Musée de l'Europe et de l'Afrique

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lundi 25 février 2019

Mediatarte change la Une de sa "dernière édition"

mediatartelibertespubliques.PNG Avant 19h00...

mediatartebesson.PNG Après 19h00...

samedi 23 février 2019

Les Gilets jaunes devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise

En février 1948, le général américain Van Fleet analysait l’intervention américaine dans la guerre civile grecque, qu’il supervisait, comme « une expérience de laboratoire ». Depuis 2010, les prétendues élites européistes mènent dans ce pays une autre expérience de laboratoire : jusqu’où une société européenne peut-elle, en temps de paix, être martyrisée, la démocratie réduite à une coquille vide, les forces de résistance collective paralysées par ce que Naomi Klein a décrit dans son livre de 2007, alors prophétique pour la Grèce, intitulé La Stratégie du choc ou la montée d’un capitalisme du désastre ? Et les Gilets jaunes en France, aujourd’hui, devraient regarder vers la Grèce pour voir ce que sera notre avenir si leur mouvement s’enlise, s’il se laisse circonvenir par les habiletés du pouvoir. S’ils ne prennent pas conscience que l’ensemble des questions économiques et sociales qui ont provoqué leur soulèvement tient au carcan de l’euro, à la libre circulation des capitaux, de la main-d’œuvre et des marchandises à l’intérieur du marché unique où règne la loi de la jungle du moins-disant salarial et fiscal, à la non-protection de ce marché par rapport aux pays à bas coût de main-d’œuvre. S’ils reprennent l’antienne d’une UE qu’il faudrait réformer, alors qu’elle est irréformable parce qu’elle a été conçue pour servir exactement à quoi elle sert : démanteler l’État social, faire du salaire la seule variable d’ajustement de la compétitivité, maximiser les profits d’une caste de plus en plus réduite et, au final, vider de toute substance la démocratie pour assurer, dans un cadre de plus en plus autoritaire au fur et à mesure que les peuples regimbent, le pouvoir technocratique de ceux qui sont persuadés de savoir mieux que les peuples ce qui est bon pour eux.

Les accusations portées contre les Grecs n’avaient qu’une utilité : faire croire qu’ils avaient mérité, par leurs « fautes », le traitement qu’on leur appliquait – de sorte que les autres ne puissent imaginer voir leur avenir dans le présent des Grecs. Mais dix ans plus tard, c’est bien ce même discours de culpabilisation que Macron transpose dans l’ordre intérieur en insultant ceux qui ne s’en sortent plus.

Le démantèlement de l’État social, de toutes les protections collectives, de tous les filets de sécurité, la paupérisation des classes moyennes et, au final, la spoliation des petits propriétaires, voilà le véritable agenda européen. Il s’applique à des rythmes et selon des modalités différents suivant les spécificités nationales, mais ce qui s’est passé et qui continue à se passer en Grèce marque la direction.

Ce que montre aussi la Grèce, c’est qu’une alternance de « gauche radicale » dans le cadre de l’euro et de l’UE ne peut se traduire par rien d’autre que par la poursuite et l’aggravation continue des mêmes politiques néolibérales. C’est que, comme la gauche réformiste avant elle, elle se discrédite et finit par restituer le pouvoir à la droite sans avoir rien modifié de l’ordre économique et social mais en ayant au passage achevé de discréditer le politique et la démocratie : le seul choix aujourd’hui est entre le cadre européen et l’alternance réelle.

Sortir de cette spirale mortifère pour la nation, la société et la démocratie suppose donc de sortir du cadre européen – ou de le faire exploser. Mais cela ne peut être ni de droite ni de gauche. La sortie du carcan européen ne peut rien régler « en soi ». La récupération de la souveraineté est un préalable indispensable à la reprise d’un vrai débat politique, projet contre projet, et à la restitution au peuple de sa capacité à trancher entre ces projets. Il ne faut donc pas demander à un Frexit d’être « de gauche », cela ne veut rien dire. La sortie ne peut prédéterminer l’avenir puisque son rôle est de rouvrir le champ des possibles, de mettre fin à l’alternance du pareil et du même. Car si l’on ne peut pas dire qu’il faut un « Frexit de gauche », on est en revanche assuré qu’en restant dans le cadre euro/UE, les politiques suivies seront toujours plus ordolibérales, austéritaires, liquidatrices des droits sociaux, du patrimoine et des services publics, et au final – comme on le voit se dessiner aussi bien en Grèce qu’avec le pouvoir macronien – des droits individuels et des libertés fondamentales.

La Résistance n’était ni de droite ni de gauche, elle visait à libérer le territoire de l’occupant afin de rendre à la nation sa liberté et au peuple sa capacité à maîtriser son destin.

En revanche, le Comité National de la Résistance qui regroupait des personnes et des mouvements de toute obédience – des communistes à une partie de l’extrême droite d’avant-guerre –, a réfléchi et élaboré un cadre économique et social assurant à chacun des sécurités élémentaires, le cadre dans lequel s’inscrirait le débat politique une fois la souveraineté nationale restaurée. C’est ce travail que nous avons à accomplir aujourd’hui.

Lire la 2eme partie de l'entretien avec Olivier Delorme paru sous le titre Olivier Delorme 2/2 : « Le principal acquis de l’ère Syriza restera sans doute l’immense discrédit qui frappe désormais le politique. »

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs

Vendre les terres au plus offrant : Le plan de la Banque mondiale pour privatiser les biens communs détaille comment la Banque préconise des réformes, via un nouvel indicateur foncier dans le projet EBA, encourage les acquisitions de terres à grande échelle et l’expansion de l’agrobusiness dans les pays en développement. Ce nouvel indicateur est désormais un élément clé de l’initiative EBA, qui dicte les réformes favorables aux entreprises que les gouvernements devraient mener dans le secteur agricole. Initié comme projet pilote dans 38 pays en 2017, l’indicateur foncier devrait être étendu à 80 pays en 2019. Le projet est financé par les gouvernements des États-Unis et du Royaume-Uni et par la Fondation Bill and Melinda Gates.

Les principales recommandations de l’EBA aux gouvernements sont de formaliser les droits de propriété privée, de faciliter la vente et de la location de terres à usage commercial, la systématisation de la vente de terrains publics aux enchères au plus offrant et l’amélioration des procédures d’expropriation. Les pays sont notés sur la manière dont ils mettent en œuvre ces recommandations. Leurs notes sont ensuite utilisées pour déterminer le volume d’aide internationale et d’investissements étrangers qu’ils reçoivent.

Parmi les nombreux problèmes détaillés dans le rapport, figure la prescription de la Banque aux gouvernements des pays en développement, en particulier en Afrique, de transférer les terres publiques ayant une « valeur économique potentielle » à un usage privé et commercial, afin que les terres puissent être utilisées « de manière optimale ». « Assurant que les pays à faible revenu ne gèrent pas efficacement les terres publiques, la Banque plaide en faveur de la privatisation de ces terres. Ce-faisant, elle ne tient pas compte du fait que des millions de ruraux pauvres vivent et travaillent sur ces terres, qui sont essentielles à leur subsistance, tout en constituant un capital ancestral d’une profonde signification sociale et culturelle.

Vendre les terres au plus offrant est publié dans le cadre de la campagne Nos terres, Notre business, composée de 280 organisations du monde entier, qui demande la fin du programme Enabling the Business of Agriculture.

Des versions courte et longue du rapport sont disponibles sur le site du CADTM

Enterrement de troisième classe

ldcenterrement.PNG Collections du laboratoire de neuneulogie du Collège d'Argein

Fausse commune Tsipro-Macronoïde...

vendredi 22 février 2019

Forêts domaniales à vendre

La vente du pays par appartements continue

L'information est sortie dans le magazine Challenges le 8 octobre. Pour réduire son déficit, l'Office National des Forêts pourrait privatiser une partie de la forêt domaniale, patiemment constituée depuis huit siècles par les rois de France, puis par la République !

En octobre 2015, le magazine Challenges annonçait la volonté de l'ONF de privatiser une partie de la forêt domaniale.

L'objectif était de trouver de l'argent, indispensable au budget de l'office National des Forêts.

Deux ans et quelques mois plus tard, nouvel article, de nos confrères de Capital cette fois, qui explique que l'ONF est au bord de la faillite. Et cela malgré ces ventes de bois. Des ventes qui contribuent à 30% des ressources de l'Office mais qui ne décollent pas, selon le chiffre du magazine.

En réalité, le Code Forestier autorise déjà la cession par l'Etat de petits massifs (moins de 150 hectares), à condition que l'exploitation ne soit pas rentable et que l'intérêt écologique soit faible.

Mais le contrat d'objectif 2016/2020 de l'ONF préconise de systématiser ces ventes pour boucher le trou de l'Office, qui affiche un déficit supérieur à 20 millions d’euros sur un budget de 855 millions.

L'ensemble des syndicats de forestiers n'hésite pas à parler de "braderie" :

Cette nouvelle disposition heurte profondément les personnels de l’ONF car elle marquerait un virage sans précédent de la politique forestière de l’Etat qui initierait ainsi la privatisation au moins partielle du patrimoine forestier public.

En 2015, selon Christian Dubreuil, alors directeur de l'ONF, qui vient de quitter ses fonctions, c'est d'abord aux collectivités locales qu'il sera proposé d'acheter ces petites forêts. Ou de les échanger contre des bois communaux pour rationaliser l'exploitation de part et d'autre. Mais la cession au privé n'était pas exclue.

En Lorraine, où la plus grandes partie des forêts sont publiques (Etat et collectivités), le sujet est sensible.

Après l'annonce de la fermeture du campus ONF de Velaine-en-Haye, cette annonce posait la question du rôle de la puissance publique à l'heure du "tout économique". L'administration des Eaux et Forêts remonte à Philippe le Bel, mais ça ne fait pas si longtemps qu'on lui demande d'être rentable.

Benoît de Butler, France 3 Grand Est

mardi 19 février 2019

Today is a great Dé

laetitiadomino.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

Laetitia Yalon, née Hélène Bertrand, will per-enpleine-form at :

Avenue du Silence 13H Tout feu tout flamme, chaud

Théâtre de Poche 15H Y'-a-il une Pleureuse dans la salle ?

Bukta Paktop 20H Qu'est-ce qu'on va foutre avec toute cette soupe?

After Night 22H00 Debout les morts, Chaud must go wrong (où j'ai mis mes lunettes ?)

laetitiaBureau.jpg

Entretien avec Olivier Delorme

Olivier Delorme est essayiste et historien. Enseignant à l’Institut d’Études Politiques de Paris, il a reçu le prix « Mondes en guerre, mondes en paix » pour les trois volumes de La Grèce et les Balkans, a publié 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe aux éditions HO en 2017. Il nous livre une entrevue au sujet de la Grèce sous le prisme de la guerre économique au sein de l’Union Européenne dont voici la première partie

Dans votre essai 30 bonnes raisons pour sortir de l’Europe (HO éditions, 2017), vous soulignez l’origine historique des modalités – politiques comme juridiques – de mise en œuvre de la construction européenne, soit l’Allemagne nazie ou encore l’État français de Vichy. D’un point de vue historique et politique, 1945 a-t-elle signifié une rupture en ce qui concerne l’édification de l’Union ?

Le thème de « l’Europe », de l’ordre européen, de la croisade européenne contre le bolchevisme, volontiers assimilé à un asiatisme et/ou à un « complot juif », est en effet un thème majeur de la propagande du régime nazi comme de tous les gouvernements collaborationnistes en Europe, Vichy compris. Cette Europe-là est alors présentée comme une « troisième voie », et le combat pour la construire autour de l’Allemagne, modèle et moteur, vise à la fois le bolchevisme et la « ploutocratie anglo-saxonne » qui, dans cette vision délirante du monde, est elle aussi un instrument « aux mains des juifs ». Et la même propagande d’ajouter que cette Europe apportera le travail, les loisirs, le bien-être, la concorde et… la fin des guerres.

Il est d’ailleurs amusant de voir qu’on a choisi Aix-la-Chapelle pour lieu de signature du dernier traité franco-allemand : la référence à l’empire de Charlemagne est constante depuis le début de ce qu’il est convenu d’appeler « la construction européenne », comme elle l’était chez les collaborationnistes français qui baptisèrent « Charlemagne » la division SS française qui se battit jusque dans les ruines de Berlin.

Si je crois utile d’insister sur ces points, c’est que depuis le traité créant la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) en 1951, on nous serine que l’Europe serait « par nature » un concept destiné à promouvoir la concorde et la fraternité des peuples. Or, entre 1941 et 1945, ce concept d’Europe a servi à justifier la guerre d’agression comme la hiérarchisation des peuples et le racisme d’État. Il faudrait donc qu’à un moment les européistes arrêtent de raconter n’importe quoi.

Notons qu’il y a également une continuité frappante entre les totalitarismes du XXe siècle et ladite « construction européenne » en ce qu’ils partagent la même croyance que les peuples sont incapables de se gouverner par eux-mêmes : la conviction la plus profonde de Jean Monnet, le principal inspirateur de l’édifice européen, fut sans doute que si on laisse les peuples se gouverner sans tuteur, ils font obligatoirement des « bêtises » : porter au gouvernement un parti se présentant comme de gauche radicale en Grèce, des « populistes » ailleurs, voter contre le traité dit constitutionnel ou en faveur du Brexit, pour les exemples les plus récents. Ils doivent donc s’en remettre à une technocratie : le gouvernement de sachants qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux et qui, dans le cas de l’UE, s’exerce à travers le réseau de plus en plus étroit de traités privant des gouvernements en apparence démocratiques de la réalité du pouvoir et, au stade actuel, logiquement, de toute crédibilité. Au stade suivant, dont on commence à distinguer les prémisses dans certains discours, cette logique conduira, si on n’en interrompt pas le cours, à la remise en cause du suffrage universel au profit d’une nouvelle forme de suffrage censitaire restreint aux membres de ce que d’aucuns nomment « le cercle de la raison ».

Quant à la coupure chronologique que vous évoquez, elle se situe plutôt en 1948-1949. Dans l’immédiat après-guerre, bon an mal an, la Grande Alliance se maintient. Mais au fur et à mesure que se multiplient les heurts entre les deux systèmes qui se partagent l’espace européen (Trieste, guerre civile grecque, première crise de Berlin) et que la poigne stalinienne s’appesantit sur la partie orientale de l’Europe, les Européens de l’Ouest réclament que les États-Unis garantissent leur sécurité : c’est là que tout commence.

La première organisation européenne, l’Organisation européenne de coopération économique (OECE transformée en Organisation de coopération et de développement économiques, OCDE, en 1961), est fondée en 1948 pour répartir les crédits et matériels livrés au titre du Plan Marshall. Et celui-ci, en application de la « doctrine Truman » définie l’année précédente, a pour but de redresser les économies d’Europe de l’Ouest afin d’empêcher la contagion communiste. Mais l’OECE ne se bornera pas à cette tâche d’intendance. Elle jettera les bases d’une organisation, non de l’Europe, mais d’un espace transatlantique comprenant États-Unis, Canada et États d’Europe de l’Ouest, en abaissant les barrières douanières, en organisant une union de paiement, en favorisant l’introduction du fordisme, en harmonisant les normes. Jusqu’à aujourd’hui, cet organisme n’a cessé de produire de l’idéologie néolibérale et libre-échangiste en même temps que des statistiques et des injonctions destinées à étendre toujours davantage le champ d’application de cette idéologie. Quant à son premier secrétaire général, de 1948 à 1955, il se nomme Robert Marjolin, âme damnée de Monnet. Il sera successivement l’un des concepteurs des traités de Rome (1957), puis le vice-président (1958-1967) de la Commission européenne présidée par l’ancien juriste nazi Walter Hallstein, lequel, prisonnier en juin 1944, fut recruté par le programme américain de reformatage des élites allemandes. En outre, on sait aujourd’hui par les archives américaines que Marjolin se vit prescrire par le Département d’État américain, dès 1965, de préparer une union monétaire européenne « en rusant », jusqu’au moment où son adoption deviendrait « pratiquement inéluctable1 ».

Puis, alors que les États-Unis avaient, depuis leur indépendance, pour principe absolu le refus des alliances permanentes en temps de paix, ils acceptèrent la conclusion d’une telle alliance avec la signature du traité de l’Atlantique Nord en avril 1949. Et celle-ci précéda de peu la création par les Anglo-Saxons d’une République fédérale d’Allemagne à laquelle répondra celle de la République démocratique allemande.

C’est dans cette logique de guerre froide, et dans aucune autre, qu’il faut placer la conclusion du traité de CECA en 1951 : la défense de l’Europe occidentale par les États-Unis doit trouver comme contrepartie une réorganisation économique de l’ouest du continent européen permettant une meilleure pénétration des produits américains. Il ne faut pas oublier que le formidable essor économique qu’ont connu les États-Unis durant le deuxième conflit mondial génère après 1945, dans l’opinion comme chez les responsables américains, la très forte crainte que le rétablissement de la paix ne s’accompagne d’une crise de surproduction et d’un retour à la Grande Dépression des années 1930.

Dans ces conditions, c’est une des autres impostures européistes qu’il faut mettre au jour : on est plus forts à plusieurs. Or on n’est pas plus forts à plusieurs lorsqu’on a des intérêts divergents et que les décisions ne sont toujours que l’expression du plus petit commun dénominateur. En revanche, de la CECA au TAFTA, il est bien plus commode pour les Américains de s’entendre avec une autorité supranationale qui ne rend aucun compte démocratique à un peuple européen qui n’existe pas, ne se décrète pas et ne naîtra pas d’injonctions à respecter un taux d’inflation ou un niveau de déficit budgétaire, plutôt qu’avec plusieurs gouvernements qui, à chaque échéance électorale, doivent rendre des comptes à leur peuple respectif.

De surcroît et nonobstant son état-civil, Monnet est, tout au long de sa vie de négociant d’alcool et de banquier, bien plus américain qu’européen. Sitôt nommé à la tête de la CECA, il réclame à Washington qu’on lui envoie comme ambassadeur l’ancien chef de la branche européenne de l’OSS (l’ancêtre de la CIA). La CECA substitue alors au charbon polonais, d’excellente qualité mais venant d’une Europe avec laquelle les États-Unis veulent que cessent les échanges commerciaux, du très médiocre charbon américain subventionné par Washington pour cause de surproduction. Puis Monnet sollicite un prêt américain dont la contrepartie sera une augmentation de ces importations qui conduit, à terme, à la ruine et à la liquidation de l’industrie charbonnière des États membres de la CECA.

Monnet est également derrière le projet de Communauté européenne de défense (CED) : du fait de la guerre de Corée, Washington exige que les Européens participent davantage à leur défense et donc que l’Allemagne réarme. Mais en Europe et en France, les oppositions à la renaissance d’une armée allemande, cinq ans après la fin de l’Occupation et de ses innombrables crimes, sont considérables. Monnet imagine donc une armée prétendument européenne, en réalité de supplétifs américains, dans laquelle serait noyé un contingent allemand. Le projet se heurtant (avant d’échouer) à l’opposition, en France, des gaullistes et des communistes, Monnet fait encore partie des « sages » qui conçoivent l’organisation militaire intégrée du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) : la circulation du personnel politique entre organisations européennes, OTAN et multinationales américaines en dit long sur les racines américaines de cette prétendue « construction européenne ». Le Belge Paul-Henri Spaak, un des principaux concepteurs des traités de Rome dont la négociation commence moins d’un an après la mort de la CED, devient moins de deux mois après la signature de ces traités (25 mars 1957) le deuxième secrétaire général de l’OTAN, avant d’intégrer en 1966 le conseil d’administration de la compagnie américaine de téléphonie ITT – rien de nouveau avec Barroso-Goldman Sachs ! Le même Spaak, et le français Robert Schuman, autre « père de l’Europe », sont d’ailleurs qualifiés de hired hands (mains mercenaires) dans les archives d’une CIA qui n’a cessé d’arroser de généreux subsides les mouvements européistes. Quant au Néerlandais Joseph Luns, autre « père » des traités de Rome, il battra tous les records de longévité au secrétariat général de l’OTAN (1971-1984).

En réalité, la « construction européenne » n’a jamais été (sauf durant l’intermède gaulliste vite effacé par les dirigeants européens et français) que la construction américaine d’un glacis ouest-européen dans le cadre de la guerre froide, avant de devenir, à la fin de celle-ci, l’antichambre de l’admission dans l’OTAN des États d’Europe orientale affranchis du joug soviétique – des États pour lesquels, comme c’est chaque jour plus évident, les relations avec les États-Unis priment tout engagement contracté dans le cadre de l’UE.

Ce qui, désormais, dans le contexte de la « convergence des crises » qu’elle doit affronter et qui peut laisser espérer enfin sa disparition, pose un problème existentiel à cette UE. Car la quasi-totalité de ses membres (à commencer par l’Allemagne) ne peuvent pas même imaginer une Europe qui soit autre chose que l’arrière-cour des États-Unis… alors que le créateur témoigne de moins en moins d’aménité pour sa créature. C’est que, du fait de la reconfiguration en cours de la puissance américaine dans laquelle l’Europe est devenue secondaire, l’UE et l’OTAN apparaissent de plus en plus comme les reliquats d’un « vieux monde », perçus au mieux comme des poids morts et au pire comme des obstacles. Car si Trump n’est pas le premier à accuser les Européens de ne pas dépenser assez pour leur défense, il innove en tournant la page du multilatéralisme et du libre-échange généralisé parce que ceux-ci jouent désormais contre la puissance américaine – orientation probablement aussi durable et indépendante des alternances politiques à venir que fut le tournant Thatcher-Reagan des années 1980. De même pour la monnaie unique, naguère voulue par le Département d’État, mais qui s’est transformée – du fait de sa sous-évaluation pour l’Allemagne alors qu’elle asphyxie la plupart des États de l’eurozone pour lesquels elle est surévaluée – en puissant instrument de dumping des produits allemands, au détriment des emplois américains.

Lire l'intégralité de l'entretien paru sous le titre " Olivier Delorme 1/2 : « Si en Grèce, l’Europe c’est la paix, elle ressemble de très près à la paix des cimetières. »"

samedi 16 février 2019

Il fait beau comme jamais

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Hélène Laetitia Bertrand et Isi Fiszman, témoins de Mariage d'Art et Entreprise

Le Père et la Mère des Arts nous ont quittés à quelques semaines d'intervalle. Nous sommes emplis de leurs esprits.

Il fait beau comme Jamais

Un temps à rire et courir

Un temps à ne pas mourir

Un temps à craindre le pire

Il fait beau comme jamais

(Louis Aragon)

jeudi 14 février 2019

Modèle anthropologique présumé inédit

La situation est inédite, car tel est manifestement le modèle anthropologique y afférant. En relisant le carnet personnel d’un Athénien cultivé, issu de la vielle bourgeoisie grecque de Constantinople, texte alors rédigé comme on dit “à chaud” durant les années de l’Occupation Allemande de 1941-1944, une certaine comparaison est alors possible quant à l’état des mentalités, entre cette époque pas si lointaine et la nôtre.

Pour Yórgos Pappás (1903-1982), c’est le nom de l’auteur, il n’y a guère de doute. En dépit des difficultés, de la famine, de la dureté, voire, de la cruauté dont faisaient preuve les forces occupantes, après une guerre d’abord victorieuse pour l’Armée grecque contre celle de Mussolini sur les montages d’Albanie, la triple Occupation du pays, Allemande, Italienne et Bulgare, était considérée comme provisoire et surtout, “nous n’avions pas du tout une mentalité de vaincus”, précise-t-il alors Yórgos Pappás. Ensuite, il y a cet épisode, déjà remarquable aux yeux de Pappás.

Tsolákoglou , alors Premier ministre de type “Quisling”, installé au pouvoir par les Allemands durant la première période de l’Occupation (avril 1941-décembre 1942), avait reçu dans son bureau, c’était en 1941, Pános Kókkas (1919-1974), jeune avocat à l’époque et éditeur de presse par la suite après la guerre. “C’est Kókkas qui donc insista pour cette rencontre, dont le but était de notifier à Tsolákoglou un document argumenté et préparé par le jeune avocat, prouvant que le Premier ministre était coupable du crime de la haute trahison. Tsolákoglou a lu le texte en présence de Kókkas sans réagir, et il lui a aussitôt demandé à quitter les lieux. Tout le monde s’attendait à l’arrestation de Kókkas, mais il ne s’est rien passé.” Tsolákoglou faisait preuve en effet d’un certain sens des réalités ainsi que de ce minimum de morale comme de patriotisme, ce que les historiens spécialistes de la période n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner.

L’année suivante, le 5 mars 1943, une manifestation massive, patriotique et résistante a lieu au centre d’Athènes. Les Athéniens protestent contre l’annonce de la mise en place d’une forme de STO (Service du Travail Obligatoire) au profit bien entendu de l’Allemagne. La manifestation a été violement réprimée par les occupants, et il y a eu près d’une vingtaine de morts sur place et de nombreux blessés. Le gouvernement, toujours de type “Quisling” dirigé par Konstantínos Logothetópoulos (1878-1961) a pourtant reculé devant la volonté populaire. “Aucun Grec ne sera envoyé en Allemagne pour y travailler”, avait-on alors annoncé très officiellement et tel a été effectivement le cas.

Les arguments, toujours actuels, ne manquent pas lorsqu’il s’agit de considérer Tsípras ainsi que les Premiers ministres avant lui et depuis le moment du premier Mémorandum signé avec la Troïka en 2010, comme coupables de ce crime de la haute trahison en passant aussi par la violation permanente de la Constitution. Tsípras ne réagit certes pas pour avoir été qualifié de traître à la patrie, ceci ouvertement même à travers certains médias, mais c’est cependant l’ensemble d’un système institutionnel et autant institutionnalisé qui ne réagit alors pas. Régime supposé démocratique, sauf que sa coquille est vide.

Pis encore, le cynisme, ainsi que l’amoralisme de l’inculte Aléxis Tsípras (comme de nombreux autres politiciens) sont alors tels, que cette marionnette du temps présent, insulte alors ouvertement l’immense majorité du peuple grec lorsque ce dernier se montre très majoritairement opposé à sa politique. Comme encore, il ne reculera pas devant une masse non négligeable celle des manifestants. On dirait même que les Tsolákoglou et autres Logothetópoulos, posséderaient-ils davantage le sens des réalités, et notamment celui du rejet dont ils faisaient l’objet de la part de l’immense majorité du pays réel. Ils tenaient même parfois compte de cette opinion publique et certaines manifestations de 1943 ont eu d’écho, contrairement à celles des années 2010-2019. Plus maintenant.

Il faut ici préciser que sous le leurre de la dite mondialisation, les entités humaines et sociales se trouvent privées de leurs conditions anthropologiques originales, celles qui depuis la nuit des temps avaient alors assuré leur reproduction culturelle, voire biologique. Cette paranoïa réellement existante, déclarera accessoirement la guerre à la famille, elle atomisera les êtres humains jusqu'à l’os, comme elle paupérisera à outrance ce qui subsiste encore de l’ancienne classe décidément (trop) moyenne.

Les retraités athéniens devenus vendeurs à la sauvette, n’échangeront ainsi que du seul regard avec les retraités... encore maintenus et de passage. On parle peu, on observe à peine, et surtout, on fait du surplace. Ce nouveau monde devient fragmenté, incohérent et irrationnel. Il s’apparente même à une situation humaine généralisée ayant prévalu durant les longs siècles et les temps avant même l’apparition du fait politique. “Notre” ultime postmodernisme incarne en réalité le retour imposé à un temps humain que l’on qualifierait de largement pré-politique.

Modèle anthropologique que l’on présumerait inédit. Anthropologie postmoderne impliquant une mosaïque de formes aplaties, impersonnelles, dénuées de sens et politiquement largement inexprimées comme inexprimables. Le tout, dirigé par cette main invisible qui régit les relations entre les individus impliqués, profusément stimulée par des spéculateurs parfaits à la Soros, des athéistes consacrés à la Tsípras, des égoïstes profiteurs, et qui s'engageront d’abord dans la recherche du plaisir et de l'eudémonisme. Pour le reste, la caste des marionnettes est autant imbibée visiblement dans le vice de moins en moins caché, l’anomie, et c’est l’arbitraire, le leur, qui devient ainsi obligatoire.

Manifestement, Tsípras, à l’instar de tant d’autres, appartient à cette caste ainsi préfabriquée. Et au niveau pratique, il ne restait que l’officialisation de la liaison, entre la gauche, la droite dite “libérale”, et les globalistes à la Soros. C’est chose faite avec la fin de l’illusion socialiste, de même qu’avec la fin de l’illusion trompeuse des démocraties dites représentatives. Pourtant nous avons été quelque part prévenus. Panagiótis Kondylis (1943-1998), grand esprit du siècle dernier, avait déjà insisté sur le dénominateur commun essentiel du marxisme originel et du libéralisme capitaliste. Ce dénominateur commun alors réside dans la prétendue certitude de l'élimination des guerres, rien que par l'absorption de l'élément politique par l'élément économique.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou par sous le titre Monde fini sur son blog Greek Crisis

mercredi 13 février 2019

Dernières nouvelles de Grèce

Le système politique s’effondre, déjà aux yeux et aux consciences encore humaines du pays réel, sauf qu’il n’est pas remplacé. Par contre, les réalités et autres évidences du pays sont pour leur part bel et bien remplacées. Ainsi, la presse du jour fait également ses titres sur l’Airbnbisation galopante. “Les acquéreurs, Russes, Israéliens, Chinois, Libanais et autres, achètent même nos immeubles entiers pour les transformer aussitôt en... buildings Airbnb exclusifs.” La ville d’Athènes est ainsi sillonnée par ces véhicules neuf places appartenant aux agences immobilières, souvent étrangères. L’autre jour, des acquéreurs potentiels venus de Chine, ils ont été déposés de la sorte dans le quartier de l’Académie. Aristote... appréciera.

Entre le “Programme de réhabilitation du centre historique” ainsi que le Redémarrage dit économique, c’est certes la fuite en avant... sauf qu’elle se réalise pratiquement sans les habitants du pays, voire, en majorité contre eux. D’après la presse grecque, près de 60% des appartements Airbnbiens en Grèce appartiennent aux investisseurs étrangers. Les nationaux ou sinon les forces vives de la nation d’après notre... dialecte européen des temps visiblement très anciens, n’ont qu’à aller voir ailleurs, ailleurs... ou dans l’au-delà.

Sous le lustre de la normalité, il y a ces galeries commerciales asséchées, puis, derrière les vitrines ailleurs en ville, y figurent les nouveaux guides touristiques pour si possible quitter le pays à destination de la Russie ou de la Pologne. Nos libraires centrales tiennent finalement le coup, et il y a même certaines nouvelles librairies nommées “bazars”, sans oublier les enseignes qui proposent de l’alimentaire présumé biologique, comme celui issu de la production régionale grecque.

Ainsi va la vie et... la mort, pays ainsi refait à neuf, les mourants, 70% de la population dans de difficultés, 30% restant qui s’en sort et qui consomme, les touristes et les nouveaux habitants en plus. Acquéreurs d’immobilier, retraités de pays occidentaux dont le montant de leurs retraites ne permettant plus une vie économiquement digne chez eux, migrants subventionnés ou pas par les ONG à la Soros ou par l’UE, voire, truands de toute sorte ayant trouvé un terrain bien labouré par les criminels bien d’ici. Terrain labouré autant par la concrétisation aussi rapide du “paradigme grec” sous la Troïka. En moins de dix ans c’est alors flagrant... pays territoire et “nouvelle économie”.

Sous le lustre de la normalité donc, la mutation et souvent la mutilation dominent alors corps et âmes. Les Grecs ne réagissent plus de manière endurante, et lorsqu’ils le font pacifiquement, près de 600.000 manifestants contre l’accord macédonien de Tsípras à Athènes le 20 janvier dernier, eh bien, ils sont totalement ignorés par le para-pouvoir. Notons-le, même si par exemple et sur cette question macédonienne, tous les sondages indiquent que les Grecs lui sont opposés à près de 75%. Le fardeau est lourd, l’histoire se rallonge depuis près de neuf ans, l’écœurement se transforme ainsi en cette haine méticuleusement stockée dans les batteries potentielles du futur, mais alors jusqu’à quand ?

“La dette, tout comme la politique de la Troïka depuis 2010, c’est une histoire montée par les directoires mondialisateurs et germano européistes pour prendre le pays en otage. En somme, pour prendre le pays tout court. Les biens appartenant à l’État grec, les biens privés, les ressources, les infrastructures, et enfin, ce qui en reste de sa souveraineté. Tel a été le plan bien préparé comme souvent dans la géopolitique, car il s’agit avant tout de guerre et de géopolitique. La classe politique immonde et corrompue suit et obéit aux ordres des agresseurs du pays, sans la moindre vergogne. Piètres politiciens dont Tsípras et sa gauche incarnent alors le comportement criminel le plus abject qui soit depuis le temps des funestes Colonels. Tsípras est un traître et d’ailleurs visiblement, il est heureux de l’être, ceci, parce que finalement et entre autres, Tsípras est un conard et pour ne rien cacher, c’est un idiot fini”, radio 90.1 FM, propos du journaliste Yórgos Trángas le 4 février 2019, cité de mémoire.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre Assemblée... "prostituante" sur son blog Greek Crisis

Bonus (14/02/2019)

ΔΕΗ: APRÈS LES CENTRALES THERMIQUES , LA SOCIÉTÉ S’APPRÊTE À VENDRE LES CENTRALES HYDROELECTRIQUES :

La société de distribution de l’électricité grecque ΔΕΗ qui a mis en vente ses centrales thermiques s’apprêterait à vendre les centrales hydroélectriques sur la base de l’accord conclu avec la Commission européenne. La vente potentielle des centrales hydroélectriques constituerait un crime majeur au niveau national et serait bien entendu le coup fatal pour ce qui reste de ΔΕΗ et de ses employés.

catastroika.PNG Cliquer pour voir l'extrait du film Catastroïka consacré à la privatisation de l'électricité en Californie et en Grèce

Voir aussi le film de Gilles Balbastre, Main basse sur l'énergie

Et participez à la souscription pour financer le prochain film de Gilles Balbastre

mardi 12 février 2019

Il y a 17 ans : Pierre Bourdieu sur "les révolutions ratées"

bourdieurevolutionratee.PNG Cliquer sur l'image...

Bonus

disxours_palatin.PNG Cliquer sur l'image pour une spéciale dédicace aux Député(e)s de la République en Marche et aux neuneux moustachu(e)s...

Il y a 16 ans : les écoles du PPA

Le sardon François Rufin a enquêté dans la promotion 2002 de l’école du PPA. Jour après jour, il a noté au mot près les propos des formateurs, des intervenants extérieurs, de la direction de l’établissement, les réactions des étudiants. Il en a tiré un livre, Les Petits Soldats du journalisme, Éd. Les Arènes, février 2003.

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Dès le début de l’année, le responsable des « première année » du Centre de formation des journalistes a prévenu : « Dans la profession, il y a un certain nombre de journaux ou de journalistes qui ne sont pas dans la ligne, on dira. Mais ici, on va vous demander de suivre la ligne, si on peut dire, de rester dans la norme ». Puis il a hurlé : « Eh bien, oui, oui, il y a un moule CFJ et il faudra bien vous y couler ! » Ce moule, les intervenants du CFJ taillés sur mesure vont lui donner forme : les rédacteurs en chef de Paris-Match, de La Croix, de LCI, de France 2, du Parisien, le président du CSA, l’ex-PDG de Canal+, les patrons de RTL, de Ouest-France, les anciens rédacteurs en chef de Libération, du Figaro, de France-Soir, du Monde, les directeurs du Monde, de Télérama, de L’Express, de TF1, de Courrier international, de l’Equipe.fr. Ces serviteurs du PPA enseigneront à leurs futurs employés l’absence d’esprit critique et l’amour de l’argent. À un élève intrigué par un dossier du Nouvel Observateur presque intégralement consacré à la splendeur des villas marocaines achetées par des millionnaires, Mouchard, directeur de la rédaction de l’hebdomadaire, répond : « C’est l’une de nos meilleures ventes cette année. Et puis, moi, j’aime bien. C’est drôle, c’est marrant, c’est parisien… Oh, le pauvre immigré, le pauvre chômeur, ça on l’a déjà fait dix fois. (…) C’est vrai, on fait une sorte de Gala pour riches… »

Produire vite et mal

À la sortie de l’école, il faut, résume un pédagogue, « que vous sachiez écrire sur n’importe quel sujet, même si vous n’y connaissez rien ». La vertu cardinale consiste à savoir composer sur le champ un potage de mots pour un « papier » 2. « J’allais dire “tant pis si c’est de la merde”, précise le responsable des premières années. C’est peut-être un peu excessif, mais l’idée est là. » Pas encore déniaisées, certaines recrues imaginent que le journalisme consiste à informer. Mal leur en prend. Benoît chroniquait un ouvrage sur la guerre d’Algérie. Une intervenante : « Poursuis ton papier sur le livre de Jacques Duquesne. » L’élève : « Mais je ne l’ai pas ouvert. » L’intervenante : « Non, pas la peine, faut faire vite. Lis juste une critique du Monde. » Notre enquêteur avait eu l’outrecuidance de rédiger un article sur les travailleurs pauvres. Pressé, il compulse sa seule source, un article du Parisien. Une enseignante interrompt sa lecture : « Survole, survole, on n’a pas le temps. » L’exigence de la vitesse prend parfois des allures de gag : « Ton interview plateau, il faut trois questions trois réponses. Tac tac tac. En trois minutes maxi, on doit tout savoir sur la mort » (responsable télé). Encouragés par l’encadrement, les élèves apprennent à ne plus se soucier de ce qu’ils écrivent : « Votre reportage était très bien. On n’apprend rien, on aura tout oublié dans dix minutes, mais c’est bon pour Pernaud. On l’achète pour le 13 heures. ».

La faculté d’écrire n’importe quoi ne suffit pas. Il faut savoir flairer les sujets qui aguichent les concurrents. Et pour cela, « suivre l’actualité » comme un chien renifle l’odeur de son maître. « Votre tâche, c’est de reprendre ce qui vous est dicté par l’actualité », explique le responsable des premières années. On se « situe par rapport à elle », tantôt en « avance », tantôt en « retard ». « Le salon du chocolat, on n’y coupera pas. » « Loft-Story, c’est incontournable. » « Mais pourquoi tu t’obsèdes avec les infirmières ? On a fait une brève, c’est bon. Regarde Le Parisien, regarde Libé, y a pas un article dessus. Même pas dans l’Humanité ! » Ce fonctionnement, le directeur du CFJ l’a théorisé dès la rentrée : « Le premier réflexe dans le métier, c’est de regarder ce que font les confrères. » Pour attirer l’attention des journalistes, tout sujet doit être préalablement construit comme une « actualité ». La plupart des associations acceptent ces règles du jeu. Ainsi, une fois par an, ATD-Quart Monde organise la « Journée de la misère ». L’« actu » du jour, c’est les pauvres, et les enseignants du CFJ se muent en dangereux révolutionnaires : « Tu ramènes au moins deux sons, un bénévole ou un responsable. Et tu me trouves un pauvre. » Les 364 autres jours, vive les villas marocaines chères à Mouchard !

Le journalisme ne consiste pas à mettre en question les idées reçues mais à les mettre en pratique

Pour traiter les sujets qui font vendre, rien ne vaut les sentiers battus par les « concurrents ». L’identité des pédagogues du Centre prévient toute incartade : un rédacteur en chef de LCI (la chaîne info de Bouygues, qui emploie Edwy Plenel, Roi du téléachat) encadre les semaines de télévision. En radio, tous les formateurs sont des présentateurs de journaux et non pas des reporters de magazines. Ils ne jurent que par les formats courts et « la fraîcheur de l’information » (égale à celle du poisson). « Donc, on ne vous le répétera jamais assez : faites simple. Très simple. Et super court aussi. » Parfois, un étudiant s’interroge : « C’est pas d’actualité, mais ça ne veut pas dire que ça mérite pas d’être traité. » Le chef des secrétaires de rédaction s’étrangle : « Mais tu te rends compte ? Tu racontes n’importe quoi ! C’est chaud, c’est chaud, ou alors ça ne se justifie pas. On se demande ce que tu fais ici, en deuxième année, pour raconter des trucs comme ça ! » Ainsi malaxée, la jeune garde du PPA apprend que le journalisme ne consiste pas à mettre en question les idées reçues mais à les mettre en pratique. Comme le résume le responsable pédagogique du CFJ, « l’actualité, c’est l’actualité. Un événement, c’est un événement. Le journalisme, c’est le journalisme. Voilà pour la théorie. Maintenant, on passe à l’action. »

Si l’école du PPA vrille la médiocrité (et le téléachat) dans les crânes, c’est parce qu’« on s’intéresse d’abord aux lecteurs, de quoi veulent-ils qu’on parle ? de quoi parlent-ils avec leurs amis ? C’est ça qui doit faire la “une” du lendemain ». Jean-Marc Lech, patron de l’institut de sondage IPSOS, décrira le plus « scientifiquement » l’univers des médias : « On explique les désirs des lecteurs comme à la direction d’Évian et de Danone les désirs des consommateurs. » Tout l’enseignement du CFJ se fonde sur une logique d’audimat. « Les logements des immigrés, tu vois, c’est un peu éloigné des préoccupations des lecteurs. » ; « Ton papier sur les centres d’appels, je ne crois pas que ça passionnerait les lecteurs. » ; « Les taudis du XXe, c’est intéressant, je ne dis pas. Pour autant, est-ce que ça plaira aux lecteurs ? » Au terme de deux ans d’internement, l’étudiant du CFJ pourra satisfaire Robert Namias, directeur de l’information sur TF1, qui lui a enseigné que « la première qualité de ce métier, c’est de réfléchir à ce qui sera le sujet de conversation à table ».

Sauf par provocation, proposer une couverture sur « la condition ouvrière » ne viendrait pas à l’esprit des étudiants, désormais ajustés aux attentes de leurs premiers lecteurs : les enseignants. Excités par « l’actualité » d’un « quartier de l’horreur pédophile 3», ces derniers expédient leurs ouailles à Outreau, une ville populaire du Pas-de-Calais. Des rues comme les autres. Des tours comme ailleurs. Des HLM ni mieux ni pires que partout. Avant le départ, pourtant, une intervenante du Nouvel Observateur (ancienne du CFJ) raconte la ville : « Ça puait la soupe aux choux, le pipi de chat, vraiment le quart-monde. » Un salarié du Monde (lui aussi ancien du CFJ) renchérissait : « Y’avait des obèses, des à qui il manquait des dents, on ne comprenait rien à ce qu’ils disaient. » Ce racisme social se retrouvera dans les colonnes des deux grands journaux « de gauche » du groupe QVM : « Sur le palier décrépi du troisième étage, Yann, trente ans, se tient à côté d’une porte qu’il vient de défoncer à coups de pieds. Son haleine empeste l’alcool. (…) Sa jeune compagne, en pleurs, a le visage rougi, enlaidi par une incisive manquante. » (Le Monde, 12.01.02) « Monter les marches qui mènent vers les appartements , c’est pénétrer dans un autre univers. (…) Ici, on cuisine un chou au son criard d’une télévision. Là, un couple se dispute violemment. » (Le Nouvel Observateur, 24.01.02) Pour ces journalistes comme pour la totalité des étudiants de la promotion, les classes populaires appartiennent en effet à « un autre univers » (lire encadré)

Encadré

LA SÉLECTION SOCIALE DES LARVES DU PPA

Parmi les 54 élèves de la promotion 2002 du CFJ, aucun enfant d’ouvrier, de cheminot, de caissière : 54 élèves qui se ressemblent, dont les parents sont professeurs, médecins, magistrats, ingénieurs, commerciaux, etc. 14 Lorsqu’ils intègrent l’école du PPA, les apprentis journalistes sont déjà titulaires de maîtrises d’histoire, de DEA de lettres. Des bac+3 au minimum, des bac+5 à la pelle. Et surtout, des diplômés « Sciences Po ». Un tiers de l’effectif du CJF est enrôlé à la sortie de cet autre incubateur de vers à soie du PPA. Les épreuves d’entrée (cartographies, questionnaire d’actualité, dissertation sur l’état de la France) sont similaires. Les références culturelles, identiques. Les ratés de Sciences-Po finissent au CFJ, les autres à l’ENA. C’est l’historien catholique racorni René Rémond qui préside à la fois le jury du CFJ et la fédération des Instituts d’études politiques. L’objectif de l’enseignement est à peu près le même dans les deux institutions, comme le suggère Alain Lancelot, ancien directeur de Sciences-Po : « Nos étudiants apprennent à problématiser n’importe quel sujet, ils savent construire une argumentation et ils savent la mobiliser dans un temps court sans endormir leur auditoire. Croyez-moi, par la suite, on entend la différence. » Et La sélection sociale y est tout aussi drastique. Sciences Po « s’est encore embourgeoisé depuis dix ans », note le sociologue sardon Alain Garrigou. De 1987-1988 à 1997-1998, la part des enfants d’ouvriers est passée de 1,5% à 1% (contre 27% dans la population active française), celle des employés de 2,5% à 2% (30%), tandis que le sous-total des enfants de classes supérieures passait de 77 à 81,5% 15.

Fin encadré

Petits soldats du journalisme

« Sans documentation, pas de journalisme », plastronnait en 1996 une brochure du l’école 4. Le CFJ se targuait alors d’une bibliothèque « exceptionnelle, souvent enviée et consultée régulièrement par les chercheurs et les historiens de la presse ». Le CFJ n’a plus ni bibliothèque ni documentation. Officiellement « en cours de transfert »… depuis quatre ans. En réalité, on a décidé de « réduire les coûts ». À la place des « 11 500 volumes, 209 périodiques, 2 000 dossiers thématiques » d’antan, on a installé « la direction générale, les ressources humaines, la gestion-comptabilité et la toute nouvelle rédaction en chef du site web du CFPJ » 5. Mais l’enquêteur de PLPL est formel : « Jamais cette bibliothèque n’a manqué à notre enseignement. Jamais un permanent ne nous a conseillé la lecture d’un ouvrage. Hormis la directrice du CFPJ, qui, lors d’une conférence de Roger Pol-Droit, philosophe au Monde, brandissait son dernier opus à bout de bras et nous haranguait comme une bonimenteuse : “Il vient de publier Les religions expliquées à ma fille, achetez-le, courez l’acheter en sortant de ces rencontres." 6» L’absence de bibliothèque favorise la « pédagogie CFJ ». Pour livrer aux entreprises du PPA ses légions de techniciens efficaces et rapides, nul besoin de lire. Cela ferait chuter la productivité. Comment réaliser un reportage de 1 minute 30 secondes relatif à la situation en Côte d’Ivoire si on a consulté plusieurs ouvrages sur le sujet ? Une connaissance du dossier encouragerait à des raffinements qui encombreraient le format. Une seule issue : s’en tenir aux idées reçues.

La mythologie professionnelle ressasse la figure du grand reporter ou du journaliste « d’investigation » tenace, curieux et impertinent. Mais le CFJ préfère façonner des sténographes vissés devant leur écran et sachant dire « Oui chef ! » Le bon élève passe le plus clair de son temps dans les locaux et ingurgite un maximum de dépêches. CFJ-Notre Journal, le bulletin interne de l’école, chante ainsi l’apprentissage du journalisme moderne : « Tapotement constant sur les I-Mac bleus disposés en arc de cercle, course poursuite à travers les étages, discussions animées autour d’un café serré, ponctuées de bruyants fous rires, projets d’articles, rêves futiles de vacances, un Libé solidement accroché à la main… Scènes de la vie ordinaire d’un étudiant du CFJ. » Pas une de ces « scènes de la vie ordinaire » ne se déroule hors de l’école. Une élève : « Soit on se met dans un coin, pour qu’ils nous oublient, soit on simule l’activité… mais si tu sors, ils te repèrent. Moi, le soir, j’allais aux congrès, aux réunions politiques, et eux me reprochaient mon absentéisme. Du coup, je suis restée ici, à surfer sur Internet. »

Made in CFJ

La pédagogie de la soumission complète la formation du petit soldat du journalisme. Sous prétexte d’habituer les étudiants à l’autoritarisme de leurs futurs chefs moustachus et amateurs de cigares, la direction du Centre multiplie les mesures vexatoires. Tout retard, toute absence de zèle est dénoncée au directeur et sanctionnée par un « avertissement » ou par une menace d’exclusion. Une déviance millimétrique se traduit par un passage devant le conseil pédagogique pour « indolence ». Il faut assouplir les échines pour les préparer aux trépignements de Mouchard et aux contraintes de la précarité. Les UV (unités de valeur) sont accordées selon des appréciations subjectives et floues (« disponibilité », « écoute ») : un élève « opiniâtre et léger, un peu entêté, taciturne et rêveur » fut traduit en conseil de pédagogie. Verdict du directeur : « La deuxième année sera pour vous une période probatoire où on attend de vous que vous normalisiez votre comportement. » Pour la plupart, ce genre de réprimande est inutile.

« Est-ce que vous croyez qu’on peut interroger Monsieur d’Arvor sur son interview de Fidel Castro ? » Avant de s’autoriser pareille impertinence, Anne avait consulté le directeur. Il préconisa l’abstinence, tout en la laissant bien sûr libre de… Le lendemain, un encadrant, ex-rédac’chef du Monde (journal associé à TF1 lors de la dernière élection présidentielle), clarifia : « Évitez de le questionner sur son bidonnage à Cuba. C’est un peu convenu et ça risque de le blesser gratuitement. Chacun commet des erreurs dans sa vie. Inutile de remuer le couteau dans la plaie. » Chacun se le tint pour dit : après tout, TF1 est un employeur potentiel…. Un autre soir, après la venue du président du CSA d’alors, Laisse d’or de PLPL (n° 2-3, presque épuisé), le directeur félicita son troupeau : « Hervé Bourges vous a trouvé très bien, très sages. Il m’a même raconté, je vous fais une confidence, qu’il avait donné la leçon inaugurale, en début d’année, à l’ESJ de Lille. Vous savez qu’il est président de cette école… Et les étudiants lui avaient posé des questions, mais agressives, déplacées. Il a dû sermonner le directeur des études. Eh bien hier, il a pu comparer avec vous, et il vous a trouvé très très bien. »

Les journalistes-enseignants ne font eux-mêmes qu’obéir aux ordres. « La doctrine du CFJ, se défend le responsable, elle est établie là-haut. Elle dépend du CA et de la direction. Nous ne sommes pas le pouvoir décisionnaire. » Un Conseil d’administration où ne siègent ni étudiants, ni enseignants, ni syndicalistes. Seulement les mécènes bienfaiteurs du Centre, dirigeants de TF1, de France 2, de Canal+… Le responsable des « première année » a expliqué : « Ça fonctionne comme dans n’importe quelle entreprise. Si vous voulez influer sur l’école, donnez votre argent au CFJ et vous entrez au Conseil d’administration. »

Notes (il en manque...)

2. Dans le jargon journalistique, un « papier » désigne un article 3. Libération, 11 janvier 2002. 4. Mémoires pour un cinquantenaire 1946-1996 (p. 137-141), édité en 1996 par l’Association des anciens élèves du CFJ. 5. CFJ-Notre Journal, n° 50, février 2000 6. Les cliniciens sardons ont repéré ce symptôme dés 1997 chez Edwy Plenel, animateur d’une émission de téléachat littéraire sur la chaîne Bouygues-LCI. PLPL a immédiatement lancé une étude sur les risques de contagion du téléachat moustachu. Le principe de précaution devrait être appliqué sans délai et avec la même rigueur que lors de l’épisode de la vache folle. 14. Questionnaire administré en collaboration avec PLPL et rempli par les deux tiers des promotions 2002 et 2003. 15. Source : Alain Garrigou, Les Élites contre la République, La Découverte, 2001, p.148. Le Roi du téléachat a interdit que le QVM mentionne l’existence de ce livre : Ramina « enseigne » en effet à Sciences-Po dont la bibliothèque commande tous les ouvrages d’Edwy Plenel sitôt qu’ils sont humidifiés par les langues de BHL et de Thierry Ardisson.

source : PLPL n°12

Lire la suite du dossier

lundi 11 février 2019

L’opposition grandit contre le train des riches Charle-de-Gaulle Express

Le gouvernement a confirmé cette semaine la réalisation du CDG Express. Cette navette rapide entre l’aéroport de Roissy et Paris est destinée aux touristes et voyageurs d’affaires. Mais les usagers du RER B craignent que cela dégrade encore le service sur cette ligne sur-fréquentée.

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Le projet de ligne directe entre Roissy et Paris permettrait, pour un prix annoncé de 24 euros par trajet, de franchir les 32 kilomètres entre l’aéroport et la gare de l’Est en seulement 20 minutes, à raison d’un train tous les quarts d’heure. Il s’adresse aux touristes et voyageurs d’affaire. Il est présenté par Aéroports de Paris (ADP) comme une « absolue nécessité » dans un contexte de croissance du nombre de voyageurs aériens, de saturation des routes entre l’aéroport et la capitale, de coexistence difficile des touristes et des voyageurs quotidiens dans le RER B et enfin de l’accueil des Jeux Olympiques en 2024. Le coût des travaux est estimé à 2,1 milliards d’euros. La gestion des voies pourrait être confiée à parts égales à ADP, à SNCF Réseau et à la Caisse des Dépôts. L’exploitation irait au Groupement Keolis-RATP Dev.

Le CDG Express va nécessiter la construction de 8 km de voies nouvelles, et partagera pour le reste (24 km) ses voies avec la ligne K du transilien, qui sont aussi celles utilisées par les TER Paris-Laon et sont parallèles à celles du RER B. « Cela fait des années qu’on demande l’élargissement du tunnel du RER B à Châtelet, ce qui améliorerait grandement le trafic, et qu’on nous répond que cela coûterait 1 milliard d’euros donc trop cher. Et là ça va coûter le double ! » dit Didier Le Reste, président de l’association Non au CDG Express. « Le Charles-de-Gaulle express n’aura que 17.000 utopiques usagers quotidiens quand le RER B en a 900.000 ! » renchérit Charlotte Blandiot-Faride.

Lire l'article de Marie Astier paru sous ce titre sur le site de Reporterre

La fusion Alstom-Siemens ou l'échec de l'UE

asselineaualsthom.PNG Cliquer sur l'image pour voir une vidéo fasciste...

dimanche 10 février 2019

Il y a trois ans : Lettre ouverte à Madame La Députée Cécile Duflot

Le Musée de l'Europe a pris connaissance du témoignage de Madame Cécile Duflot lors du procès en diffamation intenté par Denis Baupin. Il a été particulièrement choqué du harcèlement exercé par ce prédateur sur une femme allaitante. Le début de la civilisation (que nous daterons du néolithique et donc du début de la possibilité d'accumuler quelque chose, d'en spolier les autres, et donc d'exercer un pouvoir appelé au fil des millénaires à devenir conséquent, car on peut présumer qu'au Paléolithique, un certain nombre de choses allassent de soi par la force des choses, sinon nous ne serions pas là pour affronter ces problèmes) repose par nécessité bien ordonnée sur la protection des femmes qui biologiquement portent les enfants et les allaitent et se trouvent par ce fait temporairement particulièrement et régulièrement vulnérables, sauf législation sociale de haut niveau apparue en 1945 et perfectionnée depuis, perfectionnable, mais aussi susceptible de régressions rapides .

Pour autant, après relecture, nous maintenons et signons les différents textes du Concierge adressés à Mme Duflot. D'autant plus que l'interview de Mme Duflot par Médiapart mise en cause dans le billet ci-dessous, prend une autre lumière, puisque Mme Duflot se posant en soutien des femmes de son parti, ne disait pour autant pas tout ce qu'elle révèle aujourd'hui. Qu'elle briguât quelques mois plus tard l'investiture de son parti pour la Présidentielle y fût-il pour quelque chose ? Au bout d'un moment, il faut que chacun-e sache ce que signifie briguer des postes politiques, et ce que l'on doit donc y sacrifier dans le même temps qu'on en fait profession de foi. C'est une leçon d'éducation populaire...

Car il est avéré désormais que la couverture de ces actes ignominieux relève d'un mélange indémêlable de domination masculine et de gestion de carrière d'une femme de pouvoir.

Les intersectionnalistes voudront bien nous éclairer sur la part qui revient à la première cause (victime) et sur celle qui revient à l'autre (bourreau).

Le Concierge

Lettre ouverte à Madame La Députée Cécile Duflot

Madame La Députée,

Mediapart a consacré une soirée à l’adoption en première lecture de la loi El-Khomri par le 49.3 ET aux scandales de violences sexuelles à l’Assemblée Nationale, deuxième partie qui aura concentré les 2/3 de l’ordre du jour de cette soirée.

Vous étiez l’invitée d’une heure d’émission.

Le jour-même, vous vous étiez abstenue de voter la motion de censure déposée par la droite contre la loi El Khomri après avoir signé une motion de censure « de gauche ». Le Musée de l’Europe & de l’Afrique vous avait adressé une adresse, en vérité un supplique, ainsi qu’à tous vos collègues signataires. Votre secrétariat n'a pas daigné nous répondre.

En ce jour l’animatrice de Mediapart ne vous a pas posé la question de votre absence de vote de la motion de censure.

Or, au-cours de cette soirée Médiapart, le profane a appris beaucoup de choses.

1) L’Assemblée Nationale est une zone de non-droit du point de vue du code du travail. Et permet donc toute forme de harcèlement, et toute forme d’agression y compris sexuelle, et particulièrement non pas tant des Députées, mais des collaboratrices (et certainement plus marginalement des collaborateurs.)

2) Moins l’arbitraire patronal est contrôlé par la loi, plus le harcèlement et l’agression sexuels sont répandus. En des temps que les moins de 80 ans ne peuvent pas connaître, on appelait cela « droit de cuissage ». Et tout le monde savait qu’il s’agissait là non d’une anormalité, mais de la normalité.

À aucun moment vous n’avez fait le lien entre le code du travail et les agressions sexuelles (dont vous avez plus ou moins avoué avoir eu connaissance en tant que patronne du Parti.)

Ni avec votre refus de voter la censure du gouvernement, seul moyen d’empêcher l’adoption de cette loi scélérate.

Ces deux attitudes sont intrinsèquement liées.

En refusant de voter la censure permettant l’adoption en première lecture de la loi El Khomri, vous avez livré des millions de femmes de ce pays (mais aussi de nombreux hommes) au renforcement de l'arbitraire et donc de ces ignominies.

Au même titre que tous vos collègues hypocrites signataires de la motion de censure « de gauche » qui n’ont pas voté la motion de censure de droite, le Musée de l’Europe & de l’Afrique, Madame la Députée, vous conchie.

Vous ne nous représentez pas.

En son nom propre, le Musée de l'Europe & de l'Afrique militera contre tout mandat que vous prétendriez solliciter à l'avenir. En son nom propre, c'est à dire ni au nom de la population de ce pays que vous êtes sensée représenter et encore moins au nom des femmes au nom desquelles vous prétendez régulièrement parler.

Fait à Argein, le 13 mai 2016.

Pour le Musée de l'Europe & de l'Afrique et la Commission des Châtiments Corporels

Le Concierge

Première parution : Lettre ouverte à Madame La Députée Cécile Duflot

samedi 9 février 2019

L’Europe veut des tribunaux d’arbitrage permanents

L’Union européenne veut désormais aller plus loin. Son objectif est d’instaurer une cour permanente d’arbitrage au niveau international pour remplacer les mécanismes inscrits dans les traités de libre-échange et graver dans le marbre la pratique. En mars 2018, le Conseil européen a adopté des directives de négociation autorisant la Commission européenne à négocier au nom de l’Union « une convention instituant un tribunal multilatéral chargé du règlement des différends en matière d’investissement ». Elle en a fait la proposition officiellement devant la commission des Nations Unies pour le droit commercial international le 18 janvier dernier. Cette proposition doit être étudiée du 1er au 5 avril prochain, lors d’une réunion de cette commission. Si elle venait à voir le jour, cette cour serait une arme considérable dans les mains des multinationales pour défaire les lois sociale et environnementales obtenues par les peuples.

Les traités de libre-échange organisent à l’échelle mondiale un rapport de force favorable aux multinationales contre les États et les peuples. L’une des armes dont elles disposent sont les tribunaux d’arbitrage. Ces tribunaux privés ne sont pas composés de juges mais d’arbitres. Il n’y a aucune exigence d’indépendance ni de compétence pour occuper ce poste. Ce sont les mêmes avocats d’affaires qui jouent successivement les rôles de juges ou d’avocast selon les affaires. Ce mode de fonctionnement induit évidemment une corruption généralisée et structurelle. Les tribunaux d’arbitrage sont utilisés par les multinationales pour attaquer les États contre certaines régulations, certaines politiques qu’ils mettent en place et qui dérangent leurs intérêts. Les décisions qui s’y prennent ne se basent pas sur les législations nationales mais uniquement sur les accords bilatéraux en matière de commerce et d’investissements. Ces traités contiennent des dispositions suffisamment floues pour donner aux arbitres une grande marge d’interprétation, et celle-ci fonctionnent rarement en faveur des États. Les accords les plus récents ont même introduit la notion des « attentes légitimes » des investisseurs pour justifier leur droit à la cupidité. Ainsi, au nom de tel ou tel traité, une multinationale peut demander une indemnisation pour les profits futurs qu’elle pensait pouvoir réaliser si telle ou telle législation n’avait pas été introduite.

Fin 2017, on recensait en tout 855 plaintes connues pour un montant moyen d’indemnisation accordée aux multinationales par les États de 454 millions d’euros. Quelques exemples suffisent à se convaincre du rôle néfaste de ces tribunaux pour la justice sociale et environnementale. L’Allemagne a par exemple été condamnée à payer 1 milliard d’euros à une entreprise pour sa décision de sortir de nucléaire. Peu importe que les centrales nucléaires de l’entreprise en question étaient défaillantes. L’Italie est, elle, attaquée par une entreprise pétrolière britannique pour avoir décidé d’interdire l’extraction gazière et pétrolière à moins de 12 milles des côtes pour prévenir les marées noires. Une entreprise minière canadienne demande 16 milliards de dollars à la Colombie, soit 20% de son budget national pour avoir créé un parc national sur une zone de la forêt amazonienne, annulant ainsi un projet de concession de mine d’or. Quand une telle menace plane, certains États préfèrent renoncer avant exécution par peur d’être condamnés. Ainsi, un fournisseur d’énergie suédois a contraint en 2010 la ville de Hambourg à revoir à la baisse ses exigences écologiques pour la construction d’une centrale à charbon, après l’avoir menacé de réclamer 1,4 millions d’euros. Le Canada et la Nouvelle-Zélande ont tous deux ajourné leurs politiques antitabac suite aux menaces des cigarettiers.

L’Union européenne est à la pointe pour imposer à chaque fois qu’elle le peut cette justice privée qui mine la souveraineté des États. Dans le projet de traité avec les États-Unis, le Tafta, de tels mécanismes d’arbitrage étaient prévus. Ils avaient fait l’objet d’une vague d’indignation populaire dans de nombreux États européens suite au travail de décryptage et d’éducation populaire d’associations comme ATTAC. L’homme qui y était le spécialiste du combat contre les traités de libre-échange, Frédéric Viale, est désormais candidat aux élections européennes sur la liste de la France insoumise. Lors de la signature du traité de libre-échange avec le Canada, la Commission européenne a tenté de faire croire qu’il n’y avait pas de tribunal d’arbitrage. En réalité, sous en nom différent, ce traité institue un tribunal permanent d’arbitrage entre les investisseurs et les États. Certes, les juges y seront nommés par les États. Mais le principe vicieux reste le même : les multinationales peuvent s’émanciper des législations nationales pour se référer à la place à un traité négocié par des technocrates non élus et non ratifié par les peuples. Elles ont le droit à une justice d’exception. On pourrait dire que c’est pire puisqu’il est désormais institutionnalisé.

L’Union européenne veut désormais aller plus loin. Son objectif est d’instaurer une cour permanente d’arbitrage au niveau international pour remplacer les mécanismes inscrits dans les traités de libre-échange et graver dans le marbre la pratique. En mars 2018, le Conseil européen a adopté des directives de négociation autorisant la Commission européenne à négocier au nom de l’Union « une convention instituant un tribunal multilatéral chargé du règlement des différends en matière d’investissement ». Elle en a fait la proposition officiellement devant la commission des Nations Unies pour le droit commercial international le 18 janvier dernier. Cette proposition doit être étudiée du 1er au 5 avril prochain, lors d’une réunion de cette commission.

Extrait du blog de Jean-Luc Mélenchon

PS (sic) : Ce texte se termine ainsi: "Les députés européens insoumis que vous enverrez à Strasbourg en votant aux élections européennes se battront contre ce projet. Au contraire, ils défendront l’idée d’un traité international contraignant les multinationales à respecter les droits humains comme la proposition en a été faite par l’Équateur et l’Afrique du Sud et pour laquelle l’Union européenne freine des quatre fers."

De qui se moque-t-on ? Les "Députés" européens n'y pourront rien changer.

Le témoignage de Yanis Varoufakis accablant pour lui-même (8)

Les négociations secrètes et les espoirs déçus de Varoufakis avec la Chine, Obama et le FMI

Dans la septième partie, la première capitulation du 20 février 2015 a été analysée en détail. Cette huitième partie se concentre sur l’échec des négociations avec les autorités chinoises, la poursuite de la diplomatie secrète, les relations avec le FMI, la non-application de la décision de suspendre le paiement de la dette au FMI, l’absence de soutien de Varoufakis à la Commission pour la vérité sur la dette grecque.

Extrait :

Varoufakis rend compte d’une réunion surréaliste entre Tsipras et ses principaux ministres qui a eu lieu le vendredi 3 avril 2015. Il explique qu’avant la réunion, il a essayé de convaincre Tsipras de ne pas faire le prochain paiement au FMI prévu pour le 9 avril 2015 pour un montant de 462,5 millions d’euros. Son argument : il fallait mettre la pression sur les dirigeants européens et la BCE afin d’obtenir quelque chose (par exemple, la rétrocession à la Grèce des deux milliards d’euros de bénéfices de la BCE sur les titres grecs de 2010-2012) car rien n’avait été obtenu de leur part au cours du mois de mars. Varoufakis déclare qu’il a eu l’impression de ne pas avoir réussi à convaincre Tsipras. Il relate les propos et le comportement de Tsipras lors du « conseil des ministres informel » (sic ! p. 348) qui a suivi :

« Nous étions sur une voie qui ne menait nulle part, dit-il, mais plus il parlait, plus l’atmosphère devenait lugubre. Le temps qu’il finisse, une chape de résignation pesait dans la salle. Plusieurs ministres se sont exprimés, mais ils trahissaient une profonde mélancolie. Alexis a repris la parole pour conclure. Il a fini comme il avait commencé – lent, sombre, presque déprimé –, rappelant que la situation était critique et potentiellement dangereuse, mais petit à petit il a pris du rythme et gagné en énergie.

– Avant que vous arriviez, je discutais avec Varoufakis. Il essayait de me convaincre que c’est le moment de faire défaut au FMI. Nos interlocuteurs ne montrent aucune volonté d’arriver à un accord honnête, économiquement viable et politiquement tenable, me disait-il. Je lui ai répondu que ce n’est pas le moment. (…) Mais vous savez, quoi, camarades ? Je pense qu’il a raison. Trop c’est trop. Nous avons scrupuleusement respecté leurs règles. Nous avons suivi leurs procédures. Nous avons reculé pour leur montrer que nous sommes prêts à accepter des compromis. Et que font-ils, eux ? Ils tardent pour mieux nous accuser de tarder. La Grèce est un pays souverain, et aujourd’hui il nous revient à nous, le cabinet ministériel, de déclarer « Assez ! » Il s’est levé de sa chaise et d’une voix de plus en plus forte, il a pointé le doigt vers moi en hurlant : Non seulement on va leur faire défaut, mais tu vas prendre l’avion, filer à Washington et l’annoncer personnellement à la grande dame du FMI !

Des cris de joie ont fusé dans la salle. Certains échangeaient des regards stupéfaits, conscients de vivre un moment historique. La tristesse et la noirceur avaient disparu, quelqu’un avait arraché le rideau pour laisser entrer la lumière. Comme tout le monde, peut-être même plus, je me suis laissé aller à l’exaltation. On aurait dit une révélation, une eucharistie, aussi étrange que cela puisse paraître pour une bande d’athées revendiqués. » (chap. 13. pp. 349-350).

(...)

De la tragédie à la farce : il n’y a qu’un vol d’avion

Reprenons la narration de Varoufakis. À son arrivée à Washington, le dimanche 5 avril, Tsipras lui communique un contre-ordre.

Voici le dialogue entre Tsipras et Varoufakis tel que présenté dans le livre de ce dernier :

« – Écoute, Yanis, on a décidé de ne pas aller au défaut tout de suite, c’est trop tôt.

– Comment ça « On » ? j’ai répondu, abasourdi. Qui a décidé qu’« on » ne ferait pas défaut ?

– Moi, Sagias, Dragasakis… on s’est dit que c’était une décision malvenue, juste avant Pâques.

– Je te remercie de me prévenir, dis-je, hors de moi.

J’ai pris le ton le plus neutre et plus dégagé possible et je lui ai demandé :

Qu’est-ce que je fais maintenant ? Je reprends l’avion et je rentre ? Je ne vois pas l’intérêt de voir Lagarde.

– Surtout pas, n’annule pas le rendez-vous. Tu te pointes comme convenu. Tu vas voir la grande dame et tu lui annonces qu’on lui fait défaut.

Jamais je n’avais entendu un truc aussi absurde.

– Qu’est-ce que tu veux dire exactement ? Je lui annonce qu’on va lui faire défaut tout en lui disant qu’on a décidé le contraire ?

– Parfaitement. Tu la menaces pour qu’elle soit assez angoissée et appelle Draghi en lui demandant de mettre fin à la contraction des liquidités. À ce moment-là, on la remercie et on annonce qu’on paie le FMI. »

Et Varoufakis accepte d’aller jouer une comédie grotesque au siège du FMI et déclare à Christine Lagarde : « je suis autorisé à vous informer que dans quatre jours nous serons en défaut de paiement par rapport à notre calendrier de remboursements au FMI, et ce tant que nos créanciers feront traîner les négociations et que la BCE limitera nos liquidités ».

Or, le départ de Varoufakis vers Washington avait été rendu public. Ce que ne dit pas Varoufakis dans son livre, c’est que Dimitris Mardas, vice-ministre des finances choisi par Varoufakis, avait déclaré à la presse internationale que la Grèce paierait ce qu’elle devait au FMI le 9 avril 2015. L’agence de presse allemande officielle, Deutsche Welle, écrit : « Le vice-ministre des finances Dimitris Mardas a assuré ce samedi que la Grèce disposait de l’argent suffisant. ’Le paiement dû au FMI sera effectué le 9 avril. Il y a l’argent nécessaire au paiement des salaires, des pensions et de toutes les dépenses qui devront être faites la semaine prochaine’, a déclaré Mardas. »

Retournons à la narration de Varoufakis concernant son entrevue avec Christine Lagarde : « Nous avons pris le temps de balayer de nombreux sujets. Ce fut une conversation chaleureuse, constructive, plaisante, où chacun essayait de comprendre le point de vue de l’autre. (…)

-Vous comprenez pourquoi nous avons besoin de vous avoir à nos côtés, Christine ? Vous comprenez que nous souhaitons maintenir la Grèce dans la zone euro ? »

Plus loin dans la discussion, il déclare avoir dit à la directrice du FMI : « Maintenant, soyons sérieux. Vous – Mario (Draghi), Angela (Merkel) et vous-même, Christine – devez nous donner une feuille de route. »

C’était poursuivre dans la soumission à la Troïka.

On est aux antipodes des déclarations publiques de Tsipras et de Varoufakis qui prétendaient que la Grèce avait retrouvé la liberté et que la Troïka n’existait plus.

Et sans honte, Varoufakis continue le récit en mentionnant l’échange suivant entre lui et Poul Thomsen, le directeur Europe du FMI qui assistait à cette réunion :

« Thomsen – Ne pas rembourser le 9 (avril) n’est pas une solution, si c’est ce que vous comptez annoncer à vos collègues européens.

Varoufakis – Je n’ai jamais dit ça.

Lagarde – Il n’a jamais dit ça, a confirmé Christine.

Varoufakis – Ce que j’ai dit en revanche, c’est que si nous n’avons aucune nouvelle liquidité d’ici là, nous serons en défaut de paiement, qu’on le veuille ou non. »

Selon son propre récit, Varoufakis est allé dire à Christine Lagarde que la Grèce n’avait pas l’intention de se déclarer en défaut de paiement mais qu’elle y serait peut-être contrainte si la BCE ne lui fournissait pas de liquidités.

De nouveau, on voit très clairement que Varoufakis n’a jamais remis en cause la dette réclamée par le FMI à la Grèce, n’a jamais exigé une réduction de celle-ci, n’a jamais dénoncé le caractère illégitime des créances réclamées par le FMI à la Grèce alors qu’elles étaient le produit du premier mémorandum qui avait causé tant de tort au peuple grec. Il n’a jamais non plus menacé le FMI de se déclarer volontairement en suspension de paiement.

Il n’a évoqué devant le FMI que la possibilité d’une suspension de paiement qui aurait été causée par un manque de liquidités et pas par une volonté de remettre en cause les dettes odieuses et illégitimes réclamées à la Grèce.

Il y a une différence entre se déclarer en défaut de paiement par manque de liquidités, ce que Varoufakis avançait comme possibilité, et suspendre le paiement de la dette en arguant que la poursuite du remboursement aurait été contraire aux intérêts de la population et aux obligations du gouvernement à l’égard de son peuple.

Varoufakis a montré à Christine Lagarde que le gouvernement grec n’avait pas le cran de recourir à la suspension de paiement (de même qu’il avait montré à Mario Draghi le 4 février qu’il n’avait pas l’intention réellement de recourir à une décote des titres grecs en possession de la BCE). Varoufakis, à chaque grande étape de la négociation, a fait preuve de faiblesse, il a montré que ces menaces de défaut ne risquaient pas d’être mises à exécution, ce qui a convaincu les dirigeants européens et du FMI de pousser plus loin l’asphyxie de la Grèce.

Une preuve parmi d’autres de cette attitude inacceptable : alors que Varoufakis déclare le 5 avril à Christine Lagarde que la Grèce sera contrainte au défaut de paiement le 9 avril si la BCE ne met pas de liquidités à la disposition du gouvernement, son ministère effectue le paiement à la date prévue sans que la BCE rouvre l’accès normal aux liquidités et le gouvernement a finalement continué à vider les caisses publiques pour payer la dette.

La narration des évènements telle que présentée par Varoufakis induit constamment le lecteur en erreur car il prétend qu’il a vraiment laissé entendre à Lagarde que la Grèce pourrait suspendre le paiement le 9 avril. Il se garde bien de rappeler dans son livre qu’il a déclaré le contraire à la presse. Voici une citation de la dépêche de l’agence Deutsche Welle datée du 6 avril 2015 : « Le ministre des finances grec promet un remboursement dans les temps au FMI. La Grèce a accepté de rembourser sa dette due au Fonds monétaire international cette semaine, selon la directrice du Fonds. Christine Lagarde a eu une discussion informelle avec le ministre des finances grec à Washington. Cette semaine, la Grèce doit rembourser plus de 450 millions d’euros (494 millions de dollars) au FMI. Après la rencontre de dimanche, Yanis Varoufakis a déclaré que la Grèce ’a l’intention de répondre à toutes ses obligations envers tous ses créanciers, ad infinitum’ »

Non seulement Varoufakis a clairement affirmé à la presse que la Grèce paierait la dette au FMI mais il a ajouté que son pays rembourserait tous ses créanciers ad infinitum. En conclusion, la narration de Varoufakis concernant ce qui s’est passé entre le 3 et le 5 avril, c’est du pur baratin, de l’enfumage de ses lecteurs en espérant que ceux-ci ne vérifieront pas une histoire où il se donne le beau rôle.

Le reste du résumé de l’entrevue avec Christine Lagarde et Poul Thomsen est tout à fait édifiant. Varoufakis exprime clairement l’empathie qu’il éprouve à l’égard de Christine Lagarde et se laisse mener en bateau par elle. Elle lui fait croire qu’elle n’est pas au courant des exactions des banquiers privés grecs et lui demande de la tenir au courant de la situation. Varoufakis de son côté lui explique qu’il souhaiterait l’accord de la Troïka pour mettre à la tête des banques grecques des patrons du nord de l’Europe, en priorité des banquiers allemands. Il prend comme exemple à suivre la décision de mettre à la tête de la Banque de Chypre, le Suisse Joseph Ackerman, ex-patron de la Deutsche Bank (chap. 13. p. 365 et note 12, p. 519-520). Ackerman a été mêlé à de multiples fraudes organisées par la Deutsche Bank (impliquée à l’époque dans plus de 6 000 litiges judiciaires dans le monde) et a joué un rôle néfaste dans la préparation de la restructuration de la dette grecque de 2012, ce que Varoufakis ne dit évidemment pas.

Quand il arrive à Athènes le 6 avril, il déclare à Alexis Tsipras que son déplacement à Washington a été très utile. Il avait visiblement oublié l’effet produit par le contre-ordre donné par Tsipras et était persuadé que sa conversation avec Christine Lagarde allait avoir des conséquences bénéfiques pour la Grèce. Dans son livre, il ne dit pas non plus un mot du paiement effectué le 9 avril au profit du FMI, continuant ainsi à nier des faits pourtant tout à fait fondamentaux dans le processus des soi-disant négociations.

Lire le texte intégral de l'article d'Eric Toussaint sur le site du CADTM.

La tragédie de l'euro

“La tragédie de l’euro” ou l’incroyable bulle cognitive dans laquelle l’Europe s’est enfermée : interview exclusive de Ashoka Mody, auteur du livre économique de l’année 2018 aux États-Unis.

Publié en juin 2018 aux Etats-Unis, “EuroTragedy : un drame en 9 actes” (disponible uniquement en anglais) vient d’être consacré Livre économique de l’année 2019 par l’association des éditeurs américains. En moins de 500 pages, Mody nous raconte notre histoire, celle de l’euro, et de l’aveuglement de nos dirigeants portés par une ambition politique dénuée de tout sens économique. Ashoka Mody n’est pas un économiste hétérodoxe, ancien du FMI et de la Banque Mondiale, proche du Prix Nobel George Akerlof -époux de Janet Yellen, ancienne présidente de la FED- Mody fait intervenir dans son livre une énorme quantifié de références, une succession d’avertissements provenant des plus éminents économistes de la planète, dont de nombreux Prix Nobel. Des avertissements qui n’ont jamais été pris en compte, rejetés par les certitudes franco-allemandes. Alors que l’Europe et l’euro se présentent au monde comme l’émanation de la “raison”, Mody détricote les règles qui en sont l’architecture, en démontrant comment cette pensée “super-orthodoxe” qui s’est greffée sur une construction déjà imparfaite, a produit de considérables dégâts sur les pays de la zone euro. Du mandat exclusif de stabilité des prix de la BCE, aux règles budgétaires -les fameux 3%- en passant par les “réformes structurelles”, Mody nous raconte comment les européens ont bâti un monde parallèle, une “bulle cognitive” basée sur des règles dépourvues de toute raison économique. La capacité de déni des européens devient alors la ligne rouge de ce livre. Pourtant, à aucun moment, Mody ne recommande d’en finir avec l’euro. Il ne fait que constater, décrire, raconter, l’histoire intégrale de cette folie économique qui domine la question européenne, ou comment, comme il l’indique dans notre interview, l’euro a inversé les immenses bienfaits issus des origines des premiers pas de la construction européenne. EuroTragedy n’est pas encore traduit en Français, et comme Ashoka Mody nous l’a indiqué “J’ai voyagé dans toute l’Europe pour le livre, mais en France, personne ne semble vouloir écouter”.

Lire l'interview parue à l'orgine sur le site Atlantico sur le blog Les Crises

Étienne Chouard – François Asselineau : L’entretien – UPR TV

chouardasselineau.PNG Cliquer sur l'image pour se faire une idée sur... ce que peut être un entretien entre deux fascistes ?

jeudi 7 février 2019

Il y a 9 jours : François Asselineau explique l'UE

asselineaulyon.PNG Cliquer sur l'image pour voir la conférence "hors du champ de la République" qu'un cercle d'étudiants a organisé grâce au nécessaire chaperonnage d'un professeur, car il en fallait un, à défaut de tous les autres (rappelons que Philippe Corcuff est professeur à Sciences Po Lyon avec un record de longévité inégalé dans un IEP pour un auto-proclamé représentant de "la gauche radicale" ou de "la gauche d'émancipation"... Le Concierge (diplômé de l'Institut d’Études Politiques de Lyon)

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