Renforcer l’Union européenne et ses institutions à tout prix, augmenter les dettes publiques autant que possible pour sauver le secteur privé, ne pas remettre en question la légitimité de l’encours de ces dettes alors que le besoin d’investir dans la santé et les services sociaux est plus que jamais une question de vie ou de mort, voici le plan d’un parti néo-libéral nous direz-vous. Non, c’est celui de DiEM25 : https://diem25.org/diem25-presente-son-plan-en-trois-etapes-pour-eviter-une-depression-economique-liee-au-covid-19/

DiEM25 est un mouvement européen de « gauche » qui soutient de nombreuses luttes importantes telles que celle pour la libération de Julian Assange. C’est tout à son honneur. Néanmoins, d’un point de vue économique, et particulièrement en ce qui concerne les dettes publiques, nous pensons que DiEM25 a tout faux. La crise du Covid-19 est extrêmement grave et un mouvement qui se prétend de gauche ne peut pas se permettre de faire des propositions qui enfoncent encore plus les 99 % de la population dans la misère.

Nous estimons qu’il est primordial de réagir aux propositions de DiEM25 pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il est grand temps de remettre en question la légitimité des dettes publiques actuelles et des nouvelles dettes à venir pour sauver les entreprises privées. Il est aussi urgent de s’interroger sur la logique économique qui a mené à cette situation. Venir en aide aux petites et moyennes entreprises est un principe auquel nous pouvons adhérer mais ce serait criminel d’aider les grandes entreprises privées avec de l’argent public. D’autant plus que le remboursement de ces dettes constituerait un fardeau supplémentaire pour les peuples d’Europe. Ensuite, nous devons urgemment suspendre le remboursement des dettes publiques pour libérer des moyens financiers de manière immédiate sans avoir recours à ce que propose DiEM25, c’est-à-dire de nouvelles dettes à hauteur de 1 milliard d’euro. Ce serait contre les intérêts des 99 % de la population. Finalement, il faut exiger qu’un audit sous contrôle citoyen soit réalisé pour déterminer quelle part de ces dettes devrait être annulée.

Une fois réalisée l’annulation des dettes illégitimes, il est possible que de nouvelles dettes soient nécessaires. Pour cela, il faut s’assurer qu’elles servent les intérêts de la majorité des populations européennes, qu’elles soient contractées de manière légitime (s’assurer que leur remboursement n’étouffe pas les populations et ne les prive pas de la jouissance de leurs droits fondamentaux, faire en sorte que les dettes contractées restent soutenables) et le bien-fondé des dépenses doit être assurée grâce à la participation citoyenne.

Il est illusoire de penser que les institutions européennes viendraient en aide aux peuples européens d’elles-mêmes. Un rapport de force est plus que jamais nécessaire, et ce rapport-là ne peut être envisagé sans l’annulation des dettes illégitimes existantes. Même si des euro-obligations sont émises pour l’octroi de nouveaux prêts, même si les dettes sont partagées et remboursées de manière solidaire par tous les pays, ce sont au final les peuples qui auront à supporter le fardeau du remboursement. Quelle solidarité exigeons-nous ? Celle des détenteurs de capitaux, des banques ou celle des peuples ?

Lire la suite de l'article d'Eric Toussaint et Eva Betavatzi paru sur le site du CADTM