La situation est inédite, car tel est manifestement le modèle anthropologique y afférant. En relisant le carnet personnel d’un Athénien cultivé, issu de la vielle bourgeoisie grecque de Constantinople, texte alors rédigé comme on dit “à chaud” durant les années de l’Occupation Allemande de 1941-1944, une certaine comparaison est alors possible quant à l’état des mentalités, entre cette époque pas si lointaine et la nôtre.

Pour Yórgos Pappás (1903-1982), c’est le nom de l’auteur, il n’y a guère de doute. En dépit des difficultés, de la famine, de la dureté, voire, de la cruauté dont faisaient preuve les forces occupantes, après une guerre d’abord victorieuse pour l’Armée grecque contre celle de Mussolini sur les montages d’Albanie, la triple Occupation du pays, Allemande, Italienne et Bulgare, était considérée comme provisoire et surtout, “nous n’avions pas du tout une mentalité de vaincus”, précise-t-il alors Yórgos Pappás. Ensuite, il y a cet épisode, déjà remarquable aux yeux de Pappás.

Tsolákoglou , alors Premier ministre de type “Quisling”, installé au pouvoir par les Allemands durant la première période de l’Occupation (avril 1941-décembre 1942), avait reçu dans son bureau, c’était en 1941, Pános Kókkas (1919-1974), jeune avocat à l’époque et éditeur de presse par la suite après la guerre. “C’est Kókkas qui donc insista pour cette rencontre, dont le but était de notifier à Tsolákoglou un document argumenté et préparé par le jeune avocat, prouvant que le Premier ministre était coupable du crime de la haute trahison. Tsolákoglou a lu le texte en présence de Kókkas sans réagir, et il lui a aussitôt demandé à quitter les lieux. Tout le monde s’attendait à l’arrestation de Kókkas, mais il ne s’est rien passé.” Tsolákoglou faisait preuve en effet d’un certain sens des réalités ainsi que de ce minimum de morale comme de patriotisme, ce que les historiens spécialistes de la période n’ont d’ailleurs pas manqué de souligner.

L’année suivante, le 5 mars 1943, une manifestation massive, patriotique et résistante a lieu au centre d’Athènes. Les Athéniens protestent contre l’annonce de la mise en place d’une forme de STO (Service du Travail Obligatoire) au profit bien entendu de l’Allemagne. La manifestation a été violement réprimée par les occupants, et il y a eu près d’une vingtaine de morts sur place et de nombreux blessés. Le gouvernement, toujours de type “Quisling” dirigé par Konstantínos Logothetópoulos (1878-1961) a pourtant reculé devant la volonté populaire. “Aucun Grec ne sera envoyé en Allemagne pour y travailler”, avait-on alors annoncé très officiellement et tel a été effectivement le cas.

Les arguments, toujours actuels, ne manquent pas lorsqu’il s’agit de considérer Tsípras ainsi que les Premiers ministres avant lui et depuis le moment du premier Mémorandum signé avec la Troïka en 2010, comme coupables de ce crime de la haute trahison en passant aussi par la violation permanente de la Constitution. Tsípras ne réagit certes pas pour avoir été qualifié de traître à la patrie, ceci ouvertement même à travers certains médias, mais c’est cependant l’ensemble d’un système institutionnel et autant institutionnalisé qui ne réagit alors pas. Régime supposé démocratique, sauf que sa coquille est vide.

Pis encore, le cynisme, ainsi que l’amoralisme de l’inculte Aléxis Tsípras (comme de nombreux autres politiciens) sont alors tels, que cette marionnette du temps présent, insulte alors ouvertement l’immense majorité du peuple grec lorsque ce dernier se montre très majoritairement opposé à sa politique. Comme encore, il ne reculera pas devant une masse non négligeable celle des manifestants. On dirait même que les Tsolákoglou et autres Logothetópoulos, posséderaient-ils davantage le sens des réalités, et notamment celui du rejet dont ils faisaient l’objet de la part de l’immense majorité du pays réel. Ils tenaient même parfois compte de cette opinion publique et certaines manifestations de 1943 ont eu d’écho, contrairement à celles des années 2010-2019. Plus maintenant.

Il faut ici préciser que sous le leurre de la dite mondialisation, les entités humaines et sociales se trouvent privées de leurs conditions anthropologiques originales, celles qui depuis la nuit des temps avaient alors assuré leur reproduction culturelle, voire biologique. Cette paranoïa réellement existante, déclarera accessoirement la guerre à la famille, elle atomisera les êtres humains jusqu'à l’os, comme elle paupérisera à outrance ce qui subsiste encore de l’ancienne classe décidément (trop) moyenne.

Les retraités athéniens devenus vendeurs à la sauvette, n’échangeront ainsi que du seul regard avec les retraités... encore maintenus et de passage. On parle peu, on observe à peine, et surtout, on fait du surplace. Ce nouveau monde devient fragmenté, incohérent et irrationnel. Il s’apparente même à une situation humaine généralisée ayant prévalu durant les longs siècles et les temps avant même l’apparition du fait politique. “Notre” ultime postmodernisme incarne en réalité le retour imposé à un temps humain que l’on qualifierait de largement pré-politique.

Modèle anthropologique que l’on présumerait inédit. Anthropologie postmoderne impliquant une mosaïque de formes aplaties, impersonnelles, dénuées de sens et politiquement largement inexprimées comme inexprimables. Le tout, dirigé par cette main invisible qui régit les relations entre les individus impliqués, profusément stimulée par des spéculateurs parfaits à la Soros, des athéistes consacrés à la Tsípras, des égoïstes profiteurs, et qui s'engageront d’abord dans la recherche du plaisir et de l'eudémonisme. Pour le reste, la caste des marionnettes est autant imbibée visiblement dans le vice de moins en moins caché, l’anomie, et c’est l’arbitraire, le leur, qui devient ainsi obligatoire.

Manifestement, Tsípras, à l’instar de tant d’autres, appartient à cette caste ainsi préfabriquée. Et au niveau pratique, il ne restait que l’officialisation de la liaison, entre la gauche, la droite dite “libérale”, et les globalistes à la Soros. C’est chose faite avec la fin de l’illusion socialiste, de même qu’avec la fin de l’illusion trompeuse des démocraties dites représentatives. Pourtant nous avons été quelque part prévenus. Panagiótis Kondylis (1943-1998), grand esprit du siècle dernier, avait déjà insisté sur le dénominateur commun essentiel du marxisme originel et du libéralisme capitaliste. Ce dénominateur commun alors réside dans la prétendue certitude de l'élimination des guerres, rien que par l'absorption de l'élément politique par l'élément économique.

Lire l'article de Panagiotis Grigoriou par sous le titre Monde fini sur son blog Greek Crisis