Il n’en a pas toujours été ainsi et c’est la faiblesse actuelle du rapport de force social, due à des décennies de répression policière intense, qui explique cette réduction drastique du champ des libertés publiques, et cela malgré la lutte. Les militants japonais sont objectivement terrorisés par l’arbitraire policier qui réduit à néant leur marge revendicative.

De ce point de vue le Japon, loin d’être un cas particulier, nous apparaît à l’avant-garde de la gouvernance mondiale et un modèle de ce qui se met en place dans toutes les démocraties parlementaires. La liberté de manifester vidée de sa substance jusqu’à la farce n’est en effet rien d’autre que le mode de « participation » qu’on voudrait imposer aux citoyens dans le cadre de la « gouvernance mondiale ». Soit un Conseil d’Administration de l’entreprise mondiale incarné par le G8 entièrement soumis à ses actionnaires du monde des affaires et un « couloir d’expression », comme il y a des couloirs de bus, dans lequel il est interdit de franchir la ligne blanche, celle qui perturbe la « fluidité » des marchés, la circulation automobile valant ici pour métaphore.

novox2.gif Manifestation de Tokyo contre le G8 le 30 juin 2008

Il est vrai qu’on n’est jamais trop prudent, même lorsqu’on a décidé de se réunir le plus loin possible des populations pour discuter de leur sort, au point d’empêcher avec efficacité de nombreux précaires et militants du Japon de faire le voyage.

Face à cette situation, lors de la manifestation unitaire de Sapporo du 5 juillet 2008, les mouvements ont franchi pacifiquement la ligne blanche, débordant le cordon policier et doublant la surface réservée à la liberté d’expression. Trois personnes de nationalité japonaise ont été arrêtées, dont un membre de No Vox Japon, et du matériel saisi (camion et sono.)

novox3.gif Manifestation unitaire contre le G8 de Sapporo le 5 juillet 2008

Le réseau No Vox exige la libération immédiate des interpellés sous le prétexte de « non respect des règles concernant la circulation des voitures de la préfecture de Hokkaido car la voiture de son a prolongé le largeur de la manifestation avec intention et excité les manifestants. Entraves à fonctionnaires de police en service par refus d’obtempérer et d’arrêter le véhicule. » Pour ces délits mineurs, aucune loi n’ayant été violée, la garde à vue peut être prolongée jusqu’à 23 jours et les interpellés passibles de prison ferme, ce qui atteste une fois encore que le Japon a de facto aboli la liberté de manifester tout en tentant de préserver les apparences.

En outre les manifestants réunis au camp de Toyoura au « plus prêt » de la zone rouge, soit les 20 km magnanimement accordés par les autorités, ont été bloqués dès la sortie du camp ce 7 juillet, sous prétexte qu’ils se dirigeaient vers la gare, refusant de faire 20 km à pied en rase campagne sous la pluie pour atteindre le point de manifestation autorisé.

novox4.gif Blocage à la sortie du camp de Toyoura

Par ailleurs, le réseau No Vox proteste énergiquement contre le blocage d’une délégation de syndicalistes sud-coréens par la police japonaise et exige qu’ils puissent se rendre immédiatement à Hokkaido. De même, l’ajournement de la délivrance d’un visa à une représentante d’organisations de base kenyanes qui devait intervenir dans de nombreux ateliers est intolérable.

D’une façon générale nous demandons aux autorités d’assumer publiquement leur choix d’abolir les libertés publiques plutôt que de tenter de donner le change en rendant la démocratie encore plus formelle qu’elle n’est, jusqu’à l’absurde !

Nous soutiendrons l’ensemble des associations et organisations japonaises, et notamment celles portant la voix des travailleurs journaliers, qui se mobiliseront pour reconquérir un espace de liberté. Ces simulacres de liberté d’expression et la limitation à la portion congrue de l’accès à l’espace publique ne sont pas digne d’un pays se définissant comme démocratique. Pour que la situation japonaise ne puisse être érigée ailleurs en exemple de « bonne gouvernance », nous devons apporter une solidarité sans faille à l’ensemble de ceux qui se battent pour la liberté d’expression au Japon.

No Vox (Canal Historique)

Toyoura, le 7 juillet 2008