Musée de l'Europe et de l'Afrique

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lundi 7 janvier 2019

Médias comparés

RT : 1

RIC.PNG Cliquer sur l'image pour voir le média

Médiatarte : Bac-2

dertiHenri4.PNG Télé Cajole (cliquer sur l'image pour voir le média)

Les Grecs, otages fiscaux de la Troïka et des banquiers

En Grèce, une Autorité Autonome des Ressources Publiques (Anexartiti Archi Dimosion Esodon, AADE), où siègent deux représentants de la Commission Européenne, a remplacé le Trésor Public et récupéré toutes les attributions du Ministère des Finances « L’Autorité jouit d’une autonomie de fonctionnement, elle est autonome administrativement et économiquement, et elle n’est soumise au contrôle ou à la tutelle d’aucun organe du gouvernement ni d’institution d’État ni d’autres autorités administratives ». De même dans l’article 3 on note que « le président, les membres du Conseil d’Administration, le Conseiller (nommé sur proposition de la Commission Européenne) et l’Administrateur exercent leurs fonctions selon la loi et leur seule conscience ; ils ne sont soumis à aucun contrôle hiérarchique ni aucune tutelle administrative, à aucun organe du gouvernement ni à d’autres autorités administratives ni autre organisme public ou privé. » Résultat : de plus en plus de contribuables modestes se retrouvent dans l’incapacité de payer leurs impôts. Pour recouvrer les arriérés de paiement et dette envers l’État, l’Agence Autonome opère des saisies directement sur les comptes bancaires des particuliers, sans crier gare. Pourtant les objectifs fiscaux fixés par l’AADE sont largement atteints pour la troisième année consécutive.

Lire l'article de Louv Coukouts, paru sur le site du CADTM

dimanche 6 janvier 2019

"Merci Zemmour" (et les autres) !

crapulax.PNG cliquer sur l'image pour voir la vidéo

samedi 5 janvier 2019

Il y a 10 ans . "Partage de la valeur ajoutée : le hold-up tranquille"

holdup.PNG Cliquer sur l'image pour voir la vidéo

« La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait, l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernés n’a pas de précédent dans les 45 dernières années. »

D’où sont tirées ces lignes ?

On croirait une communication de la CGT ?

Ou un discours d’Olivier Besancenot ?

Au contraire : ce passage est extrait d’un article de la Bank for International Settlements. La Banque des Règlements Internationaux. Une institution qui réunit chaque mois, à Bâle, en Suisse, les banquiers centraux pour « coordonner les politiques monétaires » et « édicter des règles prudentielles ». Dans leur Working Papers N°231, daté de juillet 2007 et titré Global upward trend in the profit share (« Hausse tendancielle mondiale de la part des profits »), eux insistent pourtant sur les « hauts niveaux de la part du profit inhabituellement répandus aujourd’hui », sur cette « marge d’une importance sans précédent », sur cette « preuve à la fois graphique et économétrique d’un fait particulier concernant le partage des revenus dans les pays industrialisés : une poussée à la hausse de la part des profits au milieu des années 80, ou son pendant : une poussée à la baisse de la part des salaires » et ainsi de suite sur vingt-trois pages.

Ce sont donc les financiers eux-mêmes qui dressent ce constat, avec étonnement : jamais les bénéfices n’ont été aussi hauts, jamais les salaires n’ont été aussi bas, un déséquilibre inédit depuis au moins un demi-siècle, et vrai pour l’ensemble des pays industrialisés. Et cette analyse ne souffre d’aucune contestation : d’après le Fonds Monétaire International, dans les pays membres du G7, la part des salaires dans le Produit Intérieur Brut a baissé de 5,8 % entre 1983 et 2006. D’après la Commission européenne, au sein de l’Europe cette fois, la part des salaires a chuté de 8,6 %. Et en France, de 9,3 %. Dans le même temps, la part des dividendes dans la valeur ajoutée passait de 3,2 % à 8,5 %. Un quasi-triplement.

Combien ça coûte ?

Enoncés ainsi, ces 9,3 % paraissent abstraits. Ils représentent en fait des montants colossaux – qui ont des conséquences très concrètes dans notre vie quotidienne.

Qu’on les évalue, d’abord :

Le PIB de la France s’élève, aujourd’hui, à près de 2 000 milliards d’euros.

– Donc il y a en gros 120 à 170 milliards d’euros qui ont ripé du travail vers le capital, calcule Jacky Fayolle, ancien directeur de l’IRES – Institut de Recherche Economique et Social.

– 120 à 170 milliards par an, alors ?

– Pour aller très vite, c’est ça.

Même avec des estimations basses, le seuil des cent milliards d’euros est largement dépassé. Soit plus de dix fois le « trou » de la Sécurité sociale en 2007 (dix milliards, l’année d’avant la crise), cinq fois celui de 2009 (22 milliards d’euros, crise oblige). Une vingtaine de fois celui des retraites (7,7 milliards d’euros). Des « trous » amplement médiatisés, tandis qu’on évoque moins souvent celui, combien plus profond, creusé par les actionnaires dans la poche des salariés…

– C’est un hold-up géant dont on ne parle pas, c’est ça ?

– Oui, tempère Jacky Fayolle, sauf que le mot hold-up est trop brutal pour parler d’un changement qui cumule tout un ensemble de facteurs : le poids du chômage, les politiques économique, les changements de la gouvernance des entreprises depuis une vingtaine d’années. »

Ces 9,3 % devraient, par le gigantisme des sommes en jeu, des centaines de milliards d’euros, ces 9,3 % devraient s’installer au cœur du débat. Quand Nicolas Sarkozy intervient, à la télévision, et déclare « si nous voulons sauver notre système de retraite, nous ne pouvons plus différer les décisions. Tous les chiffres sont sur la table », un chœur devrait s’élever dans le pays citant un chiffre qui n’est pas « sur la table » : 9,3 %.

Quand le même revient à la télé, et déclare « Il faut plus d’argent contre Alzheimer, plus d’argent contre le cancer, plus d’argent pour les soins palliatifs, mais où est-ce qu’on les trouve ? où est-ce qu’on les trouve ? », on pourrait lui apporter la solution : qu’il retrouve ces 9,3 % dans les portefeuilles de ses amis du Fouquet’s.

Toute la contestation des « nécessaires réformes en cours » pourrait, inlassablement, s’appuyer sur ces 9,3 %. Or, c’est à l’inverse qu’on assiste : cette donnée majeure est quasiment effacée de la sphère publique, éclipsée dans les médias, à peine mentionnée par les politiques. Un point central de l’économie en devient le point aveugle.

Extrait de Tchio'Fakir, supplément 2012 du journal Fakir à télécharger ici

Ecouter "9,3% : Un hold-up géant", une émission de l'équipe de Là-bas si j'y suis" du 24 septembre 2008 publié dans la rubrique "mondialisation libérale" (dont on parlait encore sans complexe à cette époque... c'est à dire avant la gentrification des media alternatifs dominants ! Note du Concierge).

vendredi 4 janvier 2019

La scène du gilet jaune

gigot.PNG Cliquer sur l'image pour voir cette scène de François, Vincent Paul et les autres, un film de Claude Sautet (1974)

Le Musée de l'Europe vous présente ses meilleurs vœux de dé-Marche en 2019...

sillywalks.jpg

mercredi 2 janvier 2019

Il y a 15 ans, PLPL N° 17 : "le temps des bouffons"

FIbfm.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

Entre récupération et injures, la presse qui ment s’englue dans le traitement de la contestation. Elle présentait l’anarchisme comme le dernier produit tendance pour étudiants en art dramatique, le trotskisme comme un casting de télévision, le reste comme inexistant. Désormais, le Parti de la presse et de l’argent (PPA) s’expose au grand jour. Sur France Inter, un chef de L’Express (groupe Hersant / Dassault) a interpellé José Bové : « Est-ce qu’il n’y a pas dans le mouvement altermondialiste un rejet de la démocratie, c’est-à-dire un rejet du libéralisme ? » Depuis, le PPA s’époumone à gonfler les polémiques qu’il fabrique afin, par succession d’associations douteuses, d’assimiler résistance à l’air du temps et antisémitisme. Face à eux, les responsables contestataires pratiquent la politique de la fesse tendue (lire p.10). Ils défèrent à toutes les sommations médiatiques, s’exhibent devant les caméras, se dandinent devant les micros, répondent aux questions les plus bêtes. Ils ne font pas avaler ses cravates hideuses à Elkabbach, ils ne tirent pas les oreilles de pachyderme de Moati, ils ne font pas tomber Alain Duhamel de son solex, ils ne poussent pas des cris séditieux devant Arlette Chabot. Plaintivement, ils expliquent l’urgence d’un « autre monde » à ceux qui ont bâti celui-ci, y compris aux animateurs-patrons gavés d’euros. Quand le PPA a bien ri, il éloigne les importuns d’un coup de cravache. Avant de les sonner à nouveau pour le prochain spectacle.

Lire PLPL n°17, décembre 2003

"Comme nos ancêtres, il y a un siècle"...

Au village thessalien on installe des bâches sur les potagers d’hiver comme on brûle du bois. Telle est la vie locale un peu partout en Grèce. La fanfare municipale a été de sa plus belle musique en ville de Tríkala, bourgade vivante, où aux dires des habitants il fait certainement mieux vivre qu’à Athènes. Au village, le voisin Nikos et aussi cousin un peu lointain, me raconte comment et combien la commune se dépeuple, elle a perdu plus du tiers de sa population depuis les années dites de la crise.

“Les jeunes sont partis en Allemagne et les vieux donc... ils meurent. Ce n’est plus rentable du tout que de travailler la terre, toutes les terres du village finissent par être exploitées par deux ou au mieux, par trois familles, lesquelles ont alors les moyens et pour tout dire, disposent de la mécanisation nécessaire et de pointe pour y parvenir. Nous travaillons déjà et nous travaillerions davantage pour eux ; comme nos ancêtres il y a plus d’un siècle. Nous sommes les abandonnés des politiciens, le Parlement devrait un jour... sauter, sans blague.”

Dans un sens, Chrístos Yannarás, philosophe et théologien orthodoxe ne dit pas vraiment autre chose. “La solution est simple, nous le savons tous: nous avons besoin d’un gouvernement en dehors de l’ensemble des partis du Parlement actuel et qui exclura institutionnellement la possibilité de faire fonctionner toute sorte d’un état clientéliste. Un gouvernement alors de transition, technique, issu des ‘personnalités’, doté d'un mandat de deux ans, et autant soumis au contrôle du parlement actuel, mais bénéficiant d'un appui de type référendaire pour éliminer l’interminable état clientéliste, et ainsi exclure constitutionnellement sa reconstitution”, quotidien Kathimeriní du 31 décembre 2018.

Entre le clientélisme réellement existant, puis la méta-démocratie Troïkanne et enfin leur dernier ridicule des politiciens grecs, ces mêmes politiciens ont été ainsi “tués”, déjà dans la conscience collective pour un nombre alors important de citoyens. La semaine dernière, Tsípras a inauguré à Thessalonique une station du métro de la ville... lequel fonctionnera concrètement seulement en 2022. Sur les photos publiées par une partie de la presse, on y distingue certaines... machines à ticket factices, puis, une part de la station ainsi “inaugurée” sera démontée pour que les travaux puissent alors se poursuivre. Voilà que le ridicule tue encore dans un sens.

Les élections législatives auront lieu cette année certes, le système politique survivra, et peut-être que lors des élections d’après, d’autres mouvements pourront voir le jour, authentiques, radicaux, émanant du pays réel, pour que l’unique espoir puisse ainsi tenir de la chimère en cette possibilité de surprise. Et à commencer par la dénonciation des accords avec la Troïka et évidemment par la sortie de la Grèce de l’Union européenne, c’est un minimum et ce n’est qu’un début car cette voie est bien longue et difficile.

Extrait de l'article de Panagiotis Grigoriou paru sous le titre "Bonne année !" sur son blog Greek Crisis

mardi 1 janvier 2019

Les voeux de bonne année d'Emmanuel Macron

Chômeurs, n'oubliez pas de mettre un gilet jaune pour "traverser la rue", un accident est si vite arrivé (le Concierge)

macrongiletjaune.jpg "A partir du moment où (...) vous ne respectez pas quelque part le contrat que vous passez avec la société, avec les Français, c'est logique qu'il puisse y avoir des sanctions" ([Aurore Bergé, députée LREM|https://actu.orange.fr/politique/controle-des-chomeurs-berge-lrem-assume-des-sanctions-plus-dures-dans-une-logique-de-justice-CNT000001bAAeh.html])

Un décret du Journal officiel acte des sanctions plus contraignantes pour les demandeurs d'emploi qui ne respectent pas leurs obligations vis-à-vis de Pôle Emploi.

Cela concerne tout particulièrement les 8% de bénéficiaires de l'assurance chômage qui, selon une étude de Pôle Emploi, ne recherchent pas activement un emploi. Certaines sanctions prévues à l'encontre des chômeurs en cas de manquement à leurs obligations sont plus dures que ce qu'avait initialement annoncé le gouvernement, selon un décret publié dimanche 30 décembre au Journal officiel.

En mars dernier, le ministère du Travail avait annoncé de nouvelles sanctions, certaines allégées, d'autres alourdies, pour les chômeurs.

Le fait de ne pas se rendre à un rendez-vous avec un conseiller, par exemple, devait être sanctionné de 15 jours de radiation des listes au lieu des deux mois actuellement en vigueur. Finalement, ce sera un mois de radiation selon le texte du décret, deux mois au bout de deux manquements et quatre mois au "troisième manquement" constaté.

Un journal de bord

S'agissant des sanctions concernant l'insuffisance de recherche d'emploi (refus à deux reprises de deux offres raisonnables d'emploi par exemple), le gouvernement avait évoqué des sanctions graduelles : suspension de l'allocation d'un mois la première fois, de deux mois la deuxième fois et quatre mois la troisième fois. Il avait alors précisé que l'allocation serait amputée à partir de la deuxième fois. D'après le décret, l'allocation est "supprimée" dès le premier manquement et non "suspendue", ce qui permettait de conserver ses droits.

Ce contrôle doit se faire via un "journal de bord" numérique, où les demandeurs d'emploi renseigneront tous les mois leurs actes de recherche d'emploi. À partir de mi-2019, ce dispositif sera expérimenté pendant un an dans deux ou trois régions.

Le volet "contrôle des chômeurs" de la réforme "avenir professionnel" avait été adopté dans son principe cet été par le Parlement. Il est présenté comme étant la contrepartie d'une ouverture plus grande du régime d'assurance-chômage à des démissionnaires ayant un projet professionnel. Néanmoins, cette ouverture ne concernera potentiellement que 20.000 à 30.000 démissionnaires supplémentaires, selon les calculs gouvernementaux, au regard des 70.000 déjà indemnisés chaque année.

source : AFP

Emmanuel Macron ne faisant qu'appliquer une feuille de route rédigée ailleurs, lire aussi : La réforme du chômage en perspective européenne

jeudi 27 décembre 2018

L'Autre des milieux intellectuels, artistiques et culturels

"En France et particulièrement dans ces milieux, on souffre d’une incapacité à s’affronter aux expériences des autres pays, c’est-à-dire qu’on les visite, explore, les échanges artistiques et culturels vont bon train, on est content d’appartenir à ce vaste ensemble Union Européenne (même si bizarrement les échanges avec les pays orientaux de cet ensemble restent relativement modestes par rapport à ceux avec le vaste monde), il ne s’agit pas d’une méconnaissance mais d’un préjugé selon lequel notre pays n’a rien à voir avec les situations grecques, italiennes, espagnoles, pas plus qu’avec les printemps arabes, que notre expérience propre est radicalement hétérogène, franco-française. Autrement dit, nos problèmes n’auraient pas les mêmes causes. Ce que me fait penser que le mauvais nationalisme (l’exception qu’on incarnerait par notre caractère, Histoire, système national) se niche parfois dans les intentions de gauche les plus raffinées."

lesgentils.PNG Si on en juge par ce clip, rien n'est perdu et on le verra sans doute dans les prochaines semaines... (cliquer sur l'image)

Qu’aucune analyse critique ne provienne de ces milieux artistiques et culturels pour faire voir ce que fait réellement l’Union européenne, cela me laisse interloquée. Bien souvent, dès 2012, lorsque j’habitais encore en France, j’ai tenté d’ouvrir ce chapitre avec des amis ayant des responsabilités culturelles, et chaque fois, j’avais l’impression qu’on me regardait comme un suspect. Je ne communiais pas dans les appels à plus d’Europe. J’avais beau dire que c’était là la reconstitution d’un empire, qu’un empire pouvait bien avoir une assemblée parlementaire avec quelques pouvoirs, un empire sait corrompre, régime impérial veut dire corruption, favoritisme, baronnies, mépris des peuples, fabrication de fortunes – je parlais une autre langue. Tout de même, dans ces milieux, on peut reprendre des livres d’Histoire, tenter d’étudier la question sans paraphraser les hommes politiques… Une sorte de fatalisme ? Mais alors, si fatalisme il y a, quelle création reste-t-elle possible ? La création est toujours un geste de soulèvement, un geste critique se soulevant contre les formes convenues. A vrai dire, pas grand chose ne reste possible et de fait presque rien ne se produit sinon à la marge. Ce qui se produit, ce sont des dizaines de romans à chaque rentrée, des centaines de spectacles pour faire fonctionner les programmations… Certes, loin de moi l’idée de dresser un portrait noir et général, ces milieux reposant sur la coexistence de multiples singularités, formes de vie, désirs. Mais ils sont comme étouffés, la réflexion courageuse, profonde, lucide, sur la situation étant évincée, non-dite, malséante. Que faire du drapeau français et de la Marseillaise ? Que faire de ce moment où des citoyens se les réapproprient pour exprimer leur désir de reprendre le pouvoir ou du moins de ne plus le laisser les « riches » (les oligarques) le réduire à une étiquette sur un maillot de coupe du monde de foot ? Que faire du rejet larvé de l’Union européenne parmi les Gilets Jaunes ? Rejet larvé, murmuré plus que crié, car s’exprime le refus de rentrer dans les discours des technocrates, des causes et conséquences, des No Alternative, des embrouilles des chiffres, de cette espèce de cercle infernal dans lequel on rentre si l’on veut changer de monde tout en respectant la dette publique. Ah, les bons comptes…. Cette fameuse dette mériterait un sérieux audit, oui. Que faire enfin de cette figure mythique de la révolution française, de l’apparition de la nation sur la scène politique, comme aspiration à l’indépendance ? Je n’ai pas de réponse toute faite, mais un premier tout petit pas serait dans les milieux artistiques, culturels et intellectuels de se poser ces questions sans se boucher le nez. D’étudier de plus près ce qu’incarne le réfugié[1] pour les populations qui se soulèvent en gilet jaune en agitant le tricolore.

Des populations qui se retrouvent sur des ronds-points dans des zones semi urbaines souvent à moitié défigurées (si ce n’est complètement) par l’architecture de centres commerciaux, de pôles commerciaux qui tiennent de lieux de vie – donc d’aucun lieux de vie accueillants. « L’accueil des réfugiés »  : expression technocratique poétique qui se réduit au parcage, à la chasse et à l’humiliation de ces mêmes réfugiés. Mais il a pour envers le non accueil des pauvres, des déclassés ou de ceux qui réalisent qu’ils se déclassent à vitesse grand V, ils ont beau travailler, ils ne peuvent rien faire d’autres, ils sont exilés à l’intérieur de leur propre pays parqués dans des fractions de « territoire » et promis à, horreur pour leur dignité (tout ce qui leur reste) l’assistanat. Comme les réfugiés dans les camps (je force le trait, mais ici je travaille sur des images, des imaginaires).

Un chat a son territoire et il n’aime pas en changer. Mais nous, avons-nous un territoire ? Sommes-nous condamnés à la routine entre boulot, hyper-marché, télé, les yeux rivés sur les factures ? Et à quoi ressemble-t-il, ce territoire qui n’est même plus un terroir et dont on ne peut plus vraiment sortir faute d’argent pour remplir le réservoir de la voiture, faute de trains régionaux maillant convenablement le pays et ses terroirs et à des prix décents ? La figure du gilet jaune, me semble-t-il, surgit comme celle du plébéien, c’est ce qui reste du tamisage urbain, ce qui ne s’intègre pas dans la grande ville, bref l’Autre des milieux intellectuels, artistiques et culturels. C’est celui qui dit-on ne lit pas, ne va jamais au théâtre (mais on s’en imagine, parfois, des choses), c’est celui qui est hanté de xénophobie et d’homophobie, c’est le « sale », qu’importe si beaucoup des Gilets Jaunes contredisent cette image, puisqu’elle coiffe tout un complexe, nécessaire à la distinction culturelle.

Autant les théâtres s’ouvrent régulièrement ici ou là depuis trente ans aux réfugiés à la faveur des événements, autant ils n’ont pas proposé leurs lieux aux Gilets Jaunes. Ils n’ont pas proposé non plus de reprendre la décentralisation culturelle mais sous d’autres formes. Par exemple, des lieux ouverts dans ces dits territoires, et quels seraient-ils si l’on pouvait imaginer autre chose qu’un théâtre qui programme ? Eux, c’est l’insidieux « autre » qu’on se fabrique toujours, même quand on se gargarise d’actions et de paroles pour les plus démunis (comme on dit), mais d’ailleurs, sont-ils assez démunis pour qu’on s’en intéresse ? De sorte que, par une logique infernale, les castors voire certains qui se sont abstenus ont beau détesté Macron, ils sont dans une alliance objective avec la ligne idéologique qui le porte et qui comporte pour première haine, celle de cet autre-là, ce soumis, cet esclave pas cher et obéissant, ce cul-terreux, plus masculin que féminin et à qui on imagine une virilité rustre, etc., ce « raté ».

Extrait de l'article de Mari Mai Corbel paru sous le titre "Les amours jaunes" sur le blog Inferno Magazine

Notes

[1] "un reflet pour beaucoup de ce qu’ils redoutaient de devenir" (lire le texte intégral)

dimanche 23 décembre 2018

Le commissaire européen Günther Oettinger veut sanctionner la France pour son budget

Les dépenses française supplémentaires inquiètent outre-Rhin. Le commissaire allemand réclame l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif.

Günther Oettinger, le commissaire au budget, appelle au déclenchement d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la France. Dans une interview au journal allemand FOCUS, il considère les récents ajustements du budget français « particulièrement problématiques ».

Pour répondre à la fronde des « gilets jaunes » sur le pouvoir d’achat, Emmanuel Macron, le Président français, avait annoncé au début du mois un paquet de mesures. Parmi celles-ci, la hausse de la prime d’activité pour certains salariés touchant le Smic, l’annulation de la hausse de la taxe carbone ou encore la baisse de la CSG pour un grand nombre de retraités.

Ces changements budgétaires de dernière minute ont été votés dans la nuit de mercredi à jeudi par l’Assemblée Nationale dans le Projet de loi de finance 2019. Au total, près de 10 milliards d’euros seront nécessaires. Ce qui fera passer le déficit français à 3,2 %, soit au-dessus de la fameuse limite européenne des 3 %.

« Ce ne sont pas des cadeaux de Noël »

Pour Günther Oettinger, ces ajustements ne sont pas « des cadeaux de Noël ponctuels mais des dépenses structurellement durables, il y en a qui s’étendront après 2020 ». Une situation qui pourrait déraper donc, et le passif récent de la France ne l’incite pas à la clémence : « Le pays viole pour la onzième année consécutive les règles de la dette, à l’exception de 2017 », s’alarme-t-il.

De son côté, Pierre Moscovici, le commissaire français, estime que ce déficit de 3,2 % est « acceptable » et « limité », bien que le chiffre soit « déjà élevé ». Il rappelle qu’il n’y avait pas de procédure à enclencher pour un dépassement temporaire, « dès lors qu’il est exceptionnel et limité ».

Il n’hésite en revanche pas à remarquer que la France est le seul pays de l’UE à repasser au-dessus des 3 %. Si le transfert du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) opère cette année un effet grossissant d’environ 0,9 points du PIB, le déficit français reste un des plus élevés en Europe, à 2,3 ou 2,4 %.

Les discussions sont suffisantes, pour l’instant

Mais la musique est très différente côté commissaire allemand. « Je ne suis absolument pas d’accord avec mon collègue. On ne peut pas absoudre la France aussi aisément », a tonné l’ex-leader de la CDU. Il accuse même le pays de ne pas avoir su profiter des six dernières années de croissance pour réduire sa dette : « La dette est comme en 2013, à 95 % du PIB », regrette-t-il.

La Commission mène actuellement des discussions avec la France pour s’assurer que la situation ne devienne pas hors de contrôle. Ce qui est largement suffisant à ce stade pour Sven Giegold, porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen.

« La sortie de Günther Oettinger est une mise en scène prématurée, condamne-t-il. Il agit de manière unilatérale et dommageable. » Lui aussi allemand, il s’inquiète de l’effet de cette sortie sur les relations du couple franco-allemand. « La Commission n’a pas besoin d’un commissaire disciplinaire allemand. »

Pas de différence de traitement entre Italie et France

Pourtant, l’eurodéputé n’en reste pas moins attentif à la situation française, qui doit être traitée avec la même fermeté que pour l’Italie si la situation empire. « La Commission ne peut pas risquer d’être accusée d’appliquer un traitement différent à l’Italie et à la France », fait-il remarquer.

Après un long affrontement de plus de deux mois, un accord a été trouvé entre Bruxelles et Rome, plus tôt cette semaine. Le gouvernement italien a dû renoncer à deux réformes phares sur les retraites et le revenu de citoyenneté.

La France doit donc trouver le moyen de financer durablement ses réformes pour éviter un réel durcissement de la Commission. Sven Giegold imagine une hausse des taxes pour les « personnes aisées » afin de « solidifier » les dépenses supplémentaires.

Pas sûr que l’idée soit reprise dans l’immédiat par le gouvernement, qui continue pour l’instant à dialoguer avec Bruxelles pour rassurer l’exécutif européen sur sa santé financière.

Source : Euractiv

Sur la procédure pour déficit excessif lire Austérité à jamais

Lire aussi Gilets jaunes : « Macron a les pieds et les poings liés par l'Union européenne »

et

Grèce : ce que révèle le refus de Bruxelles de traiter l'urgence humanitaire

Pour rappel : "L'Europe, c'est la paix"

La Chine dénonce les propos du commissaire européen Oettinger sur "les bridés" (RTBF, 2/11/2016)

La Chine a dénoncé ce mercredi le "sentiment de supériorité" du commissaire européen à l'Economie numérique Günther Oettinger, qui a utilisé dans un discours le terme péjoratif de "bridés" pour décrire les Chinois.

Le responsable politique allemand avait été secrètement enregistré lors d'une réunion de chefs d'entreprises à Hambourg (nord de l'Allemagne) la semaine dernière. Il racontait avoir reçu des ministres chinois, tous "peignés de gauche à droite avec du cirage noir".

L'auteur de l'enregistrement, diffusé vendredi sur YouTube et repris samedi par le site du magazine allemand Der Spiegel, déclare avoir commencé à filmer après que Günther Oettinger eut utilisé des termes comme "les yeux bridés" ou les "escrocs" à propos des Chinois.

"Un effarant sentiment de supériorité"

"Les remarques en question démontrent un effarant sentiment de supériorité enraciné chez certains dirigeants politiques occidentaux", a déclaré mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier. "Nous espérons qu'ils puissent apprendre à avoir une vision objective d'eux-mêmes et des autres et à respecter et traiter les autres sur un pied d'égalité."

Interrogé par le journal allemand Die Welt, Günther Oettinger avait assuré samedi qu'il "s'agissait d'une expression familière qui ne se voulait en aucun cas un manque de respect vis-à-vis de la Chine".

Oettinger n'en est pas à son premier dérapage. En 2014, il avait traité la France de "pays déficitaire récidiviste", ce à quoi le PS français avait appelé à sa démission du poste de commissaire européen.

Plus récemment, dans le contexte des négociations sur le CETA, l'Allemand a affirmé que "la Wallonie est une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe", ajoutant "ce n'est pas acceptable". Des propos que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) avait qualifié de "mépris total"

samedi 22 décembre 2018

Les Grecs regardent les gilets jaunes avec émotion et espoir

Athènes se transforme finalement en une destination également hivernale, au croisement on dirait des mutations et des ronds-points... et autres apories giratoires de notre modernité. Le centre-ville croule sous cette nouvelle affluence, entre le tiers de la population grecque échappant à la paupérisation en tout cas plénière, l’essor des activités dites parallèles sans oublier l’économie liée au crime en plein essor, cela fait du beau monde, puis, il y a comme visiteurs hivernaux les Airbnbistes, puis ceux les hôtels, assez remplis pour un hiver grec.

Non sans rapport, l’immobilier grec passe alors aux mains des dits “investisseurs” venus du plus vaste monde, près des deux tiers des logements Airbnb, et bien entendu presque tous les hôtels nouveaux ou rénovés leur appartiennent, à Athènes, comme d’ailleurs au reste du pays. Dans la capitale, les boutiques et les locataires... trop vieux de 40 ans sont alors expulsés, pour que leurs immeubles puissent se transformer en hôtels et autres auberges avant si possible la saison 2019, et on vient d’apprendre que dix grands ports s’ajoutent à la liste des privatisations... le grand appareillage. Toujours dans Athènes, des publicités foncièrement sauvages et à la gloire des rapaces internationaux, incitent les paupérisés de la classe moyenne à brader leurs derniers biens: “Tony Buys House achète des logements”. On vient de loin, on y va et on dépouille !

Mais c’est bientôt Noël. Les retraités devenus vendeurs de billets de loterie sont partout, s’agissant de la loterie ex-nationale, car la... “Grecque des Jeux” a été bradée aux “investisseurs” étrangers pour moins que l’équivalant d’une année de bénéfices. N’en empêche, le maire Yórgos Kamínis vient d’inaugurer l’arbre des circonstances Place de la Constitution, la fanfare municipale y est souvent, de même que nos musiciens de rue, plus nombreux que jamais, Grecs alors paupérisés au regard accablé, interprétant le bon vieux Rebétiko, cette musique populaire apparue dans les années 1920, à la suite des vagues migratoires des populations, principalement, grecques expulsées d'Asie mineure par la Turquie kémaliste.

Pays moderne, méconnaissable. Plus d’une saisie par minute et par journée ouvrable est déclenchée par l’administration fiscale appartenant à la Troïka, désormais pour une dette envers l’État de moins de 500 euros, et par ailleurs, quatre millions sur dix millions d’habitants sont redevables envers le fisc, d’après les reportages du jour, informations radiophoniques du 22 décembre, (et presse grecque de la semaine). Comme il est noté ailleurs, notre société “elle est désormais exposée à la rapacité de forces qu’elle ne contrôle pas et qu’elle ne compte ni n’espère reconquérir et dompter”. C’est peut-être pour cette raison, que certains organisent à Athènes des conférences pour ainsi populariser la méthode Gandhi. Pourtant, les Grecs regardent les gilets-jaunes français avec émotion et espoir.

Lire l'article de Panagiotis Grogoriou paru sous le titre "Joyeux Noël" sur son blog Greek Crisis

jeudi 20 décembre 2018

Tunisie. La révolution à venir devra être sociale

L’opposition « modernisme » vs. « archaïsme » ou « obscurantisme », moyen de départager le légitime de l’illégitime, présente aussi l’avantage d’occulter les contradictions sociales. La nouvelle élite gouvernementale n’est plus fabriquée par la filière scolaire franco-arabe du collège Sadiki, mais comme le relève Layla Dakhli, par des passages par les multinationales ou les institutions internationales qui les prédisposent à mieux intégrer les exigences de l’extraversion que les ressorts du développement régional. Même les nouveaux venus issus d’Ennahda, dans leur quête de reconnaissance, s’évertuent à s’inscrire dans ce modèle et ont oublié que c’est la destruction sociale et culturelle de la société traditionnelle, exclue des sphères du pouvoir, qui a porté historiquement leur mouvement.

La décentralisation politique mise en œuvre depuis le printemps 2018 ne suffira pas à recentrer l’attention des politiques publiques sur la valorisation du potentiel régional si elle n’est pas adossée à une nouvelle conception du mode d’insertion dans l’économie internationale, du rôle économique des territoires, à une redéfinition du modèle de production agricole qui permette aux zones rurales de se développer avec leur propre capital et d’alléger la dépendance alimentaire du pays, à l’ouverture des possibilités d’investissement pour de nouvelles élites économiques, à la création de nouveaux cadres économiques et juridiques pour valoriser des potentiels locaux…

Aucun de ces grands chantiers politiques n’est ouvert. Or, sans une forte régulation politique, l’extraversion ne peut que continuer à produire ce qu’elle a toujours produit : la captation des bénéfices par les élites du littoral qui cumulent les avantages des positions de pouvoir économique et politique et des disparités régionales irréparables et explosives. La probable conclusion en 2019 ou en 2020 d’un Accord de libre-échange complet et approfondi (Aleca) avec l’Union européenne va institutionnaliser encore davantage l’extraversion de l’économie. Or même les négociateurs européens déplorent l’absence de vision stratégique de leurs homologues tunisiens, sur les produits sensibles qu’ils souhaitent protéger, sur les modalités et les temps d’adaptation des secteurs exposés…

Dans une Tunisie surexposée depuis 2011 aux injonctions extérieures, aux interventions plus ou moins bien intentionnées dans leurs débats internes, où les politiques semblent devoir davantage leur légitimité de leurs soutiens extérieurs que des électeurs, la souveraineté s’annonce comme le prochain thème mobilisateur. Mais pour protéger quoi au juste ? Un État au service des rentiers et les avantages relatifs dans l’allocation des ressources publiques dont bénéficient les Tunisiens intégrés ? Ou pour oser une vraie rupture de paradigme ? Une révolution sociale.

Lire l'article de Thierry Brésillon paru sur le site Orient XXI

mardi 18 décembre 2018

Bolkenstein est de retour : la prise de pouvoir de la Commission européenne sur les services

Les institutions européennes négocient actuellement de nouvelles règlementations du marché unique qui pourraient avoir un impact grave et clairement négatif sur les prises de décision des parlements, des assemblées régionales et conseils municipaux à travers l'Europe. La Commission propose de mettre en œuvre la Directive Services – c'est-à-dire la Directive Bolkestein – d'une manière extrêmement intrusive et inédite. Pour faire court, la Commission souhaite avoir le droit d'approuver ou de remettre en cause de nouvelles lois et autres mesures entrant dans le domaine de la directive. Et le domaine de la directive concerne un large éventail de sujets : urbanisme, politique du logement, politique énergétique, distribution d'eau, gestion des déchets etc.

L'opposition au projet de la Commission se fait de plus en plus grande, en particulier de la part des conseils municipaux, dont la capacité à agir pourrait être durement restreinte dans de multiples secteurs si le projet est adopté. Les conseils municipaux n'ont pas été convenablement informés des implications du projet, aussi beaucoup d'entre eux découvrent tardivement que même les municipalités devront demander la permission de la Commission avant d'adopter toute mesure relevant du domaine des services.

(...)

Avant de se pencher sur le fondement juridique de tout ceci - la Directive Services - il peut être utile de se faire une idée des enjeux, et ce à travers quelques exemples concrets.

- Quand le conseil municipal d'Amsterdam s'est déclaré contre le projet de la Commission, Tiers Bakker, le conseiller municipal qui a rédigé la résolution, a fait référence aux tentatives de régulation d'AirBnB par la ville. Pendant longtemps, AirBnB a profité de règles très flexibles à Amsterdam, mais au fil du temps le service est devenu si populaire que cela a engendré des problèmes en termes d'accès à des logements abordables et a changé l'atmosphère et l'environnement en des endroits clés de la ville. Le conseil municipal a décidé d'intervenir, répondant ainsi aux demandes de son électorat, les habitant.e.s de la ville, et a rendu les règles plus contraignantes. Ce faisant, il a découvert que limiter l'utilisation d'AirBnB pouvait être considéré comme une violation de la Directive Services. Selon le nouveau projet, la ville d'Amsterdam se verrait dans l'obligation de demander l'autorisation à la Commission de mettre en place de telles règles.

- Les règles d'urbanisme et d'aménagement font partie du domaine de la Directive Services, selon la jurisprudence récente de la Court européenne de justice. L'aménagement urbain peut conduire les autorités municipales à opérer des choix en matière d'installation et de taille des commerces dans certains quartiers plutôt que dans d'autres. Certaines villes peuvent préférer ne pas avoir de supermarchés énormes (hypermarchés), afin de protéger l'existence de petits commerces. Cependant, cet aspect de la planification urbaine rentre dans le domaine de la Directive Services. Aussi, dans ces cas également, toute décision devrait être soumise à la Commission, donnant à l'institution européenne le dernier mot, peut-être pas à propos de chaque décision, mais lui permettant tout de même de freiner ou de rejeter des projets cohérents d'aménagement de long terme.

- La directive a d'autre part un impact non négligeable sur le droit du travail. Quand la Directive Services a été proposée pour la première fois, de vives critiques ont été formulées à propos du fait qu'elle autoriserait les entreprises de service à avoir des activités dans toute l'UE en ne suivant que les lois et réglementations de leur pays d'origine. Le mouvement syndical a fait remarquer que cela mènerait immanquablement au dumping social, puisque les entreprises basées dans des pays où les salaires sont faibles seraient en capacité d'envoyer des employé.e.s dans des pays où les salaires sont plus élevés tout en ne les payant pas au prix du marché local. A la suite de contestations de masse à travers l'UE, le droit du travail a finalement été laissé hors du domaine de la directive. Mais cela ne signifie pas que des mesures dont le but serait de vérifier le respect par les entreprises de service des conventions collectives nationales ou des lois sont autorisées. Récemment, la Commission a formulé des plaintes à propos de régulations danoises qui autorisent les autorités et les syndicats à identifier des violations potentielles des conventions collectives et du droit du travail.

- La Directive Services a même un impact sur l'utilisation des ressources naturelles. En 2015, l'Autorité de Surveillance de l'Association de Libre-Echange, qui supervise le respect des règles du marché unique dans les pays de l'espace économique européen (EEE ; Islande, Norvège et Liechtenstein) a conclu que la loi islandaise sur l'utilisation de l'énergie géothermique et sur les nappes phréatiques viole la Directive Services parce qu'elle rend difficile l'obtention de l'accès à la ressource par les acteurs privés étrangers. La loi répondait à la crainte des Islandais.e.s que les entreprises privées n'aient tendance à avoir une approche de court-terme de l'utilisation des ressources géothermiques, qui ne tiendrait pas compte de l'intérêt général de long-terme. Pourtant, cette disposition est considérée comme étant en violation de la loi européenne.

Lire l'intégralité de l'article du Corporate Europe Observatory

samedi 15 décembre 2018

Médias et écologie : une interview avec Gilles Balbastre (2/2)

balbastrebrygo2.PNG Cliquer sur l'image pour voir l'interview

Première partie ici

vendredi 14 décembre 2018

Budget, pensions... Le FMI met en garde la Belgique et pousse le gouvernement à poursuivre ses réformes

Les autorités belges doivent profiter des "conditions économiques favorables" pour poursuivre les réformes visant à accroître la résilience de l'économie et à renforcer le potentiel de croissance de la Belgique, selon le message délivré par le Fonds monétaire international (FMI) après avoir rédigé son bilan annuel pour notre pays. Cela signifie: atteindre l'équilibre budgétaire, réformer davantage les pensions et examiner les dépenses.

Chaque année, une délégation du Fonds monétaire international passe par notre pays pour prendre la température de l'économie de la Belgique et faire plusieurs recommandations à l'exécutif.

Ces recommandations, qui sont formulées à titre provisoire, doivent apparaître dans un rapport définitif au printemps prochain.

Le FMI met en tout cas la Belgique en garde. En dépit des échéances électorales qui se profilent (législatives, régionales et européennes), l'organisation internationale demande au gouvernement de ne pas se laisser distraire par ces dernières et de continuer le train de réformes, en vue de renouer avec l'équilibre budgétaire (un effort de 0,5% du PIB doit être consenti pour y parvenir). Le FMI craint que notre pays ne voit sa croissance économique s'effriter.

"La Belgique ne peut pas se permettre de reporter les réformes maintenant. Nous encourageons les gouvernements à continuer en ce sens", a dit Delia Velculescu, la cheffe de mission. Cette dernière a rencontré à deux reprises cette semaine le nouveau ministre des Finances Alexander De Croo (Open Vld) et a souligné que les réformes menées par le gouvernement avaient certes permis de soutenir l'emploi et la croissance, mais a directement insisté sur le fait que "de plus en plus de nuages étaient suspendus à l'horizon."

Une croissance qui ralentit

Le Fonds monétaire international constate que l'économie belge a connu la croissance pendant 9 années consécutives, mais que celle-ci avait aujourd'hui tendance à ralentir. En cause, des facteurs d'incertitudes externes comme le Brexit, le prix de l'énergie ou encore le protectionnisme croissant, et internes, comme on l'a déjà évoqué, à savoir les échéances électorales.

Quelles sont les suggestions concrètes du FMI ?

L'institution internationale invite notre pays à réduire son déficit structurel de 0,5% du PIB pour atteindre l'équilibre budgétaire. "Cela nécessitera des mesures allant au-delà de ce qui est prévu dans le projet de budget de 2019", prévient Delia Velculescu. Elle précise de plus que "mouiller le maillot" ne sera pas uniquement la tâche du fédéral, mais que les entités devront également suivre l'effort.

Si les syndicats s'opposent à la réforme des pensions, le FMI, lui, estime que le Royaume doit aller encore plus loin. "Même avec les réformes, le coût du vieillissement est encore élevé. Il faut donc faire davantage pour améliorer la durabilité du système des pensions", semble-t-il.

Un nouveau relèvement de l'âge de la retraite est une des possibilités, selon la cheffe de mission. "Un débat doit avoir lieu en Belgique. Mais dans tous les cas, un large soutien est nécessaire pour de telles réformes."

Si le FMI salue les créations d'emploi, il pointe pourtant le faible taux d'emploi des personnes plus "vulnérables", comme les jeunes, les migrants ou les travailleurs peu qualifiés. L'institution préconise d'insister sur la formation et l'apprentissage tout au long de la vie, et demande aussi une "meilleure liaison des salaires à la productivité", "une réforme du régime des indemnités de chômage" et "l'application concrète des jobdeals".

M. De Croo accueille favorablement le rapport du FMI. "Il est extrêmement important que les plans socio-économiques auxquels nous avons souscrit soient mis en oeuvre. Si nous ne le faisons pas, cela aura un impact sur les emplois et affaiblira la compétitivité de nos entreprises", a-t-il ajouté.

Maxime Defays, Le Vif/L'Express

jeudi 13 décembre 2018

"En même temps"

duflot.PNG Collections du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein

PAS LU

La directrice générale d'Oxfam France insiste sur le lien entre les "inégalités" (sic).... et l'"excès" de réchauffement climatique à "résoudre"...

Lire aussi dans les archives du Musée : Lettre ouverte à Mme la Députée Cécile Duflot

mercredi 12 décembre 2018

Le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial

Les gilets jaunes ont enclenché un mouvement social de grande ampleur sur la dégradation des conditions de vie des classes populaires et des petites classes moyennes. La question sociale est au centre du conflit, particulièrement le pouvoir d’achat et l’angoisse des fins de mois qui peuvent se conclure par les huissiers et la mise à la rue. De toute évidence, l’abandon des taxes gazoil ou une prime de fin d’année ne suffiront pas à calmer la douleur sociale, ni même une augmentation du SMIC, car pour beaucoup, le logement cher est une plaie béante qui engloutit le budget familial.

En 1973, les locataires consacraient en moyenne nationale 10% de leurs revenus au loyer net, une fois déduites les APL, et en 1963 il n’en coûtait que … 6,3% ![1]

40 ans plus tard et selon l’INSEE, en 2013 le loyer ponctionne en moyenne environ 26 % des revenus : 24,1 pour les locataires HLM, 28,4% pour les locataires du privé et 26,6% pour les accédants à la propriété.$$[https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377 |https://www.insee.fr/fr/statistiques/2586026?sommaire=2586377]$$ Le logement écrase encore plus lourdement la moitié la moins riche de la population, celle qui manifeste aujourd’hui : le quart le moins riche des ménage (1er quartile) consacre en moyenne 40,7% de ses revenus au paiement du loyer dans le secteur privé et 48% au paiement des traites en accession à la propriété, souvent pour des logements de piètre qualité. Le 2e quartile le moins riche dépense en moyenne un peu plus de 30% pour se loger dans le privé ou accéder à la propriété, et n’est pas à l’abri d’un taux d’effort plus élevé et d’un incident. Ces chiffres sont des moyennes et indiquent qu’ils sont très souvent dépassés, notamment en milieu urbain où les loyers et l’immobilier sont plus élevés.

A l’inverse, le quart le plus riche des ménages ne consacre que 21,3% du budget en locatif privé et 22,8% en accession à la propriété, pour des logements de meilleure qualité. Le taux d’effort des 10% les plus riches est encore plus faible, alors qu’ils sont infiniment mieux logés …

Les gouvernements depuis 1918, face la structuration politique et syndicale des classes populaires et jusqu’à la dérégulation progressive des loyers dans les années 80 ont pris soin de limiter le prix des loyers et de l’immobilier, afin de ménager ou d’améliorer le pouvoir d’achat des classes populaires. Ainsi les profits locatifs et immobiliers ont été sacrifiés sur l’autel de la paix sociale.

Ce n’est plus le cas depuis le milieu des années 80, lorsque Chirac a achevé les dispositifs d’encadrement des loyers (loi de 48) et encouragé la spéculation immobilière (Reconquête de l’est parisien). C’est encore moins le cas depuis l’arrivée de Macron qui avec la loi ELAN promulguée fin novembre ouvre un boulevard à une nouvelle vague spéculative grâce notamment au bail mobilité de 1 à 10 mois non reconductible dans le secteur locatif privé qui devrait supplanter progressivement le bail de 1 ou 3 ans reconductible en vigueur aujourd’hui.

Quant à la baisse des APL, non seulement elle se renforce en 2018 mais elle s’accroît en 2019, sanctionnant durement les locataires du privé, les locataires HLM, les accédants modestes ainsi que les bailleurs sociaux puisqu’elle est en partie financée par la ponction de la trésorerie des organismes HLM, soit un total d’environs 3,5 milliards d’euros d’économie par an.

Bien que la France soit au top de la cherté des prix du logement dans les pays riches au regard des revenus des ménages, une nouvelle hausse générale de l’immobilier et des loyers est possible, au prix de la précarisation accrue des habitants, de la vente des HLM, et grâce également aux grands projets d’urbanisme tel le grand Paris, aux investisseurs internationaux, au tourisme, aux JO 2024, au brexit et autres aléas de la mondialisation néolibérale …

Cette pression du logement cher sur le budget familial ne permet plus d’encaisser de nouvelles hausses sur les produits de première nécessité, obligeant à sacrifier par exemple des soins, ou des loisirs pour les enfants et ce, dans le meilleur des cas. Pour beaucoup, rode le spectre de l’expulsion manu militari et d’une mise à la rue. Le refus d’en arriver là est un des ferments de la révolte des gilets jaunes.

Certains sont plus âgés et ont donc achevé de payer leur logement, mais ils doivent encore aider leurs enfants, voire leurs petits enfants, à se loger (caution solidaire, aides ponctuelles…).

Pourtant le sujet du logement cher n’est pas entré dans le débat public, bien au contraire, il est occulté. Il y a bien sur des solutions, comme celles revendiquées par les gilets jaunes : zéros SDF, encadrement vigoureux des loyers, réquisition des logements vacants, production massive de logements sociaux, programme puissant d’isolation thermique.

Il faudrait aussi ajouter à ces points l’apurement massif de la dette des accédants à la propriété, l’arrêt des expulsions, le relèvement de l’APL, la taxation des profits spéculatifs fonciers et immobiliers, l’abrogation de la loi ELAN, la mise au pas des locations touristiques type Airbnb, le respect de la loi DALO, l’entretien des quartiers populaires …

En somme, la dépense logement ne devrait pas dépasser 20% des ressources de chaque ménage … comme pour les riches.

En attendant, il faut agir, et si nécessaire envisager des formes d’action concrètes et efficaces pour obtenir la baisse des loyers ou la réquisition des logements vacants….

Jean Baptiste Eyraud

Porte parole du DAL

Adam Smith et les Gilets jaunes

(...)

Adam Smith réalise une analyse très fine des classes sociales de son époque et en particulier de la classe capitaliste et de la classe ouvrière. Il décrit la mécanique de la lutte de classes.

Dans ce passage, il explique ce qui fait consensus dans la « bonne » société de son époque (et cela reste valable aujourd’hui) :

« On n’entend guère parler, dit-on, de Coalitions entre les maîtres, et tous les jours on parle de celles des ouvriers. Mais il faudrait ne connaître ni le monde, ni la matière dont il s’agit, pour s’imaginer que les maîtres se liguent rarement entre eux. Les maîtres sont en tout temps et partout dans une sorte de ligue tacite, mais constante et uniforme, pour ne pas élever les salaires au-dessus du taux actuel. Violer cette règle est partout une action de faux frère et un sujet de reproche pour un maître parmi ses voisins et pareils. À la vérité, nous n’entendons jamais parler de cette ligue, parce qu’elle est l’état habituel, et on peut dire l’état naturel de la chose, et que personne n’y fait attention. ».

Remettons cela dans l’air du temps de ce premier quart du 21e siècle, le patronat se concerte pour éviter qu’on augmente le salaire minimum légal ou les revenus de la majorité des salariés. Les patrons qui voudraient lâcher une augmentation de salaire seraient perçus comme de faux frères, comme des traîtres à leur classe. Les médias dominants ne parlent pas de l’action du patronat pour empêcher l’augmentation des salaires car cela fait partie de l’ordre normal.

"Adam Smith affirme que les maîtres font des complots pour faire baisser les salaires"

Poursuivons l’exposé d’Adam Smith : « Quelquefois, les maîtres font entre eux des complots particuliers pour faire baisser au-dessous du taux habituel les salaires du travail. Ces complots sont toujours conduits dans le plus grand silence et dans le plus grand secret jusqu’au moment de l’exécution ; et quand les ouvriers cèdent comme ils font quelquefois, sans résistance, quoiqu’ils sentent bien le coup et le sentent fort durement, personne n’en entend parler. »

Vous avez bien lu, Adam Smith parle de complots entre patrons pour baisser les salaires. C’est bien ce qui se passe aujourd’hui dans le prolongement de la grande offensive du Capital contre le Travail, entamée il y a maintenant près de 30 ans par Margaret Thatcher et Ronald Reagan. Effectivement, les médias dominants et les gouvernants ne soufflent mot de cette action concertée des capitalistes pour baisser les salaires.

Continuons la lecture d’Adam Smith dont les mots pourraient s’appliquer au mouvement des Gilets jaunes : « Souvent, cependant, les ouvriers opposent à ces coalitions particulières une ligue défensive ; quelquefois aussi, sans aucune provocation de cette espèce, ils se coalisent de leur propre mouvement, pour élever le prix de leur travail. Les prétextes ordinaires sont tantôt le haut prix des denrées, tantôt le gros profit que font les maîtres sur leur travail. Mais que leurs ligues soient offensives ou défensives, elles sont toujours accompagnées d’une grande rumeur. »

Certains diront que cette description n’a rien à voir avec les Gilets jaunes parce que ceux-ci agissent contre l’augmentation des taxes. Ceux qui diront cela n’ont pas écouté ce qui ressort des propos tenus par une très grande majorité de Gilets jaunes. Ils rejettent les augmentations de taxes prévues par Macron parce que leurs salaires ou leurs retraites (c’est-à-dire un salaire différé) sont insuffisants et ils souhaitent une augmentation du salaire minimum légal et, en général, des salaires et revenus de substitution pour ceux et celles d’en bas. Macron essaye d’ailleurs de désamorcer le mouvement en annonçant le 10 décembre l’augmentation de 100 euros du salaire d’un travailleur au Smic à partir de janvier 2019 mais sans augmenter d’autant le Salaire minimum légal et sans que cela coûte quoique ce soit aux patrons. Par ailleurs, les gilets jaunes s’opposent aussi à l’injustice fiscale et donc aux cadeaux faits aux riches. Ils souhaitent une baisse des taxes qui pèsent sur la majorité sociale et ils ont raison. Par exemple, il faut baisser la TVA sur les produits de première nécessité, sur l’électricité, le gaz, l’eau, en tout cas en dessous d’un certain niveau de consommation en tenant compte de la composition du ménage et d’autres critères pertinents. A ce niveau Macron tente de convaincre le mouvement en confirmant l’annulation de l’augmentation de la taxe sur les combustibles mais il affirme qu’il ne rétablira pas l’impôt sur la fortune. Personne de sérieux ne peut être dupe.

Poursuivons la lecture d’Adam Smith qui se réfère à l’action des prolétaires de son époque : « Dans le dessein d’amener l’affaire à une prompte décision, ils ont toujours recours aux clameurs les plus emportées et, quelquefois, ils se portent à la violence et aux derniers excès. Ils sont désespérés et, agissant avec l’extravagance et la fureur de gens au désespoir, réduits à l’alternative de mourir de faim ou d’arracher à leurs maîtres par la terreur la plus prompte condescendance à leurs demandes. »

Poursuivons : « Dans ces occasions, les maîtres ne crient pas moins haut de leur côté ; ils ne cessent de réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »

Ne dirait-on pas une description de ce qui se passe en France depuis le début du mouvement, et surtout depuis l’acte 2 qui s’est déroulé le 1er décembre 2018. Les porte-parole des patrons et, surtout, le chef de l’État ainsi que le premier ministre n’ont eu cesse de « réclamer de toutes leurs forces l’autorité des magistrats civils, et l’exécution la plus rigoureuse de ces lois si sévères portées contre les ligues des ouvriers, domestiques et journaliers. »

Cette énumération est intéressante : « ouvriers, domestiques et journaliers », cela fait penser aux différentes catégories du peuple qui se mobilisent dans le cadre des gilets jaunes. Il serait intéressant d’actualiser cette énumération aujourd’hui car il est clair que différentes catégories agissent ensemble, notamment ceux et celles qui ont un emploi salarié, des sans-emplois, des retraités, des travailleurs indépendants, des petits boulots dans le secteur informel… Cela crée une alliance extrêmement importante.

Extrait de l'article d'Eric Toussaint paru sur le site du CADTM

mardi 11 décembre 2018

Il y a 18 ans: Genova

Il y a 18 ans, la révolte anti-mondialisation était écrasée à Gênes. Le groupe Feldat (rebaptisé ensuite Hydra) y consacrait une chanson qui remue encore dans leurs espoirs et leur chair tous ceux qui y étaient. Gloire à ceux qui ont marché ! (Le Concierge)

genovafeldat.PNG Cliquer sur l'image pour écouter cette poésie bénie

Il y a 19 ans : l'île aux fleurs (Didactique de l'Economie)

ileauxfleurs.PNG Cliquer sur l'image pour voir le film

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