’importe quelle entreprise. Si vous voulez influer sur l’école, donnez votre argent au CFJ et vous entrez au Conseil d’administration. »

Notes (il en manque...)

2. Dans le jargon journalistique, un « papier » désigne un article 3. Libération, 11 janvier 2002. 4. Mémoires pour un cinquantenaire 1946-1996 (p. 137-141), édité en 1996 par l’Association des anciens élèves du CFJ. 5. CFJ-Notre Journal, n° 50, février 2000 6. Les cliniciens sardons ont repéré ce symptôme dés 1997 chez Edwy Plenel, animateur d’une émission de téléachat littéraire sur la chaîne Bouygues-LCI. PLPL a immédiatement lancé une étude sur les risques de contagion du téléachat moustachu. Le principe de précaution devrait être appliqué sans délai et avec la même rigueur que lors de l’épisode de la vache folle. 14. Questionnaire administré en collaboration avec PLPL et rempli par les deux tiers des promotions 2002 et 2003. 15. Source : Alain Garrigou, Les Élites contre la République, La Découverte, 2001, p.148. Le Roi du téléachat a interdit que le QVM mentionne l’existence de ce livre : Ramina « enseigne » en effet à Sciences-Po dont la bibliothèque commande tous les ouvrages d’Edwy Plenel sitôt qu’ils sont humidifiés par les langues de BHL et de Thierry Ardisson.

source : PLPL n°12

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mercredi 4 avril 2018

Archive : Tariq Ramadan face à la renaissance de la Réaction

ramadanbrighelli.png Cliquer sur l'image pour voir l'archive

Dans cette séquence de 2010, Tariq Ramadan est confronté à Jean-Claude Brighelli, l'un des futurs porte-paroles de la Réaction issu de la gauche académique[1], et Jeannette Bougrab, alors secrétaire générale de l'UMP et présidente de la HALDE... Le débat porte, en présence de Raymond Barre, sur l'école.

Cette pièce archéologique est assez fascinante, car d'une certaine façon, on peut y voir quelque chose comme la gestation des néo-cons français (venus tant de droite que de gauche).

Ni Brighelli, ni Bougrab ne sont alors encore devenus totalement obsédés par l'Islam (respectivement par pure réaction et fonds de commerce)... Il faudra encore pour cela quelques années pour que et l'un et l'une, venus pourtant de droite et de gauche, se retrouvant ici seulement sur la "question scolaire"[2], se mettent à en faire des tonnes sur le sujet (chacun dans son style, respectivement roturier et courtisane, ce qui est très Balzacien !), bien fait pour liquider la question sociale et la lutte des classes[3].

Et on notera que Tariq Ramadan est bien le seul à essayer de tenir des positions de gauche (citoyenniste : négliger la lutte des classes est décidément un métier dangereux [4]) sur l'école et les inégalités sociales...

Le Concierge

Notes

[1] A qui une certaine Laurence de Cock fournit désormais un punching-ball idéal, il lui suffit en effet de dénoncer ses bêtises pour refiler, derrière, les siennes, selon le principe du moteur réactionnaire à deux-temps alimenté par une partie de la petite-bourgeoisie intellectuelle manipulatrice de biens de salut politiques.

[2] De ce point de vue-là l'éloge parallèle à Mme Bougrab de Luc Ferry et Manuel Valls est assez parlant...

[3] Comme la version "chique" de la "française musulmane" - qui ne l'est plus -des beaux quartiers (autre face de la même médaille qui comporte la version pas chique, arrivistes arrivées se distinguant d'arrivistes pas arrivées pour cause de décalage social - initial sauf pour les hobereaux - conséquent), stigmatisant les classes populaires et moyennes, à travers l'Islam, l'indique suffisamment caricaturalement - ce qui a pu inspirer le fumeux "Conseil des ex-musulmans de France" car tout est bon dans le cochon pour passer à la télévision en aspirant à la cooptation ! On y trouve d'ailleurs Nadia El-Fani toujours à l'affût d'une visibilité que son "oeuvre" a du mal à lui procurer hors victimisation par l'Islam" !

[4] Un dialogue a d'ailleurs eut lieu entre Ramadan et Brighelli en 2015 à l'initiative de la Revue des deux mondes où la question sociale a totalement disparu...

dimanche 18 mars 2018

« N'est pas Zola qui veut » : Tariq Ramadan et la critique des médias

« (...) C'est donc avec beaucoup de sérénité que je fais face aujourd'hui à ces accusations et à cette atmosphère qui est un peu irrationnelle et dont on a l'impression que tout y devient permis. J'aimerais dire aussi parce que je l'ai lu sur des réseaux sociaux ici et là que je ne pense pas en fait qu'il s'agisse d'un complot. C'est vrai qu'on avait entendu Jean-Claude Elfassi ou qu'on avait entendu Metmati ou même Gilles Kepel des mois auparavant, certains cherchaient des témoignages, d'autres proposaient de l'argent, Metmati proposait jusqu'à 3000 EUR pour des témoignages donc quelque chose était là, était dans l'air, on me visait, on m'avait dans le collimateur, mais ça je l'ai toujours su, ce n'était pas nouveau. Je pense en fait que c'est dans le climat de l'affaire Weinstein, une femme qui tout à coup livre un nom et puis ceux qui m'ont toujours eu dans leur viseur, ceux dont j'étais l'ennemi y ont vu une aubaine extraordinaire et s'y sont jetés tête baissée en pensant, voilà on va le finir. « On va le finir » ce sont des mots qu'on a lus sur twitter ce sont des mots qu'on a lus sur Facebook : « il faut le finir, Tariq Ramadan ». Et donc c'était une aubaine qui s'était présentée à eux. Ce qui est tout à fait étonnant, c'est que pas un journaliste en France, de Marianne à Mediapart, en passant par Le Monde ou par Le Nouvel Observateur, ne s'est arrêté en disant : « Mais qui est cette femme, il faut quand même qu'on vérifie qui elle est, d'où viennent ces accusations-là. Et ça c'est tout à fait sidérant, on l'aurait fait pour n'importe qui, on l'a fait pour d'autres affaires et d'autres personnes, là comme je suis le Diable, la parole qui m'accuse est forcément la parole de l'Ange. Une parole d’Évangile. C'est malheureux parce qu'on n'en arrive même pas à se rendre compte que sur trois dépositions, elle donne trois versions différentes, on ne sait rien de sa vie et si on avait le minimum d'investigations, on se rendrait compte que les témoignages, les récidives, la situation personnelle, sont tout à fait parlantes, je parle même de la première personne, quant à la deuxième le caractère totalement invraisemblable et illogique de ce qui est avancé de mes agissements n'est même pas mis en évidence. Parole d’Évangile encore. Et donc le minimum du travail de journaliste n'a pas été fait. Au contraire, on s'est dit, il faut qu'on charge d'avantage sur l'accusé qui est Tariq ramadan puisque c'est le Diable. Et on en a vus qui pensaient que j'étais à terre pour continuer à vouloir en rajouter. Dont Mediapart qui tout à coup ajoute une enquête vite fait pour pouvoir dire, ah non nous ne sommes pas les complices de l'homme. Vous savez en France, on a eu des personnes qui sont le symbole d'une certaine dignité intellectuelle. Zola avait pris la plume pour défendre l'honneur de la France et de la Justice. On ne s’improvise pas Zola, et n'est pas Zola qui veut. Certains vont prendre la plume pour sauver leur nom, leur personne, voire leur journal. C'est ainsi il faut prendre acte avec tristesse et en continuant sa route. Et ce que j'aimerais mettre en évidence de ce point de vue là c'est qu'on a voulu en même temps en chargeant, donner une image de ma personne qui était celle d'un fou, en fait. De quelqu'un de totalement déséquilibré. Et sur trente ans de ma vie, je ne l'aurais été que deux fois, et qu'en France, toute ma vie à l'extérieur, partout dans le monde anglophone, en Afrique, personne, pas de témoignage, donc je suis géographiquement fou, géographiquement déséquilibré, linguistiquement même puisque c'est en Français que les choses se passent. Tout à fait étonnant quand même que personne ne soit alerté par ça. Mais nous attendrons le temps de la Justice et le temps de la Vérité (...)

(Tariq Ramadan, vidéo enregistrée mi-novembre et mise en ligne le 14 mars 2018)

plenelramadan.PNG A l'exclusion de ce tweet pro-domo, CQFD , Mediapart n' a toujours pas rendu compte, à l'heure où nous écrivons, de ces propos circonstanciés de Tariq Ramadan, pas plus que des éléments apportés le 15/3 dans l'étrange lucarne par son avocat. En outre, doit-on rappeler à Marine-Rouletabille que Tariq Ramadan est embastillé et ne peut répondre ? (Le Concierge)

Dans une vidéo enregistrée en novembre et mise en ligne le 14 mars 2018, Tariq Ramadan se livre à une critique des médias circonstanciée, concernant la campagne de lynchage médiatique qu'il subissait depuis déjà un mois avec l'annonce puis le dépôt de deux plaintes pour viols à son encontre. Il s'en prend particulièrement à Médiapart et à Edwy Plenel, s'agissant d'une presse supposée « indépendante » et sérieuse, et non de celle de de marché détenue par les quelques milliardaires supporteurs de Macron.

La première remarque est qu'en effet, si on lit le témoignage publié dans les pages glacées de Vanity Fair, le 2 février dès l'annonce de la requête de détention provisoire de Paris (est-ce un hasard ?), entre deux publicités pour Gucci, avec un Tariq Ramadan se transformant en M. Hyde aux mâchoires grinçant « de gauche à droite », tel un barracuda croisé en Mer Rouge par Tintin, et à peu près aucun détail sur les faits rapportés en mode Nouveau Détective malgré six heures d'interview (et encore seulement pour la première séance) où l'héroïne fait défiler des preuves, dont on ne saura rien, sur son smartphone, on se demande comment un journal supposé sérieux comme Médiapart a pu accorder du crédit à un récit intégralement romancé dans le style BHL et impossible à recouper. De même nous nous sommes astreints, ne reculant devant aucun sacrifice, à la lecture du livre (si on peut dire) « autobiographique » (avec cahier photos central) de la première plaignante, paru quelque temps auparavant, qui n'est qu'une succession de clichés orientalistes et de stéréotypes racistes des plus kitschs (tant les « Arabes » que les « musulmans », Algériens ou Tunisiens, en prenant pour leur grade) dont le filage est particulièrement indigeste et abracadantesque. Les journalistes savent-ils encore faire la différence entre la réalité et la fiction et savent-ils lire, situer et contextualiser du texte a minima, faire la différence entre recherche de faits et critique de boulevard, ou bien ces emplois sont-ils définitivement pourvus par des « professionnels » ayant exclusivement tété « Nous Deux » et « SAS » ?

"Dignité" moustachue

Une bonne partie de la réponse est apportée par Edwy Plenel en personne, dans un passage aux Grandes Gueules le 13 mars 2018 sur RMC, qui confirme plus qu'implicitement les analyses de Tariq Ramadan. Ce télescopage est inattendu : puisqu'embastillé, Tariq Ramadan n'est pas supposé pouvoir répondre à Edwy Plenel, ce qui ne semble même pas traverser l'esprit du Tartuffe moustachu, qui se croit, plus que jamais autorisé à toutes les indécences.

« - Votre enquête sur Ramadan, elle était incomplète...

- Eh non ! Mais personne n'avait à cette date quand nous avons fait ces cinq volets de l'enquête sur Ramadan (avril 2016 NDE), personne, comme l'a très bien expliqué Matthieu Magnaudeix, enquête totalement impitoyable sur Tariq Ramadan, personne à cette date n'avait pu trouver et sortir les témoignages accablants qui aujourd'hui lui valent d'être poursuivi ».

« Enquête totalement impitoyable », sur laquelle Tariq Ramadan s'était exprimé longuement, considérant avec raison que Mediapart faisait « du Marianne ». Mediapart, pour des raisons mystérieuses, y brûlait celui qu'il avait réhabilité, au moins dans le champ de la presse écrite, quelques années plus tôt, démontant les arguments de ses détracteurs, pourtant repris ad nauseam dans cette « enquête » ("la plus longue jamais consacrée à Tariq Ramadan" proclamait Le Crieur de Mediapart !) n'ajoutant donc rien de plus aux attaques que Mediapart dénonçait encore la veille. Simple « retour à l'ordre » des « Chiens de garde ». On ne sait quel différend aura opposé Edwy Plenel à Tariq Ramadan pour qu'il lâche ainsi les « chiens », même si le soutien assidu à Hamon et Macron du premier un an plus tard s'opposait frontalement à l'appel à « l'abstention active » du second, caractérisant deux visions bien différentes, de deux pourtant « citoyennistes » notoires...

Plenel continue :

« j'ajoute que depuis nous nous sommes rattrapés, Marine Turchi, sur Mediapart, mène l'enquête comme sur d'autres délits sexuels dans le cadre de metoo et de balancetonporc »

Il s'agit de la nullissime « enquête » à charge de Marine Turchi, tout entière basée sur les témoignages des plaignantes rapportées par la presse, mais aussi sur ceux d'un cheptel de plaignantes putatives tenues sous le boisseau par un « pool d'une dizaine d'avocats » travaillant « bénévolement », depuis plus « d'un an », pour préparer une éventuelle action contre Tariq Ramadan, sans que cela semble un seul instant étrange à la journaliste (qui n'a pas eu l'idée de faire une « enquête » sur les impétrants qui lui balançaient des témoins à la demande, au détail ou en gros, tout étant bon dans le cochon...)

Mediapart shooté au "féminisme moustachu"

« ce midi sur Mediapart, vous savez cela fait 5 mois qu'est sorti le hashtag balancetonporc, nous sommes les premiers ce midi à faire le bilan combien ça a provoqué de plaintes, une trentaine en France entière, quelles ont été les suites de ces plaintes, quels sont les milieux concernés, sachant que tous les univers sont concernés, et qu'au niveau de ce point de vue, comment dire au niveau de l'intimité privée de certaines personnes qui abusent de leur pouvoir masculin, l'origine ne protège de rien. »

Cette profession de foi de « féminisme moustachu » est certes touchante, mais il est probable malheureusement pour Plenel, spécialiste du faux-scoop (basé sur des faxs moustachus comme s'en moquait PLPL) que les « informations » pêchées sur balancetonporc, Marianne et Vanity Fair, et non recoupées ni recoupables, puissent manquer de fiabilité par rapport, par exemple, aux infos que François Hollande lui avait balancées (comme Plenel l'a rapporté des années après) sur les Irlandais de Vincennes, quand il était tout jeune énarque au cabinet de François Mitterrand projeté là avec Ségolène par Jacques Attali... Mais c'est une partie de la clé, croquignolesque, de l'énigme : si l'ensemble de la rédaction de Mediapart a fumé la même moquette que le très neuneu Antoine Perrot tentant de se ménager une place au paradis qui sera issu de la « Révolution mondiale des femmes » (qui vient), en choisissant de « croire la parole des femmes », prenant fait et cause pour toute femme sans complément d' « enquête », c'est en fait tous les jours « parole d’Évangile » et l'apparition de la Sainte Vierge (qu'on espère pour eux moustachue) ! Mais quelle peut bien être cette secte étrange ? Et, il faut bien le dire, un brin misogyne, puisqu'on n'y saurait prêter à DES femmes les défauts, passions et soif de pouvoir de DES hommes, l'histoire n'étant qu'un gigantesque complot des hommes (qui viennent de Mars) contre les femmes (qui viennent de Saturne)... Sirius[1] se retourne dans sa tombe...

En un mot, Edwy Plenel, à l'instar d'une bonne partie de la petite-bourgeoisie intellectuelle (parisienne), est totalement shooté au numérique dont il proclame à qui veut l'entendre que c'est « une révolution démocratique », comme il l'a fait en recevant Macron l'avant-veille de son sacre, le célèbre auteur de... « Révolution ». Qui n'a pas totalement tort, car n'en déplaise aux Fidèles du culte de la « Révolution », la révolution est d'abord, et avant tout, l’avènement politique d'une classe portée par une économie. Ici les start-ups, les unes économiques, les autres idéologiques, au sujet desquellesTthomas Frank nous alerta, il y a déjà bien des temps... Elle peut s'accompagner de dimensions progressistes et/ou profondément régressives, ce qui est le cas lorsqu'il s'agit comme aujourd'hui d'une « révolution conservatrice » qui se pare des atours du « progrès » et non de la tradition comme la dernière (nazie), pas seulement technique mais aussi « sociétal », comme Bourdieu l'avait très tôt caractérisée. Le Président de la Table Ronde des Industriels Européens avait d'ailleurs vendu il y a un an la mèche lors d'une audition au Sénat : « Le numérique, c'est la mondialisation, mais il ne faut pas le dire, car si les gens comprennent, nous risquons d'avoir des révoltes comme nous avons eu contre la mondialisation » (cette archive audiovisuelle a été retirée du site du Sénat et cette phrase ne figure pas dans le compte-rendu écrit...).

Révisionnisme moustachu

Il poursuivit, non sur l'Affaire Ramadan (et la présomption d'innocence qu'il venait de fouler aux pieds tout en se revendiquant de « Déclaration des Droits de l'Homme » et de la « Constitution ») mais sur les accusations qu'il avait dû subir dans le cadre de cette affaire (car la victime, c'est lui!) : « Tout cela est une cabale qui n'avait pas de fondement, pour essayer de nous discréditer. » Raison qui l'aura poussé à « (se) rattraper » en jetant de l'essence sur le bûcher dressé par Vanity Fair et les ennemis de Tariq Ramadan « pour sauver (son) nom, (sa) personne, voire (son) journal ». Honte à jamais ! Honte à jamais !

On atteint ensuite le sommet de la duplicité (celle-là bien documentée) et du révisionnisme :

« Tout l'équipe était blessée, toute l'équipe était choquée dans sa diversité parce que tout cela était un faux procès. Alors pourquoi ce faux procès ? J'ai déjà vécu ça, quand j'étais au Monde, 25 ans au journal Le Monde, et qu'on a voulu provoquer la crise qui va faire perdre son indépendance au Monde, peu de gens s'en souviennent, mais à l'époque il fallait que devant les plateaux, la question n'était pas Ramadan, c'était la CIA, vous êtes membre de la CIA, Edwy Plenel (...) La cabale c'était un bouquin qui disait « Plenel est agent de la CIA », vous voyez ce monde de fous... »

Plenel fait ici allusion au livre de Pierre Péan « La face cachée du Monde » qui démontrait, confirmant et souvent reprenant le travail de PLPL, que loin d'avoir tenté de préserver l'indépendance du Monde de Beuve-Méry face aux puissances de l'argent, il leur avait au contraire livré le Quotidien né de la Libération sous l'influence de son gourou de l'époque, Alain Minc, quitte à finir par être débarqué par les actionnaires qu'il avait lui même fait rentrer (la même chose est arrivée à Serge July, et les deux se présentent sans aucune pudeur comme des martyres du capitalisme – Aude Lancelin a retenu la leçon à son échelle semble-t-il - alors qu'ils ont été les agents zélés du triomphe du pouvoir de l'argent dans la Presse qui, à partir de là a acquis les moyens de propagande reposant sur le capital symbolique générateur de croyance accumulé par des travailleurs de l'information intègres, lui permettant de détruire un à un tous les acquis du programme du CNR, et nous en vivons sans doute la victoire ultime sous la présidence Macron, à l’avènement duquel Edwy Plenel a prostitué son journal, il y a de cela presque un an.)

On voit d'ailleurs dans la suite de ce fascinant entretien aux « Grandes gueules », face à des animateurs, tout de même !, de RMC-BFM, jusqu'où peut aller la complaisance d'Edwy Plenel face au capital auquel il n'a que la vertu de Tartuffe à opposer :

« Nous on fait cela au service d'un idéal que vous partagez, vous qui travaillez ici dans cette radio dans cette chaîne de télévision . On a tous les mêmes valeurs quand on a tous la même carte de presse. On a même les mêmes chartes déontologiques (...) Nous disons aussi aux confrères et aux consœurs qu'il faut se battre pour l'indépendance. Que la détention du capital n'est pas toujours neutre. Qu'elle a des conséquences parfois. Non pas une conséquence qui vous interdirait d'être libres, mais qui parfois fait qu'on vous dit « ne touchez pas à mes intérêts, ne touchez pas à ce qui me concerne » (...) Moi je suis fidèle à de vieilles valeurs, qui sont celles du fondateur du Monde, qui parlait de la presse d'industrie, celles d'Hubert Beuve-Méry ».

Et de se mettre sous l'égide de François Ruffin... Mais, c'était trop pour le transcripteur, tenté de relire séance tenante la Sourate de la vache !

11. Et quand on leur dit: «Ne semez pas la corruption sur la terre», ils disent: «Au contraire nous ne sommes que des réformateurs!»

12. Certes, ce sont eux les véritables corrupteurs, mais ils ne s’en rendent pas compte.

13. Et quand on leur dit: «Croyez comme les gens ont cru», ils disent: «Croirons-nous comme ont cru les faibles d’esprit?» Certes, ce sont eux les véritables faibles d’esprit, mais ils ne le savent pas.

14. Quand ils rencontrent ceux qui ont cru, ils disent: «Nous croyons»; mais quand ils se trouvent seuls avec leurs diables, ils disent: «Nous sommes avec vous; en effet nous ne faisions que nous moquer (d’eux)».

Où sont les critiques des médias ?

Il y a de cela 20 ans, sous l'impulsion et avec la caution de Pierre Bourdieu, naissait une critique radicale des médias qui n'hésitait pas à proclamer « un journal qui meurt, c'est un peu de liberté retrouvée ». Critique de combat, face à la prise de contrôle de la presse encore indépendante par les puissances de l'argent, mais aussi face à « l'emprise du journalisme » colonisant tous les univers où une pensée critique pouvait encore s'élaborer (champs scientifique, artistique, littéraire... Et pourquoi pas religieux ?)

On ne peut que s'étonner qu'ACRIMED notamment, descendant en ligne directe et continue de cette époque, n'ait toujours pas écrit une ligne sur l'Affaire Tariq Ramadan, et sur le lynchage digne d'Outreau que l'intéressé subit, ne pouvant répliquer car victime d'une véritable lettre de cachet (dont il y a véritablement lieu de se demander de quel niveau institutionnel elle émane in fine.)

On notera qu'ACRIMED ne s'est non plus jamais trop intéressé, c'est le moins qu'on puisse dire, à Mediapart. Ce journal « 100% numérique » (sic, cette proposition n'a évidemment aucun sens logique) qui fête ses 10 ans, doit une partie de son succès d'avoir puisé dans un capital critique accumulé par d'autres, recyclant très précisément tout le travail effectué entre 1995 et 2008, capital d'auteurs et d'analyses qui ont la caractéristique d'être de ceux qui n'avaient exceptionnellement droit de mention dans Le Monde d'Edwy Plenel que pour être éreintés. Ce que l'encore vaillant à l'époque (c'est à dire non Nouvel Obstisé-Mariannisé) Frédéric Lordon avait magistralement rappelé dans un article intitulé « Corruptions passées, corruptions présentes ».

On peut dire que ce travail critique, qui n'a jamais rien rapporté ni à ses producteurs, ni à ses diffuseurs, tous plus ou moins héroïques, ainsi recyclé, a permis au « Roi du Télé-achat » de se refaire une virginité et un lectorat de gauche, qui n'a d'ailleurs pas hésité à financer cette œuvre de presse qu'il pensait de salut public. C'est à l'occasion de la dernière campagne présidentielle que l'on a entendu les hurlements de douleur de ce primo-lectorat, lorsque le véritable Edwy Plenel jeta le masque en engageant une campagne de désinformation digne de la Pravda visant à éliminer Mélenchon par la promotion d'Hamon et à faire voter Macron en agitant un kitchissime « speeeeeeeectre des annééééééeees treeeente » en affirmant, Une après Une, que Marine Le Pen était aux portes du pouvoir. Depuis la censure impitoyable des abonnés, et les désabonnements consécutifs, n'ont plus cessé. « Grand remplacement » d'un lectorat militant de gauche de base par un lectorat de CSP++, solvable, et surtout électoralement vendable ?

Car si « speeeeeeeectre des annééééééeees treeeente » il y a, c'est bien celui d'une presse totalement vendue aux puissances de l'argent, celle-là même qui a fait l'élection de Macron et, est-ce un hasard ?, la curée contre Tariq Ramadan. Deux opérations auxquelles le très « indépendant » Mediapart (il n'a en effet pas l'excuse d'être « possédé » par autre chose que l'irrationnel bigot moustachu) a « librement » (et la responsabilité est d'autant plus grande si les mots ont un sens) « participé ». Une curée contre Ramadan qui, ne nous y trompons pas, n'est rien d'autre que 'avènement final du « racisme acceptable », légitimé par la presse unanime, incluant Mediapart, et à laquelle il faut rajouter tous ceux dont le silence est assourdissant, de Là-Bas-Si-J'y-Suis à Le Media (dont l'une des figures influentes est quand même ancienne rédactrice en chef de Marianne, est-ce un hasard ? La question mérite d'être posée.)

Ce qui nous ramène à la critique des médias et à ACRIMED. L'auteur de ces lignes a personnellement attiré l'attention, et à suffisantes reprises, d'un membre de cette association sur l'Affaire Ramadan. Certes, sans doute peu décisionnaire, mais disposant au moins d'un pouvoir de rédacteur. Ces efforts ont été suffisamment renouvelés pour acquérir la conviction que ce cas, pourtant « carabiné » du point de vue de la critique des médias, ne susciterait pas le moindre intérêt.

Un autre membre d'ACRIMED, Julien Salingue, publie ces jours-ci sur son blog un billet on ne peut plus « Plenelo-compatible » puisqu'il s'agit de défendre les médias et le journalisme et de stigmatiser comme populiste (et donc crypto-fasciste) toute attaque contre ce que le journal PLPL avait ironiquement appelé le PPA (Parti de la Presse et de l'Argent) s'attirant le même type de sous-entendus de la part de toute la corporation, moustachue ou non, au même titre et avec la même violence d'ailleurs, à l'époque, que Bourdieu.

D'une certaine façon, la boucle est bouclée. Il y a 20 ans, si tout un travail critique bénéficiait certes du développement d'internet, ce moyen de diffusion restait confidentiel. Aujourd'hui où les médias « indépendants » bénéficient d'une diffusion numérique potentiellement mainstream, les frontières entre le in et le off s'estompent. Et on voit d'ailleurs depuis quelques années des proto-médiacrates passant de l'un à l'autre, et pour les plus opportunistes se faisant voir dans le off pour être ensuite recrutés dans le in, moyennant prébendes sonnantes et trébuchantes, des médias comme Mediapart jouant le rôle de sas entre les deux.

usulhocquenghem.PNG "Usul" (sic) jetant aux pieds d'Edwy Plenel la Lettre ouverte de Guy Hocquenghem, dans l'édition post-facée par l'Organe Suprême (OS) des éditions Agone, peu de temps après avoir liquidé tous ses collaborateurs, l'accumulation primitive du capital, sous forme de catalogue, étant terminée (Le Concierge, qui s'est chargé de la première réédition de ce livre aux éditions Agone...)

Pire : le capital accumulé de critique des médias est de plus en plus mis au service de la légitimation de ce qu'il critiquait. L'exemple d'Henri Maler est emblématique, faisant la promotion éhontée d'Aude Lancelin, salariée et de son propre aveu, heureuse, du Nouvel Obs pendant les 10 ans où ACRIMED dénonçait les turpitudes néolibérales de ce magazine, faisant ainsi accroire que l'involution de ce journal daterait de l'élection de François Hollande et transformant une ancienne cheville ouvrière de la légitimation culturelle des pires régressions sociales en... résistante !

On a aussi vu Pierre Carles passant « le relais » (le meurtre du "père" n'attendit même pas le lendemain !) au triste pitre satellisé par Mediapart, Usul.

Autrement-dit : les critiques des anciens pitres légitiment les nouveaux pitres.

On vieillit... Enfin pas les moines mendiants, un avantage qui a aussi ses inconvénients !

On a aussi entendu un fondateur de PLPL suggérer que la critique des médias était devenue en frande partie appropriée par l'extrême-droite ». A qui la faute, quand ses chevilles ouvrières l'ont abandonnée ? Constat ne vaut pas analyse...

On est ainsi sidéré que la seule défense de Tariq Ramadan, sur des arguments strictement juridiques ait dû se réfugier sur un blog de... Causeur dont l'auteur, peu suspect de sympathie pour Tariq Ramadan, et à la différence de Plenel ne se dégonfla pas sous le flot d'insultes que cette analyse suscita.... Et que la dénonciation rigoureuse de son lynchage médiatique soit parue sur... AgoraVox.

C'est l'indice qu'il y a vraiment quelque chose de pourri à gauche. Le refus de la Raison, le mépris des Libertés publiques. Et depuis, notamment, les anti-dreyfusards de gauche (qui loin d'être antisémites se foutaient juste du sort de Dreyfus qui n'était pas du bon côté de la lutte des classes), cela n'est guère nouveau.

Sans oublier le déluge de racisme dans cette affaire qui semble invisible aux anti-racistes, et pour cause, ayant transformé ce dernier en simple signe de distinction sociale, et incapable de le reconnaître, pour le plus grand bien des racistes intelligents qui savent qu'ils n'ont plus que des vendeurs de soupe et de Tee-Shirts en face...

De quoi l'Affaire Ramadan est-elle le nom ?

La nullité du Club Dorothée anti-Ramadan mené par Caroline Fourest, source d'espoir malgré l'épouvantable machine judiciaire activée par un Procureur anti-terroriste sans doute soutenu par les plus hautes autorités de l’État, finira on l'espère par aboutir à la chute de toute une série de dominos. Et nul doute qu'à ce moment, on verra la gauche identitaire de marché se réveiller prenant subitement confiance dans le côté bankable de « la cause », résistants de la dernière heure. Y compris Plenel, nous n'en serions nullement étonné.

Mais ce jour-là, malgré la satisfaction d'une issue heureuse qui est loin d'être acquise, il ne faudra pas laisser les résistants de la dernière heure faire des selfies sur la dernière barricade. Il faudra les « dégager ».

Que plus jamais on ne puisse entendre : « La démocratie ce n'est pas le droit de vote. Si je ne sais pas, si je suis pris par l'idéologie, si je suis pris par le mensonge d’État, si je suis pris par la propagande, je peux voter et être aveugle. Et du coup voter pour mon pire ennemi. Pour mon pire malheur. Quand un Régime commence à devenir autoritaire, à qui s'en prend-t-il ? D'abord à la liberté des intellectuels, à la liberté de pensée, aux universitaires et à la presse »

Venant de la part d'Edwy Plenel, l'homme qui a fait voter Macron en agitant des peurs irrationnelles, propos tenus dans la même émission où il a légitimé, au moins par défaut, l'embastillement d'un intellectuel, condamné par lui et ses pairs de la presse, ce « double-discours » donne tout simplement la nausée.

Et ses créatures et ses homologues, les « faux impertinents » moqués jadis par PLPL, sont déjà si nombreux...

C'est aussi de tout cela dont l'Affaire Tariq Ramadan est le nom...

Le Concierge

Notes

[1] Nom duquel le fondateur du Monde, Hubert beuve-Méry signait ses – rares – éditoriaux

lundi 26 février 2018

Mise en perspective du mouvement altermondialiste et de la lutte contre le remboursement des dettes illégitimes

Éric Toussaint, porte-parole du CADTM, retrace l’histoire des mobilisations sociales depuis 2000, avec la naissance et la progression du Forum Social Mondial, dont il analyse le déclin. L’émergence spontanée du printemps arabe, des mouvements des indignés et d’Occupy Wall Street en 2011 n’a malheureusement pas débouché depuis sur une nouvelle coordination internationale capable de relayer des mobilisations à l’échelle internationale. Après la capitulation de Tsipras en Grèce, il importe de tirer les leçons de la tragédie de 2015. La remise en cause de l’emprise néolibérale et de l’endettement public et privé est une condition nécessaire pour mobiliser les peuples. C’est en revendiquant la désobéissance avec les institutions européennes et la zone euro, et en argumentant par un audit la suspension de paiement et la répudiation unilatérale des dettes illégitimes, que les futurs gouvernements de gauche trouveront l’appui des mouvements sociaux et de la population qui leur permettra de mener une politique souveraine.

A lire et voir sur le site du CADTM

lundi 9 janvier 2017

"La sociologie électorale de Podemos est limpide"

Pourtant, Podemos inspire, notamment en France. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon semble se revendiquer à son tour et à la suite d'Iglesias de la philosophe Chantal Mouffe. Il est devenu « Youtubeur », comme Pablo Iglesias animait La Tuerka, une web télé…

Je peux comprendre ce qui a séduit dans le mouvement. Après tout, il semblait vouloir court-circuiter les institutions établies pour s’adresser directement au peuple – ce qui ressemble être du populisme dans le bon sens du terme, soit une politique venue du peuple et faite véritablement pour lui. Mais pour ce faire, il faut encore savoir à quel « peuple » l’on s’adresse. Or, Podemos a un électorat bien précis, à la fois socialement et géographiquement et, pour des raisons politiques et idéologiques, il a choisi de ne courtiser que cet électorat et de ne prendre de décisions que pour lui. La plupart des études réalisées, notamment par le CIS (Centre des Recherches sociologiques), montrent clairement que ce ne sont pas les plus démunis qui votent pour Podemos (ou pour Unidos Podemos, la coalition qu’il forme avec la Gauche unie, sorte de Front de Gauche à l’espagnole). Les citoyens dont les revenus dépassent les 4 500 euros mensuels votent en moyenne à 31 % pour la formation de Pablo Iglesias (et à 11,5 % pour le PP), tandis que le soutien envers Podemos tombe en-dessous des 15 % chez les personnes touchant entre 600 et 900 euros par mois (c’est-à-dire autour du salaire minimal, qui s’élève à 764,40 euros par mois en 2016), contre 21 % pour le PP. La sociologie électorale de Podemos est limpide, puisqu’elle repose pour l’essentiel sur les jeunes urbains (entre 18 et 35 ans) les mieux formés, souvent plus aisés, ayant suivi des études universitaires, ayant voyagé et n’étant pas réellement attachés à leur pays – pas plus qu’à la notion de nation en général.

Par ailleurs, au niveau géographique, Podemos et ses alliés font le plein dans l’Espagne périphérique – c’est-à-dire la Catalogne, le Pays basque, la Navarre, la Communauté de Valence et, dans une moindre mesure, les Baléares et la Galice. Par « Espagne périphérique », il ne faut surtout pas comprendre « Espagne défavorisée » puisqu’il s’agit, à l’exception de la Galice (et en partie de la Navarre), d’une Espagne plutôt riche et urbaine surtout désireuse de renforcer les privilèges déjà arrachés à l’État central. En réalité, Podemos est surtout le parti de ceux qui se reconnaissent dans une gauche « radicale » et pensent que Pablo Iglesias pourra les mener efficacement à l’indépendance de facto ou de jure de leur communauté autonome. Les dirigeants de Podemos n’ont d’ailleurs jamais caché leur soutien aux régionalistes et aux séparatistes de tout poil.

Si l’on se penche sur une carte des derniers résultats électoraux en Espagne, le bilan est facile à tirer : en dehors du cœur de l’agglomération madrilène (zone riche, dynamique et urbaine), qui leur est plutôt favorable, les podemitas ne séduisent guère dans le centre de l’Espagne. De la même façon, ils sont à la traîne dans les régions périphériques plus défavorisées (Région de Murcie, Andalousie, Canaries, Asturies). C’est pourtant dans ces zones que se trouvent les plus pauvres des Espagnols, ceux qui bénéficient le moins des avantages matériels offerts par la mondialisation – je pense notamment aux zones rurales de Castille-et-León, de Castille-La Manche, d’Aragon et d’Estrémadure. Ces régions sont centrales géographiquement mais périphériques économiquement et politiquement – et elles n’intéressent pas Podemos, puisqu’elles tournent le dos à cette formation (même si l’on note des exceptions locales, comme l’agglomération de Cadix, en Andalousie).

Faut-il renoncer à espérer que Podemos prône un jour la sortie de l’Union européenne pour l’Espagne comme le font de nombreux mouvements populistes dans d’autres pays de l’UE ?

Honnêtement, je n'y crois guère. Et si un tel bouleversement a lieu, ce sera avec d’autres dirigeants et des bases idéologiques radicalement différentes. En dehors de Juan Carlos Monedero, né en 1963 (mais qui ne fait plus partie du bureau politique de la formation), les principales figures de proue de Podemos sont nées dans les années 70 ou 80, ont grandi avec l’Union européenne, l’ouverture des frontières, la libre circulation des personnes, la dilution progressive des États-nations traditionnels, etc. Quand bien même ils pourraient en critiquer les orientations libérales, les responsables de ce parti ont un profond attachement à l’idée même d’Union européenne et ils l’ont toujours rappelé avec véhémence.

Bien entendu, ceux qui ont présenté Podemos comme un dangereux parti bolchevique prêt à faire la révolution prolétarienne à tout instant (c’est-à-dire tous les adversaires de droite du parti) ont aussi affirmé pendant des mois que l’élection de Pablo Iglesias à la tête du gouvernement espagnol supposerait une rapide sortie de l’Espagne de l’Union européenne. On l’a entendu aussi bien dans la bouche d’hommes politiques espagnols (comme Mariano Rajoy) que dans celle de journalistes de nombreux pays. Cela me semble ridicule : Iglesias et ses partisans n’ont eu de cesse que de rappeler qu’ils n’étaient pas opposés à l’idée même d’UE. Ils réclament cependant une autre Europe, une « Europe sociale », une « Europe des travailleurs », etc., de vieilles lunes dont on sait ce qu’il faut penser. L’Union européenne est comme elle est (libérale, antidémocratique, etc.) non pas par un accident de l’histoire, par la volonté néfaste des dirigeants des vingt dernières années ou par une fâcheuse déviation de ses objectifs initiaux : elle a été conçue pour devenir ce qu’elle est devenue. Et je ne suis pas sûr que les responsables et une bonne partie des électeurs de Podemos finissent par le comprendre. Ils ont un profond blocage psychologique et idéologique à ce sujet.

Extrait de l'entretien avec Nicolas Klein conduit par Alexandre Caral et publié sous le titre "Espagne : « ceux qui croient que Podemos remettra en cause l'Union européenne se trompent », entretien avec Nicolas Klein" paru sur le blog l'Arène nue.

Lire aussi : Qu’on se le dise : les classes sociales n’existent pas

et

Un rassemblement de classes moyennes?

vendredi 4 novembre 2016

Vérité des luttes à Paris, erreurs au-delà ?

ET SI SURTOUT la perte de la culture n’était pas achetée au prix de vies humaines ! La moindre d’entre elles, ne serait-ce même qu’une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L’industrie intellectuelle bourgeoise se berce d’ivresse jusque dans l’effondrement lorsqu’elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu’au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d’existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l’entraide, à côté d’une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l’existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l’esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l’horizon de notre journalisme culturel.

Karl Kraus, Troisième Nuit de Walpurgis

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Lettre ouverte à Henri Maler d'Acrimed

Cher Henri Maler,

Nous ne nous sommes croisés qu’une fois je crois. C’était lors d’une des premières réunions d’Acrimed à laquelle j’avais accompagné Pierre Rimbert et Patrick Champagne.

Je vous écris aujourd’hui au sujet de la recension que vous avez consacrée au livre qui défraie la chronique (parisienne) : « Le monde libre »

Je trouve en effet assez croquignolesque que vous validiez la thèse que tous les médias colportent en contre-bande en s’appuyant sur cet essai, selon laquelle l’involution du Nouvel Observateur, aujourd’hui l’Obs, daterait de ces dernières années. Vous la comparez à celle subie par Libération, que vous situez sous la direction de Laurent Joffrin.

À Acrimed, vous êtes pourtant bien placé pour savoir, l’ayant, comme d’autres et souvent les mêmes, longuement documenté en son temps, que la messe est dite depuis bien longtemps au sujet de Libération et du Nouvel Observateur, accompagnateurs idéologiques zélés de la conversion de la « gauche de gouvernement » au néolibéralisme. Depuis bien longtemps, c’est à dire à peu près au moment où l’auteure du livre entrait au Nouvel Observateur.

À cette époque, je crois aussi me souvenir de l’analyse selon laquelle le surinvestissement dans la « culture » et le façadisme radical-chic étaient bien faits, dans ces journaux, pour accomplir cette mission historique. L’auteure semble pourtant déplorer que « l’équilibre » entre sociale-démocratie néolibéralisée et « radicalité » (les « deux gauches » paraît-il), établi selon elle par Jean Daniel (sans trop s’intéresser à sa fonction idéologique de blanchiment du néo-conservatisme), soit désormais rompu. Et semble affirmer qu’elle a connu un journal « de gauche ». Du point de vue d’Acrimed, cela devrait quand même apparaître un tantinet révisionniste... Ce serait comme dire que le PS a commencé sa mutation au moment où il l’achevait... Et que donc il faudrait revenir à 2012 et non à 1995 ou 1983... Sans compter que l’analyse de Pinto sur le "journalisme philosophique" concluait de façon très précoce aux effets structurellement néfastes de la fusion du journalisme et de l’EHESS, exactement ce que l’auteure présente avec nostalgie comme ce qui a fait la grandeur de son ex-journal...

En fait, je me demande si vous ne jetez pas aux pieds de ce livre tout le capital accumulé de critique des médias, dans un objectif politique à courte vue : en finir avec le PS. Or ce PS-là est mort, et d’ailleurs les rats quittent le navire. Comme le champ politique a horreur du vide, la vraie question est : sous quelle forme va-t-il ressusciter, et quels griots demi-savant nous empêcheront de le reconnaître ? Vous nous aideriez grandement si vous rappeliez « de quoi le Nouvel Oservateur fut le nom », donc ce principe de porte-tournante entre l’Université et le Journalisme, que l’émoi et moi et moi actuel contribue à dissimuler, avec votre renfort. Cela éviterait que ceux qui faisaient le serment, il y a quelques mois, de « ne plus jamais voter PS », ne votent pour son futur équivalent structurel sans s’en apercevoir, lui permettant de parachever son œuvre (comme en Grèce). Ou puissent faire semblant de ne pas s’en apercevoir.

La suite sur le site : De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

vendredi 12 août 2016

Il y a dix ans: La Directive Bolkenstein

A l'heure où la "remise à plat" de la Directive sur les travailleurs détachés est sérieusement compromise (voir ci-dessous) dans une UE par construction non-réformable, le Musée de l'Europe exhume un montage comique réalisé en 2005 rappelant le niveau des débats dans les grands médias lors de la discussion d'une Directive dont les effets dévastateurs pour le monde du travail ont porté tous leurs fruits...

A écouter ici

Par : EurActiv France avec l'AFP

12 mai 2016

DLes pays de l'Est de l'Europe se sont allier contre le projet de réforme de Bruxelles, soutenu par les pays de l'Ouest.

Onze pays de l’UE, dont dix d’Europe de l’Est, font front commun contre un projet de la Commission européenne destiné à mieux lutter contre le dumping social des travailleurs détachés.

« La Commission a reçu des avis motivés de 11 Parlements nationaux. Ces avis représentent 22 sur 56 voix, c’est-à-dire que c’est le seuil du carton jaune, qui est fixé à 19 » a indiqué Christian Wigand, un des porte-parole de l’exécutif européen, questionné lors d’un point presse sur la résistance au projet sur les travailleurs détachés présenté le 8 mars par Bruxelles.

« Carton jaune »

Dans le jargon bruxellois, un « carton jaune » est le nom donné à une procédure instituée par le Traité de Lisbonne (entré en vigueur en 2009), permettant de contester une directive – un projet législatif européen – au motif que le sujet devrait être traité au niveau national et non européen.

C’est seulement la troisième fois depuis 2009 que le « carton jaune » est utilisé. Hormis le Danemark, tous les pays qui résistent au projet de la Commission sont d’anciens pays du bloc communiste: Bulgarie, Hongrie, Croatie, République tchèque, Pologne, Estonie, Roumanie, Lituanie, Lettonie, Slovaquie, ont précisé à l’AFP des eurodéputés.

Avis motivés

« La Commission va évaluer les avis motivés reçus dans le détail, les commentaires sont différents. Tout sera discuté de façon collégiale pour décider de la marche à suivre », a dit M. Wigand, qui n’a pas donné de date-butoir pour la fin de l’analyse.

Cette évaluation devrait en tous les cas retarder le processus législatif de ce projet, largement soutenu par la France, l’Allemagne et la Belgique notamment et destiné à mieux lutter contre le dumping social.

« En l’état, la situation actuelle concernant les travailleurs détachés n’est tenable pour personne: ni pour les entreprises, ni pour les travailleurs, ni pour l’Union européenne », a réagi l’eurodéputée française conservatrice Élisabeth Morin-Chartier.

En France, en Allemagne et en Belgique, de nombreuses voix avaient dénoncé cette main d’œuvre, venue surtout de l’est travailler pour des salaires dérisoires dans des exploitations agricoles, abattoirs ou chantiers en Europe occidentale.

Les principaux pays d’accueil des travailleurs détachés sont l’Allemagne (un peu plus de 400.000 en 2014), suivie de la France (un peu moins de 200.000) et la Belgique (environ 160.000). Les principaux pays d’origine sont la Pologne (428.000 personnes en 2014, en augmentation de 61 % par rapport à 2010), l’Allemagne (255.000, en hausse de 13 %) et la France (125.000, en baisse de 24 %).

mercredi 15 juin 2016

Il y a huit ans : "G8, Le Japon à l’avant-garde de la gouvernance mondiale"

"Je demande à la CGT de ne plus organiser ce type de manifestation sur Paris."

Manuel Valls, France Inter, 15/06/2016

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Une manifestation typique au Japon

Une délégation de No Vox France s’est rendue au Japon en juin et juillet 2008 à l’invitation de No Vox Japon et dans le cadre de la mobilisation contre le G8. La délégation a pris part à des manifestations contre le G8 à Tokyo, Osaka et Sapporo.

Le réseau No Vox dénonce l’absence de liberté de manifester au Japon. Les autorités japonaises tolèrent tout au plus des cortèges d’une largeur de trois mètres (le couloir normalement dévolu aux bus), empêchant le déploiement de nos banderoles. Les cortèges sont séparés des voies restant ouvertes à la circulation par une colonne de policiers et les défilés importants sont fractionnés en sous-groupes par des cordons de gardes mobiles.

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vendredi 12 juin 2015

Former des enfants entreprenants contre la mauvaise influence parentale

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L'archéologue préventif Patrick Taliercio se penche aujourd'hui sur un article du journal Le Soir intitulé "Faut-il incorporer l'entrepreunariat à l'école, playdoyer pour éducation entrepreunariale dès le primaire".

A visualiser ici

Retrouvez la section Enfants du Musée de l'Europe ici

lundi 20 avril 2015

L'espoir est toujours grec

Jeudi 9 avril, plus de 180 personnes se sont déplacées à Alès, dans le sud de la France, pour écouter Éric Toussaint, tout juste de retour d’Athènes, nous parler de la première réunion de travail de la Commission d’audit de la dette grecque.

Eric Toussaint revient sur la mission de la Commission avant de donner de précieux aperçus sur le contexte politique à Athènes qui laissent entrevoir une stratégie du gouvernement grec dans laquelle s'inscrit cette commission. Tout cela vient modérer l'offensive médiatique, y compris libertaire, martelant qu'il n'y a qu'une seule politique, c'est à dire pas de politique, possible et qu'un gouvernement est forcément un gouvernement qui capitule. Face à la collection de morts-vivants cyniques qui composent l'euro-groupe, l'espoir d'une Libération est plus que jamais grec.

Si l'histoire devait faire son grand retour dans les mois qui viennent, peut-on espérer que la mobilisation contre nos gouvernants et nos médias sera à la hauteur pour éviter un Münich athénien ? Après des années d'attentisme routinier des organisations qui prétendent à la "solidarité internationale", ce sont des choses qui doivent se préparer dès aujourd'hui. Une défaite en Grèce aurait des conséquences dramatiques.

A écouter ici

mardi 16 décembre 2014

Des canaris dans la mine

Voici quelques canaris aux cris stridents. Des canaris de Belgique et de Grèce qui sifflent l'alerte depuis le fond de la mine et s'agitent pour nous prévenir : c'est un terrible coup de grisou qui s'annonce sur nos droits, notre santé, nos vies, l'avenir de nos enfants. Un coup de grisou sur les peuples et la démocratie, et des coups de bâton pour ceux qui osent résister. Regardez ce reportage, prêtez l'oreille aux canaris : vous comprendrez qu'il est temps de sortir de la mine. Et vite.

Réalisation : Yannick Bovy - Octobre 2013 - 26 mn. Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG

En ligne

La Commission Européenne organise sciemment l'exploitation des travailleurs

Aujourd'hui, les esclaves sont «détachés». Traduction: ils peuvent se déplacer avec leurs chaînes. Ils sont Portugais, Polonais, Roumains, Espagnols, Slovènes, Bulgares... et viennent en Belgique se faire exploiter à meilleur prix que chez eux. «Dumping Cosmos» met en lumière les logiques et les conséquences de la fameuse directive européenne sur le détachement, qui organise un dumping social d'une ampleur inouïe. Avec un impact terrible sur les travailleurs de nombreux secteurs, notamment celui de la construction. Reportage et témoignages édifiants sur ce qu'il convient d'appeler le nouvel esclavage des temps modernes.

Réalisation : Yannick Bovy - Décembre 2013 - 26 mn. Une émission proposée par la FGTB wallonne & produite par le CEPAG

Voir en ligne

samedi 13 septembre 2014

Anti-écolos et pro-marchés financiers peuplent la Commission européenne

Le nouveau commissaire en charge du climat et de l’énergie, Miguel Arias Cañete, est l’ancien ministre de l’Agriculture et de l’Environnement du gouvernement conservateur espagnol. Il a présidé jusqu’en 2012 une compagnie pétrolière, Compañía Mercantil Petrolífera Ducar S.L, domicilié dans un paradis fiscal et dont il est toujours actionnaire. Il est aussi critiqué par les écologistes espagnols pour avoir autorisé l’extraction de gaz de schiste et la fracturation hydraulique et pour avoir fait de l’Espagne « la porte d’entrée des OGM en Europe ».

Lire l'article d'Yvan Du Roy sur basta

jeudi 4 septembre 2014

Jean Quatremer et le "misérabilisme" grec

Comme le faisait remarquer un auditeur de France-Inter hier, sous forme de commentaire publié sur le site de l’émission de Nicolas Demorand: “J'avais déjà entendu un interview de Mr Quatremer lors de la campagne des européennes. C'était un farouche défenseur du fait européen et j'avoue qu’entendre les termes dans lesquels il s'est exprimé aujourd'hui enjoignant sur un ton pour la moins acerbe de cesser ‘ce’ misérabilisme à propos des Grecs ayant ce qu'ils méritaient l'Europe étant pour moins dans leur malheur qu'eux même vivant avec et de la corruption depuis toujours, était difficilement soutenable.”

“À la phrase ‘on compte nos morts’ il répond très finement qu'il n'y avait rien de nouveau quand au possibilités de soins en Grèce, ayant ‘entendu parlé d'une personne’ nécessitant un soin d'urgence à laquelle on avait demandé de l'argent. Avant la crise... la corruption existant depuis avant, les morts sont donc les mêmes qu'avant d'après lui. Ceux qui ne peuvent pas payer excepté qu'étant aujourd'hui plus nombreux il y a donc plus de morts. Ce qu'il fallait démontrer. Problème cher Monsieur, la loi de l'offre et de la demande chère à votre Europe voudrait que le prix de la corruption lui même baisse avec les possibilités de son paiement en baisse. Les médecins corrompus ne pouvant se passer de revenus il est fort peu probable qu'ils rejettent tout ceux qui ne peuvent plus payer se permettant de perdre la proportion équivalente de revenu s'il ne baissait pas ses prétentions.”

(...)

Le pourparlers entre nos pantins et les représentants de la Troïka se poursuivent à Paris... jusqu’à épuiser sans doute les stocks des Grands Magasins et en même temps, le patrimoine national de la Grèce.

Les doxographes des prochains siècles se pencheront sans doute tant sur les écrits de Jean Quatremer, permettant ainsi d'établir l'histoire si possible exacte des guerres et des propagandes de notre court XXIe siècle. Si nécessaire.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou Choux de Bruxelles sur son blog Greek Crisis

Lire l'article du Musée de l'Europe'' Quand le correspondant de Libération à Bruxelles saute sur la radio-télévision grecque''

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