Musée de l'Europe et de l'Afrique

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vendredi 16 décembre 2016

La contre-révolution, ce sont les médias

La révolution a tellement donné aux médias pour qu’ils prospèrent. Elle les a tirés du fin fond du puit de la censure, de l’instrumentalisation du pouvoir, du mercantilisme et de la concurrence déloyale du clan Ben Ali. Elle leur a offert un cadre juridique privilégiant la liberté d’expression, préservant aussi le paysage audiovisuel des conflits d’intérêt et de la concurrence déloyale. La liberté d‘entreprendre est également garantie par le même dispositif légal. Pour produire du contenu, elle leur a assuré pluralisme politique et liberté de création. En somme, les entreprises médiatiques sont certainement parmi les plus grands bénéficiaires de la révolution. Lui ont-ils renvoyé l’ascenseur ? Bien au contraire.

Les mouvements contestataires qui défendent des valeurs revendiquées par le soulèvement populaire sont diabolisés ou stigmatisés. Et ce, quand ils ne subissent pas le blackout. Depuis la polarisation du paysage politique en 2012, les chaînes tv ont suivi cette tendance, glissant ainsi sous les draps de l’instrumentalisation politique. Zitouna pour Ennahdha, Nessma pour Nida Tounes. Deux exemples parmi d’autres dans un paysage télévisuel qui a été ensuite bouleversé par la coalition scellée entre Nidaa et Ennahdha au lendemain des élections législatives et présidentielles de 2014. Alors que certains maintiennent leur position initiale, d’autres font les trapézistes au moment où les appétits politiques d’acteurs médiatiques, les amènent à faire de l’affairisme la boussole de leur quête du pouvoir.

Dans les rédactions, la responsabilité citoyenne est monnaie rare. La créativité, en dehors de quelques exceptions, manque à l’appel. D’ailleurs, le plagiat de concepts est désormais un réflexe de production, sans oublier les fréquents vols d’images. Le contenu informatif est minoritaire face au déluge des émissions de divertissements et les talkshows. D’ailleurs, ce « divertissement » offre souvent des cadeaux empoisonnés. Trop engouffrées dans l’actualité nationale, les chaînes tv se montrent inaptes à éclairer leurs téléspectateurs sur des événements internationaux majeurs.

L’éthique journalistique est bafouée par une tolérance effarante envers les maladresses discriminatoires et le discours de haine. Cependant, la machine de la restauration des figures de l’ancien régime est en marche. Ils bénéficient d’un important temps d’antenne pour déballer leurs rhétoriques révisionnistes. Révolution ou pas, l’attachement de l’ancienne garde à l’héritage de ses gourous est indéfectible, primant sur le droit des citoyens à une information honnête concernant les pages les plus importantes de notre Histoire.

Dans un contexte où le régulateur se noie dans les sables mouvants de l’autorité politique et accusent les coups des défenseurs de la loi de la jungle, difficile de pouvoir imposer la transparence financière. L’opacité règne dans l’audiovisuel privé. Une situation paisible pour les locataires de la Kasbah et de Carthage, autant que les indéboulonnables de la bâtisse grise de l’Avenue Bourguiba. L’antenne, c’est du pouvoir et ils en ont besoin. La révolution, c’est l’effondrement de l’ordre ancien et la concrétisation des valeurs universelles. Et ils n’en veulent pas.

Accéder aux très nombreux liens illustrant par le fait l'article de Thameur Mekki publié sous le titre " Six ans après, la révolution, est-elle télévisée ? " sur le site Nawaat.

vendredi 2 décembre 2016

Tunisia 2020 : la jeunesse conteste l’austérité et la corruption

À quelques mètres du palais des congrès où se déroule la conférence internationale sur l’investissement Tunisia 2020, la police a réprimé, cet après midi du mercredi 30 novembre 2016, un rassemblement du mouvement Manich Msamah, devant le ministère du Tourisme. Les militants voulaient gagner le lieu de la conférence qui selon eux « blanchi les corrompus » et continue à consacrer « l’injustice sociale, les disparités régionales, la détérioration des services publics et la perte de notre souveraineté ». Six manifestants ont été arrêtés puis relâchés. Trois autres ont été admis aux urgences des hôpitaux de Tunis.. Après avoir été agressés et harcelés par les forces de l’ordre, les manifestants se sont dirigés vers le théâtre municipale où ils ont poursuivi leur rassemblement.

Mobilisé autour de de son branding, le gouvernement est accusé de corruption et de trahison de ses promesses. Sur l’avenue Habib Bourguiba, Les slogans de la révolution sont toujours d’actualité. « Travail ! Liberté ! Dignité nationale » ou encore « le travail est une priorité ! Bande de voleurs ! » s’ajoutent des slogans s’attaquant directement au chef du gouvernement, accusé de devenir le nouveau « dictateur ». Depuis sa nomination, Youssef Chahed appelle les Tunisiens à plus de sacrifices et de patience. « Hélas, de son coté, il ne donne aucun signe positif qui encouragerait les affamés à patienter encore plus » dénonce Wissem Seghair de Manich Msamah.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.

vendredi 28 octobre 2016

Le gouvernement américain « ouvre la voie » pour une base de drones armés en Tunisie

Les frappes aériennes ciblant Daech à Syrte se poursuivent, tout autant que les révélations sur les activités militaires américaines en Tunisie. La dernière preuve a été apportée par des responsables américains, relayée par le Washington Post du mardi le 26 octobre. Alors que le discours officiel souligne une assistance militaire américaine limitée à la collecte d’information, le quotidien américain affirme qu’au-delà de ses « missions d’espionnage en Libye », les US seraient en train « d’ouvrir la voie » pour une base de drones armés en Tunisie.

Lire l'article de Vanessa Szakal paru sur le site Nawaat.

lundi 24 octobre 2016

Jeunes chômeurs : Tentative de suicide collectif à Kasserine et procès à Gafsa

Jeudi 20 octobre, 36 sit-inneurs à Kasserine ont tenté un suicide collectif. Transférés à l’hôpital, sept d’entre eux sont encore sous surveillance médicale dont une jeune femme en état critique. Le même jour, le Tribunal de première instance à Gafsa condamne Walid Aanssi à 18 mois de prison ferme. Au même procès consacré aux jeunes sit-ineurs de Gafsa, Abdelhafidh Mbarek et Nacer Gouadria ont été condamnés à 15 jours de prison ferme et neuf autres jeunes de Metlaoui ont été condamnés à 8 mois de prison avec sursis.

lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat

lundi 22 août 2016

La dictature de la nullité

Constitué en principe pour résoudre la crise, ce gouvernement est la crise. C’est un gouvernement sans queue ni tête, un gouvernement de l’impuissance, la dictature de la nullité. L’assemblage de n’importe qui avec n’importe quoi, voilà ce qu’on nous présente comme un gouvernement d’union nationale. Il nous faut donc en déduire que la nation tunisienne ne serait qu’un amas hétéroclite sans signification, un bric-à-brac semblable à l’inventaire d’un quelconque brocanteur. Le nouveau gouvernement ne sera pas un « gouvernement de guerre », comme le souhaite l’éditorialiste de « La Presse », ce sera un gouvernement de rien du tout. Les décisions les plus importantes seront prises ailleurs ou ne seront pas prises. Nous vivons dans un pays où il n’y a pas vraiment de président de la République, pas vraiment de Premier ministre, pas vraiment de gouvernement et de moins en moins de parlement – pour ceux que ça rassure, nous avons un ministère de l’Intérieur de plus en plus puissant.

Lire l'article de Sadri Khiari paru sur le site Nawaat

vendredi 12 août 2016

« J’ai perdu confiance en les structures européennes, et même dans le message divulgué »

Le Programme d’appui à la société civile (PASC) est l’initiative phare de la coopération européenne avec la Tunisie à destination de la société civile. Son budget s’élève à 7 millions d’euros pour la période 2012-2016. En plus des assistances techniques et des appuis financiers à des « projets pilotes », il comprend un projet mis en œuvre par European partnership for democracy. Décrit comme « une coquille vide » par ses détracteurs, dirigé par une figure de l’ancien régime, celui-ci est entaché de conflits d’intérêts, de démissions et de licenciements abusifs.

Lire l'enquête de Diane Robert paru sur le site Nawaat sous le titre "Soutien européen à la société civile : enquête sur un programme controversé"

samedi 2 juillet 2016

Libéraliser en urgence

Censé catalyser les « réformes » exigées par les bailleurs de fonds, le CI (Code de l'Investissement) est l’un des principaux outils de politique économique de l’État. Il détermine les avantages financiers et fiscaux offerts aux investisseurs étrangers ou nationaux. Ses dispositions sont souvent conçues de façon à orienter les comportements des agents économiques. Un code pourrait focaliser sur les investissements directs étrangers. Un autre pourrait protéger certains secteurs comme l’énergie en exigeant des autorisations préalables et des cahiers de charges. Le projet de Yassine Brahim, actuel ministre du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale est ouvertement libéral. Plus d’autorisations, ni de cahiers de charges. Plus de distinctions entre investisseurs tunisiens et étrangers. Les investisseurs qui n’étaient autorisés à recruter que 4 cadres étrangers, peuvent désormais en employer 10 indépendamment de l’effectif de l’entreprise.

(...)

Le foncier agricole menacé ?

Animé par les principes de la liberté d’accès aux marchés et de liberté d’investissement, le projet de CI stipule dans son article 5 que :« L’investisseur est libre d’acquérir, de louer et d’exploiter des biens immobiliers pour réaliser ou poursuivre des investissements directs ou indirects. L’investisseur tunisien peut posséder, louer et exploiter des terres à vocation agricole, pour réaliser ou poursuivre des opérations d’investissement agricoles. L’investisseur étranger peut investir dans le secteur agricole sans que cela ne mène à l’acquisition des terres à vocation agricole ».

Disséqué par l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE) dans une note analytique de 5 pages, l’article 5 introduirait des changements majeurs dans le système foncier national. Jihène Chandoul et Sabra Chraifa, co-auteures de la note, montrent que « le projet de CI permet à des sociétés étrangères ou à des étrangers, sous couvert d’une société tunisienne, de devenir propriétaire de nos terres agricoles ». Une remise en cause radicale de la loi du 12 mai 1964 sur la nationalisation des terres agricoles. « Une société tunisienne peut être détenue à plus de 99,9% par des étrangers par un système emboitement en gigogne de sociétés tunisiennes, comme des poupées russes. » expliquent-elles.

Les craintes de l’OTE irritent également la communauté des agriculteurs tunisiens. Lors d’une table ronde organisée le31 mars dernier par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), plusieurs agriculteurs ont exprimé leur peur de voir des étrangers s’accaparer des terres nationales, mais c’est surtout des sociétés qu’ils ont peur. Les personnes morales pourraient acquérir les terres agricoles sans y investir. La spéculation pourrait augmenter les prix du foncier d’une manière vertigineuse. Une telle inflation pénaliserait les petits et moyens agriculteurs qui représentent 80% des professionnels du secteur et qui souffrent déjà d’une pléthore de problèmes (pluviométrie, difficulté d’accès au crédit, faible mécanisation…). Hédi Oueslati, représentant du ministère du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, a beau apaiser les inquiétudes en avançant les arguments de la modernisation du secteur, d’un meilleur accès au financement et d’une lutte contre l’émiettement des terres agricoles, les craintes demeurent intactes.

Lire l'intégralité de l'article de Hafawa Rebhi paru sous le titre Le code de l’investissement, au cœur du débat politique sur nawaat.org

dimanche 8 mai 2016

Malaise dans la coopération décentralisée entre la France et la Tunisie

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Nous sommes le vendredi 29 avril. Des bus affrétés par l’Institut français se dirigent vers Gafsa pour rallier la 6ème édition du Forum jeunesse, qui, chaque année, célèbre la coopération décentralisée entre la France et la Tunisie.

(...)

Bien que d’autres lieux plus proches du centre-ville aient été envisagés par les organisateurs de l’Institut français, c’est finalement dans un hôtel cinq étoiles excentré, le Jugurtha palace, gardé par un dispositif sécuritaire conséquent, que se déroulent la plupart des activités du forum. Un cadre agréable : piscine, verdure, chants d’oiseaux, qui tranche avec le reste de la ville et qui constitue le décor des nombreux selfies réalisés par les participants.

La formation et l’employabilité des jeunes sont à l’honneur cette année, et il est vrai que ces thèmes ont une résonance particulière dans une région comme celle de Gafsa, où le taux de chômage des jeunes, notamment des diplômés, bat des records. D’ailleurs, à quelques kilomètres de l’hôtel, devant le siège du gouvernorat, un sit-in de jeunes chômeurs se prolonge depuis plus de six mois. Mais ceux-là n’iront pas participer au forum.

(Le) discours le plus emblématique est peut-être celui d’Agnès Rampal, Présidente de la commission Euroméditerranée au Conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur : elle affiche à la fois l’inscription de la coopération dans un certain héritage et un parti pris néolibéral. Agnès Rampal commence par assurer l’auditoire de sa joie d’être en Tunisie : née à Alger, pied-noir, elle affirme se sentir « chez elle » de ce côté-ci de la Méditerranée. Elle salue la révolution tunisienne, pour avoir si rapidement abouti à « une vraie démocratie », et le processus de décentralisation, domaine dans lequel les Français, « bien entendu, ont un peu d’avance ». Mais la phrase clé, c’est sans doute celle-ci : « Aujourd’hui, les Etats ne peuvent plus tout ». Il faudrait alors faciliter l’entreprise privée, en Tunisie comme en France, où demeurent, malgré l’avance, des personnes rétives au « changement ».

Les limites de l’Etat composent aussi la toile de fond de « l’Agora » du samedi matin, consacrée à « l’emploi des jeunes : ce que peut la société civile », et articulée en trois « espaces de dialogue ». Présentés comme des espaces de discussion privilégiés entre jeunes, il s’agit plutôt de trois panels, ou débats d’experts, avec des représentants des institutions locales, des acteurs de la coopération franco-tunisienne et des initiatives de jeunes, suivis de questions à la salle nécessairement limitées par le temps.

Le premier panel aborde la formation, dans une vision utilitaire. Il en ressort que les cursus universitaires devraient mieux correspondre aux demandes du marché du travail : a-t-on besoin de tant de diplômés en philosophie, par exemple ? Le deuxième s’emploie à « soutenir l’entrepreneuriat chez les jeunes ». C’est l’occasion de se perfectionner en novlangue entrepreneuriale : « innovation sociale et technologique » ; « lancer un tech-business », « incubateur » (qui se décline en « incuber » et « incubation »), etc.

Enfin, le troisième panel dédié à l’emploi des jeunes par les jeunes se veut être une discussion « entre des jeunes qui sont dans une dynamique d’auto-création d’emploi et des jeunes qui sont dans la revendication », à savoir la section locale de l’Union des diplomés chômeurs (UDC). Il prend place dans une salle déjà clairsemée car c’est l’heure du déjeuner. Le représentant de l’UDC est d’avis qu’on ne peut pas parler d’emploi sans aborder la question du développement. Après les nombreuses présentations de start-ups innovantes par des jeunes-qui-se-prennent-en-main, ses appels à l’entraide et sa volonté d’aborder la question depuis un angle politique semblent un peu saugrenus. Il soulève pourtant une interrogation cruciale : un jeune qui veut la dignité n’a-t-il comme option que de créer sa propre entreprise ? Mais les rares estomacs encore présents gargouillent..

Lire l'intégralité de l'article de Diane Robert, paru sur le site Nawaat

samedi 30 avril 2016

Loi sur « la réconciliation économique » : Les lobbys de la contre-révolution sur le pied de guerre

Organisé par l’Association des parlementaires tunisiens (anciens députés de Ben Ali), l’événement a de quoi surprendre. Sur le podium, Fathi Abdennadher, président du Conseil constitutionnel entre 1999 et 2011, connu pour ses « traficotages de textes juridiques » et tête pensante du projet de loi sur la réconciliation économique. À ses côtés, Mohamed Abdelaziz Ben Achour, ex ministre de la culture de Ben Ali entre 2004 et 2008, Sahbi Karoui, vice-président du parlement de Ben Ali, Moez Joudi, l’expert auto-proclamé en économie et Taoufik Bouachba, professeur de droit public, ardent défenseur, souvent intéressé, de l’ancien régime avant et après la révolution. Tout ce beau monde était réuni pour se convaincre que « la réconciliation est un choix stratégique pour la consolidation de l’union nationale ».

Mais, ces figures contestées devaient jouer le rôle de comparses avant l’entrée en scène de Saïda Garrach, ancienne militante d’extrême gauche, conseillère auprès de président de la République, chargée des relations avec la société civile, Ridha Belhaj président contesté du comité directeur de Nidaa Tounes et… Rafik Abdesslam-Bouchleka, gendre de Rached Ghannouchi et ancien ministre des Affaires étrangères (2012- 2014).

Lire la suite de l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.

dimanche 24 avril 2016

Laura Baeza Giralt : Ambassadeur de l’Union Européenne et VRP du libre-échange

Brosser dans le sens du poil les professionnels et valoriser les chercheurs, seuls à même d’apporter des « faits » pouvant contrecarrer les discours idéologiques – et donc forcément biaisés et populistes – des journalistes déviants et autres critiques. Voilà en substance la stratégie de Laura Baeza pour gagner l’opinion tunisienne à la cause de l’ALECA. Pourtant, force est de constater que sa méfiance vis-à-vis de la presse n’est pas irréversible. Lorsqu’un journaliste de RTCI, un tantinet obséquieux, lui sert son argumentaire sur un plateau d’argent, l’ambassadeur lui embraye le pas avec un enthousiasme non dissimulé. De même quand elle se trouve en terrain amical. Comme en 2015, en marge des Rencontres euro-maghrébine des écrivains à Tunis, événement qui se trouve être à la croisée de ses deux passions : la littérature (elle était éditrice dans sa jeunesse) et le libre-échange. Les Rencontres se situent en effet dans la droite ligne de l’Union pour la Méditerranée, ce projet si cher à Nicolas Sarkozy et à Zine el Abidine Ben Ali qui végète depuis des années. Dans un entretien accordé au poète et romancier mauritanien Mamoudou Lamine Kane Laura Baeza se livre un peu. Et, au-delà du discours lénifiant sur l’importance-de-la-culture-dans-le-dialogue-des-peuples, l’ambassadrice se veut le chantre d’une liberté d’expression d’un type un peu particulier. « La liberté d’expression devrait permettre aux élites et leaders d’opinions de se manifester. C’est là que vous les auteurs, et les journalistes devez servir de relais à la diffusion » affirme-t-elle pleine d’espoir. Des journalistes-relais, simples serviteurs de la pensée dominante, voilà à quoi rêve la chef de la Délégation européenne en Tunisie. Et d’ajouter dans une envolée aux accents lyriques, « Chaque peau nouvelle nous ouvre à une nouvelle ère, nous accorde un œil nouveau sur le monde et les gens. Les gens pleins de certitudes me font toujours peur ». Tour à tour eurocrate, ambassadeur et désormais VRP convaincue du libre-échange, à 64 ans Laura Baeza semble avoir enfilé son ultime costume. On espère qu’il lui plait.

Lire l'intégralité de l'article de Thomas Léger paru sur le site nawaat.org

Lire aussi Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses »

samedi 23 avril 2016

Résister et produire : La lutte des ouvrières de Mamotex

Avec une industrie textile en déclin et la destruction de milliers d’emplois dans le secteur, le destin des 65 ouvrières et quelques ouvriers de l’usine Mamotex à Chebba semblait scellé. Mais Leila, Houda, Imen et leurs camarades de lutte ont décidé de se battre jusqu’au bout.

Aux violences physiques et verbales, se sont ajoutées de longues périodes de précarité et d’instabilité. “Tout était sous-évalué: les primes, les salaires, les heures supplémentaires, la titularisation des filles…”. Les ouvrières devaient parfois attendre plusieurs mois pour toucher leur salaire. Quant à la sécurité sociale (CNSS), elle était versée “une fois sur deux”.

Houda Charfeddine raconte aussi ces années de calvaire. “Parfois ils nous enfermaient dans l’usine les samedis après-midi pour qu’on termine une commande. Ils ne nous laissaient pas sortir. Et bien sûr, on ne nous payait pas d’heures supplémentaires”. “Il pratiquait les mêmes méthodes de Ben Ali”, renchérit Leila.

''Fin 2013, les ouvrières décident de se défendre contre leur patron en créant leur syndicat, affilié à l’UGTT. “Depuis, nos conditions de travail se sont nettement améliorées et nous avons surtout retrouvé notre dignité. La dignité c’est ce qui importe le plus. La dignité avant le pain”, se félicite Leila. Leur employeur aurait bien tenté de les en dissuader, en exerçant des pressions sur certaines d’entre elles, parfois par le biais de leur père ou de leur frère. Mais elles tiennent bon. Au départ, elles n’étaient qu’une poignée à oser s’engager dans une activité syndicale, de peur de représailles. “Petit à petit”, les plus sceptiques ont fini par se faire à l’idée que l’union ferait leur force.''

''Maintenant plus personne ne nous crie dessus. Dès que quelqu’un le fait, on s’arrête de travailler”. Leila s’estime chanceuse, elle a évolué dans une famille de syndicalistes. Pour d’autres, le travail syndical a été un réel apprentissage du droit du travail.''

Lire la suite de l'article de Monia Ben Hamadi paru sur le site Inkyfada

jeudi 14 avril 2016

Banque Franco-Tunisienne: pleins feux sur la mafia économique au pouvoir

La Banque Franco-Tunisienne n’en finit pas de dévoiler ses secrets. Nawaat s’est procuré des documents inédits dévoilant les rouages de la corruption telle qu’elle se pratique dans les hautes sphères de la finance. La collusion entre les milieux d’affaires, les hauts fonctionnaires et des représentants de partis politiques au pouvoir a commencé avant janvier 2011 et se poursuit encore. Les plus grands organismes de la finance mondiale ont également leur part de responsabilité. Plein feux sur la mafia économique, ses acteurs et son mode de fonctionnement.

Lire la suite sur le site de Nawaat

jeudi 25 février 2016

Tunisie : en 2015, 105 personnes se sont immolées

« On en a marre des immolés et de leurs revendications ! Vous voulez mourir ? Jetez vous par les fenêtres ! buvez du poison ou noyez vous dans un fleuve ! » crie le médecin du centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous . « Les jeunes doivent arrêter de faire ce chantage suicidaire ! Celui qui veut mettre fin à sa vie, qu’il le fasse chez lui et pas sur la place publique ! » a osé une journaliste sur le plateau d’un talk show. « Si tu es un homme ! Fais comme Bouazizi et montre nous ton courage ! » a lancé un policier à un vendeur ambulant qui menaçait de s’immoler à Sousse.

Lire l'article de Henda Chennaoui paru sous le titre « On en a marre des immolés et de leurs revendications » sur le site Nawaat.

jeudi 17 décembre 2015

L'ultralibéralisme au service du terrorisme en Tunisie

La conduite par l’Etat d’une politique antisociale et ultralibérale peut-elle le rendre efficace dans son combat contre l’islamo-terrorisme?

Par Mohamed Chawki Abid Ingénieur économiste, Tribune parue dans Kapitalis

Depuis 2011, les gouvernements désignés ou soi-disant élus ont tous été consentants quant à la prise en charge des diktats des organisations financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international) ainsi que des consignes du tandem Etats-Unis – Union Européenne. Ceci les a conduits à tourner le dos aux revendications sociales les plus légitimes, pour engager le pays sur la voie d’un libéralisme dérégulé, accompagné d’un surendettement à la fois improductif et conditionné.

Corruption et pauvreté

Ce faisant, la malversation et la corruption ont prospéré; les instances de contrôle et de surveillance ne sont plus écoutées; l’appareil judiciaire s’est grippé; la fraude fiscale a été vulgarisée; les infractions douanières ont été banalisées; la fuite de capitaux s’est développée; l’endettement extérieur a explosé; les prédateurs ont été innocentés; et les malfaiteurs ont été récupérés par les partis politiques.

Parallèlement, le périmètre de la pauvreté s’est substantiellement élargi; les disparités régionales se sont amplifiées; les injustices sociales se sont aggravées; les inégalités de revenus se sont accentuées; l’iniquité fiscale s’est accrue; l’inflation s’est envolée; et le pouvoir d’achat s’est écrasé.

Par conséquent, les miséreux se sont laminés; les employés se sont appauvris; les chômeurs se sont faits enrôler dans l’islamo-terrorisme; les contribuables disciplinés ont succombé à la pression fiscale; les ménages ont croulé sous le poids croissant de la dette, les désespérés n’hésitent pas à se suicider; etc.

Alors que les fraudeurs se sont enrichis, les prédateurs ont politisé leur argent, les rentiers se sont engraissés, et les contrebandiers sont devenus des princes influents et gouvernants.

Le terrorisme embarqué

Pour ce qui des indicateurs macroéconomiques, jamais la Tunisie n’a atteint ce niveau de contreperformance : récession économique, désinvestissement public, dérapage périlleux de la balance commerciale, désertification industrielle, précarité et suppression d’emplois, aggravation du stress hydrique, insuffisances budgétaires, déficits extérieurs, surendettement improductif, etc.

A présent, l’Etat s’est engagé dans une guerre contre un «terrorisme embarqué» dont les centres de décision sont à des milliers de kilomètres, et dont les milieux de culture prospèrent proportionnellement au développement de la misère et à la montée de l’exaspération populaire.

Enfin, quand le taux de suicide des jeunes ne cesse d’accroitre, dans les écoles les campagnes et les quartiers déshérités, que pourrait-être la probabilité de recrutement d’un jeune malheureux désespéré pour une opération kamikaze?

samedi 14 novembre 2015

A quoi sert le patronat ?

En Tunisie l’Etat-parti s’est spécialisé, dès le départ, dans la fonction d’Etat-patron pesant de tout son poids sur la conduite des affaires publiques et sur la régulation de l’activité économique avec ce que cela comporte d’autoritarisme, d’arbitraire, d’absence de légitimité, d’embrigadement, de propagande et de contrôle de toutes les institutions et corps politiques et sociaux.

Ainsi toute association et toute organisation ayant pour but la défense d’intérêts économiques est déclarée inutile, hostile même, puisque l’État se considérait comme étant le père commun de tous. Syndicats autant que représentants du secteur privé se retrouvaient pour ainsi dire à sa solde et à sa merci. Entrave à l’action syndicale par la corruption personnelle de ses notables, par la subordination de ses chefs et par l’emprisonnement de ses militants; soumission et servitude des patrons d’entreprises privées par l’octroi de protections, de privilèges et de passe-droits dans l’unique but de préserver la paix sociale et d’assurer la stabilité politique.

Depuis l’indépendance, hommes d’affaires et patrons d’entreprise ont réussi à bien profiter des politiques économiques successives, que ce soit à travers le modèle de développement économique par substitution aux importations ou grâce à la libéralisation et la privatisation de l’économie dans le cadre des réformes d’ajustement structurel et de mise à niveau des entreprises.

Le secteur privé ne représentait pas seulement un groupe social informel mais une institution particulière, l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica), de sorte que, dans le jargon courant, patronat est devenu synonyme d’Utica. Peu importe que l’on soit industriel, commerçant, artisan, détaillant, boucher ou boulanger, drapier, orfèvre ou épicier, petits, grands, ou moyens, on est tous, avec ou sans salariés, des patrons, formant ensemble une communauté dans la société: le patronat. Sous ce nom conventionnel il faut comprendre non seulement les employeurs, patrons au sens étroit, mais l’ensemble des personnes qui travaillent à leur compte, employeurs ou indépendants sans salariés. Etre patron cela veut dire être maître chez soi. Que l’on n’ait que peu d’employés ou même pas d’employé, on est patron quand on possède une affaire, fût-elle modeste.

Une docile et reconnaissante créature de l’État

L’Utica, dont les adhérents sont une multitude de fédérations clientélistes jalouses de leurs intérêts, n’a aucune légitimité historique, ayant été dès le départ une docile et reconnaissante créature de l’État. En tant qu’organisation patronale, elle a servi d’auxiliaire de l’appareil de pouvoir et ses dirigeants furent tous d’actifs membres du parti. En tant qu’instance privilégiée de l’idéologie de la mise au pas, elle a amplement profité des largesses publiques, bénéficiant d’aides et de gratifications diverses en contrepartie de son engagement à servir de rouage essentiel de la politique d’ordre et de paix sociale. Elle fut en cela la fidèle instance – souvent contrainte et forcée – pour la collecte des contributions des entreprises aux 26-26, le porte-voix assumé de la propagande du régime pour toutes les politiques économiques menées par les artisans du «changement» et un entremetteur important entre l’oligarchie et le politique.

La mobilisation populaire du 14 janvier 2011 a balayé le régime, mais elle n’a eu ni la densité sociale ni la capacité politique pour ouvrir un cycle radicalement différent de développement. Il ne pouvait en être autrement après tant d’années de pouvoir conduit par un régime qui a fragmenté la classe laborieuse, liquéfié le pouvoir social de la classe moyenne, transféré un pouvoir immense au secteur des affaires et imposé un paradigme idéologique et culturel de consommation. Un régime qui a opéré un fort processus de dépolitisation et de désidéologisation de la vie nationale en éliminant tout débat sur la politique économique.

Certaines entreprises ont pu à ce point être favorisées par les dispositions autoritaires du régime précédent qu’elles regrettent la perte de leurs rapports privilégiés avec les décideurs dotés d’un pouvoir discrétionnaire. Les choses ont changé pour elles depuis cette époque dorée et il ne serait pas prudent de devenir mélancoliques au sujet du bon vieux temps.

(...)

C’est d’ailleurs en termes d’adaptation qu’il faut comprendre la large campagne de communication de l’Utica ainsi que les propos exprimés par sa présidente dans les médias révélant la capacité de l’organisation à s’ajuster, et c’est un euphémisme, à la nouvelle réalité. A commencer par un évident et non moins indécent souci de plaire aux islamistes ou simplement pour se conformer aux mœurs du moment. On se rappelle tous le congrès de l’Utica sous le gouvernement de l’islamiste Jebali. Les organisateurs avaient ouvert la cérémonie par une inhabituelle psalmodie du Coran comme il est d’usage pour sacraliser tout acte notable en y appelant la bénédiction divine. Quant aux propos, on les prendrait pour les meilleures intentions du cœur et de l’esprit, pour une parfaite droiture, une noble générosité, un sincère dévouement à ce pays, n’eut été ce lourd fardeau de fautes, d’erreurs et de compromissions que les patrons traînent péniblement et qui embarrassent encore leur initiation à la démocratie.

Ces récits tardifs de Wided Bouchamaoui, présidente de l’Utica, qui n’a même pas l’habilité rhétorique de masquer ses idées, ne diffèrent pas des propos tenus à l’époque par son prédécesseur, Hedi Djilani, grand thuriféraire du régime déchu et auquel elle a rendu un vif hommage. On croyait les chefs d’entreprises des gens pragmatiques, nets, précis, ennemis des utopies et des chimères, attributs des politiciens. On les a retrouvés fabricants d’illusions à travers 100 recommandations de teneur surréaliste.

Autorité, propriété, hiérarchie, ordre et profit

Encore une fois, leur système de valeurs qui n’a jamais cessé de tourner autour de l’autorité, de la propriété et de la hiérarchie, garants de l’ordre, de la stabilité et du profit, semble prêt à s’accommoder avec toutes les idéologies qu’elles soient d’obédience islamistes ou laïques.

La démocratie ne pourra être consolidée dans ce pays que si les détenteurs de fortunes personnelles ne cèdent pas, encore une fois, à la tentation de s’acoquiner opportunément avec tout nouveau maître toujours prêts à défendre l’ordre social établi comme un ordre sacré.

La démocratie ne sera vraiment ancrée et irréversible que si le secteur de l’entreprise privée se montre plus intègre et plus convaincant en tant qu’agent de développement économique et plus fiable comme garant des institutions démocratiques qu’il ne l’a été par le passé. Autrement dit qu’il procède à sa propre autocritique. Or que constatons-nous? Que la chute du régime n’a pas agi en traitement de choc ni constituée une rupture brutale entre le bon vieux temps de l’entreprise protégée et soumise, celle des connivences et de la sous-traitance et les nouvelles conditions du pays. Si on s’adapte politiquement on demeure éthiquement bien en-deçà du requis : respect de la règle de droit, comptabilité transparente, transactions loyales qui reposent sur la confiance et la compétence. Pour y arriver, les chefs d’entreprise doivent surmonter d’abord la crise à l’intérieur de leurs propres rangs, reconquérir leur dignité perdue et changer. Mais changer impliquerait une transformation culturelle, un changement de valeurs et de principes, d’être digne de représenter le monde économique, de défendre les commerçants et les chefs d’entreprise et se battre à leur côté, de marquer les politiques à la culotte pour les stimuler et les faire agir en faveur de l’économie sans essayer de les imiter ou de les remplacer.

Alors non, décidément l’Utica ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à dévaloriser l’image des vrais entrepreneurs – si tant est qu’ils en existent. En prétendant exprimer la voix des patrons, de la société civile, de la nation, des institutions et de la démocratie, sa présidente se retrouve malgré elle la surprenante lauréate d’une reconnaissance sans dimension, restée toujours dans le flou, refusée plusieurs fois au Mahatma Gandhi, bizarrement attribuée à Obama, étrangement octroyée à Mohamed El-Baradei, tellement sous-estimée qu’elle a été rejetée avec mépris par Jean-Paul Sartre mais qui n’empêchera sûrement pas la présidente de l’Utica d’entériner en fait le sempiternel credo à travers lesquels le patronat n’a jamais cessé de penser, d’agir et de s’organiser.

Pourvu que les affaires continuent.

Article partiellement reproduit de Yassine Essid, paru dans Kapitalis

lundi 19 octobre 2015

Que récompense le prix Nobel de la paix ?

La célébration par le prix Nobel du rôle politique de l’alliance «des ouvriers et des patrons» que représente la collaboration entre l’UGTT et l’Utica dans le dialogue national sonne dans les faits comme un avertissement adressé à toutes les fractions des classes populaires et moyennes portées par l’espoir d’une vie plus juste et plus digne.

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La nomination du Dialogue national tunisien, dirigé par un quartet regroupant la puissante organisation syndicale, l’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Union tunisienne de l’industrie, du commerce et de l’artisanat (Utica, syndicat patronal), la Ligue tunisienne des droits de l’homme (LTDH) et l’ordre des avocats au prix Nobel de la paix pour 2015 a provoqué, en Tunisie comme à l’étranger, un concert de louanges et d’autosatisfaction. Rappelons les faits. Après les élections d’octobre 2011, qui ont amené le parti islamiste Ennah-dha à exercer le pouvoir aux côtés de deux autres partis (la troïka), l’Assemblée nationale constituante et le gouvernement ont été la cible de critiques de plus en plus acerbes. Au moment où l’Egypte du maréchal Al-Sissi liquidait l’expérience de l’alternance, en Tunisie, la multiplication des assassinats politiques et l’incurie du gouvernement ont nourri une contestation sans précédent, faisant vaciller la légitimité de la troïka. A l’initiative d’un Front de salut national composé du parti Nidaa Tounes (nébuleuse conservatrice composée en grande partie de cadres de l’ancien régime) et du Front populaire (extrême gauche), le sit-in du Bardo a ainsi exigé, au cours de l’été 2013, la chute du gouvernement et la dissolution de l’Assemblée. Trois groupes, revendiquant chacun un type de légitimité, se sont ainsi affrontés : les islamistes et leurs alliés, forts de leur légitimité électorale ; les organisations protestataires et les mouvements sociaux, qui se glorifiaient d’une légitimité révolutionnaire ; les caciques de l’ancien régime et une partie de la gauche partisane, qui invoquaient la légitimité consensuelle pour sortir de la crise et revenir au pouvoir.

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dimanche 13 septembre 2015

Derrière le projet de loi de réconciliation, Fathi Abdennadher, le juriste à tout faire de Ben Ali

Le nom de Fathi Abdennadher ne vous dit pas grand-chose et pourtant! Introuvable le jour où Ben Ali est tombé, ce juriste rôdé au traficotage des textes juridiques et aux tricheries électorales, reprend du service. Un document obtenu par Nawaat prouve sa complicité dans l’élaboration du projet de loi contre-révolutionnaire de réconciliation économique et financière, cousu dans l’antichambre du palais de Carthage, sous la houlette de Ridha Belhaj dir-cab de BCE.

Le 15 janvier 2011, Fathi Abdennadher est toujours président du Conseil constitutionnel, là où a été fomenté la “mascarade démocratique” de Ben Ali. C’est lui qui doit annoncer, la mort dans l’âme, que Foued Mebazaa est président de la République, après avoir disparu dans la nature, pendant la longue nuit du 14 janvier.

Les acrobaties constitutionnelles, il s’y connait. Président du Conseil constitutionnel de 1999 à 2005, c’est lui qui valide, la modification de l’article 39 de l’ancienne Constitution, approuvée par référendum le 26 mai 2002, pour ouvrir la voie à la réélection du candidat Ben Ali qui peut se représenter à deux reprises, en 2004 et en 2009.

Le 29 juin 2010, c’est lui, également, qui déclare “constitutionnelle” la loi n° 2010-35 complétant les dispositions de l’article 61 bis du code pénal pour réprimer la société civile. Un article unique compose cette loi : « Il est ajouté un deuxième paragraphe aux dispositions de l’article 61 bis du code pénal ainsi libellé : Article 61 bis – (paragraphe deux) – Est coupable de la même infraction visée au paragraphe précédent et puni des mêmes peines prévues à l’article 62 du présent code, tout tunisien qui aura sciemment établi, directement ou indirectement, des contacts avec des agents d’une puissance, d’une institution ou d’une organisation étrangère dont le but est d’inciter à porter atteinte aux intérêts vitaux de la Tunisie. Est considéré comme intérêt vital de la Tunisie tout ce qui se rapporte à sa sécurité économique. »

En avril 2012, c’est encore lui qui fait l’objet d’une enquête judiciaire sur la disparition d’une partie des documents administratifs du Conseil constitutionnel. Inculpé, selon les articles 32 et 100 du code pénal, il ne sera pas condamné.

En 2015, cet anticonstitutionnaliste récidiviste ressurgit de l’ombre pour proposer ses talents de charcuteur ès-Droit afin de saper les fondements de la justice transitionnelle.

Lire la suite de l'article de de la rédaction de Nawaat

Tunisie: les logements sociaux constituent 1,6% du parc immobilier

Salma Hamza, urbaniste et membre du comité de soutien explique :

"Aujourd’hui, la classe moyenne est complètement marginalisée du système de production et d’accès au logement. En effet, les dispositifs d’aide qui lui étaient dédiés sont complètement détournés au profit d’autres catégories sociales plus aisées. Les logements dits sociaux qui de par leur conception et de leur système de financement sont plus adaptés à des catégories moyennes, car bancables et solvables, ont été pervertis par le clientélisme de toute sorte. Aujourd’hui, ces mêmes structures de production du logement sont en crise de reproduction et menacées elle mêmes de disparition à cause des prix du foncier complètement déchaîné et d’une incapacité des pouvoirs publics à aborder sérieusement la question du logement sous toutes ses formes."

Selon le ministère de l’Équipement, de l’Aménagement du territoire et du Développement durable, 30% de la population ne disposerait pas de moyens pour accéder à un habitat décent et 20% n’aurait aucune chance d’avoir un logement digne. Alors que l’État se désengage, progressivement du secteur (les logements sociaux constituent 1,6% du total des logements construits), près de la moitié des Tunisiens n’a pas accès à un logement décent. Menacés dans leur dignité, les candidats aux logements sociaux souffrent de la faiblesse de l’Etat en tant que régulateur du marché de l’habitat et des caisses sociales qui déclinent leurs demandes sous prétexte de leur insolvabilité.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat sous le titre "Halima Jouini en grève de la faim : « Un logement décent pour tous »"

Le droit de manifester, l’état d’urgence et l’imposture de l’État

Le 27 août 2015, des jeunes indépendants et des activistes de la société civile lancent la campagne #Manich_Msamah (Je ne pardonne pas). Dès son démarrage, elle a pu se décentraliser en formant des coordinations régionales dans les différents gouvernorats. La vague de protestation a atteint plus de 15 villes, en deux semaines.

Ceux qui défendent la violence policière contre les manifestants, brandissent l’état d’urgence comme justificatif, arguant que ces manifestations empêchent les forces de l’ordre de s’atteler à la lutte contre le terrorisme. Paradoxalement, le gouvernement semble profiter de la situation sécuritaire, pour prendre d’une manière unilatérale et donc sans concertation, des décisions stratégiques qui engagent l’avenir.

Blackout médiatique, blocus sécuritaire, neutralisation de l’opinion publique, minimisation de la portée du mouvement protestataire et bras de fer avec les partis de l’opposition ne peuvent qu’éveiller les doutes sur l’intention du pouvoir d’adopter en catimini des lois tout en évitant les critiques de fond du projet de la loi de la réconciliation économique, cœur du litige.

Invoquant l’état d’urgence, Mohamed Najem Gharsalli, ministre de l’Intérieur, a déclaré hors la loi, la marche nationale prévue pour le samedi 12 septembre à l’avenue Habib Bourguiba. Désavoué pendant quelques heures par le chef du gouvernement, qui à l’issue d’une rencontre avec des partis de l’opposition extra-parlementaire aurait autorisé la manifestation, le ministre de l’Intérieur sera finalement conforté dans sa décision par un communiqué officiel diffusé jeudi 10 septembre par la présidence du gouvernement.

Pas plus tard que le 9 avril 2012, Ceux qui avaient attaqué le mouvement Ennahda quand il avait décidé de fermer l’avenue Habib Bourguiba devant les manifestants pour des raisons sécuritaires, légitiment aujourd’hui, la violence à l’encontre des manifestants. A l’époque, le débat politique et médiatique était centré autour de la question de la reconquête de l’Avenue Habib Bourguiba comme symbole de la Révolution du 14 janvier. Pour des raisons sécuritaires la symbolique de l’Avenue se trouve, encore une fois, confisquée par un gouvernement qui n’aurais pas pu accéder au pouvoir sans la contestation dans la rue.

Lire l'intégralité de l'article de Mohammed Samih Beji Okkez, paru sur le site Nawaat sous le titre "#Manich_Msamah : Les mouvements de protestation entre le 27 août et le 8 septembre"

jeudi 10 septembre 2015

Nomination des gouverneurs : Le retour de l’Etat-Parti

Mardi 25 août 2015, les nouveaux gouverneurs ont prêté serment devant le président de la République Béji Caïd Essebsi. Le chef du gouvernement et le ministère de l’Intérieur ont annoncé trois jours plutôt la nomination de onze nouveaux gouverneurs et le changement d’affectation pour trois autres. Au sein de la coalition au pouvoir, ces nominations ont été accueillies avec tiédeur, voire circonspection, à l’instar du mouvement Ennahdha et Afek Tounes. Sur les réseaux sociaux, une vague de contestation a dénoncé le retour en force des seconds couteaux de l’ancien régime.

Lire l'article de Mohammed Samih Beji Okkez paru sur le site Nawaat.

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