Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 21 décembre 2019

C'est la tournée du Macron !

RETRAITES : ET LES VRAIS GAGNANTS SONT...

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Retraites : le braquage à 72 milliards qu’aucun média n’a vu

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L'arnaque de l'âge pivot

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vendredi 20 décembre 2019

L'Exécutif viole la Constitution Française

Le journal Le Monde vient de jeter un pavé dans la mare, ce mardi 17 décembre, en révélant que les services du Premier ministre étaient parfaitement au courant des multiples casquettes que détenait Jean-Paul Delevoye, y compris celles rémunérées, lorsqu’il occupait la fonction gouvernementale de haut-commissaire aux Retraites.

Cette révélation n’est d’ailleurs qu’une confirmation de ce que savent tous les hauts fonctionnaires qui connaissent bien les procédures très précises de contrôle qui régissent le fonctionnement du Secrétariat général du gouvernement (bien connu sous le sigle « SGG » dans toutes les administrations). ' 'Or, cette situation contrevient frontalement à l’article 23 de la Constitution qui pose que : « Les fonctions de membre du gouvernement sont incompatibles avec l’exercice de tout mandat parlementaire, de toute fonction de représentation professionnelle à caractère national et de tout emploi public ou de toute activité professionnelle. »''

D’après Le Monde, « cette situation de cumul de mandats était connue du Secrétariat général du gouvernement – un poste occupé par l’ancien secrétaire général du Conseil constitutionnel Marc Guillaume – rattaché au Premier ministre, dès 2017, et avait fait l’objet d’une décision validée par Matignon, sans qu’il y en ait toutefois de trace écrite ».

Cette information est d’une exceptionnelle gravité et importance.

Elle signifie précisément qu’Édouard Philippe ou, à tout le moins, son entourage le plus immédiat :

a) connaissait la situation de Jean-Paul Delevoye,

b) savait que sa déclaration d’intérêts était grossièrement falsifiée,

c) n’a rien fait pour que ce dernier démissionne de ses fonctions rémunérées après avoir été nommé au gouvernement,

d) a au contraire couvert sciemment la situation illégale de l’ex-haut-commissaire aux Retraites, procédant ainsi à une violation délibérée et caractérisée de la Constitution,

e) était conscient des risques qu’il prenait en entérinant la situation de Delevoye puisqu’il n’a laissé aucune trace écrite de sa décision.

Jean-Paul Delevoye n’a donc jamais été « de bonne foi » contrairement à ce qu’ont affirmé en boucle les membres de l’exécutif ces derniers jours.

La vérité est exactement inverse : Delevoye mais aussi Philippe, et la Macronie en général, sont d’une complète mauvaise foi.

Il est d’ailleurs difficile d’imaginer que l’Élysée n’ait pas été mis au courant de la situation problématique de Jean-Paul Delevoye. Du reste, que Macron en ait eu connaissance ou pas, ce dernier a gravement manqué à son devoir qui est de veiller « au respect de la Constitution » en vertu de l’article 5 de cette dernière.

Au demeurant, l’UPR s’interroge : au nom de quel lien de sujétion, invisible et inconnu des Français, Emmanuel Macron et Édouard Philippe ont-ils permis à Jean-Paul Delevoye de cumuler ses rémunérations en violation de la Constitution ?

Un scandale d’État qui ne serait toléré dans aucune grande démocratie du monde.

L’affaire Delevoye est un scandale d’État.

Elle révèle au grand jour la gangrène, l’amateurisme, le mépris des institutions et de l’État de droit, et le sentiment de totale impunité qui se sont répandus au sommet du pouvoir et d’une partie de la haute administration française.

Encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Dans aucune démocratie digne de ce nom, un tel forfait contre la Constitution ne serait possible sans que l’ensemble des médias, des partis politiques et de l’opinion publique ne s’en indignent et sans que les sanctions les plus dures ne soient immédiatement prononcées contre les protagonistes.

L’UPR estime que – sauf à laisser la France sombrer dans le discrédit complet des institutions et bientôt dans l’anarchie et le chaos – les conséquences de cette affaire d’État doivent être les suivantes :

1) Édouard Philippe doit immédiatement démissionner,

2) Marc Guillaume être révoqué de son poste de secrétaire général du gouvernement et des poursuites judiciaires doivent être engagées à son encontre en application de l’article 40 du Code de procédure pénale qui pose :

« Toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire qui, dans l’exercice de ses fonctions, acquiert la connaissance d’un crime ou d’un délit est tenu d’en donner avis sans délai au procureur de la République et de transmettre à ce magistrat tous les renseignements, procès-verbaux et actes qui y sont relatifs. »

3) Si Édouard Philippe ne démissionne pas, Macron doit exiger de lui sa démission.

4) Si Macron ne le démet pas, l’Assemblée nationale, y compris la majorité « En Marche », doit engager une motion de censure et censurer le gouvernement pour provoquer le départ d’Édouard Philippe.

5) Face à la dislocation de plus en plus rapide de tout l’édifice constitutionnel que Macron laisse faire (quand il ne le provoque pas lui-même !), LFI, le RN, LR, le PS, EELV et le PCF doivent lancer la procédure de destitution de Macron sur la base de l’article 68 de la Constitution.

—–

L’UPR note que, si ces parlementaires avaient lancé cette procédure comme nous le leur avons demandé depuis un an sur la base de notre dossier listant 13 violations de la Constitution par le président de la République, un formidable coup d’arrêt aurait été mis aux agissements anticonstitutionnels de l’exécutif même si la procédure n’avait pas été jusqu’à son terme du fait du blocage prévisible des parlementaires de LREM.

Si les partis dits d’opposition continuaient à refuser de lancer la procédure de destitution, ils accorderaient un nouveau blanc-seing à Macron et à sa clique pour disposer de la France à leur discrétion et selon leur bon plaisir.

Source : Communiqué de presse de l'UPR

mercredi 18 décembre 2019

Comment Macron offre les retraites aux financiers les plus rapaces

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Via LBSJS

Aux syndicats ! C'est pas le pivot, c'est le point !

lordonretraites.PNG Explications de Frédéric Lordon (excellentes, jusqu'à ce qu'il parle d'autre chose et sorte de son domaine de compétence, comme d'habitude depuis quelques années...). Cliquer sur l'image (pour vous éviter la vision du "philosophe" jouissant de son image dans le miroir, il est prudent de se contenter du son...

Mais comme, sauf erreur, il oublie soigneusement de faire le lien avec l'UE et l'euro, suivant en cela scrupuleusement les directives de son parti (un parti qui n'existe pas, donc trop belle la vie, il n'est pas "compagnon de route" et n'a pas plié à la discipline du parti qui n'existe pas. MAIS, il s'est bien battu, mais depuis sa défaite, il se fout JUSTE DE NOTRE GUEULE!...)

asselineauretraites.PNG "On parle de la destruction des retraites en France". Cliquer sur l'image pour voir la vidéo, un peu moins auto-suffisante, quoique...

friotminaude.PNG Les gros plans sur les Minauderies de Lancelin (qui a l'air de n'y entraver queue dalle !) découragent totalement d'écouter les explications de Friot, mais il faut essayer, le Concierge n'ayant pas le temps de couper... Cliquer sur l'image pour voir la vidéo (attention âmes sensibles, l'image est d'une telle vulgarité que nous vous conseillons de vous limiter au son.

enjeudesretraites.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Lire aussi :

L’enjeu central pour eux est de baisser, partout en Europe, les salaires, les retraites et les allocations sociales, de précariser les contrats, limiter le droit de grève, réduire les dépenses sociales dans les dépenses de l’État, privatiser, etc.

Fonds vautours et institutions européennes s’attaquent à nos logements

Plusieurs organisations européennes se sont réunies les 25, 26 et 27 octobre 2019 dans le cadre de l’évènement RetakeTheCity à Amsterdam. Le panel de participant.e.s était très riche avec d’une part des représentant.e.s de mouvements sociaux investis dans les luttes pour le droit au logement : Habita (Portugal), Socialise housing now (Roumanie), le syndicat des locataires Witten (Allemagne), Bond precaire (Pays-bas), des organisations alliées : FEANTSA, CEO, TNI, Observatorio Code et Rosa Luxembourg ainsi que des chercheu.r.se.s de différentes universités : Gand, Manchester et Amsterdam. Cet évènement a été organisé par Global housing debt avec l’aide de nombreux bénévoles et du CADTM.

Face au constat alarmant de la situation du logement dans différentes villes européennes comme Amsterdam ou Berlin, il nous a semblé nécessaire d’organiser un espace commun de discussion pour approfondir nos réflexions sur les acteurs de la finance qui impactent de plus en plus nos possibilités d’habiter _ les fonds vautours _ et sur les pistes d’actions communes à envisager.

Depuis quelques années, les fonds vautour augmentent leurs investissements dans le logement avec l’aide des institutions européennes, et de la BCE en particulier, et deviennent propriétaires de parcs conséquents comptant parfois plusieurs milliers de logements. Une des méthodes pour acquérir ces logements, est le rachat de prêts hypothécaires toxiques détenus par les banques à des prix très bas. Malgré des recapitalisations massives, le bilan des banques étant toujours alarmant, elles se débarrassent de leurs prêts non-performants (non-performing loans – NPL) en les vendant massivement à ces fonds. Cela n’est rien d’autre que la démonstration de ce que nous disons depuis longtemps : la recapitalisation des banques a eu un double impact sur la population, par en haut puisqu’elle les a payés de sa poche, et par en bas puisque les fonds vautour, qui ont finalement tiré profit de l’échec des recapitalisations, lui demandent des restes. En effet, l’activité des fonds vautours dans le secteur du logement n’a d’autre conséquence que l’augmentation brutale du coût de la vie. C’est à la population de payer pour cet échec, encore une fois…

Mais le rachat de prêts toxiques n’est pas le seul moyen par lequel les fonds vautour s’accaparent de stocks immenses de logement. Ils agissent également comme des acquéreurs traditionnels à des échelles qui leur permettent de réduire le prix à l’unité. Ils procèdent ensuite à ce qu’on appelle en anglais les « renovictions », les rénovations qui mènent à des expulsions, c’est-à-dire qu’ils utilisent des prétextes tels que l’amélioration des performances énergétiques des bâtiments, pour rénover et augmenter les prix des loyers. Aussi, comme c’est le cas en Espagne actuellement, ils achètent de grands stocks pour les revendre par après en petites unités et faire de juteux profits. Cela engendre des gentrifications violentes car rapides et importantes.

Des fonds vautours comme Blackstone, Apollo ou encore Vonovia, pour n’en citer que quelques-uns, deviennent ainsi des grands propriétaires et gèrent des parcs de logement comptant des milliers d’unités. Dans certaines villes, ils détiennent plus de logement que le public. Cela pose de graves problèmes : hausse des loyers, expulsion, gentrification, discrimination d’accès, etc. Leur taille énorme, leur puissance, ainsi que le soutien que leur apporte l’Union européenne, laisse présager un avenir très dur pour l’ensemble des populations européennes. Les cas de Lisbonne, Madrid et Berlin sont assez parlant à ce sujet et ont été présenté lors de Retake the City

Lire la suite et les études de cas sur le site du CADTM dont cet article est repris

PS(sic)

Les mêmes s'attaquent aussi à nos retraites....

Le Concierge

mardi 17 décembre 2019

Il y a trois ans..."Loi travail : la responsabilité historique des Députés, des syndicats, des Intellectuels, et des mouvements sociaux"

Nous republions cet article, non pas pour le plaisir de re-citer les noms cités, qui font ce qu'ils peuvent dans les limites de leur intérêt de classe. Mais parce qu'il faut que les travailleurs en lutte, en lutte finale car Macron ira jusqu'au bout en mode Thatcher (ce qui passe par la destruction de la seule chose qui puisse encore résister : la SNCF) sachent que notre destin est dans leurs mains, dans leurs luttes. Ici, et maintenant. Et que le soutien et la solidarité doivent être totaux. Ici et maintenant. Non, la manifestation ne mène pas à l'élection, M. Mélenchon. Non, Messieurs Lordon et Ruffin (qui veut "ouvrir le dialogue avec le gouvernement", ben voyons !), la succession des défaites ne mène pas à la victoire mais à la défaite finale.

Le Concierge

Comme prévu, la responsabilité du gouvernement est engagée via le 49.3 sur la loi El Khomri. Donc la responsabilité des Député(e)s est engagée. Celle des mouvements sociaux aussi.

Est engagée la responsabilité des opportunistes de premier rang : Députés « frondeurs » ou soit-disant tels (sans compter les opportunistes de second rang comme Emmanuelle Cosse - membre du gouvernement DONC solidaire du texte - même si son « compagnon » se charge de mettre en musique à quel milieu prédateur, régi par un Code datant de Cro-Magnon et réactualisé par King Kong théorie, on a à faire. Et ses turpitudes sont bien faites pour cacher celles de sa compagne qui plaque tous les travailleurs, et bien plus encore les travailleuses, de ce pays, contre un mur des Fédérés pour essayer de leur donner un autre type de baiser qui est celui de l'exploitation et de la mort sociale). Il faut faire tomber Valls et Macron, c'est à dire voter la censure. Maintenant ou jamais. Que cette loi passe et la gauche sera définitivement morte. Ces Députés prétendument « frondeurs » auront du mal à s’en remettre, et le seul appel qu’on puisse leur faire est celui de leur survie politique à moyen terme (à court terme, cela se paiera de leur mandat.) L’occasion est trop belle pour des opportunistes de se refaire un semblant de virginité. Qu’ils la saisissent puisqu’on en est là en matière de « représentation ».

Celle des mouvements sociaux. « La gauche ne peut pas mourir » dixit Frédéric Lordon. Pour lui la lutte contre la loi El Khomri était un « prétexte ». Et les luttes locales (c’est à dire les luttes des gens là et dans les conditions où ils vivent) vouées à l’échec sectoriel. Qu’a-t-il proposé en lieu et place ? Un festival politique, Place de la République. Bravo ! Bravissimo ! On imagine que les accapareurs de la plus-value du travail utilisent aussi le « périscope » pour dénombrer le nombre de manifestants à proximité de l’Assemblée Nationale, le soir où El-Khomri, dépourvue de majorité, a prononcé la « réserve de vote ». C’est le résultat concret de votre « travail » de "montée d'un niveau", M. Frédéric Lordon ! Bravo, Bravissimo !

Ruffin avait proposé de donner son corps à la lutte « pour un an ». Merci du peu. À lire le dernier Fakir, ça n’aura pas duré deux mois. Pas grave, son corps n’ayant rien de thaumaturge, on s’en fout. Mais ces deux-là pourraient bien être les idiots utiles qui auront inventé le hashtag #NuitDebout qui comme #JesuisCharlie est l’oraison funèbre de l’idée même de « République sociale ». Frédéric Lordon se fout de la loi El Khomri. Normal, il sera le dernier touché. Oh, certes, les fonctionnaires sont aussi visés par la loi, à travers le Compte d’Activité Personnalisé. Mais on peut penser que les diplômés des grandes écoles directeurs de recherche au CNRS (« La Noblesse d’État ») auront, au pire, des problèmes de reproduction sociale pour leur progéniture éventuelle : et encore, devenu star mondiale de la contestation intellectuelle française (les Badiou, Rancière et autres pitres ayant fait leur temps), ça devrait bien se passer dans un monde « mondialisé ». Ça s’appelle l’aveuglement de classe, tout simplement, ou le « biais scolastique » de façon plus Bourdieuso-Austino tordue !

Essayer de suivre « Nuit Debout » depuis le fin fond du Département rural le plus excentré, et le plus pauvre, de France est un bon exercice. On y cherche en vain le moindre contenu inscrit dans les luttes depuis 1995 et les mobilisations victorieuses contre le « plan » Juppé. Aucune continuité visible. Rien n’a été transmis en 20 ans, alors qu’il y a 20 ans nous étions quelques-uns à essayer de transmettre l’expérience des luttes qui avaient précédé depuis la Libération, que nous ne connaissions que par bribes, et dont nous cherchions à empêcher l’effacement. Même le Monde Diplomatique, qui pleure chaque année (comme Acrimed sur Radio Debout : Malher de Malher, quelle indécence alors que vous ne faites plus rien depuis au moins 10 ans de faire tapiner des salariés précaires pour quémander 60000 EUR comme la dernière des paroisses de la gauche soumise à son évêque !) pour recueillir des dons sensés asseoir son indépendance alors qu’il est loin d’être pauvre, a succombé à la logique du marché : qu’il libère ses archives 1995-2005 payantes en ligne dans un moment pareil, cet Arpagon !

Du contenu ? Rien. Absolument rien. Et alors que tous les contenus sont disponibles et ont été produits et publiés au prix de tant de sacrifices... Je pense à Agone, dont j’étais. Je pense à Balbastre (Dis-moi François Ruffin, tu vas lui en filer un peu de tune à Gilles sur le fric qui va enfin rentrer à Fakir, là ? Lui faire un tout petit plus de pub que tu as fait semblant de faire ? Parce que les Mutins de Panurge, ils ont des tunes mais par pur opportunisme. Et ils partagent pas trop... Donc tu vas peut-être avoir les moyens de financer les « purs » qui n’ont besoin que de budgets de merde, assurent le retour sur investissement par leur talent et leur conscience politique, et sont même capables de dire merci en se faisant arnaquer sans s’en rendre compte?). « Nuit Debout n’est qu’un média », écrivions-nous. Mais le nerf de la guerre, ce qui relie, ce n’est plus la religion (« religere »), c’est le média ! Alors passer du webmanager de radios (d’autant plus de marché qu’elles sont réputées indépendantes - start-ups de la « Fabrique du consentement ») dépolitisantes, Rémi Buisine, à Xavier Renou (Sciences Po Paris viré de Greenpeace pour l’inefficacité de ses campagnes purement médiatiques contre le nucléaire et persuadé que le changement social viendra du marketing !) pour « Télé-Debout », ce n’est même pas passer de Pujadas à Élise Lucet ! La télévision « publique » fait mieux ! Quant à Radio Debout, initiée par ceux qui se sont écrasés face à Mermet, on ne peut guère en attendre qu’ils aillent jusqu’au bout de leur logique de légitimation : « il faut avoir les moyens de faire, OK, tout est dégueulasse, mais il faut avoir des moyens de production ». Si c’était un choix, ben maintenant que vous les avez, vous filez le bébé à Cyran ? (« Si tu veux faire la Révolution, je te file mon 06 »?).

Bref. Il faut mettre la pâtée à la loi El-Khomri. Tout en découle. C'est tellement évident que depuis le début, ça aurait dû être le seul objectif. Ah les intellectuels ! Il n’y a que ceux qui ont le cul dans le beurre et pratiquent la Distinction académique et politique de gauche qui ne l’ont pas compris. Sont juste pas concernés par le sort commun, vulgaire. Et nous envoient dans le mur capitaliste en prophétisant la fin du capitalisme (qui a depuis longtemps synthétisé les produits chimiques qui nettoient le sang social résultant des bavures intellectualistes sur les baskets, cher Frédéric Lordon.)

Lorsque j’ai eu vent de cette loi, j’ai écrit un petit texte en pensant « tract ». Il manque un peu d’ouverture, de « Pour » face au « Contre ». J’avais fait le déplacement à la Bourse du Travail... Mais cette réunion n’était là que pour entériner des décisions déjà prises (et Frédéric Lordon rapporte à longueur d’interviews - qu’il ne donne pas puisque qu’il les donne à des « médias alternatifs » qui ne le sont plus depuis 10 ans et courent la reprise par le mainstream qu’ils relégitiment ! - que ce sont les siennes, d’ « idées », donc de quelqu’un qui n’a aucune idée de la sociologie du pays ni aucune expérience des luttes sociales.)

C’est un peu comme les AG des gens qui passent Place de la République...

Pas de représentation, donc pas de mandataires, donc pas de mandants, donc pas de démocratie, tout simplement...

À ceux et celles qui ont le pouvoir au-moins de la parole parce que nous y avons cru, là maintenant, TOUS ENSEMBLE contre la loi « travaille !» .

S'il vous plait. S'il vous plait... Soit on gagne, soit c'est le fascisme.

S'il vous plait, s'il vous plait, s'il vous plait...

« On touche à l’os » dixit Gérard Filoche. Un socialiste. Qui vaut plus que tous les socialistes honteux qui « ne revendiquent rien ». Car ils ont déjà tout. Et pourront bien aller se réfugier où ils voudront si nécessaire et passer pour des héros.

S'il vous plait...

Et s'il ne vous plait pas, cette fois-ci, j'espère bien que nous vous passerons sur le corps

Vive la République sociale, démocratique et solidaire,

Vive la Sociale

Le Concierge

samedi 14 décembre 2019

Adresse solennelle de la Cgt-Energie-Paris

addressecgt.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Don au Musée de Patrick Taliercio

Voir aussi:

ΔΕΗ: APRÈS LES CENTRALES THERMIQUES , LA SOCIÉTÉ S’APPRÊTE À VENDRE LES CENTRALES HYDROELECTRIQUES

Main basse sur l'énergie

vendredi 13 décembre 2019

"Baise ton prochain : Une histoire souterraine du capitalisme"

baisetonprochain.PNG Cliquer sur l'image pour voir la conférence de Dany-Robert Dufour, auteur du livre qui donne le titre à ce billet, publié aux Éditions Actes Sud

« Là où la propriété est suffisamment protégée, il serait plus facile de vivre sans argent que sans pauvres, car qui ferait le travail ?... s'il ne faut donc pas affamer les travailleurs, il ne faut pas non plus leur donner tant qu'il vaille la peine de thésauriser. Si çà et là, en se serrant le ventre et à force d'une application extraordinaire, quelque individu de la classe infime s'élève au-dessus de sa condition, personne ne doit l'en empêcher. Au contraire, on ne saurait nier que mener une vie frugale soit la conduite la plus sage pour chaque particulier, pour chaque famille prise à part, mais ce n'en est pas moins l'intérêt de toutes les nations riches que la plus grande partie des pauvres ne reste jamais inactive et dépense néanmoins toujours sa recette... Ceux qui gagnent leur vie par un labeur quotidien n'ont d'autre aiguillon à se rendre serviables que leurs besoins qu'il est prudent de soulager, mais que ce serait folie de vouloir guérir. La seule chose qui puisse rendre l'homme de peine laborieux, c'est un salaire modéré. Suivant son tempérament un salaire trop bas le décourage ou le désespère, un salaire trop élevé le rend insolent ou paresseux... Il résulte de ce qui précède que, dans une nation libre où l'esclavage est interdit, la richesse la plus sûre consiste dans la multitude des pauvres laborieux. Outre qu'ils sont une source intarissable de recrutement pour la flotte et l'armée, sans eux il n'y aurait pas de jouissance possible et aucun pays ne saurait tirer profit de ses produits naturels. Pour que la société -(qui évidemment se compose des non-travailleurs) soit heureuse -et le peuple content même de son sort pénible, il faut que la grande majorité reste aussi ignorante que pauvre, Les connaissances développent et multiplient nos désirs, et moins un homme désire plus ses besoins sont faciles à satisfaire [1]. »

Bertrand de Mandeville (1770)

via Librairie Tropiques

Notes

[1] B. de Mandeville : « The fable of the Bees », 5° édition, Lond., 1728.

Pour les vautours, il est moins 5 avant la fin de la retraite par répartition

bnpretraites.PNG Collections du Musée de l'Europe

Voir aussi : Comment Macron offre les retraites aux financiers les plus rapaces

mardi 10 décembre 2019

A la Commission européenne, le temps des copains

Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de l’exécutif européen, vient de nommer l’un de ses très proches, Jens Flosdorff, conseiller en communication de son cabinet avec rang de directeur général adjoint, une fonction d'ordinaire remplie par le chef du Service du porte-parole de la Commission, avec simple rang de directeur.

La Commission a une apparence – une administration publique européenne au service des citoyens – et une réalité – une vaste machine à promotion des copains et des coquins. Ursula von der Leyen, la nouvelle présidente de l’exécutif européen, vient d’en faire une nouvelle fois la démonstration en bombardant l’un de ses très proches, Jens Flosdorff, un homme charmant au demeurant, conseiller en communication de son cabinet avec rang de directeur général adjoint (DGA) de grade AD15, soit l’une des plus hautes fonctions (il n’y a que directeur général au-dessus) et l’un des plus hauts grades (AD16 est le maximum) de la fonction publique communautaire.

C’est une véritable fonction de vice-roi que va occuper Flosdorff au sein du cabinet de Von der Leyen : ce n’est pas un hasard s’il a le même grade que le chef de cabinet, Bjoern Seibert, un autre très proche qui occupait le même poste au ministère allemand de la Défense, celui-ci ayant cependant le rang de directeur général (une pratique instaurée par José Manuel Durao Barroso pour donner au chef de cabinet l’autorité nécessaire). Flosdorff va donc émarger à environ 17 000 euros par mois… Pas mal pour un ancien journaliste du quotidien populaire Bild qui ne connaît strictement rien aux affaires européennes et n’a comme mérite que de suivre Von der Leyen depuis une quinzaine d’années dans les mêmes fonctions.

Fonction dédoublée

Non seulement c’est la première fois qu’un simple communicant est à ce point choyé, mais c’est aussi la première fois qu’un président de la Commission s’offre le luxe d’un tel conseiller. Normalement, ce rôle est tenu par le chef du Service du porte-parole (SPP) qui gère non seulement la communication du président, mais celle de tous les commissaires via une équipe de porte-parole et attachés de presse, les petites mains qui font le boulot au quotidien. Mais Von der Leyen a décidé de dédoubler la fonction entre, d’une part, le Français Eric Mamer, chef officiel du SPP, mais qui n’a rang que de directeur (certes payé AD15), et, d’autre part, Flosdorff qui le coiffe puisqu’il a rang de DGA.

Pourquoi une telle solution qui coûte cher au budget communautaire (à eux deux, ils vont toucher deux millions d’euros de salaire sur cinq ans) ? Tout simplement parce que Flosdorff ne pouvait pas occuper le poste de chef du SPP, car il ne parle pas français, une condition sine qua non, les deux langues de la salle de presse étant l’anglais et le français. Autrement dit, il n’avait pas les qualifications requises. Qu’importe donc, Ursula von der Leyen a su trouver une solution imaginative pour trouver une place à son protégé !

Mauvaises manières de Martin Selmayr

Quel sera exactement le rôle de Flosdorff, sachant que la gestion quotidienne du SPP sera assurée par Eric Mamers et son adjointe, la Roumaine Dana Spinant ? On ne voit guère, si ce n’est parler à la presse allemande, ce qu’il fait d’ailleurs très bien selon mes confrères. Mais 17 000 euros par mois, n’est-ce pas exagéré dès lors qu’il s’agit d’argent public et quand on sait qu’une partie de plus en plus grande des tâches de l’exécutif européen sont assurées par des contractuels sous-payés faute de budget suffisant ?

En réalité, ce sont les mauvaises manières instaurées par Martin Selmayr, l’ancien secrétaire général de la Commission, qui se poursuivent. Quoi d’étonnant lorsqu’on constate que la conseillère que Von der Leyen a chargée de l’administration dans son cabinet est la Bulgare Jivka Petkova, une proche de Selmayr qui l’avait imposée dans l’équipe de transition de la nouvelle présidente. En la conservant auprès d’elle, celle-ci a vite compris le parti qu’elle pourrait en tirer, comme le montre le job en or dont hérite Flosdorff.

Jean Quatremer

Article paru dans Libération sous ce titre

mercredi 4 décembre 2019

Il y a 20 ans : Eyes Wide Shut

Les yeux grand fermés de la critique

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"- Tu connais quelqu'un ici, demanda Alice ?"

Au risque de se perdre, un couple de New-Yorkais de la Upper Middle Class, à l'existence bien réglée et aux valeurs qui lui donnent sens, formant comme une bulle qui les protège en les enfermant, à l'image de leur appartement, est plongé, le temps d'une soirée, dans un univers qui n'est pas le sien, celui de la jet set. Formant comme un îlot parmi les danseurs, Bill et Alice, séparés, dérivent bientôt dans ce champ de forces, objets de toutes les séductions, tentant d'opposer leur faible inertie et leur volonté anesthésiée, comme dans un rêve éveillé, au Charme qui les emporte, prenant la forme de deux mannequins pour Bill et d'un séducteur hongrois pour Alice.

Adultère à l'étage vite fait pour Madame ? Triplette coquine pour Monsieur ? Vous n'y êtes pas. Car l'hôte des Harford (Sydney Pollack) a des soucis : la dame avec laquelle il s'envoyait en l'air a des vapeurs. (le Nouvel Observateur)

La distance sociale entre Bill et ses hôtes, brouillée par sa qualité de médecin qui lui sert de passe-partout tout au long du film, apparaît sans équivoque lorsqu'il reconnaît, en la personne du pianiste, un ancien condisciple, qu'il salue de façon aussi convenue qu'inconvenante, déplacée en égard au contexte (à grandes tapes dans le dos), abolissant un instant la frontière entre la scène et la salle et les deux mondes qu'elle sépare. Transgression rapidement interrompue par l'arrivée de deux "employés" du maître des lieux, que Bill hésitera un instant à suivre, quelques minutes plus tard, à son tour sollicité pour ses compétences professionnelles et, inséparablement, remis à sa place, avec à peine un supplément d'égards par rapport au pianiste, qui semble bien incarner le double raté du docteur Harford. Supplément qui vaudra à l'un d'être battu et sans doute assassiné et à l'autre de n'être que suivi et intimidé, comme deux trajectoires strictement parallèles conservant leur écart initial.

Kubrick et son scénariste, Frederic Raphael (un exilé comme lui), semblent singulièrement déphasés en ce qui concerne la vie new-yorkaise, et moralisateurs dans leur condamnation dégoûtée de la dépravation des nantis (principalement incarnée par Victor, le personnage joué par Sidney Pollack). (Libération)

Si Alice est à la fois consciente de l'existence de forces qui la gouvernent et attentive, parce que décalée, à l'étrangeté et au danger des mondes qui l'entourent, tel n'est pas le cas de Bill qui, médecin et se vivant totalement comme tel (véritable archétype de feuilleton télévisé, qu'il ausculte une patiente, ranime la victime d'une overdose, réconforte la fille d'un défunt ou mente à sa femme pour cause de secret professionnel), semble traverser les univers sociaux sans les voir. Cantonnée à une existence de femme au foyer, entretenant, matériellement et symboliquement, la cohérence du rêve éveillé dans lequel vit son mari et le fragile équilibre qui les protège, Alice est en proie à une activité onirique intense, pendant de la lucidité particulière que lui confère sa faible implication dans le réel. Et c'est la conscience aiguë des gouffres insondables au-dessus desquels navigue son mari, avec l'assurance d'un bienheureux, qui provoque un fou rire nerveux et libérateur, faisant éclater cette illusion du réel dont il lui demande d'être garante.

Sa fidèle épouse lui avoue qu'elle se serait bien tapé un officier de marine, et que d'ailleurs le fantasme la hante. Notons au passage la constance des toquades de la belle, qui sélectionne à l'évidence ses amants putatifs au rayon séries télévisées. (le Nouvel Observateur)

A la manière du jeune Marcel et des héros hitchcockiens, c'est à dire de tous les petits-bourgeois qui croient au spectacle d'un monde qui se donnerait d'emblée dans sa vérité objective, mais aussi avec le même moteur - la sexualité - le docteur Harford passe alors progressivement de l'autre côté du miroir. Promenant, comme un sésame, sa carte de médecin, à laquelle il s'identifie tout entier, il commence une errance dans la ville qui le mène, en une nuit, de bas en haut de l'échelle sociale, comme s'il cherchait à se situer dans un monde où il se découvre en porte-à-faux.

Un vrai catalogue de situations de baise, mais sans la baise (Tom Cruise reçoit les avances d'une orpheline, d'une Lolita vendue par papa, d'une jeune prostituée puis de sa copine, sans oublier l'attitude ouvertement provocante d'un employé d'hôtel). Catalogue qui culmine dans la grande scène partouzarde, où il mate (sans toucher) des couples aux visages couverts de masques vénitiens... (le Nouvel Observateur)

Egaré dans un quartier qui n'est pas le sien, il est pris à partie dans la rue par des jeunes pour qui son hexis l'identifie à un homosexuel, comme souvent le bourgeois maniéré perçus par les classes populaires (où la virilité fonctionne comme capital). Il se laisse ensuite entraîner par une prostituée, jouant maladroitement au client, peu enclin à l'amour vénal, dont il ignore tout des codes, emprunté et une fois de plus déplacé, retrouvant des réflexes, quasi-professionnels, de bon samaritain, face à une "lady in distress" à laquelle il apportera un cadeau le lendemain. Ce n'est qu'à ce moment qu'il abusera du charme que lui donne sa condition sociale sur une autre femme (avec la même autorité qu'avec la cafetière, sa secrétaire, ou à la réception de l'hôpital) qui résiste difficilement à son emprise, un peu comme Alice face au Hongrois, pour le ramener finalement à un autre ordre de réalité qu'il connaît bien, la maladie et, du même coup, à ce qui fonde son être social (cette scène est rigoureusement symétrique à celle où il est invité, devant le lit du défunt, à passer du rôle de médecin à celui d'amant, basculement de cadre dont sa femme lui a suggéré la possibilité quelques heures auparavant).

Un homme impuissant, refusant le passage à l'acte, toujours placé en infériorité vis-à-vis de ses partenaires. Le nanisme de Tom Cruise est l'un des effets visuels les plus saisissants du film. Cet écrasement progressif de la figure d'une star de cinéma, la mise en pièces de son machisme n'était donc envisageable qu'avec un comédien qui portait en lui cet amoindrissement. (Le Monde)

Univers suivant, en accord avec le quartier, la boîte aux trois quarts vide où se produit l'ancien condisciple devenu pianiste et qui, comme Bill, doit à sa profession de passer d'un espace social à un autre, mais quant à lui par la porte de service, sans ambiguïté possible sur la position qu'il occupe, celle de la muse vénale de Baudelaire . Structure de position déjà évoquée au sujet de la scène de réception et que l'on retrouve, dramatisée, au cours de la soirée masquée dans laquelle s'introduit Bill, se mêlant à la foule en se pensant invisible, alors que le pianiste, lui, joue les yeux bandés. Car au-delà de la sexualité qui sert, ici encore, d'appât et de moteur à l'action, c'est encore à l'exploration d'un univers social dont il ne fait objectivement pas partie que se livre le docteur, utilisant pour une fois un autre mot de passe que son identité professionnelle, dans un lieu où ce pouvoir n'a pas cours, ce qui lui vaut de sortir du point aveugle qu'il occupait au cours de la réception. Entraîné, exactement de la même façon, par deux femmes qui ne le distinguent pas des invités légitimes, il est interrompu, exactement de la même façon, mais cette fois mis à nu et renvoyé à sa condition, tout son comportement trahissant, à son insu, avec ou sans masque, qu'il n'est pas de cette société et qu'il ne peut pas en être, aussi sûrement que son hexis le désignait à ses agresseurs dans la rue.

Brouter de la chatte à travers un masque rigide est peut-être l'idée qu'il se fait de l'érotisme ou de la décadence, mais c'est aussi navrant que tous ces seins au moule et ces jambes au mètre dont il semble se repaître.(Libération)

Dans le même temps où Bill explore les différents univers qui composent le monde social et particulièrement le monde du pouvoir, Alice vit l'équivalent dans ses rêves où, livrée aux hommes, elle tient plus ou moins le rôle de l'inconnue qui se sacrifie pour Bill lors de la soirée masquée, occupant d'ailleurs, dans le champ du pouvoir, une position proche de celle du pianiste, et donc de Bill, à qui elle essaie à son tour d'ouvrir les yeux, avant qu'il ne soit trop tard. Au terme de ce voyage initiatique qui met en cause inséparablement l'expérience objective et subjective du monde, la révélation du point de vue aveugle qu'occupait Bill dans l'espace social, le porte au bord de la névrose. Et Ziegler a beau jeu de tenter de renvoyer dans l'ordre du simulacre et du fantasme une vérité avec laquelle il est presque impossible de vivre, dévoilée par une trajectoire qui est sans doute à l'origine de la "vocation" du cinéaste. Car s'il est vrai, comme le pense Bourdieu, que Frédéric avec son indétermination sociale est le double de Flaubert (qui convertit un "destin" en "parti" générateur de l'œuvre) alors Kubrick entretient le même rapport avec le Dr Harford (vivant en une nuit toutes les vies comme en rêve, proche en cela de sa femme qui se réfugie dans la fiction et donc du "point de vue de l'auteur"). La réception critique du personnage de Bill évoque d'ailleurs irrésistiblement la réception critique du personnage de Frédéric (et l'interprétation de son "impuissance"). Et le bêtisier de la réception démontre sans doute que la dénégation, au sens freudien et inséparablement au sens social, "les yeux grands fermés", agit comme un mécanisme de protection indispensable à tous ceux qui occupent la position de Bill, petits invités dans le monde du pouvoir et pouvant cultiver l'illusion d'en être, à condition de ne pas voir et de ne pas subir l'oppression qui frappe leurs homologues, moins privilégiés par leur profession, sur le front social.

Kubrick savait tout de tout, mais rien des humains. (Le Nouvel Observateur)

Cette position est en effet bien souvent celle du critique ou du journaliste. Et la réduction de l'œuvre à "la crise du couple" à travers une analyse purement psychologisante à peine dissimulée sous un vernis psychanalytique, mais aussi à un simple discours, "moralisateur" pour les uns, "humaniste" pour les autres (a-t-on oublié Hitchcock considérant, d'après Truffaut, que "le monde est une porcherie"), permet encore d'éviter de regarder dans le miroir tendu par le réalisateur, en évacuant la dimension sociale, pourtant évidente, à peu près jamais évoquée par les commentateurs, manifestement experts en vie New-Yorkaise et en transgressions sexuelles (et il faudrait ici comparer la réception de Romance et celle de Eyes wide shut pour prendre la mesure du "rêve éveillé" des commentateurs, aux existences qu'on devine bien rangées - et pour cause -, se bluffant eux-mêmes à travers des surenchères dignes d'une cour de récréation, dont on a donné ici un petit aperçu : "Bite, couilles, chatte, voilà, je l'ai dit" pouvait-on lire dans le Monde à la sortie de Romance). Le livre de Daniel Schneiderman, "Le journalisme après Bourdieu" fournit de ce point de vue une multitude d'exemples de cette naïveté, illusion d'en être quand on n'en est pas, qui serait attendrissante si elle ne contribuait pas à entretenir le narcissisme généralisé qui interdit de regarder la réalité en face (éventuellement pour pouvoir la changer) : le journaliste serait celui qui, ayant choisi d'informer, "renonce à signer les traités", et pas du tout l'homologue d'un Dr Harford qui n'incarnerait que l'acteur Tom Cruise formant un couple de niais (?) avec l'actrice Nicole Kidman… Et cette déréalisation permanente du monde est fondée sur un point de vue en quelques sorte "sorti du rang", d'autant plus aveugle qu'il naît d'une expérience au monde social tout à fait particulière, une position dominée dans le champ de pouvoir qui, pour être conservée, doit impérativement s'ignorer en tant que telle au prix du mensonge à soi-même appuyé sur de fortes convictions éthiques qui permettent de se dissimuler et aussi de dissimuler aux autres toute une série de demi-trahisons, imposées par une position en porte-à-faux. Et il ne manque pas de Ziegler pour entretenir ce mal de voir au quotidien, en renvoyant mécaniquement la réalité la plus criante et la plus impensable à l'ordre du "fantasme" et du "simulacre". De ce point de vue, "la guerre économique" elle aussi est "jolie" et l'on se prend à regretter que le Docteur Harford ne se soit pas introduit dans un conseil d'administration plutôt que dans une orgie, même si toute l'œuvre de Kubrick comme dépassement de ce point de vue aveugle (comment ne pas penser à la trajectoire du lieutenant des Sentiers de la gloire, pris entre l'horreur du front et l'arrière des généraux, à la violence de la rue mise en balance avec la violence légale et médicale dans Orange Mécanique, au parcours de Barry Lindon…), fournit les éléments qui permettent de penser la réalité, au terme d'une vie entièrement consacrée à la fiction.

Fidel Castré

1904

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"Le Père de Foucault disait .."Jésus a tellement pris la dernière place que personne n'a pu la lui ravir". Je te joins une icône "écrite " par une petite sœur, ce sont les Béatifiés d'Oran, Mohamed, le chauffeur et ami de l’évêque Claverie est dans le coin en bas à droite, sans auréole....!"

Petite Soeur Christiane-Yvonne de Jésus, la très chère tante du Concierge, qui, il y a bien longtemps, penchée sur son berceau, sans aucune Fée Carabosse en vue...

mardi 26 novembre 2019

Il y a 88 ans : "P le Maudit"

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dimanche 24 novembre 2019

Il ya 11 ans : cours de géographie

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samedi 23 novembre 2019

Force et limite du film « Adults in the Room » de Costa-Gavras

Dans son dernier film, le réalisateur s’emploie à dénoncer le comportement brutal des dirigeants politiques européens durant la crise grecque de 2015. Une démarche fort louable. Mais il est regrettable qu’il passe sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période.

Costa-Gavras est un grand cinéaste dont l’œuvre cinématographique indique un engagement permanent dans la lutte contre les injustices. Les films politiques qu’il a réalisés contribuent à lever le voile sur des périodes noires, dramatiques du XXe siècle : Z (qui porte sur les luttes politiques en Grèce au cours des années 1960), Missing (la dénonciation des méthodes répressives des dictatures du Sud de l’Amérique latine dans les années 1970 et le soutien que leur apportait le gouvernement des États-Unis), L’Aveu (dénonçant les procès staliniens dans le bloc soviétique), Amen (mettant en évidence la passivité, voire la complicité, du Vatican face aux crimes des Nazis et à l’holocauste), Le Capital (une dénonciation du capitalisme contemporain). Ces films font partie du patrimoine culturel commun de ceux et celles qui luttent pour mettre fin aux injustices.

Le film Adults in the Room enrichit cette œuvre et il est très positif qu’après Z, Costa-Gavras consacre à nouveau un film à des événements qui concernent la Grèce et qui ont secoué l’Europe en 2015.

Varoufakis, le témoin clé

La cible principale du film est le comportement brutal des dirigeants politiques européens à l’égard du gouvernement grec, leur acharnement à empêcher le gouvernement d’Alexis Tsipras de rompre avec l’austérité imposée par ces mêmes dirigeants européens à travers les mémorandums (Memorandum of Understanding ou MoU) qui, comme l’affirme Yanis Varoufakis dans le film, ont bénéficié aux grandes banques allemandes et françaises sur le dos du peuple grec.

Pour construire sa narration, Costa-Gavras a repris celle contenue dans le livre écrit par l’ancien ministre des Finances au point qu’il a donné à son film le même titre, Adults in the Room.

En s’appuyant sur le témoignage de première main de Varoufakis, Costa-Gavras a réussi à révéler au grand jour le comportement totalement antidémocratique des dirigeants européens. C’est un élément important.

Des éléments oubliés

Bien sûr, il est impossible de présenter en deux heures dans toute sa complexité ce qui s’est passé en Grèce et en Europe au cours d’une période de six mois. Néanmoins, il est regrettable que Costa-Gavras ait passé sous silence un certain nombre d’éléments marquants de cette période. Ainsi, il ne fait pas état des marques de solidarité qui se sont exprimées en Europe à l’égard du peuple grec à des moments clés des négociations. Varoufakis les mentionne pourtant dans son livre et il aurait été possible de montrer que pendant que se déroulaient d’interminables négociations à Bruxelles ou dans d’autres lieux (Francfort ou Athènes), avaient lieu des manifestations de soutien au peuple grec qui ont réuni des milliers de personnes. Varoufakis reconnaît lui-même que ces manifestations ont été fortes les rares fois où Tsipras et lui-même ont montré publiquement des signes de résistance à la Troïka. De même, il aurait été également fondamental d’insister davantage sur des citoyennes et des citoyens en Grèce alors que Costa-Gavras ne les montre qu’à travers les vitres de l’automobile dans laquelle se déplacent Varoufakis et Tsipras un peu après la formation du gouvernement à la fin janvier 2015.

Un peuple absent

À l’exception d’une scène où Varoufakis se trouve au restaurant avec des amis, le peuple est littéralement absent du film. Celui-ci a l’apparence d’un huis clos fait de discussions sans fin et Costa- Gavras a du mal à faire ressortir les étapes de la négociation. Même si le cinéaste affirme s’en tenir à la narration présentée par Varoufakis, deux éléments tout à fait fondamentaux sont présentés de manière profondément déformée. Le premier élément : Costa-Gavras fait comme si Tsipras et Varoufakis s’étaient opposés jusqu’au référendum de juillet 2015 à la poursuite du mémorandum alors que Varoufakis reconnaît que le 20 février et les jours qui ont suivi il a accepté au nom du gouvernement grec le prolongement pour une durée de quatre mois du mémorandum qui était en cours d’exécution et qui devait expirer à la fin février 2015.

Non seulement Tsipras et Varoufakis ont été d’accord de prolonger le mémorandum mais ils ont en outre poursuivi les privatisations auxquelles ils avaient promis de mettre fin et ils ont vidé les coffres de toutes les institutions publiques afin de rembourser les créanciers de la Troïka. Alors que Varoufakis explique dans son livre qu’il a proposé aux autorités chinoises de finaliser l’acquisition de l’ensemble du Port du Pirée et d’y ajouter la vente des chemins de fer grecs, il n’y est pas fait référence dans le film.

Une version trompeuse

Le second élément qui est déformé concerne la façon dont le noyau autour de Tsipras a réagi à la victoire du Non au référendum. Il faut rappeler que Tsipras en convoquant le référendum pour le 5 juillet avait appelé le peuple grec à voter pour le Non afin de refuser les exigences des créanciers. Dans une des scènes finales du film on voit Tsipras et ceux qui l’entourent se féliciter avec enthousiasme de la victoire du Non alors que Varoufakis explique lui-même qu’il est convaincu que Tsipras misait sur la victoire du Oui afin d’avoir la légitimité pour capituler. Donc ici Costa-Gavras a pris la liberté de ne pas suivre la narration de Varoufakis et de donner une version trompeuse de ce qui s’est passé réellement. La vérité est que Tsipras a été surpris par la volonté du peuple grec de résister encore une fois aux créanciers en votant pour le Non à plus de 61 %. Plusieurs témoins clés sont formels : quand Tsipras et son entourage ont appris la victoire du Oui ils n’ont manifesté aucun enthousiasme. Zoé Konstantopoulou, présidente du parlement grec et, à ce moment-là, amie de Tsipras, le dit très clairement. Varoufakis d’ailleurs ne prétend pas le contraire.

Une liberté oubliée

Par contre, sur un autre point, Costa-Gavras a décidé de respecter la narration de Varoufakis qui dans son livre de 500 pages ne fait aucune mention de l’audit de la dette grecque qui était en cours en Grèce pendant le premier semestre 2015. Pourquoi Costa-Gavras qui a pris la liberté d’inventer de toutes pièces une scène de célébration de la victoire du Non n’a-t-il pas exercé sa liberté de créateur pour ajouter dans son film les travaux de la commission pour la vérité sur la dette grecque, commission créée par la présidente du parlement avec le soutien officiel de Tsipras et de Varoufakis ? Alors que le thème de la dette est présent de manière permanente dans le film, pourquoi omettre l’existence des travaux de cette commission alors que celle-ci retenait toute l’attention d’une partie importante du peuple grec ? C’est d’autant plus surprenant et décevant que dans le générique Costa-Gavras fait référence au film L’audit de la dette grecque réalisé par le cinéaste Maxime Kouvaras en collaboration avec le CADTM. Ce documentaire, cité par Costa-Gavras, est entièrement consacré aux travaux de la commission ainsi qu’à la solidarité qui s’est exprimée en Europe en soutien au peuple grec. Il revient aussi sur le non-respect par Tsipras de la volonté populaire exprimée lors du référendum du 5 juillet 2015.

Une image lissée

D’autres critiques peuvent également être adressées au film : le comportement de la directrice du FMI, Christine Lagarde, et l’attitude d’Emmanuel Macron, ministre de l’Economie de l’Industrie et du Numérique du gouvernement Valls sont présentés de manière erronée. Costa-Gavras dresse d’eux un portrait de personnes respectueuses de la volonté du gouvernement grec et faisant preuve d’empathie à l’égard du peuple grec alors qu’en réalité les deux faisaient front avec les autres dirigeants européens pour mettre le gouvernement grec au supplice et détruire les espoirs de son peuple.

Les critiques que je viens d’exprimer ne m’empêchent pas de remercier Costa-Gavras d’avoir consacré un film au traitement totalement inique auquel a été soumis le gouvernement et le peuple grecs en 2015. Cela offre l’occasion une fois de plus de débattre des leçons à en tirer et de la stratégie à adopter pour éviter qu’un tel désastre ne se reproduise. J’aurais évidemment préféré que le film montre qu’un autre scénario était envisageable et qu’il était possible de vaincre le comportement antidémocratique et les politiques austéritaires dictés par les créanciers.

Article d'Eric Toussaint publié dans le journal Le Soir, le 20/11/2019 et repris du site du CADTM

Comment il était possible d’obtenir une victoire contre les créanciers de la Grèce et quelle stratégie en Europe

Le but de cet article est d’expliquer qu’il y avait une alternative à la politique brutale menée par la Troïka contre le peuple grec et contre le gouvernement Tsipras. L’alternative aurait dû venir du gouvernement Tsipras car celui-ci avait reçu un mandat clair de rupture avec l’austérité et avec la Troïka.

Il ne fallait pas s’attendre à une attitude conciliante de la part des autorités européennes. Il ne fallait pas multiplier les concessions. Il était possible de résister et de remporter une victoire en faveur du peuple grec et des autres peuples.

Les facteurs qui ont conduit au désastre peuvent être énumérés de la manière suivante : le refus du gouvernement Tsipras de prendre des mesures d’autodéfense face à la politique agressive de la BCE, des gouvernements européens, de l’Eurogroupe et du FMI ; le refus de Tsipras et de Varoufakis de faire payer les riches ; le refus d’appeler à la mobilisation internationale et nationale en soutien au peuple grec ; le maintien de la diplomatie secrète et l’annonce à répétition que les négociations allaient finir par donner de bons résultats ; le refus de prendre les mesures fortes qui étaient nécessaires (il aurait fallu suspendre le paiement de la dette, contrôler les mouvements de capitaux, reprendre le contrôle des banques et les assainir, mettre en circulation une monnaie complémentaire, augmenter les salaires, les retraites, baisser le taux de TVA sur certains produits et services, annuler les dettes privées illégitimes, etc.).

Pourtant le dénouement tragique n’était pas inéluctable. Il était possible de mettre en œuvre une alternative crédible, cohérente et efficace au service de la population.

Cet article montre qu’à plusieurs moments décisifs au cours des six premiers mois du gouvernement Tsipras, il était possible et nécessaire d’appliquer une autre politique que celle qui a été suivie. Dans la conclusion, l’article porte sur la scène européenne et avance une orientation internationale.

Lire l'intégralité de l'article d'Eric Toussaint paru sous ce titre sur le site du CADTM

Les mamelles de Zaballah

Les médias français ayant abandonné l'information sur la Tunisie (sans doute à la fois trop "complexe" et en fait trop miroir déformé de la situation française), le Musée de l'Afrique tentera d'assurer ce service public. Mention spécial pour Médiatarte ayant offert un discours de vœux moustachus du Nouvel An au Pt Marzouki l'année de son élection, qui a joyeusement lâché le dossier (et son titulaire pour le remplacer épisodiquement par une rescapée de "Nawaat" dont l'acte de décès tarde à être signé...), trop subtil pour le Moustachisme, pour se consacrer à des affaires de mœurs en style "Nouveau Détective (Moustachu)" (NDM)... (Le Concierge)

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Le leader historique du parti Ennahdha, Zaballah, a été élu ce 6 Octobre 2019 président du Parlement. Il a bénéficié du soutien du parti de Nabil Karoui, comme je l'avais prédit, et vlan ! dans la gueule des Ben Simpsons. Mais c'est quand même incroyable, quand on y pense, ce phénomène de Zaballah que se coltine encore et toujours la Tunisie depuis 40 ans. Alors que nous avons fait élire un président hors-système, un vrai candidat du peuple, nous constatons que Zaballah continue à mener le jeu politique dans le pays...

La nomination toute récente du premier ministre Habib Jemli, inconnu du bataillon, chargé de former un nouveau gouvernement, montre combien un âne ou un mouton auraient tout aussi pu faire l'affaire, tant qu'ils sont issus de la même basse-cour Halal d'Ennahdha. Jemli prétend avoir été déniché par Zaballah au ministère de l'agriculture (comme par hasard ) et ce pour, ne rigolez pas, ses prétendues compétences !

Certes, Ennahdha a gagné les législatives et c'est la loi qui l'oblige à choisir un chef de gouvernement. Cependant depuis que ce parti a pris les rênes du pouvoir (2011), son chef Zaballah nomme son personnel politique selon le principe d'allégeance. Sa seule boussole a été la"moutonnabilité" de ses employés chargés à leur tour de "moutonniser" le peuple. L'écologie, l'urbanisme, l'économie, l'emploi ou encore les nouvelles technologies, il ne connait pas. Son seul dada c'est l'administration des bergers et du bétail humain. L'allahisme, religion qui sied bien à la philosophie du troupeau, est donc un excellent instrument pour asseoir son système. Le reste n'est qu'une histoire de branchement de conduits et de juste équilibrage entre les flux d'argents des pays du golfe et des mafias locales. C'est ça le système Zaballah !

Rendez-vous compte chers amis, que c'est depuis 40 ans que dame Tunisie se coltine ce médiocre personnage. Même lorsqu'il n'était pas au pouvoir, sous Bourguiba et Zaba, il avait déjà réussi à marquer de son empreinte le pays. C'est lui qui a donné de l'eau au moulin des deux dictatures qui s'étaient contre lui posées en rempart. À son retour de l'exil après la révolution, Zaballah a polarisé la vie politique et a su rendre aveugle la bourgeoisie qui a redoublé d'arrogance et de connerie en focalisant sur lui toute son attention. À cause de Zaballah, ils ont voté pour Essebsi et Karoui et sans lui, n'aurait jamais existé une Abir Moussi.

Extrait de l'article publié sous ce titre par le blog Débat-Tunisie

mardi 19 novembre 2019

L'annulation de la manifestation des Gilets Jaunes à Paris a été préméditée

C’était la date anniversaire : un an que des gens anonymes se réunissent le samedi pour protester. Contre l’augmentation du prix du diesel, ricanent certains, jamais confrontés à ce problème. La manif étant autorisée par la Préfecture, partant de la place d’Italie, à deux pas de chez moi et mon mari y allant, c’était tentant. J’y vais, pour la première fois, par solidarité. Nous arrivons mon mari et moi vers 10 heures trente : le rassemblement a déjà commencé au centre de la place d’Italie. Des gens arrivent, de différents côtés, de tous âges, simples, des sourires, des regards, une ambiance chaleureuse. Déjà les deux voies du départ, parcours pourtant choisi par la Préfecture, sont bloquées par une double rangée de casques à visière. Ils commencent peu après à dégoupiller les lacrymo et, le bras en arrière à viser les gens qui bavardent, tranquilles. Ils suivent de l’œil la trajectoire, se déplacent de quelques pas pour éviter l’impact puis reprennent leur conversation.

Un gars très sympa me demande si je suis équipée ? Non pas du tout. Il tire de son sac à dos un masque de papier et des doses de sérum physiologique qu’il me tend. Je m’étonne que ces fumées de lacrymo n’affectent pas—ou si peu—la bonne humeur générale : on voit que les manifestants présents sont rôdés. Une figure des G.J. comme on dit, vient d’être interviewé. Je l’accroche par la manche, je le congratule. Lui me remercie de ma présence : « Il y en a tant, surtout de votre âge, qui se fichent de ce qui arrive aux autres ». Il m’embrasse. Tout ça est spontané, chaleureux. Jérôme Rodrigues parle aussi un peu plus loin face caméra. Je salue l’exercice : difficile de raconter toujours la même chose en gardant sa spontanéité. En fille d’ophtalmologiste, j’observe aussi son œil artificiel : du bon boulot, bravo à l’équipe chirurgicale.

Les jets de lacrymo pleuvent avec une belle régularité sur des gens immobiles. Une jeune femme, une habituée, s’interroge : « Mais pourquoi ils bloquent l’endroit d’où on va partir ? Un autre lui répond : « Bah, parce que c’est pas encore l’heure ; on a l’autorisation pour 14 heures ». Elle poursuit, têtue : « Non, ils barrent les voies autorisées (boulevard Auriol et de l’Hôpital) et pas les autres (Italie, Blanqui et Bobillot) : ça sent la nasse.

Un J.G. signale des gars en noir cagoulés devant le Mac Do. J’essaie de voir mieux. Trois minutes plus tard, on entend le bruit d’une vitrine qui dévale, celle de la banque HSB, je ne sais quoi, bruit très vague parce que les lacrymo crépitent toujours. Désormais des gars en noir se déplacent, vaquent sans bruit avec rapidité, discrétion et efficacité, tranquillement, comme des gens qui font leur boulot. Ils mettent le feu à une poubelle, jettent sur la voie des barrières de chantier en ferraille. (Pourquoi n’ont-elles pas été enlevées par la Mairie ? Fait exprès ? ). J’aurai bien aimé demander au gars en noir qui s’agitait non loin de moi le but de son activité — il n’avait pas l’air d’improviser—, mais il était très concentré, pas vraiment du genre liant. Serait-ce, avec d’autres, un flic infiltré ? Je n’ai pas tenté le coup.

Comme il était déjà près de midi trente, que ça piquait un peu —froid plus lacrymo— et que le chemin risquait d’être long jusqu’à la Bastille, j’ai entraîné mon époux boire un bouillon chez nous. Les claquements des tirs de lacrymo continuaient bruyants. Il a voulu retourner au front. J’ai choisi de déclarer forfait mais au bout de dix minutes environ, je m’inquiète, je culpabilise et je sors. Devant chez moi, des jets de lacrymo l’un après l’autre et des jeunes gens qui s’enfuient vers le bout de la rue. Je croise un grand Nordique, ses yeux verts rougis et larmoyants. Il me dit avec un accent guttural : « ça s’appelle la dictature, madame. » Je lui demande : « Vous étiez à la manif ? » Il me répond : « Non, je suis un touriste » ? Bienvenue à Paris, vitrine de notre belle France des droadelom ! Je continue quand même jusqu’à la rue Bobillot : fermée, barrage. Un rondouillard casqué qui dégoupille ses lacrymo plus vite que Rambo m’ordonne de «dégager» donc de retourner sur mes pas . Ah non, lui dis-je, j’habite la rue derrière (vers où il tirait). Il aboie de nouveau, le regard mauvais: ces vielles peaux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas, une source potentielle d’emmerdes ! Je tourne les talons ; je prends ma rue, vide, il n’y a plus personne. À côté de moi, le sifflement de la bombe lacrymo qui passe avec sa fumée et va exploser un peu plus loin : le grassouillet n’a résisté au plaisir d’en balancer une !

Arrivée chez moi, à l’image sur l’écran de mon ordi du Préfet de Police de Paris, qui annonce que « compte tenu des troubles », la manifestation est annulée. Le reportage se poursuit avec « la figure » qui m’embrassait tout -à- l’heure et qui brandit devant la camera l’autorisation de manifester en bonne et due forme avec cachet de la Préfecture.

Monsieur Lallement, vous mentez. La décision d’annuler la manifestation, n’a pas été prise à cause des troubles mais bien avant. C’était programmé, prémédité. Vous aviez verrouillé dès le matin les voies d’accès à la Bastille — vous connaissiez bien le parcours pour l’avoir vous-même autorisé. Vos hommes ont commencé à canarder et à enfumer alors qu’il y avait encore peu monde sur la place, que tout était calme et joyeux. Vos sbires ont laissé passer les gars en noir, très reconnaissables, qui, si mes renseignements sont bons, sont fichés par vos services et donc faciles à intercepter. Aucun de vos « forces de l’Ordre » si mal nommées, n’a eu la curiosité d’interroger— ce que je n’avais osé faire au risque d’un coup en pleine poire — ces garçons discrets, très affairés, visiblement très « pro », sûrs quant à leurs intentions et… leur commanditaire. Un mauvais esprit avancerait que si ce n’est vous, monsieur le Préfet, c’est donc votre frère. En tous cas, bravo pour un scénario dont le point d’orgue serait votre décision « responsable » d’interdiction de la manifestation. Pas de chance pour vous le jour où l’un de vos sous-traitants, pris de remords, caftera, mais vous coulerez sans doute alors une retraite dorée, dans monde jeté dans le chaos grâce à des hommes d’Ordre qui vous ressemblent.

Votre intervention a évoqué pour moi l’époque où une poignée de résistants tenait tête au pouvoir collabo, avec la complicité — ou la trouille— d’une bonne partie du pays comme aujourd’hui. Mais à la fin, ce sont les « fauteurs de troubles » qui ont fait l’Histoire. Après la paraphrase d’un mauvais goût assumé : « Télé Paris ment, les médias sont Lallement », je tire mon chapeau aux hommes (et femmes) qui, en dépit de vos mensonges, de vos gazages et autres gracieusetés ont le courage de continuer chaque semaine à battre le pavé.

P.S. J’ai retrouvé mon mari indemne. Il n’est pas parfait mais j’y tiens.

Edith Garnier

L'article d'Edith Garnier a été originellement publié sur le site de la Librairie Tropiques sous le titre "Radio Lallement ment ".

Edith Garnier est l'auteure de L'alliance impie : François Ier et Soliman le Magnifique contre Charles Quint (1529-1547), Éditions du Felin, 2008 et de Guillaume du Bellay : L'ange gardien de François Ier, Éditions du Felin, 2016

mercredi 13 novembre 2019

Il y 10 ans : le prix Nobel de la paix, c'est la guerre

Je suis resté pétrifié en apprenant que Barack Obama s’était vu décerner le prix Nobel de la Paix. C’est un tel choc d’imaginer qu’un président qui mène actuellement deux guerres puisse recevoir un prix de la paix  !

Et puis je me suis souvenu que Woodrow Wilson, Theodore Roosevelt et Henry Kissinger avaient tous reçu le prix Nobel de la Paix. Le comité Nobel est réputé pour ses jugements superficiels, sa rhétorique creuse, ses grands gestes vides et pour ignorer les violations les plus massacrantes de la paix du monde.

C’est vrai, Wilson était réputé pour avoir créé la Société des Nations – cet organe complètement inefficace qui ne fit rien pour prévenir la guerre. Mais il avait bombardé les côtes mexicaines, envoyé ses troupes occuper Haïti et la République dominicaine et entraîné les États-Unis dans la Première Guerre mondiale, certainement dans le top de la liste des guerres les plus stupides et les plus sanglantes.

C’est vrai, Theodore Roosevelt fut le parrain d’une paix entre le Japon et la Russie. Mais il aimait la guerre et participa à la conquête de Cuba par les États-Unis, sous prétexte de la libérer des Espagnols tout en renforçant l’étreinte des États-Unis sur cette petite île. Et, en tant que chef de l’exécutif, il présida à la guerre sanglante qui assujettit les Philippines, félicitant même un général qui venait d’y massacrer 600 villageois sans défense. Le Comité ne décerna pas le prix Nobel à Mark Twain qui dénonça Roosevelt et critiqua la guerre, ni à William James, leader de la ligue anti-impérialiste.

C’est vrai aussi que le Comité trouva judicieux de remettre le prix Nobel de la Paix à Henry Kissinger car celui-ci avait signé le traité de paix qui mit fin à la guerre du Vietnam dont il avait été l’un des architectes. Ce Kissinger, qui accompagna de façon zélée Nixon dans son extension de la guerre, avec le bombardement de villages de paysans au Vietnam, au Laos et au Cambodge. Ce Kissinger, qui correspond à tous les critères du criminel de guerre, ce Kissinger a le prix Nobel de la Paix  !

Si les mots ont un sens, on ne donne pas un prix de la paix sur la base de promesses – et Obama fait beaucoup de promesses pleines d’éloquence – mais pour des actes réellement accomplis pour mettre fin à la guerre. Et Obama poursuit des engagements militaires inhumains en Irak, en Afghanistan et au Pakistan.

Le Comité Nobel doit retirer son prix et allouer son important montant à une organisation internationale pour la paix qui ne soit pas inspirée par la starmania et la rhétorique. Et aussi qui comprend quelque chose à l’histoire.

Howard Zinn

Paru dans The Guardian

Traduit de l’américain par Benoît EUGENE

Il y a 6 ans : Bradley Manning

La décision que j'ai prise en 2010 est le fruit d'une inquiétude pour mon pays et pour le monde dans lequel nous vivons. Depuis les événements tragiques du 11 Septembre, notre pays est en guerre. Nous sommes en guerre contre un ennemi qui a fait le choix de ne pas nous affronter sur un champ de bataille classique. A cause de cela, nous avons dû adapter nos méthodes pour combattre ces menaces faites à notre mode de vie et à nous-mêmes.

Au début, j'étais en accord avec ces méthodes et j'ai choisi d'aider mon pays à se défendre. Ce n'est qu'une fois en Irak, lorsqu'au j'ai eu accès quotidiennement à des rapports militaires secrets, que j'ai commencé à m'interroger sur la moralité de ce que nous faisions. C'est à ce moment que j'ai pris conscience que dans notre effort pour contrer la menace ennemie, nous avions mis de côté notre humanité. En toute conscience, nous avons choisi de dévaluer le coût de la vie humaine en Irak et en Afghanistan. En combattant ceux que nous percevions comme nos ennemis, nous avons parfois tué des civils innocents. Chaque fois que nous avons tué des civils innocents, au lieu d'en assumer la responsabilité, nous avons décidé de nous retrancher derrière le voile de la sécurité nationale et des informations classifiées afin de ne pas avoir à rendre de comptes publiquement.

Dans notre zèle pour tuer l'ennemi, nous avons eu des débats en interne sur la définition du mot "torture". Pendant des années, nous avons détenu des individus à Guantanamo sans respecter aucun procédure régulière. Nous avons fermé les yeux sur la torture et les exécutions perpétrées par le gouvernement irakien. Et nous avons laissé passer nombre d'autres actes au nom de notre guerre contre la terreur.

Le patriotisme est souvent invoqué quand des actes moralement douteux sont préconisés par des dirigeants. Quand ces appels au patriotisme prennent le dessus sur les interrogations légitimes, c'est généralement au soldat américain que revient la charge de mener à bien des missions immorales.

Notre nation a déjà traversé ce genre de troubles au nom de la démocratie : la Piste des larmes, l'affaire Dred Scott, le Maccarthysme, Internement des Japonais-américains pour n'en citer que quelques-uns. Je suis convaincu que la plupart des actions menées depuis le 11 Septembre seront un jour perçues de la même manière.

Comme le disait feu Howard Zinn, "Aucun drapeau n'est assez large pour couvrir la honte d'avoir tué des innocents."

Je sais que j'ai violé la loi. Si mes actions ont nui à quelqu'un ou aux Etats-Unis, je le regrette. Il n'a jamais été dans mes intentions de nuire à qui que ce soit. Je voulais seulement aider. Quand j'ai décidé de révéler des informations classifiées, je l'ai fait par amour pour mon pays, avec un sens du devoir envers autrui.

Si vous refusez ma demande de grâce, je purgerai ma peine en sachant qu'il faut parfois payer un lourd tribut pour vivre dans une société libre. Je serai heureux d'en payer le prix si, en échange, nous pouvons vivre dans un pays basé sur la liberté et qui défend l'idée que tous les hommes et les femmes naissent égaux.

Bradley Manning, le 21 août 2013

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