Musée de l'Europe et de l'Afrique

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samedi 28 avril 2018

Affaire Tariq Ramadan : la battue se poursuit

Il n’est pas besoin d’être partisan de Tariq Ramadan ni même d’être musulman pour se sentir très à l’aise à rappeler que, dans cette affaire, c’est le traitement médiatique et l’instrumentalisation politique qui posent problème et qui posent même un problème majeur pour notre démocratie.

L’acharnement contre Tariq Ramadan, le mépris de sa présomption d’innocence et de son droit à pouvoir répondre aux attaques médiatiques et politiques qu’il subit – alors que, placé en détention provisoire, il ne le peut manifestement pas -, n’interpellent pas seulement les musulmans ou ses partisans. Cette campagne objective de dénigrement, alors même qu’une procédure judiciaire est en cours, interpelle l’ensemble des Français à un moment de basculement périlleux de notre société où les frontières intellectuelles entre l’extrême-droite et une partie de la gauche et de la droite s’effondrent et promettent d’accentuer les clivages et d’exacerber les tensions.

(...)

Chacun peut et doit légitimement s’interroger sur l’attitude et les choix de communication des partisans de Tariq Ramadan, mais ne pas le faire au sujet des plaignantes, de leurs propres soutiens ou des détracteurs notoires de l’accusé, alors même que leur comportement est tout aussi discutable et litigieux, sinon même davantage, c’est faire preuve de déni et refuser de voir ce qui se produit pourtant sous nos yeux.

Peut-être Tariq Ramadan aura-t-il à répondre à son auditoire musulman au sujet d’éventuelles relations extra-conjugales qui le mettraient en porte-à-faux avec ses enseignements, c’est là un débat interne aux milieux musulmans et nul ne peut préjuger de ses conclusions. Ce qui est certain, c’est que la presse aura à répondre de ses propres agissements à l’ensemble des Français, dans un contexte social et intellectuel de plus en plus sensible et difficile.

Car comment la presse expliquera-t-elle, alors même que l’accusation pour crime de viol commence à s’effondrer, qu’elle a pu se complaire dans la mise en spectacle de la vie privée d’un homme aux seules fins de nuire à ce dernier ? Comment expliquera-t-elle qu’elle a accepté de trahir sa propre mission d’impartialité et de se laisser instrumentaliser politiquement, sinon de politiser elle-même le débat ? Comment expliquera-t-elle la sélection sinon la rétention d’informations – aujourd’hui encore – capables d’expliquer et de remettre en cause la position des plaignantes, alors même qu’elle fait feu de tout bois pour accabler l’accusé, lequel, placé aux arrêts et contraint au silence, ne pourra pas, elle le sait, lui répondre ?

Quelle est cette presse qui se comporte ainsi et prétend, ici comme sur d’autres sujets, nous éclairer sur l’avenir et jouer un rôle démocratique dans notre société ? Son entêtement relève-t-il simplement du déni et de l’orgueil, ou encore d’une prise de conscience qu’elle se serait fourvoyée et ne sait plus comment faire machine arrière ? Ou bien est-il possible que son rôle soit encore plus calamiteux et qu’elle se soit définitivement égarée ?

Extrait de l'article de Mathieu Vernerey paru sur son blog

Macron veut légiférer en faveur d’une financiarisation accrue du régime d’indemnisation du chômage en France

Le Ministère du travail vient de rendre public son projet de loi de réforme de l’Assurance Chômage. Au menu : contrôle et sanctions aggravés des chômeurs et chômeuses, logique de contrainte qui écrase les droits, menaces sur le niveau des indemnisations, baisse des cotisations sociales, fiscalisation et étatisation de la gestion, etc : le Medef en rosit de plaisir !

En réponse, un Groupe d’Audit Citoyen de la Dette de l’Assurance Chômage (GACDAC) publie un rapport intermédiaire sur la dette de l’Unédic (association paritaire en charge de l’Assurance chômage). Ce rapport, riche en détails inédits, dénonce la gestion opaque et antidémocratique de l’Unédic par l’endettement. Les cotisations sociales n’ont pas augmenté depuis 2003 tandis que le nombre de chômeurs et chômeuses, lui, a plus que doublé. Pire : elles sont réduites par exonération de 6,45 à 4,05 % depuis janvier 2018. Le financement de l’Assurance Chômage par la cotisation passe ainsi de plus de 90% à environ 60% et cette exonération est censée être compensée par de la TVA et la CSG, autre impôt indirect qui frappe principalement les salarié-e-s et les retraité-e-s.

Ce rapport se conclut par une lettre ouverte aux gestionnaires de l’Unédic et au Ministère du Travail pour obtenir une transparence intégrale des comptes de l’Unédic, étape indispensable pour décider, au moyen d’un audit citoyen de cette dette, de son éventuelle illégitimité et annulation.

Lire le rapport sur le site du CADTM

GRÈCE 2018 : LA BATAILLE DE LA DETTE PRIVÉE ET DES HABITATIONS PRINCIPALES

(...) Après la capitulation de juillet 2015, suivant les termes du 3e mémorandum et les recommandations des créanciers internationaux de la Grèce (BCE, FMI, Commission Européenne), la loi a donné priorité au remboursement des banques en cas de faillite d'une entreprise. Cette priorité s'exerce au détriment de l'État, des caisses d'assurance et des particuliers, dont les salariés aux salaires impayés. Pour homologuer cette mesure il a fallu réformer en un clin d'œil le Code Civil grec. Quand la Troïka ordonne et que Tsipras s'exécute, la régularité juridique passe au second plan.

En faisant fi de toute cohérence, le gouvernement SYRIZA-ANEL n'a cessé de clamer sous tous les tons que, malgré sa capitulation (« compromis honorable » en novlangue syrizéenne) et son ralliement au camp des banquiers, les habitations principales des ménages modestes resteraient protégées des saisies. La désinformation a été relayée par des alliés au sein des directions des partis du Parti de la Gauche Européenne (PGE), acculés par le besoin de sauver les apparences suite à la terrible défaite.

La supposée protection des habitations principales des foyers modestes est celle de la « loi Katselis » mais bien rabotée suivant les recommandations des créanciers (BCE, FMI, Commission Européenne), par l'ajout de conditions à remplir par les débiteurs pour pouvoir en bénéficier. Il s'agit de clauses de revenus du foyer et de valeur du bien hypothéqué. Il faut qu'une partie des dettes de la personne soit due aux banques et que le débiteur n'ait pas exercé d'activité à caractère commercial l'année précédant sa demande de bénéficier des avantages de la loi. Il est important de citer que la dérogation à la saisie de l'habitation principale qui pourrait être accordée a seulement caractère de sursis, les effets de la loi prenant fin le 31 décembre 2018. Le nouveau format de la loi, dont SYRIZA fait mine de s'enorgueillir, figurant en tant qu'article de la loi d'application du 3e mémorandum (août 2015) et portant le nom « loi Katselis-Stathakis » (du nom du ministre actuel de SYRIZA) est restrictif pour une grande partie des débiteurs modestes menacés de saisie de leurs logements.

Concrètement, la loi protège les habitations principales de valeur inférieure à 180.000 euros, bonifiée par le nombre des membres du foyer. À noter que la valeur ainsi déterminée est la «valeur fiscale» fixée par le gouvernement, bien supérieure en temps de crise à la valeur du bien sur le marché.

Les revenus du débiteur éligible à la protection de la loi ne doivent dépasser de 70% le montant des «frais raisonnables de vie». Ce montant aujourd'hui fixé par le gouvernement grec à 680 euros mensuels pour une personne seule, indique que le niveau des revenus du débiteur ne doit dépasser les 1150 euros mensuels, dont 470 euros obligatoirement alloués au remboursement de sa dette. Ces sommes sont indexées sur le nombre des membres du foyer. Selon des sources proches du gouvernement, la loi actuelle protégerait les habitations principales de 60% des ménages surendettés. Mais, même en admettant que cette estimation soit réaliste, ce qui reste à démontrer, cette loi laisse à découvert 168.000 foyers, la précarisation desquels est susceptible de déclencher une nouvelle crise sociale.

Pour dorer la pilule, le gouvernement SYRIZA-ANEL précise que des allègements plus larges pourraient être obtenus par négociations directes «de bonne foi», entre les débiteurs et les banques. Voilà donc un gouvernement « de gauche » qui délègue la politique sociale aux banquiers !

Un autre retournement du gouvernement SYRIZA concerne l'interdiction aux banques de revendre des emprunts problématiques aux « sociétés de gestion de dettes» ou fonds-vautours. L'activité de ces sociétés (grecques, européennes ou en provenance de pays tiers) fut cependant légalisée par la loi du 16 décembre 2015. Ces sociétés ont le plein droit de racheter aux banques des prêts à prix jusqu'à 3% de la valeur nominale, de les revendre sous forme de paquets de titres ou d'exiger leur remboursement par des méthodes d’intimidation et de harcèlement dont elles ont le savoir-faire. Les banques obtiennent également le droit de revendre des prêts en règle dans des paquets mixtes. Les critiques de cette loi réclament la possibilité de rachat des prêts à une valeur raisonnablement inférieure à la nominale (pas moins de 50%) par les débiteurs eux-mêmes, mais le ministre Stathakis de SYRIZA rétorque qu'une telle disposition serait «un encouragement indirect à la fraude et à la mauvaise foi». Au sujet des saisies de logements à venir, le gouvernement SYRIZA soutient que leur mise en œuvre massivement « favorisera la reprise de l’économie grecque et la consommation car, si les banques se débarrassent des prêts problématiques elles pourront recommencer à prêter de l’argent » pour démarrer un nouveau cycle infernal identique au précédent, en ayant entre temps ponctionné des richesses aux classes populaires et moyennes.

Luttes pour la défense du logement des familles modestes

Les saisies et les ventes aux enchères s’intensifient aujourd’hui par le gouvernement Tsipras, guidé par la Troïka, dans l’effort de prévenir un nouveau naufrage des banques en Grèce, une fois de plus en équilibre instable. L’implémentation des mesures est « sous haute supervision » par le biais d’évaluations régulières de l’économie et de la politique grecques, dont la passation réussie est la condition pour le déblocage des tranches du financement à l’Etat grec. Pour les néolibéraux, la stabilisation en Grèce du système bancaire passe par l’expropriation et la précarisation des classes populaires et moyennes. Notons que, même lorsque les débiteurs saisis sont des personnes fortunées, les conséquences se reportent directement sur les classes travailleuses, dans le cas locaux alloués à la production, la saisie marquant l’arrêt de celle-ci. Ainsi, on ne s’étonne pas de voir le Parti Communiste de Grèce (KKE), qui ne s’est jamais positionné comme représentant des classes moyennes, ni partisan des mouvements citoyens horizontaux, rejoindre le mouvement populaire de lutte contre les saisies et les mises aux enchères.

Dans le contexte catastrophique de la Grèce actuelle, la défense du logement des familles modestes passe par des luttes massives et polymorphes d’obstruction au travail de l’administration, des notaires et de la justice lors des procédures de saisie, d’expropriation et de mise aux enchères. Le mouvement populaire grec, dans ses diverses tendances, s’y est déployé depuis le début de la crise, car le fléau des expropriations y était déjà à l’œuvre. Le grippage de la machine des saisies est une éventualité réaliste, compte tenu du nombre énorme de cas à traiter.

Les mobilisations massives devant et dans les tribunaux organisées par des collectifs citoyens ont été soutenues très activement par Unité Populaire, ANTARSYA, KKE et d’autres formations de la Gauche Radicale. Je profite pour faire un clin d’œil aux camarades français présents lors de certaines de ces mobilisations. Ces actions ont réussi d’empêcher les tribunaux de tenir audience et de rendre des décisions, faisant trainer les saisies de report en report. La répression policière violente déployée par le gouvernement SYRIZA, a davantage attisé la combativité les militants plutôt que de décourager le mouvement. Des dizaines d’audiences ont été empêchées.

Le gouvernement de SYRIZA, cavalier sur le jeu d’échec néolibéral, avance par petits sauts obliques pour préserver les restes de sa cote de popularité, mission impossible ! Ainsi, la mécanique infernale des saisies, que la Droite avait échoué de mettre en place, est pleinement déployée aujourd’hui, deux ans et demi après la capitulation de juillet 2015. La cerise sur le gâteau sera le démarrage des saisies électroniques par l’administration publique le 1er mai 2018, une manière ironique pour SYRIZA de célébrer la fête des travailleurs !

Afin de contourner cette résistance populaire le gouvernement SYRIZA implémente la mise aux enchères des biens saisis par voie électronique, notamment des logements des familles populaires. Ce dispositif avait initialement rencontré l’opposition des notaires grecs, surtout des petites villes de province, refusant de se connecter à la plateforme. Par la « loi-valise » d’application du mémorandum de janvier 2018, SYRIZA rend obligatoire et exclusif, à partir du 21/02/18, le recours à la voie électronique avec la possibilité de délocaliser la procédure en cas de situation locale compliquée. L’objectif est d’effectuer des mises aux enchères par centaines, et par milliers si possible. Il n’empêche que les études notariales, certes moins repérables que la salle d’audience du Tribunal d’Instance, sont des lieux physiques, lieu de rendez-vous possibles du mouvement populaire, qui y a déjà répondu présent plusieurs fois depuis l’application du nouveau dispositif.

Les poursuites à l'égard des militant-e-s et l'intensification de la répression restent donc des recours nécessaires pour le gouvernement SYRIZA qui veut mener le projet néolibéral jusqu’au bout. Un amendement de loi a donc été déposé, arguant dans le rapport préalable que les actions d’obstruction aux mises aux enchères « nuisent à l'intérêt budgétaire suprême de l'État, à la stabilité du système financier et à l'approvisionnement des banques en liquidités » (!) L'amendement ouvre la possibilité de poursuites d’office de ces militant-e-s et de jugements en comparution immédiate. L’entrave aux mises aux enchères est considérée comme un délit spécifique, sui generis. Auprès de l'opinion publique grecque, les dispositifs légaux d'exception ont très mauvaise presse, faisant écho au droit de la dictature des colonels et des suites de la guerre civile. La partition du néolibéralisme austéritaire version SYRIZA s'achève par l’usage immodéré de la force scélérate et brute : mensonges médiatiques, faux témoignages devant les tribunaux, matraquages, gazages, violences infligées aux militant-e-s-qui manifestent. Malgré le risque de «de faire des héros des opposants» de la vraie Gauche Radicale selon l'aveu d'un député de SYRIZA, exprimé lors de la réunion du groupe parlementaire.

Extrait de l'article d'Emmanuel Kosadinos, paru sur son blog

vendredi 27 avril 2018

Les faux impertinents reviennent comme une farce

Une nouvelle génération de prébendiers se devait donc de surgir pour revitaliser le simulacre. Ils affectent de critiquer le pouvoir partout, mais ils préfèrent le stigmatiser là où il a disparu. Naguère grinçants avec les puissants, ils monnayent jour après jour leur petit pécule d’irrespect. Ils prétendent à l’insoumission mais rêvent de pouvoir. Ils miment le tutoiement avec les grands et se montrent cassants avec les faibles. Ils courtisent une jeunesse supposée rebelle mais ne pensent qu’à l’audimat. Le babillement branché est leur univers, le reniement leur doctrine, les caméras leur extase. (Plpl n°0)

Tu crois que tu rêves ?

LDCtolbiachuma.PNG

Et tu rêves pas !

Vu en une du club de Mediatarte...

ldctolbiacmediapart.PNG Cliquer sur l'image pour lire ces contributions "prétentieuses et nulles" (nouveau slogan de Là-Bas-si-j'y-suis, fabrique de la fausse impertinence parmi d'autres...)

Pas vu en une du club de Mediatarte

grecelogementmediapart.PNG Cliquer sur l'image pour prendre conscience des crimes du présent dissimulés par les dénonciateurs anachroniques des crimes du passé, "en lutte"... pour les parts du marché commémoratif ! Grâce aux "mauvais maitres", leurs élèves pourront dire "nous ne savions pas"...

Bonus

attac67.PNG Défilé de mode d' "électeurs-consommateurs" tentant de monnayer leurs suffrages (Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein)

Plutôt que de s’attaquer aux cheminot·e·s ou aux retraité·e·s, le gouvernement devrait aller chercher l’argent dans les poches des vrais profiteurs : les évadés fiscaux qui ne paient pas leur juste part d’impôts, les multinationales qui licencient et qui versent toujours plus de dividendes à leurs actionnaires, les spéculateurs qui nous menacent d’une nouvelle crise financière ou les pollueurs qui souillent la planète et empêchent la transition écologique.

Ces profiteurs disposent de milliards d’euros pour se payer des agences de communication, des cabinets d’affaires ou des lobbyistes et semblent parfois intouchables. Mais nous pouvons les faire vaciller en atteignant leur image et en montrant leur vrai visage : la preuve avec la victoire symbolique contre Apple, le tribunal déboutant la marque à la pomme et légitimant les actions d’Attac « dans le cadre d’une campagne d’intérêt général sur le paiement des impôts et l’évasion fiscale » .

Contrairement à d’autres crimes, les victimes de l’évasion fiscale ne sont pas directement incarnées. Nous souhaitons mettre des visages sur ces victimes : toutes les personnes qui subissent les politiques d’austérités et les coupes budgétaires décidées par les gouvernements successifs qui ne vont pas chercher l’argent là où il se trouve. « En France, nous sommes 67 millions de victimes de l’évasion fiscale », c’est le message que nous voulons faire passer dans l’opinion publique.

Vos dons serviront à produire et diffuser le plus largement possible ces portraits et ce message et à mener de nouvelles actions spectaculaires et désobéissantes partout en France afin de montrer au plus grand nombre qui sont les victimes et qui sont les vrais profiteurs. Ils nous serviront également à préparer la mobilisation le 7 juin, pour la relaxe de la « faucheuse de chaises » Nicole Briend devant le tribunal de Carpentras.

La décadence d'ATTAC n'est certes pas celle de l'Empire Romain, mais quand même !

Ouaf, ouaf (Faut-il pleurer, faut-il en rire ?)

Lire aussi Avis de décès (post-mortem) de la Fondation Copernic

Plpl n°0 : Les faux impertinents

Le Concierge

mercredi 25 avril 2018

Fake news : "Cette guerre d'aujourd’hui n'est rien qu'une paix qui éclate"

syriefrappes.jpg

Le Râleur : Mon oreille entend des sons que d’autres ne perçoivent pas et qui troublent l’oreille des sphères que les autres n’entendent pas non plus. Réfléchissez-y et si vous n’arrivez pas vous-même à une conclusion, faites appel à moi. J’aime à m’entretenir avec vous, vous donnez la réplique à mes monologues. J’aimerais me produire avec vous devant un public. Pour l’instant, je peux seulement lui dire que je me tais, et, si possible, ce que je tais.

L’Optimiste : Quoi, par exemple ?

Le Râleur : Par exemple : que si cette guerre ne tue pas les bons, il se peut qu’elle fabrique une île de moralité pour ceux qui même sans elle étaient déjà bons. Qu’en revanche elle métamorphosera tout l’arrière en un immense champ d’escroquerie, de délabrement et de félonie, et que le mal, grâce à elle et au-delà, continuera à sévir, il engraissera derrière les idéaux mis en avant, et enflera de ses victimes. Que dans cette guerre, cette guerre d’aujourd’hui, la civilisation ne se renouvelle pas, mais échappe par suicide au bourreau. Qu’elle a été plus qu’un péché – qu’elle a été un mensonge, mensonge quotidien, d’où coulait l’encre d’imprimerie comme du sang, l’un alimentant l’autre, se répandant comme un delta dans l’océan de la folie. Que cette guerre d’aujourd’hui n’est rien qu’une paix qui éclate, et qu’elle ne saurait se terminer par la paix, mais par la guerre du cosmos contre cette planète enragée ! Que d’insensés sacrifices humains ont été nécessaires : ils ne sont pas déplorables, une volontée imposée les ayant poussés vers l’abattoir, mais tragiques car devant expier une faute inconnue. Que pour celui qui ressent l’injustice sans pareille que le pire des mondes s’inflige – telle une torture appliquée à lui-même – que pour celui-là ne demeure qu’une ultime mission morale : dormir sans pitié durant toute cette période d’angoissante attente jusqu’à ce que le Verbe le délivre, ou l’impatience de Dieu.

L’Optimiste : Vous êtes un optimiste ! Vous croyez, vous espérez que le monde va s’écrouler.

Le Râleur : Non, il s’écoule simplement, comme mon cauchemar, et quand je mourrai, tout sera fini. Dormez bien !

Karl Kraus, Les Derniers jours de l'Humanité, Acte I, sc. 29

Traduit de l’allemand par Jean-Louis Besson & Henri Christophe pour... les lecteurs francophones ! (Nouvelle 4eme de couv des éditions Agone ! Ouaf, ouaf ! Le Concierge)

dimanche 22 avril 2018

Témoignages accablants sur les abus du microcrédit

Non seulement le microcrédit ne permet pas de sortir de la pauvreté, mais il constitue dans un nombre très élevé de cas à la fois un mécanisme de dépossession et d’humiliation de celles qui y recourent. Déjà plongées dans la précarité, les personnes qui entrent dans le système du microcrédit s’y enfoncent un peu plus. Dans le sous-continent indien, sur les 65 millions de personnes qui font partie du système du microcrédit, 90 % sont des femmes. À l’échelle planétaire, les femmes représentent 81 % de la clientèle du microcrédit (112 millions de personnes).

À l’issue d’une série de réunions réalisées au Sri Lanka avec des victimes du microcrédit et avec des militants qui prennent leur défense, nous présentons une série de cas emblématiques. Nous soulignons que nous n’avons pu rencontrer aucune personne tirant un bilan positif du système du microcrédit. Contrairement à l’affirmation selon laquelle le microcrédit permet un petit investissement qui va constituer le tremplin vers la sortie de la pauvreté et la réussite de l’entreprenariat, dans la plupart des cas les personnes qui recourent au microcrédit le font pour résoudre des problèmes de la survie quotidienne : loyers ou garantie locative à payer, frais liés à la scolarité des enfants, frais liés à des soins de santé, etc. Dans la plupart des cas, au Sri Lanka, les microcrédits sont octroyés à des femmes qui n’ont pas de sources de revenus

Lire la suite de l'article de Eric Toussaint et Nathan Legrand sur le site du CADTM

mercredi 18 avril 2018

Il y a 18 ans : Edwy et ses amis

Un contributeur au blog de Frédéric Lordon s'offusque :

Haro sur les journalistes !

Aujourd’hui 16 avril 2018, je me rends sur le site "Le Monde.fr" pour lire les commentaires des internautes suite à l’interview du président Macron par les journalistes Bourdin et Plenel. Et là, stupéfaction ! je m’attendais à ce que les commentaires ciblent prioritairement la prestation (bonne ou mauvaise selon les avis) de Jupiter. Pas du tout ! Avec une touchante unanimité tout de même très étonnante, les 127 réactions, à la quasi unanimité, se consacrent uniquement sur la prestation non pas du président mais de celle des deux journalistes ! Et l’appréciation n’est pas tendre ! Haro sur les deux intervieweurs accusés de tous les maux

(...)

Mais on peut aussi penser que Le Monde, autrefois journal de référence, joue aussi sa partition en sélectionnant soigneusement les commentaires allant tous dans le même sens (favorables à Macron), témoignant ainsi de jusqu’où peut aller le pouvoir pour étouffer dans l’oeuf toute velléité de contestation de sa politique. Dézinguer Plenel qui fut longtemps responsable de la rédaction du Monde avant de fonder Médiapart, n’est peut-être pas seulement un petit règlement de comptes.

Ce qu'il reste de Sardonie libre lui répond :

Le Monde que vous décrivez n’a aucun compte à régler avec Plenel...

C’est sa créature.

Et à bien des égards, le monde dans lequel nous vivons, aussi.

Et si vous vous laissez encore abuser par Plenel, sachez que, dans le même temps, il prêchait via les pages débats, comme Macron aux Bernardins, une morale de haut niveau, à travers des alibis d’extrême-gauche. Et rien de tout cela n’a changé... Comment voulez-vous qu’il mette Macron, le disciple en Tartufferie dépassant le maître, en difficulté ? Quand c’est Plenel qui a ré-inventé la formule ?

Et republie cet article de Pour Lire Pas Lu d'octobre 2000

Edwy et ses amis

Comme n’importe quel groupe capitaliste, le QVM vend : l’hebdomadaire l’Européen, à Vivendi ; le QVM achète : Le Midi libre, Les Cahiers du Cinémas, Politis ; le QVM s’internationalise: Raminagrobis veut « tisser sa toile en Europe à partir d’une logique de partenariats et d’alliances », (CB News, 10/07/00). Le tout en chantant les louanges de « La dure et juste loi des marchés financiers » (1). Pourquoi une telle entreprise est est-elle systématiquement épargnée par ceux qui critiquent ailleurs le libéralisme économique ?

Edwy, le Roi du téléachat veille. Comme Raminagrobis possède la moitié du capital du Monde diplomatique, ce mensuel ne critique presque jamais le QVM. Depuis que Le Monde diplomatique est son principal actionnaire, Politis – dont la nouvelle formule ressemble, sur la forme et sur le fond, à un supplément du QVM – pourrait bien devenir tout aussi respectueux.

Mais l’essentiel, c’est le réseau d’Edwy, de Politis à LCI, de Christophe Aguiton (Attac, AC !, etc.) à BHL. Particulièrement nombreux à la LCR (Ligue communiste révulotionnaire), les amis d’Edwy ont essaimé dans plusieurs « mouvements sociaux ». Daniel Bensaïd, penseur de la LCR qui n’écrirait peut-être pas un livre avec Pierre Bellemare, vient d’en rédiger un avec le Roi du téléachat. Pendant les vacances, Christophe Aguiton délaisse ses ouailles pour ne réserver qu’au seul monarque moustachu son sourire de curé. Ces liens-là pourraient être sans conséquences – et ne pas concerner PLPL. Tel n’est pas le cas : ils protègent Le Monde et sont manipulés par lui. L’an dernier, l’hebdo trotskyste Rouge a ainsi chanté les louanges d’un petit livre de Plenel favorable à la guerre de l’OTAN – ouvrage souffreteux déjà acclamé par les journaux du fabriquant de missiles Lagardère. Attac critique le libéralisme économique, mais semble toujours préférer la cible (facile) des commentaires grotesques de Jean-Marc Sylvestre à celle des éditos à peu près identiques du QVM (lire en page 6 « Les combats “citoyens” du Monde »).

En échange de leurs complaisances, les têtes de réseau médiatiques héritent de quelques lignes dans le quotidien vespéral des marchés – parfois d’une tribune. Et le QVM accorde un retentissement inouï aux « débats » qui ébranlent la cabine téléphonique où se déroulent les AG de la LCR. Les vedettes parisiennes du radical-chic peuvent glapir contre l’« ultra-libéralisme » si elles veillent à épargner les médias qui installent ce chancre dans nos crânes.

Edwy écoute et lit tout ce qu’on dit sur lui. Alors, Krivine l’adore. Et BHL aussi. Dans son Journal, BHL a admis : « Il jouit dans notre petit groupe d’un crédit très étrange Moi-même qui ne le connaît pas, qui ne l’ait jamais rencontré, je me surprends à m’enquérir parfois de ce que “Edwy” pense de ceci, de ce qu’il dit de cela » (Le Lys et la Cendre, Grasset, Paris, 1996, p. 336-337.) Depuis, BHL a beaucoup rencontré Edwy et il a été « promu » éditorialiste associé au Monde… Plenel est partout : il invite un jour Sollers, l’autre Bensaïd, tantôt dans son émission de téléachat de LCI, tantôt dans les pages du QVM. Edwy sait philosopher : « Est-ce que la situation dans laquelle nous sommes ne donne pas des gages de réussite à cette alliance d’un libéralisme économique et d’un libéralisme politique, à la fois du dynamisme des entrepreneurs et de la liberté des individus au nom de laquelle, d’une certaine manière, nous nous sommes battus au Kosovo ? » (LCI, 12/06/99). Ce jour-là, son ami Bensaïd relisait sans doute Karl Marx.

1. Titre d’un article du journaliste maison Pierre-Antoine Delhommais paru à la une du Monde le 17/09/98, alors que la crise financière jetait des dizaines de millions d’Asiatiques dans la « dure et juste » misère dont, selon le QVM, il n’auraient jamais du sortir. Sauf pour servir des nems au Roi du Téléachat, au nabot malfaisant et à Raminagrobis.


Lire aussi : les combats citoyens du Monde

Et par Frédéric Lordon "Corruptions passées, corruptions présentes (Réponses à Laurent Mauduit)"

lundi 16 avril 2018

Rions un peu...

Savoir et Savoir-Faire : Reconnaître les Tsipriotes

larrereMacron.png La preuve par "moi-je" ! (collections du Laboratoire de neuneulogie du Collège d'Argein)

Laurence De Cock (fan depuis Paris de NDDL et pas à une contradiction "agrarienne" près !) (Bonnes feuilles des "Editocrates 2" sur Médiatarte, bien sûr !)[1] !!!

"Depuis qu’elle a été interrogée sur ses références historiques et littéraires par un auditeur à la recherche de lectures estivales, on sait dans quel corpus Natacha Polony puise ses inspirations : Jean-Claude Michea trône en tête de son petit panthéon personnel, suivi de Christopher Lasch, Jacques Ellul et Georges Bernanos. Point commun : tous ces auteurs s’opposent à l’idée de quête du progrès. Le libéralisme économique aurait coupé les individus de leurs racines, détruit les facteurs de cohésion, notamment du monde ouvrier[2], et favorisé la naissance d’un individualisme débridé aujourd’hui encouragé par la globalisation et la figure de l’individu consommateur. La démocratie ne serait donc plus qu’un agrégat d’agents économiques, et cette disparition des solidarités anciennes s’accompagne de conquêtes dites « sociétales » dont les politiques de reconnaissance de la diversité seraient le dernier avatar. Si on ajoute à cela Charles Péguy, autre auteur vanté par Polony, on comprend que la communauté aujourd’hui pleurée est moins celle de la fraternisation ouvrière que celle de la communion dans le culte de la patrie. En somme, on se situe quelque part entre le conservatisme agrarien, la révolution conservatrice, le néoconformisme des années 1930 et l’anarchisme de droite (surtout pour Lasch auteur de "La culture du Narcissime", ouaf, ouaf, NDE !) : Danton et Marat[3] sont un peu loin – laissés pour morts sur les rivages abandonnés des Lumières (ouaf, ouaf ! Le Concierge)…"

Difficile de faire, en quelques lignes, un tel concentré de cuistrerie, et néanmoins typiquement professoral, et démonstration de manipulation de concepts non maitrisés (Ouaf, Ouaf !) !

Conclusion

appartentementterrible.png Faut dire que pour les crêpes c'est limite, alors pour la Syrie...

Bonus

Allez une dernière pour la route issue du même livre (Les éditocrates 2 où ne figure pas un célèbre moustachu. Et où une "éditocrate" peut en cacher une autre !)

Plus que le bourgeois, l’ennemi, pour Natacha Polony et ses nouveaux amis, c’est la finance (pour reprendre une célèbre antienne socialiste). La mondialisation néolibérale qui engraisse les multinationales avec la complicité active de l’Union européenne et de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ca va ? Et le "juif", pas encore ? ça va pas tarder, un sophisme entrainant l'autre dans la pensée sauvage... Surtout si on lit trop Mediatarte où un collègue de LDC, Philippe Marlière, nous expliqua pendant la campagne présidentielle que dénoncer les banques c'était....

On ne serait pas étonné que LDC ait voté, comme Plenel, des deux mains "OUI" en 2005... Vu l'acharnement à effacer tout le travail produit entre 1995 et 2005, qui nous a coûté tant de sueur et des perspectives d'avenir plutôt sombres, pour le remplacer par de la soupe, des faux-débats et des faits-divers faisant diversion, la question se pose...

Notes

[1] Impétrante des médias, elle ambitionnait, fréquentant alors le cabinet de la Ministre socialiste de l'éducation de "réconcilier la jeunesse avec la classe politique" (ouaf, ouaf, si elle n'existait pas, Le Concierge l'aurait inventée !)

[2] « Et si surtout la perte de la culture n’était pas achetée au prix de vies humaines ! La moindre d’entre elles, ne serait-ce même qu’une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L’industrie intellectuelle bourgeoise se berce d’ivresse jusque dans l’effondrement lorsqu’elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu’au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d’existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l’entraide, à côté d’une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l’existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l’esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l’horizon de notre journalisme culturel. » (Karl Kraus, 3ème Nuit de Walpurgis)

[3] Le retour du culte des "Grands Hommes". Laurence nous avait déjà fait le Panthéon des Grands Hommes Catalans pour aboutir à Puigdemont (ouaf, ouaf !), c'est une manie d'historienne des "romans nationaux" ... anti-nationaux ? (re ouaf-ouaf !)

dimanche 15 avril 2018

1 GREC SUR 2 EN DESSOUS DU SEUIL DE PAUVRETÉ

1 GREC SUR 2 EN DESSOUS DU SEUIL DE PAUVRETÉ

1,5 MILLIONS DE PERSONNES VIVENT DANS L’EXTRÊME PAUVRETÉ

POUR UNE MOBILISATION NATIONALE DES RETRAITÉS !

Les organisations de retraités de Grèce appelllent à une mobilisation générale dans tout le pays .

1 grec sur 2 vit en dessous du seuil de pauvreté (382 € selon les critères de l’UE).

Plus d’1 millions de retraités ne touchent que 360€ environ.

Selon les statistiques officielles du ministère du Travail, un travailleur sur trois dans le secteur privé doit vivre avec 383 euros par mois, alors que 48% de la population, soit 5,1 millions de personnes, vivent en dessous du seuil de pauvreté. Parmi ces 48% , il y a 1,5 million de personnes vivant dans l' extrême pauvreté, soit avec moins de 182 euros par mois.

En outre, plus de 657 000 travailleurs parmi les 2,2 millions. ont des contrats à temps partiel avec un salaire moyen qui est inférieur à la moitié du salaire journalier correspondant à celui que reçoivent ceux qui ont à temps plein.

Selon les chiffres officiels collectés par le système Ergani, pour le 1er trimestre 2018, 53% des recrutements ont été réalisés avec des contrats à temps partiel ou de rotation, avec environ 1,5 million d'employés ayant des contrats à temps plein.

Selon les données du système « Soleil », 1,16 million. de retraités reçoivent 364€ de pension. Sur la base des mêmes données, 1157539 retraités perçoivent une pension de base inférieure à 500 euros , dont 612 933 ont des pensions de vieillesse avec une moyenne de 371,88 euros, des pensions de 395- 359 € des pensions de veuvage, avec une moyenne de 333,62€, 143 615 bénéficient d'une pension d'invalidité avec une moyenne de 386,48 €, alors que 5.632 sont d'autres pensions avec une moyenne de 190.27 euros.

Dans ce contexte, les organisations de retraités appellent à une mobilisation nationale sur la base des revendications suivantes :

- Aucun recalcul, aucune réduction avec la différence personnelle dans nos pensions de base et complémentaires; l'abolition de la loi 4387/16 (loi Katrogalou).

- Non aux réductions des non impositions, aux diminutions des allocations familiales et aux réductions des Allocation de solidarité sociale pour les retraités (ΕΚΑΣ).

- Nous affirmons que nous avons été exclus de toute protection juridique et sociale avec les lois antisociales votées par les tous les gouvernements;

- Nous exigeons l’attribution automatique, sans conditions préalables, des pensions de base et complémentaires sans ponctions arbitraires ni prélèvements de solidarité;

- Nous refusons la mise en oeuvre des mesures destructrices mémorandaires de la 4 ème évaluation et exigeons l’abolition de la loi sur les saisies et les ventes eux enchères.

A Athènes, les concentrations suivantes seront organisées sur la Place Εθνικής Αντίστασης:

Mercredi, 25 Avril à 10h

Mardi 15 mai à 10 heures.

Vendredi 25 mai à 10 heures.

Mardi, 19 Juin à 10 heures.

Les retraités sont aussi invités à se joindre aux manifestations du 1er Mai.

via La Grèce est à vendre tout va partir

samedi 14 avril 2018

Souviens-toi du 91 mars 1968... Si tu veux l'éviter en 2016 !

LDCtolbiac1.png La révolution ? Fière d'assister à un cours au premier rang ? Ouaf, ouaf !

Face à un enthousiasme un peu neuneu, qui voit des neuneues, croyant "leur temps arrivé" faire chanter un prétendu hymne du MLF à Tolbiac (tout en critiquant les hymnes nationaux... Ouaf, ouaf) nous republions cet article du 21/04/2016 qui annonçait, socioiogiquement, l'élection de Macron (pour lequel une certaine Laurence de Cock a intensément appelé à voter avec toute la rédaction moustachue ! Ouaf, ouaf !)... Et aujourd'hui la possibilité de sa victoire ultime grâce aux neuneux plus neuneux que jamais ?

30mai68.PNG Le Dernier jour de mai (cliquer sur l'image pour voir le documentaire)

Nuit Debout est un média : l'intellectuel organique de la droite réactionnaire (et néanmoins de télévision) dont on ne dira pas le nom l'a bien compris en envahissant son plateau pour mettre en scène son auto-éviction de la Place de la République. Une scène qui est à comparer à l'agitation bon-enfant menée sur le plateau de On n'est pas couché le samedi précédent face à Gattaz qui n'a pas trop tremblé : les participants ont d'ailleurs justifié leur action comme se contentant de mettre du "spectacle dans le spectacle".

Il est grand temps de prendre la droite réactionnaire vraiment au sérieux. A-t-on oublié les campagnes de Sarkozy ? La propagande de Valls à l'identique ? La victoire de la droite en Espagne après l'occupation des places ? Qui peut croire que, considérée la sociologie du pays, beaucoup moins jeune qu'en 1968 et avec des travailleurs individualisés comme jamais, ce n'est pas le populiste de droite qui est le maitre de l'agit-prop ?

L'une des tâches intellectuelles consiste à étudier son discours, sa réception et les causes de celle-ci (la dénonciation de sophismes de gauche pour refiler derrière des sophismes de droite) dans une partie importante, et sans doute stratégique, de la population si on veut espérer le contrer efficacement. Être capable de l'affronter sur son terrain. Ce qui nécessite certainement de poser la question de la responsabilité de ceux qui ont construit des impostures idéologiques à des fins de manipulation politique (on pense à SOS Racisme de MM. Dray et Mélenchon dont la figure emblématique est aujourd'hui... secrétaire d’État aux affaires européennes...) qui ont notamment, parmi pas mal de monstres, enfanté un tel intellectuel organique. D'autant plus qu'il ne fut que le premier d'une série qui s'annonce longue à subir pareille métamorphose.

Et ce n'est certainement pas, comme une certaine Laurence De Cock (professeure de catéchisme citoyenniste et BHLette des médias off et in), en affirmant sur un plateau de télé en face du ci-nommé, qu'il n'y a pas de problèmes dans les établissements scolaires mais seulement de mauvais profs (sophismes de gauche), c'est à dire en récusant les travaux sociologiques sur l'école inégalitaire et ses effets, et finalement en adoptant le même cadre mental que son contradicteur même si c'est pour aboutir à des conclusions inverses (c'est à dire tout aussi fausses) que l'on peut espérer faire rentrer le diable dans sa boite. Bien au contraire.

Car au petit jeu des petits intellectuels organiques rivaux manipulant de grands mots auxquels ils seraient bien incapables de donner un sens non-commun, bonne conscience contre bonne conscience, il n'y a pas beaucoup d'espoir de pouvoir rivaliser avec les sophistes de droite...

Et à la fin, qui c'est qui va en prendre plein la gueule ?

Le Concierge

vendredi 13 avril 2018

Il y a 13 ans : La réforme du chômage en perspective européenne

Nous republions ce texte issu d'un exposé donné au Cinéma Nova en 2005 dans le cadre d'une réunion sur la précarité et d'une intervention devant les étudiants marseillais mobilisés contre le CPE et réactualisé en 2012. Car il fut une époque où en période d'occupation des Facultés, des intervenants venaient parler d'autre chose aux grévistes que de leur nombril, et où ceux-ci n'écoutaient pas les nouveaux faux impertinents sagement assis en amphi pour faire la claque comme sur les plateaux dont ces "mauvais maîtres" sont si friands...''

Le Concierge

Belgique : Le nouveau train de réformes notamment du chômage décidé par le « gouvernement papillon » (dirigé par le socialiste Di Rupo) prend prétexte de la crise pour en précipiter l'urgence. Y-a-t-il un lien entre ces mesures et la crise?

Il suffit de consulter le dernier rapport disponible remis par la Belgique à la Commission européenne au titre du suivi de la « stratégie européenne pour l'emploi » mise en place par les accords de Lisbonne (voir plus bas) pour conclure qu'il n'en est rien.

«Never waste a good crisis»

Herman Van Rompuy, Bozar, 23/01/2012

Ce rapport [1] date en effet de 2007, soit avant la crise (de la finance privée). Le portrait de l'économie belge qui y est donné est le suivant :

« La croissance 2006 est vigoureuse et équilibrée; elle n'a jamais été aussi élevée au-cours de ces six dernières années (…) Alors que le nombre de chômeurs avait encore augmenté de 20 000 unités en 2005, ce dernier a diminué de 8 000 unités sic en 2006, et ce depuis la première fois depuis 2001, il devrait enregistrer une diminution de 39 000 unités en 2007 (…) Depuis 2000, la Belgique a clôturé des budgets successifs non déficitaires. De ce fait, la dette publique, l'un des points névralgiques cruciaux de la Belgique, a continuellement diminué en tant que pourcentage du PIB. Alors qu'elle s'élevait encore à 137% du PIB en 1993, elle a chuté à 87% en 2006 et devrait poursuivre sur la même voie en 2007 pour descendre à 84% du PIB ».

Autrement-dit, il n'y avait pas de crise et l'endettement était sous contrôle. Quelle était dans ce contexte la « stratégie pour l'emploi ? » :

«Les autorités fédérales ont renforcé le lien entre le droit à une allocation chômage d'une part et l'intensité et le sérieux de la recherche d'un nouvel emploi par le chômeur d'autre part. La conjonction de tous ces efforts se traduira par un afflux accru vers le travail, et, partant, d'une approche renforcée en matière de droits et de devoirs, par la perte des indemnités de chômage pour un groupe restreint de chômeurs récalcitrants (…) La pression fiscale a également été réduite pour les travailleurs salariés, en particulier pour ce qui est des revenus plus bas, ce qui rend plus attrayant la transition de l'inactivité vers un travail faiblement rémunéré. Pour ce qui est de ce groupe, la forte croissance du régime des titres-services, essentiellement pour ce qui est du travail ménager, a créé des emplois dans le circuit officiel».

La stratégie était donc la même qu'aujourd'hui : développement de l'emploi sous-payé par le chantage à la suspension des allocations chômage. Et cela hors de tout contexte de crise. En fait, la déréglementation du marché du travail dont la « réforme de l'assurance chômage » est un verrou stratégique à faire sauter s'inscrit dans un véritable projet de société européen mis en œuvre:

– par la Commission européenne dans son domaine de compétence – à travers la coordination des politiques des États membres dans le cadre d'un programme connu sous le nom d'« agenda de Lisbonne ». Ce programme vise à faire de l'Europe « la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde ».

L'agenda de Lisbonne prévoit des mesures aujourd'hui bien avancées :

– la libéralisation du marché du gaz et de l'électricité – la libéralisation du rail, des télécommunications, des services postaux – « la réforme structurelle urgente » des marchés du travail, des retraites et de la sécurité sociale.

C'est dire que la plupart des mouvements sociaux que les États membres ont connu depuis 2000 sont liés à l'agenda de Lisbonne.

La vision de la société européenne de la Commission et de ses inspirateurs

La Table ronde des industriels européens (ERT) [2] est un groupe de pression associant les plus grandes entreprises européennes au niveau de leur PDG mis en place à la demande de la Commission européenne elle-même afin de pouvoir s'appuyer dessus pour forcer la main aux États, on lui doit notamment le marché unique et l'euro et ce fut l'un des principaux promoteurs de l'« agenda de Lisbonne ». On lisait en 1998, dans un des rapports de ce lobby intitulé : « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation », le portrait d’une économie en pleine ébullition, offrant « un flot incessant de produits et de services toujours plus récents, plus performants ou moins chers qui, constamment, rendent les produits plus anciens, moins performants, voire obsolètes – de même que les emplois qui y sont liés. » L’adaptation à ce processus de « destruction créative » doit se faire à tous les niveaux de la société : chez les gouvernements, les entreprises quelle que soit leur taille et les particuliers, car, « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois. »

C'est le projet de société de la « société de la connaissance la plus compétitive du monde » avant l'heure. En prime, on y gagnera le « développement durable », puisque, en caricaturant à peine, tous les deux mois on pourra mettre un produit polluant à la poubelle pour le remplacer par un produit moins polluant (c'est l' « éco-efficacité »).

Autre façon de le dire, c'est le président de la Commission José Emmanuel Barroso [3] qui parle:

« La route est longue, mais je suis optimiste par nature. Je crois fermement qu'il y a un potentiel dans chaque citoyen européen, qui n'attend qu'à être débloqué. Il me semble que c'est une erreur de penser que les européens sont réticents face à l'innovation, refusent le risque et doivent être d'une façon ou d'une autre forcés à abandonner les modes de vie et de travail existant. Regardez le téléphone mobile qui doit son succès à la combinaison d'une technologie conviviale et à la concurrence entre les fabricants, mais aussi à la demande des consommateurs européens. Grâce à eux, l'Europe est devenue leader dans ce domaine. Ou regardez les compagnies aériennes low costs, sur lesquelles se sont jetés des citoyens affamés de mobilité, et qui dans le même temps ont créé un marché et de nouveaux emplois qui n'existaient pas avant [4]

En gros, si les compagnies low costs ont des passagers, et le téléphone portable des utilisateurs, c'est un genre de référendum pour “la société de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde”, les emplois précaires et la flexibilité... Il va de soi que les citoyens européens qui ne sont pas adeptes de cette forme de “déblocage” de leur “potentiel” sont des réactionnaires qui refusent le progrès. C'est encore M. Barroso qui parle, cette fois-ci devant le “Conseil de Lisbonne”, autre lobby bruxellois : “Si le vieux marché unique ne fournit pas toutes ses potentialités en terme de croissance et d'emploi c'est largement à cause du succès de la défense d'intérêts établis au détriment des intérêts de la société entendue au sens large.”

Et le rôle de la Commission est de défendre cet “intérêt général”, contre les intérêts nationaux, forcément étroits et catégoriels. Donc tout ce qui est une spécificité nationale, et notamment tout ce qui a à voir avec les acquis des luttes sociales du passé, est défendu par des réactionnaires. Alors que les révolutions conservatrices précédentes développaient un mythe du passé à rétablir, la révolution conservatrice se range du côté du progrès contre l'archaïsme, avec le mythe de la révolution (technologique) permanente.

Vision qui était celle du Pt de l'ERT d'alors, Gehrard Cromme (PDG de Thyseenkrupp) invité à s'exprimer lors d'un conseil des ministres informel à Maastricht en 2004. Pour l'ERT, il existe une « nouvelle Europe à deux vitesses » clivée entre les gouvernements exclusivement tournés vers les besoins de l’économie et ceux qui persistent à poursuivre « des objectifs nationaux ou politiques [5] »

Un agenda “social” pour l'emploi !

Dans la stratégie de Lisbonne tout repose sur la compétitivité et tout en découle, l'emploi, le bienêtre, la protection sociale et l'écologie. Cette même compétitivité que le Traité constitutionnel européen place au sommet de la hiérarchie des normes. Plus les entreprises sont compétitives, plus elles font de profits, plus elles sont supposées redistribuer et investir, y compris dans « les technologies propres ». Mais attention, volontairement, parce qu'elles sont citoyennes... Toute réglementation les rendrait moins compétitives et notre bien-être diminuerait en conséquence. Donc pour plus de protection sociale il faut commencer par liquider la protection sociale pour rendre les entreprises compétitives. CQFD.

La « réforme structurelle urgente des marchés du travail » prend la forme d'une __« stratégie européenne pour l'emploi [6] »__ articulée autour des objectifs suivants, actualisés en 2005 :

''« Plein emploi : entre 2005 et 2010, l'Union européenne s'est fixée comme objectif d'atteindre : . un taux d'emploi global de 67 % en 2005 et de 70 % en 2010 ; . un taux d'emploi des femmes de 57 % en 2005 et de 60 % en 2010 ; . un taux d'emploi des travailleurs âgés (55 à 64 ans) de 50 % en 2010. »''

Ces objectifs introduisent une nouvelle définition du « plein emploi ». Il ne s'agit pas de créer des emplois pour les chômeurs européens, comme le programme de la présidence britannique l'indiquait clairement au printemps 2005 :

« L’Europe ne pourra pas atteindre les objectifs en matière d’emploi fixés à Lisbonne sans s’attaquer à l’inactivité économique. Même si les 19 millions de chômeurs en Europe trouvaient tous un emploi, le nombre des actifs serait insuffisant pour réaliser l’objectif de Lisbonne en la matière, à savoir un taux d’emploi de 70 %. ».

Il s'agit bien d'accroitre « l'employabilité » ou « participation au marché du travail » de la population potentiellement active, en prévision d'un déséquilibre démographique (qui nécessite selon l'OCDE 20 millions de travailleurs immigrés d'ici 2020). Au passage la mise au travail des femmes (« Le potentiel énorme que représentent les femmes sur le marché du travail doit encore être pleinement mis à profit ») est rebaptisée « égalité des chances ». C'est notamment à ce titre que la loi française interdisant le travail de nuit des femmes a été abrogée... Des objectifs d'employabilité sont également fixés pour les handicapés, au nom de la « lutte contre les discriminations ». Quant aux plus âgés, la stratégie prend le nom de «vieillissement actif» ! On conçoit dès lors que pour parvenir à ces objectifs, une certaine coercition soit indispensable, notamment par les restrictions à l'assurance chômage et à la sécurité sociale, comme le souligne M. Barroso :

« Réintégrer les chômeurs et les inactifs dans le marché de l'emploi et inciter les travailleurs à rester actifs plus longtemps nécessitent de moderniser les systèmes de protection sociale [7] »

La stratégie de Lisbonne en matière d'emploi

''« Pour mener à bien ces trois objectifs généraux, les gouvernements des États membres de l'Union européenne sont appelés à suivre 10 lignes directrices spécifiques :''

- mesures actives et préventives en faveur des chômeurs et des inactifs ; - création d'emplois et esprit d'entreprise ; - promotion de la capacité d'adaptation au travail et de la mobilité ; - promotion du développement du capital humain, ainsi que de l'éducation et de la formation tout au long de la vie ; - augmentation de l'offre de main d’œuvre et promotion du vieillissement actif ; - égalité entre les femmes et les hommes ; - promotion de l'intégration des personnes défavorisées sur le marché du travail et lutte de la discrimination dont elles font l'objet ; - incitations à l'emploi par des offres financières plus attrayantes (*); - transformation du travail non déclaré en emploi régulier ; - diminution des disparités régionales en matière d'emploi. »

(*) notons cependant ce bémol : ''« Enfin, l'amélioration des chiffres de l'emploi observée ces dernières années est plus sensible dans les pays qui ont mené à bien des réformes visant à augmenter le taux de participation (comprendre : démantèlement de l'assurance chômage) et à améliorer la conception des politiques actives du marché du travail et des systèmes de prélèvements et de prestations. Des études (La Commission a toujours « des études » sous le bras !) montrent que de telles réformes peuvent améliorer le taux de participation de 1,5 point de pourcentage et que, combinées à la modération salariale elles peuvent réduire le taux de chômage de 1 %»'' [8]

Déclinaisons nationales

On ne peut malheureusement ici faire l'inventaire des mesures prises dans chaque pays dans le cadre des objectifs de Lisbonne en matière d'emploi (qui apparaissent dans des rapports transmis annuellement à la Commission [9]). Réformes des retraites, de la sécurité sociale, de l'assurance chômage... Toutes ces mesures sont intervenus aux différents plans nationaux à la fois de façon désynchronisée et sur une sédimentation du droit du travail marquée par des traditions historiques spécifiques , ce qui, renforcé par la technicité du droit du travail et de la protection sociale rend très difficiles les mobilisations européennes. Qui pouvait faire le lien entre des mobilisations en Allemagne contre les “emplois à un euro [10]”, celles en France contre le CPE, ou pour les retraites en Belgique ? Qui sait que le Contrat nouvel embauche, autre dispositif semblable à ce que suggère aujourd'hui la ministre belge du travail (licenciement autorisé sans motif lors des deux premières années déclaré contraire au droit international du travail par l'Organisation internationale du travail) figurait dans le rapport annuel remis par annuel remis par la France à la Commission au titre du suivi des objectifs de Lisbonne[11] ?

Pourtant il s'agit bien, aux niveaux nationaux, de la mise en œuvre du projet technocratique de “société de la connaissance la plus dynamique et la plus compétitive du monde”, élaboré en pleine bulle des valeurs internet dont l'éclatement n'a pas découragé les promoteurs d'un modèle de développement qui rappelle furieusement, mort avant d'être né, ceux proposés au tiers-monde dans les années 60. Pour citer une dernière fois José Emmanuel Barroso :

‟Comme l'écrivait Paul Valery : “le problème à notre époque, c'est que le futur n'est plus ce qu'il était”. La bulle internet a éclaté, les événements terribles du 11 septembre 2001 semblent avoir jeté un sort à l'économie mondiale et l'Europe est devenue plus consciente du problème démographique et des effets de la concurrence internationale et les conséquences que cela aura sur notre modèle social et notre économie si rien ne change.”

Le 11 septembre a laissé place à la crise des finances publiques causée par la crise de la finance privée. Ce qui ne change pas, c'est “L'essence du néolibéralisme. Cette utopie, en voie de réalisation d'une exploitation sans limite [12]”. Car à travers la stratégie européenne pour l'emploi, c'est*bien, sous couvert de “lutte contre le chômage”, telle qu'elle est promue dans ses déclinaisons nationales, la mise en place d'un marché du travail totalement dérégulé qui reste à l'ordre du jour.

La preuve par la Grèce

Le cas de la Grèce en fournit la vérification. C'est l'agenda de Lisbonne (notamment) appliqué de façon autoritaire qu'exige la troïka (Commission européenne, FMI, BCE) qui n'est rien d'autre que le bras armé des multinationales réunies dans l'ERT. Le prochain prêt dont la Grèce a besoin (à défaut d'oser faire défaut) ne sera débloqué que si le salaire minimum (qui est de 700 EUR) est supprimé ainsi que l'ensemble des conventions collectives... Et comme le déclarait à ce sujet Guy Verhostadt au journal Le Soir:

Ce qui est important, c’est que la pression ne diminue pas. Ainsi (il sourit…), il vaudrait mieux que la BCE ne soit pas « laxiste » aujourd’hui, parce que si elle relâche sa politique et que cela va mieux, le sentiment d’urgence va disparaître. Or, c’est notre allié…

Y compris pour "réformer" les autres États sociaux...

Benoît EUGENE

Notes

[1] http://ec.europa.eu/social/BlobServlet?docId=6078&langId=fr

[2] Lire Observatoire de l'Europe Industrielle, Europe INC. Comment les multinationales construisent l'Europe et l'économie mondiale », Agone, 2005.

[3] José Emmanuel Barroso fut maoïste pendant la révolution des oeillets puis socialiste puis premier ministre de centre droit. Dans ses fonctions il organisa le sommet des Açores avec Berlusconi, Bush et Blair qui décida de l'invasion de l'Irak.

[4] Jose Emmanuel Barroso, Creating an Europe of opportunities, discours Schuman, Lonseil de Lisbonne, 14 mars 2005 <www.lisboncouncil.net/files/download/RSLecture2005.pdf >

[5] Europe Inc., p. 89

[6] Textes en ligne sur <http://europa.eu.int/comm/employment_social/employment_strategy/guidelines_fr.htm>

[7] Souligné par moi. COMMISSION DES COMMUNAUTÉS EUROPÉENNES Bruxelles, le 02.02.2005 COM (2005) 24 *COMMUNICATION AU CONSEIL EUROPÉEN DE PRINTEMPS **Travaillons ensemble pour la croissance et l’emploi Un nouvel élan pour la stratégie de Lisbonne *Communication du Président Barroso en accord avec le vice-président Verheugen :<http://www.eurosfaire.prd.fr/bibliotheque/pdf/COM2005_024_fr.pdf>

[8] Ibid.

[9] Voir les plans d'action nationaux <http://europa.eu.int/comm/employment_social/employment_strategy/national_fr.htm>

[10] Le plan « Harz IV » de réforme de l'assurance chômage qui oblige les chômeurs pour conserver leurs allocations, fortement réduites dans le temps, à accepter jusqu'à 30 heures de travail par semaine payées un euro de l'heure. Et cela malgré plus d'un an de mobilisations sociales et de manifestations hebdomadaires !

[11] PROGRAMME NATIONAL DE REFORME "POUR UNE CROISSANCE SOCIALE <http://www.sgae.gouv.fr/actualites/htmlpages/actu_pnr.html>

[12] Pierre Bourdieu, L'essence du néolibéralisme, Le Monde diplomatique, mars 1998

mercredi 11 avril 2018

Notre-Dame-Des Landes : la voilà, la Blanche Hermine ?

Les gendarmes ont mené ce mercredi après-midi une charge massive sur les zadistes et leurs soutiens, de plus en plus éparpillés, pour le troisième jour des opérations d'expulsions à Notre-Dame-des-Landes.

Notre-Dame-des-Landes-la-destruction-de-lieux-de-vie-a-t-elle-fait-basculer-la-situation.jpg Cliquer sur l'image pour écouter la chanson de Gilles Servat, La Blanche Hermine

Je ne sais pas si on la chante à NDDL...

sans doute que non, car un peu datée du point de vue du rapport entre les sexes...

Mais alors, on a tort.

Les temps changent, la force des chansons reste.

Le Concierge

Il y a 20 ans : L'intellectuel négatif

Grand retour de BHL, l'affaire libyenne n'ayant guère troublé les éditorialistes, pour appeler à bombarder en Syrie et condamner Tariq Ramadan (dans les deux cas au nom des victimes)... Une vieille histoire qui, elle, ne sera jamais jugée...

Screen_Shot_2018-04-11_at_18.09.36.png Propagande de viol, propagande de guerre ?

Tous ceux qui ont été là, jour après jour, pendant des années, pour recevoir les réfugiés algériens, les écouter, les aider à rédiger des curriculum vitæ et à faire des démarches dans les ministères, les accompagner dans les tribunaux, écrire des lettres aux instances administratives, aller en délégation auprès des autorités responsables, solliciter des visas, des autorisations, des permis de séjour, qui se sont mobilisés, dès juin 1993, dès les premiers assassinats, non seulement pour apporter secours et protection autant que c'était possible, mais pour essayer de s'informer et d'informer, de comprendre et de faire comprendre une réalité complexe, et qui se sont battus, inlassablement, par des interventions publiques, des conférences de presse, des articles dans les journaux, pour arracher la crise algérienne aux visions unilatérales, tous ces intellectuels de tous les pays qui se sont unis pour combattre l'indifférence ou la xénophobie, pour rappeler au respect de la complexité du monde en dénouant les confusions, délibérément entretenues par certains, ont soudain découvert que tous leurs efforts pouvaient être détruits, anéantis, en deux temps, trois mouvements.

Deux articles écrits au terme d'un voyage sous escorte, programmé, balisé, surveillé par les autorités ou l'armée algériennes, qui seront publiés dans le plus grand quotidien français, quoique bourrés de platitudes et d'erreurs et tout entiers orientés vers une conclusion simpliste, bien faite pour donner satisfaction à l'apitoiement superficiel et à la haine raciste, maquillée en indignation humaniste. Un meeting unanimiste regroupant tout le gratin de l'intelligentsia médiatique et des hommes politiques allant du libéral intégriste à l'écologiste opportuniste en passant par la passionaria des « éradicateurs ». Une émission de télévision parfaitement unilatérale sous des apparences de neutralité. Et le tour est joué. Le compteur est remis à zéro. L'intellectuel négatif a rempli sa mission : qui voudra se dire solidaire des égorgeurs, des violeurs et des assassins, — surtout quand il s'agit de gens que l'on désigne, sans autre attendu historique, comme des « fous de l'islam », enveloppés sous le nom honni d'islamisme, condensé de tous les fanatismes orientaux, bien fait pour donner au mépris raciste l'alibi indiscutable de la légitimité éthique et laïque ?

Pour poser le problème en des termes aussi caricaturaux, il n'est pas besoin d'être un grand intellectuel. C'est pourtant ce qui vaut au responsable de cette opération de basse police symbolique, antithèse absolue de tout ce qui définit l'intellectuel, la liberté à l'égard des pouvoirs, la critique des idées reçues, la démolition des alternatives simplistes la restitution de la complexité des problèmes, d'être consacré par les journalistes comme intellectuel de plein exercice.

Et pourtant, je connais toutes sortes de gens qui, bien qu'ils sachent parfaitement tout cela, pour s'être heurtés cent fois à ces forces, recommenceront, chacun dans son ordre et avec ses moyens, à entreprendre des actions toujours menacées d'être détruites par un compte rendu distrait, léger ou malveillant ou d'être récupérées, en cas de réussite, par des opportunistes et des convertis de la onzième heure, qui s'obstineront à écrire des mises au point, des réfutations ou des démentis voués à être recouverts sous le flot ininterrompu du bavardage médiatique, convaincus que, comme l'a montré le mouvement des chômeurs, aboutissement d'un travail obscur et si désespéré parfois qu'il apparaissait comme une sorte d'art pour l'art de la politique, on peut, à la longue du temps, faire avancer un peu, et sans retour, le rocher de Sisyphe.

Parce que, pendant ce temps, des « responsables » politiques habiles à neutraliser les mouvements sociaux qui ont contribué à les porter au pouvoir, continuent à laisser des milliers de « sans papiers » dans l'attente ou à les expulser sans ménagements vers le pays qu'ils ont fui, et qui peut être l'Algérie.

Paris, janvier 1998

Pierre Bourdieu

mardi 10 avril 2018

Comment la dette de la SNCF enrichit les marchés financiers, au détriment des cheminots et des usagers

9 avril par Nolwenn Weiler, Bastamag, via CADTM.

Sous prétexte de sauver la SNCF, endettée de près de 50 milliards d’euros, le gouvernement Philippe prépare une profonde réforme du secteur ferroviaire, ouvrant la porte à sa privatisation de fait. Présentée comme la conséquence de performances insuffisantes de l’entreprise, cette dette résulte pourtant très largement de choix politiques et organisationnels antérieurs. Loin des fantasmes sur le statut des cheminots, Basta ! retrace l’histoire de cet endettement, qui constitue aussi une rente annuelle de plus d’un milliard d’euros pour les marchés financiers. Pour en venir à bout, d’autres solutions sont possibles.

Lors de l’inauguration de la ligne grande vitesse Paris-Rennes, en juillet dernier, Emmanuel Macron a évoqué une offre : l’État pourrait prendre en charge la dette de la SNCF en échange d’un « nouveau pacte social » au sein de l’entreprise publique, qui verrait le statut des cheminots progressivement supprimé. Emmanuel Macron faisait ainsi implicitement le lien entre l’endettement colossal de la SNCF – 46,6 milliards d’euros – et le « coût du statut » des cheminots, qui leur donne notamment la possibilité de partir en retraite plus tôt. Le rapport Spinetta, remis le 15 février dernier au gouvernement en vue d’une loi réformant la SNCF, reprend cette thèse d’un coût du travail trop élevé qui viendrait gréver les finances du système ferroviaire français.

« C’est une escroquerie intellectuelle de laisser penser cela, s’insurge Jean-René Delépine, représentant du syndicat Sud-rail au conseil d’administration de SNCF réseau, la branche qui gère les voies ferrées. Cette dette, c’est d’abord la contre-valeur d’un bien commun : un réseau de chemin de fer. Elle est visible parce qu’elle se trouve au sein d’une seule société. Si une entreprise avait, à elle seule, la charge de maintenir et de développer le réseau routier, sa dette serait infiniment supérieure ! L’État, qui se présente comme la victime d’un endettement non maîtrisé de la SNCF, est en fait le premier responsable de l’explosion de la dette. »

Une dette « mise sous le tapis » il y a vingt ans

Dans les années 80, la politique du « tout TGV », vers lequel les investissements sont essentiellement dirigés, se traduit par une diminution continuelle des budgets de maintenance et de renouvellement du reste du réseau – dessertes des agglomérations, lignes rurales, lignes inter-cités – qui aboutit à un état de délabrement alarmant d’une partie des voies. « En 2005, un audit sur l’état du réseau français réalisé par l’école polytechnique fédérale de Lausanne (Suisse) à la demande de Réseau ferré de France (RFF) et de la SNCF alertait sérieusement sur le vieillissement du réseau et pointait la responsabilité de l’État », souligne la CGT dans un récent rapport sur l’avenir du service public ferroviaire. Plus de 9000 kilomètres (sur un total de 30 000) sont considérés comme vétustes voire dangereu. À certains endroits, les rails sont si dégradés que les trains doivent ralentir. Tout cela oblige l’État à engager un important et très coûteux programme de travaux au début des années 2000.

En 1997, pour répondre aux critères du traité de Maastricht qui conditionne le passage à l’euro à la maîtrise du déficit public, la France choisit de loger sa dette ferroviaire dans un nouvel établissement public, séparé de la SNCF : Réseau ferré de France (RFF, renommé SNCF réseau en 2014). « C’est une façon de masquer la dette publique, estime Jean-René Delépine. À la même époque, l’Allemagne a de son côté décidé de reprendre la dette du système ferroviaire, alors qu’elle était en pleine réunification ! »

La dette de 46,6 milliards d’euros qui plombe actuellement le système ferroviaire est celle de SNCF réseau, mise sous le tapis il y a vingt ans. « RFF puis SNCF réseau se retrouvent à porter, seules, des investissements qui doivent normalement revenir à l’État, poursuit Jean-René Delépine. C’est pourtant lui qui prend les décisions d’aménagements ! »

Dix milliards ponctionnés par les marchés financiers

À la fin des années 2000, le gouvernement de Nicolas Sarkozy décide de lancer un vaste programme de travaux, mais sans y allouer les finances nécessaires. À la remise en état des voies vieillissantes, s’ajoute la construction de quatre nouvelles Lignes à grande vitesse (LGV). En 2010, SNCF réseau investit 3,2 milliards d’euros tout en percevant 2,2 milliards de subventions. Il faut donc emprunter sur les marchés pour trouver le milliard manquant. En 2012, les investissements s’élèvent à 4,3 milliards d’euros quand les subventions de l’État plafonnent à 1,2 milliard. Nouvel emprunt. En 2015, rebelote : alors que SNCF réseau doit débourser 5,3 milliards, il ne reçoit que 1,1 milliard de l’État. Cette année là, les subventions ne couvrent que 23 % des besoins d’investissement. Le recours à l’emprunt augmente encore. Depuis, les subventions consenties par l’État restent bien inférieures aux montants de travaux... pourtant engagés à sa demande ! « En 2017, 5,4 milliards d’euros ont été investis pour la régénération du réseau. 2,2 milliards ont été versés par des subventions. Le reste a été emprunté », illustre Jean-René Delépine.

À ce système structurellement déficitaire, s’ajoute le fait qu’« SNCF Réseau doit payer les intérêts de sa dette passée, comme l’explique Adrien Coldrey, économiste au sein du cabinet d’expertise Degest 4. Or, il n’a plus aucune ressource pour payer ces intérêts puisque celles-ci ont été utilisées pour l’investissement : il doit donc s’endetter pour les payer. C’est un effet boule de neige, qui ressemble à une situation de surendettement pour un particulier. »

Ces dix dernières années, cette charge de la dette – 10,3 milliards d’euros seulement pour les intérêts – pèse plus lourd que l’entretien et le développement du réseau – 7,2 milliards d’euros ! « Quand la SNCF emprunte 100 euros pour le réseau, il ne peut en utiliser que 41. Les 59 restant sont ponctionnés par le système financier », détaille Arnaud Eymery, le directeur du cabinet Degest. Soit les banques, assurances et fonds d’investissement qui prêtent à la SNCF.

« On travaille pour financer les banques »

« Pour le dire autrement, afin d’investir 100 euros sur la modernisation des voies, la SNCF doit emprunter 243 euros ! Le surcoût est considérable. C’est une rente pour les marchés financiers, même si les taux sont actuellement très bas. » Si les taux devaient remonter, l’absurdité de ce choix économique serait encore plus flagrante. « La charge de la dette avale les trois quarts de la performance économique de l’outil industriel, assène Jean-René Delépine, de Sud-rail. On travaille pour financer les banques. C’est une honte. » Et plus le temps passe, plus la dette se creuse. « Si l’État l’avait reprise en 2010, seulement 7,2 milliards d’euros d’endettement auraient été générés, contre 17,5 milliards actuellement », calcule Arnaud Eymery du cabinet Degest.

Autre choix politique absurde : en 2006, le gouvernement de Dominique de Villepin privatise les autoroutes, ce qui provoque un gros manque à gagner pour le système ferroviaire. Une partie des subventions versées par l’État à la SNCF provient de l’agence de financement des investissements de transports de France, qui était alimentée par les redevances des concessions d’autoroutes...

Pour se faire une idée des sommes dont est aujourd’hui privé le système ferroviaire, il suffit de regarder le montant des dividendes que se sont partagés les actionnaires des sociétés concessionnaires d’autoroute (SCA) en 2016 : 4,7 milliards d’euros ! « La suppression du projet d’écotaxe en octobre 2014 (par le gouvernement de Manuel Valls, ndlr), également prévue par le Grenelle de l’environnement pour financer la construction des LGV, vient à nouveau gréver les finances et donc le report des trafics de la route vers le train », ajoute Arnaud Eymery.

Pour les usagers, le prix des billets explose

Le report de la route vers le train constitue un défi crucial face au réchauffement climatique et à l’aggravation de la pollution atmosphérique. Mais pour les usagers, le coût du train s’envole. Car pour faire face à sa situation financière, le tarif facturé par RFF aux sociétés exploitants les trains – et donc principalement à la SNCF – a été considérablement augmenté (+26 % entre 2007 et 2013). « La hausse est aussitôt répercutée sur le prix des billets, qui augmente de 20% entre 2008 et 2013 », souligne Arnaud Eymery. Résultat : les Français délaissent le train jugé hors de prix.

Dès 2010, la fréquentation des TGV est en baisse. Un cercle infernal se met en place : les gens prennent moins le train, le nombre de trains diminue, les péages augmentent, de même que les billets, ainsi que les investissements nécessaires. Entre 2010 et 2016, le trafic ferroviaire enregistre une hausse de 1 % quand la voiture bondit de 7 % et le transport aérien de 17 %.

Plutôt que de taxer la route pour financer le transport ferroviaire, beaucoup moins polluant, l’État prétend que celui-ci peut s’autofinancer à condition que les cheminots travaillent plus et mieux. Pourtant, d’importants efforts ont déjà été consentis. « Chaque année, on demande à la SNCF d’économiser 1,5 milliard d’euros. Et la principale source d’économies, c’est l’emploi », poursuit Arnaud Eymery. Entre 2004 et 2014, les effectifs cheminots ont chuté. Ces derniers passent de 175 000 à 154 000 salariés, soit 2000 emplois supprimés chaque année.

Productivité élevée, espérance de vie réduite

Selon le cabinet Degest, une étude des gains de productivité laisse apparaître, entre 2004 et 2014, une progression plus forte pour les cheminots (+3,2% par an) que pour l’économie française dans sa globalité (+1,9%). Une tendance qui devrait se prolonger ces prochaines années du fait des contrats de performance signés entre l’État et la SNCF. Néanmoins, le coût de cette pression sur le travail est élevé. À la SNCF comme ailleurs, les salariés sont écartelés entre des objectifs sans cesse accrus et des moyens revus à la baisse. Au point que certains ne peuvent plus assurer correctement la sécurité sur les voies (lire notre enquête sur l’accident de Brétigny en 2013). Et que d’autres sont sommés de proposer aux voyageurs les billets les plus chers.

Pour que les trains puissent rouler en continu, la maintenance est davantage assurée de nuit, alors que le travail nocturne a des effets importants sur la santé. « Les indices de morbidité (le nombre de jours d’absence des salariés pour maladie ou accident du travail, ndlr) ont augmenté au fur et à mesure que des gains de productivité étaient enregistrés », remarque Arnaud Eymery.

L’espérance de vie des cheminots est inférieure à la moyenne nationale, notamment pour les personnels de l’exécution et de la traction. Ces derniers meurent quatre ans plus tôt que le reste de la population. La fédération Sud-rail, à qui la direction refuse de fournir des chiffres, estime qu’une cinquantaine de cheminots se suicident chaque année.

1269 euros, le salaire de base d’un chef de bord

En parallèle, les réorganisations et le déploiement de nouvelles technologies entraînent une hausse de l’encadrement. « En créant trois entités en 2014, on a créé trois états-majors différents, illustre Jean-René Delépine. Cela augmente automatiquement la masse salariale puisque les cadres sont plus nombreux et mieux payés. » L’augmentation exponentielle de la sous-traitance a également entraîné une augmentation du taux d’encadrement. Pour réaliser des économies, il serait ainsi possible de regarder du côté de l’organisation du travail, ou encore... de la direction.

En 2017, les onze membres du comité exécutif de SNCF Réseau se sont ainsi partagés une rémunération nette imposable de 2,5 millions d’euros, assortis de 38 000 euros d’avantages en nature, soit une moyenne de 19 000 euros par mois et par personne. En 2017, Florence Parly, l’actuelle ministre des Armées, a été payée 52 000 euros par mois en tant que directrice générale chargée de SNCF voyageurs. Par comparaison, le traitement de base d’un chef de bord, qui assure les trajets à bord d’un train corail, est de 1269 euros nets, assortis de plusieurs primes.

D’autres solutions pour financer le réseau

Comment sortir le système ferroviaire de cette voie de garage ? L’État pourrait aider l’entreprise dont il est actionnaire à sortir du cycle infernal de l’endettement, et doter le train de financements pérennes. La CGT propose de flécher 6 milliards d’euros des recettes de la TICPE (taxe intérieure sur la consommation des produits énergétiques) pour le financement du réseau ferré national. En 2016, ces recettes se sont élevées à 28,5 milliards d’euros pour les produits pétroliers 9. La CGT propose par ailleurs de mettre fin aux exonérations et au remboursement partiel de cette taxe dont bénéficient les transporteurs routiers ou le secteur aérien.

La confédération syndicale propose également de mettre en place un « versement transport additionnel régional » : calculé à partir de la masse salariale et redevable par les entreprises d’au moins onze salariés, cet impôt permettrait de doter les régions de 500 à 850 millions d’euros par an pour financer les lignes locales. « Sur le modèle du Livret A créé pour financer le logement social, nous proposons la création d’un nouveau livret d’épargne défiscalisé offrant un produit d’épargne sécurisé, dont les fonds seraient centralisés par la Caisse des dépôts et consignations », suggère encore la CGT.

Développer le train pour sauver le climat

De son côté, le syndicat Sud-rail propose de réunir les trois entités qui composent actuellement la SNCF en une seule et même entreprise, ce qui permettrait de mutualiser les capitaux propres : ceux de SNCF mobilités s’élèvent à 15 milliards d’euros, alors que ceux de SNCF réseau sont négatifs de 12 milliards. « Nous aurions une entité qui démarrerait avec un capital positif de 3 milliards de capitaux propres » , résume Jean-René Delépine. La fusion entraînerait une mutualisation des marges opérationnelles, diluant la charge liée au remboursement de la dette et améliorant la capacité d’autofinancement.

Cette réunification aurait, toujours selon Sud-rail, un autre avantage : économiser les coûts de fonctionnement liés à la multitude de contrats passés entre les deux entités. Par exemple, lorsque SNCF réseau ferme une ligne pour réaliser des travaux, elle dédommage SNCF mobilités qui ne peut plus y faire passer ses trains. « Ces transactions créent des litiges, et induisent des surcoûts organisationnels monstrueux. » Sans oublier le bon millier de filiales créées par la SNCF, véritable mille-feuille organisationnel dont les effet économiques et sociaux réels restent à déterminer.

Sur le plan climatique, le secteur des transport est l’un des plus émetteur en gaz à effet de serre. Privilégier les modes de transport les moins polluants est donc indispensable. Une étude réalisée en Europe par le cabinet néerlandais CE Delf met en évidence un coût social et environnemental neuf fois plus élevé pour la voiture que pour le train. « Je pense même qu’en France, où le parc diesel est très important, ces chiffres sont encore supérieurs », estime Arnaud Eymery. Face aux défis, immenses, que pose le changement climatique, le train pourrait être considéré comme un atout plutôt que comme un poids. Ce n’est malheureusement pas le sens des conclusions du rapport Spinetta, qui sert de base à la future réforme ferroviaire.

lundi 9 avril 2018

Grèce : Conséquences de la politique européenne de libéralisation du transport ferroviaire

Il y a un an le feuilleton de la vente de TRAINOSE, a pris fin.

La société est passée à Ferrovie Dello Stato Italiano pour un prix de 45 millions d’euros. Inutile bien sûr de rappeler les déclarations de messieurs Stathakis et Tsipras quand le gouvernement Samaras-Vénizélos programmait la vente des chemins de fer grecs… L’accord a été signé après règlement de quelques problèmes particuliers : l’effacement de la dette de TRAINOSE envers OSE (750 millions d’euros) à la suite d’engagements imposés par le mémorandum en échange du patrimoine immobilier de l’OSE. (La dette de l’OSE à laquelle il est fait référence concerne les participations aux travaux d’infrastructure que l’État grec n’a pas payés obligeant ainsi l’établissement à emprunter pour en couvrir les dépenses.)

Quelles ont été les évolutions du réseau ferré en Grece depuis qu’a été instaurée la politique européenne de libéralisation du transport ferroviaire?

-démantèlement de l’établissement ferroviaire

-fermeture de 40 % du réseau

-fermeture de 60 % des gares

-réduction des effectifs de 14 500 personnes (1989) à 2900 personnes (2014)

-hausse spectaculaire des tarifs

-abandon du fret

-obsolescence du matériel roulant

-dévalorisation de l’infrastructure, vols, abandon du patrimoine

-diminution du niveau de sécurité et de qualité des services

-diminution du salaire des cheminots de l’ordre de 40 %

Quelles conséquences pour les utilisateurs

-Rétrécissement du réseau et des gares, augmentation des tarifs, diminution du niveau de sécurité et de qualité des services

Quelles ont été les actions des luttes sociales et politiques menées ces dernières années

Les travailleurs des chemins de fer ces dernières années ont lancé une série de mobilisations et d’actions contre les politiques du mémorandum et les privatisations. Il y a eu plus de 100 jours de grève, avec comme principales revendications l’arrêt des privatisations et le retour à un OSE sous sa forme publique et unique. Ont également eu lieu des dizaines de manifestations, des occupations de bâtiments, des annulations d’itinéraires, etc

À la question « pourquoi un OSE public et unique » la réponse est que l’expérience a prouvé que le morcellement organisationnel n’a, à ce jour, mené nulle part. Ce modèle organisationnel a été testé, a conduit à des gaspillages et des dysfonctionnements et a échoué.

À la question « pourquoi un OSE public » la réponse est que son importance en tant qu’entreprise de transport est stratégique:

– pour la sécurité nationale

-pour le soutien du développement économique du pays et pour la mise en œuvre d’un plan de développement national et le développement régional

Une structure organisationnelle unique, chapeautée par les Directions Générales des activités et une séparation logistique de ces activités permettant de les suivre avec la plus grande transparence possible, servira les intérêts du peuple grec de la meilleure façon possible.

Dates-clés pour les directives européennes en matière de transport .


***2001 directive européenne 2001/12

– Séparation de la gestion de l’infrastructure. directive européenne 2001/13

– Procédure d’octroi de licences pour les transporteurs ferroviaires.

directive européenne 2001/14

– Répartition des compétences en matière d’ infrastructure.

directive européenne 2001/16

– Interopérabilité du réseau ferroviaire conventionnel .


***2012 directive européenne 2012/34

– Unification du cadre législatif.


***2004 2004 : directive 2004/49, directive 2004/50, directive 2004/51, règlement 881/2004

– Une plus grande ouverture du marché du fret, adoption de procédures techniques communes en matière de sécurité, institution d’une Agence ferroviaire européenne.


***2007 directive 2007/58, directive 2007/59, règlement 1370/2007, règlement 1371/2007, règlement 3172/200

– Une plus grande ouverture du marché des transports de passagers, création d’un « brevet de conduite » européen pour les transports intra-européens, des droits pour les passagers et des critères de qualité minimum pour le travail de transport. 1991

Nombre d’organismes ferroviaires intervenant dans le transport de fret et de voyageurs.

OSE(ΟΣΕ) – gestionnaire de l’infrastructure TREN OSE(ΤΡΑΙΝΟΣΕ)-exploitant du réseau ferré EESTTY (ΕΕΣΤΤΥ) – société de maintenance du matériel roulant Y sont aussi liées indirectement les entreprises suivantes: GAIA OSE(ΓΑΙΑΟΣΕ) – valorisation du patrimoine immobilier ERG OSE(ΕΡΓΟΣΕ) – gestion des travaux cofinancés par l’UE

Bref historique sur la dette

L’OSE en tant qu’entreprise de transport – contrairement aux autres entreprises de transport privées ou publiques – a la responsabilité de la maintenance et de la surveillance des infrastructures (de ligne). Il a l’obligation de fournir des services à des fins nationales(défense) et bien sûr de faire œuvre sociale à travers sa politique tarifaire. L’état, déjà depuis la création de l’OSE en 1972, a défini ses obligations financières envers l’OSE, en signant une convention de financement correspondante.

a) Depuis 1972 et jusqu’à 1979, la convention de financement a été entièrement respectée. Depuis 1980 et jusqu’à 2002, elle a été respectée seulement pour un tiers avec pour résultat de porter la dette de l’État envers l’OSE à 2,7 milliards €(rapportés au taux actuel). Depuis 2003 et jusqu’à aujourd’hui, le gouvernement n’a pas versé un seul euro à l’OSE pour couvrir ne serait-ce qu’une partie de ses obligations envers l’OSE.

b ) Le coût de la participation nationale aux travaux de modernisation cofinancés et le coût des travaux financés par des fonds nationauxn’est pas entièrement couvert par le Programme d’investissement public. Ainsi depuis 1993 et jusqu’en 2004 l’OSE a emprunté 1,5 milliards € afin de respecter ses engagements en matière d’investissement. Le programme d‘investissement en 2006 et 2007 a été financé pour 640 millions € par la région de Grèce Occidentale(Π.Δ.Ε) et pour 540 millions par un emprunt de l’OSE. La prise en charge par l’OSE des obligations financières de l’État l’ont conduit à emprunter une somme totale d’environ 7 milliards € et le service de ces prêts a contribué pour 37 % à la création du déficit.

Sources : Syndicats des cheminots grecs

via Unité Populaire et La Grèce est à vendre, tout va partir

samedi 7 avril 2018

Nano-histoire sociale : Avis de décès (post-mortem) de la Fondation Copernic

Créée sans doute suite à une idée de Pierre Bourdieu, pour être un "think tank" de gauche, comme Acrimed dans le domaine des médias, dans le cadre d'une stratégie de résistance à l'Europe néolibérale, la Fondation Copernic, comme ATTAC, après l'effacement de la victoire de 2005 par le Traité de Lisbonne et la crise de 2008 qui fut mise à profit pour accomplir l'agenda contre lequel nous luttions (jusqu'à détruire in fine des Etats comme la Grèce), la petite "maison" restait, malgré tout, gardée, tenue à bout de bras, aussi végétante fût-elle, dans l'espoir qu'elle pourrait peut-être servir à quelque chose, si le balancier néolibéral repartait, enfin, en arrière, par Pierre Khalfa.

Au-moment de céder la main, la tête que faisait Pierre Khalfa avait tout pour filer le mouron au Concierge...

Avoir maintenu ce petit cadavre à la renverse en vie pendant tant d'années, au lieu de le saborder comme un pédalo à Toulon, pour qu'il tombe aujourd'hui aux mains de Troskaroïdes (revenant comme une farce!)...

Tss, tss.

LDCCopernic.png Ben oui Thierry (en haut à... droite), tu peux bien lever les yeux au ciel ! Mais tu aurais mieux fait d'y penser avant de livrer tes collaborateurs à De Cock ! Cliquer sur l'image pour voir la résurrection de la "Fondation Copernic" par cette messe (noire) burlonesque de dents qui rayent le parquet !

Lors de cette AG de "refondation" (terme néolibéral s'il en est !), tenue devant des cheveux plus que grisonnants, à l'exception notable de Thierry Discepolo qui relevait - malgré tout - la moyenne d'âge, manifestement trainé là comme un gentil Toutou par Laurence De Cock (qui s'était fait ses dents d'entriste sur les éditions Agone dès 2008, ce qui devait aboutir à l'éradication de toute l'équipe de ce collectif pour asseoir ses ambitions carriéristes depuis une position non répertoriée dans l'organigramme), on apprit qu'en 6ème position des priorités figurait "l'Europe", "sujet d'actualité" (dixit Laurence De Cock !).

Dans l'ordre nous avions :

1) "Discriminations, inégalités" mais en fait... "racisme, laïcité" (la disparition de la question sociale en somme, ou plus précisément son américanisation)

2) "Le revenu maximum" (c'est quand même le "revenu minimum", voire le salaire universel, qui intéresse les gens ! Mais en tant qu'agrégée astreinte à un temps de travail pour le moins limité pour un traitement à vie - honteusement "national" ! -, Laurence De Cock a une perception des conditions d'existence du plus grand nombre un peu ethnocentriste, et ce n'est pas nouveau !!!)

3) La "question de l'éducation au sens large : transmission, co-construction, démocratisation" : soit le "pédagogisme" (qui nourrit la réaction qui sait qu'il ne s'agit-là que de mots !) bien fait pour masquer la néo-libéralisation de l'école...

4) "La planification écologique, autre axe dont il faut qu'on s'empare" (Une bande d'universitaires bénéficiant du traitement à vie et dont on devine qu'ils "habitent" ordinairement considérés leurs moyens a peu de temps après sauté sur Notre-Dame-Des-Landes comme horizon utopique de gens bien installés et normés sous tout rapport de capitalisme d'Etat, ce qui vaut tout commentaire !!!)

5) "La question du comment on travaille avec les autres groupes ?". C'est sûr qu'en traitant tous ceux et celles qui ne sont pas d'accord avec elle de "rouges-bruns" et en demandant leur interdiction (sur Mediapart, Face Book... ou en menaçant des anarchistes retraités du CNRS de leur casser la gueule, on va y arriver !)

6) "Question liée à l'actualité, la question de l'Europe"; Ouaf, ouaf !!! Comme on l'a vu sur la question de la SNCF, et considérée la (toute microcosmique soit-elle) histoire de la Fondation Copernic, c'est pour pleurer !!!

7) Travailler à une meilleure diffusion et valorisation des "notes de la fondation Copernic". Ouaf ouaf ! La présence de Thierry Discepolo n'en est que plus comique (pas attiré là pour rien !), les éditions Agone avaient en effet publié "Réformisme & Révolution" d'Yves Salesse, Premier Pt de la Fondation... Un ouvrage qui nous paraissait un peu tiède, mais qui aujourd'hui est un véritable brûlot par rapport à cette "refondation" !!! Signe des temps (maudits). Mais Laurence De Cock étant parvenue à l'existence médiatique, comme la Mère Ubu, grâce à la collection "Passé&Présent" du CVUH, pourquoi ne pas renouveler l'opération de la honte - en tous cas pour le moment, elle a surtout commencé, sans vergogne ni attendre, à faire sa pub ! - , au point où en sont les éditions Agone !!!

Ouaf, ouaf !

Je me souviens d'un jour à la toute fin des années 90, où j'avais participé à la première réunion, dans une toute petite salle de la Bourse du travail, au lancement d'un hypothétique (et qui s'est révélé impossible) Mouvement Social Européen...

Bourdieu avait essayé de confier à la Fondation Copernic la rédaction d'une charte pour ce mouvement...

Aussitôt, deux jeunes trotskistes de la LCR avaient hurlé à la "manipulation" (ça leur allait bien !)

Sur le trottoir, en sortant, Bourdieu, un peu choqué, nous dit, à moi et Paul Dirkx : "Les jeunes sont de plus en plus vieux, ça fait trente ans que je le dis !".

Un peu estomaqué, j'en oubliais ma carte bleue dans une cabine téléphonique de la Place de la République, et m'en trouvais plus qu'emmerdé pendant 15 jours...

Voir aujourd'hui une trotscarde dévorer de ses dents qui rayent le parquet ce qu'il reste de cette "Fondation" (ouaf, ouaf, car elle n'a guère eu l'occasion d'exister) fait, au moins, la joie du satiriste, aussi démuni que Karl Kraus revenant comme une farce, face à la réalité dépassant la satire (ce qui est bien la preuve ultime que Thierry Discepolo n'a jamais rien compris, en bon sophiste, à ce qu'il a publié !)

Le Concierge

vendredi 6 avril 2018

Scandale de la privatisation des barrages

Le gouvernement a donc annoncé la privatisation des 150 plus grands barrages hydrauliques de France. Cela fait plus de 10 ans que la Commission européenne fait pression sur Paris pour en finir avec la gestion publique du secteur hydroélectrique, sans succès. Avec Macron, Bruxelles est rapidement satisfaite. Cette décision est pourtant lourde de conséquences, tant pour la bonne gestion du réseau électrique national et la facture du consommateur que pour la sécurité du territoire.

L’excédent brut des concessions est de 2,5 milliards € par an, dont la moitié revient aux collectivités territoriales. Ce qu’on appelle la « rente hydroélectrique », c’est-à-dire le bénéfice final, est donc d’au moins 1,25 milliard €. Globalement, le secteur est très excédentaire, y compris parce que la masse salariale n’est pas très importante : 21 000 pour tout le secteur hydraulique. Les coûts sont surtout liés à l’entretien des infrastructures. «Un GW d’hydraulique coûte 1 milliard d’euros à construire, mais tous nos barrages sont déjà amortis depuis longtemps, tout ce qui est turbiné aujourd’hui c’est du pur bénéfice, ce sera la poule aux œufs d’or pour le repreneur», explique Laurent Heredia, de la FNME-CGT.

L’Etat espère tirer 520 millions € de redevances par an (Cours des Comptes), soit presque 5 fois moins que l’excédent brut des concessions actuelles… Cela semble donc une très mauvaise opération financière. Alors pourquoi une telle décision ?

La France est le seul pays d’Europe auquel on ait demandé la privatisation des barrages. En Allemagne par exemple, les concessions ont été déléguées aux Landers. En Norvège, qui tire 99% de son électricité des barrages (certes non membre de l’UE) les licences hydrauliques ne sont ouvertes qu’à des opérateurs publics. La Slovénie a quant à elle constitutionnalisé «un grand service public de l’eau».

Avant Emmanuel Macron, les gouvernements avaient cherché à gagner du temps sur la question, malgré les pressions de Bruxelles. Les ministres socialistes Delphine Batho et Ségolène Royal avaient par exemple essayé de trouver un équilibre en créant des sociétés d’économie mixte pour opérer des petits barrages : le public y conserverait une minorité de blocage de 34 % pour cadrer les éventuels repreneurs privés. En juin 2015, la Commission européenne juge que cela n’a rien à voir avec une concurrence « libre et non faussée » et met en demeure Paris « d’accélérer l’ouverture à la concurrence des concessions hydroélectriques».

La France «aurait pu classer son hydroélectricité comme service d’intérêt général échappant à la concurrence, mais n’en a rien fait», s’étonne Alexandre Grillat de la CFE-Energies. En effet, comme on l’a vu, contrôler un barrage peut avoir des répercussions jusque dans l’intégrité des centrales nucléaires…

Pour ne pas être accusé de « brader » les barrages à des étrangers, le gouvernement a laissé entendre qu’une priorité serait donnée aux repreneurs français. Total et Engie espèrent ainsi rafler la mise, mais des firmes allemandes, espagnoles, italiennes, norvégiennes, suisses, canadiennes et chinoises se sont déjà montrées intéressées. Un pas de plus sur le chemin de l’intrusion de puissances étrangères au cœur du réseau énergétique ?

Extrait de l'article de Pierre Gilbert à lire sur Le Vent se lève

Interdit de nourrir les chats !

Notons enfin que la dernière trouvaille en matière de loi mémorandaire de la part du “gouvernement”, avait été ce projet présenté au “Parlement” en matière d’animaux desposés (ayant un maître) et adespotes (sans maître). Ce projet a été finalement retiré, car il a suscité l’indignation générale, et particulièrement celle des associations lesquelles œuvrent en faveur des animaux adespotes. D’ailleurs et abord cette loi instaurait une taxe liée à la possession d’animaux domestiques, ainsi qu’une forme de... TVA animalière, pour chaque produit acheté au sein d’une boutique commercialisant des articles pour animaux, en plus de la TVA... très humaine à hauteur déjà de 24%.

Ensuite, par cette législation, et par ses dispositions explicites, que toute action l'action en faveur du bien-être animal de la part des citoyens et des associations puisse devenir interdite. En particulier, le sauvetage, le fait de nourrir, la stérilisation des animaux adespotes, ainsi que les efforts de la part des citoyens ou des associations fin de trouver un foyer à ces animaux, seraient dorénavant des actes illégaux.

En réalité, c’est même l’essentiel du travail des associations œuvrant pour la protection des animaux qui deviendrait interdit, en limitant considérablement leur champ d’intervention, quitte à les faire disparaître. Ainsi, tout citoyen ou toute association qui enfreindrait la loi en portant secours, hébergeant ou en sauvant un animal adespote, commettrait ainsi un acte passible d'une amende de 5 à 15 mille euros et d'un an d'emprisonnement, comme l’ont souligné les nombreux reportages de la presse ces deux dernières semaines à l’instar du quotidien “Kathimeriní”.

Ce projet de loi a été certes retiré, mais à l’avis de nombreux observateurs des faits et gestes bien grecs, ce n’est qu’une reculade d’urgence “de la part des salopards et autant marionnettes qui sont au gouvernement”, aux dires même de certains journalistes, à l’instar de ceux de la zone matinale sur la radio 90.1 FM en Attique. La presse aura surtout remarqué le caractère lamentablement aberrent d’une telle législation, ainsi que sa spécificité très comptable, rien que par l’instauration d’une taxe de plus, laquelle se rajouterait aux 37 nouvelles taxes rajoutées depuis 2010.

Il y a pire pourtant. Cette loi, à mon humble avis, elle aurait été très probablement rédigée, d’abord au sein d’un “cabinet d'experts internationaux” à l’instar du 95% de la “législation grecque” depuis 2010, laquelle est comme on sait... importée par mail, pour ensuite être traduite à la hâte pour les besoins de la supposée “procédure parlementaire”.

Ce que la presse n’a pas vu, ou qu’elle n’a pas voulu voir, c’est toute la mutation anthropologique violente que cette même loi avait tenté d’imposer, à savoir, et très exactement, la disparition des animaux adespotes, et par la même occasion, la destruction du lien très puissant qu’alors entretiennent avec eux les Grecs, ce qui n’est d’ailleurs pas qu’une spécificité grecque, il y a qu’à observer par exemple le lien analogue qu’entretiennent nos voisins Turcs avec leurs chats, entre autres à Constantinople, et cela jusqu’à en faire un beau film.

En somme, une telle législation a surtout pour vocation que de briser l’un des derniers ressorts culturels, voire existentiels encore subsistant chez les Grecs. Car au-delà du génocide économique et de la dépossession des biens, des symboles et des affects liés à ce que les Grecs considèrent très exactement comme relevant de leur patrie, “notre” tournure de mondialisation techno-féodale, imposerait pour autant, si elle y arrive, un tel méta-monde, où tout “contact” entre humains et également entre humains et animaux, passerait obligatoirement par la “création” numérique.

Nous en rajoutons déjà... en termes de méthode aux guerres de jadis, comme aux cuirassiers d’il y a un siècle, transformés en musées. Ainsi, le métanthropisme, le transhumanisme, leur supposée réalité augmentée, nous réduiraient et nous conduiraient de toute évidence... à “évoluer” finalement dans un monde azootique, aseptisé, desposé, donc déjà mort. En somme, c’est la “vie” dans un univers concentrationnaire quasi-planétaire, donnant ainsi raison à Günter Anders, lequel avait comme on sait considéré et analysé bien tôt, cette... “Obsolescence de l'Homme”.

Comme il est aussi observé ailleurs au sujet de son œuvre, “le titre de ‘L’Obsolescence de l’homme’ indique déjà qu’il y a quelque chose de périmé en l’homme, quelque chose hors sujet, à savoir son humanité. L’homme perd ses caractéristiques qui constituaient en propre son humanité: la liberté, la responsabilité, la capacité d’agir, la capacité à se faire être. En utilisant ces concepts, nous parlons le langage et la réalité d’un autre temps. Tout se passe comme si l’être de l’homme relevait aujourd’hui d’une nature morte.”

Je rajouterai seulement que cette nature morte, ce serait autant celle des animaux, et qu’en Grèce en ce moment, c’est très précisément un “gouvernement” de... gauche sous l’arriviste Alexis Tsipras qui de fait, il agit en faveur de l’avènement de ce monde alors fondamentalement morbide.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Résurrection" sur son blog Greek Crisis

jeudi 5 avril 2018

L’essence du néolibéralisme

Le monde économique est-il vraiment, comme le veut le discours dominant, un ordre pur et parfait, déroulant implacablement la logique de ses conséquences prévisibles, et prompt à réprimer tous les manquements par les sanctions qu’il inflige, soit de manière automatique, soit — plus exceptionnellement — par l’intermédiaire de ses bras armés, le FMI ou l’OCDE, et des politiques qu’ils imposent : baisse du coût de la main-d’œuvre, réduction des dépenses publiques et flexibilisation du travail ? Et s’il n’était, en réalité, que la mise en pratique d’une utopie, le néolibéralisme, ainsi convertie en programme politique, mais une utopie qui, avec l’aide de la théorie économique dont elle se réclame, parvient à se penser comme la description scientifique du réel ?

Cette théorie tutélaire est une pure fiction mathématique, fondée, dès l’origine, sur une formidable abstraction : celle qui, au nom d’une conception aussi étroite que stricte de la rationalité identifiée à la rationalité individuelle, consiste à mettre entre parenthèses les conditions économiques et sociales des dispositions rationnelles et des structures économiques et sociales qui sont la condition de leur exercice.

Il suffit de penser, pour donner la mesure de l’omission, au seul système d’enseignement, qui n’est jamais pris en compte en tant que tel en un temps où il joue un rôle déterminant dans la production des biens et des services, comme dans la production des producteurs. De cette sorte de faute originelle, inscrite dans le mythe walrasien (1) de la « théorie pure », découlent tous les manques et tous les manquements de la discipline économique, et l’obstination fatale avec laquelle elle s’accroche à l’opposition arbitraire qu’elle fait exister, par sa seule existence, entre la logique proprement économique, fondée sur la concurrence et porteuse d’efficacité, et la logique sociale, soumise à la règle de l’équité.

Cela dit, cette « théorie » originairement désocialisée et déshistoricisée a, aujourd’hui plus que jamais, les moyens de se rendre vraie, empiriquement vérifiable. En effet, le discours néolibéral n’est pas un discours comme les autres. A la manière du discours psychiatrique dans l’asile, selon Erving Goffman (2), c’est un « discours fort », qui n’est si fort et si difficile à combattre que parce qu’il a pour lui toutes les forces d’un monde de rapports de forces qu’il contribue à faire tel qu’il est, notamment en orientant les choix économiques de ceux qui dominent les rapports économiques et en ajoutant ainsi sa force propre, proprement symbolique, à ces rapports de forces. Au nom de ce programme scientifique de connaissance, converti en programme politique d’action, s’accomplit un immense travail politique (dénié puisque, en apparence, purement négatif) qui vise à créer les conditions de réalisation et de fonctionnement de la « théorie » ; un programme de destruction méthodique des collectifs.

Le mouvement, rendu possible par la politique de déréglementation financière, vers l’utopie néolibérale d’un marché pur et parfait, s’accomplit à travers l’action transformatrice et, il faut bien le dire, destructrice de toutes les mesures politiques (dont la plus récente est l’AMI, Accord multilatéral sur l’investissement, destiné à protéger, contre les Etats nationaux, les entreprises étrangères et leurs investissements), visant à mettre en question toutes les structures collectives capables de faire obstacle à la logique du marché pur : nation, dont la marge de manœuvre ne cesse de décroître ; groupes de travail, avec, par exemple, l’individualisation des salaires et des carrières en fonction des compétences individuelles et l’atomisation des travailleurs qui en résulte ; collectifs de défense des droits des travailleurs, syndicats, associations, coopératives ; famille même, qui, à travers la constitution de marchés par classes d’âge, perd une part de son contrôle sur la consommation.

Le programme néolibéral, qui tire sa force sociale de la force politico-économique de ceux dont il exprime les intérêts — actionnaires, opérateurs financiers, industriels, hommes politiques conservateurs ou sociaux-démocrates convertis aux démissions rassurantes du laisser-faire, hauts fonctionnaires des finances, d’autant plus acharnés à imposer une politique prônant leur propre dépérissement que, à la différence des cadres des entreprises, ils ne courent aucun risque d’en payer éventuellement les conséquences —, tend globalement à favoriser la coupure entre l’économie et les réalités sociales, et à construire ainsi, dans la réalité, un système économique conforme à la description théorique, c’est-à-dire une sorte de machine logique, qui se présente comme une chaîne de contraintes entraînant les agents économiques.

La mondialisation des marchés financiers, jointe au progrès des techniques d’information, assure une mobilité sans précédent de capitaux et donne aux investisseurs, soucieux de la rentabilité à court terme de leurs investissements, la possibilité de comparer de manière permanente la rentabilité des plus grandes entreprises et de sanctionner en conséquence les échecs relatifs. Les entreprises elles-mêmes, placées sous une telle menace permanente, doivent s’ajuster de manière de plus en plus rapide aux exigences des marchés ; cela sous peine, comme l’on dit, de « perdre la confiance des marchés », et, du même coup, le soutien des actionnaires qui, soucieux d’obtenir une rentabilité à court terme, sont de plus en plus capables d’imposer leur volonté aux managers, de leur fixer des normes, à travers les directions financières, et d’orienter leurs politiques en matière d’embauche, d’emploi et de salaire.

Ainsi s’instaurent le règne absolu de la flexibilité, avec les recrutements sous contrats à durée déterminée ou les intérims et les « plans sociaux » à répétition, et, au sein même de l’entreprise, la concurrence entre filiales autonomes, entre équipes contraintes à la polyvalence et, enfin, entre individus, à travers l’individualisation de la relation salariale : fixation d’objectifs individuels ; entretiens individuels d’évaluation ; évaluation permanente ; hausses individualisées des salaires ou octroi de primes en fonction de la compétence et du mérite individuels ; carrières individualisées ; stratégies de « responsabilisation » tendant à assurer l’auto-exploitation de certains cadres qui, simples salariés sous forte dépendance hiérarchique, sont en même temps tenus pour responsables de leurs ventes, de leurs produits, de leur succursale, de leur magasin, etc., à la façon d’« indépendants » ; exigence de l’« autocontrôle » qui étend l’« implication » des salariés, selon les techniques du « management participatif », bien au-delà des emplois de cadres. Autant de techniques d’assujettissement rationnel qui, tout en imposant le surinvestissement dans le travail, et pas seulement dans les postes de responsabilité, et le travail dans l’urgence, concourent à affaiblir ou à abolir les repères et les solidarités collectives (3).

L’institution pratique d’un monde darwinien de la lutte de tous contre tous, à tous les niveaux de la hiérarchie, qui trouve les ressorts de l’adhésion à la tâche et à l’entreprise dans l’insécurité, la souffrance et le stress, ne pourrait sans doute pas réussir aussi complètement si elle ne trouvait la complicité des dispositions précarisées que produit l’insécurité et l’existence, à tous les niveaux de la hiérarchie, et même aux niveaux les plus élevés, parmi les cadres notamment, d’une armée de réserve de main-d’œuvre docilisée par la précarisation et par la menace permanente du chômage. Le fondement ultime de tout cet ordre économique placé sous le signe de la liberté, est en effet, la violence structurale du chômage, de la précarité et de la menace du licenciement qu’elle implique : la condition du fonctionnement « harmonieux » du modèle micro-économique individualiste est un phénomène de masse, l’existence de l’armée de réserve des chômeurs.

Cette violence structurale pèse aussi sur ce que l’on appelle le contrat de travail (savamment rationalisé et déréalisé par la « théorie des contrats »). Le discours d’entreprise n’a jamais autant parlé de confiance, de coopération, de loyauté et de culture d’entreprise qu’à une époque où l’on obtient l’adhésion de chaque instant en faisant disparaître toutes les garanties temporelles (les trois quarts des embauches sont à durée déterminée, la part des emplois précaires ne cesse de croître, le licenciement individuel tend à n’être plus soumis à aucune restriction).

On voit ainsi comment l’utopie néolibérale tend à s’incarner dans la réalité d’une sorte de machine infernale, dont la nécessité s’impose aux dominants eux-mêmes. Comme le marxisme en d’autres temps, avec lequel, sous ce rapport, elle a beaucoup de points communs, cette utopie suscite une formidable croyance, la free trade faith (la foi dans le libre-échange), non seulement chez ceux qui en vivent matériellement, comme les financiers, les patrons de grandes entreprises, etc., mais aussi chez ceux qui en tirent leurs justifications d’exister, comme les hauts fonctionnaires et les politiciens, qui sacralisent le pouvoir des marchés au nom de l’efficacité économique, qui exigent la levée des barrières administratives ou politiques capables de gêner les détenteurs de capitaux dans la recherche purement individuelle de la maximisation du profit individuel, instituée en modèle de rationalité, qui veulent des banques centrales indépendantes, qui prêchent la subordination des Etats nationaux aux exigences de la liberté économique pour les maîtres de l’économie, avec la suppression de toutes les réglementations sur tous les marchés, à commencer par le marché du travail, l’interdiction des déficits et de l’inflation, la privatisation généralisée des services publics, la réduction des dépenses publiques et sociales.

Sans partager nécessairement les intérêts économiques et sociaux des vrais croyants, les économistes ont assez d’intérêts spécifiques dans le champ de la science économique pour apporter une contribution décisive, quels que soient leurs états d’âme à propos des effets économiques et sociaux de l’utopie qu’ils habillent de raison mathématique, à la production et à la reproduction de la croyance dans l’utopie néolibérale. Séparés par toute leur existence et, surtout, par toute leur formation intellectuelle, le plus souvent purement abstraite, livresque et théoriciste, du monde économique et social tel qu’il est, ils sont particulièrement enclins à confondre les choses de la logique avec la logique des choses.

Confiants dans des modèles qu’ils n’ont pratiquement jamais l’occasion de soumettre à l’épreuve de la vérification expérimentale, portés à regarder de haut les acquis des autres sciences historiques, dans lesquels ils ne reconnaissent pas la pureté et la transparence cristalline de leurs jeux mathématiques, et dont ils sont le plus souvent incapables de comprendre la vraie nécessité et la profonde complexité, ils participent et collaborent à un formidable changement économique et social qui, même si certaines de ses conséquences leur font horreur (ils peuvent cotiser au Parti socialiste et donner des conseils avisés à ses représentants dans les instances de pouvoir), ne peut pas leur déplaire puisque, au péril de quelques ratés, imputables notamment à ce qu’ils appellent parfois des « bulles spéculatives », il tend à donner réalité à l’utopie ultraconséquente (comme certaines formes de folie) à laquelle ils consacrent leur vie.

Et pourtant le monde est là, avec les effets immédiatement visibles de la mise en œuvre de la grande utopie néolibérale : non seulement la misère d’une fraction de plus en plus grande des sociétés les plus avancées économiquement, l’accroissement extraordinaire des différences entre les revenus, la disparition progressive des univers autonomes de production culturelle, cinéma, édition, etc., par l’imposition intrusive des valeurs commerciales, mais aussi et surtout la destruction de toutes les instances collectives capables de contrecarrer les effets de la machine infernale, au premier rang desquelles l’Etat, dépositaire de toutes les valeurs universelles associées à l’idée de public, et l’imposition, partout, dans les hautes sphères de l’économie et de l’Etat, ou au sein des entreprises, de cette sorte de darwinisme moral qui, avec le culte du winner, formé aux mathématiques supérieures et au saut à l’élastique, instaure comme normes de toutes les pratiques la lutte de tous contre tous et le cynisme.

Peut-on attendre que la masse extraordinaire de souffrance que produit un tel régime politico-économique soit un jour à l’origine d’un mouvement capable d’arrêter la course à l’abîme ? En fait, on est ici devant un extraordinaire paradoxe : alors que les obstacles rencontrés sur la voie de la réalisation de l’ordre nouveau — celui de l’individu seul, mais libre — sont aujourd’hui tenus pour imputables à des rigidités et des archaïsmes, et que toute intervention directe et consciente, du moins lorsqu’elle vient de l’Etat, par quelque biais que ce soit, est d’avance discréditée, donc sommée de s’effacer au profit d’un mécanisme pur et anonyme, le marché (dont on oublie qu’il est aussi le lieu d’exercice d’intérêts), c’est en réalité la permanence ou la survivance des institutions et des agents de l’ordre ancien en voie de démantèlement, et tout le travail de toutes les catégories de travailleurs sociaux, et aussi toutes les solidarités sociales, familiales ou autres, qui font que l’ordre social ne s’effondre pas dans le chaos malgré le volume croissant de la population précarisée.

Le passage au « libéralisme » s’accomplit de manière insensible, donc imperceptible, comme la dérive des continents, cachant ainsi aux regards ses effets, les plus terribles à long terme. Effets qui se trouvent aussi dissimulés, paradoxalement, par les résistances qu’il suscite, dès maintenant, de la part de ceux qui défendent l’ordre ancien en puisant dans les ressources qu’il recelait, dans les solidarités anciennes, dans les réserves de capital social qui protègent toute une partie de l’ordre social présent de la chute dans l’anomie. (Capital qui, s’il n’est pas renouvelé, reproduit, est voué au dépérissement, mais dont l’épuisement n’est pas pour demain.)

Mais ces mêmes forces de « conservation », qu’il est trop facile de traiter comme des forces conservatrices, sont aussi, sous un autre rapport, des forces de résistance à l’instauration de l’ordre nouveau, qui peuvent devenir des forces subversives. Et si l’on peut donc conserver quelque espérance raisonnable, c’est qu’il existe encore, dans les institutions étatiques et aussi dans les dispositions des agents (notamment les plus attachés à ces institutions, comme la petite noblesse d’Etat), de telles forces qui, sous apparence de défendre simplement, comme on le leur reprochera aussitôt, un ordre disparu et les « privilèges » correspondants, doivent en fait, pour résister à l’épreuve, travailler à inventer et à construire un ordre social qui n’aurait pas pour seule loi la recherche de l’intérêt égoïste et la passion individuelle du profit, et qui ferait place à des collectifs orientés vers la poursuite rationnelle de fins collectivement élaborées et approuvées.

Parmi ces collectifs, associations, syndicats, partis, comment ne pas faire une place spéciale à l’Etat, Etat national ou, mieux encore, supranational, c’est-à-dire européen (étape vers un Etat mondial)[1], capable de contrôler et d’imposer efficacement les profits réalisés sur les marchés financiers et, surtout, de contrecarrer l’action destructrice que ces derniers exercent sur le marché du travail, en organisant, avec l’aide des syndicats, l’élaboration et la défense de l’intérêt public qui, qu’on le veuille ou non, ne sortira jamais, même au prix de quelque faux en écriture mathématique, de la vision de comptable (en un autre temps, on aurait dit d’« épicier ») que la nouvelle croyance présente comme la forme suprême de l’accomplissement humain.

Pierre Bourdieu

Publié dans le Monde Diplomatique de mars 1998

(1) NDLR : par référence à Auguste Walras (1800-1866), économiste français, auteur de De la nature de la richesse et de l’origine de la valeur (1848) ; il fut l’un des premiers à tenter d’appliquer les mathématiques à l’étude économique.

(2) Erving Goffman, Asiles. Etudes sur la condition sociale des malades mentaux, Editions de Minuit, Paris, 1968.

(3) On pourra se reporter, sur tout cela, aux deux numéros des Actes de la recherche en sciences sociales consacrés aux « Nouvelles formes de domination dans le travail » (1 et 2), no 114, septembre 1996, et no 115, décembre 1996, et tout spécialement à l’introduction de Gabrielle Balazs et Michel Pialoux, « Crise du travail et crise du politique », no 114, p. 3-4.

Lire aussi :

Si ce type de personnage peut arriver au pouvoir ou être proche du pouvoir, c'est parce qu'il y a des précédents qui ne sont pas à chercher dans les années trente, mais qui sont à chercher par exemple du côté des Etats Unis dans un passé beaucoup plus récent, dans la personne de Ronald Reagan qui est un bellâtre de cinéma, un personnage de second ordre, toujours bronzé, toujours bien coiffé, comme d´autres aujourd'hui, toujours sportif, porteur d'idéologie ultra nationaliste, ultra réactionnaire, et prêt à jouer le rôle d´un fantoche au service des pouvoirs les plus conservateurs et des volontés les plus conservatrices des forces économiques. C'est-à-dire que c'est une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique. On pourrait continuer, pour aller très vite, avec Margaret Thatcher, mais aussi Tony Blair qui aujourd'hui même à Lisbonne prend sur l´Europe des positions plus réactionnaires que le président français de droite.

Il y a 16 ans : "Contre la pensée Tietmeyer"

Il y a 20 ans : Discours aux cheminots grévistes, Paris, Gare de Lyon, 12 décembre 1995

Notes

[1] L'histoire ayant montré que l'utopie européenne a contribué à détourner les mouvements (plus occupés désormais à promouvoir l'écriture inclusive, comme la maison de retraite d'ATTAC ou de la Fondation Copernic) auxquels Bourdieu s'adressait, du cadre social dans lequel ils pouvaient conserver une certaine "puissance d'agir", nous avons préféré barrer ces lignes obsolètes. Il est évident que comme le dit Bourdieu il est un peu vain de vouloir dominer certaines forces, comme la finance, à l'échelle nationale. Sauf que, politiquement, il s'est avéré que c'était totalement impossible dans un cadre supra-national, politiquement neutralisé. C'est donc nationalement qu'il faut poser ces actes de souveraineté populaire, et il y a fort à espérer que des actes de souveraineté populaire similaires suivront. En tous cas, il n'y a pas d'autre voie rationnelle, parole de quelqu'un qui y a cru avec Bourdieu, et qui pense que si la mortt n'en avait pas décidé autrement, en bon empiriste, il serait arrivé à la même conclusion vues les circonstances (Le Concierge)

LA PHILOSOPHIE SOCIALE DU NÉO-LIBÉRALISME

Je voudrais ici développer une thèse - dont l'exposé demanderait beaucoup de temps - selon laquelle ce que l'on appelle le " néo-libéralisme " et que l'on essaie de fonder sur une certaine forme de science économique, est en fait une philosophie sociale. Quelqu'un, avant moi, a parlé d'" enjeu de société " : c'est souvent une expression que l'on emploie à la légère, dans les débats de télévision notamment, mais il est vrai que ce dont il est question ici est un enjeu de société, c'est-à-dire une vision du monde social. Le néo-libéralisme se présente lui-même comme une vision du monde, cohérente, fondée sur un certain nombre de propositions, à prétention scientifique, mais qui peuvent être ramenés à ce que les ethnologues ou les sociologues appellent un " ethos ", à savoir un ensemble de valeurs, pour la plupart implicites, qui sont inscrites dans les manières de vivre les plus ordinaires, les plus banales, les plus quotidiennes. C'est cet " ethos " que je vais m'efforcer ici d'expliciter.

Le premier principe sur lequel repose le modèle néo-libéral est que l'économie est un domaine séparé du social, gouvernée par des lois naturelles et universelles que les gouvernements doivent éviter de contrarier. Deuxième principe : le marché est le moyen optimal d'organiser la production et les échanges de manière efficace et équitable dans les sociétés démocratiques. Troisième principe, qui est plus conjoncturel : la globalisation exige la réduction des dépenses étatiques, spécialement dans le domaine social, les droits sociaux en matière d'emploi et de sécurité sociale étant à la fois coûteux et dysfonctionnels. Contrairement à ce qui est dit souvent, ces principes s'enracinent profondément dans une tradition contingente, pas du tout universelle, liée à l'histoire particulière d'une société particulière, qui est la société américaine.

Par parenthèse, je sais que dire cela expose à l'accusation d'antiaméricanisme. Je m'en explique : les mêmes, souvent, qui accusaient ceux qui critiquaient l'Union soviétique d'" anticommunisme ", s'empressent aujourd'hui de dénoncer toute réserve - même factuelle - comme relevant de l'" antiaméricanisme ", cette épithète étant d'ailleurs utilisé de manière très sélective, à l'exemple du Nouvel Observateur, lieu d'expression des pourfendeurs de l'" antiaméricanisme ", mais qui dénoncent le " communautarisme ", le mouvement gay, le mouvement féministe, le mouvement lesbien, etc. Il est évident qu'il n'y a, dans mon esprit, aucune espèce d'antiaméricanisme, et je pense que beaucoup d'Américains - que je connais et que j'aime - souscriraient à ce que je vais dire du système américain, dont ils sont d'ailleurs les premiers à souffrir. Il y a un " antiaméricanisme " américain. Il faut savoir aussi qu'un certain nombre de mouvements universalistes, anti-impérialistes, sont partis des États-Unis - par exemple celui en faveur de la taxe Tobbin. De même, je pense qu'un certain nombre de mouvements - comme le vôtre - auraient intérêt à s'appuyer sur des mouvements américains pour se donner de la force politique.

La première particularité de la société américaine est que l'État y est réduit au minimum, affaibli systématiquement par la " révolution conservatrice " néo-libérale. Cette société, paradoxalement très avancée économiquement et scientifiquement, est très arriérée socialement et politiquement. Les fondements mêmes de la démocratie américaine sont en question dans son fonctionnement : taux d'abstention très élevés, mode de financement des partis, dépendance à l'égard des médias et de l'argent... Ce modèle de la démocratie avancée est en fait, par certains côtés, très archaïque. L'une des propriétés de l'État, sur laquelle s'accordent tous les sociologues, avec Max Weber ou Norbert Elias, est que celui-ci se définit comme le détenteur du monopole de l'exercice légitime de la violence : or, s'il y a bien un pays où ce monopole étatique de la violence s'affirme peu, c'est bien les États-Unis et leurs 70 millions de porteurs d'armes.

En second lieu, cet État est atrophié, croupion, du point de vue économique : il s'est retiré progressivement de l'économie, et les biens publics comme la santé, le logement, la sécurité, l'éducation ou la culture, se sont convertis peu à peu en biens commerciaux. Les usagers sont devenus des clients. Tout ceci, à partir d'une vision philosophique qui se résume dans l'expression de Self Help, à savoir l'idée que les individus doivent réaliser eux-mêmes leur salut. Il s'agit là de la vieille vision calviniste selon laquelle Dieu aide ceux qui s'aident eux-mêmes, vision qui est devenue constitutive de ce que l'on appelle, en langage commun, " la mentalité " américaine. Ainsi, dans les enquêtes sociologiques, on observe que les gens licenciés de leur entreprise ont tendance - d'une façon surprenante pour un Européen, et spécialement pour un Français - à s'imputer la responsabilité de ce licenciement. Cette exaltation de la responsabilité individuelle - qui est au cour de la vision conservatrice de la société - a été relayée jusque dans nos gouvernements dits socialistes : on a entendu tel premier ministre dénoncer la " vision sociologique ", identifiée à la tendance à imputer la responsabilité de la maladie, de la délinquance, du crime ou de la consommation de drogue, à des facteurs de type " social ".

Troisième propriété de l'État américain : le fait qu'il ne soit plus du tout porteur de la vision que l'on pourrait appeler " hégéliano-durkheimienne ", selon laquelle l'État est considéré comme une sorte de " conscience supérieure " aux individus, capable d'intégrer les attentes, les demandes, qui peuvent être contradictoires et conflictuelles, et d'arbitrer au nom de " l'intérêt général ", au nom d'une représentation supposée positive de l'intérêt collectif. Cette vision, qui n'a jamais été très forte dans la tradition américaine, a été assassinée par la " révolution conservatrice " (on parlait de " révolution conservatrice " en Allemagne dans les années trente à propos des mouvements qui ont précédé le nazisme), qui désigne des mouvements qui sont conservateurs en se donnant des airs révolutionnaires. Et il est vrai que le néo-libéralisme avance masqué sous le langage de la " réforme ", de la " révolution ", du " mouvement ", du " changement ", ceux qui s'y opposent étant des " ringards ", des " rétrogrades ", des " passéistes ", etc : s'il est difficile à combattre, c'est qu'il peut mimer la révolution dans ses actions les plus conservatrices. Il peut mimer, par exemple, l'attention au sort individuel des malades, alors qu'il est en train de liquider la protection sociale...

Autre caractéristique : la société américaine incarne la forme extrême, réalisée, de l'esprit du capitalisme. Max Weber fait commencer " L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme ", par un commentaire d'un très beau texte de Benjamin Franklin - dont nos amis libéraux pourraient s'inspirer ! - qui place au centre de l'existence humaine, du projet social, du " projet de société ", comme on dit, l'individu et le bien de l'individu. Ce texte obéit à une sorte de logique de calcul des profits individuels, pas seulement des profits monétaires, on pourrait même parler des profits de bonheur, mais toujours dans une logique individuelle et calculatrice. Et il est de fait qu'aucune autre société contemporaine n'a réalisé à un tel point la mentalité calculatrice. Il existe, par exemple, un livre de sociologie de l'éducation - intitulé " Academic Market Place " - qui est une description de ces conventions qui se tiennent une fois par an, souvent à New York, où les universitaires se vendent en quelque sorte sur un marché, dans lequel il faut se rendre intéressant pour des acheteurs potentiels. Le monde américain a pénétré jusque dans les univers les plus désintéressés - le champ littéraire, scientifique, etc. - qui se sont construits contre la logique de l'argent : on est toujours surpris, quand on va aux États-Unis, de voir la brutalité avec laquelle les gens parlent de leur valeur en dollars - brutalité dans laquelle on peut discerner des vertus, mais qui ne donne pas beaucoup de satisfaction aux attentes humanistes.

Cela m'amène à évoquer le culte de l'individu et de l'individualisme, ce que Dorothy Ross nomme " l'individualisme métaphysique ", qui est au fondement de toute la théorie économique et qui nous rapproche de cette philosophie de l'action qui se désigne comme " individualisme méthodologique ", et qui ne peut reconnaître que des actions sciemment et consciemment calculés par un agent isolé, l'action collective n'étant pas autre chose qu'une agrégation d'actions individuelles : un plus un, plus un, etc. Ce qui est ignoré ici, c'est que les individus peuvent changer par le fait d'échanger, qu'échanger change la nature de l'échange et des choses échangées, que les individus qui vont partager " le pain et le sel " - c'est dit dans toutes les traditions - vont former une communauté qui aura des intérêts transcendants aux intérêts individuels, qu'ils vont pouvoir se révolter en commun, etc.

Un autre topique de la vulgate néo-libérale est que l'ordre social américain est dynamique, par opposition à la rigidité des sociétés européennes, et qu'il associe la productivité à une forte flexibilité. Cette vision d'un monde reposant sur la " souplesse " et sur l'adaptabilité, conduit à voir dans l'insécurité un principe positif d'organisation collective, et à faire de l'insécurité le moteur même de la société. " Vous voulez les faire bosser, rendez-les précaires ! "... "Vous voulez censurer les journalistes, pas la peine d'instaurer une censure, faites des CDD ! ". Il s'agit là d'une philosophie sociale totalement antithétique de ce que l'on appelait, au XIXe siècle, le " solidarisme " - une tradition qui était souvent commune à des sociologues et à des médecins, une philosophie " organiciste ", un peu suspecte d'ailleurs...

Ce que j'essaie de dire ici est que cette philosophie individualiste, cette exaltation de la mobilité conduit à de nouveaux types de contrats de travail, tout à fait antinomiques avec tout ce que les sociétés européennes ont conquis et construit dans leur histoire. La force de ce néo-libéralisme est d'instituer l'insécurité, d'installer les gens, jusqu'à des niveaux élevés de la hiérarchie, dans l'instabilité, en faisant de cette insécurité permanente le moteur des ambitions, des aspirations, etc. Dans le même temps, ces contrats de travail sont particularisés - il n'y a plus que des cas particuliers - et ils instituent une diversité qui a pour effet, étant donné la force des mécanismes sociaux, de s'instituer aussi dans les structures mentales. On individualise les individus en les désocialisant, en les arrachant au lien social fondamental qui s'instaure dans le travail. Il ne faut pas sous-estimer cet adversaire, capable d'installer l'insécurité jusqu'au cour même des structures, c'est-à-dire jusqu'aux lieux qui étaient perçus comme des constantes, comme des invariants, et dont la fonction est de rassurer. Par parenthèse, travaillant en Algérie, j'avais été frappé par ceci que les sous-prolétaires - occupant des emplois instables, travaillant un jour, et l'autre pas... - me disaient, avec une fréquence statistique frappante, qu'ils se perdaient : dans la rue, dans le temps...

Cette philosophie néo-libérale est aussi un " néo-darwinisme ", au sens où, seuls, les plus forts survivraient. Elle exclut toute solidarité à l'égard des " canards boiteux ", qu'il s'agisse des entreprises ou des individus.

Évidemment, cette présentation peut être jugée simplificatrice - la société américaine est pleine de contradictions, de complexités, etc. Mais il faut bien voir que l'importation, le transfert de ce modèle - dans le domaine de la santé, comme dans beaucoup d'autres - a d'immenses conséquences, dans la mesure où ce qui est dynamité, c'est un système de valeurs, un " ethos " hérité de toute une tradition. D'autant que ce modèle s'impose à travers des mécanismes de " persuasion clandestine " - je préfère dire de " violence symbolique ", c'est-à-dire de formes de dominations qui s'exercent avec la collaboration inconsciente des dominés, complices d'une certaine façon des mécanismes dont ils sont victimes. Et qu'il sape, en quelque sorte, les fondements de la civilisation européenne. En 1995, lorsque j'avais pris la parole à la gare de Lyon, j'avais dit quelque chose comme : " Ce qui est en jeu, c'est une civilisation "... À la réflexion, je m'étais dit : " Là, tu as employé un grand mot, tu as exagéré. " Mais, plus j'y pense, plus je crois avoir eu raison, au sens où il s'agit bien d'une culture, d'une tradition culturelle, collectivement produite et collectivement transmise, qui s'est inventée très lentement, et notamment au XIXe siècle.

Dans ses écrits politiques, Marcel Mauss raconte ses rencontres, de Londres à Francfort, et il explique comment a été inventé la solidarité en cas d'" accident du travail ", la notion d'" assurance maladie ", les mutuelles... Les Américains inventent peut-être des molécules ; nous, nous avons inventé des formes sociales et des champs de " sociation ", ce qui suppose une lutte contre les rapports sociaux établis dans les institutions et dans les têtes... Ce qui suppose aussi des dizaines et des dizaines d'inventions, inspirées toutes par une même vision du monde, orientée par la recherche du bonheur collectif.

Aujourd'hui, dire cela peut paraître naïf, ou ringard. Mais il faut bien voir que, derrière cette philosophie néo-libérale, il y a des forces sociales : économiques, quand elles passent par les grands organismes du commerce international ; juridico-politiques, quand elles passent par Bruxelles. Or, s'il y a quelque chose qui nous différencie du système américain dans le domaine de la santé, c'est bien cette vision " solidariste " qui est au principe d'une institution telle que la mutuelle. Or, les mutuelles sont-elles encore des mutuelles, et pourquoi ne comprend-on même plus la philosophie des mutuelles, si ce n'est parce qu'elle a été rongée par la philosophie néo-libérale, qui dit : " Il faut faire des profits, il faut réinvestir "... Le temps n'est-il pas venu, pourtant, de reprendre le meilleur de ce qui a été inventé autrefois, pour le faire revivre en l'inventant à nouveau ?

Pierre Bourdieu

(texte paru dans l'Humanité du du 4/11/1999)

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Si ce type de personnage peut arriver au pouvoir ou être proche du pouvoir, c'est parce qu'il y a des précédents qui ne sont pas à chercher dans les années trente, mais qui sont à chercher par exemple du côté des Etats Unis dans un passé beaucoup plus récent, dans la personne de Ronald Reagan qui est un bellâtre de cinéma, un personnage de second ordre, toujours bronzé, toujours bien coiffé, comme d´autres aujourd'hui, toujours sportif, porteur d'idéologie ultra nationaliste, ultra réactionnaire, et prêt à jouer le rôle d´un fantoche au service des pouvoirs les plus conservateurs et des volontés les plus conservatrices des forces économiques. C'est-à-dire que c'est une incarnation "chic", ou même pas "chic" mais "kitsch", du laisser-faire total du pouvoir économique. On pourrait continuer, pour aller très vite, avec Margaret Thatcher, mais aussi Tony Blair qui aujourd'hui même à Lisbonne prend sur l´Europe des positions plus réactionnaires que le président français de droite.

Il y a 16 ans : "Contre la pensée Tietmeyer"

Il y a 20 ans : Discours aux cheminots grévistes, Paris, Gare de Lyon, 12 décembre 1995

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