Musée de l'Europe et de l'Afrique

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

lundi 1 juillet 2019

Sonia Jebali en grève de la faim

greve_atelec2.jpg Tunis, juin 2014, coll.du Musée de l'Europe & de l'Afrique

Dans Le Monde Diplomatique, Pierre Souchon nous informe de la grève de la faim de Sonia Jebali à Tunis. Sonia Jebali est cette déléguée syndicale du sous-traitant d'Airbus, Latelec, filiale de Latécoère, qui après la chute de Ben Ali créa avec d'autres une section dans cette usine où tout droit syndical était jusqu'alors proscrit pour cause de "zone franche".

Jamais réintégrée, Sonia Jebali n'a jamais retrouvé de travail, blacklistée pour ses activités syndicales.

Nous l'avions rencontrée avec sa collègue Monia Dridi à Tunis en juin 2014.

Retour en 5 parties avec Monia Dridi sur un conflit exemplaire : 1/Après la chute de ben Ali, la conquête des droits 2/Stratégies patronales de répression syndicale 3/Délocalisation et solidarité internationale /4Trahison de la bureaucratie syndicale /Epilogue : Révolution et Impérialisme.

à réécouter ici

samedi 12 janvier 2019

Il y a 6 ans. Qu'importe la couleur du gilet ?

"Ceci n'est pas une Révolution" (I) : Les nouvelles d'hier ne sont pas totalement obsolètes

filmTunisie.png cliquer sur l'image pour voir le film

Première partie (sur les médias) d'une série de films montés à partir d'une enquête réalisée par Benoît Eugène, Bendy Glu et Bernard Mulliez en Tunisie en 2012 qui visait à documenter un "paysage social de la Tunisie" pour reproblématiser une situation politiquement et médiatiquement occultée par la question instrumentalisée de "l'islamisme", voire de l'"Islam". Ce film (à vocation purement pédagogique) n'a pu être post-produit à ce jour, on en excusera donc les défauts techniques (outre qu'il est issu des rushes d'un mois de simple repérage et monté par un amateur)... Les suivants (Inch'allah) concerneront l'économie et l'université, formant un tout.

Le Concierge

jeudi 20 décembre 2018

Tunisie. La révolution à venir devra être sociale

L’opposition « modernisme » vs. « archaïsme » ou « obscurantisme », moyen de départager le légitime de l’illégitime, présente aussi l’avantage d’occulter les contradictions sociales. La nouvelle élite gouvernementale n’est plus fabriquée par la filière scolaire franco-arabe du collège Sadiki, mais comme le relève Layla Dakhli, par des passages par les multinationales ou les institutions internationales qui les prédisposent à mieux intégrer les exigences de l’extraversion que les ressorts du développement régional. Même les nouveaux venus issus d’Ennahda, dans leur quête de reconnaissance, s’évertuent à s’inscrire dans ce modèle et ont oublié que c’est la destruction sociale et culturelle de la société traditionnelle, exclue des sphères du pouvoir, qui a porté historiquement leur mouvement.

La décentralisation politique mise en œuvre depuis le printemps 2018 ne suffira pas à recentrer l’attention des politiques publiques sur la valorisation du potentiel régional si elle n’est pas adossée à une nouvelle conception du mode d’insertion dans l’économie internationale, du rôle économique des territoires, à une redéfinition du modèle de production agricole qui permette aux zones rurales de se développer avec leur propre capital et d’alléger la dépendance alimentaire du pays, à l’ouverture des possibilités d’investissement pour de nouvelles élites économiques, à la création de nouveaux cadres économiques et juridiques pour valoriser des potentiels locaux…

Aucun de ces grands chantiers politiques n’est ouvert. Or, sans une forte régulation politique, l’extraversion ne peut que continuer à produire ce qu’elle a toujours produit : la captation des bénéfices par les élites du littoral qui cumulent les avantages des positions de pouvoir économique et politique et des disparités régionales irréparables et explosives. La probable conclusion en 2019 ou en 2020 d’un Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) avec l’Union européenne va institutionnaliser encore davantage l’extraversion de l’économie. Or même les négociateurs européens déplorent l’absence de vision stratégique de leurs homologues tunisiens, sur les produits sensibles qu’ils souhaitent protéger, sur les modalités et les temps d’adaptation des secteurs exposés…

Dans une Tunisie surexposée depuis 2011 aux injonctions extérieures, aux interventions plus ou moins bien intentionnées dans leurs débats internes, où les politiques semblent devoir davantage leur légitimité de leurs soutiens extérieurs que des électeurs, la souveraineté s’annonce comme le prochain thème mobilisateur. Mais pour protéger quoi au juste ? Un État au service des rentiers et les avantages relatifs dans l’allocation des ressources publiques dont bénéficient les Tunisiens intégrés ? Ou pour oser une vraie rupture de paradigme ? Une révolution sociale.

Lire l'article de Thierry Brésillon paru sur le site Orient XXI

jeudi 8 mars 2018

L'Europe sera-t-elle Ben Aliste ?

expo_tunisie_marsa_bis_0.jpg Printemps des Arts à Tunis : Lire La contre-révolution, c'est le spectateur

Il y a 5 ans, de retour d'un travail de repérage visant à poser les jalons d'un portrait social de la Tunisie, nous avions consacré une chronique radio dans l'émission de Radio Panik "Seuls contre tous" intitulée ; L'Europe sera Ben Aliste.

Tant il est vrai que comme il est dit, l'Affairisme dissimulé par la Peur de l'Islam et la lutte anti-terroriste, permettant de museler, non seulement les "opposants" que des réformistes éclairés et novateurs, y compris par le silence des cachots (et bien pire), était la formule de ce Régime, soutenu par la France à bout de bras.

Nous n'y croyons pas. NOUS NE VOULONS PAS Y CROIRE.

Mais l'incarcération de Tariq Ramadan, sous des prétextes qui, jour après jour, suggèrent une "Affaire d'Etat" de sinistre mémoire obscurantiste, qui mettrait en cause (si c'était le cas, qu'à Caroline Fourest ne plaise !) jusqu'au Président de la République, est un fait. Typiquement à la mode tunisienne (et un conseiller très proche de Macron, prétendant réformer l'Islam en France en compagnie de son compère, le BHL du monde arabe, Gilles Kepel, après avoir été la plume de Raffarin - qui ces jours derniers s'inquiète du basculement possible de la Tunisie dans l'islamisme, est-ce un hasard que cette expertise du "Gros-Plant du Pays nantais" qu'on ne lui connaissait guère ?) s'est quand même fait connaître pour avoir rédigé le dernier discours de Ben Ali, avant d'essayer de faire le jour et la nuit dans la composition des gouvernements tunisiens, ce qu'il a à peu près réussi, "grâce" à deux toujours extrêmement mystérieux assassinats, tout de même.... Chercher à qui profite le crime ne dit pas qui a commis le crime, mais est une investigation normalement courante. Qui n'a pas été menée.

En serions-nous vraiment, déjà, là, en matière d'euro-fascisme ?

Malgré la Grèce, nous restons incrédules.

Mais il est peut-être bon de ré-écouter cette chronique de 2012

Le Concierge

mercredi 7 mars 2018

"Ceci n'est pas une Révolution" (I) : Les nouvelles d'hier ne sont pas totalement obsolètes

filmTunisie.png cliquer sur l'image pour voir le film

Première partie (sur les médias) d'une série de films montés à partir d'une enquête réalisée par Benoît Eugène, Bendy Glu et Bernard Mulliez en Tunisie en 2012 qui visait à documenter un "paysage social de la Tunisie" pour reproblématiser une situation politiquement et médiatiquement occultée par la question instrumentalisée de "l'islamisme", voire de l'"Islam". Ce film (à vocation purement pédagogique) n'a pu être post-produit à ce jour, on en excusera donc les défauts techniques (outre qu'il est issu des rushes d'un mois de simple repérage et monté par un amateur)... Les suivants (Inch'allah) concerneront l'économie et l'université, formant un tout.

Le Concierge

mercredi 17 janvier 2018

Tunisie (2) : Hausse des prix, chômage, privatisations, etc.

8 janvier

Les prix montent inexorablement. Cela dure depuis de très longs mois et se sont accélérés avec la dévaluation du dinar. Or celle-ci se poursuit et perdure. De sorte que les mesures prévues par la nouvelle loi de finances aux fins de rétablir la finance publique viennent se surajouter comme facteurs d’inflation.

Au vu des prix pratiqués durant l’année 2017, l’inflation avait atteint les 6,4% contre moins de 5% jusque-là. L’Institut national de la statistique (INS) a, de plus, annoncé une inquiétante hausse des prix à la consommation familiale durant 2017, soit bien avant l’entrée en application de la nouvelle loi de finances.

essebsi.jpg Dessin piqué au blog debat-tunisie

Or, plusieurs des produits concernés n’ont pas de rapport avec l’importation. C’est le cas : - du poulet qui a augmenté de 12,7%, - du poisson frais (+8%), - de l’huile d’olive (+21,3%), - des légumes frais (+12,8%), - des fruits (+9,5%) - sans parler des viandes rouges (+14,5%) dont une part est importée chaque année.

Ajoutons les 0,8% que suscitera le 1% d’augmentation de la TVA et certains relèvements de taxe douanière, de droits de consommation et d’impôts divers.

Lire la suite sur le site du CADTM

vendredi 16 décembre 2016

La contre-révolution, ce sont les médias

La révolution a tellement donné aux médias pour qu’ils prospèrent. Elle les a tirés du fin fond du puit de la censure, de l’instrumentalisation du pouvoir, du mercantilisme et de la concurrence déloyale du clan Ben Ali. Elle leur a offert un cadre juridique privilégiant la liberté d’expression, préservant aussi le paysage audiovisuel des conflits d’intérêt et de la concurrence déloyale. La liberté d‘entreprendre est également garantie par le même dispositif légal. Pour produire du contenu, elle leur a assuré pluralisme politique et liberté de création. En somme, les entreprises médiatiques sont certainement parmi les plus grands bénéficiaires de la révolution. Lui ont-ils renvoyé l’ascenseur ? Bien au contraire.

Les mouvements contestataires qui défendent des valeurs revendiquées par le soulèvement populaire sont diabolisés ou stigmatisés. Et ce, quand ils ne subissent pas le blackout. Depuis la polarisation du paysage politique en 2012, les chaînes tv ont suivi cette tendance, glissant ainsi sous les draps de l’instrumentalisation politique. Zitouna pour Ennahdha, Nessma pour Nida Tounes. Deux exemples parmi d’autres dans un paysage télévisuel qui a été ensuite bouleversé par la coalition scellée entre Nidaa et Ennahdha au lendemain des élections législatives et présidentielles de 2014. Alors que certains maintiennent leur position initiale, d’autres font les trapézistes au moment où les appétits politiques d’acteurs médiatiques, les amènent à faire de l’affairisme la boussole de leur quête du pouvoir.

Dans les rédactions, la responsabilité citoyenne est monnaie rare. La créativité, en dehors de quelques exceptions, manque à l’appel. D’ailleurs, le plagiat de concepts est désormais un réflexe de production, sans oublier les fréquents vols d’images. Le contenu informatif est minoritaire face au déluge des émissions de divertissements et les talkshows. D’ailleurs, ce « divertissement » offre souvent des cadeaux empoisonnés. Trop engouffrées dans l’actualité nationale, les chaînes tv se montrent inaptes à éclairer leurs téléspectateurs sur des événements internationaux majeurs.

L’éthique journalistique est bafouée par une tolérance effarante envers les maladresses discriminatoires et le discours de haine. Cependant, la machine de la restauration des figures de l’ancien régime est en marche. Ils bénéficient d’un important temps d’antenne pour déballer leurs rhétoriques révisionnistes. Révolution ou pas, l’attachement de l’ancienne garde à l’héritage de ses gourous est indéfectible, primant sur le droit des citoyens à une information honnête concernant les pages les plus importantes de notre Histoire.

Dans un contexte où le régulateur se noie dans les sables mouvants de l’autorité politique et accusent les coups des défenseurs de la loi de la jungle, difficile de pouvoir imposer la transparence financière. L’opacité règne dans l’audiovisuel privé. Une situation paisible pour les locataires de la Kasbah et de Carthage, autant que les indéboulonnables de la bâtisse grise de l’Avenue Bourguiba. L’antenne, c’est du pouvoir et ils en ont besoin. La révolution, c’est l’effondrement de l’ordre ancien et la concrétisation des valeurs universelles. Et ils n’en veulent pas.

Accéder aux très nombreux liens illustrant par le fait l'article de Thameur Mekki publié sous le titre " Six ans après, la révolution, est-elle télévisée ? " sur le site Nawaat.

vendredi 2 décembre 2016

Tunisia 2020 : la jeunesse conteste l’austérité et la corruption

À quelques mètres du palais des congrès où se déroule la conférence internationale sur l’investissement Tunisia 2020, la police a réprimé, cet après midi du mercredi 30 novembre 2016, un rassemblement du mouvement Manich Msamah, devant le ministère du Tourisme. Les militants voulaient gagner le lieu de la conférence qui selon eux « blanchi les corrompus » et continue à consacrer « l’injustice sociale, les disparités régionales, la détérioration des services publics et la perte de notre souveraineté ». Six manifestants ont été arrêtés puis relâchés. Trois autres ont été admis aux urgences des hôpitaux de Tunis.. Après avoir été agressés et harcelés par les forces de l’ordre, les manifestants se sont dirigés vers le théâtre municipale où ils ont poursuivi leur rassemblement.

Mobilisé autour de de son branding, le gouvernement est accusé de corruption et de trahison de ses promesses. Sur l’avenue Habib Bourguiba, Les slogans de la révolution sont toujours d’actualité. « Travail ! Liberté ! Dignité nationale » ou encore « le travail est une priorité ! Bande de voleurs ! » s’ajoutent des slogans s’attaquant directement au chef du gouvernement, accusé de devenir le nouveau « dictateur ». Depuis sa nomination, Youssef Chahed appelle les Tunisiens à plus de sacrifices et de patience. « Hélas, de son coté, il ne donne aucun signe positif qui encouragerait les affamés à patienter encore plus » dénonce Wissem Seghair de Manich Msamah.

Lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.

vendredi 28 octobre 2016

Le gouvernement américain « ouvre la voie » pour une base de drones armés en Tunisie

Les frappes aériennes ciblant Daech à Syrte se poursuivent, tout autant que les révélations sur les activités militaires américaines en Tunisie. La dernière preuve a été apportée par des responsables américains, relayée par le Washington Post du mardi le 26 octobre. Alors que le discours officiel souligne une assistance militaire américaine limitée à la collecte d’information, le quotidien américain affirme qu’au-delà de ses « missions d’espionnage en Libye », les US seraient en train « d’ouvrir la voie » pour une base de drones armés en Tunisie.

Lire l'article de Vanessa Szakal paru sur le site Nawaat.

lundi 24 octobre 2016

Jeunes chômeurs : Tentative de suicide collectif à Kasserine et procès à Gafsa

Jeudi 20 octobre, 36 sit-inneurs à Kasserine ont tenté un suicide collectif. Transférés à l’hôpital, sept d’entre eux sont encore sous surveillance médicale dont une jeune femme en état critique. Le même jour, le Tribunal de première instance à Gafsa condamne Walid Aanssi à 18 mois de prison ferme. Au même procès consacré aux jeunes sit-ineurs de Gafsa, Abdelhafidh Mbarek et Nacer Gouadria ont été condamnés à 15 jours de prison ferme et neuf autres jeunes de Metlaoui ont été condamnés à 8 mois de prison avec sursis.

lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat

lundi 22 août 2016

La dictature de la nullité

Constitué en principe pour résoudre la crise, ce gouvernement est la crise. C’est un gouvernement sans queue ni tête, un gouvernement de l’impuissance, la dictature de la nullité. L’assemblage de n’importe qui avec n’importe quoi, voilà ce qu’on nous présente comme un gouvernement d’union nationale. Il nous faut donc en déduire que la nation tunisienne ne serait qu’un amas hétéroclite sans signification, un bric-à-brac semblable à l’inventaire d’un quelconque brocanteur. Le nouveau gouvernement ne sera pas un « gouvernement de guerre », comme le souhaite l’éditorialiste de « La Presse », ce sera un gouvernement de rien du tout. Les décisions les plus importantes seront prises ailleurs ou ne seront pas prises. Nous vivons dans un pays où il n’y a pas vraiment de président de la République, pas vraiment de Premier ministre, pas vraiment de gouvernement et de moins en moins de parlement – pour ceux que ça rassure, nous avons un ministère de l’Intérieur de plus en plus puissant.

Lire l'article de Sadri Khiari paru sur le site Nawaat

vendredi 12 août 2016

« J’ai perdu confiance en les structures européennes, et même dans le message divulgué »

Le Programme d’appui à la société civile (PASC) est l’initiative phare de la coopération européenne avec la Tunisie à destination de la société civile. Son budget s’élève à 7 millions d’euros pour la période 2012-2016. En plus des assistances techniques et des appuis financiers à des « projets pilotes », il comprend un projet mis en œuvre par European partnership for democracy. Décrit comme « une coquille vide » par ses détracteurs, dirigé par une figure de l’ancien régime, celui-ci est entaché de conflits d’intérêts, de démissions et de licenciements abusifs.

Lire l'enquête de Diane Robert paru sur le site Nawaat sous le titre "Soutien européen à la société civile : enquête sur un programme controversé"

samedi 2 juillet 2016

Libéraliser en urgence

Censé catalyser les « réformes » exigées par les bailleurs de fonds, le CI (Code de l'Investissement) est l’un des principaux outils de politique économique de l’État. Il détermine les avantages financiers et fiscaux offerts aux investisseurs étrangers ou nationaux. Ses dispositions sont souvent conçues de façon à orienter les comportements des agents économiques. Un code pourrait focaliser sur les investissements directs étrangers. Un autre pourrait protéger certains secteurs comme l’énergie en exigeant des autorisations préalables et des cahiers de charges. Le projet de Yassine Brahim, actuel ministre du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale est ouvertement libéral. Plus d’autorisations, ni de cahiers de charges. Plus de distinctions entre investisseurs tunisiens et étrangers. Les investisseurs qui n’étaient autorisés à recruter que 4 cadres étrangers, peuvent désormais en employer 10 indépendamment de l’effectif de l’entreprise.

(...)

Le foncier agricole menacé ?

Animé par les principes de la liberté d’accès aux marchés et de liberté d’investissement, le projet de CI stipule dans son article 5 que :« L’investisseur est libre d’acquérir, de louer et d’exploiter des biens immobiliers pour réaliser ou poursuivre des investissements directs ou indirects. L’investisseur tunisien peut posséder, louer et exploiter des terres à vocation agricole, pour réaliser ou poursuivre des opérations d’investissement agricoles. L’investisseur étranger peut investir dans le secteur agricole sans que cela ne mène à l’acquisition des terres à vocation agricole ».

Disséqué par l’Observatoire tunisien de l’économie (OTE) dans une note analytique de 5 pages, l’article 5 introduirait des changements majeurs dans le système foncier national. Jihène Chandoul et Sabra Chraifa, co-auteures de la note, montrent que « le projet de CI permet à des sociétés étrangères ou à des étrangers, sous couvert d’une société tunisienne, de devenir propriétaire de nos terres agricoles ». Une remise en cause radicale de la loi du 12 mai 1964 sur la nationalisation des terres agricoles. « Une société tunisienne peut être détenue à plus de 99,9% par des étrangers par un système emboitement en gigogne de sociétés tunisiennes, comme des poupées russes. » expliquent-elles.

Les craintes de l’OTE irritent également la communauté des agriculteurs tunisiens. Lors d’une table ronde organisée le31 mars dernier par l’Union tunisienne de l’agriculture et de la pêche (UTAP), plusieurs agriculteurs ont exprimé leur peur de voir des étrangers s’accaparer des terres nationales, mais c’est surtout des sociétés qu’ils ont peur. Les personnes morales pourraient acquérir les terres agricoles sans y investir. La spéculation pourrait augmenter les prix du foncier d’une manière vertigineuse. Une telle inflation pénaliserait les petits et moyens agriculteurs qui représentent 80% des professionnels du secteur et qui souffrent déjà d’une pléthore de problèmes (pluviométrie, difficulté d’accès au crédit, faible mécanisation…). Hédi Oueslati, représentant du ministère du Développement, de l’investissement et de la coopération internationale, a beau apaiser les inquiétudes en avançant les arguments de la modernisation du secteur, d’un meilleur accès au financement et d’une lutte contre l’émiettement des terres agricoles, les craintes demeurent intactes.

Lire l'intégralité de l'article de Hafawa Rebhi paru sous le titre Le code de l’investissement, au cœur du débat politique sur nawaat.org

dimanche 8 mai 2016

Malaise dans la coopération décentralisée entre la France et la Tunisie

forumjeunesse.jpg

Nous sommes le vendredi 29 avril. Des bus affrétés par l’Institut français se dirigent vers Gafsa pour rallier la 6ème édition du Forum jeunesse, qui, chaque année, célèbre la coopération décentralisée entre la France et la Tunisie.

(...)

Bien que d’autres lieux plus proches du centre-ville aient été envisagés par les organisateurs de l’Institut français, c’est finalement dans un hôtel cinq étoiles excentré, le Jugurtha palace, gardé par un dispositif sécuritaire conséquent, que se déroulent la plupart des activités du forum. Un cadre agréable : piscine, verdure, chants d’oiseaux, qui tranche avec le reste de la ville et qui constitue le décor des nombreux selfies réalisés par les participants.

La formation et l’employabilité des jeunes sont à l’honneur cette année, et il est vrai que ces thèmes ont une résonance particulière dans une région comme celle de Gafsa, où le taux de chômage des jeunes, notamment des diplômés, bat des records. D’ailleurs, à quelques kilomètres de l’hôtel, devant le siège du gouvernorat, un sit-in de jeunes chômeurs se prolonge depuis plus de six mois. Mais ceux-là n’iront pas participer au forum.

(Le) discours le plus emblématique est peut-être celui d’Agnès Rampal, Présidente de la commission Euroméditerranée au Conseil régional de la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur : elle affiche à la fois l’inscription de la coopération dans un certain héritage et un parti pris néolibéral. Agnès Rampal commence par assurer l’auditoire de sa joie d’être en Tunisie : née à Alger, pied-noir, elle affirme se sentir « chez elle » de ce côté-ci de la Méditerranée. Elle salue la révolution tunisienne, pour avoir si rapidement abouti à « une vraie démocratie », et le processus de décentralisation, domaine dans lequel les Français, « bien entendu, ont un peu d’avance ». Mais la phrase clé, c’est sans doute celle-ci : « Aujourd’hui, les Etats ne peuvent plus tout ». Il faudrait alors faciliter l’entreprise privée, en Tunisie comme en France, où demeurent, malgré l’avance, des personnes rétives au « changement ».

Les limites de l’Etat composent aussi la toile de fond de « l’Agora » du samedi matin, consacrée à « l’emploi des jeunes : ce que peut la société civile », et articulée en trois « espaces de dialogue ». Présentés comme des espaces de discussion privilégiés entre jeunes, il s’agit plutôt de trois panels, ou débats d’experts, avec des représentants des institutions locales, des acteurs de la coopération franco-tunisienne et des initiatives de jeunes, suivis de questions à la salle nécessairement limitées par le temps.

Le premier panel aborde la formation, dans une vision utilitaire. Il en ressort que les cursus universitaires devraient mieux correspondre aux demandes du marché du travail : a-t-on besoin de tant de diplômés en philosophie, par exemple ? Le deuxième s’emploie à « soutenir l’entrepreneuriat chez les jeunes ». C’est l’occasion de se perfectionner en novlangue entrepreneuriale : « innovation sociale et technologique » ; « lancer un tech-business », « incubateur » (qui se décline en « incuber » et « incubation »), etc.

Enfin, le troisième panel dédié à l’emploi des jeunes par les jeunes se veut être une discussion « entre des jeunes qui sont dans une dynamique d’auto-création d’emploi et des jeunes qui sont dans la revendication », à savoir la section locale de l’Union des diplomés chômeurs (UDC). Il prend place dans une salle déjà clairsemée car c’est l’heure du déjeuner. Le représentant de l’UDC est d’avis qu’on ne peut pas parler d’emploi sans aborder la question du développement. Après les nombreuses présentations de start-ups innovantes par des jeunes-qui-se-prennent-en-main, ses appels à l’entraide et sa volonté d’aborder la question depuis un angle politique semblent un peu saugrenus. Il soulève pourtant une interrogation cruciale : un jeune qui veut la dignité n’a-t-il comme option que de créer sa propre entreprise ? Mais les rares estomacs encore présents gargouillent..

Lire l'intégralité de l'article de Diane Robert, paru sur le site Nawaat

samedi 30 avril 2016

Loi sur « la réconciliation économique » : Les lobbys de la contre-révolution sur le pied de guerre

Organisé par l’Association des parlementaires tunisiens (anciens députés de Ben Ali), l’événement a de quoi surprendre. Sur le podium, Fathi Abdennadher, président du Conseil constitutionnel entre 1999 et 2011, connu pour ses « traficotages de textes juridiques » et tête pensante du projet de loi sur la réconciliation économique. À ses côtés, Mohamed Abdelaziz Ben Achour, ex ministre de la culture de Ben Ali entre 2004 et 2008, Sahbi Karoui, vice-président du parlement de Ben Ali, Moez Joudi, l’expert auto-proclamé en économie et Taoufik Bouachba, professeur de droit public, ardent défenseur, souvent intéressé, de l’ancien régime avant et après la révolution. Tout ce beau monde était réuni pour se convaincre que « la réconciliation est un choix stratégique pour la consolidation de l’union nationale ».

Mais, ces figures contestées devaient jouer le rôle de comparses avant l’entrée en scène de Saïda Garrach, ancienne militante d’extrême gauche, conseillère auprès de président de la République, chargée des relations avec la société civile, Ridha Belhaj président contesté du comité directeur de Nidaa Tounes et… Rafik Abdesslam-Bouchleka, gendre de Rached Ghannouchi et ancien ministre des Affaires étrangères (2012- 2014).

Lire la suite de l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat.

dimanche 24 avril 2016

Laura Baeza Giralt : Ambassadeur de l’Union Européenne et VRP du libre-échange

Brosser dans le sens du poil les professionnels et valoriser les chercheurs, seuls à même d’apporter des « faits » pouvant contrecarrer les discours idéologiques – et donc forcément biaisés et populistes – des journalistes déviants et autres critiques. Voilà en substance la stratégie de Laura Baeza pour gagner l’opinion tunisienne à la cause de l’ALECA. Pourtant, force est de constater que sa méfiance vis-à-vis de la presse n’est pas irréversible. Lorsqu’un journaliste de RTCI, un tantinet obséquieux, lui sert son argumentaire sur un plateau d’argent, l’ambassadeur lui embraye le pas avec un enthousiasme non dissimulé. De même quand elle se trouve en terrain amical. Comme en 2015, en marge des Rencontres euro-maghrébine des écrivains à Tunis, événement qui se trouve être à la croisée de ses deux passions : la littérature (elle était éditrice dans sa jeunesse) et le libre-échange. Les Rencontres se situent en effet dans la droite ligne de l’Union pour la Méditerranée, ce projet si cher à Nicolas Sarkozy et à Zine el Abidine Ben Ali qui végète depuis des années. Dans un entretien accordé au poète et romancier mauritanien Mamoudou Lamine Kane Laura Baeza se livre un peu. Et, au-delà du discours lénifiant sur l’importance-de-la-culture-dans-le-dialogue-des-peuples, l’ambassadrice se veut le chantre d’une liberté d’expression d’un type un peu particulier. « La liberté d’expression devrait permettre aux élites et leaders d’opinions de se manifester. C’est là que vous les auteurs, et les journalistes devez servir de relais à la diffusion » affirme-t-elle pleine d’espoir. Des journalistes-relais, simples serviteurs de la pensée dominante, voilà à quoi rêve la chef de la Délégation européenne en Tunisie. Et d’ajouter dans une envolée aux accents lyriques, « Chaque peau nouvelle nous ouvre à une nouvelle ère, nous accorde un œil nouveau sur le monde et les gens. Les gens pleins de certitudes me font toujours peur ». Tour à tour eurocrate, ambassadeur et désormais VRP convaincue du libre-échange, à 64 ans Laura Baeza semble avoir enfilé son ultime costume. On espère qu’il lui plait.

Lire l'intégralité de l'article de Thomas Léger paru sur le site nawaat.org

Lire aussi Quand l’Union européenne s’adresse aux « masses »

samedi 23 avril 2016

Résister et produire : La lutte des ouvrières de Mamotex

Avec une industrie textile en déclin et la destruction de milliers d’emplois dans le secteur, le destin des 65 ouvrières et quelques ouvriers de l’usine Mamotex à Chebba semblait scellé. Mais Leila, Houda, Imen et leurs camarades de lutte ont décidé de se battre jusqu’au bout.

Aux violences physiques et verbales, se sont ajoutées de longues périodes de précarité et d’instabilité. “Tout était sous-évalué: les primes, les salaires, les heures supplémentaires, la titularisation des filles…”. Les ouvrières devaient parfois attendre plusieurs mois pour toucher leur salaire. Quant à la sécurité sociale (CNSS), elle était versée “une fois sur deux”.

Houda Charfeddine raconte aussi ces années de calvaire. “Parfois ils nous enfermaient dans l’usine les samedis après-midi pour qu’on termine une commande. Ils ne nous laissaient pas sortir. Et bien sûr, on ne nous payait pas d’heures supplémentaires”. “Il pratiquait les mêmes méthodes de Ben Ali”, renchérit Leila.

''Fin 2013, les ouvrières décident de se défendre contre leur patron en créant leur syndicat, affilié à l’UGTT. “Depuis, nos conditions de travail se sont nettement améliorées et nous avons surtout retrouvé notre dignité. La dignité c’est ce qui importe le plus. La dignité avant le pain”, se félicite Leila. Leur employeur aurait bien tenté de les en dissuader, en exerçant des pressions sur certaines d’entre elles, parfois par le biais de leur père ou de leur frère. Mais elles tiennent bon. Au départ, elles n’étaient qu’une poignée à oser s’engager dans une activité syndicale, de peur de représailles. “Petit à petit”, les plus sceptiques ont fini par se faire à l’idée que l’union ferait leur force.''

''Maintenant plus personne ne nous crie dessus. Dès que quelqu’un le fait, on s’arrête de travailler”. Leila s’estime chanceuse, elle a évolué dans une famille de syndicalistes. Pour d’autres, le travail syndical a été un réel apprentissage du droit du travail.''

Lire la suite de l'article de Monia Ben Hamadi paru sur le site Inkyfada

jeudi 14 avril 2016

Banque Franco-Tunisienne: pleins feux sur la mafia économique au pouvoir

La Banque Franco-Tunisienne n’en finit pas de dévoiler ses secrets. Nawaat s’est procuré des documents inédits dévoilant les rouages de la corruption telle qu’elle se pratique dans les hautes sphères de la finance. La collusion entre les milieux d’affaires, les hauts fonctionnaires et des représentants de partis politiques au pouvoir a commencé avant janvier 2011 et se poursuit encore. Les plus grands organismes de la finance mondiale ont également leur part de responsabilité. Plein feux sur la mafia économique, ses acteurs et son mode de fonctionnement.

Lire la suite sur le site de Nawaat

jeudi 25 février 2016

Tunisie : en 2015, 105 personnes se sont immolées

« On en a marre des immolés et de leurs revendications ! Vous voulez mourir ? Jetez vous par les fenêtres ! buvez du poison ou noyez vous dans un fleuve ! » crie le médecin du centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous . « Les jeunes doivent arrêter de faire ce chantage suicidaire ! Celui qui veut mettre fin à sa vie, qu’il le fasse chez lui et pas sur la place publique ! » a osé une journaliste sur le plateau d’un talk show. « Si tu es un homme ! Fais comme Bouazizi et montre nous ton courage ! » a lancé un policier à un vendeur ambulant qui menaçait de s’immoler à Sousse.

Lire l'article de Henda Chennaoui paru sous le titre « On en a marre des immolés et de leurs revendications » sur le site Nawaat.

jeudi 17 décembre 2015

L'ultralibéralisme au service du terrorisme en Tunisie

La conduite par l’Etat d’une politique antisociale et ultralibérale peut-elle le rendre efficace dans son combat contre l’islamo-terrorisme?

Par Mohamed Chawki Abid Ingénieur économiste, Tribune parue dans Kapitalis

Depuis 2011, les gouvernements désignés ou soi-disant élus ont tous été consentants quant à la prise en charge des diktats des organisations financières internationales (Banque mondiale et Fonds monétaire international) ainsi que des consignes du tandem Etats-Unis – Union Européenne. Ceci les a conduits à tourner le dos aux revendications sociales les plus légitimes, pour engager le pays sur la voie d’un libéralisme dérégulé, accompagné d’un surendettement à la fois improductif et conditionné.

Corruption et pauvreté

Ce faisant, la malversation et la corruption ont prospéré; les instances de contrôle et de surveillance ne sont plus écoutées; l’appareil judiciaire s’est grippé; la fraude fiscale a été vulgarisée; les infractions douanières ont été banalisées; la fuite de capitaux s’est développée; l’endettement extérieur a explosé; les prédateurs ont été innocentés; et les malfaiteurs ont été récupérés par les partis politiques.

Parallèlement, le périmètre de la pauvreté s’est substantiellement élargi; les disparités régionales se sont amplifiées; les injustices sociales se sont aggravées; les inégalités de revenus se sont accentuées; l’iniquité fiscale s’est accrue; l’inflation s’est envolée; et le pouvoir d’achat s’est écrasé.

Par conséquent, les miséreux se sont laminés; les employés se sont appauvris; les chômeurs se sont faits enrôler dans l’islamo-terrorisme; les contribuables disciplinés ont succombé à la pression fiscale; les ménages ont croulé sous le poids croissant de la dette, les désespérés n’hésitent pas à se suicider; etc.

Alors que les fraudeurs se sont enrichis, les prédateurs ont politisé leur argent, les rentiers se sont engraissés, et les contrebandiers sont devenus des princes influents et gouvernants.

Le terrorisme embarqué

Pour ce qui des indicateurs macroéconomiques, jamais la Tunisie n’a atteint ce niveau de contreperformance : récession économique, désinvestissement public, dérapage périlleux de la balance commerciale, désertification industrielle, précarité et suppression d’emplois, aggravation du stress hydrique, insuffisances budgétaires, déficits extérieurs, surendettement improductif, etc.

A présent, l’Etat s’est engagé dans une guerre contre un «terrorisme embarqué» dont les centres de décision sont à des milliers de kilomètres, et dont les milieux de culture prospèrent proportionnellement au développement de la misère et à la montée de l’exaspération populaire.

Enfin, quand le taux de suicide des jeunes ne cesse d’accroitre, dans les écoles les campagnes et les quartiers déshérités, que pourrait-être la probabilité de recrutement d’un jeune malheureux désespéré pour une opération kamikaze?

- page 1 de 5