Musée de l'Europe et de l'Afrique

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dimanche 20 novembre 2016

Réponse à l'analyse de Varoufakis sur le bilan du premier gouvernement Syriza

Alexis Cukier, membre d’Ensemble ! et du réseau ERENSEP (European Research Network on Social and Economic Policies) et Patrick Saurin, un des porte paroles du syndicat Sud Solidaires BPCE, et membre de la Commission pour la Vérité sur la Dette grecque répondent à Yanis Varoufakis sur l’accord du 20 février 2015 et les alternatives à l’austérité en Europe. Cher Yanis Varoufakis,

Suite à votre article, « La Gauche Européenne après le Brexit », paru le 5 septembre dernier sur Mediapart, nous avons souhaité engager une discussion avec vous en publiant à notre tour sur ce même média un article intitulé, « Désobéir à l’Union européenne : nous sommes d’accord avec vous Yanis Varoufakis », dans lequel nous vous posions un certain nombre de questions. Vous avez accepté de poursuivre ces échanges, ce dont nous vous remercions, en publiant toujours sur Mediapart un nouvel article, « Pourquoi j’ai signé l’accord du 20 février 2015 avec l’Eurogroup ? Quelle est la stratégie de Diem25 pour démocratiser l’Europe » en réponse aux questions que nous vous avions adressées.

Votre analyse appelle de notre part de nouveaux développements car nous pensons que cette discussion au sujet du bilan de premier gouvernement Syriza – dont vous avez été le ministre des finances jusqu’au 6 juillet 2015 – et particulièrement de la séquence qui a conduit de l’élection à la capitulation du 13 juillet, est d’une importance cruciale pour la mise en oeuvre d’une politique alternative au néolibéralisme, et la sortie des peuples européens de la cage de fer de l’austérité.

C’est pourquoi nous répondons à notre tour à votre réponse et vous invitons à poursuivre ce débat autour de deux questions qui nous semblent essentielles : l’accord du 20 février 2015 et les alternatives possibles à cette époque pour le gouvernement.

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La Cité libre

De son côté on dirait parallèle, Jacques Attali, alarmé et alarmiste lance autant son appel... de détresse: “Pour un nouveau Roosevelt européen”. “Aux États-Unis aujourd'hui, les élites financières, entrepreneriales et politiques, balayées par un menteur cynique, ne peuvent s'en prendre qu'à elles-mêmes: en ne faisant rien pendant des décennies pour repartir plus justement les revenus entre les classes sociales et entre les régions, en laissant les deux grands partis entre les mains de mafias obscures, qui ont barré la route aux meilleurs des candidats, dont Bernie Sanders, ces soit disant élites se sont condamnées elles mêmes. Le modèle qui vient, d'abord aux États-Unis, sera aussi fait de fermeture des frontières, d’investissements publics en infrastructures, de réduction massive des impôts. (...) Même si c'est au prix de la remise en cause de droits de l'homme chèrement conquis, d'accords internationaux essentiels, et de l'abandon de toute générosité à l'égard de souffrances étrangères. Ce modèle ne peut réussir en effet durablement que dans une société ouverte, altruiste, acceptant le nouveau”.

Peine perdue. Le sophisme de Jacques Attali est évident. “Sa” société “se doit” être “ouverte, altruiste, acceptant le nouveau” (ouverte à quoi ? Et d’ailleurs, acceptant alors quel type de nouveau?) ; cependant, rien ne peut garantir que cette société (en réalité celle des mondialisateurs habituels) sera... par exemple libre et démocratique.

Il ne peut pas exister un Roosevelt européen (Jacques Attali en réalité, voudrait dire européiste sans l’avouer), car tout simplement en Europe subsistent encore, nations, cultures, traditions, représentations et institutions bien distinctes. Parfois même, on y découvre, certains... résidus des souverainetés populaires... présumées démocratiques.

Une résistance... résiduelle des peuples face au monstre européiste, celui des harmostes qui dirigent depuis leur Kommandantur les garnisons installées et formées de technocrates, de pseudo-politiciens, d’agents pas forcement secrets, et même de paramilitaires de fait (conscients ou inconscients souvent recrutés sur place), tantôt (et à peine) déguisés en néonazis avérées, tantôt œuvrant sous la cagoule du pseudo-anarchisme (ou gauchisme) nihiliste (ces derniers étant parfois financés comme on sait par l’autre apôtre de la mondialisation, le financer Soros). Chaos... assuré.

Sans parler des politiciens et des ONG directement soutenus par ce même financier. “Je me rends à la rencontre de mon patron, monsieur Soros” a déclaré Giórgos Kamínis, maire d’Athènes, en quittant la salle de son conseil municipal le 19 mars 2015 (reportage du quotidien “Dimokratía” du 26 août 2016). Tel est le seul fonctionnement de la métadémocratie prétendument annonciatrice du... dernier Empire.

Les électeurs éborgnés élisent Kamínis, ou Tsipras (dont la moitié des membres de son cabinet sont issus de l’Institut Levy, d’autres sont tout simplement des... appointés Sorophiles, car on comprend aussi aisément qu’en Grèce, le plus grand nombre sombre ou sombrera bientôt dans le survivalisme), et à la clef, c’est Soros qui se charge (sans la moindre légitimité démocratique) de la politique de la ville, de la gestion des frontières, de l’arrivée des migrants et de leur installation massive au pays (ses ONG louent déjà des immeubles à Athènes). Tous ces petits et grands... Putschs permanents ne sont jamais annoncés dans les programmes supposés électoraux, et ne seront jamais par exemple soumis à un referendum.

Et pour ce qui est du totalitarisme européiste (tout comme de sa mondialisation... écrémée), ce dernier vise à gouverner d’abord par le chaos, ensuite (ou en même temps) par la soumission, après avoir brisé les repères, les solidarités sociales et familiales (les familles s’entredéchirent comme jamais en ce moment en Grèce sous le régime de la pénurie de ressources), détruire d’entrée de jeu les bases économiques, symboliques, culturelles et historiques des sociétés et des nations.

C’est exactement ce qui s’est passé en Grèce depuis 2010, mais en réalité depuis plus longtemps. Enfin et au besoin, gouverner par la guerre (ouverte). Jacques Attali, qui par ailleurs est capable d’analyses fort clairvoyantes, aurait pu trouver tout son courage pour exprimer l’entière vérité sur “son” programme. Ou sinon, il espère peut-être à un... certain miracle.

Car ce modèle ainsi dévoilé (pour ceux qui peuvent encore ouvrir les yeux), n’est qu’un prototype techno-féodal global, le tout, sous la “gouvernance” despotique des “élites” occidento-compatibles, en réalité, des dominants du 1%. Et enfin, pour ce qui relève “de droits de l'homme chèrement conquis”, il me semble bien (et je ne suis pas le seul à le penser, Cornelius Castoriadis l’avait si superbement formulé déjà dans les années 1980), qu’en réalité, les droits dits “universels” sont (au mieux) un leurre, en dehors d’une décision prise démocratiquement entre égaux, et cela bien, sur un territoire donné qui ne peut pas être celui d’un continent, et encore moins celui de la terre entière. De même, l’évocation des “accords internationaux essentiels” ne nous dit pas... automatiquement, aux yeux de qui (et pour quels intérêts), ils se prétendent de la sorte... si essentiels.

Enfin, il est plus qu’hypocrite, (que) de revenir sans cesse sur le prétendu “abandon de toute générosité à l'égard de souffrances étrangères” lorsque d’abord et pour leur essentiel, ces dernières trouvent leur origine dans l’exercice de la seule force (déguisé en “droit international”, plus la “démocratie”) de la part des mondialisateurs contre les états et contre les peuples. Cerise sur le gâteau, ces mêmes faiseurs du bas monde, sont de surcroît totalement indifférents devant les souffrances alors infligées à leurs propres peuples et cela désormais se voit.

Situation ainsi encore plus machiavélique que par le passé, car dans la guerre actuelle, les victimes alors... exotiques, sont massivement utilisées en qualité d’armes... de destruction massive contre les autres peuples, s’agissant notamment des migrations actuelles, programmées, provoquées et sponsorisés (aussi par le financier Soros), dans le but de détruire ce qui reste des peuples européens (et tout autant des autres, migrants compris), et fondamentalement, ôter tout espoir pour retrouver un jour, le chemin d’une forme de démocratie si possible tangible, et autant d’une certaine autonomie politique.

Déjà en son temps (et qui demeure suffisamment le nôtre), Cornelius Castoriadis avait fait remarquer que “pour les Grecs, la cité libre, la cité indépendante est, suivant l’expression de Thucydide que je vous ai citée tant de fois, autonomos, autodikos, autotelès: elle fait ses lois, juge elle-même ses affaires avec ses propres tribunaux, se gouverne elle-même”. (“Thucydide, la force et le droit”). Ce n’est certainement pas le cas de la “société ouverte, altruiste, acceptant le nouveau”, on peut alors comprendre !

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou, paru sous le titre La Dernière seconde du monde, sur son blog Greekcrisis

mercredi 16 novembre 2016

CETA : Paroles, paroles...

paroles.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

En pleine opération de com, nom de code "résistance de Paul Magnette", le Musée de l'Europe attirait l'attention sur une note publiée par le Corporate Europe Observatory mettant en garde contre la stratégie de relations publiques consistant à faire passer des déclarations interprétatives du CETA pour des lanternes, relayables par tous ceux qui auprès de l'opinion peuvent difficilement justifier leur acceptation d'un tel accord, mais sont seuls capables de faire passer une telle pilule. Le Musée de l'Europe, uniquement soutenu par le Conseil Départemental de l'Ariège, au titre du RSA, tient à faire remarquer qu'il a été, une fois de plus le seul à traduire partiellement cette note. Et s'interroge : que font ATTAC, les spécialistes du Climat faisant des danses de la pluie sur les ronds-points, financées par on ne sait quelles (ou que trop) Fondations. Sans supplément, le Musée apporte sa réponse : Rien. Absolument rien. A part quémander des sous pour sauver le monde ? Le CEO vient de réactualiser son analyse à la lumière de l'épisode Wallon. Nous en publions un extrait, une fois de plus traduit par nos soins. Nous y insérons un certain nombre de "sic" du Concierge. Enfermé dans le Mundo B à Bruxelles, le CEO, né de l'occupation des locaux de la Table Ronde des Industriels Européens, s'est professionnalisé et routinisé au sein du Brusseland. On peut douter que ses plus récents salariés aient même lu Europe Inc. Il est l'objet de nombreuses convoitises, comme accumulation de capital symbolique critique, de tous ceux qui veulent changer les têtes pour que rien ne change. La promotion d'un opportuniste demi-savant comme Sylvain Laurens (idéal-type de la prochaine génération d'experts aux ordres qui cherchent l'onction des critiques fatigués demi-mondains) par cette officine avait mérité les mesures chantillesques qui s'imposaient (Note du Concierge)

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mardi 15 novembre 2016

"Aujourd'hui, beaucoup d'économies européennes souffrent des mêmes maux que celle de l'Allemagne de l'Est après l'introduction du mark de l'ouest"

Vladimiro Giacchè est un économiste, actuellement partenaire d'une société financière, Sator, et président du Centre de recherche européenne de Rome. Il a écrit en langue italienne plusieurs essais depuis 2010. En 2014, il a publié un ouvrage sur l'unification allemande qui est aujourd'hui traduit en français aux Editions Delga[1]. Cet ouvrage, "Le Second Anschluss", déconstruit un des grands contes de fées contemporain : le succès de la réunification allemande. Dans un livre richement documenté et à la logique implacable, Vladimiro Giacchè montre que la RDA de 1989 était certes une économie déclinante, mais elle n'était pas « en banqueroute » comme l'ont prétendu les dirigeants ouest-allemands pour justifier une union monétaire rapide.

Il montre également que, avec cette union, mais aussi avec la mise en place de la Treuhand, l'organisme chargé de la « gestion » de l'économie est-allemande, et encore avec la création de « dettes envers l'Etat » des entreprises dont la légalité était douteuses, la RFA a procédé à une liquidation en règle d'une économie entière. Une liquidation qui s'inscrivait dans une négation complète de l'histoire de la RDA, dans sa réduction « à une note de bas de page de l'histoire allemande ». « Nous ne partons pas du principe de légitimité égale. Il y a la Loi Fondamentale et il y a la République fédérale allemande. Nous partons du principe que vous en avez été exclu pendant quarante ans », résumait Wolfgang Schäuble, le négociateur de l'unification pour la RFA devant ses homologues de l'est. Aucune chance n'a, en réalité, été laissée aux entreprises est-allemandes. Place nette aura été faite pour les groupes ouest-allemands et la population de l'ex-RDA en aura fait les frais. C'est pourquoi Vladimir Giacchè revendique le terme « d'annexion » qui a été banni du débat public allemand.

Notes

[1] V. Giacchè, "Le second Anschluss : l'annexion de la RDA", Delga, 2015, 201 pages, 19 euros.

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"En 2016 l'alienation politique a changé de couleur"

Q : Mais les Noirs n’ont pas voté Trump…

Emmanuel Todd : Exact mais à ce stade, il faut se demander qui est responsable de la racialisation persistante du vote. Je suis convaincu que cette fois-ci, elle est venue des démocrates, par un discours raciste inversé. Les démocrates proposaient une alliance électorale perverse, ou vicieuse, je ne sais que dire, associant aux vrais privilégiés économiques et éducatifs du système, toujours blancs majoritairement, une sorte de mercenariat électoral des minorités, hispanique et noire, pour casser le cœur blanc de la démocratie américaine. Ce qui m'a le plus écoeuré dans ce processus, c'est la façon dont Hillary Clinton a évincé Bernie Sanders, dont je me sentais évidemment très proche. J’ai suivi les primaires démocrates Etat par Etat. Et c’est bien l'électorat noir qui a empêché la victoire de Sanders. En 2016 l’aliénation politique a changé de couleur. On est passé d'un système où le cœur de l'électorat blanc votait contre ses intérêts à un système où l'électorat noir a voté contre ses intérêts. En effet, les Noirs, surreprésentés dans le monde ouvrier, moins éduqués malgré des progrès importants, sont le groupe qui a le plus souffert du libre-échange, et qui continue d'en souffrir le plus. Le paradoxe ultime de l’élection qui vient d’avoir lieu est que si Trump applique son programme protectionniste, les Noirs seront les premiers à en bénéficier.

Extrait d'une interview d'Emmanuel Todd sur Atlantico

jeudi 10 novembre 2016

"Une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, sur le plan scolaire"

Q : Lors du référendum sur le Brexit, c’est le « non » qui l’a emporté, et comme le « non » avait été majoritairement plébiscité par les classes inférieures et les gens les moins éduqués, on l’a un peu discrédité, est-ce que vous pensez que c’est une remarque valable ou est-ce que vous pensez que le fait que les classes les plus inférieures aient voté contre et que les gens les plus éduqués aient voté pour montre en fait juste une différence d’intérêts de classe et qu’il n’y a pas de mauvaise ou de bonne réponse, que c’est juste que ces deux classes n’ont pas les mêmes intérêts économiques ?

Emmanuel Todd : Ben oui, c’est drôle que vous parliez comme ça, parce que autrefois on aurait dit : « comme ce sont les plus pauvres qui ont voté pour le Brexit, ça montre qu’il est particulièrement légitime ». Maintenant comme les gens se sont ralliés à une vision un peu raciste en terme d’éducation, on pose des questions du genre : « est-ce que le vote des gens moins éduqués est valable ? » C’est comme ça qu’on parlait des Noirs aux États-Unis autrefois... Donc on pourrait dire que c’est une américanisation culturelle dans un sens où un racisme culturel etc. Je crois qu’il va falloir... Pour moi évidemment, je suis ravi... Quand même, j’ai été membre du Parti communiste français, donc j’étais solidaire de gens moins éduqués que moi, mais il y a une époque où ça semblait complètement normal de considérer que les gens les moins favorisés avaient des droits politiques égaux... Enfin, je ne comprends même pas ce... Alors, ce qu’on peut constater... Il ne va pas y avoir de réponse uniforme selon les pays... Par exemple en France, dans un pays comme la France, si les gens les moins éduqués votent contre le Traité constitutionnel européen... ça ne vaut pas ! D’accord ? Donc en France on est déjà dans un système politique où le vote des gens les moins éduqués n’a pas la même valeur que celui des plus éduqués... En Angleterre, c’est pas ça qui se passe... C’est ça qui est formidable ! Ce que l’on est en train de constater aujourd’hui, c’est que le tempérament démocratique des Anglais est actuellement supérieur à celui des Français, car le vote des électeurs anglais est respecté par les Conservateurs... ça devrait nous rendre plutôt humbles, nous qui sommes censés avoir contribué massivement à l’émergence, je dirais, de la démocratie...

La soumission comme critère de tri

Je pense que l’un des combats à mener, l’une des choses sur lesquelles il va falloir quand même réfléchir sur le fond, c’est est-ce que les éduqués supérieurs sont vraiment tellement supérieurs intellectuellement ? On est entre-nous, là... Mais on peut se poser des questions de cet ordre... Bon c’est sûr que le monde des éduqués supérieurs est un monde de bons élèves... Ils ont été triés pour ça... Mais peut-être que l’un des biais du système social actuel, c’est que ce tri social... Le système éducatif qui était un système qui était conçu comme émancipateur[1], est en fait actuellement devenu une extraordinaire machine à trier et à tamponner la population jeune à un certain niveau pour son avenir social.. Le système éducatif est devenu... Maintenant on a 40 % des jeunes qui font des études supérieures ou des chiffres comme ça, et puis on va avoir 40% des études secondaires d’un type ou d’un autre, 20% calés au niveau inférieur... Mais le système éducatif est devenu une machine à fabriquer les classes sociales du futur... C’est une machine à fabriquer l’inégalité. Et du fait que c’est une machine à fabriquer l’inégalité, c’est aussi devenu un système qui justifie l’inégalité. Alors je ne dis pas... les bons élèves existent... Je veux bien admettre que les gens sont plus ou moins intelligents... Mais je pense que le mécanisme de tri par l’éducation et la machine sociale qui fabrique ce tri aboutit sans doute à exagérer énormément dans l’inconscient collectif les différences supposées d’intelligence. Et ça aboutit aussi je pense au final... Je me lâche, je suis en fin de carrière... Je suis à la retraite dans six mois... donc je peux y aller maintenant, c’est n’importe quoi... C’est évident, les gosses sont plus ou moins doués scolairement... Ils réussissent plus ou moins bien, l’intelligence existe... Il y a des différences d’intelligence... Mais le tri éducatif, particulièrement à partir de l’Université, ne se fait pas uniquement sur le critère de l’intelligence... Il se fait aussi beaucoup sur le critère de l’obéissance... Parce que maintenant, on vit dans un monde de concours où il faut être le plus parfait possible. Donc pour être parfait, il faut être lisse, en vérité il faut ne pas penser. Donc tout le système de définition des élites et des éduqués supérieurs contient... Il y a de l’intelligence, mais il y a aussi de la soumission comme critère de tri... Et au final qu’est ce qu’on obtient comme classe supérieure ? Qu’est-ce qu’on va obtenir ? Est-ce qu’on obtient une classe supérieure collectivement tellement remarquable par son intelligence ? Ça ne me paraît pas tellement évident... Qui oserait décrire la classe supérieure française comme intelligente collectivement ? Et pourtant c’est tous des supers bons élèves. Qui oserait décrire les gens de l’establishment de Washington... qui aboutissent au terme de je ne sais combien de temps de gestion à des baisses de niveau de vie pour leur population et qui disent que c’est normal, que ça n’a rien à voir avec le système économique etc...

Les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fera le moins d’études

Donc vraiment, je pense que l’un des combats à mener... Je voudrais bien me faire comprendre... Je ne suis pas un populiste. Je suis moi-même un enfant de l’establishment, j’en suis très content... je n’ai jamais aspiré à être autre chose. Je n’ai jamais aspiré à autre chose qu’une conversion des élites entre guillemets à une attitude plus responsable socialement... Mais quand même ! Il ne faut confondre la description de la société en termes de niveau éducatif... Il ne faudrait surtout pas croire que ça correspond à une répartition des capacités intellectuelles dans la population... Ou que les écarts sont aussi importants que ça... En haut de la société vous aurez une sur-accumulation de conformisme et de crétinisme par obéissance aux consignes reçues depuis la petite enfance, au plan scolaire , et en-bas vous aurez des gens parfaitement intelligents mais qui n’ont pas été pris dans le moule du système parce qu’ils ont un peu plus de mal à obéir... Et bien entendu avec l’institutionnalisation du système et la capacité des élites éducatives à se reproduire, on va vers une période où les gens intelligents vont s’accumuler dans la population qui fera le moins d’études... Donc il ne faut pas désespérer... Et je pense que l’un des combats à mener, ce serait contre cette idée que les éduqués supérieurs sont vraiment supérieurs...

Des profs d’économie, surpayés, dont l’œuvre intellectuelle tient sur une feuille de papier à cigarette

Et je dirais que l’une des choses pour lesquelles j’aimerais vraiment... là ça me ferait vraiment marrer que Trump gagne, vraiment, ce serait à cause de ce que j’ai déjà mentionné, c’est cette pétition d’économistes contre Trump... Vous voyez, vous avez des centaines d’économistes, de profs d’économie, surpayés, dont l’œuvre intellectuelle tient sur une feuille de papier à cigarette, voyez, qui assurent la population que le libre-échange est indépassable... Et vous avez une population qui dit : « non, rien à foutre, quand même notre niveau de vie baisse, on meurt, ça va pas bien, on se sent pas bien... On n’a plus d’avenir assuré, c’est pas possible... ». Parce que ce serait une victoire intellectuelle... Si vous voulez, une population qui élirait Trump, je ne parle pas en général, je parle sur ce point précis, serait une population qui désavoue un système de domination intellectuelle, de conformisme... Et qui oserait dire ! « Non, les mecs, vous êtes pas plus intelligents, vous êtes pris dans un truc de pensée collective... totalement absurde... ». Il m’est arrivé de réfléchir... là je me mets à délirer librement pour terminer... L’un des trucs lorsqu’on décrit les électorats républicains... Je ne suis pas du tout Républicain, moi ! Je ne peux pas piffer les électorats de droite... Je voudrais pas qu’il y ait de malentendus quand même... C’est juste un plaisir pervers à voir un système mental exploser...

Stupidité structurellement induite

Mais par exemple l’un des trucs qu’on reprochait autrefois à l’électorat républicain, pas celui de Trump, mais l’électorat fondamentaliste... c’était d’être créationnistes... de prendre littéralement la Bible.. Dire que la théorie de l’évolution des espèces de Darwin, c’est pas vrai. C’est pas vrai ! Ça c’est passé exactement comme c’est dit dans la Bible... En 7 jours, le mec en haut a dit... Voilà il a créé ceci-celà et ceci-celà... Honnêtement je ne me souviens plus des détails, mon éducation religieuse est assez lointaine maintenant... Et bien entendu, tout le monde s’esclaffe... Et je m’esclaffe aussi. J’ai personnellement lu l’Origine des espèces de Darwin, et ça a été l’un des moments de bonheur de ma vie, je suis un Darwinien sans faille sur ces questions-là... Donc la question n’est pas là. Mais en gros vous avez des mecs qui vous disent, des mecs qui sont dans un littéralisme biblique ou dans une foi religieuse intense, c’est les mecs qui vous disent : « il y a ailleurs un autre monde qui a certaines caractéristiques, ou un être qui a certaines caractéristiques, nous ne pouvons pas le démontrer... » C’est terrible. C’est une démission de l’esprit, il n’y a pas de problème. Mais quand vous avez des centaines d’économistes qui s’auto-hallucinent collectivement... Et qui vous disent :« le monde sensible est parfait. Le libre-échange est indépassable» au moment même où il fait vivre toute la population dans la terreur et la régression... C’est beaucoup plus grave que le Créationnisme... Ou plutôt, c’est pas plus grave, c’est la même-chose. Le libre-échangisme de ces économistes c’est l’équivalent « classes supérieures » du créationnisme des humbles... Donc vraiment la question du supérieur, de l’inférieur, de la légitimité, je crois que c’est des choses dont il faut commencer à débattre... sur le fond. Sur le fond. C’est à dire... Il y avait un économiste anglais quand je travaillais sur l’Union soviétique qui avait un concept, un concept formidable de « stupidité structurellement induite » pour décrire le comportement des élites soviétiques. Donc, voilà, nous on a des phénomènes de « stupidité structurellement induite ». ça renvoie à l’Idéologie de Marx, à la fausse conscience...

Mais vraiment, je vais terminer là-dessus : pour moi les éduqués supérieurs ne sont pas supérieurs.

Emmanuel Todd, conférence à Nantes, le 8 novembre 2016.

(transcription et intertitres du Concierge)

Lire aussi : Jean-Pierre Garnier "Faut pas déconner. j’ai passé quand même plusieurs décennies dans l’Université..."

Et Une pédagogie de la libération

Et Divergences des luttes aux éditions Agone

Notes

[1] Du moins était-ce son idéologie. Et il a sans doute été émancipateur pour certaines classes (celles qu'il a créées, c'est à dire les enseignants ?). Mais on peut légitimement douter que ce fut le projet de Jules Ferry. Lire Ordre scolaire bourgeois contre culture prolétarienne (Note du Concierge)

mardi 8 novembre 2016

Qu’on se le dise : les classes sociales n’existent pas

Jean-Luc Mélechon, dans sa phase de conquête de l'hégémonie idéologique de la PBI (Petite-Bourgeoisie Intellectuelle), c'est à dire des agents du marketing (une petite-partie dans les médias mainstream, une grande partie chez les blogueurs et petits-entrepreneurs des "médias sociaux", surveillés de près par les logiciels des propriétaires des moyens de production de la Silicon Valley, ce qui pourrait bien faire de Mélenchon l'idiot utile de l'impérialisme américain, ce que tout les esprits sensés redoutent...) s'est appuyé sur Chantal Mouffe (une prétendue belge inconnue au bataillon en Belgique) pour affirmer : « Au siècle où les humains n’étaient « que » deux milliards, il y avait le « parti de classe ». Il était nécessairement aussi délimité que l’était « la classe » elle-même dans une société où elle n’était nullement hégémonique. En fait, les ouvriers constituaient une sorte d’archipel dans un océan de paysannerie et de travailleurs indépendants de la boutique et de l’artisanat. Sa verticalité correspondait à une organisation du travail lui-même. La centralisation découlait des moyens de transports et de communication autant que comme reflet de la centralisation de son adversaire. Bref, le « parti de classe » correspondait à une réalité sociale et matérielle qui s’est elle-même dépassée de toutes les façons possibles. L’émergence du « peuple » comme catégorie sociale protagoniste face à l’oligarchie de la période du capitalisme financiarisé dominant appelle sa forme spécifique d’organisation. ». François Ruffin avait ouvert (comme préparation d'artillerie ?) Fakir à l'impétrante, au point qu'il est quand même difficile d'imaginer que ce "plan média" (B) n'était pas concerté. Comme Descartes l'analyse sur son blog :

Exit donc la « classe » - c'est-à-dire le groupe humain occupant une même position dans le mode de production et donc ayant de ce fait un intérêt commun qui pousse ses membres à des comportements homogènes sans que soit besoin une coordination – et place au « peuple ». Mais comment définir ce « peuple » qui fait face à « l’oligarchie » ? Est-ce sur un critère de revenu ? De patrimoine ? De sociologie ? De modes de consommation ?

Le concept de « classe » - qui est l’une des contributions essentielles du marxisme à la pensée politique du XIXème siècle – a l’avantage de constituer une catégorie sociale comme acteur à la fois économique, social et politique en faisant le lien entre la position économique et le système de représentation – c'est-à-dire l’idéologie – et donc les comportements. Le « peuple », qui pour Mélenchon inclut le soudeur et l’avocat, la caissière et le professeur, le petit patron et l’ouvrier agricole, n’a aucune raison de constituer un groupe homogène du point de vue des comportements, puisqu’il est constitué de gens qui ont des intérêts différents et souvent antagoniques. Ce discours a en fait un autre but : le « peuple » façon Mélenchon incarne le rêve des « classes moyennes » d’une alliance avec les couches populaires dont elle prendrait, bien évidement, la tête. Le « protagonisme » de la classe ouvrière cantonnait les « classes moyennes » au mieux dans les seconds rôles, au pire dans le camp des exploiteurs. Le « peuple » permet au contraire aux « classes moyennes » d’évacuer le rôle singulier de la classe ouvrière pour se l’approprier…

Chantal Mouffe étant l'inspiratrice, nous savons gré à Jean-Pierre Garnier de nous informer un peu plus sur cette influente inconnue.

Qu’on se le dise : les classes sociales n’existent pas et, par voie de conséquence, la lutte pluriséculaire qui les opposerait non plus. Tel est l’oracle d’une grande prêtresse du post-marxisme pontifiant : la politologue belge Chantal Mouffe. À vrai dire, il ne s’agit pas là d’un scoop. Sans revenir sur la genèse du concept «lutte des classes» dont on rappellera simplement que Marx et Engels n’ont fait que l’emprunter, avant de le complexifier et en réorienter le sens, à des historiens libéraux français de la Restauration (François Guizot, Augustin Thierry, Adolphe Thiers…), on sait que l’un des fondements de l’idéologie bourgeoise, au-delà de ses multiples facettes et variantes, est la négation pure et simple de l’existence des classes et de leurs luttes. On sait aussi qu’outre les penseurs clairement situés à droite, cette négation a été reprise dès la fin du XIXe siècle par une partie de ceux situés à gauche, d’obédience sociale-démocrate principalement. Parée d’atours «post-modernes », elle a ensuite connu un renouveau en France grâce à une cohorte d’intellectuels portés par le reflux de la révolution «libérale-libertaire» de mai 68 (Michel Foucault, Jacques Derrida, Gilles Deleuze, Félix Guattari…) qui, laissant aux caciques d’une «gauche de gouvernement» le soin d’aider l’idée socialiste à « faire son chemin », se sont dépensés sans compter à «déconstruire» toutes les voies théoriques qui lui auraient peut-être permis de devenir réalité. Rien de nouveau, donc, avec l’irruption d’une Chantal Mouffe au firmament de la pensée de gauche normalisée et normalisante.

Lire la suite en deux parties sur le site de la Librairie Tropiques

Les pervers peuvent également essayer d'écouter ce chef-d'oeuvre de cuistrerie particulièrement désopilant où Jean-Luc Mélenchon se propose de "créer un peuple" (apparemment limité à une fraction des classes moyennes, et espérant se retrouver face à Marine le Pen s'il passait le premier tour afinb de l'emporter sans besoin d'adhésion populaire, soit aucune différence avec les autres candidats !!!)

lundi 7 novembre 2016

Il reste la guerre...

J’ajouterais pour aussi faire bref, alors ceci: Dans le gouvernement Tsipras-III, y figurent deux membres du Think tank étasunien Levy Institut, Dimítris Papadimitríou, Président du “Levy Economics Institute of Bard College” et “Executive Vice President of Bard College” devient le nouveau ministre de l’Économie à Athènes, tandis que sa... compagne, Rania Antonopoulou du même Institut Levy, conserve toujours son poste ministériel (Ministre déléguée... à la lutte contre le chômage).

Aux contrées... moins périphériques de l’Empire, le personnel politique ainsi recruté, peut encore apparaître comme débarqué... de l’intérieur (Emmanuel Macron, banquier d'affaires chez les Rothschild par exemple).

De nos jours en réalité, il n’y a (pratiquement) plus de régime démocratique sur cette planète, et nous sommes introduits dans la phase d’une transformation imposée et sans doute radicale comme jamais, autrement-dit, sans retour possible, à défaut de réagir encore à temps.

Ce long cercle historique durant lequel l’Occident ayant paraphrasé les philosophes de l’Antiquité grecque pour ainsi s’offrir un emballage “démocratique” à la domination de son oligarchie a déjà pris fin, au détriment bien entendu de ce que les luttes des peuples ont pu faire... ainsi admettre, en termes de libertés, de justice sociale et de pratiques plus généralement ayant tendance à donner l’illusion que le progrès démocratique, comme le progrès tout court, serait de règle.

Nos oligarchies actuelles mondialisées utilisent encore pour l’instant les coquilles vides ainsi que le jargon... démocratiques, cela comme camouflage. Plus pour très longtemps d’ailleurs. Le financierisme mondialisateur a hâte d’imposer sa techno-féodalité à travers sa volonté de se maintenir comme étant l’unique “propriétaire” du système mondial, sans même... détenir de (vrais) capitaux en main. Car le financierisme actuel repose sur le factice de sa “recapitalisation continue”, le tout, en “avalant” les réalités (ainsi que les possibilités concrètes) dont ferait preuve l’immense majorité de tous ces autres devenus... “gênants” (bouffeurs d’énergie comme de ressources), avant de les exterminer d’une manière ou d’une autre.

Pour y arriver, il reste la guerre, à une échelle encore inégalée, issue nécessaire aussi parce que d’autres acteurs du monde actuel, les BRICS notamment, ne l’entendraient pas de la même oreille, d’où par exemple la diabolisation sans précédent de la Russie, et dans une moindre mesure de la Chine. Une guerre, et autant entreprise contre les sociétés (occidentales) en commençant (entre autres) par la destruction en cours de leur immense classe moyenne. Et dans cette guerre nous y sommes, la Grèce (de manière visible), depuis 2010 (aussi pour de raisons géopolitiques, et nous y reviendrons), et d’autres pays également, la société française par exemple le sera aussi nous semble-t-il... directement concernée dès 2017... et de manière plus que sensible.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou par sous le titre "Du Donbass... à Patras " sur son blog Greekcrisis

vendredi 4 novembre 2016

Vérité des luttes à Paris, erreurs au-delà ?

ET SI SURTOUT la perte de la culture n’était pas achetée au prix de vies humaines ! La moindre d’entre elles, ne serait-ce même qu’une heure arrachée à la plus misérable des existences, vaut bien une bibliothèque brûlée. L’industrie intellectuelle bourgeoise se berce d’ivresse jusque dans l’effondrement lorsqu’elle accorde plus de place dans les journaux à ses pertes spécifiques qu’au martyre des anonymes, aux souffrances du monde ouvrier, dont la valeur d’existence se prouve de façon indestructible dans la lutte et l’entraide, à côté d’une industrie qui remplace la solidarité par la sensation et qui, aussi vrai que la propagande sur les horreurs est une propagande de la vérité, est encore capable de mentir avec elle. Le journalisme ne se doute pas que l’existence privée, comme victime de la violence, est plus près de l’esprit que tous les déboires du négoce intellectuel. Et surtout cet univers calamiteux qui occupe désormais tout l’horizon de notre journalisme culturel.

Karl Kraus, Troisième Nuit de Walpurgis

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Lettre ouverte à Henri Maler d'Acrimed

Cher Henri Maler,

Nous ne nous sommes croisés qu’une fois je crois. C’était lors d’une des premières réunions d’Acrimed à laquelle j’avais accompagné Pierre Rimbert et Patrick Champagne.

Je vous écris aujourd’hui au sujet de la recension que vous avez consacrée au livre qui défraie la chronique (parisienne) : « Le monde libre »

Je trouve en effet assez croquignolesque que vous validiez la thèse que tous les médias colportent en contre-bande en s’appuyant sur cet essai, selon laquelle l’involution du Nouvel Observateur, aujourd’hui l’Obs, daterait de ces dernières années. Vous la comparez à celle subie par Libération, que vous situez sous la direction de Laurent Joffrin.

À Acrimed, vous êtes pourtant bien placé pour savoir, l’ayant, comme d’autres et souvent les mêmes, longuement documenté en son temps, que la messe est dite depuis bien longtemps au sujet de Libération et du Nouvel Observateur, accompagnateurs idéologiques zélés de la conversion de la « gauche de gouvernement » au néolibéralisme. Depuis bien longtemps, c’est à dire à peu près au moment où l’auteure du livre entrait au Nouvel Observateur.

À cette époque, je crois aussi me souvenir de l’analyse selon laquelle le surinvestissement dans la « culture » et le façadisme radical-chic étaient bien faits, dans ces journaux, pour accomplir cette mission historique. L’auteure semble pourtant déplorer que « l’équilibre » entre sociale-démocratie néolibéralisée et « radicalité » (les « deux gauches » paraît-il), établi selon elle par Jean Daniel (sans trop s’intéresser à sa fonction idéologique de blanchiment du néo-conservatisme), soit désormais rompu. Et semble affirmer qu’elle a connu un journal « de gauche ». Du point de vue d’Acrimed, cela devrait quand même apparaître un tantinet révisionniste... Ce serait comme dire que le PS a commencé sa mutation au moment où il l’achevait... Et que donc il faudrait revenir à 2012 et non à 1995 ou 1983... Sans compter que l’analyse de Pinto sur le "journalisme philosophique" concluait de façon très précoce aux effets structurellement néfastes de la fusion du journalisme et de l’EHESS, exactement ce que l’auteure présente avec nostalgie comme ce qui a fait la grandeur de son ex-journal...

En fait, je me demande si vous ne jetez pas aux pieds de ce livre tout le capital accumulé de critique des médias, dans un objectif politique à courte vue : en finir avec le PS. Or ce PS-là est mort, et d’ailleurs les rats quittent le navire. Comme le champ politique a horreur du vide, la vraie question est : sous quelle forme va-t-il ressusciter, et quels griots demi-savant nous empêcheront de le reconnaître ? Vous nous aideriez grandement si vous rappeliez « de quoi le Nouvel Oservateur fut le nom », donc ce principe de porte-tournante entre l’Université et le Journalisme, que l’émoi et moi et moi actuel contribue à dissimuler, avec votre renfort. Cela éviterait que ceux qui faisaient le serment, il y a quelques mois, de « ne plus jamais voter PS », ne votent pour son futur équivalent structurel sans s’en apercevoir, lui permettant de parachever son œuvre (comme en Grèce). Ou puissent faire semblant de ne pas s’en apercevoir.

La suite sur le site : De la gentrification des villes à la gentrification des luttes

dimanche 30 octobre 2016

Mais non, Cher Paul.M, ce n’est pas vraiment « une formidable avancée démocratique » !

Après l’affrontement politique, c’est la bataille de la communication qui fait rage. Entre les libéraux qui rappellent que « pas une virgule n’a été changé dans le traité » et le PS qui matraque sur le thème du « nouveau Ceta », il s’agit naturellement d’imprimer sa marque et d’imposer dans l’opinion la figure du vainqueur. On ne tranchera pas ici la question de savoir où il faut exactement placer le curseur entre les « avancées significatives » et la « capitulation » en rase campagne. On notera cependant que les fameuses avancées sont essentiellement des promesses ou des rappels de principes généraux et que si l’engagement est pris de demander à la Cour européenne de justice de vérifier la compatibilité du mécanisme d’arbitrage avec les traités européens, le dit mécanisme est conservé. Des « zones d’ombre subsistent » disait le très modéré commentaire du CNCD. A tout le moins…

On peut par contre s’interroger avec pertinence sur la « formidable avancée démocratique » revendiquée par Paul Magnette devant le parlement wallon. Bien évidemment le débat sur le CETA a été un moment démocratique de forte intensit On ne le répètera jamais assez : la qualité du débat parlementaire, la mobilisation associative et le retour d’un certain volontarisme politique ont enchanté la vie publique…pendant quelque jours. Et le contraste est dès lors encore plus saisissant et plus choquant quand on voit comment Paul Magnette et sa majorité ont adopté en quelques heures un texte dont il affirmait, la veille encore, que l’étude d’éventuelles modifications prendrait des jours et des semaines. En un coup, un seul, un traité qui était considéré comme inacceptable est devenu « le modèle » indépassable. Et là, en une fois, la résistance se transformait en coup politique.

On pouvait estimer que le rapport de force ne permettait pas d’aller plus loin. C’est évidemment discutable mais pas illégitime de le penser. Mais le respect de « la formidable avancée démocratique » exigeait que cela soit expliqué et débattu devant les parlementaires et les citoyens. Avec clarté et modestie, avec le souci de la pédagogie politique qui a régné durant la « parenthèse wallonne ». Au lieu de cela, la nouvelle star – et son parti - ont choisi le triomphalisme dont les plus éclairés des commentateurs estiment qu’il n’a pas lieu d’être. Profitant d’une aura au firmament, le ministre président aurait pu expliquer que l’issue provisoire de l’affrontement imposait des concessions et que faute d’alliés (où était la gauche européenne ?), la bataille serait encore longue mais que des jalons majeurs avaient été tracés. Cela aurait permis de maintenir la mobilisation et de ne pas provoquer l‘amertume et la déception.

C’était en tous cas, le pari qu’exigeait le respect du citoyen. Paul Magnette n’a pas eu cette volonté, cette clairvoyance ou ce courage. Et le PS en manque cruel de cheval de bataille a transformé un combat exemplaire en une vulgaire stratégie de communication. Certes, Magnette a toujours proclamé sa foi dans le libre échangisme et son parti porte une politique sociale libérale depuis plusieurs décennies. De ce point de vue il n’y a pas de surprise. Mais incarner une résistance qui vous dépasse permet parfois de transcender un dessein politique. La lutte contre cette Europe du Ceta ou du Tttip ne s’arrête évidemment pas. Mais l’occasion de lui donner une nouvelle dimension a été manquée. Et de ce point de vue « Non, Cher Paul M., ce n’est pas une « formidable avancée démocratique ».

Hugues Lepaige

Paru dans Les blogs de Politique

samedi 29 octobre 2016

Le rapport des cinq présidents : achever la construction néolibérale de l’UEM

L’édification de l’UEM (Union économique et monétaire) continue. Les efforts des dirigeants européens pour l’assemblage du cadre institutionnel de l’UEM se poursuivent à travers les procédures prévues dans le rapport des cinq Présidents.

Le 22 juin 2015 la Commission a présenté un rapport des cinq présidents[1] concernant les perspectives d’achèvement de l’Euro zone. Plus précisément, les présidents de la Commission, de Conseil, de la BCE, de l’Euro groupe et du Parlement (pour les rapports précédents, le parlement était absent), proposent le renforcement des procédures d’édification de l’Euro zone en s’appuyant sur quatre piliers.

a) une véritable union économique, qui aura pour objectif la convergence des économies européennes, au moyen de réformes structurelles dans les domaines de l’économie, du marché du travail, de l’administration publique et du marché des produits et des services. Différentes procédures et mécanismes sont proposés pour imposer ces réformes, et les soumettre à la surveillance du « gendarme » européen par le recours aux « meilleures pratiques » des autorités nationales en matière de compétitivité et de traitement des déséquilibres macroéconomiques

b) une union financière, qui englobera l’union bancaire et l’union des marchés financiers, avec l’objectif d’un seul et unique marché monétaire et financier européen. Les nouveaux éléments que proposent les cinq Présidents sont : l’achèvement des étapes de l’union bancaire, l’union des marchés de capitaux (instauration d’un marché unique du capital pour financer les entreprises sur le modèle des USA), et l’adoption d’une garantie de dépôt européenne.

c) une union budgétaire, avec d’un côté la garantie d’une dette publique viable et de l’autre, l’adoption et la mise en service d’une austérité perpétuelle, au moyen de « stabilisateurs automatiques » qui diminueront les dépenses et augmenteront les impôts automatiquement, sans décisions politiques, chaque fois que la stabilité budgétaire sera menacée.

d) une union politique qui, d’après les auteurs du rapport, signifiera une représentation unique de l’Euro zone, un poste permanent de Président de l’Eurogroupe, et des « auditions » plus fréquentes des planificateurs de la politique économique européenne (Conseil, Commission, ministres des états-membres, troïka) par le parlement européen.

La première étape de ces changements s’est concrétisée le 21 octobre 2015, lorsque la commission a présenté les propositions législatives suivante, sans exiger toutefois l’accord du parlement :

- durcissement du cadre du semestre européen sur l’application des « meilleures pratiques » et sur la liaison entre les démarches réformatrices d’un état-membre et son financement par les fonds communautaires.

– instauration de conseils nationaux de compétitivité qui contrôleront la compétitivité sur tous les plans (prix, salaires, cadre de régulation) et qui « conseilleront » le gouvernement pour les réformes structurelles, et les partenaires sociaux pour la fixation des salaires)

- instauration d’un conseil budgétaire européen indépendant, qui évaluera la stabilité budgétaire de l’Euro zone dans sa globalité et celle des états-membres, et qui fonctionnera comme parapluie institutionnel des conseils budgétaires nationaux correspondants.

- la garantie paneuropéenne des dépôts bancaires au moyen de contributions des banques ; mais, comme cela arrive désormais sous bien des aspects pour l’union bancaire, cette garantie ne sera déclenchée que sous de strictes conditions politiques, qui, augmenteront de fait le risque et l’instabilité, au lieu de les réduire

L’Eurozone n’est pas une simple union monétaire qui a été imaginée par des experts et réalisée par des hommes politiques. L’Euro zone constitue un outil économique, institutionnel, et politique très précieux en vue de l’accélération de la transformation néolibérale des économies européennes qui ont choisi d’entrer dans l’Euro. En d’autres termes, il s’est créé une union d’états qui, au nom de la « stabilité des prix » et de la « prospérité », impose par la contrainte, tant politique qu’économique, la restructuration des relations de travail, dans l’intérêt du capital, la pérennisation et l’inscription dans la loi de la politique des déficits réduits (austérité), les privatisations, et dernièrement ressort des restrictions à l’ordre constitutionnel même des pays et à la démocratie.

L’Euro zone a développé un arsenal légal et institutionnel qui ne permet à aucun gouvernement, quel que soit le mandat qu’il a reçu de son peuple, d’appliquer des politiques économique et sociales qui ne cadreraient pas avec le dogme néolibéral de dérégulation totale. En d’autres termes, l’intégration à la monnaie unique d’un état ou d’un peuple équivaut à l’annulation du droit même d’un peuple à choisir la teneur de sa politique économique en ne laissant comme seule solution que l’austérité, la flexibilité des relations de travail, et les privatisations.

Par conséquent, il est paradoxal pour Syriza et le gouvernement grec de manifester de l’embarras en face de la position du FMI, alors que dans le même temps l’Union Européenne et ses institutions ont démontré qu’ils étaient les meilleurs élèves des politiques économiques du FMI, les meilleurs élèves pour les tactiques de sanctions et de chantage en direction des peuples et des pays indépendants.

Nikos Chountis, député européen, membre de Laïki Enotita (Unité Populaire)

Traduit par Jean Marie Reveillon

via Sylvie Haller

Paru sur le site de l'Unité Populaire

Notes

[1] Le président J.C. Juncker, avec les présidents Tusk, Dijsselbloem (Eurogroupe), Draghi (BCE), Schulz (PE)

vendredi 28 octobre 2016

Dans les coulisses des négociations du Ceta où un Italien des Pouilles écarquille les yeux comme des soucoupes devant le spectacle politique qui se joue devant lui.

Cet article paru dans l'écho prouve au moins une chose : La Belgique existe ! Et elle existe suffisamment pour que nombre de ses politiciens fassent de la politique politicienne belge le cœur de leur activité. Cela doit vouloir dire que leur objectif n'est pas de vivre à New-York ou Singapour (ni même Londres ou Berlin!).L'égaré des Pouilles "le plus aguerri des négociateurs" n'est pas dans ce cas. Dame, la définition de "l'international", c'est juste un type qui fait chier la terre entière en se vendant au plus offrant... susceptible de faire bombarder sa terre d'origine armé jusqu'aux dents depuis une enclave cosmopolite réunissant un ramassis d'aigris au service du premier impérialisme qui passe par-là : cela s'appelle la mondialisation.

"Mais, en fait, vous discutez avec votre opposition, là? On retrouve toujours les mêmes personnes et interlocuteurs partout dans votre pays?" s'étonne le pied-tendre. Manque une répartie : "Ben oui Du Con, on habite ici nous, l'UE ça rapporte des tunes, mais sinon on s'en branle. Elle peut bien disparaître, depuis 1830 on a une petite rente car c'est nous qui accordons le concert des Nations neuneues qui se croient seules au monde, peut bien arriver n'importe quoi, le cabinet de conseil belge ne fermera pas pour autant ! Alors évidemment, on a quelques neuneux comme Van Rompuy à qui ça permet de se croire chefs d’État... Mais ceci n'est pas un Président, comme dirait Magritte..."

Ceci pour dire qu'il ne faut pas non plus trop compter sur un champ politique national largement autonome de la demande sociale pour "entendre" les râles et les plaintes d'une population en voie d'immolation. Tout au plus, les protestations de la "société civile" fournissent-elles des "éléments de langage" à une nouvelle génération de politiques tout aussi rouée que la précédente, et entièrement concentrée sur la conquête et la préservation du pouvoir. Il n'y a pas de "débouché politique", ou plutôt, comme toute l'expérience des mouvements sociaux le démontre, toute stratégie du "débouché politique" se fait au détriment des luttes, transformées en capital symbolique pur générant la croyance, seule la musique circulant à défaut des paroles, que tout sophiste peut donc fredonner... Dans une telle conjoncture, il faut renverser la table. Par un acte de souveraineté populaire. Qui ne peut être que la sortie des traités européens. Car tout "processus constituant" est un leurre dès lors que la Constitution, ce sont les traités européens...

Le Concierge (très laborieusement réécrit plusieurs fois, avec mes excuses...)

Ils sont venus, ils sont tous là. Ce mercredi matin, sur le coup des 10h30, c’est à l’Université libre de Bruxelles que cela se passe. Le grand auditoire de l’Alma Mater est d’ailleurs trop exigu pour contenir tout ce beau monde. Ils sont venus assister au départ du ministre d’État Roger Lallemand. Il y a là, entre autres, le Premier ministre Charles Michel, assis aux côtés du président de la Chambre Siegfried Bracke. Didier Reynders et Paul Magnette sont là, également. Un rang plus loin encore, assis côte à côte, les deux ex-Premiers ministres Elio Di Rupo et Guy Verhofstadt. Ce dernier se fend d’ailleurs d’un fort joli discours où il fait notamment l’éloge du vin italien. "Une parenthèse dans ces négociations de brutes", décrit un participant, la larme à l’œil.

Ah, vous avez dit "négociations"? Reprenons avec ordre et méthode – là où nous avions laissé Paul "Wallonix" Magnette et son "non" au traité entre le Canada et l’Europe.

Mauro Petriccione dans le chaudron belge

Dans la salle du Palais d’Egmont, le mardi soir, une flopée d’éminences ont été réunies autour du ministre des Affaires étrangères Didier Reynders. Magnette, Demotte, Vervoort, côté socialiste. Prévot, Greoli, Fremault, coté centriste. Ajoutez, pour la forme, le ministre-président flamand Geert Bourgeois. "Ça nous a quand même fait doucement rire, dit un ministre. Bourgeois n’arrêtait pas de s’inquiéter pour les dommages causés à l’image de la Belgique." De la part d’un nationaliste flamand, en effet, c’est cadeau. Bref, parmi cet aréopage de belgo-belges, il y en a un qui écarquille les yeux. Comme des soucoupes. Il s’appelle Mauro Petriccione. Cet Italien, originaire des Pouilles, est le négociateur en chef de la Commission européenne sur le Ceta. Il a déjà à son actif d’avoir bouclé un traité similaire avec le Vietnam, bref, il n’en est pas à son coup d’essai. "C’est un as", résume un diplomate. Voilà pourtant Mauro Petriccione dans le chaudron belge et même pour le plus aguerri des négociateurs, lui qu’on décrit comme habituellement "d’un calme olympien", cela peut avoir des effets secondaires. Ainsi l’entend-on glisser à Didier Reynders: "Mais, en fait, vous discutez avec votre opposition, là? On retrouve toujours les mêmes personnes et interlocuteurs partout dans votre pays?" Bienvenue en Belgique.

Didier Reynders, donc. Lui aussi commence à sentir le vent du boulet: un "non" définitif des Wallons, ce serait un trou dans sa cape de ministre des Affaires étrangères – incapable de forger le compromis. Du coup, il veut des textes. Sur tous les tons, il demande et redemande des textes avec les positions des entités fédérées, entre autres sur l’agriculture. Et il veut les envoyer à l’Europe, histoire de montrer que l’affaire progresse.

"À un moment, on va arrêter avec les multinationales qui mangent les enfants et les agriculteurs qui vont mourir dans les champs: il faut avancer."

"Bon, je vous préviens, moi, si je n’ai pas de périmètre de négociation défini ni de textes, ça ne va pas aller, je ne vais pas me lancer dans un truc de kamikaze", siffle Reynders tandis qu’à ses côtés son ambassadeur hoche la tête. Et, par sms, il débriefe le Premier ministre. Et certains participants assurent l’avoir entendu dire: "à un moment, on va arrêter avec les multinationales qui mangent les enfants et les agriculteurs qui vont mourir dans les champs: il faut avancer."

Paul Magnette, lui, ne dit pas grand-chose. Sans doute est-ce l’air d’Egmont. "C’est comme s’il avait buggé lors de cette réunion", décrit un de ses collègues. Alors Demotte, mais surtout Maxime Prévot prennent le relais du ministre-président. Le Namurois met six points à trancher sur la table. Dont l’agriculture. "Sur l’agriculture, j’ai attrapé leur mollet, j’ai été hargneux et je n’ai rien lâché", se félicitera d’ailleurs Prévot, plus tard, devant quelques collaborateurs.

Mauro Petriccionne décode, analyse et explique, pour la énième fois, les tenants et aboutissants du Ceta. Reynders: "Moi, je peux attendre toute la nuit", insiste-t-il. Puis, il suggère une réunion le lendemain matin. Ce qui a lieu après, on l’a vu, l’interlude des obsèques de Roger Lallemand à l’ULB.

Les fameux textes wallons manquants sont maintenant arrivés. "Reynders a fatigué le poisson, il n’y avait plus qu’à le ferrer", rapporte un de ses collègues.

Le chien de garde cdH

À la résidence du Premier ministre, les réunions du comité de concertation s’enchaînent. Magnette sait qu’il flirte avec les lignes constitutionnelles. Les Wallons ont mis des textes sur la table, le Fédéral et la Commission qui veulent accélérer les choses ne bronchent pas. Et le tout doit être expédié au Conseil européen. "C’est quand même limite", admet-il devant Charles Michel. "On va se parler franchement, reprend alors le socialiste devant plusieurs participants. On veut un accord, nous, ici, nous ne sommes pas pour le ‘non’ et notre but n’est pas d’exploser le Ceta." À partir de là, les socialistes, en séance, n’émettront plus que des remarques mineures sur l’objet négocié.

Mais il y a le cdH. Prévot, on l’a dit, joue les chiens de garde (agricole). Et il veut des "garanties juridiques". Il le répète une fois, deux fois. Il veut pouvoir consulter la firme d’avocats engagée par le cdH pour l’épauler dans le dossier. La séance du comité de concertation est suspendue.

"Bon, maintenant, je vais aller expliquer à mon parti que ce mauvais Ceta est devenu un bon Ceta."

"On a vite compris que le cabinet qu’il voulait consulter c’était la firme Lutgen, Lutgen & Lutgen, célèbre cabinet ayant son siège à Bastogne", ricane une source fédérale. Effectivement, direction les bureaux de partis pour le cdH et le PS. Il s’agit de faire avaliser l’atterrissage définitif. Avant de quitter le Lambermont, Paul Magnette lâche: "Bon, maintenant, je vais aller expliquer à mon parti pourquoi ce mauvais Ceta est devenu un bon Ceta." Amen: le Ceta est sauvé, le PS de Magnette va s’engager pour le "oui".

Mais il y a le cdH. "Cela fait dix jours que Paul veut atterrir envers et contre tout", grince un centriste wallon de (tout) premier plan mais n’occupant pas un poste ministériel pour autant. Suivez mon regard.

Benoît Lutgen, lui, c’est son combat, le Ceta. Plusieurs semaines qu’il a pris le dossier à bras-le-corps, alors il ne va pas lâcher la poule aux œufs d’or, celle qui redore le blason centriste de la résistance, en si bon chemin. Le voilà donc, ce mercredi soir, rue des Deux Églises au siège de son parti, assis et faisant face à ses mandataires. À ses côtés, le ministre Maxime Prévot. Lutgen n’est pas spécialement pour l’accord, il brosse un contexte général assez noir, et laisse la parole à son ministre. Prévot – "héroïquement", note un participant – décrit les avancées obtenues et le gibier que les centristes ramènent de la négociation dans leur besace. Et c’est la curée.

Plusieurs parlementaires soupirent – au premier rang desquels des "Lutgen boys". Il y a là entre autres Dimitri Fourny. "Qu’on débranche la prise de ce truc!" siffle-t-il. François Desquesne, un autre député wallon, embraye: "Pour l’agriculture, c’est quand même pas terrible ce qu’on a obtenu." Jusqu’à André Antoine. "Bof", soupire le président du Parlement wallon. Même René Collin y va de son refrain: "Ce qui ne va pas, c’est qu’on ne touche pas au Traité." Notez encore: l’absence de l’ex-présidente Joëlle Milquet. Bref, l’affaire, à la rue des Deux Églises, est mal emmanchée. Ou plutôt: emmanchée vers le "non".

À quelques quartiers de là, au boulevard de l’Empereur, le siège du Parti socialiste, la trame de la pièce est la même. Le président Di Rupo trouve qu’il est trop tôt pour atterrir. Mais Magnette prône le oui. Il est important que les deux partis s’alignent – imaginez le PS à la remorque du cdH sur ce dossier sensible à gauche, ça ferait tache. "On allait quand même pas se fâcher pour le Canada", ricane un député socialiste. Benoît Lutgen et Elio Di Rupo décrochent leur téléphone et la ligne chauffe entre les deux partis. Et on accorde les violons.

Eurêka! On va temporiser et gagner encore un peu de temps. Alors, on demande "des garanties juridiques". C’est pratique, ça permet de se libérer de la pression durant quelques heures. "On doit être certain que tout ce qu’on a obtenu tienne bien la route juridiquement", expose Benoît Lutgen en guise de conclusion devant son bureau politique.

Retour au Lambermont pour un comité de concertation. L’ambiance est lourde. Surtout quand les libéraux Michel et Reynders apprennent que Benoît Lutgen doit s’exprimer dès le lendemain matin à la radio.

"On va quand même éviter de jouer avec les pieds de tout le monde", se fâche Charles Michel, après avoir fait sortir tous les collaborateurs de la salle de réunion. Didier Reynders embraye: "Un peu de correction n’a jamais tué personne." À l’arrachée, le cdH Maxime Prévot consent à une réunion le jeudi matin. Rideau sur une longue journée. Et les avocats du cdH planchent, et Maxime Prévot revient avec quelques amendements, pour la forme, le jeudi en séance. Et c’est le feu vert définitif. Chacun doit vendre sa version. Et commence la bataille de "celui qui fera pipi le plus loin", selon les mots, lucides, d’une excellence ministérielle.

Martin Buxant, L'Echo, via Jean-Claude Du Cru

Le gouvernement américain « ouvre la voie » pour une base de drones armés en Tunisie

Les frappes aériennes ciblant Daech à Syrte se poursuivent, tout autant que les révélations sur les activités militaires américaines en Tunisie. La dernière preuve a été apportée par des responsables américains, relayée par le Washington Post du mardi le 26 octobre. Alors que le discours officiel souligne une assistance militaire américaine limitée à la collecte d’information, le quotidien américain affirme qu’au-delà de ses « missions d’espionnage en Libye », les US seraient en train « d’ouvrir la voie » pour une base de drones armés en Tunisie.

Lire l'article de Vanessa Szakal paru sur le site Nawaat.

Toute ressemblance avec un précédent historique dans une colonie grecque...

discoursMagnette.PNG Discours de Paul Magnetto refusant le CETA (cliquer sur l'image pour l'écouter)

discoursTsipras.PNG Discours de Alexis Tsipras annonçant un référendum (cliquer sur l'image pour l'écouter)

jeudi 27 octobre 2016

Blanchir le CETA, salir ses critiques

Magneto_ZB.jpg Paul Magnetto, mauvais mutant (évidemment!) du PS

S'il est un indice particulièrement probant de la campagne d'enfumage menée par le PS francophone et Paul Magnette au-cours des dernières semaines, c'est que ce dernier a accepté le principe de la ratification du mandat résultant de l'accord intra-belge du jeudi 26 octobre 2016 avant vendredi minuit. Ainsi l'exécutif wallon impose son propre ultimatum au Parlement wallon dont il prétendit défendre les prérogatives mordicus au-cours des derniers jours, à grand renfort de déclarations aussi émouvantes que celles de Tsipras avant le référendum grec que celui-ci espérait perdre ! Façon aussi de faire oublier à tout le monde un principe fondamental : quand on est de gauche, on ne signe pas de traité de libre-échange ! Tout simplement ! Nous publions ci-dessous l'extrait d'un article du Corporate Europe Observatory disséquant la méthode d'intoxication de l'opinion publique mise en œuvre dans la dernière ligne droite précédant la signature afin de fournir des méthodes clé en main aux gouvernements pour sortir leur stylo sans trop s'aliéner les électeurs, voire en se faisant passer pour des héros. Manifestement, c'est une méthode de ce type qui a été utilisée en Wallonie... Le Concierge

Dans les dernières semaines de ligne droite menant à la signature du CETA, la Commission européenne, le Gouvernement canadien ainsi que certains gouvernements des États-membres et Députés européens sont passés en mode propagande massive. Ils ont décrit le CETA comme « un accord commercial très progressiste » (Commissaire au Commerce Cecilia Malmström) qui va « réguler la globalisation » selon les principes du « commerce équitable » et dans l’intérêt des travailleurs (Frank Walter Steinmeier, ministre des affaires étrangères allemand). Les critiques de l’accord ont été qualifiés de « hooligans du commerce » (Donal Tusk, Président du Conseil) qui « attisent des peurs et des inquiétudes qui n’ont rien à voir avec le texte actuel du CETA  » (les eurodéputés conservateurs Daniel Caspary et Elmar Brok). Certains médias ont rejoint le chœur des contempteurs du CETA, proclamant que « la plupart des critiques qui peuvent se justifier au sujet du TTIP ne concernent pas le CETA » (Spiegel online).

La dernière offensive de relations publiques consiste en une « déclaration interprétative jointe » au traité concoctée par Ottawa et Bruxelles et publiée par le collectif de journalistes d’investigation Correctiv. Elle est conçue pour rassurer le public mais ne corrige aucune tare du CETA. En septembre dernier, la Ministre canadienne du commerce Chrystia Freeland et son homologue allemand Sigmar Gabriel, avaient annoncé un tel texte pour amadouer ls socio-démocrates allemands, les syndicats et le grand public qui craignent que le CETA menace les services publics, les travailleurs et les normes environnementales et grève le pouvoir de régulation des gouvernements dans l’intérêt public. Plusieurs gouvernements, notamment l’Autriche, avaient lié leur signature du CETA à une telle déclaration.

Selon les principes internationaux auxquels se réfère la déclaration jointe (Convention de Vienne sur le Droit des Traités), elle s’imposera légalement au Canada, à l’UE et ses États-membres. Mais le contenu de la déclaration ne contient rien qui concerne, encore moins résolve, les points du CETA menaçant les services publics, le processus de décision démocratique, les financements publics etc. En effet, selon le professeur de Droit allemand Markus Krajewski, elle « n’offre aucune amélioration ni solution à aucun des points contestés et majeurs » du CETA. Aussi, si la déclaration était invoquée dans un procès futur lié au CETA, ce serait sans effet conséquent. Selon Greenpeace cette déclaration a « la portée juridique d’un dépliant de tourisme ».

Simon Lester du Cato Institue, un think tank dévoué au libre-échange a déclaré : « Quiconque a des inquiétudes, mais s’estime rassuré par ceci, ne comprend pas grand chose au Droit ».

Des juristes ont également mis en garde sur le fait que la déclaration « puisse induire de non-juristes en erreur, qui pourraient être amenés à croire que la Déclaration change ou surpasse le CETA ». Mais elle ne change rien au CETA au plan juridique, et c’est sur ce plan-là que se concentrent les inquiétudes. C’est ce qu’explique Gus van Harten, professeur de droit canadien, « sur la base des principes d’interprétation des traités, le CETA sera interprété d’abord sur la base de ses propres dispositions effectives... La Déclaration jouera, dans le meilleur cas, un rôle subsidiaire dans ce processus d’interprétation ». En d’autres termes, légalement (et donc politiquement) le texte du CETA est beaucoup plus important que la Déclaration, et le premier prévaudra sur la seconde en cas de conflit d’interprétation.

Extrait de : The great CETA swindle, 18 octobre 2016.

CETA : un compromis intra-Belges ?

Cet article a été publié par Marc Raoul Jennar avant que le compromis intra-Belges soit signé. On peut le consulter ici. (Note du Concierge)

A supposer qu’un accord intervienne entre Belges – ceux-ci ont un sens aigu des compromis gagnant-gagnant, hors desquels il y a longtemps qu’il n’y aurait plus de Belgique – il faudrait encore que les 27 autres Etats de l’UE acceptent ce compromis. Et qu’ils décident d’ordonner à la Commission (qui sera réticente à se dédire) de le négocier avec le Canada. Et que les Canadiens l’acceptent. Tout ça avant jeudi, sachant que la réunion de mardi n’a pas abouti ?

Aussi longtemps que les Wallons ne bougeront pas sur le mécanisme d’arbitrage et le mécanisme de régulation (qu’on retrouve dans le TTIP-Tafta), il me semble impossible d’atteindre un accord. Ces deux mécanismes sont ceux qui font qu’on n’est plus dans le libre-échange, mais dans le démantèlement des États au profit des multinationales et des pouvoirs technocratiques. Ce qui est l’objectif recherché par ce type d’accords qui veulent dépasser les accords de l’OMC.

L’enjeu de ce qui est en cours est d’une importance majeure pour l’avenir. Il ne faut pas être grand clerc pour imaginer les pressions colossales qui doivent être exercées sur le Gouvernement wallon et sur les parlementaires wallons pour qu’ils renoncent. Menaces et promesses doivent alterner et augmenter en intensité.

Ce que tente la Wallonie, c’est rien moins que mettre fin à une évolution commencée en 1994 avec les accords de l’OMC, avec l’ALENA, avec le TTIP-Tafta, avec le CETA, avec le TISA, avec les APE*, dont l’objectif final est l’effacement des Etats devant le monde des affaires et de la finance, aux Etats n’étant laissé que les fonctions sécuritaires.

Raoul Marc Jennar (26 octobre 2016)

Ajout du 27/10/2016

Que penser de l'accord intra-Belges ?

Ce que j'ai lu est un texte d'un jargon juridique imbuvable. Il demande une analyse minutieuse. Ce que j'ose avancer à ce stade très précoce, c'est que le texte semble davantage se présenter comme "une réserve globale" de la Belgique à un traité qui demeure inchangé. Il est fréquent - et les traités européens en comptent beaucoup - qu'un Etat partie à un traité émette des réserves ou s'exclue de l'application de certains éléments du traité avec l'accord des autres Etats signataires (les Britanniques ont fait cela pour chaque traité européen). Si l'accord intra-Belges n'est que cela, et si les 27 autres Etats membres acceptent la réserve belge sans la prendre à leur compte (ce qui est fort probable) alors le CETA va s'appliquer dans son entièreté sauf, sur certains points, en Wallonie voire en Belgique. Je pense que les 27 Etats vont accepter la réserve belge. Ils soutiennent le CETA et les USA font tout pour qu'il en soit ainsi (40.000 firmes américaines au Canada). La Commission sera bien obligée de suivre à moins qu'elle ne soulève des arguties juridiques pour tenter d'annuler la réserve belge qui souligne quand même certains dangers du CETA. Il faudra voir si le Canada acceptera aussi la réserve belge, mais c'est probable. Je pense que la majorité du Parlement wallon suivra Paul Magnette qui a toute sa confiance. Mais attendons encore un peu. Magnette va présenter sa lecture de l'accord au Parlement wallon. On en saura plus alors.

Raoul Marc Jennar

Lire aussi sur son blog :

La « petite » Wallonie plus peuplée que 7 Etats souverains de l’UE. Et plus démocratique que 27.

La Commission européenne adresse un ultimatum à la Belgique !

mercredi 26 octobre 2016

Le Nabot Malfaisant Moscovici menace la Belgique de la Grosse Bertha

1) Textes et documents pour la classe

La Commission européenne veut plus d'explications de la part du gouvernement belge quant aux efforts structurels à fournir pour le budget 2017, ressort-il d'une lettre envoyée par le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis et le commissaire aux Affaires économiques et financières Pierre Moscovici.

Le budget 2017 a été présenté la semaine dernière. L'équipe Michel a fini par s'accorder sur des perspectives pour l'année prochaine qui lui permettent de présenter à la Commission une amélioration du solde structurel d'1,2% du PIB en 2016 et 2017, un effort estimé à quelque 3 milliards d'euros supplémentaires, et qui s'inscrit dans l'objectif du retour à l'équilibre en 2018.

"C'est dans la lignée de l'effort d'au moins 0,6% recommandé par le Conseil", écrit la Commission, "mais une évaluation préalable pointe l'incertitude quant à la réalisation de cet effort". Valdis Dombrovskis et Pierre Moscovici évoquent notamment "les différents hypothèses sous-jacentes, les facteurs méthodologiques et des visions divergentes sur le rendement de certaines mesures".

La Commission exige dès lors, pour jeudi 27 octobre, davantage d'informations sur la composition précise de l'effort structurel envisagé en 2017.

Il est également souligné dans cette lettre, que la Belgique court encore toujours le risque de piétiner les règles européennes sur la dette, "même en tenant compte de la dérogation temporaire accordée pour les dépenses réalisées en matière d'immigration et de sécurité".

La Commission européenne a reçu le budget fédéral belge deux jours en retard, le 17 octobre au lieu du 15.

Source : RTBF


2) Analyse et Commentaire burlonesques

Suite au renflouement par les contribuables des Banksters après 2008, les Rois fainéants de France et de Navarre (occupés qu'ils sont la plupart du temps à jouer à touche-pipi avec des danseuses) ont permis à la Commission Européenne d'assembler une arme de destruction massive, le "Six Pack", plus connue sous le nom de "La Grosse Bertha". Cette arme a plusieurs détentes. Tout d'abord le budget prévisionnel des États doit être transmis à la Commission Européenne en amont des Parlements (qui doivent leur naissance au... consentement à l'impôt-) dans le cadre du Semestre européen (qui constitue l'infrastructure juridique sur laquelle la Grosse Bertha a été construite : à l'époque les Rois fainéants avaient cru à la simple construction d'un bassin d'orage.) Mais ensuite le "two pack" commença à faire sortir la Grosse Bertha de terre (les Rois fainéants ayant cru à la construction d'un simple rond-point) liant la procédure de déficit excessif au semestre européen. C'est ce two-pack que le Nabot malfaisant Moscovici [1] vient d'enclencher à l'égard de la Belgique sur le ton menaçant de celui qui contrôle aussi le dernier étage de la Grosse Bertha, la procédure de déficit excessif (arme de printemps dont les Rois fainéants n'avaient pas vu qu'il s'agissait d'un revolver braqué sur la tempe des peuples, occupés à ne pas regarder ceux-ci dans les yeux en vérifiant que leurs pompes étaient bien cirées.) Car après les tirs de semonce du "two pack", la procédure de déficit excessif permet désormais à la Grosse Bertha de canarder à plein régime en imposant aux États des sanctions financières pouvant atteindre des milliards d'euros s'ils ne se plient pas aux Oukazes de la bande de psychopathes (larbins des forces obscures) qui ont décidé de détruire l'Europe pour construire une UE à leur image (autrement-dit l'Enfer sur terre.) C'est à la menace de la Grosse Bertha (relayée par l'Ennemi intérieur que constituent les Rois fainéants et leurs Cours de Nabots Malfaisants) que l'on doit ainsi la démolition du Code du Travail en France (dont El Khomri ne fut évidemment que la speakerine embauchée pour présenter le projet avec l'intention perverse d'exciter les travailleurs sucés par les Draculas du profit contre les franco-marocains.)

On ne peut en effet pour le moment pas coloniser directement des pays qui, pour ne pas être tout à fait du Nord, le sont quand même un peu. Le processus de destruction de tout ce qui permet la vie terrestre du plus grand nombre (services publics, droit du travail, salaires, sécurité sociale), ce que Bourdieu appelait une civilisation et de retour au capitalisme du XIXè siècle sous nos latitudes est quand même plus rapide en Europe de l'Est, puis en Grèce, au Portugal et à Chypre.

Pourtant, avec son gouvernement fédéral de libéraux fanatiques (le Parti socialiste ayant dû jeter l'éponge, ses électeurs ne lui ayant pas pardonné d'avoir condamné aux centres sociaux des chômeurs privés d'allocations par charrettes de dizaines de milliers pour complaire au Léviathan et conserver pour M. Di Rupo le loisir de jouer au train électrique à Mons en construisant une gare pharaonique dont le coût est déjà estimé à 1,5 milliards d'euros, censée attirer les TGV...), la Belgique avait cru apaiser le Moloch grâce à la Loi Peeters sur laquelle la "majorité" s'était engagée en même temps que l'accord budgétaire 2017. Celle-ci ne pulvériserait-elle pas notamment toute durée hebdomadaire légale du travail ? Car on sait la Commission européenne friande de la destruction de tous les droits des travailleurs, c'est là l'obsession des Fidèles Serviteurs du Grand Mordor, l'autre étant la modération salariale jusqu'au dernier euro[2], ce qui revient au même.

Alors ? Ayant subi dans le même temps 4 "ultimatums" en raison de la Fronde des Parlements Wallon et de la Communauté Wallonie-Bruxelles, organes refusant la Déclaration des Droits des Investisseurs nommée CETA, la Belgique est naturellement dans le collimateur de la Grosse Bertha.

Ce qu'ignore peut-être le Nabot Malfaisant Moscovici, c'est que son poste de tir est à Bruxelles (une capitale qu'il aurait sans doute du mal à situer sur une carte de géographie sociale, un peu comme Hollande l'Ukraine sur une carte de géographie.)

A défaut que l'Armée Belge ne cerne le Quartier Européen (en fait le Quartier Léopold, première zone entièrement occupée par l'UE[3]) ce qui lui permettrait de cesser de bombarder on ne sait qui on ne sait où, Le Musée de l'Europe & de l'Afrique a donné l'ordre d'appareiller à ses Frégates Lance-entonnoirs Thomas More et Erasme (cette dernière arrive toujours en retard malheureusement), notamment pour participer à la protection des Parlements encore un peu en état de marche et ravitailler en chantilly l'ensemble des travailleurs Belges qui peuplent les institutions européennes et les font tourner et dont on ne doute pas qu'ils entarteront les Nabots Malfaisants si la menace contre leur cher pays se précisait.

Il est peu probable qu'on puisse tous les mettre au placard, comme ce fut le cas de certains fonctionnaires européens mais néanmoins grecs, surpris à lire des textes considérés comme nazis sur leur ordinateur durant l'horaire de midi. Il s'agissait d'une tribune de Günther Grass. Et l'anecdote est authentique.

Depuis les toilettes de la Frégate Lance-entonnoirs Thomas More,

Le Peintre Du Champ

Lire

La lutte contre la loi travail peut être considérée comme un test majeur pour la Grosse Bertha de la "gouvernance économique" de l'UE

Faire un exemple dans le cas grec

Vers l'Europe néolibérale-autoritaire

Le traité d'austérité de l'UE : le rêve des lobbies du grand capital devient réalité.

Austérité à jamais

Ecouter

Les Bruxellois parlent aux Européens

Notes

[1] ""Nabot malfaisant" est le surnom donné par PLPL, canal historique à Alain Minc par pur plagiat de celui dont Marx avait affublé Adolphe Thiers (Note du Concierge)

[2] Lire « La Grèce doit devenir le miroir de l’Europe en matière de législation du travail »

[3] Lire Essayage : Le Prix Nobel de la Paix vous va si bien

lundi 24 octobre 2016

Jeunes chômeurs : Tentative de suicide collectif à Kasserine et procès à Gafsa

Jeudi 20 octobre, 36 sit-inneurs à Kasserine ont tenté un suicide collectif. Transférés à l’hôpital, sept d’entre eux sont encore sous surveillance médicale dont une jeune femme en état critique. Le même jour, le Tribunal de première instance à Gafsa condamne Walid Aanssi à 18 mois de prison ferme. Au même procès consacré aux jeunes sit-ineurs de Gafsa, Abdelhafidh Mbarek et Nacer Gouadria ont été condamnés à 15 jours de prison ferme et neuf autres jeunes de Metlaoui ont été condamnés à 8 mois de prison avec sursis.

lire l'article d'Henda Chennaoui paru sur le site Nawaat

Au Parlement de la Région wallonne et aux électeurs belges

Nous sommes des universitaires canadiens possédant une vaste expertise collective dans le règlement des différends investisseurs-État (ISDS) et les questions connexes relatives aux accords de commerce et d’investissement du Canada. Nous appartenons également au petit groupe d’experts canadiens dans ce domaine qui ne travaillent pas comme juges arbitres ISDS dans des cabinets d’avocats ou pour le gouvernement.

Nous écrivons après avoir lu les articles de presse du week-end passé faisant état des tactiques d’intimidation utilisées par les politiciens canadiens et les représentants des entreprises pour influencer vos processus législatifs et gouvernementaux. Nous ne pensons pas que ces voix rendent compte fidèlement de l’expérience du Canada dans le cadre du système de protection des investisseurs étrangers que le CETA voudrait étendre. Il faut savoir que de nombreux Canadiens ont exprimé leur profonde préoccupation au sujet de ce système de protection des investisseurs étrangers en raison de l’expérience du Canada avec un système similaire, l’Accord de libre- échange nord-américain (ALENA), et lors des débats sur le FIPA (Canada-China Foreign Investment Promotion and Protection Agreement), parmi d’autres accords.

Alors que nous nous concentrons ici sur les conséquences néfastes de l’ISDS dans le CETA, il faut aussi souligner que ce traité imposerait de nouvelles contraintes dans de nombreux autres domaines des politiques publiques, notamment la réglementation pharmaceutique, la santé publique, l’agriculture, les marchés publics, les services publics, le droit du travail, et l’accès au marché. Nous signalons que d’autres universitaires ont soulevé des préoccupations majeures au sujet du CETA dans ces domaines.

Depuis l’entrée en vigueur de l’ALENA en 1994, le Canada a été et reste le seul pays développé occidental qui a accepté l’ISDS sur une base globale alors que sa situation était des plus vulnérables à l’égard des pays importateurs de capitaux. Le Canada a signé l’ALENA sur cette base avec les États-Unis et, depuis, il a été confronté à davantage de plaintes d’investisseurs étrangers que n’importe quel autre pays, il a versé de nombreux dédommagements suite à ces plaintes, il a modifié des décisions du gouvernement ou des processus décisionnels afin de tenir compte des intérêts des investisseurs étrangers et pour réduire les risques de responsabilité potentiellement énormes.

Les porte-parole du monde des affaires qui ont défendu ces concessions à la démocratie et à la souveraineté du Canada représentent souvent des sociétés étrangères, ou encore des sociétés canadiennes qui possèdent des entreprises à l’étranger et qui ont un intérêt à introduire des plaintes contre le Canada. Que les grandes entreprises soient enthousiastes à l’idée d’acquérir des droits exclusifs et un accès privilégié à l’argent public via l’ISDS, on peut le comprendre, mais c’est terriblement déplorable.

Les réformes de l’ISDS dans le CETA, invoquées trompeusement par les responsables canadiens pour qualifier le CETA de « progressiste », sont inadéquates pour répondre aux problèmes majeurs posés par le CETA. Ces problèmes sont : l’affaiblissement de la régulation démocratique, le privilège spécial des investisseurs étrangers, les manques d’indépendance judiciaire et d’équité procédurale dans les processus de décision, et le manque de respect pour les institutions et tribunaux nationaux. En particulier, dans le CETA, l’ICS (Investment Court System) ne supprime pas la menace financière qui pèse sur la réglementation démocratique, en raison des plaintes des investisseurs étrangers ; il ne réduit pas le privilège énorme et injustifié qu’ont les investisseurs étrangers sur quiconque aurait un droit ou un intérêt conflictuel ; enfin, il ne crée pas une réelle juridiction munie des garanties habituelles d’indépendance et d’équité.

La récente déclaration interprétative conjointe publiée par le Canada et l’Union européenne (dans toutes les formes différentes sous lesquelles cette déclaration a été rendue publique) ne résout en rien ces problèmes gigantesques.

Que vos processus démocratiques, en Wallonie, aient permis l’examen étroit et attentif des défauts du CETA dans le cadre d’un véritable débat argumenté nous encourage. Nous aurions aimé que les Canadiens aient pu avoir un débat similaire dans le cadre d’un vote au Parlement du Canada et dans les assemblées législatives provinciales, mais cela n’a pas été le cas ni sous le gouvernement Harper ni sous le gouvernement Trudeau. Contrairement aux vues peu diplomatiques exprimées par certains politiciens canadiens et par les représentants des entreprises, il nous semble que la démocratie belge a été exercée de façon responsable, comme il se doit, pour permettre le vote des parlementaires sur les structures quasi-constitutionnelles créées par des accords de protection des investisseurs étrangers comme le CETA.

Chez nous, au Canada, notre démocratie a souffert parce que le gouvernement fédéral a fait le forcing pour imposer des accords comme l’ALENA et le CETA sans votes législatifs aux niveaux fédéral et provincial. Par conséquent, sans l’approbation des représentants élus, nous nous sommes retrouvés avec un ISDS liant tous les niveaux de gouvernement et qui liera encore très longtemps tous les futurs gouvernements élus au Canada. Notre expérience montre clairement les dangers auxquels est confrontée la démocratie européenne dans le cas du CETA.

Quelles que soient les décisions que vous prendrez, nous vous demandons de ne pas succomber aux mêmes tactiques que celles qui ont été utilisées pour manipuler et effrayer les Canadiens, jusqu’à saper leur démocratie pour le compte des investisseurs étrangers. Le Canada et la Commission européenne connaissent depuis des années l’importante opposition citoyenne et universitaire au CETA en raison des protections qu’il accorde aux investisseurs étrangers. Pourtant, ils ont refusé de supprimer ces éléments non-commerciaux du CETA.

Dans un contexte où il n’y a aucune justification crédible pour inclure l’ISDS ou l’ICS dans le CETA – compte tenu de la grande fiabilité, de l’indépendance et de l’équité des processus démocratiques et judiciaires canadiens et européens -, nous sommes sidérés de constater à quel point les grands groupes d’affaires – et les gouvernements qui agissent pour leur compte – s’accrochent si férocement à un modèle aussi profondément vicié et antidémocratique.

Pour plus d’informations sur l’ISDS et l’ICS, vous trouverez ci-dessous une liste de publications. Nous avons également listé une série de publications pertinentes des signataires de cette lettre ouverte.

D’après ce que nous avons pu lire, vous avez fait preuve d’un grand courage dans votre opposition au CETA et, sachant comment l’ISDS a été imposé aux Canadiens au fil des années, nous tenons à exprimer notre soutien à vos choix démocratiques.

Cordialement,

David R. Boyd

Adjunct Professor

University of British Columbia and Simon Fraser University – Vancouver, British Columbia

John R. Calvert

Associate Professor – Faculty of Health Sciences

Simon Fraser University Vancouver, British Colombia

Marjorie Griffin Cohen – Professor

Simon Fraser University Vancouver, British Columbia

Stephen Gill

Distinguished Research Professor York University Toronto, Canada

Ronald Labonté

Professor and Canada Research Chair

School of Epidemiology, Public Health and Preventative Medicine University of Ottawa Ottawa, Ontario

David Schneiderman

Professor of Law and Political Science University of Toronto Toronto, Ontario

Dayna Nadine Scott

Associate Professor

Osgoode Hall Law School and Faculty of Environmental Studies York University Toronto, Ontario

Kyla Tienhaara

Research Fellow

School of Regulation and Global Governance Australian National University Canberra, Australia

Gus Van Harten Professor

Osgoode Hall Law School York University Toronto, Ontario

Stepan Wood

Professor and York Research Chair in Environmental Law and Justice Osgoode Hall Law School York University

Toronto, Ontario

La dignité du Peuple

encheresgrece.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

"La Dignité du Peuple" est un film de Fernando Solanas qui fait suite à "Mémoires d'un saccage" : alors que le second était consacré à l'écrasement des droits et de l'économie du plus grand nombre lors de l'offensive victorieuse de la dette en Argentine (improprement appelée "crise argentine") avec les complicités locales de plusieurs partis successifs, le premier décrit le sursaut populaire lorsque la vie ou la mort des petits propriétaires de la classe moyenne est posée par les saisies organisées au profit des fonds vautours. On y voit notamment la population empêcher le déroulement des enchères. Le scénario est le même en Grèce. Rappelons qu'un moratoire sur la saisie des résidences principales était en vigueur depuis la chute de la dictature. La troïka, aujourd'hui "les institutions", c'est à dire l'UE pour celle d'entre-elle qui prétend agir "en notre nom" par le biais d'on ne sait trop quel mandat, a toujours exigé que ce moratoire soit annulé par les memoranda successifs. Les pro-consuls européens en Grèce ont même convoqué des juges pour les menacer, car ils s'étaient refusés à ordonner des saisies immobilières. Finalement, le gouvernement Tsipras, "bouclier" de la population grecque comme le Maréchal Pétain fut celui de la population française (sic), n'ayant plus rien d'autre à céder, céda au printemps dernier. Il est bon de rappeler que c'est Moscovici, qui porta régulièrement cette exigence d'ancien trotskiste auprès de son homologue Tsipras auprès duquel il s'était fait rapidement expert en retournement de veste (le gendre idéal grec étant un peu emprunté, il avait besoin d'un peu d'aide pour ne pas trop déchirer son beau costume d'espoir de la gauche européenne !). Que personne n'oublie jamais le nom du Commissaire Moscovici, se présentant en notre nom à tous à la porte des chaumières grecques pour jeter à la rue des familles entières ! JAMAIS.

Le Concierge

Lire : Banalité du mal : L'huissier Moscovici se présente à la porte des chaumières grecques

Moscovici fait de la banalite du mal comme M. Jourdain de la prose

La marionnette Moscovici exige de nouvelles violations de la Constitution grecque

Moscovici fait pression sur la justice grecque

Les salauds ça ose tout, c'est à ça qu'on les reconnait !


source Iskra.gr

A SALONIQUE LES MANIFESTANTS ONT BRISE LES BARRAGES DE LA POLICE

LE COMBAT CONTINUE JUSQU’A LA SUPPRESSION TOTALE DES ENCHERES SUR LES HABITATIONS ET LES PATRIMOINES POPULAIRES

De nouvelles grandes mobilisations de citoyens et d’associations ont eu lieu mercredi 19 octobre devant les Tribunaux de paix de tout le pays. Accompagnées de l’abstention des notaires, elles ont empêché le déroulement des enchères.

A Salonique une mobilisation massive a bloqué, de manière particulièrement combattive, en brisant les barrages de la police, la mise aux enchères d’un champ par la présidente du Conseil des notaires de la ville, sans l’autorisation de ce Conseil !

Au cours de ces mobilisations, qui se sont déroulées devant les Tribunaux de paix de tout le pays, on entendait les mots d’ordre suivants : « Etat, UE et banques, les voyous volent les maisons du peuple ! », « Aucune maison aux mains du banquier ! », « Et aujourd’hui, et demain, et autant qu’il le faudra, nous serons dans les rues pour l’abolition ! », « Lutte, affrontement, abolition ! L’Histoire s’écrit en désobéissant ! », « Hors de nos maisons, vautours ! », « Vous accaparez nos maisons, vous vendez notre DEI (la compagnie d’électricité), à la fin vous allez vendre aussi l’Acropole ! »

Reprise du site de l'Unité Populaire (sans les encouragements de victoire du Parti...)

Traduction Joelle Fontaine

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