"L’élève de 3e année secondaire, âgée de 18 ans, passait un examen de physique. Elle a soudain quitté sa place et s’est dirigée vers la fenêtre avant de se jeter."

Selon le "journal" (sic) , le problème est le suivant : "Cette tentative de suicide d’une élève sans problèmes apparents survient au lendemain de la diffusion de l’émission ‘‘Andi Ma Nqolek’’ sur El-Hiwar Ettounsi, consacrée au suicide par pendaison de Chiraz, élève de 12 ans, dans délégation d’El-Âlaa, gouvernorat de Kairouan qui, elle aussi, avait laissé une lettre où elle écrivait : «Je suis lasse de vivre, je veux mourir». Ce qui soulève une nouvelle fois la question de l’impact négatif des émissions de téléréalité."

Et non pas bien évidemment "l'impact négatif" des politiques réactionnaires (ou des absences de politiques, ce qui vu le contexte revient presque au même) menées depuis la Révolution tunisienne...

Il est cependant vrai que cette brève est appelée dans le fil... par un robot ! A partir d'un article un peu plus éclairant (vivement que les progrès de l'informatique permettent au robot de rédiger les brèves par rapport à un article écrit par un pigiste pas payé et de faire le lien) dans lequel on apprend que " Des enseignants se mobilisent pour dénoncer l’état des écoles".

"Les enseignants dénoncent des conditions difficiles dans lesquelles les élèves sont censés suivre des cours, apprendre et s’épanouir. «Il est temps de bouger en Tunisie pour l’éducation. Le secteur a besoin d’une réforme en urgente», soutiennent les éducateurs. «Les images se passent de commentaires et constituent à elles seules un appel au secours que le ministère ne devrait pas ignorer si l’on souhaite construire un avenir radieux en Tunisie, car, dans ces conditions, les enfants ne peuvent ni apprendre, ni être motivés pour faire des études», s’indigne Mme Haffouz. Elle poursuit: «Des élèves refusent de poursuivre leur scolarité dans ces rudes conditions, d’autres se sont malheureusement suicidés… Qu’attend l’Etat pour intervenir? Nous appelons les parents d’élèves à se joindre à nous dans notre campagne de dénonciation pour que les choses bougent dans le bon sens»."

Le sac à pub qui se présente comme un journal n'a évidemment pas envoyé de journaliste sur place : il s'est contenté de rédiger son article à partir du site facebook ouvert par les enseignants désespérés, afin d'attirer des lecteurs vers le bandeau Total !

Forum Social Mondial en Tunisie

Rappelons que le FSM aura lieu fin mars 2015 une nouvelle fois en Tunisie. Parmi ses axes directeurs, il propose la "dynamique jeunes" au programme extraordinairement excitant :

"Dynamique jeunes

Ce comité est principalement chargé de mettre en exergue les préoccupations des jeunes et surtout de préparer et de gérer les activités du camp des jeunes. Le comité identifiera et proposera au comité d’organisation des thèmes de discussions en lien avec les problèmes que vivent les jeunes (éducation, emploi, santé et émigration, et autres.) Ces thèmes seront débattus au sein du camp des jeunes, qui sera organisé pendant le FSM Tunis 2015. Le comité travaillera au respect de cette option. Il facilitera la participation et la présence des jeunes, de la sous-région et du monde des délégations des pays des organisations qui participeront au Forum social mondial."

Pour ceux qui connaissent :

1) le "camp de jeunes" est une sorte de sous-camp scout où dorment tous ceux qui n'ont pas de fric (ou qui ont claqué le peu de fric qu'ils ont pu gratter pour arriver jusqu'au FSM pour les Africains notamment.

2) Les "jeunes" sont un groupe-cible proposé aux bailleurs de fonds par les organisations internationales vérolées par les multinationales et les socio-démocrates qui font leur beurre à l'international, manipulation langagière qui permet de faire disparaître le délicat problème des luttes de classe. Comme le disait Pierre Bourdieu, "la jeunesse n'est qu'un mot" : "Le réflexe professionnel du sociologue est de rappeler que les divisions entre les âges sont arbitraires. C'est le paradoxe de Pareto disant qu'on ne sait pas à quel âge commence la vieillesse, comme on ne sait pas où commence la richesse. En fait, la frontière entre jeunesse et vieillesse est dans toutes les sociétés un enjeu de lutte. Par exemple, j'ai lu il y a quelques années un article sur les rapports entre les jeunes et les notables, à Florence, au XVIème siècle, qui montrait que les vieux proposaient à la jeunesse une idéologie de la virilité, de la virtú, et de la violence, ce qui était une façon de se réserver la sagesse, c'est-à-dire le pouvoir. De même, Georges Duby montre bien comment, au Moyen Age, les limites de la jeunesse étaient l'objet de manipulations de la part des détenteurs du patrimoine qui devaient maintenir en état de jeunesse, c'est-à-dire d'irresponsabilité, les jeunes nobles pouvant prétendre à la succession." (lire la suite)