A quai pour une escale technique en bord de Seine (ravitaillement en chantilly premier prix) le 15 mai 2017, la frégate lance-entonnoirs Guy Hocquenghem en profitait pour faire une incursion dans le XVIIIème arrondissement où se tenait une croquignolesque réunion électorale autour de la candidature « unitaire » de Caroline De Haas aux législatives. L'ancienne porte-parole de Benoît Hamon, propulsée sur la scène médiatique par le mouvement spontex « Osez le féminisme », fondatrice d'une start-up de conseil (qui avait obtenu un contrat de rééducation des ministres du gouvernement Hollande, ce qui ne les empêcha guère de confondre la gendarmerie avec le viagra pendant la durée de leur règne) avait habilement accolé son nom à une pétition contre la « loi travail » décuplant ainsi la force de vente de ses différends produits (c'est à dire essentiellement elle-même) et bénéficié du soutien indéfectible du Roi du télé-achat patron de Médiatarte, la soutenant télévisuellement et systématiquement en Une du « club », dans le cadre de son projet de « primaire de toutes les gauches » puis de son « AG citoyenne » sensée « pirater la présidentielle » qui fit si misérablement « flop » qu'elle abandonna ses partisans en rase campagne pour devenir directrice de campagne de Cécile Duflot (avec les résultats que l'on connaît). Dans le cadre du « Programme de recherche sur les nouveaux Ready-Made médiatiques » du Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein, l'opportunité d'un « in situ participatif » s'annonçait potentiellement réjouissante.

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L'échec n'est pas une option

L'impétrante venait en effet de s'auto-parachuter dans la 18ème circonscription de Paris aux cris d' « unité » en se posant en rivale du candidat déjà investi par la « France Insoumise », sommé de se démettre séance tenante au nom du « rassemblement », dans un texte opportunément mis en Une par Médiatarte : « l'échec n'est pas une option » (sic!). L'histoire revenait comme une farce, quand on se souvient de la campagne totalement neuneue de Médiatarte appelant au désistement de Merluchon en faveur d'Hamon, dont Caroline De Haas est l'ancienne porte-parole, et qui devait la soutenir dans cette nouvelle opération de piraterie politique aux petits pieds. Un Benoît Hamon qui s'était d'ailleurs refusé à voter la motion de censure « de droite » contre la loi travail, assurant du coup pleinement la responsabilité de son adoption (les travailleurs au nom desquels tout le monde parle auront apprécié le charme discret des politiciens petits-bourgeois mettant leurs intérêts devant ceux de leurs mandants !) mais aussi le refus du « rassemblement » dans la majorité alternative qui aurait bien été obligée de se constituer à quelques mois des présidentielles, ce qui rétrospectivement aurait pu contrarier l'OPA Macron sur le champ politique planifiée en haut-lieu (mais le rôle d'idiot utile, dans le meilleur des cas, de Benoît Hamon est une constante, par ailleurs obnubilé par le « rassemblement » avec un parti qui n'existe que comme supplétif du PS, on veut parler d'EELV.) Rappelons que dans cette circonstance, une deuxième pétition Caroline de Haas se contenta d'appeler à une « motion de censure citoyenne », totalement neuneue.

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Dans un local de campagne minuscule mais manquant de chaises, celles-ci ayant été « louées » en nombre insuffisant (ce qui en disait déjà long sur la capacité de mobilisation des ressources locales), Caroline De Haas relata sa dernière distribution de tracts, une blague au quatrième degré concernant la réduction du code du travail à un quatre pages. Malheureusement, « beaucoup de gens (qui ne maîtrisent pas les codes de l'art contemporain - NDE) ont cru que j'étais pour le nouveau code du travail... C'est embêtant » (pour le moins !), avant de comparer la situation à celle d'un jeu vidéo célèbre où il faut gérer une population représentée par des thermomètres (assurer les besoins vitaux pour garder le mercure dans la zone verte). Mais l'heure était grave : Merluchon voulait la majorité absolue pour lui tout seul. Évoquant la perspective plus crédible d'une chambre bleu horizon et d'une défaite, y compris donc dans l'arrondissement pour cause de « rassemblement » (moustachu), on en fit sauter plus d'un et d'une sur sa chaise (pour ceux et celles qui en avaient), comme si face à la fausse monnaie des rêves citoyennistes, le réalisme politique le plus élémentaire n'avait pas cours... Vint le scoop de la soirée, qui méritait le déplacement. Le Président des amis de Mediatarte, dont on apprendrait qu'il était aussi celui du Comité de soutien à cette candidature pris la parole :« Je suis porteur d'un message d'Edwy Plenel qui vous propose de venir soutenir votre candidature par le biais d'une conférence, éventuellement portant sur sa conception du rassemblement et de l'unité » (moustachus). Lui-même moustachu, il révéla la cause cardinale de cet engagement : cette candidature était « féministe ». Le féminisme moustachu était né.

michelBroue.PNG Naissance du féminisme moustachu : Michel Broué, Pt des Amis de Médiatarte (coll. du Laboratoire de Neuneulogie). Cliquer sur l'image pour voir l'archive kitchissime. Lire aussi : de qui le rassemblement de toute la gauche sans sectarisme est-il l'Hamon ?

S'en suivit un passionnant brain-storming sur les axes stratégiques de la campagne. Un intervenant proposa une campagne radicalement anti-FN. Quand on lui fit remarquer que le FN avait fait 5% dans l'arrondissement et qu'on venait de se prendre une campagne de propagande en faveur du vote utile de barrage (éventuellement dès le premier tour) qui avait fait le lit de Macro III le Petit, l'intéressé éructa : « Comment ça, il n'y a pas de danger FN ! PAS DE DANGER FN ! », tentant de transformer son interlocuteur en « rouge-brun », selon une stratégie de terrorisme intellectuel dont on rappela qu'elle avait été mise en œuvre jusqu'à la nausée par Médiatarte particulièrement contre ses propres lecteurs avec le renfort de pseudo-intellectuels papillonnant entre le PS et le NPA, comme Philippe Corcuff (tentant un come-bac-10) et Philippe Marlière (politiste de presse) , ce qui eut le don de faire sortir de ses gonds le petit télégraphiste Président des amis de Médiatarte, qu'on aurait presque eu peur de croiser dans un coin sombre de l'arrondissement sans être équipé d'un peigne à moustache.

Le suppléant de la candidate, qui lui résidait dans l'arrondissement, argua que le FN avait fait plus dans quelques cités populaires, et qu'il faudrait peut-être travailler avec les associations « truc-muche et machin-bidule » (verbatim).

La conclusion de la soirée nous revint presque, ce qui ne risque pas de se reproduire : « On ne saurait parler de candidature unitaire, si les mots ont un sens, dès lors qu'il est acquis qu'il y aura un autre candidat. Comme il est évident que cette candidature ne peut aboutir qu'à une chose, la défaite de la gauche dans l'arrondissement, la seule question qui se pose est la suivante : que sert-elle ; et le seule réponse qui s'impose est : ''à faire le marketing de la marque Caroline De Haas en essayant de reproduire, face à Myriam El-Khomri candidate dans l'arrondissement, le coup réussi en associant son nom à la lutte contre la loi travail. Ce qui est un moyen de plus en plus répandu de faire échouer les luttes en s'en servant de simple support marketing ».

À cette tarte à la crème à guidage sociologique répondit, en abyme, une instrumentalisation marketing du féminisme, fond de commerce initial de la start-up en phase de diversification : « C'est ce qu'on dit dès qu'une femme a de l'ambition »...

Plenel : "Je ne suis pas venu soutenir Caroline De Haas car je suis un journaliste indépendant"

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La semaine suivante eut lieu la conférence du Roi du Télé-achat, principal investisseur médiatique dans la start-up citoyenne sensée incarner le « nouveau monde », c'est à dire (secret de polichinelle) en finir avec la lutte des classes. Dans une vidéo croquignolesque, vite retirée d'internet mais archivée par le Laboratoire de Neuneulogie du Collège d'Argein, celui-ci assura qu'il répondait à l'invitation de Caroline de Haas (le lecteur sait ce qu'il en était), mais n'était pas venu soutenir sa candidature, ce dont atteste en effet la capture d'écran ci-desous. Avant de la féliciter d'avoir alerté sur la loi travail avant tout le monde, et particulièrement les organisations (syndicales), ce qui avait l'air pour lui d'une extrême importance, en lutte depuis toujours contre les archaïsmes des corps intermédiaires, versus la modernité du citoyen libre et non faussé. Il en profita pour vanter le modèle « écologique » de son journal, puisque numérique, celui-ci préservait les arbres. Avant de se lancer dans une entreprise de révisionnisme et de prétendre avoir quitté Le Monde avec d'autres fondateurs de Médiatarte en résistance contre les pouvoirs de l'argent. C'est pourtant bien lui qui avait livré à ces pouvoirs Le Monde de Beuve-Méry, avec ses compères Minc et Colombani, alors fasciné par les fusions-acquisitions comme il est aujourd'hui fasciné par les start-ups. Il faut d'ailleurs remarquer que recevant le futur Jupiter pour lequel son journal faisait voter en traitant inlassablement de « rouges-bruns » et de « post-fascistes » (avant de leur interdire tout simplement de s'exprimer) tous ses lecteurs non-favorables au plébiscite néo-libéral pour avoir lutté contre la loi travail à la différence de ceux qui surfaient sur cette lutte (dont beaucoup parmi les premiers avaient semble-t-il largement contribué à financer son entreprise et assuré son succès), le Roi du télé-achat se présenta complaisamment en avant-garde de la nouvelle économie à la grande satisfaction du Roi que les pigeons s'étaient donné (auteur d'un livre nommé "Révolution", rappelons-le...) :

« Vous aviez commencé un petit-peu votre campagne à Médiapart (...) et d'ailleurs une semaine après, ça vous a musclé, vous avez décidé d'annoncer officiellement votre candidature (...) Au fond c'est une campagne du XXIème siècle, vous avez commencé votre campagne dans un journal totalement numérique, totalement participatif, nous sommes en direct sur Mediapart, mais sur youtube, sur dailymotion, sur facebook et un peu partout sans frontières dans le monde. Et au fond à l'image de cette révolution numérique, c'est aussi une révolution démocratique ».

Il oubliait certes au passage les journaux du XXème siècle également faiseurs de rois, tombés aux mains de huit milliardaires (dont le sien, Le Monde, et en grande partie grâce à lui) dont la contribution fut loin d'être négligeable au triomphe du fossoyeur du programme du CNR. A vrai dire, Mediatarte avait dû se surpasser pour être "compétitif", appliquant de bout en bout la martingale des ingénieurs électoraux : Mediapart live complaisant avec Macron une semaine avant sa déclaration de candidature, élimination de Fillon, soutien à la candidature Hamon et Mélenchon basching (ce qui n'est pas négligeable rapporté aux 600 000 voix ayant manqué au second tour) sur fond de "Sissi, bête immonde aux portes du pouvoir", appel à voter Macron au 2nd tour, désinformation massive sur le risque imminent de la victoire de Marine Le Pen, invitation de Macron 36 heures avant le second tour pour le relève de la garde sur une barricade imaginaire...

La révolution numérique est démocratique

En 1998, dans un rapports de la Table ronde des industriels européens, grand architecte des traités européens, intitulé : « La création d’emplois et la compétitivité par l’innovation », on lisait le portrait d’une économie en pleine ébullition, offrant « un flot incessant de produits et de services toujours plus récents, plus performants ou moins chers qui, constamment, rendent les produits plus anciens, moins performants, voire obsolètes – de même que les emplois qui y sont liés. » L’adaptation à ce processus de « destruction créative » devait se faire à tous les niveaux de la société : chez les gouvernements, les entreprises quelle que soit leur taille et les particuliers, car, « lutter contre la restructuration revient simplement à faire obstacle au changement et à la création d’emplois. »

Auditionné au Sénat en 2016, l'actuel dirigeant de ce lobby confiait : le numérique, c'est la mondialisation, mais il ne faut pas que les gens fassent le lien, sinon on risque des mouvements contre le numérique, comme on en a connu contre la mondialisation...

detriantifa.PNG Le kitsch historique coolesquement numérique des Détricoteuses (ici, Vu sur Médiatarte !, un nouveau concept d'"historiennes", la ""réflexologie anti-fasciste trans-historique", à ne pas confondre avec le pavlovisme moustachu!) / Collections du Laboratoire de Neuneulogie.

L'engagement résolu en faveur de la nouvelle fabrique du consentement (à la destruction du « vieux monde » et à la destruction créative permanente des emplois, c'est à dire à l'obsolescence programmée des vies qui y sont liées, les uberisés étant déconnectables à loisir) du journal « totalement numérique et totalement participatif », tentant de projeter ses hologrammes et ses applis de prêt-à-penser variant avec la mode médiatique (comme les « Détricoteuses » et leur "comparatisme historique" sauvagement neuneu - confusionniste ?) dans tous les champs, est... en marche !

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Et on ne peut s'empêcher de poser la question : de même que les ouvriers ont été délégitimés culturellement au moment même de la désindustrialisation, comme pour tuer son chien on dit qu'il a la rage, l'accusation de "fascisme", de "populisme" et de confusionnisme par Mediatarte et ses compagnons académiques de la Marjolaine (Corcuff et Marlière) d'une part importante de ses lecteurs "insoumis", ou non, ne vise-t-elle pas inconsciemment, les prochaines charrettes de "destruction créative" d'emplois au paradis des start-ups, notamment dans les services publics, sous l'égide du Sabreur qu'ils ont contribué à nous donner ?

C'est en tout cas ce que pourrait suggérer la convergence objective entre le catéchisme de Médiatarte et cette forte pensée du patron de l'ERT, toujours lors de son audition au Sénat : " L'éducation est fondamentale. En effet, si l'on veut essayer d'acclimater cette révolution technologique très forte, les secousses du capitalisme, la crise des classes moyenne, la lutte contre le populisme, l'éducation est un point de passage obligé."

resultats18eme.PNG Résultats moustachus

En attendant, tout en colportant l'idéologie du moment, Caroline De Haas et Médiatarte auront offert, avec une belle "unité", un deuxième tour à Myriam El Khomri que tous deux prétendirent combattre, et appelé à voter pour le principal ennemi du Code du travail...

Et depuis, les lecteurs contestataires qui ne se sont pas désabonnés ont vu la suspension de leurs "droits participatifs"... Au nom de la démocratie ! Qui comme chacun sait est un cercle (de la Raison) où la tenue correcte est exigée. Cerise sur la tarte, l'agent Smith de Mediatarte est un expatrié à Mumbaï (qu'il appelle Bombay), ce qui renforce la probabilité qu'installé dans la Silicon Valley indienne, celui-ci soit un fervent macroniste, bien disposé à mettre en œuvre le programme énoncé devant la pyramide du Louvre: "Rien ne nous arrêtera, même pas l'ironie"...

Bonus

Quand un membre de la rédaction de Médiatarte invente des fascistes...

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Heureusement, Médiatarte est en voie d'être débarrassé de tous ces sans-culottes au profit d'un public rationnel de qualité CSP++ solvable et friand de télé-achat, comme semble en attester ce consommateur idéal, dépourvu de tout symptome d'animalité...

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