Musée de l'Europe et de l'Afrique

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dimanche 23 décembre 2018

Le commissaire européen Günther Oettinger veut sanctionner la France pour son budget

Les dépenses française supplémentaires inquiètent outre-Rhin. Le commissaire allemand réclame l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif.

Günther Oettinger, le commissaire au budget, appelle au déclenchement d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la France. Dans une interview au journal allemand FOCUS, il considère les récents ajustements du budget français « particulièrement problématiques ».

Pour répondre à la fronde des « gilets jaunes » sur le pouvoir d’achat, Emmanuel Macron, le Président français, avait annoncé au début du mois un paquet de mesures. Parmi celles-ci, la hausse de la prime d’activité pour certains salariés touchant le Smic, l’annulation de la hausse de la taxe carbone ou encore la baisse de la CSG pour un grand nombre de retraités.

Ces changements budgétaires de dernière minute ont été votés dans la nuit de mercredi à jeudi par l’Assemblée Nationale dans le Projet de loi de finance 2019. Au total, près de 10 milliards d’euros seront nécessaires. Ce qui fera passer le déficit français à 3,2 %, soit au-dessus de la fameuse limite européenne des 3 %.

« Ce ne sont pas des cadeaux de Noël »

Pour Günther Oettinger, ces ajustements ne sont pas « des cadeaux de Noël ponctuels mais des dépenses structurellement durables, il y en a qui s’étendront après 2020 ». Une situation qui pourrait déraper donc, et le passif récent de la France ne l’incite pas à la clémence : « Le pays viole pour la onzième année consécutive les règles de la dette, à l’exception de 2017 », s’alarme-t-il.

De son côté, Pierre Moscovici, le commissaire français, estime que ce déficit de 3,2 % est « acceptable » et « limité », bien que le chiffre soit « déjà élevé ». Il rappelle qu’il n’y avait pas de procédure à enclencher pour un dépassement temporaire, « dès lors qu’il est exceptionnel et limité ».

Il n’hésite en revanche pas à remarquer que la France est le seul pays de l’UE à repasser au-dessus des 3 %. Si le transfert du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) opère cette année un effet grossissant d’environ 0,9 points du PIB, le déficit français reste un des plus élevés en Europe, à 2,3 ou 2,4 %.

Les discussions sont suffisantes, pour l’instant

Mais la musique est très différente côté commissaire allemand. « Je ne suis absolument pas d’accord avec mon collègue. On ne peut pas absoudre la France aussi aisément », a tonné l’ex-leader de la CDU. Il accuse même le pays de ne pas avoir su profiter des six dernières années de croissance pour réduire sa dette : « La dette est comme en 2013, à 95 % du PIB », regrette-t-il.

La Commission mène actuellement des discussions avec la France pour s’assurer que la situation ne devienne pas hors de contrôle. Ce qui est largement suffisant à ce stade pour Sven Giegold, porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen.

« La sortie de Günther Oettinger est une mise en scène prématurée, condamne-t-il. Il agit de manière unilatérale et dommageable. » Lui aussi allemand, il s’inquiète de l’effet de cette sortie sur les relations du couple franco-allemand. « La Commission n’a pas besoin d’un commissaire disciplinaire allemand. »

Pas de différence de traitement entre Italie et France

Pourtant, l’eurodéputé n’en reste pas moins attentif à la situation française, qui doit être traitée avec la même fermeté que pour l’Italie si la situation empire. « La Commission ne peut pas risquer d’être accusée d’appliquer un traitement différent à l’Italie et à la France », fait-il remarquer.

Après un long affrontement de plus de deux mois, un accord a été trouvé entre Bruxelles et Rome, plus tôt cette semaine. Le gouvernement italien a dû renoncer à deux réformes phares sur les retraites et le revenu de citoyenneté.

La France doit donc trouver le moyen de financer durablement ses réformes pour éviter un réel durcissement de la Commission. Sven Giegold imagine une hausse des taxes pour les « personnes aisées » afin de « solidifier » les dépenses supplémentaires.

Pas sûr que l’idée soit reprise dans l’immédiat par le gouvernement, qui continue pour l’instant à dialoguer avec Bruxelles pour rassurer l’exécutif européen sur sa santé financière.

Source : Euractiv

Sur la procédure pour déficit excessif lire Austérité à jamais

Lire aussi Gilets jaunes : « Macron a les pieds et les poings liés par l'Union européenne »

et

Grèce : ce que révèle le refus de Bruxelles de traiter l'urgence humanitaire

Pour rappel : "L'Europe, c'est la paix"

La Chine dénonce les propos du commissaire européen Oettinger sur "les bridés" (RTBF, 2/11/2016)

La Chine a dénoncé ce mercredi le "sentiment de supériorité" du commissaire européen à l'Economie numérique Günther Oettinger, qui a utilisé dans un discours le terme péjoratif de "bridés" pour décrire les Chinois.

Le responsable politique allemand avait été secrètement enregistré lors d'une réunion de chefs d'entreprises à Hambourg (nord de l'Allemagne) la semaine dernière. Il racontait avoir reçu des ministres chinois, tous "peignés de gauche à droite avec du cirage noir".

L'auteur de l'enregistrement, diffusé vendredi sur YouTube et repris samedi par le site du magazine allemand Der Spiegel, déclare avoir commencé à filmer après que Günther Oettinger eut utilisé des termes comme "les yeux bridés" ou les "escrocs" à propos des Chinois.

"Un effarant sentiment de supériorité"

"Les remarques en question démontrent un effarant sentiment de supériorité enraciné chez certains dirigeants politiques occidentaux", a déclaré mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier. "Nous espérons qu'ils puissent apprendre à avoir une vision objective d'eux-mêmes et des autres et à respecter et traiter les autres sur un pied d'égalité."

Interrogé par le journal allemand Die Welt, Günther Oettinger avait assuré samedi qu'il "s'agissait d'une expression familière qui ne se voulait en aucun cas un manque de respect vis-à-vis de la Chine".

Oettinger n'en est pas à son premier dérapage. En 2014, il avait traité la France de "pays déficitaire récidiviste", ce à quoi le PS français avait appelé à sa démission du poste de commissaire européen.

Plus récemment, dans le contexte des négociations sur le CETA, l'Allemand a affirmé que "la Wallonie est une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe", ajoutant "ce n'est pas acceptable". Des propos que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) avait qualifié de "mépris total"

samedi 22 décembre 2018

Les Grecs regardent les gilets jaunes avec émotion et espoir

Athènes se transforme finalement en une destination également hivernale, au croisement on dirait des mutations et des ronds-points... et autres apories giratoires de notre modernité. Le centre-ville croule sous cette nouvelle affluence, entre le tiers de la population grecque échappant à la paupérisation en tout cas plénière, l’essor des activités dites parallèles sans oublier l’économie liée au crime en plein essor, cela fait du beau monde, puis, il y a comme visiteurs hivernaux les Airbnbistes, puis ceux les hôtels, assez remplis pour un hiver grec.

Non sans rapport, l’immobilier grec passe alors aux mains des dits “investisseurs” venus du plus vaste monde, près des deux tiers des logements Airbnb, et bien entendu presque tous les hôtels nouveaux ou rénovés leur appartiennent, à Athènes, comme d’ailleurs au reste du pays. Dans la capitale, les boutiques et les locataires... trop vieux de 40 ans sont alors expulsés, pour que leurs immeubles puissent se transformer en hôtels et autres auberges avant si possible la saison 2019, et on vient d’apprendre que dix grands ports s’ajoutent à la liste des privatisations... le grand appareillage. Toujours dans Athènes, des publicités foncièrement sauvages et à la gloire des rapaces internationaux, incitent les paupérisés de la classe moyenne à brader leurs derniers biens: “Tony Buys House achète des logements”. On vient de loin, on y va et on dépouille !

Mais c’est bientôt Noël. Les retraités devenus vendeurs de billets de loterie sont partout, s’agissant de la loterie ex-nationale, car la... “Grecque des Jeux” a été bradée aux “investisseurs” étrangers pour moins que l’équivalant d’une année de bénéfices. N’en empêche, le maire Yórgos Kamínis vient d’inaugurer l’arbre des circonstances Place de la Constitution, la fanfare municipale y est souvent, de même que nos musiciens de rue, plus nombreux que jamais, Grecs alors paupérisés au regard accablé, interprétant le bon vieux Rebétiko, cette musique populaire apparue dans les années 1920, à la suite des vagues migratoires des populations, principalement, grecques expulsées d'Asie mineure par la Turquie kémaliste.

Pays moderne, méconnaissable. Plus d’une saisie par minute et par journée ouvrable est déclenchée par l’administration fiscale appartenant à la Troïka, désormais pour une dette envers l’État de moins de 500 euros, et par ailleurs, quatre millions sur dix millions d’habitants sont redevables envers le fisc, d’après les reportages du jour, informations radiophoniques du 22 décembre, (et presse grecque de la semaine). Comme il est noté ailleurs, notre société “elle est désormais exposée à la rapacité de forces qu’elle ne contrôle pas et qu’elle ne compte ni n’espère reconquérir et dompter”. C’est peut-être pour cette raison, que certains organisent à Athènes des conférences pour ainsi populariser la méthode Gandhi. Pourtant, les Grecs regardent les gilets-jaunes français avec émotion et espoir.

Lire l'article de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre "Joyeux Noël" sur son blog Greek Crisis

jeudi 20 décembre 2018

Tunisie. La révolution à venir devra être sociale

L’opposition « modernisme » vs. « archaïsme » ou « obscurantisme », moyen de départager le légitime de l’illégitime, présente aussi l’avantage d’occulter les contradictions sociales. La nouvelle élite gouvernementale n’est plus fabriquée par la filière scolaire franco-arabe du collège Sadiki, mais comme le relève Layla Dakhli, par des passages par les multinationales ou les institutions internationales qui les prédisposent à mieux intégrer les exigences de l’extraversion que les ressorts du développement régional. Même les nouveaux venus issus d’Ennahda, dans leur quête de reconnaissance, s’évertuent à s’inscrire dans ce modèle et ont oublié que c’est la destruction sociale et culturelle de la société traditionnelle, exclue des sphères du pouvoir, qui a porté historiquement leur mouvement.

La décentralisation politique mise en œuvre depuis le printemps 2018 ne suffira pas à recentrer l’attention des politiques publiques sur la valorisation du potentiel régional si elle n’est pas adossée à une nouvelle conception du mode d’insertion dans l’économie internationale, du rôle économique des territoires, à une redéfinition du modèle de production agricole qui permette aux zones rurales de se développer avec leur propre capital et d’alléger la dépendance alimentaire du pays, à l’ouverture des possibilités d’investissement pour de nouvelles élites économiques, à la création de nouveaux cadres économiques et juridiques pour valoriser des potentiels locaux…

Aucun de ces grands chantiers politiques n’est ouvert. Or, sans une forte régulation politique, l’extraversion ne peut que continuer à produire ce qu’elle a toujours produit : la captation des bénéfices par les élites du littoral qui cumulent les avantages des positions de pouvoir économique et politique et des disparités régionales irréparables et explosives. La probable conclusion en 2019 ou en 2020 d’un Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) avec l’Union européenne va institutionnaliser encore davantage l’extraversion de l’économie. Or même les négociateurs européens déplorent l’absence de vision stratégique de leurs homologues tunisiens, sur les produits sensibles qu’ils souhaitent protéger, sur les modalités et les temps d’adaptation des secteurs exposés…

Dans une Tunisie surexposée depuis 2011 aux injonctions extérieures, aux interventions plus ou moins bien intentionnées dans leurs débats internes, où les politiques semblent devoir davantage leur légitimité de leurs soutiens extérieurs que des électeurs, la souveraineté s’annonce comme le prochain thème mobilisateur. Mais pour protéger quoi au juste ? Un État au service des rentiers et les avantages relatifs dans l’allocation des ressources publiques dont bénéficient les Tunisiens intégrés ? Ou pour oser une vraie rupture de paradigme ? Une révolution sociale.

Lire l'article de Thierry Brésillon paru sur le site Orient XXI

mardi 18 décembre 2018

Bolkenstein est de retour : la prise de pouvoir de la Commission européenne sur les services

Les institutions européennes négocient actuellement de nouvelles règlementations du marché unique qui pourraient avoir un impact grave et clairement négatif sur les prises de décision des parlements, des assemblées régionales et conseils municipaux à travers l'Europe. La Commission propose de mettre en œuvre la Directive Services – c'est-à-dire la Directive Bolkestein – d'une manière extrêmement intrusive et inédite. Pour faire court, la Commission souhaite avoir le droit d'approuver ou de remettre en cause de nouvelles lois et autres mesures entrant dans le domaine de la directive. Et le domaine de la directive concerne un large éventail de sujets : urbanisme, politique du logement, politique énergétique, distribution d'eau, gestion des déchets etc.

L'opposition au projet de la Commission se fait de plus en plus grande, en particulier de la part des conseils municipaux, dont la capacité à agir pourrait être durement restreinte dans de multiples secteurs si le projet est adopté. Les conseils municipaux n'ont pas été convenablement informés des implications du projet, aussi beaucoup d'entre eux découvrent tardivement que même les municipalités devront demander la permission de la Commission avant d'adopter toute mesure relevant du domaine des services.

(...)

Avant de se pencher sur le fondement juridique de tout ceci - la Directive Services - il peut être utile de se faire une idée des enjeux, et ce à travers quelques exemples concrets.

- Quand le conseil municipal d'Amsterdam s'est déclaré contre le projet de la Commission, Tiers Bakker, le conseiller municipal qui a rédigé la résolution, a fait référence aux tentatives de régulation d'AirBnB par la ville. Pendant longtemps, AirBnB a profité de règles très flexibles à Amsterdam, mais au fil du temps le service est devenu si populaire que cela a engendré des problèmes en termes d'accès à des logements abordables et a changé l'atmosphère et l'environnement en des endroits clés de la ville. Le conseil municipal a décidé d'intervenir, répondant ainsi aux demandes de son électorat, les habitant.e.s de la ville, et a rendu les règles plus contraignantes. Ce faisant, il a découvert que limiter l'utilisation d'AirBnB pouvait être considéré comme une violation de la Directive Services. Selon le nouveau projet, la ville d'Amsterdam se verrait dans l'obligation de demander l'autorisation à la Commission de mettre en place de telles règles.

- Les règles d'urbanisme et d'aménagement font partie du domaine de la Directive Services, selon la jurisprudence récente de la Court européenne de justice. L'aménagement urbain peut conduire les autorités municipales à opérer des choix en matière d'installation et de taille des commerces dans certains quartiers plutôt que dans d'autres. Certaines villes peuvent préférer ne pas avoir de supermarchés énormes (hypermarchés), afin de protéger l'existence de petits commerces. Cependant, cet aspect de la planification urbaine rentre dans le domaine de la Directive Services. Aussi, dans ces cas également, toute décision devrait être soumise à la Commission, donnant à l'institution européenne le dernier mot, peut-être pas à propos de chaque décision, mais lui permettant tout de même de freiner ou de rejeter des projets cohérents d'aménagement de long terme.

- La directive a d'autre part un impact non négligeable sur le droit du travail. Quand la Directive Services a été proposée pour la première fois, de vives critiques ont été formulées à propos du fait qu'elle autoriserait les entreprises de service à avoir des activités dans toute l'UE en ne suivant que les lois et réglementations de leur pays d'origine. Le mouvement syndical a fait remarquer que cela mènerait immanquablement au dumping social, puisque les entreprises basées dans des pays où les salaires sont faibles seraient en capacité d'envoyer des employé.e.s dans des pays où les salaires sont plus élevés tout en ne les payant pas au prix du marché local. A la suite de contestations de masse à travers l'UE, le droit du travail a finalement été laissé hors du domaine de la directive. Mais cela ne signifie pas que des mesures dont le but serait de vérifier le respect par les entreprises de service des conventions collectives nationales ou des lois sont autorisées. Récemment, la Commission a formulé des plaintes à propos de régulations danoises qui autorisent les autorités et les syndicats à identifier des violations potentielles des conventions collectives et du droit du travail.

- La Directive Services a même un impact sur l'utilisation des ressources naturelles. En 2015, l'Autorité de Surveillance de l'Association de Libre-Echange, qui supervise le respect des règles du marché unique dans les pays de l'espace économique européen (EEE ; Islande, Norvège et Liechtenstein) a conclu que la loi islandaise sur l'utilisation de l'énergie géothermique et sur les nappes phréatiques viole la Directive Services parce qu'elle rend difficile l'obtention de l'accès à la ressource par les acteurs privés étrangers. La loi répondait à la crainte des Islandais.e.s que les entreprises privées n'aient tendance à avoir une approche de court-terme de l'utilisation des ressources géothermiques, qui ne tiendrait pas compte de l'intérêt général de long-terme. Pourtant, cette disposition est considérée comme étant en violation de la loi européenne.

Lire l'intégralité de l'article du Corporate Europe Observatory

samedi 15 décembre 2018

Médias et écologie : une interview avec Gilles Balbastre (2/2)

balbastrebrygo2.PNG Cliquer sur l'image pour voir l'interview

Première partie ici

vendredi 14 décembre 2018

Budget, pensions... Le FMI met en garde la Belgique et pousse le gouvernement à poursuivre ses réformes

Les autorités belges doivent profiter des "conditions économiques favorables" pour poursuivre les réformes visant à accroître la résilience de l'économie et à renforcer le potentiel de croissance de la Belgique, selon le message délivré par le Fonds monétaire international (FMI) après avoir rédigé son bilan annuel pour notre pays. Cela signifie: atteindre l'équilibre budgétaire, réformer davantage les pensions et examiner les dépenses.

Chaque année, une délégation du Fonds monétaire international passe par notre pays pour prendre la température de l'économie de la Belgique et faire plusieurs recommandations à l'exécutif.

Ces recommandations, qui sont formulées à titre provisoire, doivent apparaître dans un rapport définitif au printemps prochain.

Le FMI met en tout cas la Belgique en garde. En dépit des échéances électorales qui se profilent (législatives, régionales et européennes), l'organisation internationale demande au gouvernement de ne pas se laisser distraire par ces dernières et de continuer le train de réformes, en vue de renouer avec l'équilibre budgétaire (un effort de 0,5% du PIB doit être consenti pour y parvenir). Le FMI craint que notre pays ne voit sa croissance économique s'effriter.

"La Belgique ne peut pas se permettre de reporter les réformes maintenant. Nous encourageons les gouvernements à continuer en ce sens", a dit Delia Velculescu, la cheffe de mission. Cette dernière a rencontré à deux reprises cette semaine le nouveau ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) et a souligné que les réformes menées par le gouvernement avaient certes permis de soutenir l'emploi et la croissance, mais a directement insisté sur le fait que "de plus en plus de nuages étaient suspendus à l'horizon."

Une croissance qui ralentit

Le Fonds monétaire international constate que l'économie belge a connu la croissance pendant 9 années consécutives, mais que celle-ci avait aujourd'hui tendance à ralentir. En cause, des facteurs d'incertitudes externes comme le Brexit, le prix de l'énergie ou encore le protectionnisme croissant, et internes, comme on l'a déjà évoqué, à savoir les échéances électorales.

Quelles sont les suggestions concrètes du FMI ?

L'institution internationale invite notre pays à réduire son déficit structurel de 0,5% du PIB pour atteindre l'équilibre budgétaire. "Cela nécessitera des mesures allant au-delà de ce qui est prévu dans le projet de budget de 2019", prévient Delia Velculescu. Elle précise de plus que "mouiller le maillot" ne sera pas uniquement la tâche du fédéral, mais que les entités devront également suivre l'effort.

Si les syndicats s'opposent à la réforme des pensions, le FMI, lui, estime que le Royaume doit aller encore plus loin. "Même avec les réformes, le coût du vieillissement est encore élevé. Il faut donc faire davantage pour améliorer la durabilité du système des pensions", semble-t-il.

Un nouveau relèvement de l'âge de la retraite est une des possibilités, selon la cheffe de mission. "Un débat doit avoir lieu en Belgique. Mais dans tous les cas, un large soutien est nécessaire pour de telles réformes."

Si le FMI salue les créations d'emploi, il pointe pourtant le faible taux d'emploi des personnes plus "vulnérables", comme les jeunes, les migrants ou les travailleurs peu qualifiés. L'institution préconise d'insister sur la formation et l'apprentissage tout au long de la vie, et demande aussi une "meilleure liaison des salaires à la productivité", "une réforme du régime des indemnités de chômage" et "l'application concrète des jobdeals".

M. De Croo accueille favorablement le rapport du FMI. "Il est extrêmement important que les plans socio-économiques auxquels nous avons souscrit soient mis en oeuvre. Si nous ne le faisons pas, cela aura un impact sur les emplois et affaiblira la compétitivité de nos entreprises", a-t-il ajouté.

Maxime Defays, Le Vif/L'Express

jeudi 13 décembre 2018

"En même temps"

duflot.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

PAS LU

La directrice générale d'Oxfam France insiste sur le lien entre les "inégalités" (sic).... et l'"excès" de réchauffement climatique à "résoudre"...

Lire aussi dans les archives du Musée : Lettre ouverte à Mme la Députée Cécile Duflot

mercredi 12 décembre 2018

Le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial

Les gilets jaunes ont enclenché un mouvement social de grande ampleur sur la dégradation des conditions de vie des classes populaires et des petites classes moyennes. La question sociale est au centre du conflit, particulièrement le pouvoir d’achat et l’angoisse des fins de mois qui peuvent se conclure par les huissiers et la mise à la rue. De toute évidence, l’abandon des taxes gazoil ou une prime de fin d’année ne suffiront pas à calmer la douleur sociale, ni même une augmentation du SMIC, car pour beaucoup, le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial.

En 1973, les locataires consacraient en moyenne nationale 10% de leurs revenus au loyer net, une fois déduites les APL, et en 1963 il n’en coûtait que … 6,3% ![1]

40 ans plus tard et selon l’INSEE, en 2013 le loyer ponctionne en moyenne environ 26 % des revenus : 24,1 pour les locataires HLM, 28,4% pour les locataires du privé et 26,6% pour les accédants à la propriété.$$[https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377 |https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377]$$ Le logement écrase encore plus lourdement la moitié la moins riche de la population, celle qui manifeste aujourd’hui : le quart le moins riche des ménage (1er quartile) consacre en moyenne 40,7% de ses revenus au paiement du loyer dans le secteur privé et 48% au paiement des traites en accession à la propriété, souvent pour des logements de piètre qualité. Le 2e quartile le moins riche dépense en moyenne un peu plus de 30% pour se loger dans le privé ou accéder à la propriété, et n’est pas à l’abri d’un taux d’effort plus élevé et d’un incident. Ces chiffres sont des moyennes et indiquent qu’ils sont très souvent dépassés, notamment en milieu urbain où les loyers et l’immobilier sont plus élevés.

A l’inverse, le quart le plus riche des ménages ne consacre que 21,3% du budget en locatif privé et 22,8% en accession à la propriété, pour des logements de meilleure qualité. Le taux d’effort des 10% les plus riches est encore plus faible, alors qu’ils sont infiniment mieux logés …

Les gouvernements depuis 1918, face la structuration politique et syndicale des classes populaires et jusqu’à la dérégulation progressive des loyers dans les années 80 ont pris soin de limiter le prix des loyers et de l’immobilier, afin de ménager ou d’améliorer le pouvoir d’achat des classes populaires. Ainsi les profits locatifs et immobiliers ont été sacrifiés sur l’autel de la paix sociale.

Ce n’est plus le cas depuis le milieu des années 80, lorsque Chirac a achevé les dispositifs d’encadrement des loyers (loi de 48) et encouragé la spéculation immobilière (Reconquête de l’est parisien). C’est encore moins le cas depuis l’arrivée de Macron qui avec la loi ELAN promulguée fin novembre ouvre un boulevard à une nouvelle vague spéculative grâce notamment au bail mobilité de 1 à 10 mois non reconductible dans le secteur locatif privé qui devrait supplanter progressivement le bail de 1 ou 3 ans reconductible en vigueur aujourd’hui.

Quant à la baisse des APL, non seulement elle se renforce en 2018 mais elle s’accroît en 2019, sanctionnant durement les locataires du privé, les locataires HLM, les accédants modestes ainsi que les bailleurs sociaux puisqu’elle est en partie financée par la ponction de la trésorerie des organismes HLM, soit un total d’environs 3,5 milliards d’euros d’économie par an.

Bien que la France soit au top de la cherté des prix du logement dans les pays riches au regard des revenus des ménages, une nouvelle hausse générale de l’immobilier et des loyers est possible, au prix de la précarisation accrue des habitants, de la vente des HLM, et grâce également aux grands projets d’urbanisme tel le grand Paris, aux investisseurs internationaux, au tourisme, aux JO 2024, au brexit et autres aléas de la mondialisation néolibérale …

Cette pression du logement cher sur le budget familial ne permet plus d’encaisser de nouvelles hausses sur les produits de première nécessité, obligeant à sacrifier par exemple des soins, ou des loisirs pour les enfants et ce, dans le meilleur des cas. Pour beaucoup, rode le spectre de l’expulsion manu militari et d’une mise à la rue. Le refus d’en arriver là est un des ferments de la révolte des gilets jaunes.

Certains sont plus âgés et ont donc achevé de payer leur logement, mais ils doivent encore aider leurs enfants, voire leurs petits enfants, à se loger (caution solidaire, aides ponctuelles…).

Pourtant le sujet du logement cher n’est pas entré dans le débat public, bien au contraire, il est occulté. Il y a bien sur des solutions, comme celles revendiquées par les gilets jaunes : zéros SDF, encadrement vigoureux des loyers, réquisition des logements vacants, production massive de logements sociaux, programme puissant d’isolation thermique.

Il faudrait aussi ajouter à ces points l’apurement massif de la dette des accédants à la propriété, l’arrêt des expulsions, le relèvement de l’APL, la taxation des profits spéculatifs fonciers et immobiliers, l’abrogation de la loi ELAN, la mise au pas des locations touristiques type Airbnb, le respect de la loi DALO, l’entretien des quartiers populaires …

En somme, la dépense logement ne devrait pas dépasser 20% des ressources de chaque ménage … comme pour les riches.

En attendant, il faut agir, et si nécessaire envisager des formes d’action concrètes et efficaces pour obtenir la baisse des loyers ou la réquisition des logements vacants….

Jean Baptiste Eyraud

Porte parole du DAL

Adam Smith et les Gilets jaunes

(...)

Adam Smith réalise une analyse très fine des classes sociales de son époque et en particulier de la classe capitaliste et de la classe ouvrière. Il décrit la mécanique de la lutte de classes.

Dans ce passage, il explique ce qui fait consensus dans la « bonne » société de son époque (et cela reste valable aujourd’hui) :

« On n’entend guère parler, dit-on, de Coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. À la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. ».

Remettons cela dans l’air du temps de ce premier quart du 21e siècle, le patronat se concerte pour éviter qu’on augmente le salaire minimum légal ou les revenus de la majorité des salariés. Les patrons qui voudraient lâcher une augmentation de salaire seraient perçus comme de faux frères, comme des traîtres à leur classe. Les médias dominants ne parlent pas de l’action du patronat pour empêcher l’augmentation des salaires car cela fait partie de l’ordre normal.

"Adam Smith affirme que les maîtres font des complots pour faire baisser les salaires"

Poursuivons l’exposé d’Adam Smith : « Quelquefois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler. »

Vous avez bien lu, Adam Smith parle de complots entre patrons pour baisser les salaires. C’est bien ce qui se passe aujourd’hui dans le prolongement de la grande offensive du Capital contre le Travail, entamée il y a maintenant près de 30 ans par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Effectivement, les médias dominants et les gouvernants ne soufflent mot de cette action concertée des capitalistes pour baisser les salaires.

Continuons la lecture d’Adam Smith dont les mots pourraient s’appliquer au mouvement des Gilets jaunes : « Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive ; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Les prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maîtres sur leur travail. Mais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d’une grande rumeur. »

Certains diront que cette description n’a rien à voir avec les Gilets jaunes parce que ceux-ci agissent contre l’augmentation des taxes. Ceux qui diront cela n’ont pas écouté ce qui ressort des propos tenus par une très grande majorité de Gilets jaunes. Ils rejettent les augmentations de taxes prévues par Macron parce que leurs salaires ou leurs retraites (c’est-à-dire un salaire différé) sont insuffisants et ils souhaitent une augmentation du salaire minimum légal et, en général, des salaires et revenus de substitution pour ceux et celles d’en bas. Macron essaye d’ailleurs de désamorcer le mouvement en annonçant le 10 décembre l’augmentation de 100 euros du salaire d’un travailleur au Smic à partir de janvier 2019 mais sans augmenter d’autant le Salaire minimum légal et sans que cela coûte quoique ce soit aux patrons. Par ailleurs, les gilets jaunes s’opposent aussi à l’injustice fiscale et donc aux cadeaux faits aux riches. Ils souhaitent une baisse des taxes qui pèsent sur la majorité sociale et ils ont raison. Par exemple, il faut baisser la TVA sur les produits de première nécessité, sur l’électricité, le gaz, l’eau, en tout cas en dessous d’un certain niveau de consommation en tenant compte de la composition du ménage et d’autres critères pertinents. A ce niveau Macron tente de convaincre le mouvement en confirmant l’annulation de l’augmentation de la taxe sur les combustibles mais il affirme qu’il ne rétablira pas l’impôt sur la fortune. Personne de sérieux ne peut être dupe.

Poursuivons la lecture d’Adam Smith qui se réfère à l’action des prolétaires de son époque : « Dans le dessein d’amener l’affaire à une prompte décision, ils ont toujours recours aux clameurs les plus emportées et, quelquefois, ils se portent à la violence et aux derniers excès. Ils sont désespérés et, agissant avec l’extravagance et la fureur de gens au désespoir, réduits à l’alternative de mourir de faim ou d’arracher à leurs maîtres par la terreur la plus prompte condescendance à leurs demandes. »

Poursuivons : « Dans ces occasions, les maîtres ne crient pas moins haut de leur côté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »

Ne dirait-on pas une description de ce qui se passe en France depuis le début du mouvement, et surtout depuis l’acte 2 qui s’est déroulé le 1er décembre 2018. Les porte-parole des patrons et, surtout, le chef de l’État ainsi que le premier ministre n’ont eu cesse de « réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »

Cette énumération est intéressante : « ouvriers, domestiques et journaliers », cela fait penser aux différentes catégories du peuple qui se mobilisent dans le cadre des gilets jaunes. Il serait intéressant d’actualiser cette énumération aujourd’hui car il est clair que différentes catégories agissent ensemble, notamment ceux et celles qui ont un emploi salarié, des sans-emplois, des retraités, des travailleurs indépendants, des petits boulots dans le secteur informel… Cela crée une alliance extrêmement importante.

Extrait de l'article d'Eric Toussaint paru sur le site du CADTM

mardi 11 décembre 2018

Il y a 18 ans: Genova

Il y a 18 ans, la révolte anti-mondialisation était écrasée à Gênes. Le groupe Feldat (rebaptisé ensuite Hydra) y consacrait une chanson qui remue encore dans leurs espoirs et leur chair tous ceux qui y étaient. Gloire à ceux qui ont marché ! (Le Concierge)

genovafeldat.PNG Cliquer sur l'image pour écouter cette poésie bénie

Il y a 19 ans : l'île aux fleurs (Didactique de l'Economie)

ileauxfleurs.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film

Il y a 12 ans : La Rage du Peuple

Il y a 12 ans, les mesures néolibérales à "effet retard" n'avaient pas encore touché la frange la plus vulnérable des classes moyennes.

Mais elles touchaient de plein fouet les plus précaires.

Une jeune Rappeuse marseillaise sut traduire en mots ce que "mondialisation économique" voulait concrètement dire, et se faire entendre par une petite fraction de classes moyennes intellectuelles précaires...

larage.PNG Cliquer sur l'image pour écouter ce grand moment de poésie bénie...

Gilets jaunes : « Macron a les pieds et les poings liés par l'Union européenne »

lesoirUE.PNG CQFD ! La publication de cet article par Le Soir de Bruxelles à peine le discours de Macron achevé appelait irrépressiblement le Musée de l'Europe à inciter à la lecture de cet article de Coralie Delaume... (Le Concierge)

Les traités européens sont la «constitution économique» de l'Europe. Leur position de surplomb explique pourquoi la politique économique menée en France est la même depuis le milieu des années 1980, bien que se succèdent à la tête de l'État des hommes d'obédiences différentes. C'est «l'alternance unique» selon la formule de Jean-Claude Michéa, le pareil qui succède au même tout en se donnant les apparences du changement. En Union européenne, on a beau voter cela ne change rien.

smic.PNG Cette annonce a donc logiquement déjà été validée dans le cadre du semestre européen

C'est pourquoi l'ancienne Commissaire Viviane Reding pouvait par exemple affirmer: «il faut lentement mais sûrement comprendre qu'il n'y a plus de politiques intérieures nationales».

Les gouvernements des pays membres ne disposent que d'un très petit nombre d'instruments de politique économique. Aucune politique industrielle volontariste ne leur est possible puisque les traités interdisent de «fausser la concurrence» par le biais d'interventions étatiques. Aucune politique commerciale protectrice ne leur est possible puisque la politique commerciale est une «compétence exclusive» de l'Union. Aucune politique de change n'est possible puisque dans le cadre de l'euro, les pays ne peuvent dévaluer. Aucune politique monétaire n'est possible puisque c'est la Banque centrale européenne qui la conduit. Enfin, aucune politique budgétaire n'est possible puisque les pays qui ont adopté la monnaie unique sont soumis à des «critères de convergence», notamment la fameuse règle - arbitraire - des 3 % de déficit public. En outre, depuis 2010 et dans le cadre d'un calendrier appelé «Semestre européen», la Commission encadre méticuleusement l'élaboration des budgets nationaux.

Dans ces conditions, ne restent aux gouvernants nationaux que deux outils disponibles: la fiscalité et le «coût du travail».

Quant à la fiscalité, ils choisissent généralement de diminuer celle qui pèse sur le capital délocalisable et d'augmenter celle qui pèse sur les classes sociales qui ne peuvent échapper à l'impôt. En 1986 a été posé le principe de «libre circulation des capitaux» au sein du Marché unique. Depuis lors, le capital peut exercer sur chaque États un véritable chantage en menaçant de fuir vers les États voisins. Les pays membres se livrent une concurrence fiscale effrénée, certains (Luxembourg, Irlande) s'étant même constitués paradis fiscaux et vivant des possibilités d'évitement fiscal qu'ils proposent aux multinationales.

Les revenus et le droit du travail sont l'une des cibles privilégiées de l'échelon supranational.

Quant aux revenus (et au droit) du travail, ils sont l'une des cibles privilégiées de l'échelon supranational. Il suffit, pour s'en apercevoir, de lire les documents de cadrage incessamment produits par la Commission européenne, des «lignes directrices pour l'emploi» à «l'examen annuel de croissance» en passant par les «recommandations du Conseil» rédigées chaque année dans le cadre du Semestre européen. Toutes les réformes du droit du travail ayant été mises en œuvre dans les pays membres, du Jobs act en Italie à la loi El Khomri en France, ont été prescrites dans l'un ou l'autre de ces épais documents.

Lire l'article de Coralie Delaume paru sur le site du Figaro

lundi 10 décembre 2018

Discours intégral du président Zine El Abidine Ben Ali du jeudi 13 janvier 2011

Ce discours a été écrit par Hakim El Karoui, ancienne plume de Raffarin et aujourd'hui conseiller du Président Macron (note du Concierge)

Le Président Zine El Abidine Ben Ali s'est adressé, jeudi soir, au peuple tunisien, par une allocution transmise par les chaînes de télévision nationales Tunis 7 et Tunisie 21 et les radios publiques et privées.

Voici le texte intégral de l'allocution:

"Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux Cher peuple tunisien,

Je m'adresse à vous, aujourd'hui, tous les tunisiens en Tunisie et à l'étranger. Je m'adresse à vous dans la langue de tous les tunisiens et tunisiennes. Je m'adresse à vous parce que la situation impose un changement profond, un changement profond et intégral.

Je vous ai compris. Je vous ai tous compris: le chômeur, le nécessiteux, le politicien et tous ceux qui revendiquent plus de libertés. Je vous ai compris, je vous ai bien compris tous. Seulement, les événements qui se produisent, aujourd'hui, dans notre pays ne nous ressemblent pas. La destruction ne fait pas partie des coutumes du tunisien, le tunisien civilisé, le tunisien tolérant.

La violence ne nous ressemble pas et ne fait pas partie de nos mœurs. L'escalade doit cesser. Elle doit s'arrêter grâce à la conjugaison des efforts de tous, partis politiques, organisations nationales, société civile, intellectuels et simples citoyens. La main dans la main, au service de notre pays. La main dans la main, pour assurer la sécurité de nos enfants.

Le changement que je vais annoncer maintenant est une acceptation de vos revendications légitimes à laquelle nous avons réagi. Nous avons ressenti une douleur pour les événements survenus, une profonde douleur.

Ma tristesse et ma douleur sont grandes. J'ai passé plus de 50 ans de ma vie au service de la Tunisie, dans les différentes positions: de l'armée nationale aux différents postes de responsabilité et 23 ans à la magistrature suprême. Chaque jour de ma vie a été et demeurera au service du pays et j'ai consenti des sacrifices que je ne veux pas les énumérer. Je n'ai jamais accepté un jour et je n'accepterai jamais l'effusion d'une seule goutte de sang des tunisiens.

Nous avons éprouvé une grande douleur pour les victimes de ces événements et pour les dégâts subis par des personnes, et je refuse qu'il y aura d'autres victimes en raison de la poursuite de la violence et du pillage.

Nos enfants sont aujourd'hui confinés à la maison et ne sont pas à l'école. Ceci est tout à fait immoral et inadmissible, parce qu'on a peur pour leur sécurité des actes de violence perpétrés par des groupuscules qui n'hésitent pas à piller et à agresser les personnes.

Il s'agit bel et bien d'un crime et non d'un acte de revendication. Cela est immoral.

Les citoyens doivent leur faire face et nous avons donné les directives en ce sens. Nous comptons sur la coopération de tous, afin que nous puissions discerner entre ces bandes et groupuscules de délinquants qui exploitent ces circonstances et les manifestations pacifiques légitimes que nous acceptons.

Ma tristesse est grande, très grande, et profonde, très profonde. Assez donc de violence ! Assez de violence!

J'ai aussi donné des directives au ministre de l'Intérieur et je les ai réitérées, et, aujourd'hui, je dis arrêtons le recours aux tirs à balles réelles. Les tirs à balles réelles ne sont pas acceptables et sont injustifiables, sauf, Dieu nous en préserve, si quelqu'un cherche à vous arracher votre arme, ou qu'il vous attaque par une arme à feu ou autre chose et qu'il vous oblige à vous défendre.

Je demande à la commission indépendante, je dis bien indépendante, qui va enquêter sur les incidents, les dépassements et les décès que nous regrettons, de déterminer les responsabilités de toutes les parties, toutes les parties sans exception, avec équité, intégrité et objectivité.

J'attend de tout Tunisien, qu'il me soutienne ou non, d'appuyer les efforts d'apaisement et de bannir la violence, les actes de destruction et de dégradation des biens. La réforme exige le calme, et les événements dont on a été témoin avaient pour point de départ la protestation contre une situation sociale, situation au sujet de laquelle nous avons consenti d'énormes efforts mais nous devons déployer de plus grands efforts afin de remédier aux carences.

Nous devons donner à nous tous la possibilité et le temps nécessaire pour pouvoir concrétiser l'ensemble des mesures importantes que nous avons prises.

En plus, j'ai chargé le gouvernement de procéder à une baisse des prix des produits et des services de base et d'augmenter le budget de compensation.

Quant aux revendications politiques, je vous avais dit que je vous ai compris, nous avons décidé:

  • La pleine et entière liberté pour la presse, tous médias confondus. Libre accès aux sites Internet qui ne seront soumis à aucune forme de censure, tout en veillant au respect de la déontologie et des principes de la profession journalistique.
  • Pour ce qui est de la commission dont j'avais annoncé la constitution, il y a deux jours, avec mission d'examiner les phénomènes de prévarication, de corruption et d'abus des responsables, elle sera indépendante, je dis bien indépendante, et nous veillerons à son impartialité et à son intégrité.
  • A compter de ce jour, la liberté d'expression politique sera de mise, y compris la manifestation pacifique, la manifestation pacifique encadrée et organisée, la manifestation civilisée. Un parti ou une organisation qui voudrait organiser une manifestation pacifique aura la latitude de le faire pour peu qu'il en fasse la déclaration, en fixe l'heure et le lieu, l'encadre et collabore avec les parties responsables pour en préserver le caractère pacifique.
  • Je voudrais dire que beaucoup de choses ne se sont pas passés comme je voulais qu'elles soient, s'agissant en particulier des domaines de la démocratie et des libertés. Certains m'ont parfois induit en erreur en me cachant les faits. Ceux-là, ils en rendront des comptes.
  • C'est pourquoi je vous réaffirme, tout à fait clairement, que j'œuvrerai à renforcer la démocratie et à promouvoir le pluralisme. Oui, renforcer la démocratie et promouvoir le pluralisme.
  • Je m'emploierai à protéger et à respecter la Constitution du pays. Je veux redire, ici, que, contrairement à ce que d'aucuns ont prétendu, je m'étais engagé, le 7 novembre, à ce qu'il n'y aurait plus de présidence à vie. Pas de présidence à vie. Je réitère donc mes remerciements à tous ceux qui m'avaient exhorté à me porter candidat en 2014, mais je me refuse à remettre en question la condition d'âge pour l'éligibilité à Présidence de République.
  • Nous voulons atteindre l’année 2014 dans le cadre d’une concorde civile effective, dans un climat de dialogue national et avec la participation des partenaires nationaux à tous les niveaux.
  • La Tunisie est notre pays à tous. La Tunisie que nous chérissons et que chérit son peuple, nous voulons la protéger.
  • Que la volonté de son peuple demeure donc entre ses mains et entre les mains loyales qu’il choisira afin qu’elle continue son parcours qui avait commencé depuis l’indépendance et que nous avons poursuivi depuis 1987.
  • Nous constituerons, à cet effet, une commission nationale qui sera présidée par une personnalité nationale indépendante et crédible auprès des partenaires politiques et sociaux pour se pencher sur l’amendement du Code électoral, du Code de la presse et de la loi sur les associations. La commission proposera un échéancier qui s’étalera jusqu’aux élections de 2014, y compris pour ce qui est de l’éventualité de dissocier les élections législatives de l’élection présidentielle.
  • La Tunisie nous appartient à nous tous. Protégeons-la ensemble. Son avenir est entre nos mains. Garantissons-le ensemble. Chacun de nous est responsable, depuis la position qui est la sienne, du rétablissement de sa sécurité et de sa stabilité. Pansons ses plaies et engageons-la dans une étape nouvelle qui la rendrait encore plus apte à accéder à un avenir meilleur.

Vive la Tunisie. Vive son peuple. Vive la république."

A écouter : L'Europe sera Ben-Aliste

dimanche 9 décembre 2018

Colère populaire contre grands actionnaires

On sait que les riches et autres grands bourgeois, les 1 %, produisent 100 fois plus de CO2 que les plus pauvres. Le rapport entre un gilet jaune au SMIC et celui qui gagne 5 à 10 fois plus, s’il n’est pas de 100, pourrait bien être de 30 ou plus. Il est insupportable de faire porter le chapeau de la bataille écologique à ceux qui n’ont pas d’autres moyens pour gagner leur vie que d’utiliser leur voiture ou d’émettre du CO2 pour chauffer des habitats passoires thermiques. Ils ne sont pourtant pas responsables de l’éloignement du travail, des services publics, des écoles, des supermarchés, de l’habitat inadapté, etc. Ils ne sont pas plus responsables d’être si mal payés qu’ils doivent rouler avec de vieux diesels faute de transports collectifs et d’horaires adaptés. Moins d’une centaine de multinationales produisent plus de la moitié des GES émis sur la planète. À travers le lobbying, les portes tournantes des énarques, le travail des super cadres et autres patrons, les grands actionnaires dirigent le monde. Macron n’est que le serviteur de leurs basses œuvres, peut-être un athlète du QI, mais un total handicapé de l’humain. Ils croyaient avoir trouvé leur champion, ils ont fait élire un jeune imbécile prétentieux, Jupiter XVI. Le peuple contre les actionnaires, voilà ce que sont les gilets jaunes.

(...)

Enfin la grenouille-peuple, tente un saut hors de la bouilloire. La douce chaleur et le confort se sont transformés en bain bouillant. Aller se rafraîchir sur les ronds-points, sortir dans les rues était devenu indispensable pour faire comprendre au chef que la cuisson à petit feu était terminée. Le chef, un trio d’arrogants, imbus de leur personne, rigides, aveuglés par le torrent des billets de banque qui leurs a permis de prendre le pouvoir en France, totalement en décalage avec les besoins et les espoirs de la population. Après les Ttrente Glorieuses, les Trente Vicieuses de l’ultralibéralisme et le couronnement de Macron XVI, peut-être ce mouvement est-il le premier grand craquement de l’ultralibéralisme imposé depuis les années 80, au début par le duo Reagan-Thatcher.

Lire l'article de Nicolas Sersiron paru sur le site du CADTM

samedi 8 décembre 2018

Ruffin avant Ruffin (TM) : Qu'on leur coupe la dette (Didactique de l'Histoire)

fakir1.PNG (cliquer sur l'image pour voir la vidéo)

Il y a 15 ans : Précis d'architecture de l'Union Européenne

On entend beaucoup dire ces temps derniers que le fameux titre III du projet de constitution européenne contre lequel un vent de révolte souffle dans le pays n’est que la reprise des traités précédents et que le rejet du Traité Constitutionnel Européen n’y changera rien. Raison de plus pour revenir sur les fondations récentes de l’Union européenne, maison soit disant commune où tout est bien rangé comme dans l’urbanisme à la Lecorbusier et où chacun a déjà une place réservée : qui aux cuisines, qui au ménage, qui précepteur des enfants, qui maître et qui domestique, ces derniers s’adaptant en permanence aux besoins du patron, jour et nuit grâce à la flexibilité, en fonction de ses nouvelles lubies grâce à l’éducation tout au long de la vie.

Sainte hypocrisie d'un catéchisme européen

Olivier Duhamel raconte ces jours-ci aux enfants une belle histoire, de paix, de culture et d’humanisme sur un disque produit par le PS. Catéchisme social-démocrate qui évoque plus les journées mondiales de la jeunesse, et l’humanisme à trois francs sous lequel un défunt pape parvint à dissimuler sa politique réactionnaire, que les luttes pour le progrès social. Ce n’est évidemment pas par hasard que j’introduis la discussion, ici, ce soir en rapprochant le catholicisme et la sainte hypocrisie de la déesse Europe : il suffit de se pencher sur l’iconographie produite par l’UE. Une Union européenne qui, vous ne le savez peut-être pas, a adopté la devise « Unis dans la diversité » que lui a proposé le journal Ouest-France suite à un concours organisé par ce bulletin paroissial dans les écoles. Voter non, pour ceux qui votent, c’est donc aussi voter contre Ouest-France et l’instrumentalisation des chères têtes blondes, pour, satisfaire l’ogre patronal caché derrière le drapeau de la vierge à 12 étoiles d’or sur fond bleu. Des têtes blondes loin d’être protégées par l’Union européenne, car comme le racontait François Brune dans le Monde Diplomatique de septembre, c’est la directive Télévision sans frontières qui non seulement a interdit à la Suède de faire aboutir un projet d’interdiction de la publicité visant les enfants au niveau de l’UE, mais qui plus est a imposé à ce même pays, au niveau national donc, des chaînes satellitaires dont les programmes sont en eux-mêmes des publicités pour les enfants, alors que ce pays disposait d’une législation très protectrice allant jusqu’à préciser que des « publicités destinées aux adultes ne peuvent en aucun cas suivre ou précéder immédiatement les émissions pour enfants ». La liberté de circulation des marchandises dans le marché unique, qui ne va pas sans publicité, prime sur la protection de l’enfance. Et lorsque vous saurez que la Commission européenne, parmi d’autres méthodes de marketing visant les têtes blondes ou non, s’est associée avec le groupe d’assurances Winthertur pour promouvoir l’esprit d’entreprise auprès des enfants grâce à la bande dessinée « Boule et Bill créent leur entreprise en Europe », référencée dans les bonnes pratiques pédagogiques par la DG entreprise, vous comprendrez déjà à quel point l’Europe protège le commerce et l’entreprise et certainement pas ses citoyens, c’est d’ailleurs évidemment contradictoire.

bouleetBill

L’autre jour lors d’un chat organisé par TF1, le vendeur de temps de cerveaux disponibles bien connu, Olivier Duhamel racontait également une autre de ses belles histoires. Celle-là s’adressait aux adultes. Je cite : « Sur les délocalisations, il faudrait quand même avoir le courage de dire qu’elles sont dures pour ceux qui les subissent, qu’ils faut les aider, les reclasser, les protéger, mais qu’elles sont aussi quelque chose de positif, d’abord pour les gens de ces pays, qui trouvent du travail, pour nos entreprises qui du coup s’enrichissent et du coup peuvent garder des emplois en France, développer des recherches, créer des nouveaux emplois qualifiés, et ces pays quand ils s’enrichissent, ils nous achètent, d’abord des yaourts Danone, français, dans des hypermarchés Carrefour, français, et demain ils nous achèteront des Airbus ». C’est sans doute parce qu’ils sont fascinés par les yaourts Danone, le propriétaire des défuntes usines Lu du Pas-de-Calais, vous savez cette entreprise citoyenne, championne de la CSG, la Corporate Social Governance, et championne du « Dialogue social », toutes deux prônées par la CFDT, Jacques Delors, Etienne Davignon, la Commission européenne et les Nations-Unies, que les socialistes français, ont enregistré ce disque « l’europe racontée aux enfants » : il s’adresse en fait à l’enfant prescripteur d’achat, qu’ils espèrent aussi prescripteur de vote, avec les méthodes des vendeurs de yaourts et de biscuits, qui ne demandent, comme Winthertur, qu’à fournir du matériel pédagogique dans les écoles pour vendre leurs produits. Notons que de ce point de vue une école qui enseigne l’esprit critique est une entrave à « la concurrence libre et non faussée », et c’est loin d’être une boutade de ma part. Comme le notait Pierre Bourdieu, quand on analyse les discours patronaux, on voit une véritable haine des pédagogues qui prétendent donner aux enfants des connaissances et des capacités qui ne soient pas strictement au service de l’entreprise. Or ce sont ces conceptions patronales qui inspirent depuis 20 ans la construction européenne, nous allons voir comment.

L'Europe, c'est Danone

Alors vous vous demandez peut-être où je veux en venir. Mais c’est que mine de rien j’ai décliné le principe de base du monde que construit la Commission européenne : le développement effréné des marchés par des entreprises géantes, et on voit qu’Olivier Duhamel sous ses airs de missionnaire qui armé de la constitution européenne, qui est en fait la Déclaration des droits des entreprises, bref qui armé de la constitution européenne va défaire l’hydre libérale y adhère complètement. Ce développement effréné du commerce, ajoutons que la Commission européenne y contribue également, pour la plus grande prospérité du yaourt Danone, à l’échelle mondiale, puisque c’est un des membres les plus agressifs de l’OMC, où elle est négociateur unique pour les 25. D’où au passage la cohérence de la Directive Bolkestein au niveau communautaire avec l’AGCS au niveau de l’OMC.

En fait la Commission européenne est entièrement au service du yaourt Danone et de tout ce qui lui ressemble. Et pour permettre à cette denrée périssable de conquérir l’Europe et le monde, elle impose une norme sanitaire qu’elle a repris à la NASA pour la nourriture des astronautes, norme qui condamne à l’interdiction toutes les productions locales qui, horreur, sont consommées localement. Et pour étendre le rayon d’action du yaourt, il faut des réseaux d’autoroutes transeuropéens, dont le principe sera dans la constitution si elle est adoptée. Ces réseaux doivent permettre aux camions de relier l’Irlande à toute l’Europe dans les plus brefs délais mais aussi aux frontières extérieures de l’Union, à l’Ukraine par exemple. On veut ainsi doubler le trafic de camions aux frontières extérieures en 20 ans, ce qui ne sera pas possible selon la Commission sans de nouvelles infrastructures. « On veut » ça veut dire « on veut », ça ne veut pas dire on doit. Et tant pis pour les mers et les montagnes, entraves liberticides au commerce et donc anti-constitutionnelles. Rien n’est trop beau pour le yaourt Danone, qui mérite bien de sacrifier les Pyrénées. Mais il faut encore plus pour le yaourt Danone soit compétitif par rapport aux productions locales : d’abord qu’il ait accès aux marchés, c’est l’élargissement, ensuite imposer aux nouveaux états membres la libre-circulation des capitaux qui comprend l’investissement direct, ce qui permet de racheter les concurrents, de les liquider ou de les intégrer dans la grande famille Danone. C’est ce qui s’est produit, par exemple le belge Interbrew a racheté pratiquement toutes les brasseries d’Europe. Supprimer le risque de change, à la fois pour les produits et les capitaux qu’on doit pouvoir rapatrier, c’est l’euro. Obliger plus largement les nouveaux entrants à adopter du jour au lendemain des lois qui favorisent les euro-champions, c’est l’acquis communautaire. Créer un système qui produit des besoins grâce au temps de cerveau disponible, créer un homme nouveau européen totalement adapté à cette économie, en tant que producteur et que consommateur. Contrairement à ce qu’affirme Lionel Jospin, qui confirme que l’indigence de sa pensée économique n’a d’égale que celle de sa pensée politique, la notion de carcan libéral n’a rien d’un oxymore : le marché unique est impossible sans des milliers de règlements contraignants, et l’économie de marché est impossible à l’échelle européenne sans une puissance réglementaire et policière capable de faire respecter la « liberté du commerce ». J’ajouterai : sans l’éducation et la propagande, sans une éducation réduite pour la majorité à la propagande. Les mers et les montagnes qu’il faut effacer le disent bien. La traque policière des internautes qui téléchargent des œuvres de l’esprit aussi. Je ne sais pas s’il y a des faux yaourts Danone, mais après tout c’est possible. Et il faudra bien que ce terrorisme cesse, soit par le renforcement du civisme, soit par la répression.

« La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’autodétermination des peuples. »

Tout cela est très difficile à faire dans un régime parlementaire, et même si on y parvient, en détruisant les forces qui s’y opposent, comme Thatcher les syndicats au Royaume-Uni, il y a toujours le risque de retour en arrière. La Commission européenne dont les pouvoirs sont renforcés à chaque nouveau traité est cette super agence de développement de l’Europe au service des entreprises. Les lois qu’elle rédige sont votées par les chefs d’état, donc les exécutifs, pas par les parlementaires. Le Parlement européen n’a qu’un pouvoir de veto qu’il n’a pratiquement jamais utilisé. Il n’existe pas de séparation des pouvoirs au sens de Montesquieu, le Pt du Parlement européen déclarait il y a peu « nous ne faisons pas du Montesquieu, nous faisons quelque chose de complètement différent ». Ses membres passent sans vergogne au privé dans des secteurs dont ils ont eu la charge. L’épisode du Commissaire Bangemann, mis simplement en congé a sans doute motivé cette disposition du TCE selon laquelle ils doivent juste respecter un délai « de délicatesse » sous peine, éventuellement et sans que le Parlement ait son mot à dire, de perdre leur droit à la pension. Quand ils n’en sont pas membres ou anciens membres, ils participent régulièrement aux réunions de la Commission trilatérale et du groupe de Bildberger dont le fondateur David Rockefeller déclara : « Quelque chose doit remplacer les gouvernements et le pouvoir privé me semble l’entité adéquate pour le faire 1», et « La souveraineté supranationale d’une élite intellectuelle et de banquiers est sûrement préférable au principe d’autodétermination des peuples. ». Afin de remplir ses fonctions au mieux, la Commission associe étroitement les organisations patronales et les porteurs d’intérêts industriels à son activité législative au nom de la consultation de la société civile. C’est ici qu’interviennent les fameux lobbies. Le Commissaire européen Siim Kaas déclarait il y a deux mois : « Les lobbies ne sont pas un problème, dans la mesure où tout mécanisme de prise de décision suppose de recueillir des informations provenant de différentes sources. A l'heure d'aujourd'hui, il y a environ 15000 lobbyistes établis à Bruxelles tandis qu'environ 2600 groupes d'intérêts ont un bureau permanent dans la capitale de l'Europe. On estime que les activités de lobbying produisent un chiffre d'affaires annuel de 60 à 90 millions d'euros. Ce qui manque, c'est la transparence. ».

Si « les lobbies ne sont pas un problème », le Parlement, si c’en était un, mais ce parlement est un leurre, il n’a aucune caractéristique d’un parlement (ni le droit de proposer des lois, ni le droit de consentir à l’impôt, ni le droit de rejeter une loi dans de nombreux cas), pourrait en être un, puisque notre commissaire ajoutait que le Parlement ne devait être associé au processus législatif que dans les derniers stades, agitant le spectre, dont on est pourtant bien éloigné, du « régime d'assemblée » et utilisant la IVème République française comme un repoussoir. On peut d’ailleurs remarquer que le traité de Rome est contemporain de la Vème République qui instituait déjà un Parlement croupion et l’accaparement du pouvoir législatif par l’exécutif. Les groupes de pression ne sont pas les seuls à bénéficier d’un tel avantage sur le faux parlement : il existe dans le cadre du Partenariat Economique Transatlantique qui vise explicitement à établir une zone de libre échange entre l’Europe et les Etats-Unis d’ici 2015 une procédure dite d’alerte précoce qui fait que les textes sont soumis à des experts du Ministère américain du Commerce afin de pointer les différends qui pourraient survenir et déboucher sur des conflits à l’OMC. Ce système où les lobbies sont assimilés à la société civile et participent, à la différence des citoyens ou de leurs représentants supposés, à l’élaboration des lois et des règlements est loin d’être perçu comme une anormalité du point de vue de l’UE. C’est simplement la reconnaissance que les entreprises sont les véritables citoyens de l’Union européenne, c’est pour cela que j’avais rebaptisé le TCE déclaration des droits des multinationales. Cette idéologie a même été avalisée par le Parlement européen, puisqu’on trouve juste devant son entrée un arbre des lobbies, planté par l’Association professionnelle des lobbyistes et des affaires publiques, inauguré par la présidente d’alors du Parlement européen, Nicole Fontaine, avec le texte suivant gravé sur une plaque de plexiglas : « c'est par les discours, les débats et les votes que doivent se résoudre les grandes questions, avec détermination, patience et dévouement ». Dans les périodes révolutionnaires, on plantait des arbres de la liberté, dans les périodes contre-révolutionnaires, on plante des arbres de la liberté des affaires. En fait si on veut se donner une idée de la façon dont sont élaborées les textes européens et se les figurer, il suffit de se retourner et de regarder la sculpture qui est elle aussi à l’entrée du Parlement

Un dialogue social pompier

C'est une esthétique qui découle directement du modèle de fabrication de la société prôné par l'UE. Elle a été commandée, avec quelques autres, à un sculpteur belge : le discours d'inauguration disait l'essentiel : "Ces œuvres sont la concrétisation d'un accord particulier conclu entre les mondes de l'art, de la politique et de l'économie en vue de la réalisation en commun d'un projet profitable à tous. Celle-ci a été mise en œuvre grâce, notamment, à l'initiative d'entreprises privées soucieuses de s'affirmer comme sociétés européennes...une telle initiative ne s'intègre-t-elle pas dans les perspectives ambitieuses auxquelles nous convie l'Europe de 1992, à savoir l'expansion des entreprises et leur coopération à l'échelle communautaire, l'amélioration de l'environnement et l'aspiration à une société tournée vers l'homme et la culture ?".

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Le cahier des charges du sculpteur stipulait qu'il devait utiliser le matériau emblématique de l'entreprise mécène pour représenter les symboles de l'Union européenne. Cette sculpture ressemble pour ceux qui connaissent la sculpture à ce à quoi ressemble le TCE pour ceux qui connaissent les constitutions. C’est son principe générateur qui explique sa forme, déterminée par le renoncement à toute forme d’autonomie. Ajoutons que le Parlement européen est lui même à cette image, quand on sait comment il a été construit, c'est a dire par une oligopole de promoteurs auxquels les parlementaires louent ce qui était officiellement un Centre de Congrès (Voir le film de Gwenaël Breës à ce sujet). Toutes ces formes sont parfaitement congruentes et elles traduisent quelque chose : c’est l’abolition entre intérêt public et intérêt privé, conquête historique s’il en est. La commission européenne est une machine à détruire cette frontière et une fois que ce buldozer est passé, le patronat a les mains libres. De même, l’équilibre dynamique entre patronat et travailleurs est rompu. La société civile organisée, c’est le Dialogue social promu par Delors, proche de la CFDT, ça donne la Confédération européenne des syndicats, pure bureaucratie, véritable acmé des bureaucraties syndicales de tous les pays d’Europe, dépourvue de base pour l’emmerder et l’empêcher de prêcher la co-gestion avec l’UNICE, la confédération des confédérations patronales qui décortique les textes de la Commission et présente ses amendements à flux tendus. Laquelle peut compter sur les ressources des plus grandes entreprises d’Europe, à la différence des syndicats et ONG. Espérons que l’arrivée à sa tête du baron Seillières jettera un coup de projecteur sur cette organisation si puissante et si peu connue. Bruxelles, c’est un peu comme si en France le MEDEF, interlocuteur des gouvernements, n’avait pas de mouvements de travailleurs capables de s’opposer à ses volontés. Citons également comme autre acteur patronal très influent, la Chambre de commerce américaine en Europe, dont on ne sait pas grand chose des activités parce qu’elle ne communique pas, à la différence de l’UNICE.

Des lobbies créés à la demande de la Commission contre les États

Mais il y a plus étonnant, certains lobbies ont carrément été créés à la demande de la Commission. C’est le cas du Forum européen des services, qui regroupe les entreprises de service, créé à la demande de Leon Brittan, prédécesseur de Pascal Lamy, dans le cadre des négociations sur les services à l’OMC. Celui-ci a demandé à ce que ces entreprises discutent et se mettent d’accord sur la liste des services, pays par pays, dont la Commission demanderait la libéralisation à l’OMC. Ce sont par exemple des entreprises comme Suez qui ont fait leur marché et obtenu ensuite des concessions dans de nombreux pays qui avaient été contraints, par la commission dans le cadre de l’OMC à libéraliser ce secteur. C’est aussi le cas du Transatlantique Business Dialogue qui réunit les patrons des principales multinationales européennes et américaines (avec une co-présidence). Celui-ci a été créé dans le cadre du TEP et soutenu à bout de bras par la Commission lors du refroidissement des relations avec les Etats-Unis. Le TEP est aujourd’hui relancé et vise à cette zone de libre échange europe etats-unis en 2015. La fonction du TABD ? Etudier les obstacles réglementaires au commerce transatlantique et demander point par point à la Commission de les lever. Pascal Lamy en fit partie, en tant que PDG du crédit lyonnais -les salariés s'en souviennent- avant de devenir Commissaire européen. Assistant à une réunion du TABD es-qualité, il déclara, après s'être félicité de se retrouver « entre amis » : « Nous ferons ce que nous avons à faire d’autant plus facilement que, de votre côté, vous nous indiquerez vos priorités » (Berlin 1999) et le 23 mai 2000 à Bruxelles, devant la même assemblée : « Nous consentons de grands efforts pour mettre en œuvre vos Recommandations dans le cadre du partenariat économique transatlantique et, en particulier, il y a eu des progrès substantiels dans les nombreux domaines sur lesquels vous avez attiré notre attention. (…)

Je gardais pour la fin le grand architecte que j’annonçai en introduction. Il s’agit de la table ronde des industriels européens. En fait, c’est sous la Présidence de Jacques Delors qu’une véritable alliance entre la Commission et les multinationales a été passée, parce que la Commission voulait faire le marché unique et les gouvernements rechignaient aux abandons de souveraineté nécessaires. Sous le mandat précédent le Commissaire à l’industrie, Etienne Davignon, liquidateur lors de son mandat de la sidérurgie européenne, est à l’initiative de la création de l’ERT qui regroupe aujourd’hui les patrons des 45 plus grandes entreprises européennes : Thyssen Krupp, NOKIA , Renault, Air Liquide, Nestlé, Unilever, Total etc. Il s’agit d’un super club de super patrons. Ses membres totalisent un CA de 950 milliards d’euros en 2003 (4x le budget de la France). Après avoir quitté la Commission Etienne Davignon, par ailleurs aujourd’hui Pt de la Trilatérale, a rejoint ce club après être devenu Pt de la société générale de Belgique. Le livre blanc de Jacques Delors sur le marché unique a en fait codifié le plan établi par l’ERT, donc dès 1985. C’est le même Jacques Delors, vrai ou faux Tartuffe, qui nous parle aujourd’hui d’Europe sociale à grand renfort d’encensoir, et la codification des exigences patronales dissimulée sous l’humanisme chrétien est une formule qui continue à très bien fonctionner comme on s’en aperçoit ces derniers jours encore, c’est pour cela que j’évoquais le catholicisme au début. L’ERT s’est vantée d’ailleurs d’être une des principales forces derrière le marché unique. Delors a accompli les plans de l’ERT alors même que ses services le mettaient en garde contre les conséquences notamment environnementales du marché unique. L’ERT a de même largement contribué à l’Union monétaire, prenant même en charge par l’intermédiaire de l’Union pour l’Europe monétaire le travail de lobbying auprès des gouvernements et ensuite, après Maastricht, les campagnes d’information visant les entreprises et le grand public (ce déluge de propagande dont nous nous souvenons). Son rapport Missing links a été copié collé dans le livre blanc sur les transports qui a donné les réseaux transeuropéens. L’élargissement ensuite, à marche forcée et sans harmonisation sociale, qui a permis encore aux membres de l’ERT de devenir des entreprises encore plus géantes qui ont colonisé les marchés de l’Est (Unilever et Procter and gamble se sont tout simplement partagés le marché des cosmétiques en Europe de l’Est) et ont été mises en position de jouer de l’arme des délocalisations pour accélérer le dumping social partout en Europe. « C’est comme si nous avions découvert une nouvelle Asie du Sud-Est à notre porte », s’emballait Keith Richardson. Le principal architecte de cet élargissement fut Percy Barnevik, alors PDG du groupe financier suédois AB, aujourd'hui tombé comme Messier dans les oubliettes de l'histoire pour avoir ruiné le groupe ABB et s'être accordé un golden parachute de 88 millions de dollars

L’ERT s’est chargée de créer des bureaux industriels pour l’élargissement chargés de veiller à l’intégration de l’acquis communautaire par les nouveaux états membres. Ils associaient des responsables gouvernementaux locaux, des membres de la Commission et des membres de l’ERT. Il en existe un aujourd’hui en Turquie. L’ERT a réussi de traité en traité à imposer la compétitivité des entreprises au sommet de la hiérarchie des normes, et le benchmarking comme méthode. Elle s’est attaquée aux retraites, qualifiées dans un rapport de bombe à retardement pour la compétitivité, à l’assurance chômage, aux transports publics, au gaz et à l’électricité : toutes choses que l’on retrouve aujourd’hui dans l’agenda de Lisbonne. Elle milite activement pour la « réforme » des systèmes éducatifs etc. Bref c’est le grand inspirateur et le principal allié de la Commission européenne, quasi institutionnel à certaines périodes, comme dans le cas des bureaux industriels pour l’élargisssement. En novembre 1998, son groupe de travail sur la compétitivité, présidé par Janssen de Solvay, a produit un nouveau rapport intitulé : « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation ». On y lit le portrait d’une économie en pleine ébullition, offrant « un flot incessant de produits et de services toujours plus récents, plus performants ou moins chers qui, constamment, rendent les produits plus anciens, moins performants, voire obsolètes – de même que les emplois qui y sont liés. » L’adaptation à ce processus de destruction créative 1 doit se faire à tous les niveaux de la société : chez les gouvernements, les entreprises quelle que soit leur taille et les particuliers, car, « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois. » Cette organisation bénéficie d’un accès privilégié aux chefs d’état : L’accessibilité, c’est pouvoir téléphoner à Helmut Kohl pour lui recommander de lire un rapport. C’est aussi John Major téléphonant à l’Ert pour la remercier de ses points de vue ou bien déjeuner avec le Premier ministre suédois juste avant que la Suède ne se déclare sur sa candidature à la Cee. (Keith Richardson) L'ERT suit d'ailleurs de très près l'agenda de Lisbonne, adressant des admonestations aux chefs d'état avant chaque conseil européen, à la manière d'un maitre d'école réprimandant les mauvais élèves. Ainsi avant le sommet de Barcelone : « La compétitivité est un concept comparatif. L’UE ne peut échapper à la comparaison avec les Etats-Unis (...) Les années 90 ont vu une économie américaine plus flexible tirer les gains de compétitivité maximaux d’une nouvelle révolution technologique. Cela ne doit pas se reproduire. Avec l’élargissement, le niveau de vie baissera de plus en plus en Europe sans accroissement de la productivité ». « Aucune étude supplémentaire n’est nécessaire. Le résultat de Lisbonne, c’est que nous connaissons le fond du problème, nous savons ce que comparer les performances signifie et donc ce qu’il faut faire. Mettre en avant des résultats dans des domaines certes importants mais qui n’ont rien de fondamentaux ne peut dissimuler le manque de progrès dans l’amélioration de la compétitivité des secteurs vitaux ou ayant valeur d’exemples». Pour l’ERT il existe désormais une « nouvelle Europe à deux vitesses » clivée entre les gouvernements exclusivement tournés vers les besoins de l’économie et ceux qui persistaient à poursuivre « des objectifs nationaux ou politiques »

Le Concierge

Conférence donnée à Nantes, à l'invitation de "Noire Atlantique" dans le cadre de la campagne pour le "Non" à la "Constitution européenne".

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jeudi 6 décembre 2018

Le fou qui se prend pour le Pt de la République ?

"La différence entre le fou qui se prend pour Napoléon et le Pt de la République, c'est que le Pt de la République, tout le monde croit qu'il est le Pt de la République" (Bourdieu)

lyceens_mantes.png Mantes la Jolie, 6/12/2018 (St Nicolas)

Tunisia Toute ressemblance avec une précédente fin de règne...

votefutile.jpg Toute ressemblance avec le vote utile... Lire : Votez futile !, spéciale dédicace du Concierge à Mediatarte

Il y a 9 ans ; Un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums »

Il est difficile de négliger le fait suivant : à mesure que les institutions financières ont, depuis les années 1970, pris en main l’économie, elles ont également acquis du pouvoir politique, suffisamment pour démanteler l’appareil régulateur qui avait été établi pendant la Grande Dépression et qui avait réussi depuis à empêcher les crises financières. Plus généralement, la libéralisation financière que ces institutions ont contribué à mettre en place crée ce que certains économistes internationaux appellent un « parlement virtuel » d’investisseurs et de bailleurs, qui « organise en permanence des référendums » sur les politiques gouvernementales. Si le parlement virtuel décide que les politiques de certains gouvernements sont irrationnelles – c’est-à-dire qu’elles sont conçues pour profiter aux gens, et non pour accroître les profits –, il peut exercer son droit de veto par des fuites de capitaux, des attaques sur les monnaies et d’autres moyens. La France a connu cette expérience sous Mitterrand. Pour prendre un exemple plus récent, après l’investiture d’Hugo Chávez, la fuite de capitaux a été telle que les fonds détenus par les riches Vénézuéliens vivant à l’étranger représentaient un cinquième du PIB du Venezuela, selon l’économiste de l’OCDE Javier Santiso. Celui-ci ajoute que, après le coup d’État militaire de 2002 soutenu par les États-Unis et qui renversa le gouvernement élu, « la réponse des marchés était proche de l’euphorie », et que la Bourse de Caracas enregistra d’énormes profits, pour ensuite s’effondrer lorsque le gouvernement fut restauré grâce à la protestation populaire. En général, une fois les flux de capitaux libéralisés, les gouvernements sont confrontés à ce qu’on appelle souvent un ­« double électorat » : leurs citoyens et le parlement virtuel. Même dans les pays riches, c’est l’électorat privé qui a tendance à l’emporter.

La libéralisation financière sert donc de frein efficace à la démocratie. Peut-être est-ce une coïncidence, peut-être pas, mais il est intéressant de remarquer que la libéralisation financière fut introduite alors même que les élites commençaient à s’inquiéter de ce qu’elles appelèrent dans les années 1960 « la crise de la démocratie » : certaines fractions de la société habituellement passives et obéissantes, souvent désignées sous l’étiquette « intérêts spécifiques », commençaient à occuper l’espace public pour y faire entendre leurs revendications. Cet « excès de démocratie » était une surcharge trop lourde pour l’État, qui ne pouvait plus, dès lors, s’occuper correctement de « l’intérêt national ». Les intérêts spécifiques, ce sont les femmes, les travailleurs, les agriculteurs, les jeunes, les personnes âgées, les minorités, les majorités – en réalité, l’essentiel de la population. « L’intérêt national », lui, est défini par ceux qui possèdent et dirigent la société. Je paraphrase ici l’opinion des élites libérales et internationalistes, qui peuplaient l’administration Carter aux États-Unis, et de leurs homologues européennes et japonaises. Plus à droite, et dans le monde des affaires, la nécessité de surmonter la « crise de la démocratie » était une préoc­cupation encore plus pressante. De nombreuses mesures ont été prises depuis cette époque pour purger la société des maux de la démocratie, et cela continue. La libéralisation financière y a apporté une contribution puissante, volontairement ou non.

Noam Chomsky, La soif de pouvoir tempérée par l’auto-aveuglement, 2009.

La Commissaire européenne Thyssen lauréate du prix "Femmes au Pouvoir"

La Commissaire Marianne Thyssen[1] a remporté le prix "Femme au Pouvoir" pour avoir démontré un leadership extraordinaire en Europe dans le cadre du palmarès "Femmes d'Europe" organisé par le Mouvement Européen International et le Lobby des Femmes Européennes.

La Commissaire Thyssen a déclaré :

"Me savoir soutenue par le European Movement International et le European Women's Lobby[2]." est très important pour moi".

"C'est un signe de soutien. Mais cela me donne aussi la force de continuer à travailler dur pour une Union européenne forte et juste.

"Je voudrais dédier ce prix aux nombreuses femmes qui mettent en œuvre quotidiennement le Pilier Européen des Droits Sociaux. Peut-être de façon moins visible que nous, mais d'une façon très tangible".

Source : Commissioner Thyssen wins 'Woman in Power' at 2018 Women of Europe Awards

Notes

[1] Connue notamment pour avoir contesté une décision de la Justice Grecque attestant que les chiffres de la dette grecque avaient été truqués pour imposer les memoranda à ce pays et donc des mesures anti-sociales sans équivalent depuis la 2nde Guerre Mondiale qui ont particulièrement frappé les femmes en Grèce

[2] Qui sait être soutenu par elle car subsidié par la Commission européenne..

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