Les dépenses française supplémentaires inquiètent outre-Rhin. Le commissaire allemand réclame l’ouverture d’une procédure pour déficit excessif.

Günther Oettinger, le commissaire au budget, appelle au déclenchement d’une procédure pour déficit excessif à l’encontre de la France. Dans une interview au journal allemand FOCUS, il considère les récents ajustements du budget français « particulièrement problématiques ».

Pour répondre à la fronde des « gilets jaunes » sur le pouvoir d’achat, Emmanuel Macron, le Président français, avait annoncé au début du mois un paquet de mesures. Parmi celles-ci, la hausse de la prime d’activité pour certains salariés touchant le Smic, l’annulation de la hausse de la taxe carbone ou encore la baisse de la CSG pour un grand nombre de retraités.

Ces changements budgétaires de dernière minute ont été votés dans la nuit de mercredi à jeudi par l’Assemblée Nationale dans le Projet de loi de finance 2019. Au total, près de 10 milliards d’euros seront nécessaires. Ce qui fera passer le déficit français à 3,2 %, soit au-dessus de la fameuse limite européenne des 3 %.

« Ce ne sont pas des cadeaux de Noël »

Pour Günther Oettinger, ces ajustements ne sont pas « des cadeaux de Noël ponctuels mais des dépenses structurellement durables, il y en a qui s’étendront après 2020 ». Une situation qui pourrait déraper donc, et le passif récent de la France ne l’incite pas à la clémence : « Le pays viole pour la onzième année consécutive les règles de la dette, à l’exception de 2017 », s’alarme-t-il.

De son côté, Pierre Moscovici, le commissaire français, estime que ce déficit de 3,2 % est « acceptable » et « limité », bien que le chiffre soit « déjà élevé ». Il rappelle qu’il n’y avait pas de procédure à enclencher pour un dépassement temporaire, « dès lors qu’il est exceptionnel et limité ».

Il n’hésite en revanche pas à remarquer que la France est le seul pays de l’UE à repasser au-dessus des 3 %. Si le transfert du Crédit Impôt Compétitivité Emploi (CICE) opère cette année un effet grossissant d’environ 0,9 points du PIB, le déficit français reste un des plus élevés en Europe, à 2,3 ou 2,4 %.

Les discussions sont suffisantes, pour l’instant

Mais la musique est très différente côté commissaire allemand. « Je ne suis absolument pas d’accord avec mon collègue. On ne peut pas absoudre la France aussi aisément », a tonné l’ex-leader de la CDU. Il accuse même le pays de ne pas avoir su profiter des six dernières années de croissance pour réduire sa dette : « La dette est comme en 2013, à 95 % du PIB », regrette-t-il.

La Commission mène actuellement des discussions avec la France pour s’assurer que la situation ne devienne pas hors de contrôle. Ce qui est largement suffisant à ce stade pour Sven Giegold, porte-parole du groupe des Verts au Parlement européen.

« La sortie de Günther Oettinger est une mise en scène prématurée, condamne-t-il. Il agit de manière unilatérale et dommageable. » Lui aussi allemand, il s’inquiète de l’effet de cette sortie sur les relations du couple franco-allemand. « La Commission n’a pas besoin d’un commissaire disciplinaire allemand. »

Pas de différence de traitement entre Italie et France

Pourtant, l’eurodéputé n’en reste pas moins attentif à la situation française, qui doit être traitée avec la même fermeté que pour l’Italie si la situation empire. « La Commission ne peut pas risquer d’être accusée d’appliquer un traitement différent à l’Italie et à la France », fait-il remarquer.

Après un long affrontement de plus de deux mois, un accord a été trouvé entre Bruxelles et Rome, plus tôt cette semaine. Le gouvernement italien a dû renoncer à deux réformes phares sur les retraites et le revenu de citoyenneté.

La France doit donc trouver le moyen de financer durablement ses réformes pour éviter un réel durcissement de la Commission. Sven Giegold imagine une hausse des taxes pour les « personnes aisées » afin de « solidifier » les dépenses supplémentaires.

Pas sûr que l’idée soit reprise dans l’immédiat par le gouvernement, qui continue pour l’instant à dialoguer avec Bruxelles pour rassurer l’exécutif européen sur sa santé financière.

Source : Euractiv

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La Chine dénonce les propos du commissaire européen Oettinger sur "les bridés" (RTBF, 2/11/2016)

La Chine a dénoncé ce mercredi le "sentiment de supériorité" du commissaire européen à l'Economie numérique Günther Oettinger, qui a utilisé dans un discours le terme péjoratif de "bridés" pour décrire les Chinois.

Le responsable politique allemand avait été secrètement enregistré lors d'une réunion de chefs d'entreprises à Hambourg (nord de l'Allemagne) la semaine dernière. Il racontait avoir reçu des ministres chinois, tous "peignés de gauche à droite avec du cirage noir".

L'auteur de l'enregistrement, diffusé vendredi sur YouTube et repris samedi par le site du magazine allemand Der Spiegel, déclare avoir commencé à filmer après que Günther Oettinger eut utilisé des termes comme "les yeux bridés" ou les "escrocs" à propos des Chinois.

"Un effarant sentiment de supériorité"

"Les remarques en question démontrent un effarant sentiment de supériorité enraciné chez certains dirigeants politiques occidentaux", a déclaré mercredi Hua Chunying, porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, lors d'un point presse régulier. "Nous espérons qu'ils puissent apprendre à avoir une vision objective d'eux-mêmes et des autres et à respecter et traiter les autres sur un pied d'égalité."

Interrogé par le journal allemand Die Welt, Günther Oettinger avait assuré samedi qu'il "s'agissait d'une expression familière qui ne se voulait en aucun cas un manque de respect vis-à-vis de la Chine".

Oettinger n'en est pas à son premier dérapage. En 2014, il avait traité la France de "pays déficitaire récidiviste", ce à quoi le PS français avait appelé à sa démission du poste de commissaire européen.

Plus récemment, dans le contexte des négociations sur le CETA, l'Allemand a affirmé que "la Wallonie est une micro-région gérée par des communistes qui bloque toute l'Europe", ajoutant "ce n'est pas acceptable". Des propos que le ministre-président wallon Paul Magnette (PS) avait qualifié de "mépris total"