La révolution a tellement donné aux médias pour qu’ils prospèrent. Elle les a tirés du fin fond du puit de la censure, de l’instrumentalisation du pouvoir, du mercantilisme et de la concurrence déloyale du clan Ben Ali. Elle leur a offert un cadre juridique privilégiant la liberté d’expression, préservant aussi le paysage audiovisuel des conflits d’intérêt et de la concurrence déloyale. La liberté d‘entreprendre est également garantie par le même dispositif légal. Pour produire du contenu, elle leur a assuré pluralisme politique et liberté de création. En somme, les entreprises médiatiques sont certainement parmi les plus grands bénéficiaires de la révolution. Lui ont-ils renvoyé l’ascenseur ? Bien au contraire.

Les mouvements contestataires qui défendent des valeurs revendiquées par le soulèvement populaire sont diabolisés ou stigmatisés. Et ce, quand ils ne subissent pas le blackout. Depuis la polarisation du paysage politique en 2012, les chaînes tv ont suivi cette tendance, glissant ainsi sous les draps de l’instrumentalisation politique. Zitouna pour Ennahdha, Nessma pour Nida Tounes. Deux exemples parmi d’autres dans un paysage télévisuel qui a été ensuite bouleversé par la coalition scellée entre Nidaa et Ennahdha au lendemain des élections législatives et présidentielles de 2014. Alors que certains maintiennent leur position initiale, d’autres font les trapézistes au moment où les appétits politiques d’acteurs médiatiques, les amènent à faire de l’affairisme la boussole de leur quête du pouvoir.

Dans les rédactions, la responsabilité citoyenne est monnaie rare. La créativité, en dehors de quelques exceptions, manque à l’appel. D’ailleurs, le plagiat de concepts est désormais un réflexe de production, sans oublier les fréquents vols d’images. Le contenu informatif est minoritaire face au déluge des émissions de divertissements et les talkshows. D’ailleurs, ce « divertissement » offre souvent des cadeaux empoisonnés. Trop engouffrées dans l’actualité nationale, les chaînes tv se montrent inaptes à éclairer leurs téléspectateurs sur des événements internationaux majeurs.

L’éthique journalistique est bafouée par une tolérance effarante envers les maladresses discriminatoires et le discours de haine. Cependant, la machine de la restauration des figures de l’ancien régime est en marche. Ils bénéficient d’un important temps d’antenne pour déballer leurs rhétoriques révisionnistes. Révolution ou pas, l’attachement de l’ancienne garde à l’héritage de ses gourous est indéfectible, primant sur le droit des citoyens à une information honnête concernant les pages les plus importantes de notre Histoire.

Dans un contexte où le régulateur se noie dans les sables mouvants de l’autorité politique et accusent les coups des défenseurs de la loi de la jungle, difficile de pouvoir imposer la transparence financière. L’opacité règne dans l’audiovisuel privé. Une situation paisible pour les locataires de la Kasbah et de Carthage, autant que les indéboulonnables de la bâtisse grise de l’Avenue Bourguiba. L’antenne, c’est du pouvoir et ils en ont besoin. La révolution, c’est l’effondrement de l’ordre ancien et la concrétisation des valeurs universelles. Et ils n’en veulent pas.

Accéder aux très nombreux liens illustrant par le fait l'article de Thameur Mekki publié sous le titre " Six ans après, la révolution, est-elle télévisée ? " sur le site Nawaat.