Musée de l'Europe et de l'Afrique

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mardi 12 mars 2019

Les origines économiques de l’autoritarisme d’Emmanuel Macron

pause21.gif illus. Le Mariage d'Art & Entreprise (collections du Musée de l'Europe)

(...) L’hybridation du système français correspondait à un équilibre social. Le détruire laisse nécessairement place au conflit. D’autant qu’Emmanuel Macron a, pour mener sa « révolution », ou plutôt sa destruction de ce système, surestimé l’ampleur de son soutien en se prévalant des élections présidentielle et législatives de 2017. Mais ces deux scrutins n’ont guère apporté de soutien clair à ses choix économiques. Le 5 mai, le scrutin a d’abord été un vote de rejet de l’extrême droite, tandis que les législatives sont souvent marquées par un « légitimisme » en faveur du chef d’Etat élu, qui ne s’est jamais démenti depuis 2002, et par une forte abstention.

La réalité est que le socle de soutien à cette politique économique présidentielle est réduit à ce que Bruno Amable et Stefano Palombarini appellent « le bloc bourgeois ». Un bloc qui n’est pas majoritaire, à la différence de ce que l’on observe dans les pays du nord de l’Europe, mais qui, système électoral oblige, peut l’emporter compte tenu de la division du bloc adverse. Sauf que ce bloc adverse peut faire front pour s’opposer à la politique de destruction du modèle français. C’est là que l’on en est désormais : un face-à-face violent et sans compromis possible, parce que l’essence même du système français est en jeu et que le régime électoral n’a pas pu clairement expliciter le choix de la majorité sur ce sujet.

Mais pour Emmanuel Macron, céder est impossible. Ce serait non seulement renoncer à son identité politique, mais aussi échouer à une épreuve essentielle, une forme de « baptême néolibéral ». « Les néolibéraux mettent en évidence la nécessité de passer outre les décisions populaires lorsqu’elles contreviennent à ce qui est vu comme un principe supérieur », écrit Quinn Slobodian. Assumer son impopularité, c’est se montrer capable de défendre la vérité envers et contre tout.

Il y a là une forme de fanatisme dans lequel on prouve sa capacité par son opposition à son propre peuple. On a vu des postures de ce genre dans toute l’Europe durant la crise de la dette : au Portugal, en Grèce, en Italie ou en Espagne. Pour Emmanuel Macron, c’est une façon de construire sa stature internationale, de montrer qu’il peut « réformer » ces Gaulois irréformables. C’était ce qui impressionnait tant les médias anglo-saxons au début du quinquennat.

Mais si céder est impossible, comment « passer outre » la résistance de la société française ? Quinn Slobodian décrit comment, à partir des années 1980, ont été construites des structures internationales capables de soumettre les États à l’ordre néolibéral : l’OMC, le FMI, l’UE, les marchés financiers… Lorsqu’un État décidait de changer de politique, cette pression « externe » le ramenait à la raison. Mais la France ne prête guère le flanc à ce genre de pression. La France n’a pas à craindre ses créanciers. Les marchés ont soutenu son modèle hybride et ne s’inquiètent guère du mouvement des gilets jaunes, ce qui rend, du reste, toute menace de l’UE peu crédible, à la différence du cas italien. Bref, cette option ne fonctionne pas.

Par ailleurs, Emmanuel Macron ne peut guère s’appuyer sur une prétendue « efficacité » de ses recettes économiques. Aucune de ses réformes, pas davantage que les précédentes, n’ont été en mesure de rendre la France plus solide économiquement, bien au contraire. En brisant le subtil équilibre entre État, consommateurs et entreprises et en faisant un mauvais diagnostic, centré sur l’attractivité et la compétitivité coût, il l’a plutôt affaiblie. Dès lors, la politique de « compensations » mise en place n’a guère porté ses fruits, d’autant qu’elle a été timide. Et les 10 milliards d’euros annoncés en décembre ne devraient pas tellement changer la donne, dans la mesure où les « réformes » atteignent le cœur du système français et donc de la confiance des ménages : l’emploi, la retraite, le chômage, le logement. On peut prétendre, comme le font les néolibéraux, qu’il en faut « encore plus », et c’est, du reste, ce que prétend le président de la République. Mais cette stratégie de la « fuite en avant » permanente est peu convaincante.

Incapable de prouver l’efficacité de sa politique, Emmanuel Macron n’a plus qu’une seule carte en main pour imposer sa « vérité » : celle de l’abus d’autorité. Une carte que le régime actuel, régime personnalisé dont le berceau est une guerre sanglante, lui permet de jouer aisément. Puisque le président de la République connaît la vérité, sait quelle est la bonne voie pour la France, il a le devoir, pour le bien de la France, de mener le pays dans cette voie, contre le désir du pays lui-même. Il lui faut faire le bonheur de « son » peuple malgré lui. Et cela vaut bien de le secouer, par une limitation du droit de manifester, par une tentation de contrôler la « neutralité » de la presse (donc son acceptation de la « vérité » néolibérale) et par une répression des mouvements d’opposition.

La certitude d’Emmanuel Macron d’agir pour le bien du pays et d’être guidé par une vérité transcendantale a de quoi fondamentalement inquiéter. Le néolibéralisme est actuellement sur la défensive. La crise de 2008 et ses suites, son inefficacité à relancer la croissance et à gérer la transition écologique tendent à le remettre en question.

Les grandes organisations internationales remettent en cause certains de ses dogmes comme la libéralisation du marché du travail, la « théorie du ruissellement », la liberté des capitaux… Ce qui se joue aujourd’hui, c’est une crise de régime économique, au sens de celle que l’on a connue dans les années 1930 et 1970. Dans ce contexte, la tentation autoritaire du néolibéralisme se renforce.

En février dernier, Dani Rodrik, l’économiste étasunien d’origine turque, professeur à Harvard, signalait que les démocraties libérales n’étaient pas menacées uniquement par un glissement vers la « démocratie illibérale », danger souvent agité. Un autre existe : « les libéralismes non démocratiques ». Cette idée a été développée par un autre chercheur de Harvard, Yascha Mounk, dans un chapitre de son ouvrage Le Peuple contre la démocratie, traduit aux éditions de l’Observatoire. Il s’agit d’un système où les vraies décisions sont soumises à des règles non choisies, issues de principes non démocratiques définis par l’ordre économique, et où le pouvoir se doit d’assurer l’obéissance des États à ces lois, s’il le faut au prix des libertés fondamentales. C’est vers un tel destin que la France semble désormais se diriger.

Extrait de l'article de Romaric Godin paru initialement sur Mediapart à lire en intégralité sur le site Europe Solidaire Sas Frontières

Lire aussi "Loi « anti-casseurs » : un point de non-retour dans la restriction des libertés pourrait être franchi" sur le site de BastaMag

dimanche 10 mars 2019

Les fusibles ne sont pas éternels...

Pourtant, la dimension sociale, voire celle de classe elle y est, et alors entière. La directrice locale d’un établissement appartenant à une enseigne grecque de supermarché, a récemment adressé un courrier à “ses” employés, courrier dont le contenu a pu être divulgué aussitôt dans la presse. “Vous devriez sourire aux clients car même ceux qui parmi vous gagnent 300€ par mois, ils doivent se rendre compte des réalités: 300€ c’est 300% de plus... que zéro”, presse grecque du 5 mars 2019. Bien entendu, devant le scandale et l’indignation provoqués depuis, cette directrice... présentée comme étant particulièrement locale, elle a été licenciée en pur marketing alors d’urgence, presse grecque du 8 mars. C’est bien connu, les fusibles ne sont pas eternels, contrairement aux inégalités, aux injustices et aux autres rapports de force.

Temps anciens et temps nouveaux... visiblement entremêlés. La presse s’en occupe à sa manière, lorsqu’elle ne s’attarde pas sur les belles prises des caïques de l’Égée, ou sur les repas de fête chez les moines du Mont-Athos, justement pour ne pas remâcher sur la politique. Temps dont il est question chez André-Jean Festugière, et notamment à travers les pages de son “Épicure et ses dieux”, datant certes de 1946. Il renvoi dans son œuvre à cette (autre) mutation, entre l’époque des cités démocratiques (surtout Athènes) de la période classique, et celle des Empires, Macédonien d’abord, Hellénistiques ensuite et enfin Romain. Un choc... ayant fini par être bien gobé chez le commun des mortels.

“L’homme, avec sa conscience propre et ses besoins spirituels, ne débordait pas le citoyen: il trouvait tout son épanouissement dans ses fonctions de citoyen. Comment ne pas s’apercevoir que, du jour où la cité grecque tombe du rang d’État autonome à celui de simple municipalité dans un État plus vaste (Empire), elle perd son âme? Elle reste un habitat, un cadre matériel: elle n’est plus un idéal. Il ne vaut plus la peine de vivre et de mourir pour elle. L’homme dès lors, n’a plus de support moral et spirituel. Beaucoup, à partir du IIIe siècle, s’expatrient, vont chercher travail et exploits dans les armées des Diadoques ou dans les colonies que ceux-ci ont fondées. Bientôt, à Alexandrie d’Égypte, à Antioche de Syrie, à Séleucie sur le Tigre, à Éphèse, se créent des villes relativement énormes pour l’Antiquité (2 à 300.000 habitants) ; l’homme n’est plus encadré, soutenu, comme il l’était dans sa petite patrie où tout le monde se connaissait de père en fils. Il devient un numéro, comme l'homme moderne, par exemple à Londres ou à Paris. Il est seul, et il fait l'apprentissage de sa solitude. Comme va-t-il réagir ?” (André-Jean Festugière, “Épicure et ses dieux”, 1946).

Lire l'intégralité de la chronique de Panagiotis Grigoriou, parue sous le titre Les limites de l’âme sur son blog Greek Crisis

Le Jockey de l'oligarchie ?

jockey.PNG Cliquer sur l'image pour voir François Ruffin in the medias (surtout le début et la fin parce que le milieu c'est narcisso-déliresque, limite "En Marche !"...)

samedi 9 mars 2019

Quand Coca-Cola s’immisce au Conseil de l’Union européennne

L’ONG foodwatch s’insurge du parrainage de la présidence roumaine de l’UE par Coca-Cola. La multinationale milite par ailleurs contre une nouvelle législation sur le sucre.

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Les photos peuvent surprendre : des sigles Coca-Cola étaient partout lors d’un événement de la présidence roumaine du Conseil de l’UE. Ce n’est pourtant pas la première fois. Les entreprises peuvent sponsoriser ces événements, et Coca-Cola avait déjà conclu un accord avec la présidence polonaise en 2011. Cette fois-ci, la firme est « partenaire platine », statut réservé aux entreprises qui sponsorisent la présidence à hauteur de 40 000 euros et lui donne le droit d’exhiber son matériel promotionnel.

Cela ne rend pas la présence de multinationales à des sommets politiques de haut niveau plus facile à accepter pour autant. Surtout à l’approche d’élections marquées par une défiance croissante vis-à-vis des institutions et de leur indépendance.

Et surtout quand il s’agit de Coca-Cola, à quelque mois d’une révision de la législation alimentaire, qui pourrait se pencher sur l’idée de taxes sur le sucre, ainsi que de débats sur l’étiquetage nutritionnel sur les emballages des denrées alimentaires.

L’ONG a donc lancé une pétition en Allemagne, en France et au Pays-Bas, pour demander au président du Conseil, Donald Tusk, de mettre en place des règles empêchant tout possible conflit d’intérêts à l’avenir. Dans une lettre ouverte à Donald Tusk et Viorica Dăncilă, la Première ministre roumaine, foodwatch demande aussi l’arrêt du partenariat.

« Ce parrainage par Coca-Cola de l’une des principales instances politiques d’Europe est tout simplement choquant. Les conflits d’intérêts et l’influence d’un tel sponsoring par un poids lourd de la malbouffe sur l’agenda politique européen et, en fin de compte, sur le contenu de nos assiettes sont inacceptables », estime Karine Jacquemart, directrice générale de foodwatch France.

« Le site de la présidence roumaine souligne que ‘la présidence doit, par définition, être neutre et impartiale dans l’exercice de son mandat’. Cette neutralité ne concerne pas seulement les différents pays européens, mais devrait également s’appliquer plus largement au service des intérêts des citoyens européens. La neutralité face à l’influence des intérêts des entreprises, par exemple, doit être strictement respectée. Même l’apparence de conflit d’intérêts doit être évitée », estime l’organisation dans sa lettre ouverte. Celle-ci souligne les conflits d’intérêts potentiels, notamment en termes de lutte contre l’obésité, et soumet une série de question au Conseil.

Une réaction excessive, selon la présidence roumaine, qui souligne que ce partenariat respecte le droit national et les critères que s’est fixé Bucarest, notamment en termes d’impact sur le marché du travail.

« En outre, les partenariats convenus, qui facilitent l’organisation des événements, n’ont en aucune manière un impact ou une influence sur la manière dont nous remplissons notre rôle de présidence du Conseil de l’Union européenne », assure une porte-parole.

Du côté du Conseil, Donald Tusk n’a pas souhaité réagir. Son service de presse indique qu’aucune règle ne limite ce type de partenariats et que cela ne révèle pas du Conseil.

« Je suis complètement consterné », déclare quant à lui Dennis De Jong, vice-président du groupe GUE/NGL, qui a soumis une demande d’éclaircissement au Conseil. Pour lui, ce type de parrainage devrait être tout simplement interdit, quitte à réduire les coûts de l’organisation d’événements et sommets. « Si nous voulons que les citoyens aient confiance dans le processus décisionnel européen, il faut éviter toute affiliation avec des entreprises commerciales », martèle-t-il.

« En ce qui concerne la transparence, nous travaillons toujours à un accord interinstitutionnel sur le registre de transparence. Il est très difficile de parvenir à un accord en ce qui concerne les représentations permanentes, mais nous semblons d’accord sur le fait que dans le cas des présidences, le registre devrait être applicable, c’est-à-dire que toutes les réunions avec les lobbyistes seront publiées », explique-t-il, tout en insistant : « la transparence ne suffit pas, nous devrions interdire totalement ces parrainages ».

« Il est très difficile de croire que si les ministres sont entourés de gadgets et de boissons portant le logo Coca-Cola, ils ne seront pas influencés directement ou indirectement. Il est bien connu que Coca-Cola est engagé dans un lobbying important sur ou contre la législation européenne en matière de sécurité alimentaire et de santé. Il y a donc de véritables intérêts en jeu et tout conflit d’intérêts doit être évité », conclut l’eurodéputé.

Source : Euractiv

mercredi 6 mars 2019

Frais comme l'eau sous la rame...

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Capture_d_e_cran_2019-03-06_a__03.59.59.png Cliquer pour voir quelques oeuvres d'Andrew Webb

Bon voyage Andrew, on arrive !

Faut-il avoir peur de sortir de l'euro ? L'exemple du référendum suédois...

Capture_d_e_cran_2019-03-06_a__00.19.32.png Cliquer sur l'image pour voir cette vidéo d'éducation populaire, et néanmoins fasciste et complotiste...

mardi 5 mars 2019

Dialogue avec mon Gilet Jaune

Le Musée de l'Europe & de l'Afrique inaugure sa nouvelle rubrique "C'est pas du Usul !" avec un reportage de l'excellent Trouble Fait.

Capture_d_e_cran_2019-03-05_a__17.22.08.png Cliquer sur l'image pour voir le reportage

dimanche 3 mars 2019

Exercice illégal de la politique...

"Pour faire comprendre que je ne suis pas dans la spéculation pure, j'évoquerai simplement l'usage que certains hommes politiques font de l'accusation d'irresponsabilité lancée contre les profanes qui veulent se mêler de la politique : supportant mal l'intrusion des profanes dans le cercle sacré des politiques, ils les rappellent à l'ordre comme les clercs rappelaient les laïcs à leur illégitimité. Par exemple, au moment de la Réforme, un des problèmes venait de ce que les femmes voulaient dire la messe ou donner l'extrême-onction. Les clercs défendaient ce que Max Weber appelle leur « monopole de la manipulation légitime des biens de salut » et dénonçaient l'exercice illégal de la religion. Quand on dit à un simple citoyen qu'il est irresponsable politiquement, on l'accuse d'exercice illégal de la politique. Une des vertus de ces irresponsables - dont je suis - est de faire apparaître un présupposé tacite de l'ordre politique, à savoir que les profanes en sont exclus. La candidature de Coluche fut l'un de ces actes irresponsables. Je rappelle que Coluche n'était pas vraiment candidat mais se disait candidat à la candidature pour rappeler que n'importe qui pouvait être candidat. Tout le champ médiatico-politique s'était mobilisé, par-delà toutes les différences, pour condamner cette barbarie radicale qui consistait à mettre en question le présupposé fondamental, à savoir que seuls les politiques peuvent parler politique. Seuls les politiques ont compétence (c'est un mot très important, à la fois technique et juridique) pour parler de politique. Il leur appartient de parler de politique. La politique leur appartient. Voilà une proposition tacite qui est inscrite dans l'existence du champ politique."

Pierre Bourdieu, in Propos sur le champ politique (11 février 1999), Presses universitaires de Lyon, 2000, p.55-56, aussi in, Interventions. Science sociale et action politique, Agone, 2002, p. 163

mercredi 27 février 2019

COMMISSION EUROPÉENNE : PAS ASSEZ DE RÉFORMES EN GRECE !

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Un rapport de conformité de la Commission européenne qui doit être publié mercredi devrait envoyer un message sévère au gouvernement grec pour intensifier ses efforts de réforme économique qui, comme d'habitude, ont été retardés.

Le rapport devrait indiquer des progrès dans certains domaines tout en demandant instamment que soient menées à bien les actions préalables en suspens dans la perspective du sommet des ministres des Finances de la zone euro prévu pour le 11 mars.

Athènes tient à obtenir une évaluation positive de l'Eurogroupe et à obtenir le déblocage d'un milliard d'euros, dont 750 millions d'euros de bénéfices sur les obligations grecques détenues par les banques centrales de la zone euro, le solde provenant de la renonciation à la hausse de la marge d'intérêt sur une partie des prêts de la zone euro.

Bien que la Grèce n'ait pas d'urgence besoin de cet argent, elle souhaite un résultat positif au sein de l'Eurogroupe pour rassurer les marchés et permettre aux autorités d'émettre une nouvelle obligation, probablement le mois prochain.

Il semble toutefois peu probable que les actions antérieures en suspens soient achevées dans les délais impartis, selon un responsable européen, les autorités grecques ne la géreraient probablement pas à temps pour l'Eurogroupe.

Le cadre juridique de la nouvelle législation sur la protection des résidences principales des débiteurs qui remplacerait la loi dite Katseli est un point de blocage essentiel.

Les créanciers grecs craignent que le cadre proposé ne protège les défaillants stratégiques et ne réduise probablement pas les prêts improductifs, qui pèsent davantage sur les banques grecques que tout autre pays européen.

Ils s'opposent également au fait que la protection s'étendrait aux prêts aux entreprises garantis à des résidences principales et il est proposé que la protection s'applique aux biens immobiliers d'une valeur maximale de 250 000 euros, ce qu'ils considèrent comme un chiffre élevé.

Les autres problèmes sont les retards dans le remboursement des dettes de l’État à des tiers et dans les privatisations, notamment l’appel d’offres pour la concession de l’exploitation de l’autoroute Egnatia.

De manière générale, le climat n'est pas particulièrement clément pour la Grèce, les récentes décisions du gouvernement semblant être axées sur les élections, notamment la hausse récente de 11% du salaire minimum et, avant cette décision, la décision de prolonger le taux de la taxe à la valeur ajoutée sur certaines îles .

Constant Kaimakis via Olivier Delorme

374 milliards d'euros rien qu'en 2017 !

BFMeuro.PNG Collections du Musée de l'Europe & de l'Afrique

Et donc, continuons le sacrifice de la société réelle, de la République solidaire et sociale, des habitants de ce pays pour satisfaire et apaiser le Dieu-Euro (Et l'Allemagne puisque ces bonnes recommandations viennent d'Outre-Rhin!)! Jusqu'à quand ?[1]

Nous sommes tous Grecs !

Source : BFM

PS (sic) :

Vous reprendrez bien un peu de Burkini pour parler d'autre chose ?

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Notes

[1] Le Musée de l'Europe remercie grandement le Centre d'études de politique européenne d'exposer ainsi l'éléphant au milieu de la pièce que la sphère politico-médiatique tentait avec succès de dissimuler depuis 20 ans ! Et cela en croyant apporter un argument de poids aux politiques de démolition néo-libérales de Macron ! A ce point d'aveuglement, alors que le pays est dans une agitation sans précéent et à vrai dire en sédition contre les politiques néo-libérales euro-centrées, tout semble enfin permis ! (Le Concierge)

Aéroport de Toulouse, Solidaires, CGT et FSU demandent la mise sous séquestre

Communiqué de presse des trois organisations syndicales

Aéroport de Toulouse Blagnac

La CGT, Solidaires et la FSU croisent le fer contre la privatisation !

Les Unions Départementales des syndicats CGT, Solidaires et FSU de Haute-Garonne ont déposé auprès du tribunal de commerce de Paris, avec leur avocat Maître Lèguevaques, une demande de mise sous séquestre des actions de la société de gestion de l'aéroport de Toulouse-Blagnac que Casil Europe détient.

Cette demande sera étudiée lors de l’audience du 13 mars 2019 à 11 heures, en présence de l’Etat et des collectivités locales au tribunal de commerce de Paris.

Cette procédure permettra aux salarié-es d’ATB, de l’ensemble des entrepriseset services présents sur l’aéroport, ainsi qu’à la population, de connaître concrètement les positions des différents protagonistes dans cette affaire, loin des rumeurs et des « accords de couloirs » mais à la lumière de la justice !

En effet, CASIL EUROPE a annoncé son intention de céder ses actions à un nouvel acquéreur privé, faisant au passage des profits éhontés après avoir pillé les fonds de réserve de l'aéroport. Les profits annoncés soit plus de 200 millions d'euros au moment de la revente, sont à mettre en perspective avec le fait avéré que ce fond spéculatif n'a pas rempli ses promesses d’investir 850 millions. Des révélations qui posent une question majeure : - le prix de vente fixé au moment de la privatisation était-il largement sous-évalué ?

Dans l’attente des résultats dans les différentes procédures déjà engagées cette dernière est destinée à protéger le bien public de la rapacité d'une société privée et de la collaboration de l'Etat dans la privatisation de notre aéroport, menée sous le gouvernement de Manuel Valls par son ministre des finances Emmanuel Macron.

Cette procédure conservatoire fait suite à la démarche juridique menée par le collectif contre la privatisation de l'aéroport demandant l'annulation de la vente à CASIL EUROPE par l'Etat et qui devrait être jugé par la cour administrative d'appel prochainement (audience le lundi 11 mars 2019).

Par ailleurs, plusieurs contribuables riverains de l’aéroport mené-e-s par le collectif unitaire contre la privatisation de l’aéroport ont initié une nouvelle procédure en demandant aux collectivités d’agir en nullité de la vente à CASIL EUROPE pour dol.

Pour les organisations syndicales, l’action judiciaire ne se substitue en aucune manière à l’action et à la mobilisation collective et massive des salarié-e-s et des citoyen-ne-s qui demeure essentielle. Elle en constitue un levier supplémentaire.

Remarquons que la pétition lancée par le collectif unitaire contre la privatisation de l’aéroport a réuni plus de 2300 signatures en moins d’une semaine (lien vers la pétition). Enfin, par cette action judiciaire, les syndicats agissants adressent une mise en garde solennelle : toute tentative de privatisation d’un aéroport qui participe de l’indépendance nationale, est contraire à l’alinéa 7 du Préambule de la Constitution de 1946 qui dispose que « Tout bien, toute entreprise, dont l'exploitation a ou acquiert les caractères d'un service public national ou d'un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité. »

Toulouse le 22 Févier 2019

mardi 26 février 2019

Simple comme l'Europe !

crapulaxeurope.PNG cliquer sur l'image pour voir la dernière production des studios Crapulax...

Le complice du pire

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Collections du laboratoire de neuneulogie du Collège d'Argein

lundi 25 février 2019

Mediatarte change la Une de sa "dernière édition"

mediatartelibertespubliques.PNG Avant 19h00...

mediatartebesson.PNG Après 19h00...

samedi 23 février 2019

Les Gilets jaunes devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise

En février 1948, le général américain Van Fleet analysait l’intervention américaine dans la guerre civile grecque, qu’il supervisait, comme « une expérience de laboratoire ». Depuis 2010, les prétendues élites européistes mènent dans ce pays une autre expérience de laboratoire : jusqu’où une société européenne peut-elle, en temps de paix, être martyrisée, la démocratie réduite à une coquille vide, les forces de résistance collective paralysées par ce que Naomi Klein a décrit dans son livre de 2007, alors prophétique pour la Grèce, intitulé La Stratégie du choc ou la montée d’un capitalisme du désastre ? Et les Gilets jaunes en France, aujourd’hui, devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise, s’il se laisse circonvenir par les habiletés du pouvoir. S’ils ne prennent pas conscience que l’ensemble des questions économiques et sociales qui ont provoqué leur soulèvement tient au carcan de l’euro, à la libre circulation des capitaux, de la main-d’œuvre et des marchandises à l’intérieur du marché unique où règne la loi de la jungle du moins-disant salarial et fiscal, à la non-protection de ce marché par rapport aux pays à bas coût de main-d’œuvre. S’ils reprennent l’antienne d’une UE qu’il faudrait réformer, alors qu’elle est irréformable parce qu’elle a été conçue pour servir exactement à quoi elle sert : démanteler l’État social, faire du salaire la seule variable d’ajustement de la compétitivité, maximiser les profits d’une caste de plus en plus réduite et, au final, vider de toute substance la démocratie pour assurer, dans un cadre de plus en plus autoritaire au fur et à mesure que les peuples regimbent, le pouvoir technocratique de ceux qui sont persuadés de savoir mieux que les peuples ce qui est bon pour eux.

Les accusations portées contre les Grecs n’avaient qu’une utilité : faire croire qu’ils avaient mérité, par leurs « fautes », le traitement qu’on leur appliquait – de sorte que les autres ne puissent imaginer voir leur avenir dans le présent des Grecs. Mais dix ans plus tard, c’est bien ce même discours de culpabilisation que Macron transpose dans l’ordre intérieur en insultant ceux qui ne s’en sortent plus.

Le démantèlement de l’État social, de toutes les protections collectives, de tous les filets de sécurité, la paupérisation des classes moyennes et, au final, la spoliation des petits propriétaires, voilà le véritable agenda européen. Il s’applique à des rythmes et selon des modalités différents suivant les spécificités nationales, mais ce qui s’est passé et qui continue à se passer en Grèce marque la direction.

Ce que montre aussi la Grèce, c’est qu’une alternance de « gauche radicale » dans le cadre de l’euro et de l’UE ne peut se traduire par rien d’autre que par la poursuite et l’aggravation continue des mêmes politiques néolibérales. C’est que, comme la gauche réformiste avant elle, elle se discrédite et finit par restituer le pouvoir à la droite sans avoir rien modifié de l’ordre économique et social mais en ayant au passage achevé de discréditer le politique et la démocratie : le seul choix aujourd’hui est entre le cadre européen et l’alternance réelle.

Sortir de cette spirale mortifère pour la nation, la société et la démocratie suppose donc de sortir du cadre européen – ou de le faire exploser. Mais cela ne peut être ni de droite ni de gauche. La sortie du carcan européen ne peut rien régler « en soi ». La récupération de la souveraineté est un préalable indispensable à la reprise d’un vrai débat politique, projet contre projet, et à la restitution au peuple de sa capacité à trancher entre ces projets. Il ne faut donc pas demander à un Frexit d’être « de gauche », cela ne veut rien dire. La sortie ne peut prédéterminer l’avenir puisque son rôle est de rouvrir le champ des possibles, de mettre fin à l’alternance du pareil et du même. Car si l’on ne peut pas dire qu’il faut un « Frexit de gauche », on est en revanche assuré qu’en restant dans le cadre euro/UE, les politiques suivies seront toujours plus ordolibérales, austéritaires, liquidatrices des droits sociaux, du patrimoine et des services publics, et au final – comme on le voit se dessiner aussi bien en Grèce qu’avec le pouvoir macronien – des droits individuels et des libertés fondamentales.

La Résistance n’était ni de droite ni de gauche, elle visait à libérer le territoire de l’occupant afin de rendre à la nation sa liberté et au peuple sa capacité à maîtriser son destin.

En revanche, le Comité National de la Résistance qui regroupait des personnes et des mouvements de toute obédience – des communistes à une partie de l’extrême droite d’avant-guerre –, a réfléchi et élaboré un cadre économique et social assurant à chacun des sécurités élémentaires, le cadre dans lequel s’inscrirait le débat politique une fois la souveraineté nationale restaurée. C’est ce travail que nous avons à accomplir aujourd’hui.

Lire la 2eme partie de l'entretien avec Olivier Delorme paru sous le titre Olivier Delorme 2/2 : « Le principal acquis de l’ère Syriza restera sans doute l’immense discrédit qui frappe désormais le politique. »

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs détaille comment la Banque préconise des réformes, via un nouvel indicateur foncier dans le projet EBA, encourage les acquisitions de terres à grande échelle et l’expansion de l’agrobusiness dans les pays en développement. Ce nouvel indicateur est désormais un élément clé de l’initiative EBA, qui dicte les réformes favorables aux entreprises que les gouvernements devraient mener dans le secteur agricole. Initié comme projet pilote dans 38 pays en 2017, l’indicateur foncier devrait être étendu à 80 pays en 2019. Le projet est financé par les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni et par la Fondation Bill and Melinda Gates.

Les principales recommandations de l’EBA aux gouvernements sont de formaliser les droits de propriété privée, de faciliter la vente et de la location de terres à usage commercial, la systématisation de la vente de terrains publics aux enchères au plus offrant et l’amélioration des procédures d’expropriation. Les pays sont notés sur la manière dont ils mettent en œuvre ces recommandations. Leurs notes sont ensuite utilisées pour déterminer le volume d’aide internationale et d’investissements étrangers qu’ils reçoivent.

Parmi les nombreux problèmes détaillés dans le rapport, figure la prescription de la Banque aux gouvernements des pays en développement, en particulier en Afrique, de transférer les terres publiques ayant une « valeur économique potentielle » à un usage privé et commercial, afin que les terres puissent être utilisées « de manière optimale ». « Assurant que les pays à faible revenu ne gèrent pas efficacement les terres publiques, la Banque plaide en faveur de la privatisation de ces terres. Ce-faisant, elle ne tient pas compte du fait que des millions de ruraux pauvres vivent et travaillent sur ces terres, qui sont essentielles à leur subsistance, tout en constituant un capital ancestral d’une profonde signification sociale et culturelle.

Vendre les terres au plus offrant est publié dans le cadre de la campagne Nos terres, Notre business, composée de 280 organisations du monde entier, qui demande la fin du programme Enabling the Business of Agriculture.

Des versions courte et longue du rapport sont disponibles sur le site du CADTM

Enterrement de troisième classe

ldcenterrement.PNG Collections du laboratoire de neuneulogie du Collège d'Argein

Fausse commune Tsipro-Macronoïde...

vendredi 22 février 2019

Forêts domaniales à vendre

La vente du pays par appartements continue

L'information est sortie dans le magazine Challenges le 8 octobre. Pour réduire son déficit, l'Office National des Forêts pourrait privatiser une partie de la forêt domaniale, patiemment constituée depuis huit siècles par les rois de France, puis par la République !

En octobre 2015, le magazine Challenges annonçait la volonté de l'ONF de privatiser une partie de la forêt domaniale.

L'objectif était de trouver de l'argent, indispensable au budget de l'office National des Forêts.

Deux ans et quelques mois plus tard, nouvel article, de nos confrères de Capital cette fois, qui explique que l'ONF est au bord de la faillite. Et cela malgré ces ventes de bois. Des ventes qui contribuent à 30% des ressources de l'Office mais qui ne décollent pas, selon le chiffre du magazine.

En réalité, le Code Forestier autorise déjà la cession par l'Etat de petits massifs (moins de 150 hectares), à condition que l'exploitation ne soit pas rentable et que l'intérêt écologique soit faible.

Mais le contrat d'objectif 2016/2020 de l'ONF préconise de systématiser ces ventes pour boucher le trou de l'Office, qui affiche un déficit supérieur à 20 millions d’euros sur un budget de 855 millions.

L'ensemble des syndicats de forestiers n'hésite pas à parler de "braderie" :

Cette nouvelle disposition heurte profondément les personnels de l’ONF car elle marquerait un virage sans précédent de la politique forestière de l’Etat qui initierait ainsi la privatisation au moins partielle du patrimoine forestier public.

En 2015, selon Christian Dubreuil, alors directeur de l'ONF, qui vient de quitter ses fonctions, c'est d'abord aux collectivités locales qu'il sera proposé d'acheter ces petites forêts. Ou de les échanger contre des bois communaux pour rationaliser l'exploitation de part et d'autre. Mais la cession au privé n'était pas exclue.

En Lorraine, où la plus grandes partie des forêts sont publiques (Etat et collectivités), le sujet est sensible.

Après l'annonce de la fermeture du campus ONF de Velaine-en-Haye, cette annonce posait la question du rôle de la puissance publique à l'heure du "tout économique". L'administration des Eaux et Forêts remonte à Philippe le Bel, mais ça ne fait pas si longtemps qu'on lui demande d'être rentable.

Benoît de Butler, France 3 Grand Est

mardi 19 février 2019

Today is a great Dé

laetitiadomino.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Laetitia Yalon, née Hélène Bertrand, will per-enpleine-form at :

Avenue du Silence 13H Tout feu tout flamme, chaud

Théâtre de Poche 15H Y'-a-il une Pleureuse dans la salle ?

Bukta Paktop 20H Qu'est-ce qu'on va foutre avec toute cette soupe?

After Night 22H00 Debout les morts, Chaud must go wrong (où j'ai mis mes lunettes ?)

laetitiaBureau.jpg

Entretien avec Olivier Delorme

Olivier Delorme est essayiste et historien. Enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris, il a reçu le prix « Mondes en guerre, mondes en paix » pour les trois volumes de La Grèce et les Balkans, a publié 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe aux éditions HO en 2017. Il nous livre une entrevue au sujet de la Grèce sous le prisme de la guerre économique au sein de l’Union Européenne dont voici la première partie

Dans votre essai 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe (HO éditions, 2017), vous soulignez l’origine historique des modalités – politiques comme juridiques – de mise en œuvre de la construction européenne, soit l’Allemagne nazie ou encore l’État français de Vichy. D’un point de vue historique et politique, 1945 a-t-elle signifié une rupture en ce qui concerne l’édification de l’Union ?

Le thème de « l’Europe », de l’ordre européen, de la croisade européenne contre le bolchevisme, volontiers assimilé à un asiatisme et/ou à un « complot juif », est en effet un thème majeur de la propagande du régime nazi comme de tous les gouvernements collaborationnistes en Europe, Vichy compris. Cette Europe-là est alors présentée comme une « troisième voie », et le combat pour la construire autour de l’Allemagne, modèle et moteur, vise à la fois le bolchevisme et la « ploutocratie anglo-saxonne » qui, dans cette vision délirante du monde, est elle aussi un instrument « aux mains des juifs ». Et la même propagande d’ajouter que cette Europe apportera le travail, les loisirs, le bien-être, la concorde et… la fin des guerres.

Il est d’ailleurs amusant de voir qu’on a choisi Aix-la-Chapelle pour lieu de signature du dernier traité franco-allemand : la référence à l’empire de Charlemagne est constante depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « la construction européenne », comme elle l’était chez les collaborationnistes français qui baptisèrent « Charlemagne » la division SS française qui se battit jusque dans les ruines de Berlin.

Si je crois utile d’insister sur ces points, c’est que depuis le traité créant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, on nous serine que l’Europe serait « par nature » un concept destiné à promouvoir la concorde et la fraternité des peuples. Or, entre 1941 et 1945, ce concept d’Europe a servi à justifier la guerre d’agression comme la hiérarchisation des peuples et le racisme d’État. Il faudrait donc qu’à un moment les européistes arrêtent de raconter n’importe quoi.

Notons qu’il y a également une continuité frappante entre les totalitarismes du XXe siècle et ladite « construction européenne » en ce qu’ils partagent la même croyance que les peuples sont incapables de se gouverner par eux-mêmes : la conviction la plus profonde de Jean Monnet, le principal inspirateur de l’édifice européen, fut sans doute que si on laisse les peuples se gouverner sans tuteur, ils font obligatoirement des « bêtises » : porter au gouvernement un parti se présentant comme de gauche radicale en Grèce, des « populistes » ailleurs, voter contre le traité dit constitutionnel ou en faveur du Brexit, pour les exemples les plus récents. Ils doivent donc s’en remettre à une technocratie : le gouvernement de sachants qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui, dans le cas de l’UE, s’exerce à travers le réseau de plus en plus étroit de traités privant des gouvernements en apparence démocratiques de la réalité du pouvoir et, au stade actuel, logiquement, de toute crédibilité. Au stade suivant, dont on commence à distinguer les prémisses dans certains discours, cette logique conduira, si on n’en interrompt pas le cours, à la remise en cause du suffrage universel au profit d’une nouvelle forme de suffrage censitaire restreint aux membres de ce que d’aucuns nomment « le cercle de la raison ».

Quant à la coupure chronologique que vous évoquez, elle se situe plutôt en 1948-1949. Dans l’immédiat après-guerre, bon an mal an, la Grande Alliance se maintient. Mais au fur et à mesure que se multiplient les heurts entre les deux systèmes qui se partagent l’espace européen (Trieste, guerre civile grecque, première crise de Berlin) et que la poigne stalinienne s’appesantit sur la partie orientale de l’Europe, les Européens de l’Ouest réclament que les États-Unis garantissent leur sécurité : c’est là que tout commence.

La première organisation européenne, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE transformée en Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE, en 1961), est fondée en 1948 pour répartir les crédits et matériels livrés au titre du Plan Marshall. Et celui-ci, en application de la « doctrine Truman » définie l’année précédente, a pour but de redresser les économies d’Europe de l’Ouest afin d’empêcher la contagion communiste. Mais l’OECE ne se bornera pas à cette tâche d’intendance. Elle jettera les bases d’une organisation, non de l’Europe, mais d’un espace transatlantique comprenant États-Unis, Canada et États d’Europe de l’Ouest, en abaissant les barrières douanières, en organisant une union de paiement, en favorisant l’introduction du fordisme, en harmonisant les normes. Jusqu’à aujourd’hui, cet organisme n’a cessé de produire de l’idéologie néolibérale et libre-échangiste en même temps que des statistiques et des injonctions destinées à étendre toujours davantage le champ d’application de cette idéologie. Quant à son premier secrétaire général, de 1948 à 1955, il se nomme Robert Marjolin, âme damnée de Monnet. Il sera successivement l’un des concepteurs des traités de Rome (1957), puis le vice-président (1958-1967) de la Commission européenne présidée par l’ancien juriste nazi Walter Hallstein, lequel, prisonnier en juin 1944, fut recruté par le programme américain de reformatage des élites allemandes. En outre, on sait aujourd’hui par les archives américaines que Marjolin se vit prescrire par le Département d’État américain, dès 1965, de préparer une union monétaire européenne « en rusant », jusqu’au moment où son adoption deviendrait « pratiquement inéluctable1 ».

Puis, alors que les États-Unis avaient, depuis leur indépendance, pour principe absolu le refus des alliances permanentes en temps de paix, ils acceptèrent la conclusion d’une telle alliance avec la signature du traité de l’Atlantique Nord en avril 1949. Et celle-ci précéda de peu la création par les Anglo-Saxons d’une République fédérale d’Allemagne à laquelle répondra celle de la République démocratique allemande.

C’est dans cette logique de guerre froide, et dans aucune autre, qu’il faut placer la conclusion du traité de CECA en 1951 : la défense de l’Europe occidentale par les États-Unis doit trouver comme contrepartie une réorganisation économique de l’ouest du continent européen permettant une meilleure pénétration des produits américains. Il ne faut pas oublier que le formidable essor économique qu’ont connu les États-Unis durant le deuxième conflit mondial génère après 1945, dans l’opinion comme chez les responsables américains, la très forte crainte que le rétablissement de la paix ne s’accompagne d’une crise de surproduction et d’un retour à la Grande Dépression des années 1930.

Dans ces conditions, c’est une des autres impostures européistes qu’il faut mettre au jour : on est plus forts à plusieurs. Or on n’est pas plus forts à plusieurs lorsqu’on a des intérêts divergents et que les décisions ne sont toujours que l’expression du plus petit commun dénominateur. En revanche, de la CECA au TAFTA, il est bien plus commode pour les Américains de s’entendre avec une autorité supranationale qui ne rend aucun compte démocratique à un peuple européen qui n’existe pas, ne se décrète pas et ne naîtra pas d’injonctions à respecter un taux d’inflation ou un niveau de déficit budgétaire, plutôt qu’avec plusieurs gouvernements qui, à chaque échéance électorale, doivent rendre des comptes à leur peuple respectif.

De surcroît et nonobstant son état-civil, Monnet est, tout au long de sa vie de négociant d’alcool et de banquier, bien plus américain qu’européen. Sitôt nommé à la tête de la CECA, il réclame à Washington qu’on lui envoie comme ambassadeur l’ancien chef de la branche européenne de l’OSS (l’ancêtre de la CIA). La CECA substitue alors au charbon polonais, d’excellente qualité mais venant d’une Europe avec laquelle les États-Unis veulent que cessent les échanges commerciaux, du très médiocre charbon américain subventionné par Washington pour cause de surproduction. Puis Monnet sollicite un prêt américain dont la contrepartie sera une augmentation de ces importations qui conduit, à terme, à la ruine et à la liquidation de l’industrie charbonnière des États membres de la CECA.

Monnet est également derrière le projet de Communauté européenne de défense (CED) : du fait de la guerre de Corée, Washington exige que les Européens participent davantage à leur défense et donc que l’Allemagne réarme. Mais en Europe et en France, les oppositions à la renaissance d’une armée allemande, cinq ans après la fin de l’Occupation et de ses innombrables crimes, sont considérables. Monnet imagine donc une armée prétendument européenne, en réalité de supplétifs américains, dans laquelle serait noyé un contingent allemand. Le projet se heurtant (avant d’échouer) à l’opposition, en France, des gaullistes et des communistes, Monnet fait encore partie des « sages » qui conçoivent l’organisation militaire intégrée du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) : la circulation du personnel politique entre organisations européennes, OTAN et multinationales américaines en dit long sur les racines américaines de cette prétendue « construction européenne ». Le Belge Paul-Henri Spaak, un des principaux concepteurs des traités de Rome dont la négociation commence moins d’un an après la mort de la CED, devient moins de deux mois après la signature de ces traités (25 mars 1957) le deuxième secrétaire général de l’OTAN, avant d’intégrer en 1966 le conseil d’administration de la compagnie américaine de téléphonie ITT – rien de nouveau avec Barroso-Goldman Sachs ! Le même Spaak, et le français Robert Schuman, autre « père de l’Europe », sont d’ailleurs qualifiés de hired hands (mains mercenaires) dans les archives d’une CIA qui n’a cessé d’arroser de généreux subsides les mouvements européistes. Quant au Néerlandais Joseph Luns, autre « père » des traités de Rome, il battra tous les records de longévité au secrétariat général de l’OTAN (1971-1984).

En réalité, la « construction européenne » n’a jamais été (sauf durant l’intermède gaulliste vite effacé par les dirigeants européens et français) que la construction américaine d’un glacis ouest-européen dans le cadre de la guerre froide, avant de devenir, à la fin de celle-ci, l’antichambre de l’admission dans l’OTAN des États d’Europe orientale affranchis du joug soviétique – des États pour lesquels, comme c’est chaque jour plus évident, les relations avec les États-Unis priment tout engagement contracté dans le cadre de l’UE.

Ce qui, désormais, dans le contexte de la « convergence des crises » qu’elle doit affronter et qui peut laisser espérer enfin sa disparition, pose un problème existentiel à cette UE. Car la quasi-totalité de ses membres (à commencer par l’Allemagne) ne peuvent pas même imaginer une Europe qui soit autre chose que l’arrière-cour des États-Unis… alors que le créateur témoigne de moins en moins d’aménité pour sa créature. C’est que, du fait de la reconfiguration en cours de la puissance américaine dans laquelle l’Europe est devenue secondaire, l’UE et l’OTAN apparaissent de plus en plus comme les reliquats d’un « vieux monde », perçus au mieux comme des poids morts et au pire comme des obstacles. Car si Trump n’est pas le premier à accuser les Européens de ne pas dépenser assez pour leur défense, il innove en tournant la page du multilatéralisme et du libre-échange généralisé parce que ceux-ci jouent désormais contre la puissance américaine – orientation probablement aussi durable et indépendante des alternances politiques à venir que fut le tournant Thatcher-Reagan des années 1980. De même pour la monnaie unique, naguère voulue par le Département d’État, mais qui s’est transformée – du fait de sa sous-évaluation pour l’Allemagne alors qu’elle asphyxie la plupart des États de l’eurozone pour lesquels elle est surévaluée – en puissant instrument de dumping des produits allemands, au détriment des emplois américains.

Lire l'intégralité de l'entretien paru sous le titre " Olivier Delorme 1/2 : « Si en Grèce, l’Europe c’est la paix, elle ressemble de très près à la paix des cimetières. »"

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