Pendant ce temps, Macron continue son soliloque halluciné. « La haine, la violence et l’irrespect, on a le droit de le faire dans une dictature », phrase tout à fait étonnante en soi, qu’il faudrait soumettre simultanément à des linguistes et des politologues, dont il ne voit pas en tout cas que, projectivement, elle ne parle que de lui, de son gouvernement, de sa police et du régime dans lequel il est en train de nous faire entrer. Avec la démolition pure et simple du langage, le renversement projectif est l’une des propriétés les plus inconscientes et les plus systématiques de la langue macronienne. Dont la vérité d’à peu près tous les énoncés peut être restaurée par la simple opération de la mise sens dessus dessous. Ainsi l’obsession pour les « radicalisés » et la « radicalisation » est-elle le reflet inversé d’un bloc de pouvoir qui, depuis ses sommets gouvernementaux jusqu’à ses trolls, a franchi tous les caps de la radicalisation — dont la rage à imposer au corps social qui n’en veut pas une réforme entièrement taillée d’après les intérêts de la finance n’est jamais que la dernière illustration.

De même la fixation sur le terrorisme externe est-elle devenue l’opportunité d’un terrorisme interne — d’État. Un ancien de la préfectorale, ayant eu à connaître des opérations de maintien de l’ordre, était dans la rue le 9 janvier ; interrogé par Arrêt sur images, c’est lui qui, entre autres sauvageries, a filmé le tir de LBD à bout portant. On n’a pas exactement affaire à un ennemi des institutions. Qui n’en raconte pas moins que, traumatisé par ce qu’il a vu, il doit s’asseoir en pleurs sur le trottoir. Puis livre le fin mot de l’affaire : « Le but était de terroriser ». Terrorisme extérieur, terrorisme intérieur…

C’est qu’à un moment, il faut bien prendre les mots au sérieux, et les décoller de leurs usages habituels où les pouvoirs aiment les enfermer. « Sont interdits les actes ou les menaces de violence dont le but principal est de répandre la terreur parmi les populations civiles », indiquent à propos du terrorisme les protocoles additionnels de la Convention de Genève. On cherche ce qui dans l’entreprise systématique menée à grande échelle par la police et le gouvernement, entreprise d’intimidation, d’effroi et de découragement par la menace physique de l’exercice normal des droits politiques fondamentaux ne tombe pas sous cette définition. Et pour tout dire, on ne trouve pas. Qui sont les radicalisés ? Qui sont les criminels ? Qui sont ceux qui terrorisent ?

Et qui est légitime ?

Lire l'intégralité du texte de Frédéric Lordon, paru sur son blog, sous le titre Quelle « violence légitime » ?

PS (sic)

L'intégralité de ce texte, aux habituelles belles envolées, continue de souffrir d'un optimisme de puceau. Car, dame, ce qui arrive en France, n'est jamais que ce qui est arrivé en Grèce, en Espagne, et avant, nous en étions, à Gênes... Et de la délégitimation de gouvernements matraquant leur néo-libéralisme aux ordres des "maîtres du monde", rien n'est sorti que la défaite des peuples... Sauf peut-être au Royaume-uni, ou, au moins un débouché, certes ambigu, est advenu. Il s'appelle le Brexit. Pendant plusieurs années, le gouvernement a été paralysé, au point de subir camouflet sur camouflet d'un Parlement, certes opportuniste et bien peu représentatif, mais qui, avec toute l'irrationalité que cela suppose, est redevenu, temporairement, un Parlement (du pays qui l'a inventé, on n'en attendait pas moins.) En refusant désormais mordicus, obéissant aux consignes de son parti (qui n'en est pas un, c'est si pratique !), aux pieds duquel il jeta son capital symbolique lors de la dernière élection présidentielle, sans contre-partie[1], et alors qu'il n'en pensait pas moins et avait courageusement mené la lutte, son Mordicus refus disions-nous donc, d'appeler un chat un chat, c'est à dire un nécessaire Frexit, un nécessaire Frexit[2] (qui ne peut être que : et de gauche et de droite - sur un plan 'sociétal", comme on dit maintenant, car sur le plan des rapports de production, il y a une gauche qui s'ignore...- comme la victoire au référendum de 2005, comme la victoire du Brexit...), Frédéric Lordon continue à porter un discours "Corbynesque" (et on peut en dire autant de François Ruffin), voué à l'échec, l'Histoire vient de le démontrer, et ce n'était point une surprise, pensant, semble-t-il que, voler de défaite en défaite mène irrésistiblement à la victoire téléologique... Il faut vraiment être fonctionnaire à l'EHESS pour avoir le temps... Car oui, à chaque défaite des gens meurent, et plus efficacement par charrettes de déciles de classe que sous les Flash-Balls...

A bons entendeurs,

Le Concierge (pour un temps, toujours vivant... Et c'est pas du Renaud !)

Notes

[1] Nous persistons et signons, ne serait-ce que promettre un référendum sur le Frexit à la présidentielle aurait mené Mélenchon au 2eme tour. Au lieu de ça, on dragua les Hamonistes d'un jour, Macronistes le lendemain, Jadotistes le surlendemain, sous prétexte que "l'élection présidentielle se joue au centre"!!! Ouaf et Snif...

[2] Qui foutrait le "joyeux bordel", institutionnel, dont nous avons grand besoin