Musée de l'Europe et de l'Afrique

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jeudi 10 mai 2018

Convergence des luttes

convergencedesluttes.png Cliquer sur l'image pour voir la vidéo...

Au-delà des idéologies, comment réunir le bloc social de 2005 face au bloc bourgeois pour un processus constitutionnel dont l'essentiel est la sortie des traités néolibéraux européens et de l'OTAN ? On doute bien franchement que la stratégie électoralo-médiatique de Ruffin et Lordon, avec, qui plus est, les trotskistes de télévision en embuscade, ne conduise à autre chose qu'à nous amener définitivement dans le mur. Car c'est ignorer la sociologie du "Bloc populaire" - dont ils ont la même peur de classe que ceux qu'ils croient combattre, espérant, pour citer Lordon, que les "cadres craquent"... Les élections continuent à être jouées au centre décidément ! Mais le centre, c'est Macron, idiot ! (Qu'allez-vous faire la prochaine fois que Mediapart agitera le speeeeeectre des années 30 à travers le croque-mitaine Le Pen ?) Et sortir des traités d'austérité, c'est populaire (Le Concierge)

PS (sic) : Pour la déco, "Fête des travailleurs" aurait été plus indiqué que "Fête du travail", certains sont prompts à penser à mal...

La lutte finale contre les sparadrahs médiatiques de La Sociale...

LDCgrupieduMonde.png LDC se regarde dans le miroir du Monde des Livres, hein ! L'occasion de revenir sur l'histoire de ce supplément aux jours heureux d'Edwy Plenel...

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"No comment" comme on disait à Canal Plus...

Il y a 6 ans : The Brussels Business

Alors que tout le travail militant accompli depuis 1995 concernant la lutte contre la mondialisation économique, la financiarisation et la dette est peu à peu effacé par de faux impertinents "émancipateurs" (essentiellement d'eux-mêmes) et vrais médiacrates, il est bon de rappeler que l'offensive (finale ?) contre "une civilisation liée aux services publics" ne se résume pas à la personnalité de Macron, mais vient de loin... On peut notamment voir ou revoir ce documentaire de 2012, The Brussels Business.

Le Concierge

BrusselsBusiness.png Cliquer sur l'image pour visionner le documentaire

Dans les années 90, deux jeunes hommes découvrent l'énorme influence du lobbying à Bruxelles. Ils suivent toutefois des voies très différentes. Olivier Hoedeman a créé le centre de recherche le plus écouté sur l'influence de l'industrie dans les décisions à Bruxelles ; Pascal Kerneis est quant à lui un lobbyiste représentant 40 multinationales dans le secteur des services (banques, assurances, tourisme, IT, etc.) . A lui tout seul, il pèse pour plus ou moins 50% du PNB de l'Union européenne... Au travers de leur carrière, The Brussels Business offre un voyage à l'intérieur des coulisses de la plus grande économie sur la terre - l'Union européenne. Il explique l'historique du lobbying, le quatrième pilier fondamental pour comprendre comment sont créées les lois qui déterminent la vie de plus de 500 millions d'Européens. Sous forme d'un docu-thriller politique, The Brussels Business montre la version non officielle de l'intégration européenne. Il ajoute un élément de réponse à une question que des millions d'Européens se posent: Qui dirige l'Union européenne?

Il y a 7 ans... "Nous ne revendiquons rien". Occuper Wall Street : un mouvement tombé amoureux de lui-même

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Extrait

La grande épopée fut pourtant de courte durée. Les campeurs ont été évacués deux mois après leur installation. Hormis quelques groupes résiduels ici et là, animés par des militants chevronnés, le mouvement OWS s’est désagrégé. La tempête médiatique qui s’était engouffrée dans les tentes de Zuccotti Park est repartie souffler ailleurs. Faisons une pause et comparons le bilan d’OWS avec celui de son vilain jumeau, le Tea Party, et du renouveau de la droite ultraréactionnaire dont celui-ci est le fer de lance. Grâce à ces bénévoles de la surenchère, le Parti républicain est redevenu majoritaire à la Chambre des représentants ; dans les législatures d’Etat, il a pris six cents sièges aux démocrates. Le Tea Party a même réussi à propulser l’un des siens, M. Paul Ryan, à la candidature pour la vice-présidence des États-Unis.

La question à laquelle les thuriféraires d’OWS consacrent des cogitations passionnées est la suivante : quelle est la formule magique qui a permis au mouvement de rencontrer un tel succès ? Or c’est la question diamétralement inverse qu’ils devraient se poser : pourquoi un tel échec ? Comment les efforts les plus louables en sont-ils venus à s’embourber dans le marécage de la glose académique et des postures antihiérarchiques ?

Les choses avaient pourtant commencé très fort. Dès les premiers jours d’occupation de Zuccotti Park, la cause d’OWS était devenue incroyablement populaire. De fait, comme le souligne Todd Gitlin, jamais depuis les années 1930 un thème progressiste n’avait autant fédéré la société américaine que la détestation de Wall Street. Les témoignages de sympathie pleuvaient par milliers, les chèques de soutien aussi, les gens faisaient la queue pour donner des livres et de la nourriture aux campeurs. Des célébrités vinrent se montrer à Zuccotti et les médias commencèrent à couvrir l’occupation avec une attention qu’ils n’accordent pas souvent aux mouvements sociaux estampillés de gauche.

Mais les commentateurs ont interprété à tort le soutien à la cause d’OWS comme un soutien à ses modalités d’action. Les tentes plantées dans le parc, la préparation de la tambouille pour des légions de campeurs, la recherche sans fin du consensus, les affrontements avec la police… voilà, aux yeux des exégètes, ce qui a fait la force et la singularité d’OWS ; voilà ce que le public a soif de connaître.

Ce qui se tramait à Wall Street, pendant ce temps-là, a suscité un intérêt moins vif. Dans Occupying Wall Street, un recueil de textes rédigés par des écrivains ayant participé au mouvement, la question des prêts bancaires usuraires n’apparaît qu’à titre de citation dans la bouche d’un policier. Et n’espérez pas découvrir comment les militants de Zuccotti comptaient contrarier le pouvoir des banques. Non parce que ce serait mission impossible, mais parce que la manière dont la campagne d’OWS est présentée dans ces ouvrages donne l’impression qu’elle n’avait rien d’autre à proposer que la construction de « communautés » dans l’espace public et l’exemple donné au genre humain par le noble refus d’élire des porte-parole.

Culte de la participation

Malheureusement, un tel programme ne suffit pas. Bâtir une culture de lutte démocratique est certes utile pour les cercles militants, mais ce n’est qu’un point de départ. OWS n’est jamais allé plus loin ; il n’a pas déclenché une grève, ni bloqué un centre de recrutement, ni même occupé le bureau d’un doyen d’université. Pour ses militants, la culture horizontale représente le stade suprême de la lutte : « Le processus est le message », entonnaient en chœur les protestataires.

On pourra objecter que la question de présenter ou non des revendications fut âprement débattue par les militants lorsqu’ils occupaient effectivement quelque chose. Mais, pour qui feuillette tous ces ouvrages un an plus tard, ce débat paraît d’un autre monde. Presque aucun ne s’est hasardé à reconnaître que le refus de formuler des propositions a constitué une grave erreur tactique. Au contraire, Occupying Wall Street, le compte rendu quasi officiel de l’aventure, assimile toute velléité programmatique à un fétiche conçu pour maintenir le peuple dans l’aliénation de la hiérarchie et de la servilité. Hedges ne dit pas autre chose lorsqu’il explique que « seules les élites dominantes et leurs relais médiatiques » exhortaient OWS à faire connaître ses demandes. Présenter des revendications serait admettre la légitimité de son adversaire, à savoir l’Etat américain et ses amis les banquiers. En somme, un mouvement de protestation qui ne formule aucune exigence serait le chef-d’œuvre ultime de la vertu démocratique…

D’où la contradiction fondamentale de cette campagne. De toute évidence, protester contre Wall Street en 2011 impliquait de protester aussi contre les tripatouillages financiers qui nous avaient précipités dans la grande récession ; contre le pouvoir politique qui avait sauvé les banques ; contre la pratique délirante des primes et des bonus qui avait métamorphosé les forces productives en tiroir-caisse pour les 1 % les plus riches. Toutes ces calamités tirent leur origine de la dérégulation et des baisses d’impôts — autrement dit, d’une philosophie de l’émancipation individuelle qui, au moins dans sa rhétorique, n’est pas contraire aux pratiques libertaires d’OWS.

Thomas Frank, janvier 2013

Lire l'intégralité de l'article dans Le Monde Diplomatique

mercredi 9 mai 2018

Dans le Nord global et dans le Sud global, le défi des mouvements ouvriers est de prendre en compte la question de la dette privée des ménages

Dans une interview donnée à The Hindu, Mr Toussaint, qui était récemment au Sri Lanka pour un séminaire régional sur la dette, a parlé des risques des banques qui s’engagent dans des activités spéculatives.

Accusant les autorités de contrôle d’être « très indulgentes » envers les banques, il a déclaré que les gouvernements et les autorités de contrôle sont censés moraliser le système bancaire, séparer les banques commerciales des banques d’affaires, mettre fin aux salaires et bonus exorbitants et finalement financer l’économie réelle. « Au lieu de quoi … tout ce que l’on a eu est une longue liste de détournements qui ont été mis en lumière par une série de faillites bancaires et de grosses arnaques. »

Meera Srinivasan : Dans votre livre Bancocracie, publié en 2015, vous parlez de la façon dont les banques et les gouvernements à travers le monde s’entendent pour augmenter la dette publique de façon dramatique. Comment considérez-vous la crise maintenant ?

D’abord, il est très clair que les grandes banques aux États-Unis, en Amérique du Nord, en Europe de l’Ouest n’ont pas purgé leurs actifs. Elles étaient censées nettoyer leurs bilans comptables en réduisant les produits toxiques qu’ils contenaient, réduire leurs créances douteuses et augmenter le rapport entre leurs fonds propres et leurs actifs totaux. En réalité, elles n’ont pas pris les décisions nécessaires pour ce faire et pour arrêter une activité spéculative très dangereuse. Les autorités de contrôle étaient censées renforcer leur contrôle sur les banques, mais nous avons vu ces deux dernières années qu’elles ont été très laxistes envers les banques. Les gouvernements et les autorités de contrôle étaient censées moraliser le système bancaire, séparer les banques commerciales des banques d’investissement, mettre fin aux salaires et bonus exorbitants et finalement les amener à financer l’économie réelle. Au lieu d’une moralisation du système bancaire, tout ce que nous avons eu est une longue liste de détournements et de spéculations qui ont été mis en lumière par une série de faillites et de grosses arnaques.

Sous la présidence d’Obama, le Congrès américain a adopté une loi, la loi Dodd-Franck, afin de renforcer la régulation et le contrôle des banques états-uniennes. Et maintenant Trump la démantèle et fait disparaître les quelques règles et mesures régulatrices prises dans le cadre de la loi Dodd-Franck.

Ensuite, les banques centrales – la Réserve fédérale américaine, la Banque centrale européenne, la Banque d’Angleterre, la Banque du Japon – ont mis en place une politique d’Assouplissement Quantitatif (QE) : cela consiste à injecter beaucoup de liquidités dans les banques, à acheter des produits très toxiques, telles que des créances hypothécaires titrisées (MBS en anglais) et des titres adossés à des actifs (ABS en anglais). Les banques centrales ont acheté ces produits aux banques et leur ont donné beaucoup d’argent en retour. Mais ces banques ne l’ont pas utilisé pour le prêter aux producteurs, aux petits ou moyens producteurs ou aux ménages. Elles utilisent cet argent pour augmenter leurs activités spéculatives, par exemple pour racheter leurs propres actions en bourse. Cela a conduit au développement d’une nouvelle bulle sur les marchés boursiers depuis environ quatre ans. Il y a un risque réel d’un nouvel effondrement boursier. Il est difficile de prédire quand cela va arriver, mais il est absolument évident que la capitalisation boursière est totalement exagérée, qu’elle ne correspond pas à la valeur réelle des actifs des grosses entreprises. Tôt ou tard, il y aura une nouvelle crise financière. Il y a également une grande inquiétude au sujet de la dette privée des grandes entreprises financières (principalement les banques et les assurances) et non-financières. La dette de ces entreprises a énormément augmenté ces dernières années, et donc il y a une autre bulle dans le segment des marchés obligataires. Ces obligations (corporate bonds en anglais) sont émises par les grandes entreprises afin d’emprunter de l’argent à long terme. L’éclatement de cette bulle dans le financier obligataire constitue une autre possibilité de crise. Le dernier grand effondrement du marché obligataire a eu lieu en 1987. Dans l’avenir, nous allons probablement connaître une crise dans ce secteur, qui sera peut-être plus puissante et plus dangereuse que ce qui s’est passé alors.

(...)

Meera Srinivasan : Quand nous avons parlé de l’ultra-droite, vous avez dit qu’il était possible pour les forces progressistes de présenter une alternative. Vous avez aussi dit plus tôt que les mouvements ouvriers et les syndicats doivent élargir leur lutte afin d’incorporer les questions de l’endettement.

Oui ! Nous, à gauche, sommes en déclin depuis que Thatcher et Reagan sont arrivés au pouvoir au début des années 1980. Il y a eu une offensive générale du grand capital contre les droits sociaux. La classe ouvrière traditionnelle a été affectée. De plus en plus d’ouvriers et d’employés ont un emploi très précaire. La partie des salariés, qui est employée dans le secteur formel, est une minorité dans la plupart des pays du Sud, vous le savez en Inde car le secteur informel de l’économie est largement dominant. Cette tendance est aussi vraie dans des pays comme les États-Unis et la majorité des pays d’Europe : les emplois précaires, les temps partiels augmentent. De plus en plus de gens sont endettés parce que les salaires diminuent. Pour maintenir leur pouvoir d’achat, de plus en plus de gens s’endettent.

C’était très clair, par exemple aux États-Unis, avec la crise des subprimes. Après l’explosion de la crise des subprimes en 2006-2007, 14 millions de familles endettées ont été expulsées de leur logement aux États-Unis.

Ma visite au Sri Lanka m’a montré à quelle vitesse l’industrie du microcrédit a développé ses activités dans le pays après la fin de la guerre en 2009 et quelle brutalité elle pouvait exercer ; il est impossible aux gens de rembourser une dette s’ils doivent payer des taux d’intérêts de 40 à 60%. Accorder des micro-prêts à ce taux, c’est créer la condition d’un surendettement. Les gens doivent contracter plus de micro-prêts pour rembourser les précédents. C’est un cercle vicieux qui cause d’énormes problèmes aux victimes de cette situation, dont la majorité sont des femmes. Il est incroyable d’écouter les témoignages ; des femmes nous disent que des agences de microfinance accordent des prêts à des gens sans revenu. Il est impossible de rembourser une dette sans revenu, et donc ils vont perdre le peu de biens qu’ils peuvent avoir, s’ils ont une maison, un lopin de terre où ils cultivent des légumes, ils vont les perdre pour rembourser la dette.

Et dans le Nord global et dans le Sud global, le défi des mouvements ouvriers est de prendre en compte la question de la dette privée des ménages parce qu’il est très difficile de s’engager dans des mouvements sociaux et des grèves pour des gens qui se trouvent sous une énorme pression parce qu’ils doivent rembourser leur dette

Lire l'interview complète sur le site du CADTM

mardi 1 mai 2018

"Réintroduire le règne du «commercial» dans des univers qui ont été construits, peu à peu, contre lui, c'est mettre en péril les œuvres les plus hautes de l'humanité, l'art, la littérature et même la science"

bolloreguignols.PNG Cliquer sur l'image pour voir le documentaire "Bolloré un ami qui vous veut du bien"

Discours de Pierre Bourdieu à la réunion annuelle du Conseil international du musée de la Télévision et de la Radio, le 11/10/1999, devant les plus grands patrons mondiaux des médias.

Je ne vais pas me donner le ridicule de décrire l'état du monde médiatique devant des personnes qui le connaissent mieux que moi; des personnes qui sont parmi les plus puissantes du monde, de cette puissance qui n'est pas seulement celle de l'argent, mais celle que l'argent peut donner sur les esprits. Ce pouvoir symbolique qui, dans la plupart des sociétés, était distinct du pouvoir politique ou économique, est aujourd'hui réuni entre les mains des mêmes personnes, qui détiennent le contrôle des grands groupes de communication, c'est-à-dire de l'ensemble des instruments de production et de diffusion des biens culturels.

Ces personnes très puissantes, j'aimerais pouvoir les soumettre à une interrogation du genre de celle que Socrate faisait subir aux puissants de son temps (dans tel dialogue, il demandait, avec beaucoup de patience et d'insistance, à un général célèbre pour son courage, ce que c'est que le courage; dans un autre, il demandait à un homme connu pour sa piété ce que c'est que la piété, et ainsi de suite; faisant apparaître, chaque fois, qu'ils ne savaient pas vraiment ce qu'ils étaient). N'étant pas en mesure de procéder de la sorte, je voudrais poser un certain nombre de questions, que ces personnes ne se posent sans doute pas (notamment parce qu'elles n'en ont pas le temps) et qui se ramènent toute à une seule: maîtres du monde, avez-vous la maîtrise de votre maîtrise? Ou, plus simplement, savez-vous vraiment ce que vous faites, ce que vous êtes en train de faire, toutes les conséquences de ce que vous êtes en train de faire? Questions très embarrassantes auxquelles Platon répondait par la formule célèbre, qui s'applique sans doute aussi ici: «Nul n'est méchant volontairement.»

On nous dit que la convergence technologique et économique de l'audiovisuel, des télécommunications et de l'informatique et la confusion des réseaux qui en résulte rendent totalement inopérants et inutiles les protections juridiques de l'audiovisuel (par exemple les règles relatives aux quotas de diffusion d'œuvres européennes); on nous dit que la profusion technologique liée à la multiplication des chaînes thématiques numérisées répondra à la demande potentielle des consommateurs les plus divers, que toutes les demandes recevront des offres adéquates, bref, que tous les goûts seront satisfaits. On nous dit que la concurrence, surtout lorsqu'elle est associée au progrès technologique, est synonyme de «création» (je pourrais assortir chacune de mes assertions de dizaines de références, et de citations, en définitive assez redondantes).

Mais on nous dit aussi que la concurrence des nouveaux entrants, beaucoup plus puissants, qui viennent des télécoms et de l'informatique est telle que l'audiovisuel a de plus en plus de peine à résister; que les montants des droits, notamment en matière de sport, sont de plus en plus élevés; que tout ce que produisent et font circuler les nouveaux groupes de communication technologiquement et économiquement intégrés, c'est-à-dire aussi bien des messages télévisés que des livres, des films ou des jeux télévisés, bref, tout ce que l'on regroupe sous le nom «attrape-tout» (catch all) d'«information», doit être traité comme une marchandise comme les autres, à laquelle doivent être appliquées les mêmes règles qu'à n'importe quel produit; et que ce produit industriel standard doit donc obéir à la loi commune, la loi du profit, en dehors de toute exception culturelle sanctionnée par des limitations réglementaires (comme le prix unique du livre ou les quotas de diffusion). On nous dit enfin que la loi du profit, c'est-à-dire la loi du marché, est éminemment démocratique, puisqu'elle sanctionne le triomphe du produit qui est plébiscité par le plus grand nombre.

À chacune de ces «idées» on pourrait opposer, non pas des idées, au risque d'apparaître comme un idéologue perdu dans les nuées, mais des faits: à l'idée de différenciation et de diversification extraordinaire de l'offre, on pourrait opposer l'extraordinaire uniformisation des programmes de télévision, le fait que les multiples réseaux de communication tendent de plus en plus à diffuser le même type de produits, jeux, soap operas, musique commerciale, romans sentimentaux du type telenovelas, séries policières qui ne gagnent rien, même au contraire, à être françaises, comme Navarro, ou allemandes, comme Derrick, autant de produits issus de la recherche des profits maximaux pour des coûts minimaux, ou, dans un tout autre domaine, l'homogénéisation croissante des journaux et surtout des hebdomadaires.

Autre exemple, aux «idées» de concurrence et de diversification, on pourrait opposer le fait de la concentration extraordinaire des groupes de communication, concentration qui, comme le montre la plus récente fusion, celle de Viacom et de CBS, c'est-à-dire d'un groupe orienté vers la production des contenus et d'un groupe orienté vers la diffusion, aboutit à une intégration verticale telle que la diffusion commande la production.

Mais l'essentiel est que les préoccupations commerciales, et en particulier, la recherche du profit maximal à court terme s'imposent de plus en plus et de plus en plus largement à l'ensemble des productions culturelles. Ainsi, dans le domaine de l'édition de livres, que j'ai étudié de près, les stratégies des éditeurs, et spécialement des responsables des grands groupes, sont orientées sans équivoque vers le succès commercial.

C'est là qu'il faudrait commencer à poser des questions. J'ai parlé à l'instant de productions culturelles. Est-il encore possible aujourd'hui, et sera-t-il encore longtemps possible de parler de productions culturelles et de culture? Ceux qui font le nouveau monde de la communication et qui sont faits par lui aiment à évoquer le problème de la vitesse, des flux d'informations et des transactions qui deviennent de plus en plus rapides, et ils ont sans doute partiellement raison quand ils pensent à la circulation de l'information et à la rotation des produits. Cela dit, la logique de la vitesse et du profit qui se réunissent dans la poursuite du profit maximal à court terme (avec l'Audimat pour la télévision, le succès de vente pour le livre - et, bien évidemment, le journal -, le nombre d'années pour le film) me paraissent incompatibles avec l'idée de culture. Quand, comme disait Ernst Gombrich, les «conditions écologiques de l'art» sont détruites, l'art et la culture ne tardent pas à mourir.

Pour preuve, je pourrais me contenter de mentionner ce qu'il est advenu du cinéma italien, qui fut un des meilleurs du monde et qui ne survit plus qu'à travers une petite poignée de cinéastes, ou du cinéma allemand, ou du cinéma d'Europe de l'Est. Ou la crise que connaît partout le cinéma d'auteurs, faute notamment de circuits de diffusion. Sans parler de la censure que les distributeurs de films peuvent imposer à certains films, le plus connu étant celui de Pierre Carles. Ou encore le destin de telle chaîne de radio culturelle, aujourd'hui livrée à la liquidation au nom de la modernité, de l'Audimat et des connivences médiatiques.

Mais on ne peut comprendre vraiment ce que signifie la réduction de la culture à l'état de produit commercial que si l'on se rappelle comment se sont constitués les univers de production des œuvres que nous considérons comme universelles dans le domaine des arts plastiques, de la littérature ou du cinéma. Toutes ces œuvres qui sont exposées dans les musées, tous ces ouvrages de littérature devenus classiques, tous ces films conservés dans les cinémathèques, sont le produit d'univers sociaux qui se sont constitués peu à peu en s'affranchissant des lois du monde ordinaire, et en particulier de la logique du profit. Pour faire comprendre, un exemple: le peintre du Quattrocento a dû, - on le sait par la lecture des contrats - lutter contre les commanditaires pour que son œuvre cesse d'être traitée comme un simple produit, évalué à la surface peinte et au prix des couleurs employées; il a dû lutter pour obtenir le droit à la signature, c'est-à-dire le droit d'être traité comme un auteur, et aussi pour ce que l'on appelle, depuis une date assez récente, les droits d'auteur (Beethoven luttait encore pour ce droit); il a dû lutter pour la rareté, l'unicité, la qualité, il a dû lutter, avec la collaboration des critiques, des biographies des professeurs d'histoire de l'art, etc., pour s'imposer comme artiste, comme «créateur».

Or c'est tout cela qui se trouve menacé aujourd'hui à travers la réduction de l'œuvre à un produit et à une marchandise. Les luttes actuelles des cinéastes pour le «final cut» et contre la prétention du producteur à détenir le droit final sur l'œuvre, sont l'équivalent exact des luttes du peintre du Quattrocento. Il a fallu près de cinq siècles aux peintres pour conquérir le droit de choisir les couleurs employées, la manière de les employer, puis, tout à la fin, le droit de choisir le sujet, notamment en le faisant disparaître, avec l'art abstrait, au grand scandale du commanditaire bourgeois; de même, pour avoir un cinéma d'auteurs, il faut avoir tout un univers social, des petites salles et des cinémathèques projetant des films classiques et fréquentées par les étudiants, des cinéclubs animés par des professeurs de philosophie cinéphiles formés par la fréquentation desdites salles, des critiques avertis qui écrivent dans les Cahiers du cinéma, des cinéastes qui ont appris leur métier en voyant des films dont ils rendaient compte dans ces Cahiers, bref tout un milieu social dans lequel un certain cinéma a de la valeur, est reconnu.

Ce sont ces univers sociaux qui sont aujourd'hui menacés par l'irruption du cinéma commercial et la domination des grands diffuseurs, avec lesquels les producteurs, sauf quand ils sont eux-mêmes aujourd'hui dans un processus d'involution; ils sont le lieu d'un retour en arrière, de l'œuvre au produit, de l'auteur à l'ingénieur ou au technicien utilisant des ressources techniques, les fameux effets spéciaux, et de vedettes, les uns et les autres extrêmement coûteux, pour manipuler ou satisfaire les pulsions primaires du spectateur (souvent anticipées grâce aux recherches d'autres techniciens, les spécialistes en marketing).

Réintroduire le règne du «commercial» dans des univers qui ont été construits, peu à peu, contre lui, c'est mettre en péril les œuvres les plus hautes de l'humanité, l'art, la littérature et même la science. Je ne pense pas que quelqu'un puisse réellement vouloir cela. C'est pourquoi, j'évoquais, en commençant la célèbre formule platonicienne,«nul n'est méchant volontairement». S'il est vrai que les forces de la technologie alliées avec les forces de l'économie, la loi du profit et de la concurrence menacent la culture, que peut-on faire pour contrecarrer ce mouvement? Que peut-on faire pour renforcer les chances de ceux qui ne peuvent exister que dans le temps long, ceux qui, comme les peintres impressionnistes autrefois, travaillent pour un marché posthume?

Je voudrais convaincre, mais il me faudrait sans doute beaucoup de temps, que rechercher le profit immédiat maximal, ce n'est pas nécessairement, quand il s'agit de livres, de films ou de peintres, obéir à la logique de l'intérêt bien compris: identifier la recherche du profit maximal à la recherche du public maximal, c'est s'exposer à perdre le public actuel sans en conquérir un autre, à perdre le public relativement restreint des gens qui lisent beaucoup, fréquentent beaucoup les musées, les théâtres et les cinémas, sans gagner pour autant de nouveaux lecteurs ou spectateurs occasionnels. Si l'on sait que, au moins dans tous les pays développés, la durée de la scolarisation ne cesse de croître, ainsi que le niveau d'instruction moyen, comme croissent du même coup toutes les pratiques fortement corrélées avec le niveau d'instruction (fréquentation des musées ou des théâtres, lecture, etc.), on peut penser qu'une politique d'investissement économique dans des producteurs et des produits dits «de qualité», peut, au moins à terme moyen, être rentable, même économiquement (à condition toutefois de pouvoir compter sur les services d'un système éducatif efficace).

Ainsi le choix n'est pas entre la «mondialisation», c'est-à-dire la soumission aux lois du commerce, donc au règne du «commercial», qui est toujours le contraire de ce que l'on entend à peu près universellement par culture, et la défense des cultures nationales ou telle ou telle forme de nationalisme ou localisme culturel. Les produits kitsch de la «mondialisation» commerciale, celle du jean ou du Coca-Cola ou du soap opera, ou celle du film commercial à grand spectacle et à effets spéciaux, ou encore celle de la «world fiction», dont les auteurs peuvent être italiens ou anglais, s'opposent sous tous rapports aux produits de l'internationale littéraire, artistique et cinématographique, dont le centre est partout et nulle part, même s'il a été très longtemps et est peut-être encore à Paris, lieu d'une tradition nationale d'internationalisme artistique, en même temps qu'à Londres et à New York. De même que Joyce, Faulkner, Kafka, Beckett ou Gombrowicz, produits purs de l'Irlande, des Etats-Unis, de la Tchécoslovaquie ou de la Pologne, ont été faits à Paris, de même nombre de cinéastes contemporains comme Kaurismaki, Manuel de Oliveira, Satyajit Ray, Kieslowski, Woody Allen, Kiarostami, et tant d'autres, n'existeraient pas comme ils existent sans cette internationale littéraire, artistique et cinématographique dont le siège social est situé à Paris. Sans doute parce que c'est là que, pour des raisons strictement historiques, le microcosme de producteurs, de critiques et de récepteurs avertis qui est nécessaire à sa survie s'est constitué depuis longtemps et a réussi à survivre.

Il faut, je le répète, plusieurs siècles pour produire des producteurs produisant pour des marchés posthumes. C'est mal poser les problèmes que d'opposer, comme on le fait souvent, une «mondialisation» et un mondialisme qui seraient du côté de la puissance économique et commerciale, et aussi du progrès et de la modernité, à un nationalisme, attaché à des formes archaïque de conservation de la souveraineté. Il s'agit en fait d'une lutte entre une puissance commerciale visant à étendre à l'univers les intérêts particuliers du commerce et de ceux qui le dominent et une résistance culturelle, fondée sur la défense des œuvres universelles produites par l'internationale dénationalisée des créateurs.

Je vais finir par une anecdote historique, qui a aussi rapport avec la vitesse, et qui dira bien ce que devraient être, selon moi, les relations qu'un art affranchi des pressions du commerce pourrait entretenir avec les pouvoirs temporels. On raconte que Michel-Ange mettait si peu de forme protocolaire dans ses rapports avec le pape Jules II, son commanditaire, que celui-ci était obligé de s'asseoir très vite pour éviter que Michel-Ange ne soit assis avant lui. En un sens, on pourrait dire que j'ai essayé de perpétuer ici, très modestement, mais très fidèlement, la tradition inaugurée par Michel-Ange, de distance à l'égard des pouvoirs, et, tout spécialement, de ces nouveaux pouvoirs que sont les puissances conjuguées de l'argent et des médias.

Pierre Bourdieu

Voir aussi

Le Mariage d'Art & Entreprise

La notion de faits matériels à l'époque de la post-vérité (institutionnelle)

Selon le Muslim Post, Tariq Ramadan, supposé innocent à ce stade de la procédure, devrait rester en détention provisoire à la demande du Procureur anti-terroriste de l'affaire Coupat et des juges d'instruction.

moulis.PNG "Le groupe de Tarnac était une fiction" : Le Procureur Moulis, responsable du fiasco de Tarnac... Et non sanctionné à ce jour pour s'être acharné sur des désormais officiellement innocents pendant... 10 ans ! Gare au Gorille ?

Pour ces derniers : « le délai prévisible d’achèvement de la procédure peut être fixé à seize mois »

Rappelons qu'en trois mois de détention, Tariq Ramadan n'a été interrogé par les juges... aucune fois !

Pour le Procureur :

Tariq Ramadan est « domicilié à l’étranger, à Londres, où il vit avec sa famille et se trouve titulaire d’un passeport suisse[1]. Il est amené à se déplacer régulièrement dans divers pays, dans le monde entier. » Le parquet craint que le professeur quitte l’Hexagone et, même s’il s’est présenté à la convocation des enquêteurs il y a deux mois, cela « ne constitue pas une garantie de représentation suffisante, eu égard à ses dénégations répétées en confrontation avec Paule-Emma A. » Autrement dit : c’est parce qu’il nie les faits que le risque de fuite serait accru. (Muslim Post)

Rappelons que les avocats de Tariq Ramadan ont proposé :

1) la remise de son passeport

2) une assignation à résidence en France

3) une caution

4) si cela n'était pas suffisant, un bracelet électronique

Par ailleurs selon le Procureur :

« le risque de pressions sur les témoins étant manifeste au regard du contexte de cette affaire et des manœuvres d’intimidation et de menaces dont font part les trois plaignantes. » (souligné par nous)

Dont font part...[2] : pas plus que les viols, il n'y a donc aucune preuve matérielle... Si ce n'est des captures d'écran d'insultes envoyées via Twitter et FB (et qui sont donc portées à charge d'un homme emprisonné ne pouvant communiquer avec l'extérieur et qui a dans une vidéo explicitement condamné ce genre d'attaques contres les plaignantes...). Sans compter que les plaignantes sont des plus fréquentables si on en juge par leurs soutiens

La Presse, juge des Libertés

Mais le meilleur est pour la fin :

Dans ses réquisitions, le parquet estime que, à cause du « retentissement médiatique indéniable et qui perdure, (…) la remise en liberté de l’intéressé (…) serait de nature à créer un trouble exceptionnel et persistant à l’ordre public. »

La raison de la violation de l'Habeas Corpus, c'est donc la Presse...

Lourde responsabilité mise sur elle par le Parquet et les Juges...

Qu'en pensent Marine Turchi, Edwy Plenel et Raphaëlle Bacqué ?

Car d'une certaine façon, ils sont cités à l'instruction tous les trois...

On attend leurs protestations en Chaire...

On relira cette prédiction de Pierre Bourdieu sur "l'emprise du journalisme"

Conclusion

A ce jour une seule chose affirmée par les parties a été confirmée.

Tariq Ramadan souffre d'une sclérose en plaques.

C'est le seul élément matériel, dénié par l'appareil judiciaire dans un premier temps, qui a été prouvé.

Comme nous l'avions affirmé avant même son incarcération :

Tariq Ramadan est un prisonnier politique.

Quels que soient les faits, Tariq Ramadan N'EST PAS en détention provisoire pour des crimes qu'il reste à prouver.

Mais pour toute autre chose.

Le Musée de l'Europe exige sa libération immédiate.

Au nom de nos libertés à TOUTES ET TOUS.

PS (sic) : Le Tribunal du Musée de l'Europe a ouvert une enquête préliminaire contre Marine Turchi, Raphaëlle Bacquet et Edwy Plenel pour "mise en danger des libertés constitutionnelles".

Le Concierge

Bonus :

Autres faits matériels portés à la connaissance de la Presse ce jour...

Notes

[1] Jésus, Marie, Joseph !

[2] Se lit évidemment en rapport avec "manifeste" du point de vue de la Vérité...

lundi 30 avril 2018

"On est là dans quelque chose qui est d'une perversion extraordinaire"

vidalmanifeste.PNG cliquer sur l'image pour voir l'interview de Dominique Vidal

« Je le dis comme je le pense, un certain nombre de signataires de ce texte, avec ce texte, sont des fourriers de l’antisémitisme en France. » Le journaliste et historien Dominique Vidal réagit au « Manifeste contre le nouvel antisémitisme » publié le 22 avril par le journal Le Parisien et signé par 300 personnalités politiques, dont un ancien président de la République, trois ex-premiers ministres, des élu.e.s, des intellectuel.les,des artistes...

Y a-t-il une montée de l’antisémitisme en France ? Faut-il réécrire le Coran ? Critiquer Israël, est-ce antisémite ?

Les résidences principales tombent entre les griffes de l’Agence Autonome des Recettes Publiques

Trois ans après l’élection de janvier 2015 qui a porté Tsipras et Syriza au pouvoir sur un programme de sortie de l’austérité et des memoranda, seule possibilité pour la Grèce de retrouver sa souveraineté, la loi mammouth votée début janvier 2018 prévoit la saisie et la mise aux enchères des biens privés envers l’administration pour dettes supérieures à 501 €. À noter que tant le FMI que le gouverneur de la BCE, Mario Draghi lui-même, font des saisies en ligne une condition sine qua non pour la 4e évaluation qui conditionne le 4e et dernier versement. La même loi prévoit que les protestations contre les mises aux enchères qui en ont empêché jusque-là la « bonne tenue » seront pénalisées par des peines d’emprisonnement ferme de 3 à 6 mois.

"Le nombre des contribuables qui ne peuvent plus faire face à la pression fiscale augmente de manière proportionnelle à la progression du taux de pauvreté"Si les résidences principales des gens les plus modestes étaient jusque-là protégées de l’appétit des banques par un arsenal législatif (loi Katseli revue, durcie mais étendue jusque fin 2018 par la loi Stathakis), les nouvelles mises aux enchères prévues au bénéfice de l’Autorité Autonome des Ressources publiques, qui a remplacé le service des impôts et des douanes, ne sont soumises à aucune restriction. Ainsi dès février 2018, des résidences principales ont été mises aux enchères sur une plate-forme digitale, concernant indistinctement riches fraudeurs ou petits entrepreneurs ruinés qui ne peuvent plus payer les cotisations, petits propriétaires retraités pauvres ou chômeurs qui ne peuvent plus faire face à leurs taxes.

En effet, le nombre des contribuables qui ne peuvent plus faire face à la pression fiscale augmente de manière proportionnelle à la progression du taux de pauvreté, résultant des réformes imposées par les créanciers depuis 2010.

Petit à petit, même le paiement de factures domestiques est devenu difficile. En effet la hausse des impôts et le démantèlement des services publics comme l’électricité, l’eau courante et le gaz, et la surtaxation cumulée (TVA sur la somme finale qui contient déjà 15% de taxe...) ont abouti à des hausses exponentielles des factures. Résultat, il n’est pas rare que des factures d’électricité ou d’eau s’élève à 700 ou 1000 euros, causant un déséquilibre durable sur un budget familial serré. 30% des clients de DEI l’entreprise encore publique d’électricité sont en rupture de paiement et les coupures d’accès à l’électricité se multiplient.

Extrait de l'article de Marie-Laure Coulmin Koutsaftis paru sous le titre "Appauvris par les memoranda, les Grecs vont perdre tous leurs biens" sur le site du CADTM

Le scandale de trop

LA GUERRE silencieuse menée chaque jour contre le peuple grec ? La toute-puissance laissée aux banques pour soumettre les économies et les Etats à leur bon-vouloir ? Les bataillons de parlementaires européens dont la mission historique est d'être des liquidateurs, des exécuteurs, des syndics de faillite... –devant prononcer la disparition des acquis sociaux et des processus démocratiques issus des lendemains de la Seconde Guerre mondiale ?

Prendre acte de ces réalités scandaleuses ne doit pas faire l'impasse sur des événements sans doute moins soumis à l'évidence. Telle est l'ambition de ce numéro imagé d'Angles d'Attac (le journal illustré d'Attac-Bruxelles).

Autant dire que la transformation néolibérale des modèles socio-économiques de chaque pays membre de l'Union est infiniment facilitée par la course à «toujours plus d'Europe» : des Traités budgétaires aux décisions de la Cour de Justice, en passant par les Directives injonctives de l'UE, l'ensemble de ces dispositifs favorisent le démantèlement, lent mais certain, de ce que Bourdieu dénommait «la civilisation des services publics».

MOINS CHER, MON CHER (Laurence ANGELLI)

En matière de santé publique et de produits alimentaires, on est servi. Dernier exemple en date : l'indécente loi «mayonnaise»... Une législation applaudie par l'Union européenne.

Le SOIR, TOUS LES MATINS (Jean FLINKER)

L'UE est devenue odieuse aux classes populaires qui ne croient plus en ses prétendues promesses –un grand marché oeuvrant au bonheur et au bien-être de tous, de bons emplois agrégés à des salaires convenables, une protection sociale renforcée.

Face à ce désenchantement civil, le journal Le SOIR s'est donné une tâche journalière : enfumer les naïfs en célébrant les triomphes prochains d'une Europe enfin réconciliée avec elle-même.

Le NOUVEL EMPIRE (Pierre RIMBERT)

Le patronat allemand reste la fraction de la classe capitaliste continentale qui retire le plus de profit de la construction européenne. Depuis un quart de siècle, la riche Allemagne pratique, en effet, avec ses voisins (la Pologne, la République tchèque, la Hongrie et la Slovaquie) ce que les États-Unis ont mis en place avec leurs usines installées au Mexique : la délocalisation de proximité, où est exploitée –sans merci– une main-d'œuvre «docile, payée au rabais»...

MIRACLES AU VATICAN (Jean FLINKER, Régine LEENAERTS)

Le Saint-Siège dispose d'une série de structures ecclésiales à Bruxelles et à Strasbourg par lesquelles les envoyés de l'Eglise agissent au cœur même des institutions communautaires. Une stratégie planifiée : chaque Sommet politique européen est suivi d'une session où les représentants du Pape font le point. L'Eglise catholique ? Elle agit comme un lobby de combat, en exerçant toutes les pressions «spirituelles» nécessaires sur les parlementaires et la Commission.

L'ATLAS DES PRÉJUGÉS (Jean FLINKER)

Mettre en cartes les lieux communs, les stéréotypes, les clichés que chaque peuple de l'Europe «unie» porte sur ses voisins ? Tel est le tribut du bulgare Yanko Tsvetkov. Une démarche décapante relevant un tas d'idées préconçues –dont le commun des mortels a du mal à se débarrasser.

A lire ici

Dette : Un choix politique

On nous fait croire que dette et fiscalité sont des problèmes bien trop complexes pour les citoyens. Que seuls des « spécialistes » peuvent comprendre ces phénomènes… pourtant bien plus simples qu’il n’y paraît.

Plus les ficelles sont grosses, mieux l’arnaque fonctionne…

Chaque année, la supposée « dette » française se creuserait d’environ 100 milliards. On nous rabâche que la France serait donc devenue un pays pauvre qui n’aurait plus les moyens de financer des conquêtes sociales pourtant instaurées dès 1946, quand le pays était vraiment pauvre, ruiné par la guerre…

Or, en 2018, la France est le 6ème pays le plus riche du monde. De l’argent, il y en a. Beaucoup. Mais il s’évapore, avec la complicité du pouvoir politique, au service du capital.

Car chaque année, de riches Français escamotent au moins 100 milliards. Soit au minimum l’équivalent de la « dette », – si ce n’est plus -, qui ne rentre pas dans les caisse de l’Etat.

100 milliards fraudés et manquants, dont environ 80 milliards en évasion fiscale, auxquels s’ajoutent 20 milliards en optimisation fiscale.. sans parler des niches fiscales et autres cadeaux faits aux riches…

Si on laisse les riches frauder, la dette est donc un choix politique.

Pour effacer « la dette », il suffirait d’en avoir volonté politique : Voter des lois et donner aux Inspecteurs des Finances les moyens de traquer la fraude…

Explications avec Thierry Durin, Inspecteur des Finances, et syndicaliste CGT-Finances Publiques…

A écouter sur Polemix & la voix off

Possibilité d’obtenir un visa Schengen pour tous les étrangers hors UE achetant un bien immobilier en Grèce pour plus de 250 000 euros

De fait, après une dizaine d’années de baisse continue des prix de l’immobilier dans le centre d’Athènes à cause de la crise, Airbnb commence à changer la donne. « Ces deux ou trois dernières années, il y a eu un véritable boom, tous les propriétaires athéniens ont publié une annonce sur Airbnb », explique Panagiotis Agapitis, agent immobilier. « Les loyers ont augmenté dans certains districts d’Athènes pour cette raison – même s’ils restent encore relativement bas. Dans les quartiers proches de l’Acropole, il n’existe tout simplement pas d’appartement libre à louer… »

Une des raisons de cette hausse : la possibilité d’obtenir un visa Schengen pour tous les étrangers hors UE achetant un bien immobilier en Grèce pour plus de 250 000 euros. Ensuite, ces appartements, pas toujours occupés, sont mis en location sur Airbnb. D’après la Banque de Grèce, les capitaux étrangers pour l’achat de biens immobiliers en Grèce ont augmenté de 61,7% au premier trimestre 2017, contre 45% en 2016. En 2015, avant l’adoption de cette mesure incitative, ils affichaient une baisse de 36%.

« La plupart des investisseurs chinois achètent à Exarchia, Koukaki et Kolonaki, des quartiers d’Athènes proches des sites touristiques. Malgré la bureaucratie qui reste importante, ils misent sur le tourisme qui se porte de mieux en mieux en Grèce », explique le président de l’association des agents immobiliers de l’Attique, Lefteris Patamianos. Selon Enterprise Greece, 4962 permis de séjour ont été accordés en 2017 à des acheteurs de biens immobiliers, dont 2091 à des Chinois, les premiers acheteurs étrangers en Grèce."

Le Courrier des Balkans, via La Grèce est à vendre tout va partir

La Sainte Alliance des Tartuffes

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Le fond de l'air pue... Un fumet infâme d'années 30... Pour qui, pour quoi ?

Le Concierge

Lire aussi : Henda Ayari et tous ses amis

Bonus : Vous aimerez peut-être aussi ?

ayaraivousaimerezaussi.PNG Antoine Spire (dans cette émission) : "Au-delà de l'anecdote..." (il parle du viol présumé d'Henda Ayari par Tariq Ramadan !)

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samedi 28 avril 2018

Affaire Tariq Ramadan : la battue se poursuit

Il n’est pas besoin d’être partisan de Tariq Ramadan ni même d’être musulman pour se sentir très à l’aise à rappeler que, dans cette affaire, c’est le traitement médiatique et l’instrumentalisation politique qui posent problème et qui posent même un problème majeur pour notre démocratie.

L’acharnement contre Tariq Ramadan, le mépris de sa présomption d’innocence et de son droit à pouvoir répondre aux attaques médiatiques et politiques qu’il subit – alors que, placé en détention provisoire, il ne le peut manifestement pas -, n’interpellent pas seulement les musulmans ou ses partisans. Cette campagne objective de dénigrement, alors même qu’une procédure judiciaire est en cours, interpelle l’ensemble des Français à un moment de basculement périlleux de notre société où les frontières intellectuelles entre l’extrême-droite et une partie de la gauche et de la droite s’effondrent et promettent d’accentuer les clivages et d’exacerber les tensions.

(...)

Chacun peut et doit légitimement s’interroger sur l’attitude et les choix de communication des partisans de Tariq Ramadan, mais ne pas le faire au sujet des plaignantes, de leurs propres soutiens ou des détracteurs notoires de l’accusé, alors même que leur comportement est tout aussi discutable et litigieux, sinon même davantage, c’est faire preuve de déni et refuser de voir ce qui se produit pourtant sous nos yeux.

Peut-être Tariq Ramadan aura-t-il à répondre à son auditoire musulman au sujet d’éventuelles relations extra-conjugales qui le mettraient en porte-à-faux avec ses enseignements, c’est là un débat interne aux milieux musulmans et nul ne peut préjuger de ses conclusions. Ce qui est certain, c’est que la presse aura à répondre de ses propres agissements à l’ensemble des Français, dans un contexte social et intellectuel de plus en plus sensible et difficile.

Car comment la presse expliquera-t-elle, alors même que l’accusation pour crime de viol commence à s’effondrer, qu’elle a pu se complaire dans la mise en spectacle de la vie privée d’un homme aux seules fins de nuire à ce dernier ? Comment expliquera-t-elle qu’elle a accepté de trahir sa propre mission d’impartialité et de se laisser instrumentaliser politiquement, sinon de politiser elle-même le débat ? Comment expliquera-t-elle la sélection sinon la rétention d’informations – aujourd’hui encore – capables d’expliquer et de remettre en cause la position des plaignantes, alors même qu’elle fait feu de tout bois pour accabler l’accusé, lequel, placé aux arrêts et contraint au silence, ne pourra pas, elle le sait, lui répondre ?

Quelle est cette presse qui se comporte ainsi et prétend, ici comme sur d’autres sujets, nous éclairer sur l’avenir et jouer un rôle démocratique dans notre société ? Son entêtement relève-t-il simplement du déni et de l’orgueil, ou encore d’une prise de conscience qu’elle se serait fourvoyée et ne sait plus comment faire machine arrière ? Ou bien est-il possible que son rôle soit encore plus calamiteux et qu’elle se soit définitivement égarée ?

Extrait de l'article de Mathieu Vernerey paru sur son blog

Macron veut légiférer en faveur d’une financiarisation accrue du régime d’indemnisation du chômage en France

Le Ministère du travail vient de rendre public son projet de loi de réforme de l’Assurance Chômage. Au menu : contrôle et sanctions aggravés des chômeurs et chômeuses, logique de contrainte qui écrase les droits, menaces sur le niveau des indemnisations, baisse des cotisations sociales, fiscalisation et étatisation de la gestion, etc : le Medef en rosit de plaisir !

En réponse, un Groupe d’Audit Citoyen de la Dette de l’Assurance Chômage (GACDAC) publie un rapport intermédiaire sur la dette de l’Unédic (association paritaire en charge de l’Assurance chômage). Ce rapport, riche en détails inédits, dénonce la gestion opaque et antidémocratique de l’Unédic par l’endettement. Les cotisations sociales n’ont pas augmenté depuis 2003 tandis que le nombre de chômeurs et chômeuses, lui, a plus que doublé. Pire : elles sont réduites par exonération de 6,45 à 4,05 % depuis janvier 2018. Le financement de l’Assurance Chômage par la cotisation passe ainsi de plus de 90% à environ 60% et cette exonération est censée être compensée par de la TVA et la CSG, autre impôt indirect qui frappe principalement les salarié-e-s et les retraité-e-s.

Ce rapport se conclut par une lettre ouverte aux gestionnaires de l’Unédic et au Ministère du Travail pour obtenir une transparence intégrale des comptes de l’Unédic, étape indispensable pour décider, au moyen d’un audit citoyen de cette dette, de son éventuelle illégitimité et annulation.

Lire le rapport sur le site du CADTM

GRÈCE 2018 : LA BATAILLE DE LA DETTE PRIVÉE ET DES HABITATIONS PRINCIPALES

(...) Après la capitulation de juillet 2015, suivant les termes du 3e mémorandum et les recommandations des créanciers internationaux de la Grèce (BCE, FMI, Commission Européenne), la loi a donné priorité au remboursement des banques en cas de faillite d'une entreprise. Cette priorité s'exerce au détriment de l'État, des caisses d'assurance et des particuliers, dont les salariés aux salaires impayés. Pour homologuer cette mesure il a fallu réformer en un clin d'œil le Code Civil grec. Quand la Troïka ordonne et que Tsipras s'exécute, la régularité juridique passe au second plan.

En faisant fi de toute cohérence, le gouvernement SYRIZA-ANEL n'a cessé de clamer sous tous les tons que, malgré sa capitulation (« compromis honorable » en novlangue syrizéenne) et son ralliement au camp des banquiers, les habitations principales des ménages modestes resteraient protégées des saisies. La désinformation a été relayée par des alliés au sein des directions des partis du Parti de la Gauche Européenne (PGE), acculés par le besoin de sauver les apparences suite à la terrible défaite.

La supposée protection des habitations principales des foyers modestes est celle de la « loi Katselis » mais bien rabotée suivant les recommandations des créanciers (BCE, FMI, Commission Européenne), par l'ajout de conditions à remplir par les débiteurs pour pouvoir en bénéficier. Il s'agit de clauses de revenus du foyer et de valeur du bien hypothéqué. Il faut qu'une partie des dettes de la personne soit due aux banques et que le débiteur n'ait pas exercé d'activité à caractère commercial l'année précédant sa demande de bénéficier des avantages de la loi. Il est important de citer que la dérogation à la saisie de l'habitation principale qui pourrait être accordée a seulement caractère de sursis, les effets de la loi prenant fin le 31 décembre 2018. Le nouveau format de la loi, dont SYRIZA fait mine de s'enorgueillir, figurant en tant qu'article de la loi d'application du 3e mémorandum (août 2015) et portant le nom « loi Katselis-Stathakis » (du nom du ministre actuel de SYRIZA) est restrictif pour une grande partie des débiteurs modestes menacés de saisie de leurs logements.

Concrètement, la loi protège les habitations principales de valeur inférieure à 180.000 euros, bonifiée par le nombre des membres du foyer. À noter que la valeur ainsi déterminée est la «valeur fiscale» fixée par le gouvernement, bien supérieure en temps de crise à la valeur du bien sur le marché.

Les revenus du débiteur éligible à la protection de la loi ne doivent dépasser de 70% le montant des «frais raisonnables de vie». Ce montant aujourd'hui fixé par le gouvernement grec à 680 euros mensuels pour une personne seule, indique que le niveau des revenus du débiteur ne doit dépasser les 1150 euros mensuels, dont 470 euros obligatoirement alloués au remboursement de sa dette. Ces sommes sont indexées sur le nombre des membres du foyer. Selon des sources proches du gouvernement, la loi actuelle protégerait les habitations principales de 60% des ménages surendettés. Mais, même en admettant que cette estimation soit réaliste, ce qui reste à démontrer, cette loi laisse à découvert 168.000 foyers, la précarisation desquels est susceptible de déclencher une nouvelle crise sociale.

Pour dorer la pilule, le gouvernement SYRIZA-ANEL précise que des allègements plus larges pourraient être obtenus par négociations directes «de bonne foi», entre les débiteurs et les banques. Voilà donc un gouvernement « de gauche » qui délègue la politique sociale aux banquiers !

Un autre retournement du gouvernement SYRIZA concerne l'interdiction aux banques de revendre des emprunts problématiques aux « sociétés de gestion de dettes» ou fonds-vautours. L'activité de ces sociétés (grecques, européennes ou en provenance de pays tiers) fut cependant légalisée par la loi du 16 décembre 2015. Ces sociétés ont le plein droit de racheter aux banques des prêts à prix jusqu'à 3% de la valeur nominale, de les revendre sous forme de paquets de titres ou d'exiger leur remboursement par des méthodes d’intimidation et de harcèlement dont elles ont le savoir-faire. Les banques obtiennent également le droit de revendre des prêts en règle dans des paquets mixtes. Les critiques de cette loi réclament la possibilité de rachat des prêts à une valeur raisonnablement inférieure à la nominale (pas moins de 50%) par les débiteurs eux-mêmes, mais le ministre Stathakis de SYRIZA rétorque qu'une telle disposition serait «un encouragement indirect à la fraude et à la mauvaise foi». Au sujet des saisies de logements à venir, le gouvernement SYRIZA soutient que leur mise en œuvre massivement « favorisera la reprise de l’économie grecque et la consommation car, si les banques se débarrassent des prêts problématiques elles pourront recommencer à prêter de l’argent » pour démarrer un nouveau cycle infernal identique au précédent, en ayant entre temps ponctionné des richesses aux classes populaires et moyennes.

Luttes pour la défense du logement des familles modestes

Les saisies et les ventes aux enchères s’intensifient aujourd’hui par le gouvernement Tsipras, guidé par la Troïka, dans l’effort de prévenir un nouveau naufrage des banques en Grèce, une fois de plus en équilibre instable. L’implémentation des mesures est « sous haute supervision » par le biais d’évaluations régulières de l’économie et de la politique grecques, dont la passation réussie est la condition pour le déblocage des tranches du financement à l’Etat grec. Pour les néolibéraux, la stabilisation en Grèce du système bancaire passe par l’expropriation et la précarisation des classes populaires et moyennes. Notons que, même lorsque les débiteurs saisis sont des personnes fortunées, les conséquences se reportent directement sur les classes travailleuses, dans le cas locaux alloués à la production, la saisie marquant l’arrêt de celle-ci. Ainsi, on ne s’étonne pas de voir le Parti Communiste de Grèce (KKE), qui ne s’est jamais positionné comme représentant des classes moyennes, ni partisan des mouvements citoyens horizontaux, rejoindre le mouvement populaire de lutte contre les saisies et les mises aux enchères.

Dans le contexte catastrophique de la Grèce actuelle, la défense du logement des familles modestes passe par des luttes massives et polymorphes d’obstruction au travail de l’administration, des notaires et de la justice lors des procédures de saisie, d’expropriation et de mise aux enchères. Le mouvement populaire grec, dans ses diverses tendances, s’y est déployé depuis le début de la crise, car le fléau des expropriations y était déjà à l’œuvre. Le grippage de la machine des saisies est une éventualité réaliste, compte tenu du nombre énorme de cas à traiter.

Les mobilisations massives devant et dans les tribunaux organisées par des collectifs citoyens ont été soutenues très activement par Unité Populaire, ANTARSYA, KKE et d’autres formations de la Gauche Radicale. Je profite pour faire un clin d’œil aux camarades français présents lors de certaines de ces mobilisations. Ces actions ont réussi d’empêcher les tribunaux de tenir audience et de rendre des décisions, faisant trainer les saisies de report en report. La répression policière violente déployée par le gouvernement SYRIZA, a davantage attisé la combativité les militants plutôt que de décourager le mouvement. Des dizaines d’audiences ont été empêchées.

Le gouvernement de SYRIZA, cavalier sur le jeu d’échec néolibéral, avance par petits sauts obliques pour préserver les restes de sa cote de popularité, mission impossible ! Ainsi, la mécanique infernale des saisies, que la Droite avait échoué de mettre en place, est pleinement déployée aujourd’hui, deux ans et demi après la capitulation de juillet 2015. La cerise sur le gâteau sera le démarrage des saisies électroniques par l’administration publique le 1er mai 2018, une manière ironique pour SYRIZA de célébrer la fête des travailleurs !

Afin de contourner cette résistance populaire le gouvernement SYRIZA implémente la mise aux enchères des biens saisis par voie électronique, notamment des logements des familles populaires. Ce dispositif avait initialement rencontré l’opposition des notaires grecs, surtout des petites villes de province, refusant de se connecter à la plateforme. Par la « loi-valise » d’application du mémorandum de janvier 2018, SYRIZA rend obligatoire et exclusif, à partir du 21/02/18, le recours à la voie électronique avec la possibilité de délocaliser la procédure en cas de situation locale compliquée. L’objectif est d’effectuer des mises aux enchères par centaines, et par milliers si possible. Il n’empêche que les études notariales, certes moins repérables que la salle d’audience du Tribunal d’Instance, sont des lieux physiques, lieu de rendez-vous possibles du mouvement populaire, qui y a déjà répondu présent plusieurs fois depuis l’application du nouveau dispositif.

Les poursuites à l'égard des militant-e-s et l'intensification de la répression restent donc des recours nécessaires pour le gouvernement SYRIZA qui veut mener le projet néolibéral jusqu’au bout. Un amendement de loi a donc été déposé, arguant dans le rapport préalable que les actions d’obstruction aux mises aux enchères « nuisent à l'intérêt budgétaire suprême de l'État, à la stabilité du système financier et à l'approvisionnement des banques en liquidités » (!) L'amendement ouvre la possibilité de poursuites d’office de ces militant-e-s et de jugements en comparution immédiate. L’entrave aux mises aux enchères est considérée comme un délit spécifique, sui generis. Auprès de l'opinion publique grecque, les dispositifs légaux d'exception ont très mauvaise presse, faisant écho au droit de la dictature des colonels et des suites de la guerre civile. La partition du néolibéralisme austéritaire version SYRIZA s'achève par l’usage immodéré de la force scélérate et brute : mensonges médiatiques, faux témoignages devant les tribunaux, matraquages, gazages, violences infligées aux militant-e-s-qui manifestent. Malgré le risque de «de faire des héros des opposants» de la vraie Gauche Radicale selon l'aveu d'un député de SYRIZA, exprimé lors de la réunion du groupe parlementaire.

Extrait de l'article d'Emmanuel Kosadinos, paru sur son blog

vendredi 27 avril 2018

Les faux impertinents reviennent comme une farce

Une nouvelle génération de prébendiers se devait donc de surgir pour revitaliser le simulacre. Ils affectent de critiquer le pouvoir partout, mais ils préfèrent le stigmatiser là où il a disparu. Naguère grinçants avec les puissants, ils monnayent jour après jour leur petit pécule d’irrespect. Ils prétendent à l’insoumission mais rêvent de pouvoir. Ils miment le tutoiement avec les grands et se montrent cassants avec les faibles. Ils courtisent une jeunesse supposée rebelle mais ne pensent qu’à l’audimat. Le babillement branché est leur univers, le reniement leur doctrine, les caméras leur extase. (Plpl n°0)

Tu crois que tu rêves ?

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Et tu rêves pas !

Vu en une du club de Mediatarte...

ldctolbiacmediapart.PNG Cliquer sur l'image pour lire ces contributions "prétentieuses et nulles" (nouveau slogan de Là-Bas-si-j'y-suis, fabrique de la fausse impertinence parmi d'autres...)

Pas vu en une du club de Mediatarte

grecelogementmediapart.PNG Cliquer sur l'image pour prendre conscience des crimes du présent dissimulés par les dénonciateurs anachroniques des crimes du passé, "en lutte"... pour les parts du marché commémoratif ! Grâce aux "mauvais maitres", leurs élèves pourront dire "nous ne savions pas"...

Bonus

attac67.PNG Défilé de mode d' "électeurs-consommateurs" tentant de monnayer leurs suffrages (Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein)

Plutôt que de s’attaquer aux cheminot·e·s ou aux retraité·e·s, le gouvernement devrait aller chercher l’argent dans les poches des vrais profiteurs : les évadés fiscaux qui ne paient pas leur juste part d’impôts, les multinationales qui licencient et qui versent toujours plus de dividendes à leurs actionnaires, les spéculateurs qui nous menacent d’une nouvelle crise financière ou les pollueurs qui souillent la planète et empêchent la transition écologique.

Ces profiteurs disposent de milliards d’euros pour se payer des agences de communication, des cabinets d’affaires ou des lobbyistes et semblent parfois intouchables. Mais nous pouvons les faire vaciller en atteignant leur image et en montrant leur vrai visage : la preuve avec la victoire symbolique contre Apple, le tribunal déboutant la marque à la pomme et légitimant les actions d’Attac « dans le cadre d’une campagne d’intérêt général sur le paiement des impôts et l’évasion fiscale » .

Contrairement à d’autres crimes, les victimes de l’évasion fiscale ne sont pas directement incarnées. Nous souhaitons mettre des visages sur ces victimes : toutes les personnes qui subissent les politiques d’austérités et les coupes budgétaires décidées par les gouvernements successifs qui ne vont pas chercher l’argent là où il se trouve. « En France, nous sommes 67 millions de victimes de l’évasion fiscale », c’est le message que nous voulons faire passer dans l’opinion publique.

Vos dons serviront à produire et diffuser le plus largement possible ces portraits et ce message et à mener de nouvelles actions spectaculaires et désobéissantes partout en France afin de montrer au plus grand nombre qui sont les victimes et qui sont les vrais profiteurs. Ils nous serviront également à préparer la mobilisation le 7 juin, pour la relaxe de la « faucheuse de chaises » Nicole Briend devant le tribunal de Carpentras.

La décadence d'ATTAC n'est certes pas celle de l'Empire Romain, mais quand même !

Ouaf, ouaf (Faut-il pleurer, faut-il en rire ?)

Lire aussi Avis de décès (post-mortem) de la Fondation Copernic

Plpl n°0 : Les faux impertinents

Le Concierge

mercredi 25 avril 2018

Fake news : "Cette guerre d'aujourd’hui n'est rien qu'une paix qui éclate"

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Le Râleur : Mon oreille entend des sons que d’autres ne perçoivent pas et qui troublent l’oreille des sphères que les autres n’entendent pas non plus. Réfléchissez-y et si vous n’arrivez pas vous-même à une conclusion, faites appel à moi. J’aime à m’entretenir avec vous, vous donnez la réplique à mes monologues. J’aimerais me produire avec vous devant un public. Pour l’instant, je peux seulement lui dire que je me tais, et, si possible, ce que je tais.

L’Optimiste : Quoi, par exemple ?

Le Râleur : Par exemple : que si cette guerre ne tue pas les bons, il se peut qu’elle fabrique une île de moralité pour ceux qui même sans elle étaient déjà bons. Qu’en revanche elle métamorphosera tout l’arrière en un immense champ d’escroquerie, de délabrement et de félonie, et que le mal, grâce à elle et au-delà, continuera à sévir, il engraissera derrière les idéaux mis en avant, et enflera de ses victimes. Que dans cette guerre, cette guerre d’aujourd’hui, la civilisation ne se renouvelle pas, mais échappe par suicide au bourreau. Qu’elle a été plus qu’un péché – qu’elle a été un mensonge, mensonge quotidien, d’où coulait l’encre d’imprimerie comme du sang, l’un alimentant l’autre, se répandant comme un delta dans l’océan de la folie. Que cette guerre d’aujourd’hui n’est rien qu’une paix qui éclate, et qu’elle ne saurait se terminer par la paix, mais par la guerre du cosmos contre cette planète enragée ! Que d’insensés sacrifices humains ont été nécessaires : ils ne sont pas déplorables, une volontée imposée les ayant poussés vers l’abattoir, mais tragiques car devant expier une faute inconnue. Que pour celui qui ressent l’injustice sans pareille que le pire des mondes s’inflige – telle une torture appliquée à lui-même – que pour celui-là ne demeure qu’une ultime mission morale : dormir sans pitié durant toute cette période d’angoissante attente jusqu’à ce que le Verbe le délivre, ou l’impatience de Dieu.

L’Optimiste : Vous êtes un optimiste ! Vous croyez, vous espérez que le monde va s’écrouler.

Le Râleur : Non, il s’écoule simplement, comme mon cauchemar, et quand je mourrai, tout sera fini. Dormez bien !

Karl Kraus, Les Derniers jours de l'Humanité, Acte I, sc. 29

Traduit de l’allemand par Jean-Louis Besson & Henri Christophe pour... les lecteurs francophones ! (Nouvelle 4eme de couv des éditions Agone ! Ouaf, ouaf ! Le Concierge)

dimanche 22 avril 2018

Témoignages accablants sur les abus du microcrédit

Non seulement le microcrédit ne permet pas de sortir de la pauvreté, mais il constitue dans un nombre très élevé de cas à la fois un mécanisme de dépossession et d’humiliation de celles qui y recourent. Déjà plongées dans la précarité, les personnes qui entrent dans le système du microcrédit s’y enfoncent un peu plus. Dans le sous-continent indien, sur les 65 millions de personnes qui font partie du système du microcrédit, 90 % sont des femmes. À l’échelle planétaire, les femmes représentent 81 % de la clientèle du microcrédit (112 millions de personnes).

À l’issue d’une série de réunions réalisées au Sri Lanka avec des victimes du microcrédit et avec des militants qui prennent leur défense, nous présentons une série de cas emblématiques. Nous soulignons que nous n’avons pu rencontrer aucune personne tirant un bilan positif du système du microcrédit. Contrairement à l’affirmation selon laquelle le microcrédit permet un petit investissement qui va constituer le tremplin vers la sortie de la pauvreté et la réussite de l’entreprenariat, dans la plupart des cas les personnes qui recourent au microcrédit le font pour résoudre des problèmes de la survie quotidienne : loyers ou garantie locative à payer, frais liés à la scolarité des enfants, frais liés à des soins de santé, etc. Dans la plupart des cas, au Sri Lanka, les microcrédits sont octroyés à des femmes qui n’ont pas de sources de revenus

Lire la suite de l'article de Eric Toussaint et Nathan Legrand sur le site du CADTM

mercredi 18 avril 2018

Il y a 18 ans : Edwy et ses amis

Un contributeur au blog de Frédéric Lordon s'offusque :

Haro sur les journalistes !

Aujourd’hui 16 avril 2018, je me rends sur le site "Le Monde.fr" pour lire les commentaires des internautes suite à l’interview du président Macron par les journalistes Bourdin et Plenel. Et là, stupéfaction ! je m’attendais à ce que les commentaires ciblent prioritairement la prestation (bonne ou mauvaise selon les avis) de Jupiter. Pas du tout ! Avec une touchante unanimité tout de même très étonnante, les 127 réactions, à la quasi unanimité, se consacrent uniquement sur la prestation non pas du président mais de celle des deux journalistes ! Et l’appréciation n’est pas tendre ! Haro sur les deux intervieweurs accusés de tous les maux

(...)

Mais on peut aussi penser que Le Monde, autrefois journal de référence, joue aussi sa partition en sélectionnant soigneusement les commentaires allant tous dans le même sens (favorables à Macron), témoignant ainsi de jusqu’où peut aller le pouvoir pour étouffer dans l’oeuf toute velléité de contestation de sa politique. Dézinguer Plenel qui fut longtemps responsable de la rédaction du Monde avant de fonder Médiapart, n’est peut-être pas seulement un petit règlement de comptes.

Ce qu'il reste de Sardonie libre lui répond :

Le Monde que vous décrivez n’a aucun compte à régler avec Plenel...

C’est sa créature.

Et à bien des égards, le monde dans lequel nous vivons, aussi.

Et si vous vous laissez encore abuser par Plenel, sachez que, dans le même temps, il prêchait via les pages débats, comme Macron aux Bernardins, une morale de haut niveau, à travers des alibis d’extrême-gauche. Et rien de tout cela n’a changé... Comment voulez-vous qu’il mette Macron, le disciple en Tartufferie dépassant le maître, en difficulté ? Quand c’est Plenel qui a ré-inventé la formule ?

Et republie cet article de Pour Lire Pas Lu d'octobre 2000

Edwy et ses amis

Comme n’importe quel groupe capitaliste, le QVM vend : l’hebdomadaire l’Européen, à Vivendi ; le QVM achète : Le Midi libre, Les Cahiers du Cinémas, Politis ; le QVM s’internationalise: Raminagrobis veut « tisser sa toile en Europe à partir d’une logique de partenariats et d’alliances », (CB News, 10/07/00). Le tout en chantant les louanges de « La dure et juste loi des marchés financiers » (1). Pourquoi une telle entreprise est est-elle systématiquement épargnée par ceux qui critiquent ailleurs le libéralisme économique ?

Edwy, le Roi du téléachat veille. Comme Raminagrobis possède la moitié du capital du Monde diplomatique, ce mensuel ne critique presque jamais le QVM. Depuis que Le Monde diplomatique est son principal actionnaire, Politis – dont la nouvelle formule ressemble, sur la forme et sur le fond, à un supplément du QVM – pourrait bien devenir tout aussi respectueux.

Mais l’essentiel, c’est le réseau d’Edwy, de Politis à LCI, de Christophe Aguiton (Attac, AC !, etc.) à BHL. Particulièrement nombreux à la LCR (Ligue communiste révulotionnaire), les amis d’Edwy ont essaimé dans plusieurs « mouvements sociaux ». Daniel Bensaïd, penseur de la LCR qui n’écrirait peut-être pas un livre avec Pierre Bellemare, vient d’en rédiger un avec le Roi du téléachat. Pendant les vacances, Christophe Aguiton délaisse ses ouailles pour ne réserver qu’au seul monarque moustachu son sourire de curé. Ces liens-là pourraient être sans conséquences – et ne pas concerner PLPL. Tel n’est pas le cas : ils protègent Le Monde et sont manipulés par lui. L’an dernier, l’hebdo trotskyste Rouge a ainsi chanté les louanges d’un petit livre de Plenel favorable à la guerre de l’OTAN – ouvrage souffreteux déjà acclamé par les journaux du fabriquant de missiles Lagardère. Attac critique le libéralisme économique, mais semble toujours préférer la cible (facile) des commentaires grotesques de Jean-Marc Sylvestre à celle des éditos à peu près identiques du QVM (lire en page 6 « Les combats “citoyens” du Monde »).

En échange de leurs complaisances, les têtes de réseau médiatiques héritent de quelques lignes dans le quotidien vespéral des marchés – parfois d’une tribune. Et le QVM accorde un retentissement inouï aux « débats » qui ébranlent la cabine téléphonique où se déroulent les AG de la LCR. Les vedettes parisiennes du radical-chic peuvent glapir contre l’« ultra-libéralisme » si elles veillent à épargner les médias qui installent ce chancre dans nos crânes.

Edwy écoute et lit tout ce qu’on dit sur lui. Alors, Krivine l’adore. Et BHL aussi. Dans son Journal, BHL a admis : « Il jouit dans notre petit groupe d’un crédit très étrange Moi-même qui ne le connaît pas, qui ne l’ait jamais rencontré, je me surprends à m’enquérir parfois de ce que “Edwy” pense de ceci, de ce qu’il dit de cela » (Le Lys et la Cendre, Grasset, Paris, 1996, p. 336-337.) Depuis, BHL a beaucoup rencontré Edwy et il a été « promu » éditorialiste associé au Monde… Plenel est partout : il invite un jour Sollers, l’autre Bensaïd, tantôt dans son émission de téléachat de LCI, tantôt dans les pages du QVM. Edwy sait philosopher : « Est-ce que la situation dans laquelle nous sommes ne donne pas des gages de réussite à cette alliance d’un libéralisme économique et d’un libéralisme politique, à la fois du dynamisme des entrepreneurs et de la liberté des individus au nom de laquelle, d’une certaine manière, nous nous sommes battus au Kosovo ? » (LCI, 12/06/99). Ce jour-là, son ami Bensaïd relisait sans doute Karl Marx.

1. Titre d’un article du journaliste maison Pierre-Antoine Delhommais paru à la une du Monde le 17/09/98, alors que la crise financière jetait des dizaines de millions d’Asiatiques dans la « dure et juste » misère dont, selon le QVM, il n’auraient jamais du sortir. Sauf pour servir des nems au Roi du Téléachat, au nabot malfaisant et à Raminagrobis.


Lire aussi : les combats citoyens du Monde

Et par Frédéric Lordon "Corruptions passées, corruptions présentes (Réponses à Laurent Mauduit)"

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