Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 22 avril 2017

"Nous savons que plus aucun changement politique significatif ne peut être introduit par les urnes"

Original File Name: 2017042129.jpg illus. Greek Crisis

Mon autre cousine Lemoniá, a démissionné de son travail... forcé, pour aider son fils dans la petite épicerie familiale. “Je travaillais dans un hôtel près des Météores. J’étais payée 500€ par mois pour six jours de travail par semaine et pour dix heures de travail par jour, d’ailleurs sans frais de déplacement. Mon fils travaillait dans un bar pour 20€ par nuit... et ce n’est pas une vie tout cela. Nous venons d’ouvrir cette petite épicerie car il faut faire quelque chose, il faut s’accrocher... lutter... survivre. Notre affaire peut nous faire vivre... comme elle peut ne pas durer trop longtemps. Mais alors sinon, que faire d’autre ? Le salariat, lorsqu’il existe encore, il devient synonyme d’esclavage dans ce pays, et encore, nous ne sommes pas à Athènes, nous avons notre potager, nos poules et nos lapins.”

Dans une déclaration publique récente, le député ANEL (parti de la majorité avec SYRIZA) Dimítris Kamménos, a soutenu la thèse suivante et alors... innovante: “Il est préférable de réduire la retraite du grand-père de 100€ par mois, et ces cent euros iront ainsi à l'État, plutôt que de lui laisser utiliser cette même somme... pour financer l'oisiveté de ses petits fils dans les cafés”. En plus, une taxe “spéciale café”, initiée en janvier 2017, a fait augmenter le prix du café (consommé en ville ou acheté chez l’épicier du coin) d’environ 30%, les Grecs ont certainement... apprécié ce goût du café amer et autant la déclaration du député

Certes, la funeste junte des Colonels est tombée en 1974, sauf que depuis un certain temps déjà (sous le régime de la Troïka), nombreux sont ceux en Grèce qui se prononcent “pour un retour à un régime de ce type”. Le coup de grâce porté à l’espoir qui consistait à attendre la solution par les urnes avait été l’œuvre du “gouvernement” SYRIZA/ANEL en 2015, notamment lorsque le ‘NON’ massif des Grecs aux mesures austéritaires européistes (référendum) avait été transformé en ‘OUI’ par les cyniques Tsiprosaures, seulement quelques jours après.

Toutes les enquêtes d’opinion en Grèce montrent que dorénavant, les Grecs restent largement indifférents, pour ne pas dire hostiles devant l’éventualité d’un nouveau scrutin, essentiellement il s’agirait de la tenue d’élections législatives anticipées. “Nous savons que plus aucun changement politique significatif ne peut être introduit par les urnes, en tout cas, à travers la conjoncture actuelle. C’est plutôt un autre type d’événement, avec probablement l’implication de l’armée qui pourrait peut-être désormais changer la donne en Grèce et rien d’autre”, opinion d’un auditeur, exprimée et diffusée en direct, durant l’émission du journaliste Lámbros Kalarrytis à la radio du Pirée 90,1 FM, jeudi 20 avril 2017 dans la soirée. Nouveau régime politique... et ainsi nouveau type anthropologique on dirait.

C’est sans doute pour se démarquer du risque Syriziste, que le candidat à l’élection présidentielle en France, Jean-Luc Mélenchon a récemment déclaré: “Moi je ne suis pas Alexis Tsipras. Moi, je ne m'enferme pas pendant 17 heures avec quelqu'un qui m'insulte! Je représente la France”.

Déclaration aussitôt très médiatise il faut dire en Grèce et pour cause, comme durant la soirée du jeudi 20 avril, où entre observateurs des faits su monde, nous avons analysé la dernière actualité de la campagne électorale française, en direct depuis le studio de la radio du Pirée 90,1 FM (à la veille de l’attaque terroriste sur les Champs Élysées).

Depuis surtout deux semaines, la tournure de cette campagne électorale française, intrigue autant le public grec. “Il va être surtout intéressant de voir la suite: Dans quelle mesure un éventuel vainqueur incarnant supposons l’antisystème (de gauche ou de droite), appliquera ou non, une politique réellement opposée à l’actuelle bancocratie financieriste mondiale, apparemment détentrice du seul vrai pouvoir... à tendance d’ailleurs totalitaire.” Et ce fut la question de la fin, ouvertement posée à micros ouverts par le journaliste Andréas Mazarakis, question restant évidemment (pour l’instant ?) sans réponse.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Pliure anthropologique" sur son blog Greek Crisis

vendredi 21 avril 2017

Frexit : pour une droite de gauche ?

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Dans un article publié sur son blog du Monde Diplomatique intitulé « les fenêtres de l'histoire », Frédéric Lordon appelle à voter dimanche pour Jean-Luc Mélenchon sous couvert d'une analyse qui se veut savante, mais n'est rien d'autre que l'argument de sens commun du « vote utile ». Tentant de résoudre, par la double-pensée, la quadrature du cercle entre différentes attitudes contradictoires (le refus radical de la mascarade électorale et le vote utile, l'insurrection et l'élection) Frédéric Lordon écrit  : « Et c’est au total un curieux paradoxe qui fait se rejoindre la croyance la plus naïve en l’élection et son rejet le plus radical, l’un et l’autre ayant d’une certaine manière en partage d’avoir incorporé la dépossession passive qui accompagnerait nécessairement le mandat voté. Mais où est-il écrit que l’activité politique s’arrête après l’élection ? Si c’était effectivement le cas, on ne pourrait qu’accorder au sceptique son désintérêt de principe. Mais ça ne l’est pas, en tout cas pas nécessairement. Un second paradoxe, déduit du précédent, veut alors qu’il y ait quelque chose à faire d’une élection même par la critique radicale de l’élection. Non pas s’en contenter bien sûr : s’en servir. »

Air connu qui revient comme un marronnier à chaque élection à destination de tous les athées des élections qui, comme Libertad, considèrent que « le criminel c'est l'électeur », appelés à voter utile en tout agnosticisme !

Le plus sidérant venant d'un intellectuel est le caractère parfaitement incantatoire d'un tel « appel » qui, en outre, ne dit pas son nom, dans la mesure où il ne peut espérer toucher qu'une infime partie de l'électorat et à vrai dire un club réduit à si peu de membres qu'il s'agit d'une discussion qui pourrait aussi bien se tenir dans un café, ou un séminaire, et dont la publication n'est que le témoignage de l'importance que se prête ce cercle assez privé, inversement exponentielle à son poids (infinitésimal) en terme électoral, domaine qui est celui du grand nombre, il est ridicule de le rappeler, et encore plus de devoir le rappeler.

Candidat "anti-système" ?

Mais cet appel ira droit au cœur du principal intéressé, auquel on ne demande rien en échange, et surtout pas un référendum de sortie de l'UE, seul Plan A pratiquement concevable. Venant de l'intellectuel qui avait qualifié de « crime politique » un Plan B qui ne serait pas la sortie de l'euro, et énoncé très clairement l'alternative offerte à Syriza (« Renverser la table ou passer dessous »), à l'heure où le candidat de sa « raison » drague les classes moyennes flottantes, joue au centre, et ambitionne de reconstituer un PS, éventuellement en s'appuyant sur une « troisième droite » entrepreneuse de l'e-économie et de l'e-propagande, c'est passer par la fenêtre, surtout quand on a pris l'engagement de « ne plus jamais voter PS ».

Il y a encore un an, il était question d' « occupy » l'élection présidentielle. Qui s'en souvient ? Mieux vaut sans doute ne pas le rappeler quand on voit le résultat.

Le résultat c'est que le nouveau candidat du cercle de la raison a fait tous ses efforts pour cacher l'éléphant dans la pièce, c'est à dire l'UE, par calcul électoraliste. N'étant pas à la tête d'un parti de classe et visant un électorat socialement clivé, notamment sous le rapport de la sortie de l'UE, il choisit de… ne pas choisir. Imposant la double-pensée Plan A pour les uns, Plan B pour les autres, et mettant à tout le monde l'Ouest en Est, embrouillant par tous ls moyens possibles ce que notamment Lordon s'était efforcé de clarifier ces dernières années. Se refusant bien entendu à tout travail d'éducation populaire sur la question, à la différence de sa campagne de 2012 où ce travail fut fait de manière magistrale au moins sur la question des traités budgétaires. Et s'il y eût clarification, depuis des mois de la part de ses « experts » Varoufakisés tel Jacques Généreux affirmant que le Plan B n'aurait pas lieu, n'étant qu'une menace, puis de la part du candidat ces derniers jours, elle confirma nos craintes : sortir de l'UE, sortir de l'euro, vous n'y pensez pas. Ainsi, le débouché politique et le vote utile accomplissent-ils leur besogne : anéantir tout le travail d'éducation populaire réalisé à l'occasion du martyre grec. Et aujourd'hui avec la patricipation de Frédéric Lordon qui s’assoit sur les critères qu'il a lui-même posés, et jette son capital de critique radical de l'UE aux pieds du candidat de la double-pensée européenne. « Crime politique » ? Encore ne faudrait-il pas prendre le risque de fournir l'arme du crime…

L'un des arguments de Frédéric Lordon, bien peu scientifique, est le suranné « candidat anti-système ». La preuve ? Mélenchon ayant réussi à siphonner Hamon dans les sondages, les médias chiens de garde se seraient déchainés contre le candidat, prouvant par-là qu'il est bien ce « candidat anti-système » : « il suffit d’observer les réactions du système, surtout quand elles ont cette violence, pour faire le tri des prétentions, et savoir qui il tient réellement pour antisystème, qui il juge réellement dangereux au maintien de ses intérêts essentiels, sorte d’hommage que le vice rend à la vertu, faisant d’un coup litière des escroqueries les plus grossières. »

A la vérité, Mélenchon est plutôt bien servi par le « système », beaucoup mieux en tous cas qu'en 2012, à l'époque où il a victorieusement franchi le barrage opposé par le champ médiatique pour être installé depuis, comme un « grand » qu'il est, dans cet espace. Et l'essentiel est d'occuper cet espace, tous les publicitaires le savent. Quant à la comparaison avec Marine Le Pen, qui n'est pas nouvelle depuis le fameux dessin répugnant de Plantu, sous le critère qui nous occupe elle n'est pas illégitime, cette dernière ayant copié la dialectique Plan A/ Plan B et le flou artistique sur l'UE inventés par le candidat Mélenchon.

Si Frédéric Lordon était à la recherche de tests projectifs ou de précipités permettant de révéler le fonctionnement du champ politico-médiatique, un œil sociologique un peu plus aiguisé se porterait sur les « petits-candidats » et les difficultés d'accès réels à la candidature, à la visibilité médiatique et à un traitement non diffamatoire ni grossier de ces candidatures.

Un Mamlouk héritier de Coluche ?

On rappelle que Pierre Bourdieu avait soutenu la candidature de Coluche arguant que l'intrusion d'un profane dans le champ politique en révélait toutes les ficelles, et notamment le caractère séparé, au sens clérical, de cet univers social particulier, lieu du monopole de la manipulation légitime des biens de salut politique de la part de professionnels consacrés devant obtenir l'onction par l'élection, c'est à dire le plus grand nombre.

Structurellement, il existe dans cette campagne un candidat que le média Lordon n'a jamais cité, et le silence de Canal Lordon est parfaitement congruant avec le silence des médias du « système ». A la différence de Coluche, tout profane qu'il soit, celui-ci est un homme du sérail, au sens sociologique du terme, celui du Mamlouka, qui veut dire « esclave de l’État ». « L'homme dont il ne faut pas dire le nom » est en effet Inspecteur général des Finances et donc dans le secret des initiés du fonctionnement de l’État, en tant que laïc de l’Église qu'on appelle l’État. On se souvient peut-être des vœux de Noël du Pape François à la Curie il y a quelques années - un Pape qui n’émane pas de la Curie - qui était une sorte d’analyse sociologique Drewermanienne du fonctionnement de la Curie et qui se termine par quelque chose du genre : "maintenant je me casse, je vais passer Noël avec les laïcs car ce sont eux qui font tourner le Vatican". Donc il est bien placé pour avoir vu les cardinaux de la politique s’asseoir sur les valeurs et les principes qu’ils prêchent hypocritement aux fidèles, et dont ils se moquent entre-eux - Bourdieu parlait du rire des évêques et de leurs blagues anticléricales - tandis qu’ils sacrifient tout à leurs luttes d’influence pour le pouvoir dans la Curie - et devenir Pape - et à faire tourner la banque du Vatican... ). Donc le candidat François Asselineau (ça y est je l'ai dit!) est bien placé pour "vendre la mèche". D’autant plus qu’il a vu ses homologues du ministère des finances se barrer dans le privé avec la caisse et le carnet d'adresses publiques (ce qu’il n’a pas fait ou pas été en position de faire.) Il est d'ailleurs logique que le Mamlouk défende l’État contre l’UE qui entend le détruire, parce que c’est aussi détruire ses serviteurs qui refusent de se convertir à la nouvelle religion (et cela concerne la fonction publique à tous les niveaux, l'alternative étant : conversion au nouvel État néolibéral en formation ou défense de la religion primitive du service public condamnant aux catacombes, c'est à dire au placard.). IL a patiemment construit une machine politique, l'Union Populaire Républicaine, en partant de rien (à la différence de hauts-fonctionnaires passant en politique et dont le premier souci est d'utiliser leur carnet d'adresse pour trouver l'argent qui les tiendra), lui permettant aujourd'hui d'être présent dans l'arène présidentielle et donc de faire passer un message jusque-là confidentiel, comme sorti des catacombes, d'autant plus qu'il n'a, à ce stade, aucune prébende à distribuer, aucun grand intérêt à ménager (allant jusqu'à défendre la nationalisation de TF1… à TF1), aucun grand écart (Plan A/Plan B) à dissimuler pour maximiser ses gains sur le marché électoral en pratiquant le marketing ciblé. Il bénéficie de la révolution des réseaux sociaux (en attendant leur concentration, appelés à se substituer aux médias classiques dans la fabrique du consentement) qui, comme dans le cas de l'imprimerie et de la révolution protestante, permet aux nouveaux convertis de s'approprier directement le message prophétique par l'étude directe des textes, les médias de l’Église officielle ayant perdu leur monopole et apparaissant pour ce qu'ils sont, des instruments de propagande centralisés. L'accès de cet « hérétique consacré » (caractéristique de tous les locuteurs en position prophétique dont le message passe, selon Pierre Bourdieu, qui s'oppose ici directement au marketing politique) aux grands médias ou au « grand débat » met d'ailleurs cruellement en difficulté journalistes et hommes politiques face à un homme qui connaît les secrets du sérail et expose le fonctionnement du « système » provoquant un effet de « révélation » (non sans d'ailleurs rendre un peu gagas un certain nombre de nouveaux convertis. L'auteur de ces lignes ,formé à Sciences Po, ayant eu le même type de révélation en lisant Actes de la recherche en sciences sociales comprend assez bien ce phénomène!).

L'éléphant dans la pièce

Comment a-t-il pu échapper à Frédéric Lordon que sans l'accès de François Asselineau au prime time, il n'y aurait eu personne pour montrer l'éléphant dans la pièce, l'UE, et particulièrement parce que le candidat du « vote utile » qui déclarait il y a six mois « l'UE sera au centre de l'élection » a travaillé avec acharnement par calcul électoraliste à mettre la question sous le tapis, contribuant à en laisser le monopole intéressé au FN, pour la plus grande joie du « système » qui travaille à ce que le Frexit ne puisse être envisagé que comme une option d'extrême-droite, le rendant impossible ? Et comment ne voit-il pas que cette irruption d'Asselineau dans le champ politique permet d'envisager de tailler des croupières au croque-mitaine dont la fonction de neutralisation de la possibilité de la sortie est par ailleurs si bien analysée par Frédéric Lordon ?

Dans un texte intitulé « clarté », en réaction à la proposition de son maître de thèse Jacques Sapir de constituer un « front » de sortie de l'UE incluant le FN, Frédéric Lordon se posait légitimement en rempart contre une telle éventualité. Il semble cependant que sa dénonciation du mono-idéisme de la sortie qui poussait Sapir à faire fi du risque de la sortie nationaliste et raciste (dans le meilleur des cas car dans un texte hallucinant consacré au burkini, Sapir remontait à la République romaine pour justifier la nécessité de criminaliser l'intention…) débouchait sur « À gauche, et à gauche seulement » et même à gauche radicale et à gauche radicale seulement, ce qui est tout autant la meilleure façon de ne pas en sortir, cette gauche-là et Lordon lui-même jouant un rôle équivalent au FN pour empêcher toute sortie. Or même si François Asselineau n'appartient évidemment pas à la gauche radicale et est un homme marqué à droite, cela n'en fait pas, en aucun cas, un raciste ou carrément un fasciste (comme l'en accusent les « anti-fa » qui voient le fascisme partout où il n'est pas pour être bien sûr de ne pas voir l'euro-fascisme au milieu de la pièce, ce qui nous obligea à prendre pour la première fois la défense du personnage en 2015 sur le forum consacré à ce même article « Clarté » sur lequel nous nous confrontâmes pour la première fois à des militants UPR) : tout le monde a cherché et tout le monde a trouvé l'exact contraire, particulièrement au sujet de l'Islam et dans le contexte des attentats.

L'introuvable majorité de sortie

Or la « sortie » est une question sociologique. La majorité du NON de 2005, qui est une majorité de classe constituée d'ouvriers, d'employés et de beaucoup d'abstentionnistes chroniques, se porte sur le plan partisan sur différents partis ce qui empêche de les réunir hors référendum pour accomplir cette nécessité historique, qu'aucun parti s'appuyant sur une fraction d'électeurs des classes moyennes oui-ouistes, comme le fait Mélenchon, ne peut donc mettre à l'ordre du jour. Une des solutions s'offrant d'ailleurs à ce dernier aurait été la promesse d'un référendum selon le mot d'ordre que nous avions essayé de lancer « élisons un référendum, pas un Président ». Inutile de revenir une fois encore sur l'avant-goût de « crime politique » que l'impétrant nous a offert lors de cette campagne suscitant pourtant le soutien doxique de Lordon au « vote utile » en sa faveur. Dans une telle configuration, la tentative de François Asselineau est rationnelle, pour le moins louable et devrait forcer l'admiration par ses potentialités de subversion du carcan politique et la possibilité qu'elle offre de constituer l'embryon du « bloc hégémonique » qui fait défaut. Et non sans garantie de mesures « de gauche » garantissant qu'il ne s'agisse pas d'une sortie purement « de droite », comme le soulignaient Jean-Pierre Garnier et quelques autres.

Une gauche qui ne veut pas sortir n'en est pas une. A défaut donc de « gauche de gauche », Frédéric Lordon, au lieu de se transformer en média mainstream passant comme eux sous silence la position qui permettrait de résoudre la quadrature sociologique du cercle que tente de créer Asselineau dans le champ (car la souveraineté populaire ne saurait non plus être la dictature d'une gauche radicale « all exclusive » qu'il finit par ne plus reconnaître que dans le public de son séminaire) ferait bien de réfléchir à l'hypothèse d'une… « droite de gauche » !

Ce serait en tous cas plus proche du « point de vue de Sisyphe » et de la real politik de la raison, et digne d'un agnosticisme et d'un anti-cléricalisme politiques conséquents.

L'existence d'un mouvement de 25 000 personnes motivées par la sortie et se formant à travers des conférences d'éducation populaire à ces sujets n'est pas non plus une force à négliger. Elle est sans doute bien plus importante que le débouché électoral, et ils sont bien plus nombreux que le « club » de gauche radicale socialement homogène. Si la sortie doit se faire, elle nécessitera une forte pression populaire et cette avant-garde y jouera son rôle. Avec un monde du travail mobilisé, la convergence objective des luttes (totalement ratée par la petite-bourgeoisie intellectuelle de Nuit Debout rêvant de grands soirs mais incapable de soutenir les luttes locales au-delà d'une saison de défilé de mode militant) n'est pas à exclure….

Lors de ces échanges avec des militants UPR sur son blog, j'écrivais : « François Asselineau génère aussi des fidèles, donc des croyants et des courtisans. Aux croyants je dis : ne croyez pas. Aux militants je dis : Appliquez les schèmes critiques du champ politique qu’il propose à lui-même. Car si ce parti émerge, il est probable que l’hypocrisie structurale s’y développe, si ce n’est déjà le cas (il y a des adhérents qui rentrent, un peu de sous aussi, ça change beaucoup de choses, on professionnalise, on instaure une division du travail plus poussée, ça se remplit d’opportunistes venus de la profession politique et en mal de parti, ça va vite...).

Le moins qu'on puisse dire, c'est que le message est d'abord à transmettre aux Insoumis…

Le Concierge

PS (sic) Sur le même blog, j'écrivais aussi : "Il y a quand même beaucoup de confusion... Confusion entre le plus grand nombre qui n’a pour le moment que les élections pour s’exprimer et les partis politiques qui transforment les gens en marché électoral. Les partis ne sont pas propriétaires des électeurs ! Donc confondre "membres du FN", soit ceux qui capitalisent sur les suffrages et "électeurs du FN" dont il faudrait demander les suffrages à leur propriétaire supposé, le FN, c’est n’importe quoi ! On sait parfaitement que le vote FN n’est pas un vote d’adhésion mais majoritairement un vote contre la classe politique qui se partage le pouvoir depuis des années et nie en pratique la souveraineté populaire. Dire que le FN représente ses électeurs c’est aussi faux que dire que le PS représente ses électeurs. Ou que Tsipras représente ses électeurs. Donc le problème de nos grands stratèges c’est qu’ils ont peur de la souveraineté populaire ce qui est une posture de classe typique : il leur faut des bergers pour canaliser ce peuple débile et à tendance fasciste ! Donc ne faisons pas surtout un mouvement populaire, mais une alliance entre différents rentiers du marché électoral (qui est le problème, pas la solution, la souveraineté populaire a été neutralisée par le marketing électoral transformant l’électeur en consommateur auquel il faut proposer une offre : Sapir est pas loin de proposer la titrisation du souverainisme, on met un peu de bon avec un peu de pourri etc. et on vend ça à l’électeur ?). C’est génial ces élites de substitution auto-proclamées qui s’y voient déjà et pensent qu’en affichant leur mépris de classe ça va marcher (on va quand même pas aller militer hein ! Ou soutenir les mouvements sociaux. C’est sale ça, c’est pas sérieux... Mieux vaut s’en remettre à des démagogues professionnels pour rassembler le paquet d’actions électorales nécessaires à la réalisation de notre projet d’avenir radieux !). On comprend mieux pourquoi rien ne marche. Les gens qui ont la capacité de comprendre ce qui se passe partagent avec leurs rivaux aux manettes un incroyable mépris pour la population. Ils ont peur du peuple tel qu’ils le fantasment irrationnel, passionnel etc. Mais ils n’ont pas peur des partis ! Ils n’ont pas peur des partis qui ont voté la guerre de 14, ils n’ont pas peur des socio-démocrates allemands de Weimar, ils n’ont pas peur de professionnels de la politique totalement aliénés par leurs enjeux propres qui mènent régulièrement ce peuple si dangereux à l’abattoir. "Souverainisme" (mot débile inventé par l’ennemi et que tout le monde reprend) de droite ne veut rien dire. La ligne de démarcation c’est la réaction d’où qu’elle vienne. Et tous ceux qui pensent que la participation du plus grand nombre doit se limiter à un mandat sont des réactionnaires.

dimanche 16 avril 2017

L'Italie accepte des coupes budgétaires d'urgence pour satisfaire Bruxelles

L’Italie a approuvé hier – 11 avril – des coupes budgétaires d’urgence afin de respecter ses engagements budgétaires envers l’UE. Le ministre de l’Économie, Pier Carlo Padoan, a annoncé un programme de ventes d’actifs appartenant à l’État ; il s’agit essentiellement de participations dans des entreprises publiques.

Prévues pour cette année, les cessions sont estimées à une valeur totale de 5 milliards d’euros (le plan pourrait à terme apporter 20 milliards d’euros aux caisses de l’État). Rome souhaite ainsi répondre aux exigences de la Commission européenne. En 2016, l’Italie a rempli moins de 20 % de son objectif de privatisation, la proportion devrait être du même ordre cette année. La dette publique italienne (133 % du PIB), deuxième de la zone euro derrière celle de la Grèce, préoccupe beaucoup à Bruxelles, à Francfort (siège de la BCE) et dans les milieux financiers.

Les entreprises publiques concernées par les ventes d’actifs seraient : le groupe postal Poste Italiane, le géant des services aux collectivités Enel, le réseau ferroviaire, dont la privatisation partielle était prévue. L’État pourrait également céder des participations dans le groupe pétrolier et gazier Eni et dans le groupe de défense Leonardo.

Lire la suite sur le site de Ruptures

vendredi 31 mars 2017

L'Europe, c'est la paix...

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Cette semaine (à part ce neuvième épisode à l’Eurogroupe), toute la presse grecque (et parfois même francophone) relate la dernière provocation... culturaliste de Jeroen Dijsselbloem. “À en croire Jeroen Dijsselbloem, les pays du sud de l’Europe ‘dépensent tout leur argent en alcool et en femmes’, et demandent ensuite l’aide de leurs besogneux voisins du Nord. Une déclaration qui suscite une vive indignation dans les pays visés.”, remarque le Courrier International, et en Grèce, ce discours (soulignons-le, ouvertement partagé par Schäuble car il vient de réitérer son soutien à son valet Jeroen), vient de provoquer une colère de plus au pays où l’européisme ne passe alors plus du tout.

Outre les insultes proférées ici ou là (et encore à travers les médias - inutile de les reproduire ici), c’est sur la zone matinale de la radio 90,1FM, que le journaliste Yórgos Trangas a durant toute cette semaine, appelé à boycotter massivement... toutes les bières, tous les fromages et plus généralement tous les produits néerlandais: “Boycottez Amstel, boycottez Heineken, le fromage Gouda... KLM, faites-les souffrir, faisons en sorte pour que leurs entreprises finissent par quitter notre pays” (cité de mémoire), voilà pour l’ambiance réellement existante, loin, très loin des tromperies des commémorations du Traité de Rome.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Fête Nationale" sur son blog GreekCrisis

Pour rappel :

La Chine dénonce les propos du commissaire européen Oettinger sur "les bridés" (RTBF, 2/11/2016)

La Chine a dénoncé ce mercredi le "sentiment de supériorité" du commissaire européen à l'Economie numérique Günther Oettinger, qui a utilisé dans un discours le terme péjoratif de "bridés" pour décrire les Chinois.

Le responsable politique allemand avait été secrètement enregistré lors d'une réunion de chefs d'entreprises à Hambourg (nord de l'Allemagne) la semaine dernière. Il racontait avoir reçu des ministres chinois, tous "peignés de gauche à droite avec du cirage noir".

L'auteur de l'enregistrement, diffusé vendredi sur YouTube et repris samedi par le site du magazine allemand Der Spiegel, déclare avoir commencé à filmer après que Günther Oettinger eut utilisé des termes comme "les yeux bridés" ou les "escrocs" à propos des Chinois.

"Un effarant sentiment de supériorité"

"Les remarques en question démontrent un effarant sentiment de supériorité enraciné chez certains dirigeants politiques occidentaux", a déclaré mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier. "Nous espérons qu'ils puissent apprendre à avoir une vision objective d'eux-mêmes et des autres et à respecter et traiter les autres sur un pied d'égalité."

Interrogé par le journal allemand Die Welt, Günther Oettinger avait assuré samedi qu'il "s'agissait d'une expression familière qui ne se voulait en aucun cas un manque de respect vis-à-vis de la Chine".

Oettinger n'en est pas à son premier dérapage. En 2014, il avait traité la France de "pays déficitaire récidiviste", ce à quoi le PS français avait appelé à sa démission du poste de commissaire européen.

Plus récemment, dans le contexte des négociations sur le CETA, l'Allemand a affirmé que "la Wallonie est une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe", ajoutant "ce n'est pas acceptable". Des propos que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) avait qualifié de "mépris total"

mercredi 22 mars 2017

Il y a 3 ans : Fascism Inc.

FascismINC.jpg Cliquer sur l'image pour voir le film (activer les sous-titres en français)

Brèves histoires inconnues du passé, du présent et du futur du fascisme et de sa relation avec les intérêts économiques de chaque époque. Nous voyagerons de l’Italie de Mussolini à la Grèce pendant l’occupation nazie, la guerre civile et la dictature; et de l’Allemagne de Hitler au fascisme moderne en Grèce et en Europe.

Un film de Aris Chatzistefanou, Infowar Productions, 2014.

Le film est également téléchargeable gratuitement pour des projections, ici

Auteur également de : Catastroïka (2013) (à télécharger au format projection ici et à voir sur youtube)

catastroika.jpg

CATASTROIKA analyse les conséquences de la liquidation totale de la Grèce.Révisant des exemples de privatisations dans des pays développées, CATASTROIKA essaie de prévoir ce qui va se passer si le même modèle s΄applique à un pays sous surveillance économique

et

Debtocracy (2011) (à télécharger au format projection ici et à voir sur youtube)

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Debtocracy est un documentaire produit pour la première fois en Grèce par le public. Le film analyse les causes de la crise de la dette et propose des solutions jusqu’ici ignorées par le gouvernement et les médias. Aris Chatzistefanou et Katerina Kitidi interviewent des économistes, des journalistes et des intellectuels du monde entier, qui expliquent les étapes d’un processus qui a entrainé la Grèce dans la gouvernance par la dette. Le documentaire propose de suivre les expériences de pays comme l’Équateur qui a créé une commission d’audit de la dette.

Ces films constituent un travail militant mené quasiment en temps réel grâce à des souscriptions. Il est tout à fait inconséquent que les différentes "Nuits debout" ne les mettent pas au programme de leurs projections. L'histoire et le travail des militants, des chercheurs, et la résistance n'ont pas commencé un 31 mars, du passé, donc des causes, faisant table rase... (Note du Concierge)

lundi 20 mars 2017

"Tout gouvernement sain d'esprit, saurait pourtant transformer cette menace en initiative propre, afin de quitter ce monstre pétrifié que vous appelez l'Union européenne"

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En attendant, et même si certains se baladent encore, Peter Koening (économiste et analyste géopolitique) vient d’adresser son accablante et émouvante “Lettre ouverte au peuple de Grèce: Vous êtes abattus sous les yeux du monde entier” (en anglais sur le site canadien d’analyse “Global Research”).

L’auteur, dénonce entre autres et à très juste titre, les “socialistes caviar de SYRIZA pour avoir laissé leur pays saigner à mort littéralement, moralement, socialement et psychologiquement.

"(...) Prenez votre situation en vos mains. Ne croyez pas vos politiciens, ni vos médias ! Quittez cette organisation criminelle appelée Union européenne, de même que ce système monétaire criminel de l’Occident, et qui vous étrangle jusqu’à la mort. Récupérez votre souveraineté, votre monnaie. Cessez de payer la dette, et le système occidental ne pourra rien faire contre votre décision. Et il ne pourra rien faire, parce que vous ferez tourner votre pays via vos propres banques publiques et votre monnaie, en y allant progressivement mais sûrement, en reconstruisant toute une économie dévastée. Le paiement de la dette est d’ailleurs négociable. Les exemples abondent dans ce monde. L'Argentine en est un, et d’ailleurs récent. Même l'Allemagne avait renégocié sa dette internationale en 1952 lors des Accords de Londres sur la dette extérieure allemande”.

“Ô peuple de Grèce, réveille-toi devant l’évidence. N’acceptez pas ce que le gouvernement, Bruxelles et la Troïka vous imposent, à vous, comme à votre pays. Exigez le Grexit en suite fort logique et légale à votre vote triomphant du ‘NON’ à tout nouveau ‘plans de sauvetage’ passant par l'austérité imposée par la Troïka. Si vous le faites, vous verrez rapidement la lumière au bout du tunnel - une lumière ayant a été trop longtemps dissimulée par l'Allemagne, par ces gangsters de la Troïka et par votre propre gouvernement”.

“Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, essaye toujours de duper les Grecs, et d'impressionner le reste du monde, en menaçant de la Grèce de sortie de la zone euro. Tout gouvernement sain d'esprit, saurait pourtant transformer cette menace en initiative propre, afin de quitter ce monstre pétrifié que vous appelez l'Union européenne, ainsi que sa fausse et illusoire monnaie commune nommée euro. Sauf qu’en Grèce, c’est la morbidité qui y règne, et c’est tout le problème. Ainsi, à la morbidité de la Troïka, le gouvernement grec répond par sa propre et totale servitude morbide, en se conformant entièrement à la destruction de millions de compatriotes dépossédés et réduits en esclavage”.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Ni piéton ni phoque sur son blog Greekcrisis

La Grèce, la « loi travail », l’eurofascisme et la « gauche » de la « gauche »

Suite à des dénonciations sur FB auxquelles le Concierge ne peut répondre même poliment car aussitôt bloqué, nous republions cet article datant du 10 juin 2016 qui résume nos positions et nos inquiétudes.

Bonus : La lutte contre le fascisme s'intensifie sur FB...

Jean-Loup Amselle Il faudrait également prendre en compte le personnage louche de Bruno Drwesky dont Garnier est proche. J’aime · Répondre · 2 · 1 h

Isidore Abraham Ducasse Par contre je crois que Garnier est tout seul dans son délire "anarchiste parmi les stalino thoreziens". Ils sont surtout ridicules ! J’aime · Répondre · 1 · 1 h

Valérie de Saint-Do Ben, je connaissais Benoît Eugène, ex ds éditions Agone, qui tombe dans le même délire. J’aime · Répondre · 1 · 1 h

Jean-Loup Amselle Valérie de Saint-Do Vous pouvez m'en dire plus sur lui. Je n'en ai jamais entendu parler. Je poursuivrai cette discussion avec vous sur Messenger. J’aime · Répondre · 53 min

La Grèce, la « loi travail », l’eurofascisme et la « gauche » de la « gauche »

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Manuel Valls a déclaré sur BFM-TV, le 26 mai 2016 : "Je ne minimise ni les difficultés pour notre entrepr... heu notre pays ni le comportement irresponsable de la CGT... "

"Pour que chacun le comprenne, reconnaissons-le, c’est beaucoup trop long. Je me faisais la remarque pour que vos auditeurs et vos téléspectateurs comprennent bien. En Grèce, le gouvernement Tsipras, un gouvernement de gauche, avec d’abord une grève générale, mène des réformes courageuses, ces réformes ont été adoptées en quelques heures : 1500 pages (7500 pages en anglais pour être précis, NDE), sans amendements par le Parlement. Parce que parfois il faut aller vite dans la réforme. Nous ce texte a dû être adopté au Conseil des Ministres au début de l’année, il va être adopté définitivement au mois de juillet parce qu’il y a plusieurs lectures, à l’Assemblée et au Sénat, c’est notre constitution. Donc le texte va revenir seulement à l’Assemblée Nationale au début de juillet..." (Bourdin Direct, RMC, 26 mai 2016).

Quelques jours plus tard, en visite à Athènes, capitale d’un pays d’Europe du Sud colonisé par l’UE et les multinationales, le triste Sire poursuivait ses aveux en rendant hommage au Premier Ministre grec Alexis Tsipras « qui a su prendre des décisions de réformes courageuses et difficiles et qui a su convaincre le Parlement grec de les adopter » (L'Obs, 3 juin 2016), . L’allusion était transparente au fait que Manuel Valls avait dû recourir au 49.3 pour espérer voir adoptée la « réforme courageuse » que constitue « la loi travail ».

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« Plaisir spinoziste de la vérité qui se révèle »

Selon la presse, le seul reproche adressé au Premier Ministre fut de se rendre au soleil quand la Région parisienne était sous la pluie se dont il de défendit vaillamment : « Oui, il y a les inondations mais personne ne pourra me reprocher d'être en Grèce, confie le Premier ministre. Je suis en Europe, à 3 heures de Paris, et la situation est gérée par François Hollande, donc tout va bien » (RTL, 3/06/2016).

Et pourtant.

Les déclarations de Manuel Valls sonnent comme les dernières prémices d’un Coup d’État et en disent long sur la métamorphose qui affecte les partis dominants de la classe politique française, nous rappelant ces politiciens factieux des années 30 convertis en leur for intérieur au fascisme et préparant activement son avènement.

Ces aveux sont de ceux qui résonnent au Tribunal de l’Histoire.

Car d’une part, Valls souhaite ouvertement la fin du Parlementarisme en se félicitant implicitement des progrès accomplis en Grèce sur cette voie.

Et d’autre part, Valls avoue que la « loi travail » s’inscrit dans le même type de « réformes courageuses » qui ont tout à voir avec la destruction totale du droit et de la sécurité sociale que connaît la Grèce livrée à l’occupation de l’Union européenne. Réduite à un protectorat de l’UE désormais dépourvu de toute souveraineté, cette Grèce citée en exemple prometteur est martyre d’un sociocide accompli avec la complicité totale dudit Valls, de Hollande, du Parti socialiste et du Parlement français, dont les responsabilités criminelles sont engagées.

En vendant la mèche, Valls rend un fier service à tous ceux et toutes celles qui, depuis au moins 2005, alertent inlassablement contre la marche forcée à l’eurofascisme qui s’est accélérée avec le parachèvement de la main-mise totale des banques et des multinationales sur une UE dont elles sont les principales architectes.

Puisse cette compréhension de ce qui se joue historiquement se répandre suffisamment vite par le travail militant.

Car la France en lutte contre la « loi travail » ne le sait pas clairement, mais elle est en lutte contre l’eurofascisme et, comme le laboratoire grec l’indique, il est minuit moins le quart.

Lire la suite...

samedi 18 mars 2017

François Asselineau : le véritable insoumis ?

REVOLUTIONEURO.gif collections du Musée de l'Europe

Par Jean-Pierre Garnier

(...)

Cependant, la question que devraient finalement se poser dans l’immédiat tous ceux qui se réclament de l’émancipation collective n’est pas là. Elle est de savoir si la réalisation de cet idéal dont le come back dans leurs discours pourrait paraître surprenant vu l’abandon de toute perspective révolutionnaire de leur part, est compatible avec le maintien de la France, pour s’en tenir à notre pays, dans l’euro, l’Union européenne et de l’OTAN. Répondre par l’affirmative est, disons-le sans crainte, une absurdité puisque, ainsi que l’a montré l’interminable succession d’«alternances» politiciennes sans alternative politique, ces institutions ont précisément été conçues pour verrouiller toute tentative d’échapper à la sujétion capitaliste.

Certes, F. Asselineau n’évoque à un aucun moment la possibilité ni même l’éventualité d’un débouché socialiste à cette triple sortie. Son « ni droite ni gauche » de même que sa référence répétée à la diversité des sensibilités politiques des adhérents ou des sympathisants de ce parti, qui vont du nationalisme républicain le plus traditionnel à l’étatisme anticapitaliste le plus affirmé, laisse la porte ouverte à toutes les issues politiques si l’on excepte l’anarchisme, encore que des débordements dans ce sens ne soient pas non plus à exclure. Celle qui prévaudra ne pourra être que la résultante des contradictions, des conflits et des luttes tant internes qu’extérieures que ne manqueront pas d’engendrer en tout cas la situation inédite ainsi créée. Mais au moins le gros travail aura été fait pour extraire le pays de ce qui empêche la majorité de ses citoyens de décider de leur sort, c’est-à-dire de se redéfinir comme peuple, au lieu de demeurer des sujets.

En attendant, les mesures gouvernementales énoncées par F. Asselineau au cas où, par miracle, il disposerait d’une majorité, pour les faire voter, devraient faire réfléchir les petits malins qui en ont visiblement perdu l’habitude. Restauration des services publics dans leur plénitude, renationalisation des réseaux indispensables à la vie quotidienne et interdiction de nouvelles privatisations, rampantes ou non, des services publics, renforcement droit du travail au profit des travailleurs et annulation des réformes qui l’ont affaibli, rétablissement du contrôle des mouvements de capitaux, éviction des féodalités financières qui orientent la politique économique, et, sur le plan international, fin de la Françafrique et politique étrangère de non alignement. On a quand même vu des programmes plus à droite !

Lire l'intégralité de l'article de Jean-Pierre Garnier paru sous le titre "le véritable insoumis" sur le site de la librairie Tropiques.

samedi 11 mars 2017

La population grecque officiellement privée de droits fondamentaux par l'Union européenne

Paupérisation rapide de la population, disparition forcée de la classe moyenne, “ambiance psychiatrique régnante” (radio 90.1 Fm, le 10 mars, zone matinale) et d’abord, régime d’exception, telle est la réalité grecque.

La Grèce à été, rappelons-le, volontairement placée (et cela au moyen d’un Putsch devenu permanent) en dehors du cadre des droits fondamentaux (supposés valables dans l’Union européiste). Cette triste vérité, difficilement dissimulable désormais, est de ce fait remarquée par certains journalistes de la presse internationale (même largement mainstream), à l’instar de “La Tribune”:

“Le 1er décembre, deux députés socialistes, la Portugaise Maria Joao Rodrigues, vice-présidente du groupe, et sa consœur allemande Jutta Steinruck, coordinatrice pour les questions d'emploi, écrivent à Jean-Claude Juncker pour déplorer que ‘la Grèce a été forcée par les memoranda de décentraliser la négociation collective, ce qui a entraîné l'effondrement du système de négociation collective’. Des mesures qui expliqueraient des baisses de salaires pouvant atteindre 40 %”.

“Les deux élues somment le président de la Commission de faire respecter en Grèce la Charte des droits fondamentaux, dont le président Juncker se dit par ailleurs un ardent supporter, et qui stipule en son article 28 le droit à la négociation collective. ‘Le système actuel n'est pas conforme à la Charte des droits fondamentaux, ni avec les conventions de l'Organisation internationale du travail. Il faut restaurer l'exercice collectif de la négociation collective’, écrivent les élues dans ce courrier vu par La Tribune.”

“La réponse, envoyée une semaine plus tard par le président de la Commission, et dont la teneur a été également vue, a de quoi susciter un certain émoi. S'appuyant sur un arrêt de la Cour européenne de Luxembourg, le président répond que les Memorandum of Understanding (MoU) -en clair, les conditions posées par les créanciers pour accorder leur soutien-, sont des actes du Mécanisme européen de stabilité ‘qui tombent en dehors de l'ordre légal de l'Union européenne’. En mettant en œuvre le MoU, la Grèce ne met pas en œuvre la loi européenne et ‘par conséquent, la Charte des droits fondamentaux ne s'applique pas en tant que telle aux mesures grecques’”.

“En d'autres termes : la Charte laborieusement entrée en vigueur en 2009 ne s'applique plus dans la Grèce de 2017... De quoi, pour le moins, susciter l'émoi des citoyens ordinaires qui se croyaient protégés par la Charte et dont ils pensaient qu'elle serait une sorte de parapluie de droits universels.” (Blog de Florence Autret, le 2 mars 2017).

La conséquence logique et cependant irrationnelle des “Memorandum of Understanding” (MoU) passablement illégaux, conduit très précisément au... cannibalisme prononcé des rapports économiques, sociaux et symboliques entre les êtres supposés finalement humains. Déjà en Grèce, de bien nombreux employés du secteur privé, sont payés en coupons alimentaires au lieu et place de salaire, une pratique illégale. Ensuite, une loi relativement récente, oblige les employeurs à verser chaque mois sur le compte bancaire de leurs employés, la somme alors... très exacte, correspondant au montant précis de leur salaire en conformité avec les contrats et conventions signés.

Et ce n’est pas un truisme que de l’exprimer ainsi. Pour ne pas trop surprendre les amis et lecteurs du blog, disons plutôt... heureux habitants des pays encore moins marqués par le dernier capitalisme réellement existant, je dois préciser ceci: de nombreux employeurs ne versaient souvent et jusqu’alors, qu’une partie du salaire légal, après avoir conclu avec leurs salariés, un “accord” implicite et oral, introduisant une baisse ainsi illégale des rémunérations, sous la menace verbale et parfois même physique exercées sur les employés.

Depuis cette nouvelle loi, la... pratique a évolué, franchissant un cran essentiel quant à la prolifération des pratiques alors ouvertement mafieuses. On apprend ainsi en ce mars 2017, que... sitôt les salaires versés dans certaines entreprises, des gros bras “accompagnent” les employés devant les guichets automatiques à proximité de leurs lieux de travail, les obligeant à retirer de leurs comptes cette part des salaires... “devant revenir” aux patrons. Sous la menace d’être tabassés, et/ou licenciés.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Nouveau Monde" sur son blog Greekcrisis

lundi 6 mars 2017

Pourquoi nous appelons les chômeurs à soutenir la grève du 6 mars à Pôle emploi

Cette grève est appelée par 5 organisations syndicales pour dénoncer le Plan stratégique Pôle Emploi 2020 dont l’objet est la disparition pure et simple d’un certain nombre de missions fondamentales, inscrite dans la LOI n° 2008-126 du 13 février 2008, par étape, par couche, dont, entre autres : l’accès au service public par la fermeture des agences locales en demi journée, la dématérialisation acharnée des contacts (de l’inscription à la radiation en passant par les entretiens de suivis), les suppressions de services ou agences spécifiques (à destination des licenciés économiques, ou des cadres), la disparition du métier indemnisation en supprimant les professionnels de la « Gestion des Droits ».

Le choix de l’alliance entre Pôle Emploi et des innovateurs digitaux qui se nomment eux-mêmes les barbares fait partie de la stratégie. Ils fabriquent leurs gadgets modernes, nourris aux algorithmes et donnent l’illusion que tout le monde peut s’inscrire, tout seul, à Pôle Emploi, s’indemniser sans l’aide de personnel compétent, se former, s’orienter, s’évaluer, et répondre à une multitudes d’offres d’emploi tailler sur mesure, pour soi, par Bob emploi.

Cette grève dénonce « la vente à la découpe » du Service Public :

L’externalisation de missions fondamentales de Pôle Emploi vers des entreprises privées (CAPGEMINI, WEBHELP, INGEUS, AKSIS, TESSI , ARVATOR...la liste est longue) qui se gavent grâce aux largesses du Service Public et à la cécité de ceux qui l’administrent, le financent, le gèrent et le contrôlent (3,3 Md€ en 2016 proviennent de nos cotisations : Article L5422-24) participent à la liquidation de Pôle Emploi qui se voit, pour la première fois, réduire son budget de 30 millions d’euros en 2016.

Un personnel en perte d’identité :

Les psychologues se déqualifient, les conseillers de la « gestion des droits » se mettent la rate au court bouillon en assistant à leur mort annoncée, et les conseillers emplois, sous une pression jamais égalée, prescrivent à tours de bras, au privé, des prestations-à-la-noix nommées : Activ’Emploi, Activ’Projet, Activ’Créa (peu importe ce qu’il en sortira, mais surtout Activ’Toi ailleurs qu’à Pôle Emploi) !

Cette grève est un appel à lutter contre la destruction de Pôle Emploi, et à défendre un service public humain, un service public de qualité, et une protection sociale digne de ce nom. Cette grève va dans le sens de l’intérêt de ses usagers.

Lire l'appel sur CIP-IDF

Contre-Réforme et inquisition néolibérale en Grèce

chutedesanges.jpg illus. : Les "Institution" (ex-troïka) réforment un petit état (social) méditerranéen

Aujourd’hui, la Grèce se trouve dans une triple impasse. La première est économique : depuis 2009, elle a connu plus de dix plans de rigueur assortis de coupes budgétaires, de mesures de démantèlement du droit du travail, de centaines de réformes dites structurelles (notamment lors de l’imposition à ses gouvernements des trois mémorandums de 2010, 2012 et 2015), des baisses de salaires et de pensions ainsi que des dizaines de hausses ou créations d’impôts. Car depuis sept ans, la Grèce s’est vu imposer par l’UE et le FMI un véritable délire fiscal dont la dernière manifestation consiste à taxer les contribuables sur la différence entre la montant minimal que, eu égard à leurs revenus, ils « doivent » avoir réglé par carte bancaire et le montant dont ils peuvent justifier qu’ils l’ont dépensé, si le second est inférieur au premier – mesure destinée, en réalité, à réduire la circulation d’argent liquide et à faire passer toutes les transactions par les banques.

Cette politique déflationniste, d’une violence inconnue en Europe depuis les années 1930 (où elle a amené Hitler au pouvoir en Allemagne), a étouffé la consommation intérieure, provoqué des milliers de faillites et l’évaporation d’au moins le quart (sans doute autour du tiers, nonobstant les habillages statistiques) de la richesse nationale. Elle a fait plonger le tiers de la population sous le seuil de pauvreté et gravement précarisé un autre tiers désormais lui aussi menacé de basculer ; elle a en grande partie liquidé les classes moyennes – fondement sociologique de la démocratie – et creusé les inégalités dans un pays qui était déjà, avant 2009, l’un des plus inégalitaires d’Europe.

Cette politique a mis les salariés dans l’entière dépendance d’employeurs qui payent les salaires de plus en plus irrégulièrement – quand ils peuvent ou quand ils veulent. Elle a jeté plus du quart de la population active (sans doute autour du tiers, nonobstant les habillages statistiques), et plus de la moitié des jeunes, dans le chômage dont l’indemnisation est quasiment inexistante. Elle a liquidé l’État social qui, du fait des circonstances particulières à la Grèce après 1945 (guerre civile, régimes autoritaire puis dictatorial sous protection américaine), ne fut construit qu’après 1974 et était déjà l’un des moins généreux d’Europe.

Cette politique déflationniste, motivée par la résorption de la dette, a également provoqué l’explosion de celle-ci – de 120 % à 180 % du PIB. Pire, elle menace la vie de nombreux Grecs. La fermeture d’hôpitaux publics, de blocs opératoires, de lits met les établissements qui demeurent hors d’état de remplir leur mission, la réduction des dotations conduisant certains à ne plus pouvoir fournir les médicaments aux malades, à assurer l’hygiène élémentaire, la blanchisserie ou la restauration. Des patients cancéreux ont parfois été renvoyés chez eux sans avoir pu recevoir une chimiothérapie programmée à l’avance. Des laboratoires pharmaceutiques occidentaux ont suspendu leurs livraisons faute d’être assurés de la solvabilité de leurs clients grecs.

Dans les îles, la hausse des tarifs des transports maritimes conduit de plus en plus les malades à différer le voyage jusqu’à un hôpital fonctionnant encore à peu près, si bien que nombre de pathologies sont prises en charge trop tard pour être efficacement soignées. Et un tiers des Grecs n’a plus, de toute façon, ni couverture sociale ni moyen de payer les soins. En 2014 déjà, le docteur Vichas, fondateur d’un des premiers dispensaires solidaires (celui d’Ellenikon dans la banlieue d’Athènes) qui se sont créés afin de pallier le défaut d’accès aux soins pour un nombre toujours croissant de Grecs, dénonçait par exemple les diabètes qui, en raison d’un défaut de traitement, entraînent de nouveau cécités ou amputations. L’état des hôpitaux psychiatriques est alarmant, les handicapés ont souvent été réduits à la précarité par la baisse de leurs allocations, les programmes de prévention ou d’accompagnement des toxicomanes ont été liquidés, ou peu s’en faut, le taux de contamination par le VIH a augmenté de manière inquiétante, en même temps que diminuait le taux de vaccination des enfants.

L’insécurité énergétique ne cesse de croître – en milieu urbain, la plupart des immeubles collectifs, quand ils sont encore chauffés en hiver, ne le sont plus – au mieux – que deux heures le matin et deux autres le soir, l’augmentation des prix de l’électricité rend pour beaucoup impossible l’utilisation d’un chauffage d’appoint, et les installations de fortune utilisant le bois ajoutent la pollution aux risques d’incendie. L’insécurité alimentaire progresse elle aussi, notamment chez les retraités mais, à maints endroits, des enseignants ont aussi dû mettre en place des systèmes de solidarité destinés à ceux de leurs élèves qui ne peuvent plus faire trois repas par jour…

Alors que, avant la crise, la Grèce figurait déjà parmi les pays européens où l’investissement public dans l’éducation était le plus faible, les coupes budgétaires imposées par les créanciers ont entraîné la fermeture ou la privatisation d’une importante partie de l’enseignement supérieur – grave hypothèque sur l’avenir. Mais elles altèrent aussi le fonctionnement des niveaux primaire et secondaire. « Entre 2009 et aujourd’hui, le budget a diminué de 70 %. Nous n’avons même pas de quoi acheter les craies. Nous avons dû organiser une collecte sur la place centrale de la ville pour nous procurer les fournitures scolaires », déclare au journal suisse Le Temps le directeur d’une école d’Éleusis, centre industriel à l’ouest d’Athènes dévasté par les politiques appliquées depuis 2010. De surcroît, le chômage de masse conduit à l’exode nombre des plus diplômés, dont le contribuable grec a payé la formation et dont la compétence va profiter aux États-Unis, au Canada, à l’Australie ou aux pays d’Europe occidentale vers lesquels s’exilent ces populations qui estiment ne plus avoir d’avenir en Grèce. Parmi les conséquences multiples de ces politiques, il faut également citer les transferts de propriété. C’est le cas pour le patrimoine public et les infrastructures bradés à des prix sans rapport avec leur valeur réelle à des intérêts étrangers, allemands au premier chef, mais aussi français, italiens, chinois… C’est aussi le cas des propriétés privées, soit par le biais des lois imposées par les créanciers qui élargissent les conditions de saisie des biens immobiliers par les banques, soit que beaucoup de propriétaires ne pouvant plus faire face à l’accroissement indéfini de la charge fiscale, du fait de l’épuisement de leur épargne après sept ans de déflation, cherchent à se débarrasser de biens dont la valeur diminue à mesure que l’offre augmente. Dans tous les cas, ces transferts de propriété s’apparentent à un processus de spoliation des Grecs et de la nation dans son ensemble – une spoliation sur laquelle tout gouvernement soucieux de l’intérêt national devra revenir.

Enfin, de même que ces politiques justifiées par une dette excessive ont fait exploser celle-ci, le délire fiscal censé remédier à un rendement insuffisant de l’impôt n’a fait qu’encourager le développement de l’économie informelle. Lorsque les salaires ne suffisent plus pour vivre décemment, lorsque la survie des entreprises est menacée par un excès de taxes, lorsque l’État, déjà historiquement peu légitime en Grèce parce que, trop souvent, il s’est fait, comme aujourd’hui, le docile instrument d’un étranger dominant, est mis, par les politiques européennes, hors d’état de rendre les services qu’on attend de lui et pour lesquels on paye l’impôt, lorsque les politiques en question frappent les faibles et épargnent toujours les forts, il ne faut pas s’étonner que la société se défende avec les armes qui sont à sa disposition.

Avec une consommation intérieure asphyxiée et un euro qui continue à étouffer la production, l’économie grecque n’a pas la moindre chance de rebondir. Constamment démenties depuis sept ans, les prévisions de reprise de l’UE, de l’OCDE ou du FMI pour 2017 sont évidemment insincères et motivées, comme les politiques imposées à la Grèce, par la seule idéologie qui les sous-tend. L’insignifiante « croissance » de 2016 (autour de 0,4 %) n’indique qu’une stabilisation provisoire sur un niveau très bas, due essentiellement à la baisse du taux de change de l’euro (qui reste néanmoins dramatiquement surévalué pour les structures de l’économie grecque), à celle des prix de l’énergie et à la situation géopolitique qui, de l’Égypte à la Turquie ou à la Tunisie, a permis au tourisme grec de tirer son épingle du jeu. Pour autant, hors phénomènes conjoncturels, dans un environnement de pays à monnaies faibles, ce tourisme reste lui aussi gravement handicapé par l’euro, tandis que le développement du « modèle » all inclusive irrigue de moins en moins l’économie locale, à la fois parce que les infrastructures appartiennent souvent à des sociétés non grecques qui ne réinvestissent pas sur place leurs bénéfices, et parce que les salaires, dans l’hôtellerie, ne permettent plus de vivre décemment – quand ils sont encore payés régulièrement.

Lire la suite de l'interview d'Olivier Delorme parue sous le titre Vers le Grexit ? 1/3 - Grèce : l'impasse économique sur le blog L'Arène nue

mardi 21 février 2017

Tribute to Wangui Mbatia

Hi Wangui !

I won't ask you how you are that time.

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I have heard you left us, apparently against your will, what I was surprised about. It's not your way and I had been used, you to be finally released. Maybe there is some mess in Heaven and your views are needed. Afterall, considering the mess on Earth, I wouldn't be surprised it could have some consequences even in that so celebrated Kingdom. They have so many peoples to host : wherever I look around from my place in France to, let's say, the Mediterranean, just to speak from my neighborhood, I feel surrounded by what you helped me to understand from a Kenyan perspective. Dust from your eyes : “Western civilization would be a very good idea” is supposed to have answered Gandi to a journalist.

Even a creature labellized by the Social Forum, Alexis Tsipras, has been turned into a puppet of the Global Inquisition IMF' style, "adjusting" his fellow citizens in a way well-known by your compatriots. Speaking about “stupid cancer” as you said once, social security won't pay if the doctors give you no more than three months to live and an increasing part of the Greeks have anyway no more access to social security, while the Pharma Industry is reluctant to deliver drugs to a bankrupted country (I know, I know, Africans were not given access to that amazing achievement of the Labour struggles, and I would ask a Kenyan Presidency shameless enough to state to have saved your life the very day you passed, when they will save the life of ordinary Kenyans by building hospitals and promoting health rights instead of paying debts to sharks).

Trapped refugees (because our governments trapped them after having destroyed their countries, actually comparing with Kenya we have a very bad record concerning hosting refugees) in the Islands are frozing to death.

Exactly what you had taught me from a Kenyan perspective. The mainstream pundits have also some cultural hypothesis about Greek peoples to explain their situation... I watched back a video from Eric Toussaint, who did a terrific job in Athens with CADTM and a few others, in Jeevanjee' Gardens, explaining colonizing by debt. Apparently you were right, there were some bugs in priorities at the Social Forum (and to tell the truth they turned worst despite all your efforts to fix it preventively at the WSF in Nairobi : we were supposed to build another world and we were unable to stop the destruction of what was worth in it. But "it's a process in progress" quoting the 10 years old mantra). Here in France, we have now plenty of so-called progressists denunciating (in the media and teach-books) colonization in the past but who can't recognize colonization in the present, specially by debt, even on their behalf through the EU. Well, that's not as if we hadn't tried to get visas for Kenyans to travel to Europe to give the Kenyan perspective, which could have been helpful to understand the actual European one! But we never got them, if you remember. I remember I wrote that piece The wall of Schengen is colonizing our minds ... Reading back, I remember also I had hoped we could be an Embassy to lobby in Europe in behalf of citizens who can't travel and protest at the Headquarters of powers who contribute to rule them from outside : governements, II, Corporate, and even NGO's. Nairobi's clerk had the bad surprise to see us at the European Parliament during the customizing Jeevanjee'affair !

But Kenya entered tragic times during the presidential election in 2007. Exactly at the same time, the “Embassy” in Brussels succombed to real estate attacks after a long struggle against the local “socialists” but only “in ten days” (yes you screened the film "In ten years or in ten days" in Kenya, and now ten years have just followed the ten fatidic days), so the quiet poor neighborhood (Belgian standards) could let place to more taxable activities (if ever they pay tax) and my personal utopia of an office in the North runt from the South collapsed.

I feel a bit more like an orphan today. I had dreamt too much. The neighborhood in Brussels doesn't exist anymore, The colonial Museum in Tervuren, where you asked at the desk the list of stolen items from Africa to personaly bring them back home was refurbished, even the Paris train to Berlin doesn't exist anymore.

And you left us.

I wouldn't be surprised if you couldn't buy strawberries at every corner in Rostock anymore.

I remember we were late for the train, you were to travel back to Berlin and from there fly back to Kenya. We had visited the inhabitants of La Coudraie, who were struggling against expulsion (and finally have won) to let place to a Mall. The station was crowded and I lost you at the exit of the tube. I had to climb on the top of the train stop and yell “Wangui” ! Nowadays I would be shooted dead by an anti-terrorist patrol...

Well, it's old story. I have the privilege not having seen you for ten years, so the very lively woman I met will never die and continue to accompagny me and help in the bad moments, when I am losing my sense of humor by fault of the so-called civil society. I suppose it will be the case with all peoples, to whom you gave so much energy and high spirit, helping to turn drama into Monty Pythons' Meaning of life.

I preferred not to mourn you but instead watched one of your favorite movie, Life of Brian. And I heard the enthusiasm and irresistible laughs of a village girl resurrecting my utopia and the bright sight in a very obscure world.

Thanks for all Wangui and rest in peace.

Benoit

mardi 14 février 2017

Pilleurs des tombes des démocraties occidentales

Ces... Macronymies d’un futur orwellien ne sont guère lointaines, dans l’éventualité désastreuse bien évidemment où nous les laisserions s’accomplir comme elles l’entendent, sans que nous réagissions. Sur le site du Forum Économique Mondial, Ida Auken, femme politique au Danemark et... cousine (autant politique) clonée d’Emmanuel Macron (comme de “notre” Tsipras “Newborn”), signe un article qui ne laisse aucun doute quant aux intentions réelles de la caste dominante:

“Bienvenue dans l'année 2030. Bienvenue dans ma ville - ou devrais-je dire, ‘notre ville’. Je ne possède rien. Je ne possède pas de voiture. Je ne possède pas de maison. Je ne possède pas d’appareils ou de vêtements. Ce qui peut vous sembler étrange est cependant parfaitement logique pour nous dans cette ville. Tout ce que vous considérez comme un produit, devient désormais un service. Nous avons accès aux transports, à l'hébergement, à la nourriture et à toutes ces choses dont nous avons besoin dans notre vie quotidienne (...)”

“Et d’abord, la communication numérique est gratuite pour tout le monde. Puis, à partir du moment où l'énergie propre est devenue accessible à tous, les choses ont commencé à bouger rapidement. Le prix des transports a chuté de manière spectaculaire. Il n'a pas plus de sens pour nous de posséder une voiture, parce que nous pouvons appeler un véhicule sans conducteur ou une voiture volante pour nos longs trajets à tout instant. (...) Dans notre ville, nous ne payons pas de loyer, parce que quelqu'un d'autre utilise notre espace libre chaque fois que nous n’en avons pas besoin. Mon salon est utilisé pour des réunions d'affaires aux moments où je suis absente”.

“Une fois de temps à autre, je vais préférer cuisiner pour moi-même. C’est facile - le matériel de cuisine nécessaire est livré à ma porte en quelques minutes. (...) Lorsque les produits sont transformés en services, personne n'a d’intérêt pour que les choses aient une durée de vie courte. Tout est conçu pour la durabilité, la réparabilité et la recyclabilité. (...) Et c’est la mort du shopping”.

“Shopping ? Je ne me souviens alors plus vraiment ce que ce terme signifie. (...) Car à partir du moment où les robots accomplissent une bonne partie de notre travail, nous avons soudainement le temps de bien manger, bien dormir, tout comme de retrouver d'autres personnes. Le concept de l'heure de pointe n’a plus de sens, puisque le travail que nous faisons se réalise alors à tout moment. (...) Certes, de temps en temps je me sens ennuyée du fait de ne pas avoir vraiment de vie privée. Je ne peux rien faire sans être enregistrée. Je sais que quelque part, tout ce que je fais, tout ce que je pense et tout ce dont je rêve, est enregistré en totalité. J'espère simplement que personne n’ira utiliser ces enregistrements (ces données) contre moi”, (Ida Auken, “Welcome to 2030. I own nothing, have no privacy, and life has never been better”, World Economic Forum's Annual Meeting 2017).

Ida Auken appartient en réalité à cette caste des VRP du projet orwellien en gestation. Une fois le dessein accompli, tous ces politiciens auront achevé leur mission de mercenaire et alors ils disparaîtront tout simplement. C’est en ce sens seulement que ces gens, à l’instar d’Emmanuel Macron, d’Alexis Tsipras, de Kyriákos Mitsotakis (droite grecque), “agissent” encore. Ils incarnent les ultimes pilleurs des tombes des démocraties occidentales, “parlements” compris.

Dans le même (nouvel) ordre d’idées, on retrouve le prétendu revenu universel d’existence (forcement en monnaie virtuelle entièrement contrôlée par l’hyperclasse), la disparition de l’argent liquide, la dépossession imposée (en cours déjà en Grèce) à la classe moyenne de tous ses biens immobiliers et autres. En Grèce, on annonce pour 2018 une loi fiscale très... innovante. Toute personne physique signalera obligatoirement dans une liste, l’ensemble de biens dont elle possède, immobiliers, mobiles, argent liquide, pièces d’or, bijoux, œuvres d’art, un peu... à la manière des listes exigées des Juifs par les Allemands dans les années 1940. La suite est connue.

Lire l'article de PANAGIOTIS GRIGORIOU paru sous le titre Macronymies orwelliennes sur son blog GREEKCRISIS

vendredi 10 février 2017

Tfosa Mary Wangui Mbatia (17 juin 1973 - 10 février 2017)

Message from her husband

Tfosa mary wangui mbatia passed on this morning at 8:48 am at st leonards hospital in kericho, we loved you more than words could express but god loved you more than we would ever know, rest in peace my love atleast now you wont have to endure anymore pain

Till we meet again

Yours truly

Polycarp

jeudi 9 février 2017

Les défis pour la gauche dans la zone euro

Voici un texte co-signé par plus de 70 personnes actives dans de nombreux pays d’Europe (voir liste complète en bas de l’article). Ce texte collectif établit une analyse claire des rapports de force dans l’Union européenne et avance une série de propositions radicales mais nécessaires, pour quiconque prétend lutter contre l’austérité, en faveur d’une Europe des peuples et pour la transition écologique.

''Ce qui fait l’importance de ce texte, outre son contenu, est qu’il est co-signé par des personnalités et des militant-e-s de plus de 15 pays européens, provenant de différents horizons : de Podemos et Izquierda Unida au Bloc de Gauche portugais, du Parti de Gauche au NPA en passant par Ensemble ! en France, de l’Unité populaire à Antarsya en Grèce, de la gauche radicale danoise à celle de Chypre en passant par celle de pays comme la Slovénie, la Bosnie-Herzégovine ou la Hongrie. Il est signé par des député-e-s européen-ne-s de différents partis et de différents pays, par le responsable des finances de la Ville de Madrid, par l’ex-présidente du parlement grec, par une série de membres de la commission pour la vérité sur la dette grecque…

Les 10 propositions avancées dans ce texte résultent de l’analyse de la situation en Europe depuis 2010, de l’affrontement entre Syriza et la Troïka – car ce fut bien un affrontement – au premier semestre 2015 et de l’application des politiques d’austérité par Syriza depuis lors, mais aussi des expériences espagnoles, irlandaises ou chypriotes. Les événements récents ont clairement démontré la nécessité pour un gouvernement de gauche d’avoir le courage de désobéir aux injonctions des autorités et des traités européens. Cela doit s’accompagner d’une mobilisation populaire encouragée par le gouvernement et d’une série de mesures fortes : organiser un audit de la dette avec participation citoyenne, mettre en place un contrôle des mouvements de capitaux, socialiser le secteur financier et le secteur de l’énergie, réformer radicalement la fiscalité… Et bien sûr, avoir l’inévitable débat sur la zone euro, dont la sortie est une option qui doit être défendue au moins dans certains pays.''

L’analyse objective des politiques européennes des dernières années nous amène invariablement à cette conclusion : seules des mesures souveraines et unilatérales fortes d’autodéfense permettront aux autorités nationales et aux peuples qui les ont mandatées pour rompre avec l’austérité de mettre en œuvre cette rupture et de donner une première réponse au problème de la dette illégitime.

Lire l'exposé des motifs précédent ces 10 propositions ainsi que la liste des signataires sur le site du CADTM

Dix propositions afin de ne pas reproduire la capitulation que nous avons connue en Grèce

Pour éviter de reproduire la capitulation que nous avons connue en Grèce en 2015, voici dix propositions pour la mobilisation sociale et l’action d’un gouvernement réellement au service du peuple à mettre en œuvre immédiatement et simultanément.

La première proposition est la nécessité, pour un gouvernement de gauche, de désobéir, de manière très claire et annoncée au préalable, à la Commission européenne. Le parti qui prétend, ou la coalition de partis qui prétendent gouverner et, bien sûr, nous pensons à l’Espagne, devront refuser d’obéir, dès le début, aux exigences d’austérité, et s’engager à refuser l’équilibre budgétaire. Il faudra dire : « Nous ne respecterons pas l’obligation décrétée par les traités européens de respecter l’équilibre budgétaire parce que nous voulons augmenter les dépenses publiques pour lutter contre les mesures antisociales et d’austérité, et pour entreprendre la transition écologique ». Par conséquent, le premier point est de s’engager d’une manière claire et déterminée à désobéir. Après la capitulation grecque, il est essentiel d’abandonner l’illusion d’obtenir de la Commission européenne et des autres gouvernements européens qu’ils respectent la volonté populaire. Conserver cette illusion nous conduirait au désastre. Nous devons désobéir.

Deuxième point : S’engager à appeler à la mobilisation populaire. Tant au niveau de chaque pays qu’au niveau européen. Cela aussi a échoué en 2015 en Grèce et en Europe. Il est évident que les mouvements sociaux européens ne furent pas à la hauteur en termes de manifestations, qui certes eurent lieu, mais ne montrèrent pas un niveau suffisant de solidarité avec le peuple grec. Mais il est vrai aussi que l’orientation stratégique de Syriza ne prévoyait pas de faire appel à la mobilisation populaire au niveau européen, ni même de faire appel à la mobilisation populaire en Grèce. Et quand le gouvernement de Tsipras a appelé à la mobilisation par le référendum du 5 Juillet 2015, ce fut pour ensuite ne pas respecter la volonté populaire de 61,5 % des Grecs, qui avaient refusé d’obéir aux exigences des créanciers et avaient rejeté leurs propositions.

Rappelons-nous qu’à partir de la fin février 2015 et jusque fin juin 2015, Yanis Varoufakis et Alexis Tsipras ont fait des déclarations qui visaient à convaincre l’opinion qu’un accord était en vue et que les choses s’arrangeaient. Imaginons au contraire qu’après chaque négociation importante, ils aient expliqué les enjeux, au travers de communiqués, par des déclarations orales aux médias, par des prises de parole sur les places publiques, devant le siège des institutions européennes à Bruxelles et ailleurs. Imaginons qu’ils aient fait la lumière sur ce qui se tramait, cela aurait abouti à des concentrations de milliers ou de dizaines de milliers de personnes, les réseaux sociaux auraient relayé à des centaines de milliers ou des millions de destinataires ce discours alternatif.

Troisième point : S’engager à organiser un audit de la dette avec la participation des citoyens. Les situations dans les 28 pays de l’Union européenne sont différentes, de même bien sûr à l’intérieur de la zone euro. Il y a des pays européens où la suspension des remboursements est une mesure de nécessité absolue et prioritaire, comme dans le cas de la Grèce dans le but de répondre avant tout aux besoins sociaux et de garantir les droits humains fondamentaux. C’est aussi un élément clé d’une stratégie d’autodéfense. En Espagne, au Portugal, à Chypre, en Irlande, cela dépend du rapport de force et de la conjoncture. Dans d’autres pays, il est possible de réaliser d’abord l’audit et ensuite décider de la suspension des remboursements. Ces mesures doivent être mises en œuvre en tenant compte de la situation spécifique de chaque pays.

Quatrième mesure. Mettre en place un contrôle des mouvements de capitaux. Et tenir compte de ce que cela signifie. C’est à dire aller à l’encontre de l’idée selon laquelle il serait interdit aux citoyens de transférer quelques centaines d’euros à l’étranger. Il est évident que les transactions financières internationales seront autorisées jusqu’à un certain montant. Par contre, il s’agit de mettre en place un contrôle strict sur les mouvements de capitaux au-dessus de ce montant.

Cinquième mesure : Socialiser le secteur financier et le secteur de l’énergie. Socialiser le secteur financier ne consiste pas seulement à développer un pôle bancaire public. Il s’agit de décréter un monopole public sur le secteur financier, à savoir les banques et les sociétés d’assurance. Il s’agit d’une socialisation du secteur financier sous contrôle citoyen. C’est-à-dire transformer le secteur financier en service public |10|. Dans le cadre de la transition écologique, bien sûr, la socialisation du secteur de l’énergie est également une mesure prioritaire. Il ne peut y avoir de transition écologique sans monopole public sur le secteur de l’énergie, tant au niveau de la production que de la distribution.

Proposition numéro six : Création d’une monnaie complémentaire, non convertible et l’inévitable débat sur l’euro. Que ce soit dans le cas d’une sortie de l’euro ou d’un maintien dans la zone euro, il est nécessaire de créer une monnaie complémentaire non convertible. Autrement dit, une monnaie qui sert, en circuit court, aux échanges à l’intérieur du pays. Par exemple, pour le paiement de l’augmentation des retraites, des augmentations de salaire aux fonctionnaires, pour le paiement des impôts, pour le paiement des services publics ... Utiliser une monnaie complémentaire permet de se détacher et de sortir partiellement de la dictature de l’euro et de la Banque centrale européenne.

Bien sûr, on ne peut pas éviter le débat sur la zone euro. Dans plusieurs pays, la sortie de la zone euro est également une option qui doit être défendue par les partis, les syndicats, d’autres mouvements sociaux. Plusieurs pays de la zone euro ne pourront pas réellement rompre avec l’austérité et lancer une transition écosocialiste sans quitter la zone euro. Dans le cas d’une sortie de la zone euro, il faudrait soit mettre en œuvre une réforme monétaire redistributive soit appliquer un impôt exceptionnel progressif au-dessus de 200 000 €. Cette proposition ne concerne que le patrimoine liquide, elle ne concerne donc pas le patrimoine immobilier (maisons, etc.) évoqué dans la septième mesure.

La septième mesure : une réforme radicale de la fiscalité. Supprimer la TVA sur les biens et les services de consommation de base, comme la nourriture, l’électricité, le gaz et l’eau (pour ces trois derniers, jusqu’à un certain niveau de consommation par individu), et d’autres biens de première nécessité. Par contre, une augmentation de la TVA sur les biens et les produits de luxe, etc. Nous avons aussi besoin d’une augmentation des impôts sur les bénéfices des entreprises privées et des revenus au-dessus d’un certain niveau. Autrement dit, un impôt progressif sur les revenus et sur le patrimoine. La maison d’habitation devrait être exonérée d’impôt en dessous d’un certain montant qui varie en fonction de la composition du foyer. La réforme de la fiscalité doit produire des effets immédiats : une baisse très sensible des impôts indirects et directs pour la majorité de la population et une augmentation très sensible pour les 10 % les plus riches et pour les grandes entreprises. Enfin, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale serait intensifiée.

Huitième mesure : Déprivatisations. « Racheter » les entreprises privatisées pour un euro symbolique. Ainsi, de ce point de vue, utiliser l’euro pourrait s’avérer très sympathique, en payant un euro symbolique à ceux qui ont profité des privatisations. Et renforcer et étendre les services publics sous contrôle citoyen.

Neuvième mesure : La mise en œuvre d’un vaste plan d’urgence pour la création d’emplois socialement utiles et pour la justice. Réduire le temps de travail avec maintien des salaires. Abroger les lois antisociales et adopter des lois pour remédier à la situation de la dette hypothécaire abusive, des dispositions qui concernent en priorité des pays comme l’Espagne, l’Irlande, la Grèce... Cela pourrait très bien se résoudre par la loi, en évitant des procès (car il y a de nombreux procès sur la dette hypothécaire où les ménages sont confrontés aux banques). Un Parlement peut décréter par une loi l’annulation des dettes hypothécaires inférieures à 150 000 euros par exemple et mettre ainsi un terme à des procédures judiciaires. Il s’agit aussi de mettre en œuvre un vaste programme de dépenses publiques afin de relancer l’emploi et l’activité socialement utile en favorisant les circuits courts.

Dixième mesure : Entamer un véritable processus constituant. Il ne s’agit pas de changements constitutionnels dans le cadre des institutions parlementaires actuelles. Il s’agirait de dissoudre le parlement et de convoquer l’élection au suffrage direct d’une Assemblée constituante. Et de rechercher à insérer ce processus dans d’autres processus constituants au niveau européen.

Ce sont dix propositions de base à soumettre au débat. Mais une chose est certaine, les mesures à prendre doivent aller à la racine des problèmes et elles doivent être appliquées simultanément car il faut un programme cohérent. En l’absence de la mise en œuvre de mesures radicales annoncées depuis le début, il n’y aura pas de rupture avec les politiques d’austérité. Il est impossible de rompre avec les politiques d’austérité sans prendre des mesures radicales contre le grand capital. Ceux qui pensent que l’on peut éviter cela sont des « enfumeurs » qui ne pourront pas obtenir de réelles avancées concrètes. Au niveau européen, la nature de l’architecture européenne et l’ampleur de la crise du capitalisme font qu’il n’y a pas de réel espace pour des politiques productivistes néo-keynésiennes. L’écosocialisme ne doit pas être à la marge mais au cœur du débat, d’où doivent venir les propositions immédiates et concrètes. Il faut mener à bien la lutte contre l’austérité et se lancer sur le chemin de l’anticapitalisme. La transition écosocialiste est une nécessité absolue et immédiate.

Wangui a besoin d'être opérée d'urgence

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Mon amie Wangui Mbatia Nyauma, dont les participants au Forum Social mondial de Nairobi se souviennent sûrement, a été opérée il y a trois ans dans une clinique de Mumbaï d’un cancer extrêmement rare et particulièrement redoutable (vésicule biliaire) grâce notamment à la solidarité financière organisée par ATTAC Germany. Les infrastructures sanitaires du Kenya et l’accès aux soins sont en effet particulièrement réduits au Kenya, ce qui devrait encore plus nous inciter à nous mobiliser pour un droit à la santé et une sécurité sociale pour tous.

Aujourd’hui, les sutures internes à l’abdomen se sont rouvertes et nécessitent une nouvelle intervention d’urgence.

Comme il y a trois ans, outre la récolte de fonds au Kenya, nos amis allemands se mobilisent pour réunir les fonds nécessaires.

M. Alexis Schwartz a mis en place un compte en Allemagne à cette fin :

IBAN :DE52430609672008093300

BIC : GENODEM1GLS (GLS Gemeinschaftsbank)

Communication : Wangui

On peut le contacter par message privé sur FB

Voir le site qui avait été ouvert en 2013 afin de financer l'opération

Wangui est mariée et a une petite fille.

mardi 7 février 2017

François Fillon partisan du salaire à vie !!!

François Fillon vient de faire une énorme avancée pour la socialisation totale des profits, exigée par le Réseau salariat, en justifiant la rémunération de sa femme Pénélope sur la base de sa qualification Et de l'utilité de son travail choisi.

Il ne reste plus sur la base de cette expérience intime du salariat qu'à poser le principe de sa généralisation pour être élu. Car dès lors : Tout sera pardonné et même Mélenchon pourra aller se rhabiller !

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mardi 24 janvier 2017

"Plainte" contre l'échangisme bancaire public-privé

Après un premier échec "faute de preuves" en 2012, une nouvelle "plainte" du CEO pour conflit d'intérêts de membres prééminents de la banque centrale européenne est instruite par le "Médiateur européen". Celui-ci n'a évidemment pas les moyens de poursuivre. Ce type de "plaintes" a donc un intérêt essentiellement médiatique, et on note quelques bonnes reprises dans la presse, permettant au public de se faire une idée au service de quels intérêts agit la BCE. Pour autant, il ne faudrait pas que le dit-public pense qu'un système de contre-pouvoirs existe au sein de l'UE permettant de nous protéger de la rapacité des intérêts privés à l'origine du hold-up qui a suivi le crash de 2008, provoqué par ces mêmes intérêts aux commandes. Le système a en effet été conçu dans le but opposé, et en grande partie façonné par ces lobbies (note du Concierge).

Les scandales n’épargnent pas l’état-major de la Banque Centrale Européenne. (BCE/ECB), dont l’implication dans le « Club des 30 » est devenue étroite. Suite à une plainte du Corporate Europe Observatory (CEO) le médiateur européen a ouvert une nouvelle enquête sur cette proximité entre la BCE et le groupe des 30 composé d’économistes, de banquiers centraux et de nombreux fondés de pouvoir des plus grandes firmes financières mondiales.

Les recherches du CEO ont montré un important manque de distance critique entre les organes dirigeants de la BCE et les banquiers privés au sein du G30. Dans la mesure où la BCE est chargée de réguler et superviser les autres banques centrales de l’eurozone, tout conflit d’intérêt, supposé ou réel met gravement en cause l’intégrité de la BCE. Mario Draghi, le Président de la BCE, est visé au premier chef par la plainte, en tant que membre à part entière du G30, mais d’autres membres des organes dirigeants de la banque sont également visés, parmi lesquels Julie Dickson qui siège au Conseil de surveillance.

Lire l'intégralité du communiqué de presse

Lire l'analyse du CEO "Les lobbies reconduits à la tête de la BCE" datant de 2011

Lire Les Banquiers au coeur des sommets de l'Union européenne sur le rôle du secteur financier dans l'architecture construite à la suite du crash de 2008

Lire un exemple de politique monétaire au service des multinationales : La Banque centrale européenne subventionne le réchauffement climatique

mardi 10 janvier 2017

Le Musée de l'Europe "souhaite la victoire" de Valls... à la primaire !

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« On commence par dire que l’euro ce n’est plus possible, demain on remet en cause les frontières… Je ne sais pas où ça s’arrête », a déploré M. Hamon. « Je pense que Jean-Luc, comme Arnaud, comme d’autres, sont solides sur leurs convictions, mais il faut faire attention que les concepts que l’on manipule ne conduisent pas à ce que nos électeurs choisissent d’aller voter Front national au motif que l’on aurait entretenu une forme d’euroscepticisme », a poursuivi le député des Yvelines, jugeant « important de redire qu’aujourd’hui on peut être dans la coopération en Europe et dans le progrès social à la fois ».

« Je ne veux pas être un de ceux qui ferment la porte et éteignent la lumière en disant “l’Europe c’est terminé”. Je ne briserai pas le projet européen », a encore assuré l’ancien ministre de l’éducation, à l’issue d’un déjeuner avec M. Varoufakis.

« Il y a une troisième voie »

L’ancien ministre grec, pourfendeur de l’austérité en Europe, est aujourd’hui à la tête de DIEM 25, un « mouvement pour la démocratie en Europe » qui plaide pour « la création d’une internationale progressiste », opposée à « l’internationale nationaliste ». « C’est à Benoît (Hamon), Arnaud (Montebourg), Emmanuel Macron, Jean-Luc (Mélenchon), de répondre à nos propositions et de dire dans quelle mesure ils sont d’accord avec les positions de DIEM 25 », a-t-il ajouté.

Le Monde

L'impayable Varoufakis a encore frappé ! Mais ce faisant, il contribue à clarifier une situation politique, qui pour être claire ne l'est toujours pas pour tout le monde.

D'un point de vue purement électoraliste la "gauche" ne peut espérer gagner la présidentielle que représentée par un seul candidat. Le mieux placé est évidemment Mélenchon. Valls étant clairement de droite tout comme Macron, leurs candidatures s'ajouteraient logiquement aux autres candidatures de droite, éparpillant les voix.

Si des électeurs sont prêts à voter pour Montebourg et pas pour Mélenchon, on les rangera bien évidemment à droite.

Benoît Hamon et Varoufakis font ici une magnifique opération de transparence : comme Syriza ils sont prêts à sacrifier les gens ordinaires au nom de l'UE et se présentent en recours, troisième voie... auprès de ceux qui ont le pouvoir de coopter les gouvernements.

Certes, Jean-Luc Mélenchon est tout sauf clair sur l'UE. Mais candidat unique à "gauche", l'opportunité d'une pression sociale immense sur le candidat deviendrait posible.

Là où l'ambition raisonnable ne serait que de créer une opposition socialiste à un gouvernement de droite, dont il serait le leader, réalisation d'une ambition tenue en échec au sein du Parti qu'il a quitté, l'alternative d'élimination des Montebourg, Hamont et Peillon à une primaire où personne n'irait voter ouvrirait enfin une perspective où la pression populaire pourrait obtenir quelque chose.

Pour cette raison, le Musée de l'Europe "souhaite la victoire" de Valls... à la primaire. Personne ayant juré de "ne plus voter socialiste" ne doit voter à cette primaire !

Le Concierge

lundi 9 janvier 2017

"La sociologie électorale de Podemos est limpide"

Pourtant, Podemos inspire, notamment en France. Par exemple, Jean-Luc Mélenchon semble se revendiquer à son tour et à la suite d'Iglesias de la philosophe Chantal Mouffe. Il est devenu « Youtubeur », comme Pablo Iglesias animait La Tuerka, une web télé…

Je peux comprendre ce qui a séduit dans le mouvement. Après tout, il semblait vouloir court-circuiter les institutions établies pour s’adresser directement au peuple – ce qui ressemble être du populisme dans le bon sens du terme, soit une politique venue du peuple et faite véritablement pour lui. Mais pour ce faire, il faut encore savoir à quel « peuple » l’on s’adresse. Or, Podemos a un électorat bien précis, à la fois socialement et géographiquement et, pour des raisons politiques et idéologiques, il a choisi de ne courtiser que cet électorat et de ne prendre de décisions que pour lui. La plupart des études réalisées, notamment par le CIS (Centre des Recherches sociologiques), montrent clairement que ce ne sont pas les plus démunis qui votent pour Podemos (ou pour Unidos Podemos, la coalition qu’il forme avec la Gauche unie, sorte de Front de Gauche à l’espagnole). Les citoyens dont les revenus dépassent les 4 500 euros mensuels votent en moyenne à 31 % pour la formation de Pablo Iglesias (et à 11,5 % pour le PP), tandis que le soutien envers Podemos tombe en-dessous des 15 % chez les personnes touchant entre 600 et 900 euros par mois (c’est-à-dire autour du salaire minimal, qui s’élève à 764,40 euros par mois en 2016), contre 21 % pour le PP. La sociologie électorale de Podemos est limpide, puisqu’elle repose pour l’essentiel sur les jeunes urbains (entre 18 et 35 ans) les mieux formés, souvent plus aisés, ayant suivi des études universitaires, ayant voyagé et n’étant pas réellement attachés à leur pays – pas plus qu’à la notion de nation en général.

Par ailleurs, au niveau géographique, Podemos et ses alliés font le plein dans l’Espagne périphérique – c’est-à-dire la Catalogne, le Pays basque, la Navarre, la Communauté de Valence et, dans une moindre mesure, les Baléares et la Galice. Par « Espagne périphérique », il ne faut surtout pas comprendre « Espagne défavorisée » puisqu’il s’agit, à l’exception de la Galice (et en partie de la Navarre), d’une Espagne plutôt riche et urbaine surtout désireuse de renforcer les privilèges déjà arrachés à l’État central. En réalité, Podemos est surtout le parti de ceux qui se reconnaissent dans une gauche « radicale » et pensent que Pablo Iglesias pourra les mener efficacement à l’indépendance de facto ou de jure de leur communauté autonome. Les dirigeants de Podemos n’ont d’ailleurs jamais caché leur soutien aux régionalistes et aux séparatistes de tout poil.

Si l’on se penche sur une carte des derniers résultats électoraux en Espagne, le bilan est facile à tirer : en dehors du cœur de l’agglomération madrilène (zone riche, dynamique et urbaine), qui leur est plutôt favorable, les podemitas ne séduisent guère dans le centre de l’Espagne. De la même façon, ils sont à la traîne dans les régions périphériques plus défavorisées (Région de Murcie, Andalousie, Canaries, Asturies). C’est pourtant dans ces zones que se trouvent les plus pauvres des Espagnols, ceux qui bénéficient le moins des avantages matériels offerts par la mondialisation – je pense notamment aux zones rurales de Castille-et-León, de Castille-La Manche, d’Aragon et d’Estrémadure. Ces régions sont centrales géographiquement mais périphériques économiquement et politiquement – et elles n’intéressent pas Podemos, puisqu’elles tournent le dos à cette formation (même si l’on note des exceptions locales, comme l’agglomération de Cadix, en Andalousie).

Faut-il renoncer à espérer que Podemos prône un jour la sortie de l’Union européenne pour l’Espagne comme le font de nombreux mouvements populistes dans d’autres pays de l’UE ?

Honnêtement, je n'y crois guère. Et si un tel bouleversement a lieu, ce sera avec d’autres dirigeants et des bases idéologiques radicalement différentes. En dehors de Juan Carlos Monedero, né en 1963 (mais qui ne fait plus partie du bureau politique de la formation), les principales figures de proue de Podemos sont nées dans les années 70 ou 80, ont grandi avec l’Union européenne, l’ouverture des frontières, la libre circulation des personnes, la dilution progressive des États-nations traditionnels, etc. Quand bien même ils pourraient en critiquer les orientations libérales, les responsables de ce parti ont un profond attachement à l’idée même d’Union européenne et ils l’ont toujours rappelé avec véhémence.

Bien entendu, ceux qui ont présenté Podemos comme un dangereux parti bolchevique prêt à faire la révolution prolétarienne à tout instant (c’est-à-dire tous les adversaires de droite du parti) ont aussi affirmé pendant des mois que l’élection de Pablo Iglesias à la tête du gouvernement espagnol supposerait une rapide sortie de l’Espagne de l’Union européenne. On l’a entendu aussi bien dans la bouche d’hommes politiques espagnols (comme Mariano Rajoy) que dans celle de journalistes de nombreux pays. Cela me semble ridicule : Iglesias et ses partisans n’ont eu de cesse que de rappeler qu’ils n’étaient pas opposés à l’idée même d’UE. Ils réclament cependant une autre Europe, une « Europe sociale », une « Europe des travailleurs », etc., de vieilles lunes dont on sait ce qu’il faut penser. L’Union européenne est comme elle est (libérale, antidémocratique, etc.) non pas par un accident de l’histoire, par la volonté néfaste des dirigeants des vingt dernières années ou par une fâcheuse déviation de ses objectifs initiaux : elle a été conçue pour devenir ce qu’elle est devenue. Et je ne suis pas sûr que les responsables et une bonne partie des électeurs de Podemos finissent par le comprendre. Ils ont un profond blocage psychologique et idéologique à ce sujet.

Extrait de l'entretien avec Nicolas Klein conduit par Alexandre Caral et publié sous le titre "Espagne : « ceux qui croient que Podemos remettra en cause l'Union européenne se trompent », entretien avec Nicolas Klein" paru sur le blog l'Arène nue.

Lire aussi : Qu’on se le dise : les classes sociales n’existent pas

et

Un rassemblement de classes moyennes?

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